SOUS L'OEIL DU CHAT DU LUTHIER
SOUS L'OEIL DU CHAT DU LUTHIER
1.
« Fourier, qu'a-t-on fait de ton clavier
Qui répondait à tout par un accord »
(André Breton, « Ode à Charles Fourier »)
Que peut-on déduire de ces vers ?
- Que Charles Fourier avait réponse à tout, ou assez d'imagination pour trouver une réponse à tout ?
- Que Charles Fourier avait inventé un piano savant mécano-dialectique, un genre de pianocktail à la Boris Vian, mais philosophique ?
- Que Charles Fourier utilisait l'ordinateur ?
2.
« Je vois ce qui m'est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons de tes cheveux »
(André Breton, « Écoute au coquillage »)
Ce joli trait, exquis, qu'esquisse-t-il ?
- Une jolie peinture ?
- Une publicité pour une marque de déodorant ?
- Une jolie fille ?
3.
« Au comptoir une femme nue ailée
Verse le sang dans des verres d'éclipse »
(André Breton, « Je reviens »)
Ce drôle de trait, quoi qu'il évoque ?
- Une étiquette d'apéritif pour vampires ?
- La part féminine d'un ange de l'apocalypse qui sert à boire aux âmes condamnées ?
- Une vignette dans une bande dessinée d'heroic fantasy ?
4.
« Il était dit que le jeu de mains devait mal finir. »
(André Breton, « Le lever du soleil »)
A quoi André Breton fait-il ici allusion ?
- A un meurtre dans un jardin anglais, cependant que le jardinier n'est pas fatalement le coupable ?
- Au proverbe « jeux de mains, jeux de vilains » ?
- A la violence civilisationnelle qui est autant liée à la rareté naturelle qu'à l'ineptie de certains principes et traditions ?
5.
« Femme à la blonde aisselle coiffant sa chevelure à la lueur des étoiles »
(André Breton, Titre d'un poème en prose)
A quoi vous fait penser ce titre de poème ?
- A une suite (apparemment, elle est réveillée) de ce que André Breton a écrit dans « Écoute au coquillage », je cite :
« Je vois ce qui m'est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons de tes cheveux » ?
- A un tableau de Joan Miro (avec plein de signes dedans, que ça fait comme un jazz muet somptueux, et aussi un accent aigu sur le « o » (comme dans chevillette mais sans accent) ?
- A de la mousse à raser ?
6.
« Le chat rêve et ronronne dans la lutherie brune. »
(André Breton, « Femme et oiseau »)
Pourquoi ce chat rêve-t-il et ronronne dans une lutherie brune ?
- Parce que c'est le chat du luthier ?
- Parce que ce chat n'a rien d'autre à faire ?
- Parce que ce chat est lui-même luthier ?
7.
« Un voilier porté par les alizés s'ouvre une passe dans les bois. »
(André Breton, « Le chant du rossignol à minuit et la pluie matinale »)
Qu'est-ce que cette phrase ?
- Une surréalisterie dans un grouillement de surréalisteries ?
- Une évocation de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ?
- Une imitation des phrases rimbaldiennes ?
8.
« Lamiel, le tison aux doigts, s'apprête à incendier le Palais de Justice. »
(André Breton, « La poétesse »)
A quoi le poète fait-il ici référence ?
- A un fait divers célèbre (une anarcho-syndicaliste du début du vingtième siècle ayant incendié un Palais de Justice considéré comme un instrument de pouvoir et de domination aux mains des puissants ?
- Au personnage principal, Lamiel donc, d'un roman éponyme et inachevé de Stendhal ?
- A Cassandre ? (Pourquoi Cassandre ? Et pourquoi pas Cassandre ?, car ce n'est pas parce que Cassandre ne s'appelle pas Lamiel que l'on ne peut pas penser à Cassandre).
- A une chaudasse ?
9.
« Même si, à beaucoup près, « la bouche d'ombre » ne m'a pas parlé avec la même générosité qu'à Hugo et s'est même contentée de propos décousus, [...] »
(André Breton, « Le la »)
Que penser de ce début de phrase ?
- Qu'André Breton reconnaît que sa poésie est parfois décousue, rapport au grouillement de métaphores qui défois lui remuait la caboche ?
- Que, modeste, André Breton, reconnaît le génie inspiré de Victor Hugo ?
- Rien du tout, cause qu'en vérité, on s'en fiche ?
Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2024.