C'EST CELA QUE J'ECRIS
C'EST CELA QUE J'ECRIS
1.
« (…) mais mon but serait de capturer dans le livre le monde illisible, sans centre, sans moi. »
(Italo Calvino traduit par D. Sallenave et F. Wahl, « Si par une nuit d'hiver un voyageur » [le narrateur] )
Si le narrateur est un écrivain, voilà de quoi nourrir le scepticisme de son éditeur. Ceci dit, les bibliothèques sont pleines de chefs-d’œuvre que, par effet de mode, tout le monde a achetés et que plus personne ne lit.
2.
« Je lis sur son visage ce qu'elle désire lire : c'est cela que j'écris fidèlement... »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver un voyageur » [Silas Flannery])
En français, dit-on :
- Que le verbe « écrire » vient du latin « scribere » ?
- Que le verbe « écrire » est tombé de l'arbre à plumes (celui dont les racines sont dans l'encrier) ?
- Qu'a beau écrire celui qui n'a rien à dire, cela n'empêchera pas les sardines d'êtres mises en boîte ?
- Qu'à force d'écrire des choses épouvantables, on finit par publier des romans ?
3.
« Tu restes comme frappé par la foudre. »
(Italo Calvino)
En français, dit-on :
- Que le mot « foudre » vient du latin « fulgur » ?
- Que la foudre ne tombe pas deux fois au même endroit (mais l'a-t-on prouvé ça) ?
- Qu'entre coup de théâtre, coup de Trafalgar et coup de foudre, moi ce que je préfère c'est l'éclair au chocolat (il y aussi l'éclair de lucidité, mais c'est plus rare, et parfois déprimant) ?
4.
« Assis à une table de café, vous dressez un bilan de la situation, (...) »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver un voyageur »)
Ah, je sens que vous aurez tantôt besoin d'un cognac.
5.
« Les fils barbelés se défont comme des toiles d'araignée. »
(Italo Calvino)
Est-il vrai que :
- Comme le toile Wikipédia, « les araignées ou Aranéides (ordre des Araneae de la classe des Arachnides (…)) sont des arthropodes prédateurs. » ?
- Qu'à régner trop longtemps, bien des monarques ont fini par s'étouffer dans leur toile ?
- Que l'on n'attrape pas des araignées en leur faisant « coucou » (et d'ailleurs, pour quoi faire?) ?
- Que la chanson « Boris the Spider » de John Entwistle (qui était le bassiste des Who) a pour sujet une araignée, je cite :
« Look, he's crawling up my wall
Black and hairy, very small
Now he's up above my head
Hanging by a little thread »
6.
« La conclusion à tirer de toutes ces histoires, c'est que la vie que chacun a vécue est une et unique, (...) »
(Italo Calvino)
Peut-on dire que :
- Que c'est par synecdoque que l'on emploie le mot « Histoire » pour désigner le passé ?
- Que les gens se racontent tellement d'histoires que ce qu'ils prennent pour la réalité n'est jamais que fiction, farce, fable et fariboles plus ou moins effrayantes ?
- Qu'il ne faut pas faire d'histoires quand on a autre chose à faire cause que sinon, on ne s'en sort plus avec tous ces écrivains là, et qui c'est-y qui va faire la vaisselle hein?
7.
« - Les pièges sont l'un à l'intérieur de l'autre, et ils se referment tous à la fois. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver un voyageur » [Valerian])
Le personnage de Valerian donne-t-il ici :
- Une définition de la politique ?
- Une définition de l’existence ?
- Une définition de la mort ?
- Une définition de l'art ironique de Witold Gombrowicz ?
- Aucune définition, il dit des mots pour le plaisir de dire des mots et parce qu'il faut bien dire quelque chose, surtout dans un roman, parce qu'un roman sans dialogues, c'est plus ennuyeux encore qu'un roman avec dialogues (et s'il n'y a pas un beau crime bien énigmatique et bien comme il faut dans un manoir anglais avec maître d'hôtel, soubrette sentimentale, colonel à la retraite, cousine désargentée que l'on héberge parce que c'est la famille, oncle artiste dont on se méfie vaguement et détective à moustache et petites cellules grises, je ne le lis pas non plus) ?
Patrice Houzeau
Malo, le 11 février 2025.