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BREFS ET AUTRES

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18 novembre 2023

ET DE TES GENOUX VOIS-TU L'AVEUGLE S'EN FOUT

ET DE TES GENOUX VOIS-TU L'AVEUGLE S'EN FOUT

« Vérité, mensonge, certitude, incertitude...
Cet aveugle là-bas sur la route connaît aussi ces paroles. »
(Fernando Pessoa)

J'aime bien Fernando Pessoa pour la philosophie que l'on trouve dans ses poèmes. Certes, c'est pas Sartre, pas Heidegger, et pas alambiqué, pas le genre énigme à profondeur qu'affectionnait René Char (enfin, euh, ça dépend, la poésie charresque, parfois, n'est guère plus profonde qu'un doigt de porto ; par contre, ça, elle énigmatise, étrangéise, vous perlimpinpine le cogito, même que défois on comprend rien, mais c'est beau, souvent, la poésie de René Char).

Garouffons (le verbe « garouffer » n’existe pas, mais je l'aime bien), garouffons donc ce texte de Pessoa tiré de « Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes d'Alberto Caeiro » (traduction : Armand Guibert) et qui commence par les mots « Vérité, mensonge, certitude, incertitude... ». Déjà, lecteur, te voilà pensif alors que la pluie tombe, que les chats et les araignées rentrent se mettre au chaud puisque l'hiver, et toutes ses contrariétés, va bientôt pointer sa fraise gelée.

Ensuite, sur la « route », il y a un « aveugle ». C'est symbolique, chuis sûr. Sinon pourquoi pas un accordéoniste, une girafe, un coin-coin dandinant, ou Zut encore, chantant une vieille chanson de dans le temps de chez nous qu'on n'y était pas mais ça vous fait d'la nostalgie quand même allez...

Quant au narrateur, il est sur une « haute marche ».. Où ? Je ne sais pas. Sur le devant de sa porte peut-être ? Il a les « genoux croisés » avec dessus, ses mains, qu'il « serre ». Je ne sais pas ce que cette pose signifie mais on voit bien qu'il n'est pas en train de charger, sabre au clair, dans le fracas et l'effroi d'une bataille napoléonienne.

On peut penser qu'il pense, le narrateur là, sur sa « haute marche » avec ses « mains serrées ». Il pense sans doute à « vérité, mensonge, certitude, incertitude », vu qu'il en cause, même qu'il doit se demander si « tout revient-il au même ? », et si le Vrai et le Faux ne seraient jamais que des mots qu'on utilise pour se donner l'illusion que le réel a un sens, alors qu'on sait bien qu'il n'y a pas plus de sens en-soi que de dieu bienveillant au plus haut des cieux et dans on ne sait quelle éternité (celle qu'on croit qu'elle existe parce qu'on peut le dire).

D'ailleurs, voyez : le narrateur a « décroisé les mains ». L'aveugle, lui, n'a rien vu. Vous me direz que l'aveugle ne savait pas que le narrateur avait les mains croisées sur « le plus haut » de ses « genoux ». N'empêche que « quelque chose a changé dans le cours de la réalité », note le narrateur et cela, - insistons sur ce point – si peu que ce fût. Pour l'aveugle, ça fait-y une différence ?

Du reste, nous savons bien, parce que nous regardons des documentaires sur Arte, que la matière gigote perpétuellement, frénésie, danse de saint-guy, ontologique tarentelle, et tout le tremblement. Le voyons-nous ? Non. Même que souvent, on dit : « C'est bien calme, aujourd'hui », alors que dans les herbes, des batailles homériques se déroulent, à grands coups de pinces et de sucs vénéneux, avec force démembrements, démantibulations, égorgements, éventrements, dévorations, accouplements, et qu'au cœur même de la matière, des tas de particules dont je ne retiens jamais les noms (parce que hein) filent dans tous les sens dans cet invisible infini que je sais pas comment qu'il s'appelle.

Et nous, pépère, fumant philosophiquement la pipe en pensant à Monique, nous ne voyons rien, nous ne nous doutons de rien, ô aveugles bipèdes que nous sommes !

Bon, pendant ce temps-là, l'aveugle, consultant sa montre, constate qu'il est déjà tard et qu'il a un bus à prendre, cependant que le narrateur considère que « ce n'est déjà plus la même heure, ni les mêmes gens, ni rien de pareil », même qu'il en tire la conclusion que « c'est cela, être réel. »

Et c'est ainsi que les saucissons séchèrent (et avec l'inflation, ce n'est pas près de s'arranger).

Patrice Houzeau
Malo, le 18 novembre 2023.

 

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17 novembre 2023

NON CES CHANSONS NE PARLENT PAS DE SAUCISSES

NON CES CHANSONS NE PARLENT PAS DE SAUCISSES

1.
Les frères Mael sont américains et fondèrent en 1968 les « Sparks », nous étincelle Wikipédia, lequel « Sparks » est en 2023 toujours actif et depuis longtemps considéré comme un groupe majeur du pop/rock tendance ironie innovante. De la ritournelle électrique énervée dans ce « Amateur Hour » - il a le piano persifleur, Ron Mael - tiré de l'album « Kimono My House » (1974). La chanson parle des adolescents, des poils qui poussent, de la voix qui mue, de l'émotion virile à la vue des filles, je cite :

« Girls grow tops to go topless in
While we sit and count the hairs that blossom from our chins
Our voices change at a rapid pace
I could start a song at tenor and then end as bass »
(Ron et Russel Mael),

mais pas des saucisses, qu'elle charlotte la song, alors que hein n'est-il pas qu'il y en a, zont tout bien l'air grandes saucisses, grandes asperges, grands dépendeurs d'andouilles et autres grandes sauterelles.
Après, on vieillit, on n'a plus le temps d'écouter les Sparks ou de regarder la série animée « Daria », autre perle d'ironie, et on écoute les politiques nous recycler leurs sornettes à la télévision.

2.
Autres ironies innovantes, les chansons de Philippe Katerine et ici, le répétitif qui grince et sature « Après moi », tiré de l'album « Robots Après Tout » (2005). Le morceau est basé sur un dialogue soliste-chœur (Katerine en étrange professeur à répétitions (il me souvient alors d'un professeur d'anglais du collège Gérard Philippe, d'Hénin-Beaumont à la fin des années 70, adepte consciencieux du « repeat after me » continu, avec lequel j'ai fort peu appris et qui ne se prenait apparemment pas pour de la), s'adressant à une classe de mômes moqueurs donc, le narrateur du « Aprés moi » à Philippe Katerine nous rappelle que «Répétez après moi on est tous des imbéciles – on est tous des imbéciles » même que « Répète après nous t'as rien compris au film – T'as rien compris au film ». A écouter quand on se sent s'enfler du melon et autres péripéties égotistes.

3.
J'ai aussi mauvais goût. Ça doit être la raison – outre que j'aime les chanteuses jolies et dansantes – pour laquelle j'apprécie le « Can't Get You Out Of My Head », de Kylie Minogue, publié en 2001 et tiré de l'album « Fever ». C'est le genre de disco-électro-bidouillée pour teenagers que l'on ne peut guère écouter qu'en reluquant la vidéo, le visage lisse de Kylie Minogue (c'est un rôle, un métier que celui d'artiste du Show must go on), les jolis corps des danseuses et la souplesse des danseurs (c'est leur job) et honni soit qui mal y voye.
Tout est dit dans le titre, du « La la la / La la la-la la / La la la / La la la-la la » des premières mesures au « Set me free » à cheveux bouclés, pour en revenir au lancinant « I just can't get you out of my head / Boy, your loving is all I think about ». C'est pas du Claudel. On s'en fout. C'est de Cathy Dennis et de Rob Davis. Un truc amusant et très googuelien. A un moment, le texte, ça dit :

« Won't you stay ?
Won't you lay ?
Stay forever and ever
And ever and ever »

Ce que la machine traduit par :

« Ne resterez-vous pas ?
Ne voulez-vous pas pondre ? »

Ce qui donne à mon mauvais goût français une touche de surréalisme et un sens ironique à la ritournelle électro-pop.

4.
Dans le genre ironique, ai revu hier soir dans la lucarne à déconnes « Le Viager », l'épatant film de Pierre Tchernia (1972), avec Michel Serrault, Michel Galabru, Jean-Pierre Darras, Odette Laure et Rosy Varte. Les images évoquant la cinquième colonne de l'armée allemande avec son Otto à monocle déguisé en bonne sœur et la scène de l'avocat brouillon et embarrassé jouée par Jean Carmet reprenant sa plaidoirie par un « En ce temps-là, Cicéron disait à ses disciples » me gondolent toujours.

5.
Français, démocrate, libéral, j'espère donc que l'Ukraine finira par vaincre l'impérialisme poutino-russe. Je ne crois pas que cette espérance soit partagée par François Fillon, Nicolas Sarkozy et Gerhard Schröder. Ces gens, je n'aimerais pas leur serrer la main.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 novembre 2023.

14 novembre 2023

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

1.
« Qu'est ce que le présent ?
C'est une chose relative au passé et à l'avenir. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Vis, dis-tu, dans le présent »)

On ne fait pas revenir le passé avec des petits oignons. C'est un truc à vous ramollir montres et horloges.

2.
« Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean -
parce qu'il n'est de Saint Jean que là où on le fête. »
(Fernando Pessoa, « Nuit de la Saint-Jean.. »)

Si vous êtes invité(e) à quelque fête, n'oubliez pas de prendre votre tête. On pourrait ne pas vous reconnaître et ne pas vous laisser rentrer.

3.
Ce n'est pas parce que 26² = 676 que cela doit vous empêcher d'aimer la tarte aux fraises.

4.
Ne mettez pas de crocodile dans vos pâtes au jambon, c'est dangereux.

5.
« Mais il me faut faire ma valise,
il faut absolument que je fasse ma valise,
ma valise.
Je ne puis emporter les chemises dans l'hypothèse et la valise dans la raison. »
(Pessoa, « Grands sont les déserts.. »)

Si, ouvrant votre valise, vous y trouvez quelque squelette, interrogez-vous sur la dernière fois où vous l'avez utilisée. C'était peut-être il y a longtemps, si longtemps.

6.
Non, on ne peut pas faire intervenir ni avions de chasse, ni hélicoptères de combat dans la bataille de Marignan (1515). Ce serait anachronique. Et même irrespectueux. Le fantôme de François 1er ne nous le pardonnerait pas.

7.
Avez-vous remarqué que l'appellation « Tintin et Milou » comporte 13 lettres ? Etonnez-vous après que le capitaine Haddock porte la barbe et que le professeur Tournesol soit à l'ouest.

8.
On ne fait d'omelette sans casser les oreilles de quelqu'un, surtout si l'on chante faux et fort.

9.
« tout miroirs ces boutiques-ci dans ces boutiques-là
la vitesse des autos à l'envers dans les glaces obliques des vitrines, »
(Pessoa, «Passage des heures »)

N'oubliez pas de laisser les heures passer. Sinon, ça fait des engorgements. Ça n'empêche pas d'aimer la tarte aux fraises, mais quand même.

10.
« En 1763, Arthur Dobbs, alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation plante carnivore. »
(Wikipédia, article « Plante carnivore »).

Ce n'est pas en agitant des bataillons de plantes carnivores que l'on fait son devoir de mathématiques. Une indigestion d'équations leur serait de toute façon fatale. Surtout si en même temps vous écoutez de la musique urticante.

11.
« Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d'autres instruments
et chantaient d'amour littérairement.
(Ensuite – moi je n'ai jamais lu Virgile ;
et pourquoi donc l'aurais-je lu?)
(Pessoa, «Le Gardeur de troupeaux »)

Invoquer, les nuits de pleine lune, le Gaffiot n'aide pas à réussir les doigts dans le nez thèmes et versions. Mais vous pouvez toujours manger une part de tarte aux fraises. Ça réconforte.

12.
Ce n'est pas le café du matin qui attire l'araignée du soir.

13.
Ne retournez pas les dés dans les plaies. Ça ne porte pas plus chance qu'une photo dédicacée de Laurent Wauquiez, et, en outre, ça pourrait s'infecter autant que s'infectent les prises de position de certains cadres de la Beuglerie Insoumise.

14.
Ne jetez pas vos politiques usagés dans des toiles d'araignée. Aucune Aranéide ne pourrait le supporter. Quant à vos couleuvres, elles finiront bien par passer, mais si, mais si...

15.
« Dans la rue pleine d'un soleil vague il y a des maisons arrêtées et des gens qui marchent. »
(Pessoa, « Demogorgon »)

Ce n'est pas parce que le soleil est « vague » que les maisons sont « arrêtées » et que les gens « marchent ». D'ailleurs, qui vous dit que ce ne sont pas les gens qui sont « arrêtés » dans leurs élans par des considérations diverses cependant que, sans même que l'on puisse s'en rendre compte, les maisons dansent une drôle de gigue ?

16.
Quand la nuit tombe, elle dit rarement ouille. Ce qui vous laisse tranquillement poursuivre la lecture de ce roman policier dont vous ne découvrirez jamais le coupable.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 novembre 2023.

13 novembre 2023

LES TELEPATHES TROP BAVARDS DONNENT-ILS MAL A LA TÊTE ?

LES TELEPATHES TROP BAVARDS DONNENT-ILS MAL A LA TÊTE ?

1.
« et le rêve de ce qu'on pourrait voir si la fenêtre s'ouvrait,
et qui jamais n'est ce qu'on voit quand la fenêtre s'ouvre. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Poèmes désassemblés »)

Le réel ne se ressemble pas. Il faut tenir compte de ce qui semble, de ce qui est réellement et de ce qui pourrait être. Casse-tête. Usant. Nous noyons tout dans les mots. Et rationnellement, nous faisons les mauvais choix.

2.
« comme si la maison n'était pas finie »... Je me demande si les maisons pas finies sont hantées par des moitiés de spectres, des effiloches fantomatiques...

3.
« Ses parents n'arrêtent pas de parler »... ce qui prouve qu'ils ne sont pas muets... à moins que cette phrase soit tirée d'une histoire de télépathes... Les télépathes trop bavards donnent-ils mal à la tête ?

4.
« - Parole, tu connais ces gens, Daria ? »... J'aime le dessin animé Daria... Ces gens, moi, je ne les connais pas. Je connais un œuf ou deux, un chat, et Zut. Jadis, j'ai connu un poisson rouge, mais le chat l'a mangé.

5.
« Mais cela ne l'empêche pas d'être charmante... ». Ceci dit, le fait qu'elle se promène avec un couteau de boucher dans son sac ne me rassure pas plus que ça.

6.
Le fait de ne pas conduire n'empêche pas que l'on puisse mourir dans un accident d'auto. Est-ce pareil pour les OVNI ? Ne pas y croire empêche-t-il réellement d'être abducté par des zôtres dont on cause dans les vidéos sur You Tube ?

7.
« la folie reconnue dans une sonate », cette poignée proustienne de haricots verts (en fait, ça s'appelle des syllabes, mais on peut en faire aussi des salades) me rappelle que des sonates, jamais je n'en écoute (sauf dans les univers parallèles où j'y suis contraint). Déjà qu'après le riff génial qui lance le « Satisfaction » des Rolling Stones, - je dis ça pour les habitants des intersidéraux -, je me dis que je devrais écouter plus de sonates.

8.
« Et maintenant, les Jours de Fête ! », c'est dans un épisode de Daria, ça (l'épisode 3 de la saison 3). Les Jours de Fête reviennent tous les ans. On dépense plein de sous mais on est quand même content. Enfin presque. Et pas tout le monde. Y en a ils restent malheureux. Parce que le malheur des gens est compris dans ce qu'on nous donne et qu'on appelle « réel », lequel, par ailleurs, coûte de plus en plus cher.

9.
C'est Pierre Desproges, je crois, qui a dit que « l'on peut rire absolument de tout, mais pas avec tout le monde ». Et donc pas n'importe qui. D'où l'air sérieux que j'ai toujours quand je me parle à moi-même.

10.
« Lorsque l'herbe poussera au-dessus de ma tombe... » : y a pas à dire, ouvrir un volume de Pessoa, ça vous requinque le bonhomme.

11.
Je ne sais pas pourquoi je pense soudain à un arbre gigantesque qui a poussé dans une maison. J'ai dû voir cette image dans mon enfance. Si Zébulon m'apparaît en lançant au cœur de la nuit « Tournicoti-tournicoton », demain, j'irai consulter ; le cours sur la crise de Cuba attendra.

12.
« Car l'unique signification occulte des choses,
c'est qu'elles n'aient aucune signification occulte. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Le mystère des choses... »)

C'est bien ce que je pense et lorsque j'en discute avec mon pain perdu, je constate qu'il ne soulève aucune objection. Quant aux fantômes, qu'ils fassent la gueule ne me fera pas sortir de ma tombe pour autant.

13.
« Alors ce salon qui avait réuni Swann et Odette... », devinez que je tire ça de Proust. Parce que des Swann et des Odette, j'en connais pas. Quant au salon qui « réunit », quelle idée ! Si l'on confie sa destinée amoureuse à des canapés, des fauteuils et une table tournante (je ne conçois pas de salon de fiction sans séance de spiritisme, ça distrait des autres pages que je ne lis pas non plus), faut pas s'étonner si la soupe est trop salée.

14.
« En tout cas, ce que je sais, c'est que l'une de vous deux riait de l'une de vous deux », c'est la mère à Daria et Quinn Morgendorffer qui dit ça à Daria (S09E06). Moi aussi, ça m'arrive de rire, et parfois des deux, sauf quand elles ne sont là et que je ris tout seul, ce qui arrive tout le temps, car je n'en connais pas deux comme Zut.

15.
« Moi tête baissée au centre de ma conscience de moi »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Passage des heures »)

J'aime bien ce vers qui commence par « moi » et qui finit par « moi ». Est-ce un vers égotiste ? Consciencieux ? Philosophique, ou tartinable ?

16.
Le Beuglant Insoumis, s'il ne travaille pas pour l’extrême-droite, en tout cas, c'est bien imité.

17.
A peu près certain que les décérébrés qui ont participé au pogrom du 7 octobre 2023 (et tué, violé, torturé), s'ils ne sont pas encore tous morts, ils sont probablement identifiés (par les images laissées). Walking Dead. L'enfer attend ces pseudo-martyrs.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 novembre 2023.

12 novembre 2023

L'UNIVERS PARALLELE DES CHOSES PERDUES

L'UNIVERS PARALLELE DES CHOSES PERDUES

1.
« En réalité, l'Arthur des textes gallois est un véritable « Amherawdr », Imperator, dont le pouvoir s'étend à travers les trois régions majeures de la Britannia post-romaine : le nord, le sud-ouest, et l'ouest gallois. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur » (Editions Jean-Paul Gisserot, 2007)

En réalité, Arthur, je ne l'ai pas connu. Il est né avant même que je puisse savoir que j'allais naître moi-même. Il est même mort avant, Arthur.
Aurais-je aimé le connaître, le roi Arthur ? Non. Pour quoi faire ? Il aurait fallu que je parlasse je ne sais quelle langue ancienne que tous ceux qui la parlaient sont morts. Comme quoi, les langues anciennes, c'est dangereux.
Non, je n'ai pas connu le roi Arthur. Vous me direz que c'est un autre roi que je contemple le matin dans ma glace, le roi des je ne vous le fais pas dire. Je ne regrette donc rien, d'autant qu'il y a une île flottante au dessert.

2.
« D'ailleurs, chez Chrétien, le cortège manque singulièrement de références chrétiennes ; c'est une Demoiselle qui porte le Graal et on rechercherait en vain la présence d'un prêtre dans ce château enchanté. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Que ce soit une Demoiselle qui porte une coupe pleine de sang, c'est assez singulier, comme dit le poisson en face du chat palmé, son couteau, sa fourchette et son citron.
Après, les prêtres, chacun le sait, il y en a de moins en moins, donc ils ont d'autres paroisses à paroisser, les curetons, que de fréquenter les légendes composées en ancien français.

3.
« Gauvain monte jusqu'à une salle splendide qu'inonde une intense clarté et trouve sur un lit un échiquier vide. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Lorsque l'on trouve sur un lit un échiquier vide, évidemment, ce n'est pas pratique pour disputer une partie. Pareil, si vous n'avez pas d’œufs, votre omelette aura un drôle de goût, surtout si elle composée d'huile et de sardines sorties d'une boîte que vous avez préalablement ouverte.

4.
« Mais à Bour de Déols, en 470, nous apprend Grégoire de Tours dans son « Histoire des Francs », Riothamus est vaincu par Euric. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Il s'en est passé des choses. C'est ce que je me dis souvent quand j'ai loupé plusieurs épisodes d'une série que je ne regarde pas parce que je n'ai pas la patience. Récemment, j'ai quand même à la suite zieuté les trois épisodes du bien ficelé «  Le Mystère Enfield ». Y a du fantôme, du poltergeist, du revenant, mais pas de parapluie.
Sinon, j'aime bien dans la version de Bourvil la chanson de Pierre Perrin, « Un clair de lune à Maubeuge », savez hein :
« Tout ça n'vaut pas
Un clair de lune à Maubeuge
Tout ça n'vaut pas
Le doux soleil de Tourcoing (coin-coin...) »

5.
« Pour la première fois dans l'évolution de la Matière de Bretagne, Geoffroy décrit non plus un champions de la résistance nationale contre les Saxons, mais un véritable conquérant, bientôt gagné par l'arrogance et l'hybris qui guettent inévitablement les grands conquérants. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Y a toujours des choses qui nous guettent. Tout est plein d’yeux que l'on voit pas. Disparaissent-ils quand on les surprend ? C'est le coup du cornet de frites fantômes qui s'évanouissent mystérieusement comme happées par un estomac invisible.

6.
« Car chez Wolfram (mais non chez Chrétien, chez qui c'est chose convenue) Parzifal retourne à Montsalvage pour poser la bonne question, délivrer Anfortas (dont le nom vient d'« enferté », le blessé), devenir le roi du Graal à son tour. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

J'ignorais qu'il y eût un « roi du Graal ». C'est tout de même autre chose que le « Roi de la saucisse », même si dans la vie de tous les jours on a plus souvent besoin de saucisses que du Graal. D'ailleurs, le Roi de la saucisse peut tout ignorer de la quête du Graal et prospérer yop la boum alors que le Roi du Graal, sans saucisses, il ne peut pas manger de choucroute. Eh oui.

7.
« Une fois de plus, Lancelot disparaît, comme il en a l'habitude, et la Reine craint qu'il soit mort. Alors Gauvain, qui semble prédisposé à cette tâche, part à sa recherche. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Dans la série Kaamelott, d’Alexandre Astier, Lancelot disparaît aussi et tous finissent par se demander s'il n'est pas mort. Par contre, la deuxième chaussette qui disparaît ne meurt pas forcément. Elle vit sa vie de chaussette dépareillée dans l'univers parallèle des choses perdues. C'est une quête aussi.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 novembre 2023.

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12 novembre 2023

MÊME S'IL Y EN A QUI DISENT

MÊME S'IL Y EN A QUI DISENT

1.
« Ô mes pauvres petites aubépines, disais-je en pleurant, ce n'est pas vous qui voudriez me faire du chagrin, me forcer à partir. Vous, vous ne m'avez jamais fait de peine ! Aussi je vous aimerai toujours. »
(Marcel Proust, « Du côté de chez Swann » [le narrateur])

Les mômes, ça parle défois à n'importe quoi. Faut bien leur dire qu'il ne faut pas parler à des ceusses qu'ils connaissent pas. Le petit Marcel, voyez, lui parlait aux aubépines, mais y en a pas partout, des qui symbolisent l'innocence et la pureté virginale là.

2.
« Il aimait qu'Odette fût ainsi, de même que, s'il avait été épris d'une Bretonne, il aurait été heureux de la voir en coiffe et de lui entendre dire qu'elle croyait aux revenants. »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Je ne sais pas si toutes celles qui portent une coiffe croient aux revenants. Voyez mon oncle, lui, c'est surtout quand il retrouve son parapluie qu'il y croit, aux revenants. Il dit : « Ah un revenant ! », et c'est son parapluie.

Après les revenants, ça existe encore, ça les revenants ? Dans le temps, oui, sans doute, il y en avait dans les maisons hantées, des revenants, mais maintenant, je ne sais pas s'il y en a encore beaucoup qui reviennent.

3.
« Le plus souvent maintenant quand je pensais à elle, je la voyais devant le porche d'une cathédrale, m’expliquant la signification des statues »
(Proust, « Du côté de chez Swann » [le narrateur])

Défois, il y a des gens i vous expliquent des choses. Le réel commente le réel. Bon, ça fait longtemps que l'on n'a plus à m’expliquer comment on mange les moules. Et comme je ne mange jamais de homard, je suis tranquille quant à la signification des statues.

4.
« la beauté du diable, du sang bleu, une vie de bâton de chaise, le quart d'heure de Rabelais, être le prince des élégances, donner carte blanche, être réduit à quia, »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Connaissez-vous le sens de toutes ces locutions ? Moi, j'ai connu plusieurs chats. Plusieurs chiens. Je n'ai pas eu plusieurs vies. Mes chats et mes chiens non plus d'ailleurs.

L’expression « le quart d'heure de Rabelais », ça signifie un mauvais moment à passer, un mauvais quart d'heure quoi. Ce serait rapport au jour où Rabelais ne pouvant régler une note d'auberge, « écrivit « Poison pour le Roi et la Reine » sur des sachets de poudre ». Arrêté, il fut conduit de Lyon à Paris – c'est là qu'est l'astuce, « aux frais de l’État ». François 1er le fit ensuite libérer. Je lis cette anecdote dans une note de bas de page de l'édition du Livre de Poche de « Du Côté de chez Swann », annoté par Elyane Dezon-Jones.

5.
Je me demande quel est l'oiseau dont les Pink Floyd ont enregistré, bidouillé, mis en boucle la jactance à la fin de l'album « The Piper At The Gates Of Dawn ». Quel drôle de cyclique dindon dis donc.

6.
« Ce simple croquis bouleversait Swann parce qu'il lui faisait tout d'un coup apercevoir qu'Odette avait une vie qui n'était pas tout entière à lui ».
(Proust, « Du Côté de chez Swann »)

Les gens ont une autre vie que celle qu'on leur connaît, ou qu'on imagine. Parfois même plusieurs. Je ne crois cependant pas que les gens viennent d'autres planètes. Même s'il y en a qui disent.

7.
« J'en sais quelque chose, j'avais une amie qui a aimé une espèce de poète. Dans ses vers il ne parlait que de l'amour, du ciel, des étoiles. Ah ! ce qu'elle a été refaite ! Il lui a croqué plus de trois cent mille francs. »
(Proust, « Du Côté de chez Swann », [Odette])

Je l'ai toujours dit, il faut se méfier des vivants. Les vivants, ils ne restent tranquilles que morts. Et encore, paraît qu'il y en a qui reviennent. Quant aux poètes, avec leurs poches trouées et leur ventre vide, zont défois de ces appétits terribles.

8.
« Sauf en lui demandant la petite phrase de Vinteuil au lieu de la « Valse des Roses », Swann ne cherchait pas à lui faire jouer des choses qu'il aimât et, pas plus en musique qu'en littérature, à corriger son mauvais goût. »
(Proust, « Du Côté de chez Swann »)

Dans le genre chanson comique, amusante, drolatique, il y a « La Dame de Ris-Orangis », de Bernard Lelou et Ricet Barrier, qui « arrivait gare d'Austerlitz / Chaque matin à huit heures moins dix » et « vérifiait les signatures / au Ministère des Fournitures ». Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 novembre 2023.

10 novembre 2023

L'OEIL POUR L'OEIL ET LA DENT POUR LA DENT

L'OEIL POUR L'OEIL ET LA DENT POUR LA DENT

A la scène 2 de l'acte III du Cid, de Corneille, que trouve-t-on ?

- De quoi se faire des cheveux,
- De quoi se faire des chevaux,
- Des croix de bois, croix de fer, si je mens que j'aille en enfer,
- Qu'il « vous faut de sanglantes victimes », (on appelle cela la guerre, et c'est atroce),
- Le clip en noir et blanc avec comme du sang sur les lèvres avec comme du sang dans la bouche, la chanson « A War Is Coming », de Jeanne Added qui chante :
« This body of mine
It's humanity
It's what I love
What I hate
No escaping
No way out »
- Un manque de foi, un mal de tête, un foie malade, une tête coupée,
- Une « colère juste » et des « pleurs légitimes »,
- La douleur de Chimène, le désarroi de Rodrigue,
- Le bras vengeur de Don Sanche (il est amoureux de Chimène),
- Une guerre de plus au Moyen-Orient, un féminicide de masse, l'éternel massacre des Innocents, le Hamas, la résistance d'Israël, les frappes de Tsahal, les walking dead que sont désormais les terroristes du Hamas,
- Une vengeance par les armes, l’œil pour l’œil et la dent pour la dent,
- Don Sanche s'en prenant à la justice du roi, bien trop longue, cependant que le vieil honneur des seigneuries est bien plus prompt à venger les injures,
- Une fin de non recevoir, un verre de whisky, celui que, dit-on, Churchill prenait toutes les deux heures, des diplomates et des forces spéciales, les bombes sur Gaza, les corps suppliciés du 7 octobre 2023, la guerre existentielle d'Israël, le malheur du monde sur la scène internationale, Poutine et ses idolâtres, les traîtres français, les demi-traîtres et les agents doubles, l'Ukraine saignée, la grande peur de l'Occident, la lutte pour la vie, la loi du plus fort, la loi du plus fort maquillée en droit international, l'impuissance de l'ONU, des statistiques sur les crises en cours, les crises à venir, la fin de nos temps,
- L'hypocrisie de Mélenchon (mais pour qui travaille-t-il au juste?)
- L'exemple de vocabulaire : « half dead with hunger / exhaustion / fear »,
- Le souvenir que j'ai de mon professeur de français de quatrième qui nous fit découvrir « Le Cid » (c'était à Hénin-Beaumont, il y a trop longtemps pour que je m'en souvienne sérieusement),
- Les illusions de la gauche, les vacheries de la droite,
- Le coq au vin que je ne mangerai pas dimanche,
- Le poisson du vendredi et sa double vie,
- Le carnage, c'est-à-dire la boucherie,
- « Et que de mes malheurs cette pitié vous dure »
(Corneille, « Le Cid », III, 2 [Chimène à Don Sanche])

Patrice Houzeau
Malo, le 10 novembre 2023

9 novembre 2023

DE TEMPS EN TEMPS SUIVI DE DRAGONS

DE TEMPS EN TEMPS SUIVI DE DRAGONS

DE TEMPS EN TEMPS

« De temps en temps un photographe descendait de sa chambre. »
(Simenon, « Le Chien jaune »)

De temps en temps  Zut fait quelque chose, de
Temps en temps, quelque chose de mystérieux,
En tout cas il me semble que c'est mystérieux, de
Temps en temps il me semble que c'est mystérieux.
Un photographe en ferait-il un cliché ? Un
Photographe, comme s'il était question de photographe,
Descendait, comme s'il y avait des escaliers,
De sa chambre où Zut n'était pas, dans
Sa chambre, Zut, alors que, dans sa
Chambre, elle aurait dû y être, puisque je l'entendais remuer, la Zut, dans sa chambre, et que pourtant elle n'y était pas. Je vous l'ai dit, de temps en temps, Zut fait quelque chose de mystérieux.

DRAGONS

« L'un est roux et l'autre blanc ; ils sont sous deux rochers, ils sont énormes et connaissent chacun l’existence de l'autre. »
(Robert de Boron, « Merlin », [Merlin])

L'un, - Merlin parle d'un dragon aveugle – l'un
Est roux. C'est curieux, un dragon roux. Il me fait penser à un chat
Roux, ce dragon roux. Un chat crache mais pas des flammes.
Et l'autre – Merlin parle d'un second dragon –
L'autre (il y a toujours autre chose, n'est-ce pas?)
Blanc. Blanc, ça me fait penser au jeu d'échecs, ou à blancs les loups.
Ils – nous parlons des deux dragons – ils
Sont sous deux rochers. Pourquoi « sous » ? Je suppose que
Sous ces deux rochers, les
Deux dragons ont leur chambre à coucher. Les
Rochers, que font-ils dessous, ces deux bestiaux lance-flammes ?
Ils jouent aux cartes peut-être, aux énigmes, aux légendes.
Sont énormes, les deux dragons. Ça doit faire peur.
Enormes. Ça me fait penser à Godzilla. Enormes,
Et comme ils sont deux, et depuis longtemps, ils se
Connaissent et loin de chercher à s'cramer le mutuel,
Chacun admet assez philosophiquement
L'existence de l'autre, sinon ça serait pas vivable.
De l’existence de ces deux dragons, je ne suis pas certain. C'est
L'autre monde, celui qu'on dit et qui n’existe pas.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 novembre 2023.

8 novembre 2023

LA SCENE EST A SEVILLE PUISQU'ELLE N'EST PAS A CONCARNEAU

LA SCENE EST A SEVILLE PUISQU'ELLE N'EST PAS A CONCARNEAU

1.
« Je l'ai de votre part longtemps entretenu ;
J'ai fait mon pouvoir, Sire, et n'ai rien obtenu. »
(Corneille, « Le Cid », II,6 [Don Arias à Don Fernand])

Que signifie ici l’expression « J'ai fait mon pouvoir » ?

- Qu'en « se réclamant d'Isis, Cléopâtre II gagne en popularité et en poids politique » - entendu cela dans un documentaire sur Arte de la série « Reines de l'Egypte antique » consacré à Cléopâtre II -, que je n'savions point qu'il y avait eu plusieurs Cléopâtre et que comme le dit une intervenante : « Isis était habituellement vue comme une divinité maternelle et protectrice » et qu'elle était « la plus grande divinité de l'Egypte antique ».
- Parce que la première ligne du roman « Le Chien jaune », de Simenon, est : « Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. », et non pas : « Je préfère les spaghettis sauce bolognaise aux pâtes à la carbonara. », et encore moins : « J'ai fait mon pouvoir, Sire, et n'ai rien obtenu.
- Que Don Arias a fait son possible pour calmer les ardeurs querelleuses du Comte, le but étant d'empêcher le duel entre Don Gomès et Don Rodrigue, et ainsi affirmer l'autorité royale sur les traditions héritées de la féodalité dont se réclamaient si souvent les nobles.

2.
« Chimène à vos genoux apporte sa douleur ;
Elle vient tout en pleurs vous demander justice. »
(Corneille, « Le Cid », II, 7 [Don Alonse à Don Fernand])

Pourquoi qu'elle est « tout en pleurs », Chimène ?

- Parce que comme l'écrivit l'historien Flavius Josèphe : « Dans le combat, le cheval de Ptolémée, [Ptolémée VI, l’époux de Cléopâtre II] effrayé par le barrissement d'un éléphant, se cabra et désarçonna le roi. » Ses ennemis en profitèrent et, grièvement blessé, Ptolémée mourut quelques jours plus tard, même que c'était en – 145.
- Parce qu'un personnage du roman « le Chien jaune », de Simenon, raconte à Maigret qu'il « y a peut-être cinq ans de cela », un tireur de cartes, lui a annoncé : « - Vous aurez une vilaine mort... une mort violente... Méfiez-vous des chiens jaunes... ».
- Parce que, quelques vers plus haut, Don Alonse annonce au roi :
« Sire, le comte est mort :
Don Diègue, par son fils, a vengé son offense. »
(Corneille, « Le Cid », II,7)

3.
« Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu son sang
Couler à gros bouillons de son généreux flanc ; »
(Corneille, « Le Cid, », II, 8 [Chimène à Don Fernand])

Là, je fais une pause parce que je pense à ce que j'entends sur France Inter, que les rats, selon des expériences récentes, seraient plus intelligents que l'on tagadait la fraise. D'ailleurs, certains font de la politique. Du coup, ça ne m'étonne pas. Bon, continuons :

« Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles,
Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles,
Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux
De se voir répandu pour d'autres que pour vous, »
(Corneille, « Le Cid, », II, 8 [Chimène à Don Fernand])

Je constate que Chimène n'est pas contente.
D'ailleurs, elle ne fait pas de jeux de mots.
Elle ne fume pas non plus la pipe. C'est le sang « qui tout sorti fume encor de courroux ». Ceci est une hyperbole.
Je pense qu'elle est très froide d'une très froide colère ou alors, terrassée par l'émotion, elle a « la voix qui me manque à ce récit funeste », dit-elle, même que « Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste. », dit-elle aussi, parce que tout de même, il y a une anaphore.

4.
« Quoi ? viens-tu jusqu'ici braver l'ombre du Comte ?
Ne l'as-tu pas tué ? »
(Corneille, « Le Cid, », III, 1 [Elvire à Rodrigue])

Elvire, la « gouvernante de Chimène », comme nous le lampe à huile la didascalie initiale, n'est pas plus contente que Chimène.
D'ailleurs, elle ne chante pas de chansons paillardes.
Je ne pense pas non plus qu'elle fume la pipe.
Elle passe un savon à Don Rodrigue, - qu'elle tutoie, dis -, lequel a un peu trépassé le Comte, « Puisque qu'aujourd'hui mon père est l'offensé / Si l'offenseur est père de Chimène. », qu'il a dit.
Don Rodrigue est bien piteux.
Lui non plus ne chante pas de chansons paillardes.
Il ne fume pas la pipe.
Il n'a même pas de nez rouge et de pistolet à eau.
« Je cherche le trépas après l'avoir donné. », qu'il dit, le Cid malheureux comme une guitare qui n'a plus ni âme ni doigts.

5.
« Vous savez qu'elle marche avec tant de langueur,
Qu'assez souvent le crime échappe à sa longueur ; »
(Corneille, « Le Cid, », III, 2 [Don Sanche à Chimène])

Vous savez de quoi qu'il cause, le don Sanche, même qu'il est amoureux de Chimène, laquelle aime Rodrigue, lequel vient de lui trucider son père à Chimène ?
Il parle de l'institution de la Justice.
Comme quoi, les choses n'ont guère changé depuis le 17ème siècle, et qu'au 21ème siècle aussi, la Justice prenant son temps, les criminels courent les rues.
Et discourant sur la Justice, don Sanche n'évoque ni l'art de la choucroute, ni les OVNI, ni le destin de Cléopâtre II, laquelle rentra en guerre contre son mari, Ptolémée VIII, lequel fit assassiner son propre fils, à lui et Cléopâtre II, même que Cléopâtre II fut la mère de Cléopâtre III, ce dont Sanche se fiche, ainsi que des guerres en cours au 21ème siècle, et qui sont cause de nombreux massacres de civils.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 novembre 2023.

7 novembre 2023

LA VALEUR N'ATTEND POINT QU'ON LUI SONNE LES CLOCHES

LA VALEUR N'ATTEND POINT QU'ON LUI SONNE LES CLOCHES

1.
« Percé jusqu'au fond du ….
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, »
(Corneille, « Le Cid », I,6 [Rodrigue])

Quel est le mot manquant ?

- le mot « gong » ? Ce serait donc qu'il l'aurait très frissonnant, Rodrigue, le muscle à palpitations ?
- Le mot « cirque » ? Chaque bipède n'est-t-il pas le clown triste d'un cirque qu'il se joue pour lui seul, fis-je en mangeant un violon.
- Le mot « schleuck », lequel désigne très exactement le son du ravioli tombant sur un amas de feuilles mortes (mais, évidemment, il faut qu'il pleuve des raviolis) ?
- Le mot « verre » ? Ciel, Don Rodrigue, accablé de soucis et de dilemme cornélien, se serait-il mis à la picole ?
- Le mot « cœur » parce qu'à ma connaissance, Rodrigue ne mettait pas de bigoudis ?

2.
Constatant que le duel entre lui et Rodrigue est désormais inévitable, le Comte, à la scène 1 de l'acte II du Cid, de Corneille, dit :
« Mais puisque c'en est fait, le coup est sans … . »

Quel est le mot manquant ?

- le mot « écho » ? Du reste, Corneille n'a-t-il pas écrit :
« Mais puisque c'en est fait, le coup est sans écho
Des savanes où mon âme erre et traîne un âne. » ?
Non, il ne l'a pas écrit. Il n'y a sans doute même pas songé. La plus belle femme du monde, si elle n'a que des œufs dans son frigidaire, elle ne peut que vous faire une omelette, mais reste la plus belle femme du monde.

- le mot « surcoût », ce qui signifie que, puisque « le coup est sans surcoût », le Rodrigue va recevoir l’exacte monnaie de sa pièce, et dans les tragédies, les affaires d'honneur se finissent bien plus mal que les histoires d'amour dans la chanson des Rita Mitsouko.

- Le mot « potage », car, puisque « le coup est sans potage », on va vite trancher dans le vif du sujet en croisant le fer et comme le dit Rouletabille dans « Le Mystère de la chambre jaune », de Gaston Leroux : « Maintenant, il va falloir manger du saignant ».

- Le mot « remède » et puisque « le coup est sans remède », préparez vos mouchoirs, c'est là qu'ça va s'nouer, car, comme le dit Rodrigue à la fin de l'acte I :
- « Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,
Si l'offenseur est père de Chimène. »

3.
« Je suis jeune, il est vrai : mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend point …................................. . »
(Corneille, « Le Cid », II,2 [Don Rodrigue au Comte])

Quelle est la fin de ce vers ?

- « à l'arrêt d'autobus » ? En effet, « la valeur n'attend point à l'arrêt d'autobus », parce qu'au 17ème siècle, on n'avait pas encore inventé l'autobus, pas même la mobylette, voyez, et puis pourquoi qu'il prendrait l'autobus, Don Rodrigue, hein, pourquoi ?
- « qu'on lui sonne les cloches » ? En effet, « la valeur n'attend point qu'on lui sonne les cloches » car, détestant le vacarme et les remontrances, elle dégaine son revolver avant même que le fâcheux le fâchât et en fait du pâté de foie, du fâcheux là.
- « le nombre des années » ? En effet, « La valeur n'attend point le nombre des années », et toute petite déjà, elle étranglait des serpents dans son berceau et assommait des nurses à coups de gourde.

4.
« Un orage si prompt qui trouble une bonace
D'un naufrage certain nous porte la [ou les] …......... »
(Corneille, « Le Cid », II, 3 [Chimène à l'Infante])

Quel est le mot manquant ?

- le mot « carcasses » ? Chimène a une vision ; elle voit débouler des flots tout un naufrage de carcasses de noyés, de foudroyés des canons, de sans tête, sans bras, spectres et squelettes des galions engloutis.
- Le mot « menace » ? Quand un orage éclate soudainement alors que la mer est toute bonace (c'est-à-dire calme), c'est qu'il y a anguille dans les cieux ; du coup, ça fait du naufrage, ce qui signifie qu'elle les pressent mal, la Chimène, ses noces avec Rodrigue.
- Le mot « vinasse » ? Ah ça oui, la vinasse, ça cause du naufrage, qu'on titube et qu'on a bien du mal des fois à rentrer au port.
- Le mot « pouffiasse » ? Chimène pressentirait-elle quelque rivale ? Rodrigue serait-il volage ? Pourquoi êtes-vous si pâle ? Et quelle est cette tête de bouc qui traîne dans le potage ?
- Le mot « carnasse » ? C'est que, dans le bassin minier des années 70, il la traînait, sa carnasse à classeurs et cahiers, au retour de l'école et longeant les marronniers, le pauvre Toto, la tête pleine de zéros.

5.
A la scène 5 de l'acte II, l'Infante espère que Rodrigue sortira vainqueur du duel et que, ne pouvant dès lors épouser Chimène puisque « l'offenseur est le père de Chimène », c'est elle, l'Infante, qui du Cid aura le cœur. Ah, folle ardeur ! Elle le dit :
« Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare : »
(Corneille, « Le Cid », II, 5 [L'Infante à Léonor])

Quel est le vers suivant ?

- « Nanani nananère, et mon esprit s'égare
Dans des gares où nul train jamais ne s'arrête ?
- « Tralali tralalo, et mon esprit s'égare :
Vais-je m'laisser pousser la barbe et la moustache ? »
- « Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare :
Tu vois par là quels maux cet amour me prépare. »

Patrice Houzeau
Malo, le 7 novembre 2023.

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