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BREFS ET AUTRES

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23 janvier 2024

STUPIDITES AUTOUR D'UNE PORTE ET AUTRES FRITERIES

STUPIDITES AUTOUR D'UNE PORTE ET AUTRES FRITERIES

1.
« Aviez-vous déjà remarqué cette porte ? » demanda-t-il.
M.Utterson fit oui de la tête. M. Enfield ajouta :
« Elle me rappelle une bien curieuse histoire. »
(Robert Louis Stevenson traduit par Charles Ballarin, « L'Etrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde », « Histoire de la porte »)

2.
« Toujours serons enfants de la bruyère et » puis nous rentrerons manger des galettes de pommes de terre, ou des pâtes au gruyère, ou des gougères au comté, ou des éclairs au café, ou d'autres comestibles du frigidaire, à condition bien sûr que les enfants de la bruyère soient faits comme tous les enfants de la terre.

3.
« et, bien que très amateur de spectacles, n'avait pas » cru bon de sortir ce soir d'autant qu'il n'était pas plus chez lui qu'il était ailleurs et qu'il se disait qu'il y serait mieux.

4.
« demandaient en vain ce que ces deux êtres pouvaient » bien faire ensemble ; d'ailleurs, ils ne s'étaient jamais rencontrés, et leur existence même était déjà remise en doute par d'autres anonymes.

5.
« coquetterie ; si bien que les devantures des échoppes » ne se mirent pas à taper la discute avec les passants car les devantures des échoppes ne peuvent pas parler, cependant que les jeunes filles contemplaient les vêtements qui apparaissent dans les vitrines comme autant de fantômes d'une vie qu'on n'a pas.

6.
« Aviez-vous déjà remarqué cette porte ? » demanda la femme à barbe car c'est tout le truc des portes fantômes qu'elles apparaissent comme elles le veulent, à toute heure du jour et de l'autre, ouvrant sur des pièces absolument vides et dans lesquelles vous ne pénétrez jamais.
Note : je me demande bien pourquoi la femme sans tête porte une barbe. Ce ne doit pas être facile.

7.
« bourg, et à peu près aussi expansif qu'une cornemuse » oubliée dans une arrière-salle d'auberge dans la campagne très loin, où personne ne sait jouer de cornemuse, ni même ce que c'est qu'une cornemuse, même qu'ils l'appellent « la chose » et qu'ils se demandent si elle ne serait pas envoûtée défois, rapport à ce qu'on entend la nuit.

8.
« authentique. Je pris la liberté de faire remarquer à » l'homme, lequel se ressemblait tellement qu'on aurait dit lui-même, que je ne sais plus du tout ce que j'ai pris la liberté de faire remarquer à l'homme dont je me disais bien aussi que je l'avais déjà vu quelque part.

9.
« personne n'aurait voulu, un vrai suppôt du diable. » Je ne sais d'ailleurs plus de qui il parlait car les « vrais suppôts du diable » étaient aussi courants dans la conversation du pasteur Hizet que les feuilles sont nombreuses quand elles sont nombreuses et qu'elles se multiplient, les feuilles, couvrant le ciel, les feuilles, bouffant le ciel, les feuilles, remplaçant les zoziaux du bon dieu par des serpents ailés, de voraces moules volantes et des rois-lézards chantant des diableries dans une langue que personne n'y comprend ni roi, ni dame, ni valet.

10.
« jamais fait de mal à une mouche en reçoit une sur la » tête qu'il avait perdue alors qu'il cherchait son pied droit (le pied gauche se sentant bien seul), mais, sans tête, comment voulez-vous avoir les yeux pour voir et les mots pour le dire ? Aussi ne retrouva-t-il jamais son pied droit et, à midi, se contenta d'une portion de frites, la viande étant trop chère.
Remarque : je me demande comment il a fait pour les manger, ses frites. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas.

11.
« sembler étrange. Pour ne vous rien cacher, si je ne » cherche pas à savoir qui je suis, sachant que ce que je suis, je ne le sais pas moi-même et que les autres le savent encore moins que je l'ignore, de telle sorte que je puis bien penser que je ne suis jamais qu'un ensemble de possibles, dont je ne suis même pas sûr qu'ils aient un sens puisque qui peut savoir ce qui est possible à quelqu'un dont nous ne connaissons en fin de compte que peu de choses, sinon qu’aux échecs, j'ai appris ce qu'est le « système de Londres », et que c'est intéressant, cette histoire de fou.

12.
« Voilà qui nous incite une fois de plus à nous taire », dis-je à mon ombre, laquelle me fit remarquer que le plus bavard des deux n'était certainement pas elle et que j'étais d'une mauvaise foi qui n'avait d'égale que la vélocité de l'araignée que j'avais au plafond. Je restai coi. Mon ombre ne m'avait jamais parlé sur ce ton.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 janvier 2024.

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22 janvier 2024

DES CHAUSSETTES DE L'ÂNE ET AUTRES COUINERIES

DES CHAUSSETTES DE L'ÂNE ET AUTRES COUINERIES

1.
« What is love, 'tis not hereafter,
Present mirth hath present laughter :
What's to come is still unsure.
In delay there lies no plenty,
Then come kiss me, sweet and twenty :
Youth's a stuff will not endure. »
(Shakespeare, « Twelfth Night » [Clown])

« Ne dis pas à l'amour : plus tard.
L'avenir est fait de hasards.
C'est aujourd'hui qu'il faut cueillir
Ce que demain viendra flétrir.
Vite un baiser, ma toute belle :
Jeunesse passe à tire-d'aile. »
(traduction : Pierre Leyris)

En français, on peut dire qu'on ne dit pas à l'amour « plus tard ». On peut le dire mais l'amour ne vous répondra pas, car l'amour n'a ni bouche, ni langue. Comment voulez-vous alors ? Si l'amour avait une bouche et une langue, il pourrait vous répondre et aussi manger car il n'y a pas de raison pour que, dès lors, l'amour n'ait pas d'estomac et donc d'appétit. On pourrait même penser que l'avenir pourrait vous dévorer, vous bouffer tout cru, vous digérer dans ses profondeurs amoureuses.
Conclusion : En français, vous pouvez dire qu'on ne dit pas à l'amour : « plus tard », il ne va pas vous manger.

2.
Il paraît que le président Macron voudrait généraliser le SNU en classe de seconde.
Je note que le président Macron n'est pas un âne. Car s'il était un âne, il ne voudrait pas généraliser le SNU en classe de seconde. Notez que si le président Macron était un âne, il ne voudrait pas le contraire non plus.
Du reste, le président Macron porte des chaussettes et un âne ne porte pas de chaussettes ; un mouton non plus ; un coq non plus ; un bœuf non plus ; et ils sont nombreux comme ça à ne pas porter de chaussettes, ce qui signifie que tous ces nombreux là ne veulent pas de la généralisation du SNU en classe de seconde et qu'en conséquence, le président Macron est minoritaire.
Notez que tous ces nombreux là ne voudraient pas du contraire non plus. Ce qui leur fait un point commun avec le président Macron et donne à penser que si le président Macron n'est pas un âne, il peut parfaitement s'entendre avec tout un tas d'ânes. Pour faire quoi ? Des âneries, bien sûr.

3.
Je ne sais pas si Gérard Depardieu est un grand malade ou un odieux perubu.
Je sais que Gérard Depardieu est un grand acteur (ceci dit, je peux m'en passer, car il y a tout un tas d'autres films formidables sans Depardieu dedans et quand même que les acteurs qui y gagnent leur vie sont très bien, épatants, méritoires et articulants).
Je sais aussi que lorsque le président Macron défend Depardieu en disant qu'il l'apprécie beaucoup en tant qu'acteur, d'abord on s'en fout, et ensuite, tel n'est pas le propos car il est vrai que l'on peut être un grand malade (ou un odieux perubu péteur-roteur) et en même temps un grand acteur, de même que l'on peut être président de la république française et pondre des âneries (ce qui n'est pourtant pas recommandé par la Constitution).

4.
« Hoffmann replongé dans sa rêverie, qu'échauffaient le poêle, le tabac et le vin de Bourgogne, demeura quelque temps silencieux. Mais soudain relevant la tête :
« On guillotine donc beaucoup ici ? dit-il. »
(Alexandre Dumas, « La Femme au collier de velours »)

En français, la question « On guillotine donc beaucoup ici ? » est grammaticalement correcte mais obsolète car cela fait longtemps qu'au pays de Voltaire, de Hugo et de Badinter l'on n'utilise plus la bascule à Charlot. La phrase pourrait se comprendre au sens figuré de la mort sociale, mais elle ne s'emploie guère. On dira plutôt : « Les têtes tombent-elles souvent ici ? » ou « Y a-t-il beaucoup de turn-over dans la boîte ? »
Sans évoquer la mort sociale, il y a quelques temps, on aurait pu demander s'il y avait beaucoup de borgnes dans le pays mais cette forme d'humour noir n'est pas appréciée par tout le monde, loin de là.
Dans la Russie de Poutine, on pourrait demander : « Les fenêtres sont-elles sûres ici ? » ou « Tombe-t-on souvent par la fenêtre dans le quartier ? » (et ce ne serait pas au sens figuré) mais quelque chose me dit que peu de gens, voire personne, ne se risquent à poser une question si dangereuse pour la santé.

5.
Les politiques français aiment et la démocratie et les élastiques. Certains plus que d'autres. Il y a même un moment où les élastiques sont si tendus qu'on a l'impression que la démocratie pourrait bien craquer.

6.
L'administration est un dieu discutable. Du reste, Dieu est sans doute le premier être dont l'existence virtuelle est avérée par son influence sur le destin de nous autres, bipèdes plus ou moins perspicaces.

7.
Je n'ai rien à dire sur Rachida Dati. Ça doit être parce que je m'en fiche.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 janvier 2024.

 

 

 

 

 

21 janvier 2024

PLUSIEURS ET IGNORÉ

PLUSIEURS ET IGNORÉ

1.
« L'ennui de vivre avec les gens et dans les choses
Fait souvent ma parole et mon regard moroses »
(Verlaine)

En français, on peut s'ennuyer « de vivre avec les gens et dans les choses ». Cela signifie sans doute que l'on préfère souvent rester seul et que l'on se sent souvent encombré.

On peut supposer que l'ennui de vivre avec les choux et sur les roses pourrait se comprendre comme une tentative dépitée de se mettre au vert.

On pourrait aussi évoquer l'ennui de vivre avec soi, soi-même et son double. Mais cela nous emmènerait dans des zones où je ne me coupe jamais le nez.
Ceci dit, je puis écrire aussi :
L'ennui de vivre avec soi, soi-même et son double...
Et pourtant jamais que j'en mange, du gras-double.
Mais ça, c'est parce que j'exagère.

2.
« Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
Éclaire la forêt des coraux abyssins
Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
La bête épanouie et la vivante flore. »
(José-Maria de Heredia, « Le récif de corail »)

En français, on peut imaginer que « le soleil sous la mer » éclaire tout un tas de trucs sous-marins qui mêle « la bête épanouie et la vivante flore. » Nous constaterons que la bête des profondeurs y est « épanouie » (ce qui ne nous fait ni chaud ni froid et, qui à vrai dire, reste assez flou quant à la nature de la « bête » que moi, je m'imagine une méduse où quelque chose du genre). Quant à la vivante flore, c'est fort heureux, car si elle était morte, la « vivante flore », eh bien, ça vous pousserait à je ne sais quelle mélancolie, et se poserait alors la question du bon usage du Heredia dans le « réarmement civique » que notre bon président Macron appelle de ses vœux pieux.

3.
« Ah ! sur les terrasses en prenant nos épaules »
(René Ghil, « Nuit aux terrasses »)

En français, il est grammaticalement correct d'écrire : « Ah ! sur les terrasses en prenant nos épaules » et l'on notera qu'il doit faire froid là, sur les terrasses, parce qu'on le voit bien, dans le kino de sa caboche, le geste de se croiser les bras pour que les mains, lesquelles sont au bout des bras comme le train est dans le champ de vision de la vache – à moins, bien sûr, que les agents de la SNCF soient en grève ou que les vaches soient à la foire -, pour que les mains donc, atteignent les épaules et ceci afin de protéger le reste du corps du froid. On s'interrogera aussi sur l'utilité d'aller sur les terrasses pour s'y prendre les épaules alors qu'on pourrait très bien rester chez soi et se faire des crêpes. Ce qui donne à penser que parfois les poètes ne savent pas quoi faire de leurs vers.

4.
La politique tend-elle à devenir une donnée universelle du n'importe quoi ?

5.
« Un théâtre en plein vent, où, le long de la rue,
Passe, tantôt de face et tantôt de profil,
Un mimodrame, avec changements à vue »
(Théodore de Banville, « La ville enchantée »)

En français, on peut évoquer « un théâtre en plein vent où, le long de la rue ». C'est le genre de vers qui me retient car « le long de la rue » et le « en plein vent » me font songer qu'ils sont hantés d'un théâtre qui passait là, dans ces rues révolues, et dont on trouve un exemple, un écho, une trace, un passage dans l'extraordinaire tableau de Balthus intitulé « La Rue ». Quelqu'un passa, qui était plusieurs et qui était ignoré.

6.
La crise de 1929 fut un des déclencheurs des événements qui menèrent à la Seconde guerre mondiale. Est-il illégitime de penser que la crise de 2008 est un des paramètres originels d'une série d'événements qui ont mené au conflit russo-ukrainien ?

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2024.

20 janvier 2024

ETRE DEBOUT TARD

ÊTRE DEBOUT TARD
1.
« Pareil au timbre lent d'un immense gong, le jaune envahissait les bois »
(John Updike traduit par Maurice Rambaud, « Les Sorcières d'Eastwick »)

Pareil que je me répaille, que je me voue
Au crâne que me veux-tu avec ta tête de mort ? Que je me
Timbre noir le tempérament, que je me pianote le
Lent ramentevoir et son harmonica des nostalgies.
D'un coup de couteau, un type de 20 ans tue un môme de 14 ans ; c'est même plus un fait divers exceptionnel, ça devient d'une effrayante banalité ; c'est la France de 2024, des technocrates et des pédagogistes, la France qui fout le camp.
Immense foutoir le monde, foire à l'armement, au massacre, à la saloperie bénie, à la gestion des misères, que je me disois en m'alertant du
Gong et des pérégrinations électriques que l'on entendait jadis dans les galettes de Led Zeppelin.
Le jaune, c'est pas spécialement ma couleur, mais faut dire, ça en jette, le
Jaune, le solaire, le blond façon champ de blé. Dans la phrase de John Updike, il
Envahissait, le jaune,
Les arbres de toutes sortes, les
Bois quoi que je pensais qu'en ce moment, c'était surtout la connerie qui envahissait tout, avec une grande célérité de promesse électorale.

2.
« Nay, by my throth, I know not : but I know, to be up late is to be up late. »
(Shakespeare, « Twelfth Night », II, 3 [Sir Andrew])
« Non, par ma foi, je ne sais pas ; mais je sais qu'être debout tard, c'est être debout tard. » (trad : Pierre Leyris)

Non car faut pas chouiner pour tout, dit le roi à son ministre.
Par exemple qu'il y en a qui l'ont mauvaise dans l'existence, dit le ministre au bouffon.
Ma petite vie, eh bien, par ma
Foi, elle est petite, mais pas si mauvaise, y a pire, répond le bouffon.
Je ne suis pas devenu celui que j'ai rêvé d'être. Je
Ne m'en veux pas pour cela et
Sais bien que cela importe peu aux asticots, qu'il dit aussi le bouffon.
Pas la peine de se mettre la rate au court-bouillon, dit le roi à son ministre.
Mais quand même je suis anxieux qu'il dit aussi le roi.
Je me regarde le je et me dis non mais quelle andouille qu'il dit aussi le roi.
Sais bien que se faire un monde de tout vous empêche d'avancer,
Qu'être si ramantevant c'est pédaler dans un passé qu'existe
pas, qu'il dit aussi le roi.
Debout encore debout que je suis et j'espère qu'il sera bien
Tard quand le grand Truc m'escamotera, mais nom de Zeus,
C'est que je veux rester vif de la comprenette.
Être aux anciens je veux bien mais
Debout, des chansons plein la caboche et du venin dans la langue et
Tard, tard, tard, devant ma dernière chope de bière.

3.
Je pensai à Poutine. Un cafard passa. J'écrasai l'un en pensant à l'autre.

4. Quand en 2017, Macron parlait d'en finir avec « l'ancien monde », je ne pensais pas que c'était pour en revenir à un monde plus ancien encore, celui des uniformes et de l'ordre moral déguisé en « réarmement civique ».

Patrice Houzeau

Malo, le 20 janvier 2024.

18 janvier 2024

AUSSI ABSURDE MAIS AVEC DU VOCABULAIRE

AUSSI ABSURDE MAIS AVEC DU VOCABULAIRE

1.
« Miss Bridget manifestait assez souvent un certain mépris à l'égard de ses sœurs humaines, mêmes celles qui avaient adhéré à sa Société. »
(Pierre Boulle, « Le Professeur Mortimer »)

Ce genre de réflexion sur la misanthropie me rend un sourire que ma sotte anxiété tend à me dérober chaque jour. D'autant que la Miss Bridget du roman a voué son existence à la défense des animaux.

2.
« - pour un observateur d'un tempérament froid, il revêtait un certain aspect, mais pour une âme chaleureuse, il prenait une coloration toute différente. »
(Nabokov traduit de l'anglais par Georges Magnane, « Le Guetteur »)

 

Pour ma très sotte anxiété, que faire ? M'ébaudir aux comédies,
Un clown de génie étant plus intéressant qu'un ministre médiocre (et la médiocrité ne manque pas en politique, c'est même un de ses traits caractéristiques à la politique que d'être surtout une affaire de médiocres).
Observateur je fus, mais maintenant je berlue, c'est qu'on en a vus, nous autres, des improbables !

3.
« Nous nous trouvions dans des conditions singulières. »
(un personnage d'un roman d'Agatha Christie dixit)

 

Nous nous argumentons la serine-moi-des-promesses nous
Nous berluons du politique c'est que nous nous
Trouvions sans cesse dans la singularité des conditions
Dans des circonstances à comment qu'ça va tourner s't'affaire
Des ruptures fractures malaises sociétaux récrimines crises et autres
Conditions qu'à peine ça se règle d'un côté v'là qu's'en alertent d'autres aussi
Singulières qu'les gens sont pas contents et de plus en plus nombreux qu'ça grince et coince dans le démocratique.

4.
« Il était resté époustouflé par ses manigances de sorcière »
(John Updike, « Les Sorcières d'Eastwick »)

 

Il était resté marivaugouin, tout à fait coi ; il
Etait resté vidouille et braquebaloin, tout à fait coi ; il était
Resté carneyé, carencé, canouistropé, tout à fait coi ; il était resté
Epoustouflé tandis qu'a s'a désaccordèrent, les guitares ; époustouflé
Par la façon dont le réel se mettait à changer de visage, comme si les visages de tous nos jours, au réel, on aurait dit soudain des grotesques, des caricatures, des malaises dans la temporalité, époustouflé comme si
Ses visages au réel, ils étaient tels qu'en eux-mêmes, j'vas gerber du cauchemar, qu'le réel, c'est rien que
Manigances manikoutais que de quoi que j'me dis de quoi que j'me dis de quoi que j'me dis
De quoi ? fis-je, révolté de tant d'absurde à nausée, mais la
Sorcière bien maquillée en bouteille m'assomma avant que je puisse me démarrer la corpulence.

5.
Quand je pense qu'il suffirait que je n'existe pas pour que personne n'en sache pas plus que si j'étais vivant, cela me laisse aussi songeur que lorsque l'ordinateur, avec une belle constance, me bat aux échecs.

6.
« Et ces orphéons, ces pétards, là-bas, dans la ville ! »
(Jules Laforgue, « Salomé » in « Moralités légendaires »)

 

Et voyez, je suis entouré de mots, des livres partout ; tous
Ces bouquins, je me dis défois qu'ils vont me manger, m'ensevelir, m'engloutir, tous ces
Orphéons de syllabes, ces clameurs muettes (pourquoi donc que l'image mentale d'une mouette m'envahit ah tiens) ; vont finir par me stupéfier, me dénommer, m'éparpiller l'être, tous
Ces textes géniaux, insipides, crétins, insignifiants, philosophiques ou le croyant, vivaces, malsains, troubles, dégoûtants, abscons, hermétiques, prétentieux, didactiques, humanistes, policiers, poétiques, honnêtes, écrits sans tête, sans queue, sans tripes, sans conviction ou dans l'ardeur des lendemains qui, systématiquement, déçoivent.
Pétards d'une révolution d'opérette ; brûlots d'un tas de crétineries.
Là-bas que j'me dis, dans tous ces ailleurs exotiques si loin de ma supérette et de mon bar-tabac du coin, doit y en avoir d'autres rigolos qui contemplent les piles de signes accumulés, regardent la misère du monde, et se disent aussi en écoutant à la radio pérorer les professionnels de la profession d'aligner des signes : « Bin tiens,bin voyons ».
Dans tous ce fatras littéraire, quoi donc ai-je cherché, quoi donc trouvé ?
La Raison avec un grand « R » d'avoir l'air ? Certainement pas, et je m'en vais dans la
Ville, aussi absurde que tant d'autres, mais avec du vocabulaire.

7. Relancer la natalité, qu'il a dit Macron. Pour faire quoi ? On est déjà huit milliards et au bord de la guerre mondiale. Ça vous excite tant que ça, la perspective des massacres ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 janvier 2024.

 

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14 janvier 2024

EN M'INTERVIEWANT LA CITROUILLE

EN M'INTERVIEWANT LA CITROUILLE

«Est-il moyen, ô Moi qui connais l'amertume,
D'enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m'enfuir, avec mes deux ailes sans plume
Au risque de tomber pendant l'éternité ? »
(Mallarmé, « Les Fenêtres »)

 

Est-il sot, le poète, avec ses mots qui ne servent à rien ? Est-
-il, incongru, stilal ? Pas
Moyen, en effet, de conquérir l'espace avec des rimes, de vaincre le cancer avec des rimes, de sauver la démocratie avec des rimes. Tout juste s'il vous amuse quelques instants, quand il ne vous ennuie pas.
Ô Poète, grand inutile, fais-moi des frites, sers-moi une bière, espèce de grand
Moi-y-a-qu'ça-qui-m'intéresse, moi
Qui me turluche me turlupine me turpitude me turnicote l'écoutille à échos, moi qui
Connais si peu de choses que je ris de me voir si sot en ce miroir. Quant à
L'amertume, oui, j'aime beaucoup la bière.

 

« D'enfoncer le cristal » ? Cher maître, vous avez de ces expressions !
Le cristal, quoi qu'il vous a fait, le
Cristal que vous vouliez ainsi « l'enfoncer » et lui casser sa lucidité ?
Par la fenêtre, on ne jette pas ainsi
Le bébé, l'eau du bain et tous ses cheveux. Quel
Monstre à tête de clown en vous demeure ?
Insulté que vous vous sentez. Je bois donc à la vôtre.

 

Et alors, j'ai pensé que ce n'étaient pas les masques qui faisaient le carnaval, mais les bipèdes agités derrière et aussi que j'aime beaucoup le groupe « The B-52's », et leur musique inventive, joyeuse et ironique, que je vous cite les premiers vers
De « Song For a Future Generation » (c'est amusant) :
« Wanna be the ruler of the galaxy
Wanne be the king of the universe
Let's meet and have a baby now !

 

Wanna be the empress of fashion
Wanna be the president of Moscow
Let's meet and have a baby now ! ».

 

M'enfuir ! Quelle drôle d'idée que je me dis en m'interviewant la citrouille.
Avec mes deux jambes et ma grande incapacité, où que j'pourrais bien aller ?
Mes envies d'azur étant très très très limitées, j'ai
Deux amours : mon chez-moi et la supérette du coin. Les
Ailes, c'est pour les anges, et les anges ne vont pas au bar-tabac. Et d'ailleurs,
Sans fortune, je n'irais pas bien loin. Me reste la
Plume, celle dont je suis plumé.

 

Au sacredouille que je finirouille ! Ah c'est que je
Risque bien de glisser dans la nadouille et
De m'y froisser la comprenouille, de
Tomber dans l'inconsistouille. Ce sera
Pendant un instant de distractouille que telle qu'en elle-même,
L'éternité voyez, eh bien, en attendant, la pluie, ça mouille.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2024.

 

 

8 janvier 2024

QUI TROP EMBRASSE RATE SON TRAIN

QUI TROP EMBRASSE RATE SON TRAIN

1.
S'il n'en reste qu'un, ce sera pas ma pomme. Je serai mort avant et j'aimerais avoir encore alors assez de jugeote pour balancer : « Et maintenant, bande de cons, démerdez-vous, si vous pouvez ».

2.
Qui trop embrasse rate son train.

3.
« Vous n'allez pas demander ce qu'elles pensent, à des personnes ici ou là... si elles sont pauvres elles s'en foutent bien !... »
(Céline, « Rigodon »)

L'a raison, ce fou... Les idées et grands principes républicains, c'est bon quand le frigo est plein... L'angoisse de la mistoufle, la scoumoune, voilà qui vous empêche... bigots à barbe et marchands d'illusions en profitent... croix diverses, paradis à houris pour suicidaires, trafics et influences, ordre moral, Sainte Russie eurasiatique... Bah, qu'il soit monarque, président, secrétaire général, duce ou Grand Mamamouchi, c'est toujours un roi qu'on guillotine.

4.
M'est avis qu'en Russie, qu'en Europe, qu’aux States, comme partout, même tralala... Y en a qui bossent, ou qui s'agitent, y en a qui picolent ou s'en mettent plein le pif, d'autres traficouillent, partouzent ou barbouzent, ou pigent que dalle et votent quand même... Les politiques quoi... M'est avis que c'est quand même pire en Russie que chez nos pommes... Mais c'est du ressenti... Vous me direz : y a qu'à mettre de l'Ordre... Ordre révolutionnaire à parti unique et constituante contrôlée, je suppose... ou alors, ordre moral garanti par les serviteurs du grand Machin qu’existe pas... La guerre alors, parce que voyez, que ce soit l'ordre révolutionnaire ou l'ordre divin, y a toujours dans les coulisses un Napoléon quelconque pour aiguiser ses couteaux...

5.
Quoi qu'il fasse, quoi qu'il conte, on a pas l'impression que Macron va pouvoir empêcher Marine Le Pen de gagner les présidentielles 2027. Ou alors faudrait la défaite de Poutine et la non-réélection de Trump... Et encore, pas sûr que ça suffise pour calmer les furieux et rassurer les inquiets... Une relance économique franche et massive pourrait faire l'affaire... On en est loin... Avec ça, la gauche a l'air dans les choux...
Reste que Marine Le Pen à l'Elysée, aurait-elle une majorité suffisante à l'Assemblée ? Pas sûr du tout... Pourrait se former un front républicain de la droite de raison à toutes les gauches pour lui saboter ses législatives.
Trois ans encore... C'est qu'il peut s'en passer des choses en trois ans... D'autant que l'Histoire s'accélère... violemment.

6.
La France, pays de merles moqueurs ; m'étonnerait qu'un parti extrémiste de droite ou de gauche pourrait longtemps s'installer dans un présidentialisme autoritaire. Les partis démocratiques ont déjà bien du mal à gouverner sans 49.3, alors, pensez, des apprentis dictateurs...

7.
L'autre jour, France Inter, Nancy Huston , Charles Pépin... me fait penser au parapluie de mon oncle... désaveu des « professeurs de désespoir » (Cioran, Kundera, Thomas Bernhard, Beckett, Houellebecq, zont pas dit Céline mais il va de soi). Ai pensé que, pour ma part, je préférais que quelqu'un prenne la peine, et avec talent, de me dire et avertir des choses telles qu'elles sont plutôt que d'écouter les bobards d'une « petite fée de l'espérance » - je ne parle pas de Nancy Huston qui me paraît très bien -, mais de celles et ceux qui, sourire aux lèvres et pleine conscience et autres positivités résonnantes à la bouche finiraient par m'entuber because que, convaincu et zozo, j’achèterai leur prose pour m'apercevoir que c'est que des conneries avec le mot « résilience » dedans.
J'ajoute qu'il faut le faire pour reprocher à Milan Kundera son « pessimisme » car d'abord, ce pessimisme se discute, et ensuite, faudrait pas oublier que l'homme, s'il n'avait pas pu rejoindre la France et l'Occident décadent, aurait très bien pu passer des années de prison ou d'hôpital psychiatrique dans un de ces paradis socialistes dont rêvent encore certains militants de la LFI. Et franchement, je ne pense pas que cela pousse à l'optimisme, surtout en ce moment.
Quant à Houellebecq, je ne sais pas trop quoi en penser. Je trouve son style passablement ennuyeux, voire très plat. Non, décidément, je préfère Cioran, Céline, Beckett et Kundera.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 janvier 2024.

8 janvier 2024

MONSTRES SACRÉS MON CUL

MONSTRES SACRÉS MON CUL

1.
Depardieu, Marlon Brando, Klaus Kinski ont en commun d'avoir marqué certains films par l’excellence de leurs interprétations. (« Les Valseuses » « Danton », « Sous le Soleil de Satan », et le « Cyrano » de Rappeneau pour Depardieu, « Reflets dans un oeil d'or », « Apocalypse Now », « Le Parrain »  et beaucoup d'autres encore pour Brando, « Aguirre » et « Fitzcarraldo » pour Kinsky). C'est indéniable mais tous les trois aussi laissent l'image de personnalités qui, à des degrés divers, ont pu mettre en danger physique les personnes avec lesquelles elles travaillaient. Inutile de revenir ici sur les nombreuses anecdotes qui courent sur les comportements agressifs, lunatiques, pervers ou obscènes, voire quasi irrationnels, de ces trois personnages. On en trouve facilement des traces. Et on a l'impression que ces trois acteurs de très grand talent ont utilisé leur charisme et le sentiment de puissance que semblait dégager leur seule présence sur les plateaux pour instaurer des rapports de séduction malsaine, de manipulation, de domination avec lesquels le réalisateur et les autres acteurs devaient apparemment nécessairement composer. On les a donc considérés comme des « monstres sacrés » et l'appellation est trompeuse, laissant croire qu'ils pouvaient tout se permettre. Je pense que l'appellation « acteurs monstres » leur convient mieux.
Je dis « acteurs monstres » et non pas de « génie ». Car sont-ils les seuls à avoir brillé par l’excellence de leurs interprétations ? Evidemment non. Impossible d'oublier le Humphrey Bogart du « Faucon Maltais », le Cary Grant de « La Mort aux trousses », le Mastroianni de « La Dolce Vita », Elizabeth Taylor dans « Cléopâtre », et l'on peut évoquer aussi les formidables incarnations cinématographiques de Raimu, de Harry Baur, de Greta Garbo, de Anna Magnani, de Claudia Cardinale, de Gene Kelly, de Fred Astaire, de Jean Gabin, Alain Delon, Belmondo, Jerry lewis, Louis de Funès, James Stewart, Chaplin, Lauren Bacall, Catherine Hepburn, Marylin Monroe, Ingrid Bergman, Catherine Deneuve, Jack Nicholson, et la liste est longue, très longue, très très longue liste des acteurs, actrices, comédiens, comédiennes qui ont marqué l'histoire du théâtre et du cinéma par une présence, un talent et un charisme évidents. Tous, sur leurs différents tournages, se sont-ils comportés de manière inappropriée ? Bien sûr que non, et en tout cas, pas de manière à laisser derrière eux une atmosphère de scandale et de perversité qui vient à l'esprit quand désormais on évoque Brando (ce que l'on raconte sur le « Dernier Tango à Paris » est quand même, si c'est avéré, absolument écœurant), Kinsky et maintenant Depardieu. Aussi ne faisons pas de ces trois exceptions des généralités et jugeons les pour ce qu'ils sont : des acteurs de très grand talent mais dont les comportements ont parfois pu ou doivent relever de la justice, et non de la fascination pour on ne sait quel « génie » qui les mettrait au-dessus de nos règles communes et de nos lois.

2.
Ce n'est pas parce que Poutine a attaqué l'Ukraine qu'il faut s'imaginer que le Père Noël parle russe et que sa fille va vous apparaître toute pimpante dans une bouteille de vodka. Quant à la corne d'abondance, j'ai vérifié, elle jacte pas russe non plus.

3.
Si Depardieu est vraiment ce qu'on dit qu'il est, eh bien cela ne m'empêchera pas de ronfler. Mais pour la photo dédicacée, ou même un simple autographe, c'est non. Qu'il aille se brosser, je ne les lui donnerai pas.

4.
Je suis beaucoup beaucoup plus fort au steak-frites-mayonnaise-bière qu'à la guitare. Du coup, je grossis. Quant à une carrière au music-hall, c'est hors de question.

5.
Je n'apprécie guère Luc Ferry. Surtout quand j'écoute les Rolling Stones. D'ailleurs, à chaque fois que j'entends le nom de Luc Ferry, j'ai envie d'écouter les Rolling Stones. Pareil avec Zemmour, mais là, c'est plutôt les endives au jambon. Je ne les écoute pas. Je les mange. Curieux.
Et allez savoir pourquoi, quand on me parle de Mélenchon, j'ai envie de manger du melon.

6.
Dans la liste des acteurs que j'admire, j'ai oublié (et ce n'est pardonnable que parce que je me pardonne aisément) le dit-on « impulsif, généreux et courageux » Clark Gable, magnifique dans l'un des meilleurs films de John Huston : « The Misfits » (1961).
Et aussi Max von Sydow dans ce film que je place au-dessus de tous les autres : le fascinant (ah oui) « Septième Sceau » d'Ingmar Bergman (1957), histoire d'un chevalier errant que la Mort attend et métaphore de l'humanité en quête de sens dans un monde absurde et violent.

7.
Romans et films ne sont que divertissement. Pourtant, nous admirons et les grands romanciers et les grands réalisateurs. Pourquoi donc ? Parce que nous y cherchons du sens. C'est que nous ne nous contentons pas d'obstinément nous agiter, il faut aussi que nous sachions pourquoi. C'est sans doute ce qui nous différencie des animaux et des bigots.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 janvier 2024.

8 janvier 2024

COMME TOUS LES MELANCOLIQUES

COMME TOUS LES MELANCOLIQUES

« Comme tous les mélancoliques, son esprit était attaché à une idée fixe, et cette idée était pour lui l'occasion d'une tristesse toujours renouvelée. »
(Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

Comme je me manigançais des formidables,
Tous les doigts se fichèrent dans l’œil.
Les doigts, on compte dessus. Ainsi, les
Mélancoliques comptent sur leurs doigts les minutes qui ne passent plus.
Son temps, au fasciné, il y a des fois, il ne passe plus, et son
Esprit grince comme s'il
Était encombré d'une suite de portes de plus en plus difficiles à franchir.

Attaché à l'idée, paralysé, encombré, concombré, jambonneau.
A cette heure là de la nuit, je puis bien penser jambonneau, pommes de terre sautées et demi de bière blonde si j'en ai envie.
Une fringale pourrait me prendre que j'ai dans l'idée que je vais me préparer quelque chose à grignoter. C'est que je mange moins que j'ai l'air d'avoir cette
Idée, revenante toujours revenante toujours revenante toujours revenante
Fixe donc, du ah ce que j'aimerais bien manger une bonne choucroute ;
Et, bien sûr, c'est à ne pas faire, car après, je dors et n'en fiche plus une.

Cette manie que j'ai de me manigancer des formidables et cette
Idée de l'avenir magnifique de mon petit paradis personnel dans mon coin de planète, elle
Était déjà là il y a lurette et vinaigrette savez – j'ai toujours vécu avec.
Pour ainsi dire, je n'en ai jamais connue d'autre – sauf la très sotte de tomber amoureux because que
Lui, le steak-frites, il s'en foutait de mes dépits. Du coup, je maigrissais.

L'occasion fait l'omelette.
D'une part, vaut mieux une bonne omelette que de vous casser les noix avec vous ne savez qui, et d'autre part, de tarte. La
Tristesse, c'est que vous risquez de crever tout seul, qu'on va vous retrouverez cadavéré périmé plus très frais, le nez planté dans une assiette de raviolis. C'est
Toujours ça que je me dis qu'on m'a dit souvent aussi, que je vais crever tout seul. La Mort, c'est pas une grande
Renouvelée. C'est toujours la même chose qu'elle fait, de débarrasser le plancher de certains pour les remplacer par d'autres. Et c'est ainsi que l'espèce croît et se multiplie jusqu'à ce que ça finisse par.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 janvier 2024.

 

5 janvier 2024

DU BON DU BLUES DU ROUBLE ET DU TODD

DU BON DU BLUES DU ROUBLE ET DU TODD

1.
Je classe Frédéric Dard et Georges Simenon parmi les géants du roman du vingtième siècle. Je lis sur twitter que certains feraient aisément de San-Antonio un anti-Maigret. Cela se discute. Il est vrai que si le style de Frédéric Dard dans les San-Antonio est florissant, virtuose jusqu'au surréalisme, néologisant, cultivant la trouvaille, le mot d'esprit, l'adjectif surprenant, l'adverbe étonnant, la métaphore midable, le style de Simenon est constitué d'une suite de brèves notations, sans effets particuliers, sans beaucoup d'adjectifs et encore moins d'adverbes, un style neutre, une écriture blanche et réaliste, quasi journalistique, qui est l'inverse de la langue haute en couleurs des San-Antonio. On peut préférer l'un à l'autre. Certains pompeux des universités les classeront tous les deux dans la paralittérature, dite aussi « littérature de gare », tant il est vrai que dans les tourniquets à livres que l'on trouvait jadis dans les gares et les librairies-papeteries de quartier, les Maigret côtoyaient les San-Antonio, et pour ma part, c'est avec nostalgie que j'évoque cette heureuse époque.

2.
L'album « The Allman Brothers Band at Filmore East » (1971) est excellent d'un bout à l'autre et contient une pépite : le très jazzy « In Memory of Elizabeth Reed ». Si vous aimez le rock joué par de vrais musiciens, vous trouverez le morceau facilement sur You Tube.

3.
5 janvier 2024. Si le rouble a cessé de dégringoler comme ce fut le cas lors de l'été 2023, avec un change de 99 roubles pour 1 euro (1 rouble = 0,01 euro), la monnaie russe reste très faible. Les risques d'inflation, notamment dans le secteur de l'alimentation, restent élevés.

4.
Je lis sur Twitter qu'Emmanuel Todd évoquerait un « déclin industriel et intellectuel » des Etats-Unis qui, selon lui, serait engagé depuis 1965.. Euh ? Internet, la NASA, les progrès médicaux et pharmaceutiques, ceux de leur technologie militaire (dont nous n'avons probablement qu'une faible idée), la dislocation du bloc soviétique grâce aussi à l'habileté de la politique étrangère de Reagan, Coppola, Spielberg, Scorcese, Richard Brautigan, Joyce Carol Oates, Toni Morrison, Jimi Hendrix, les Doors, Bob Dylan et tant d'autres, je suppose que cela ne prouve pas assez pour monsieur Todd la vivacité et l’excellence de l'industrie et de l'intelligence américaines...

Ce monsieur Todd évoquerait aussi la « facile avancée des forces russes dans le sud de l'Ukraine ». Ah ? « facile » est un adjectif que beaucoup de veuves et d'enfants russes désormais sans père apprécieront. J'ai plutôt l'impression que Poutine sacrifie vraiment beaucoup d'hommes pour des gains qui restent limités. Si la contre-offensive ukrainienne a été contenue, je n'ai pas le sentiment que la conquête de l'Ukraine par l'armée russe soit pour demain.

Je me suis procuré le numéro du « Point » du jeudi 4 janvier 2024 pour y lire l'entretien qu'y a accordé Emmanuel Todd. Il se trouve à la page 46 du magazine. Page 48, le démographe (puisqu'il se définit ainsi) après avoir remarqué que la population russe est « à peine supérieure à celle du Japon » [à 20 millions près quand même] affirme : « Ce pays fait 17 millions de kilomètres carrés ! Comment est-ce que les Russes pourraient avoir envie d'accroître leur territoire ? ».

a) C'est sans doute moins la majorité des Russes que la minorité poutinienne qui le veut.

b) C'est à l'Ouest que se trouve la population blanche et chrétienne. Il se pourrait que Poutine ne goûte que modérément les délires eurasiatiques d'un Douguine. D'autre part, la Russie est sous peuplée (144 millions), et la natalité de la population blanche et chrétienne est en baisse alors que celle des populations musulmanes reste forte. Peut-être que Poutine n'envisage pas non plus une Russie qui, à terme, s'islamiserait et s'orientaliserait, disons, un peu trop.

c) J'ajoute, mais là, j'avoue, je spécule, que je ne serais pas étonné d'apprendre qu'au sein des institutions russes (armée, finance, etc...) se déroule une lutte sourde entre partisans d'une poussée à l'Ouest et fanatiques d'une Russie eurasiatique et surpuissante. Quel est le plus féroce des deux camps ? Je ne sais pas.
Mais, dans les deux cas, l'Occident a tout intérêt à stopper Poutine dans ses prétentions.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 janvier 2024.

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