LA DERNIERE HEURE S'IMPATIENTE
LA DERNIERE HEURE S'IMPATIENTE
1.
« L’extérieur me paraissait l'ennemi, l'angoissant ; mon intérieur devait me servir d'abri, de cocon rassurant. »
(Jacques Sternberg, « Sophie, la mer et la nuit » [le narrateur])
Si l'on met l’extérieur en bouteille, ça peut faire pas mal de bouteilles. Et on n'a jamais assez de place. C'est pour cela que l’extérieur nous est limité. Bien sûr, on fait de la place en en vidant une de temps en temps. Mais défois ça nuit à la santé.
2.
« Le chemin circulait à travers une sapinière sordide, usée jusqu'à la corde par une invasion de chenilles qui avaient pendu des haillons gris dans tous les rameaux. »
(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)
Je note que l'on n'est pas obligé de placer un hussard sur son toit pour observer le travail de sape des chenilles dans la sapinière. Un civil peut tout aussi bien faire l'affaire. Mais il faut bien le nourrir.
3.
Je ne crois pas que le POTUS Trump mérite le prix Nobel de la paix. D'ailleurs, je pense que le POTUS Trump ne mérite pas grand-chose, sauf notre plus grand mépris et sans doute quelques années de prison.
4.
« Acate bone vïande » ne saurait vouloir dire : achète toutes les provisions, ni même toutes les bonnes choses qui sont dans la ville. A plus forte raison, si nous remplaçons la notion de ville par celle d'univers. »
(Lucien Foulet, « Petite syntaxe de l'ancien français »)
Si nous remplaçons la notion de ville par celle d'univers, alors la ville devient si petite qu'elle en devient invisible, ou alors il faut monter toute une expédition, avec aéronef, combinaison spatiale étanche (c'est un poisson) pour aller chercher le pain.
Je me demande si la raison la plus forte est toujours la meilleure façon de se faire cuire un œuf.
6.
A peine trois semaines de prison et hop là boum, voilà que le Nicolas Sarkozy nous pond un livre. « Le Journal d'un prisonnier », ça s'appelle. Sarkozy, c'est Beaumarchais, savez, c'est en prison, loin du tumulte du monde qu'il peut enfin donner libre cours à son génie littéraire (ou ce qu'il croit être son génie).
7.
« Oh ! les pas voyageurs et clairs des anciens dieux !
Je m'enfouis dans l'herbe sombre
Où les chênes versent leurs ombres
Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu. »
(Emile Verhaeren, « Un matin »)
Baiser « les fleurs sur leurs bouches de feu », moi je le ferais pas. D'abord parce que le feu, ça brûle et puis on ne sait jamais défois qu'on attraperions le herpès ou le covid floral. C'est bien des idées d'aligneurs de rimes, ça.
Et puis vous voyez le truc que si on tombe sur une carnivore incognitive qu'elle vous croquerait le nez comme on croque la pomme ou le biscuit nantais pur beurre ?
8.
« Nul n'a encore pu déchiffrer une mystérieuse écriture née voici cinq millénaires, dans la vallée de l'Indus, autour du site de Mohenjo-Daro. »
(Louis Pauwels / Jacques Bergier, « L'Homme éternel »)
A l'heure où l'on calcule à la vitesse que ça va très vite, je m'épate que l'écriture dite « de l'Indus » n'a pas encore été déchiffrée. C'est bien dommage car j'aimerais savoir que l'on sait enfin l'âge du capitaine que moi je ne le saurai jamais parce que ça ne me regarde pas.
9.
Les IA ne sont pas très intelligentes mais certains de leurs concepteurs sont visiblement mal intentionnés.
10.
« Voici le temps venu des grottes d'acier, de l'invisibilité démente. Perdue est la Sirène devant laquelle autrefois les fougères s’exprimaient, goutte après goutte. »
(René Char, « La gare hallucinée »)
Quand on fait face à « l'invisibilité démente », faut savoir qu'on ne sait pas d'où viennent les coups. Ça s'appelle le poltergeist. Ou alors c'est le voisin, ou le facteur, ou la dernière heure qui s'impatiente.
Patrice Houzeau
Malo, le 22 novembre 2025.