ET LA VIE BLONDE D'ALORS
ET LA VIE BLONDE D'ALORS
1.
« Je ne puis être à la fois Cioran et un autre que Cioran », écrit Clément Rosset. Nous sommes ainsi assignés à notre être comme à résidence, et regardons passer ces êtres étranges, parfois fascinants, parfois repoussants qu'on dit autres.
2.
Une manière plaisante de rappeler d'où nous venons et où nous allons, ce trépas du « macabraque » résumé ainsi par le Porprenaz de Ghelderode : « Mort à la tâche » et « pieusement enterré dans les patates ».
Quelques répliques plus tôt dans cette « Balade du Grand Macabre » à Ghelderode, Porprenaz et son « de quoi faire une république : « Un prince... un pochard... un philosophe et trois soudards à la fois philosophes et soudards ». Tyrannie des faiblesses.
3.
Dans « Le retour », de Kafka, cette réflexion du narrateur : « Plus on tarde devant la porte et plus on devient étranger », y compris lorsque l'on revient dans sa maison natale, dont on ignore maintenant les secrets et que soi-même l'on relève du « secret ».
4.
C'est dans certaines pièces de ses « Derniers vers », ou « Vers nouveaux » que Rimbaud me semble le plus maître de son art : quelle fluidité et quelle aisance dans ces vers :
« Eh ! l'humide carreau tend ses bouillons limpides !
L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides. »
(Rimbaud, « Mémoire »)
5.
« Les montagnes qui se rapprochaient depuis longtemps, dévalèrent soudain de partout »
(Gombrowicz, « Cosmos »)
Les montagnes avec leurs chapeaux blancs et leurs voltigeurs bondissants, en vertu de pactes secrets, telluriques et fort anciens se rapprochaient depuis longtemps et se tiraient la barbichette, quand ce n'étaient pas des déroulements de langues et d'avalanches.
6.
« Les saules frissonnants pleurent sur son épaule »
(Rimbaud, « Ophélie »)
Les saules frissonnants, sans doute qu'on leur susurra sanglantes et suspiria, pleurent sur son épaule que ça leur fait des larmes vertes toutes sèches sauf quand il pleut, pis des fils aussi comme dans une fondue. Quant à l'épaule, elle est fantôme.
7.
« On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts. »
(Céline, « Voyage au bout de la nuit »)
On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, qu'on se sent le spectre pousser dans l'âme et la courber l'échine, visages des temps perdus ou ossements des catacombes, qu'il vous semble certaines nuits qu'ils vous appellent, les vivants, les morts...
8.
Janet Henry arriva chez Ned Beaumont (ceci est relaté dans « La clé de verre », de Dashiell Hammett), et se montra enchantée de ce qu'il « pût exister rien de pareil dans une ville aussi abominablement modernisée ». Voici Ned Beaumont parfaitement distingué, « gentleman ».
9.
J'écoute des bouts de concerts donnés par le groupe Blondie à la fin des seventies. Zétaient bons, bien plus rock que leurs tubes de tous les jours sur RTL. Moins poético-énigmatiques que Patti Smith, oui bon d'accord, et alors, toute façon j'pige point l'amerloque.
A l’époque où je fus lycéen, je trouvai que la musiqué de Blondie (« Call me », « Heart of glass », sa reprise de « Bang a gong », et sale le riz et jette le rat - n'importe quoi, Houzeau) allait bien avec la bière blonde, les paquets de blondes et la vie blonde d'alors...
10.
Me suis encore endormi hier soir devant « Aliens : le Retour ». Il est vrai que les parasites cosmico-horrifiques, je m'en fiche. Il n'y a que le personnage de Ripley qui m'intéresse. Ceci dit, sans les grosses bébêtes, point de Ripley. C'est un tout.
11.
Dans l'album « Dulle Griet », de Yves H. et Hermann, et la nuit grise parcourue par la Dame blanche de l'orfraie, leste, le Toone, de toit en toit voltigeur, cherchant à secourir les siens en proie à l'inquisition de Titelman.
Patrice Houzeau
Malo, le 26 septembre 2021.