IL Y A DES PLAIES ET DES COUTEAUX PARTOUT
IL Y A DES PLAIES ET DES COUTEAUX PARTOUT
(Brefs en parcourant « La Plume empoisonnée d'Agatha Christie)
1.
« Les langues marchent. », dit la Miss Griffith d'Agatha Christie. Les langues n'ont pas de jambes. On peut toujours imaginer une longue langue bien baveuse et bavarde roulant des hanches sur une paire de gambettes à bas résilles.
2.
La Miss Griffith de « La Plume empoisonnée » précise « qu'on avait découvert l'auteur des lettres ». Avec ou sans confession, vaut mieux s'méfier et ne jamais l'donner à personne, l'aut' Bon Dieu. Rien n'est gratuit. Elle « allait encore en classe » dit la traduction.
3.
Le narrateur de « La Plume empoisonnée » dit :« La lettre avait dû arriver au courrier de l'après-midi ». C'est dans les cervelles que ça naît d'abord, les malveillances, les saloperies, la sale guerre de Poutine en Ukraine. Ça finit parfois par du cyanure.
4.
Il n'y a pas que celle qui « allait encore en classe », il y a aussi la « jeune femme très distinguée, raffinée même », qu'évoque le Owen Griffith d'Agatha Christie. Le notaire a reçu une lettre anonyme, le docteur aussi. Le réel est bourré à craquer d’yeux malveillants.
5.
« - L'ennui, avec les lettres anonymes, c'est que l'épidémie se propage vite. » , fait remarquer le Owen Griffith d'Agatha Christie. Sur Twitter, il y a aussi un genre de pandémie, celle des saloperies rédigées par des salauds qui se croient anonymes.
6.
La Joanna d'Agatha Christie « était très surprise ». Elle pense que dans un « coin comme celui-ci », il ne peut rien arriver de « fâcheux ». Le roman dit que c'est une « réflexion parfaitement idiote. » Il y a des plaies et des couteaux partout.
7.
Selon le narrateur de « La Plume empoisonnée », il y a des maisons « où l'on [a] quelque peine à imaginer qu'on [puisse] y habiter ». Pourtant, elles le sont, hantées...
8.
La Joanna d'Agatha Christie dit : « ça ressemble à un roman !. » C'est l'histoire qu'on lui raconte d'un tyran domestique (« elle était monumentale » commente Mr Pye) et de trois sœurs (je crois qu'elles furent trois). La fiction commente la fiction.
9.
Le choc de l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe fut si grand en Occident que bien des esprits ont dû quelque temps regarder leurs occupations quotidiennes, et surtout leurs loisirs, comme de bien étranges contingences à côté de la mort s'abattant sur les Ukrainiens.
10.
Lu « La Souris Bleue », de Kate Atkinson, traduit par Isabelle Caron. Dense, polar plus rose rosse que noir, plein d'élégance, de fantaisie aigre-douce. Le glauque nécessaire au thriller y est, mais masqué, fardé, distancié de sorte qu'on n'a pas cette impression de se faire avoir.
Patrice Houzeau
Malo, le 24 avril 2022.