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17 décembre 2023

UNE FOIS MALACHUE

UNE FOIS MALACHUE

« Une deuxième idée orthodoxe marque la pensée financière de Adam Smith à nos jours : l'Etat ne peut durablement dépenser plus qu'il n'a de recettes. »
(Brémond et Gélédan, « Dictionnaire des théories et mécanismes économiques)

Une fois malachue la garnerie aiguë – et le lendemain, « Can't You Hear me Knocking » des Stones, une fois encore, m'épata du talent
Deuxième fois que ça hein que je malachue de la garnerie – j'eus donc une
Idée : et si je m'économisais le citron mal tempéré. Un chat
Orthodoxe, prévoyant des siestes somptueuses, en ronronna d'aise.
Marque ta page et ferme les zieuteuses ;
La pensée complexe des grands zigotos d'Etat attendra. Ah ça, je vous fiche mon billet, qu'elle attendra, la
Pensée alambicouillonnante, automatisée du guichet – où sont les gens?-
Financière, bi-temporelle, zombie, garliquée, salamichée, gravière.
De ses tronches de défenestration des grandes écoles, je me balayais la rouche.
Adam dur, Eve fluide, la pomme du serpent, Depardieu, Poutine, tous ces obsédés de la testostérone là, tout ça tournebouliqua comme dans des répliques chez les
Smith à faire des théâtres rallume-méninges avec dedans des Smith car
A ma cafetière je tiens souvent des discours absurdes.
Nos os sont comptés et nos
Jours maigrissent. « Retiens bien ceci :
L'Etat ne peut durablement dépenser plus qu'il n'a de recettes », fis-je à ma cafetière qui fuyait.
Ne peut l'Etat ? Ah non, vraiment, c'est qu'il finirait par passer pour un gratteur.
Peut-il passer pour un gratteur, l'Etat ? C'est qu'à force de
Dépenser le frichti et à embrouiller le redevant, et
Plus ça va, plus ça dérouille (y a qu'à voir les massacres dont la téloche fait ses jactances autorisées), ça n'étonne plus l'anacoluthe.
Qu'il passe pour un gratteur, le combo des ministres, je m'en gratouille l'annicordon avec le chapeau à tata yoyo et que Jean-Philippe Rameau (Dijon, 1683 – Paris, 1764), dans ses années de formation, ait joué du violon, en compagnie d'autres musiquants itinérants, sur les routes du Languedoc et de Provence, voilà qui m'arramouffle car il en faut pour tous les gants. Et puis, j'aime bien la musique de Rameau. Elle est tout de même plus intéressante que bien des cornichonneries contemporaines et autres agaceries peinturlurées dont s'ahurissent les attendants assujettis. Quant aux politiques, qu'ils aillent se faire gratter l'occident des trouilles avec la couenne à Poutine.
N'a qu'à, ce combo énervé, - j'arconte des ministres -, navirer ses copieurs et zonzonner ses escrocs et collabos.
De toutes ces considérations, nous ne tirons nul plan sur le caramel ni dur ni mou. Les
Recettes nous manquent et nous mangerons des pâtes.

Notes :
a)   L'OTAN et autres services ayant bien comme il faut mélenchonné l’extrême-gauche et lepenisé l’extrême-droite, il ne restait plus qu'à attendre le retour de l'homme invisible.

b)   L'Ukraine tombant dans les griffes de Poutine. Churchill est donc bel et bien mort.

c)   Depardieu n'est jamais qu'un petit voyou qui a cru, par son talent d’histrion, devenir grand seigneur et Poutine ne fut jamais qu'un petit fonctionnaire du KGB qui, par l'intrigue, est devenu cette caricature d'homme d'Etat qu'est un dictateur.

d)   L'Occident lâche l'Ukraine.
Le Pen va remporter les élections de 2027.
Trump pourrait revenir au pouvoir aux USA.
Taiwan va tomber dans l'escarcelle de la Chine sans même qu'il y ait de combats.
La liberté individuelle va devenir un luxe.
Bye, bye, démocratie.

Patrice Houzeau
Malo, le 17décembre 2023.

 

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10 décembre 2023

SANS TÊTE ON SE NOIE DANS UN VERRE D’EAU

SANS TÊTE ON SE NOIE DANS UN VERRE D’EAU

« Kemp se tenait au milieu de la chambre, les yeux fixés sur ce mannequin sans tête. »
(H.G. Wells traduit par Achille Laurent, « L’Homme invisible »)

Kemp est un personnage du roman « L’Homme invisible » de l’écrivain britannique Herbert George Wells (1866-1946). C’est pour cela qu’il se tient au milieu de la chambre dans la citation qui ne pourrait commencer par « l’éléphant effervescent se tenait au milieu de la chambre » sans que la narration en soit perturbée.

Se est un pronom personnel réfléchi comme dans « il se tenait » ; « il se rasait » ; « il se disait ». Qu’il soit réfléchi ne veut pas dire qu’il serait capable à lui seul de résoudre les énigmes à Sherlock Holmes ou qu’il serait très difficile à battre aux échecs. Non, « se » a pour cela besoin d’un pronom personnel sujet et de solides références dans le réel. La forme

Tenait est un imparfait du verbe « tenir ». On dit d’ailleurs que le mot « tennis » vient de la prononciation anglaise du français « tenez », terme du jeu appelé jeu de paume, et non tarte aux pommes, c’est une évidence.

Au est une contraction de la préposition « à » et de l’article défini « le ». Ainsi l’on dit « je vais au marché », mais « je vais chez le docteur » ; « je vais à la boulangerie » mais je vais « chez le coiffeur ». « Je vais chez le boulanger » est inusité. Je vais aux toilettes est une nécessité. Je vais au travail aussi.

Milieu est un mot qui désigne une partie à égale distance des extrémités (c’est pour cela qu’on dit mi-lieu, à la moitié du lieu). « C’est au milieu de la nuit qu’il s’aperçut qu’il faisait jour » est une phrase dont on peut se demander si elle a un sens. De la séquence

De la chambre, on peut dire que le mot « chambre » vient du bas latin « camera ». Dans le film « Rendez-vous avec la Mort », avec Peter Ustinov dans le rôle d’Hercule Poirot, il y a un personnage qui dit : « Je n’oublie jamais rien… Qu’il s’agisse d’un acte, d’un nom, ou d’un visage… ». Je ne suis même plus très sûr de ce que je viens d’entendre parce que moi, j’ai une très grande faculté d’oubli. Ce qui me rappelle l’expression « camera obscura » qui est, - Wikipedia nous éclaire sur ce point -, « un instrument optique qui permet d’obtenir une projection de la lumière sur une surface plane ».

Les yeux fixés, qu’il avait Kemp ; on peut donc dire qu’il n’était pas aveugle. En français, on a « les yeux fixés sur » quelqu’un ou quelque chose, ne serait-ce que le vide. Ecrire « il avait les yeux fixés » sans ajouter de complément pourrait paraître étrange, sauf dans le cas où on écrirait « la marionnette avait maintenant les yeux fixés ».

Sur est une préposition spatiale. Sans préposition spatiale, le réel serait très étrange : « je m’allonge le lit » ; « il pose le dossier le bureau » ; « il a les yeux fixés ce mannequin sans tête ». Pour cela, on emploie donc les prépositions spatiales. Cela permet donc de manger tranquillement la part de tarte aux pommes qui est dans l’assiette.

Ce est un adjectif démonstratif comme dans « ces chaussettes, qui sont celles de l’archiduchesse, sont sèches, archisèches ainsi que sont secs ce saucisson et ce hareng saur, lequel, assurément, se balance au bout de sa ficelle ».

Mannequin vient du néerlandais « mannekijn » ou « manneken », c’est-à-dire « petit homme, figurine ». Ce serait lié à la haute couture des Flandres du Moyen-Age et à l’interdiction qui y était faite aux femmes de se donner en spectacle. Dans nos sociétés modernes, les mannequins ont longtemps incarné un idéal esthétique, voire un idéal d’élégance, c’est d’ailleurs toute une industrie.

Sans est une préposition qui exprime l’absence ou le manque. Avoir les yeux fixés sur un mannequin sans

Tête peut ainsi traduire un certain étonnement, une fascination peut-être. « Quand on n’a pas de tête, il faut des jambes », dit-on communément quand on a oublié sa tarte aux pommes chez le boucher, parce qu’il n’y avait plus de paupiettes et qu’ça nous a perturbé parce que, sans tête, on se noie souvent dans un verre d’eau.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 décembre 2023.

7 novembre 2023

LA VALEUR N'ATTEND POINT QU'ON LUI SONNE LES CLOCHES

LA VALEUR N'ATTEND POINT QU'ON LUI SONNE LES CLOCHES

1.
« Percé jusqu'au fond du ….
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, »
(Corneille, « Le Cid », I,6 [Rodrigue])

Quel est le mot manquant ?

- le mot « gong » ? Ce serait donc qu'il l'aurait très frissonnant, Rodrigue, le muscle à palpitations ?
- Le mot « cirque » ? Chaque bipède n'est-t-il pas le clown triste d'un cirque qu'il se joue pour lui seul, fis-je en mangeant un violon.
- Le mot « schleuck », lequel désigne très exactement le son du ravioli tombant sur un amas de feuilles mortes (mais, évidemment, il faut qu'il pleuve des raviolis) ?
- Le mot « verre » ? Ciel, Don Rodrigue, accablé de soucis et de dilemme cornélien, se serait-il mis à la picole ?
- Le mot « cœur » parce qu'à ma connaissance, Rodrigue ne mettait pas de bigoudis ?

2.
Constatant que le duel entre lui et Rodrigue est désormais inévitable, le Comte, à la scène 1 de l'acte II du Cid, de Corneille, dit :
« Mais puisque c'en est fait, le coup est sans … . »

Quel est le mot manquant ?

- le mot « écho » ? Du reste, Corneille n'a-t-il pas écrit :
« Mais puisque c'en est fait, le coup est sans écho
Des savanes où mon âme erre et traîne un âne. » ?
Non, il ne l'a pas écrit. Il n'y a sans doute même pas songé. La plus belle femme du monde, si elle n'a que des œufs dans son frigidaire, elle ne peut que vous faire une omelette, mais reste la plus belle femme du monde.

- le mot « surcoût », ce qui signifie que, puisque « le coup est sans surcoût », le Rodrigue va recevoir l’exacte monnaie de sa pièce, et dans les tragédies, les affaires d'honneur se finissent bien plus mal que les histoires d'amour dans la chanson des Rita Mitsouko.

- Le mot « potage », car, puisque « le coup est sans potage », on va vite trancher dans le vif du sujet en croisant le fer et comme le dit Rouletabille dans « Le Mystère de la chambre jaune », de Gaston Leroux : « Maintenant, il va falloir manger du saignant ».

- Le mot « remède » et puisque « le coup est sans remède », préparez vos mouchoirs, c'est là qu'ça va s'nouer, car, comme le dit Rodrigue à la fin de l'acte I :
- « Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,
Si l'offenseur est père de Chimène. »

3.
« Je suis jeune, il est vrai : mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend point …................................. . »
(Corneille, « Le Cid », II,2 [Don Rodrigue au Comte])

Quelle est la fin de ce vers ?

- « à l'arrêt d'autobus » ? En effet, « la valeur n'attend point à l'arrêt d'autobus », parce qu'au 17ème siècle, on n'avait pas encore inventé l'autobus, pas même la mobylette, voyez, et puis pourquoi qu'il prendrait l'autobus, Don Rodrigue, hein, pourquoi ?
- « qu'on lui sonne les cloches » ? En effet, « la valeur n'attend point qu'on lui sonne les cloches » car, détestant le vacarme et les remontrances, elle dégaine son revolver avant même que le fâcheux le fâchât et en fait du pâté de foie, du fâcheux là.
- « le nombre des années » ? En effet, « La valeur n'attend point le nombre des années », et toute petite déjà, elle étranglait des serpents dans son berceau et assommait des nurses à coups de gourde.

4.
« Un orage si prompt qui trouble une bonace
D'un naufrage certain nous porte la [ou les] …......... »
(Corneille, « Le Cid », II, 3 [Chimène à l'Infante])

Quel est le mot manquant ?

- le mot « carcasses » ? Chimène a une vision ; elle voit débouler des flots tout un naufrage de carcasses de noyés, de foudroyés des canons, de sans tête, sans bras, spectres et squelettes des galions engloutis.
- Le mot « menace » ? Quand un orage éclate soudainement alors que la mer est toute bonace (c'est-à-dire calme), c'est qu'il y a anguille dans les cieux ; du coup, ça fait du naufrage, ce qui signifie qu'elle les pressent mal, la Chimène, ses noces avec Rodrigue.
- Le mot « vinasse » ? Ah ça oui, la vinasse, ça cause du naufrage, qu'on titube et qu'on a bien du mal des fois à rentrer au port.
- Le mot « pouffiasse » ? Chimène pressentirait-elle quelque rivale ? Rodrigue serait-il volage ? Pourquoi êtes-vous si pâle ? Et quelle est cette tête de bouc qui traîne dans le potage ?
- Le mot « carnasse » ? C'est que, dans le bassin minier des années 70, il la traînait, sa carnasse à classeurs et cahiers, au retour de l'école et longeant les marronniers, le pauvre Toto, la tête pleine de zéros.

5.
A la scène 5 de l'acte II, l'Infante espère que Rodrigue sortira vainqueur du duel et que, ne pouvant dès lors épouser Chimène puisque « l'offenseur est le père de Chimène », c'est elle, l'Infante, qui du Cid aura le cœur. Ah, folle ardeur ! Elle le dit :
« Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare : »
(Corneille, « Le Cid », II, 5 [L'Infante à Léonor])

Quel est le vers suivant ?

- « Nanani nananère, et mon esprit s'égare
Dans des gares où nul train jamais ne s'arrête ?
- « Tralali tralalo, et mon esprit s'égare :
Vais-je m'laisser pousser la barbe et la moustache ? »
- « Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare :
Tu vois par là quels maux cet amour me prépare. »

Patrice Houzeau
Malo, le 7 novembre 2023.

16 septembre 2023

NOTHING IS REAL QU'IL DISAIT LE JOHN

NOTHING IS REAL QU'IL DISAIT LE JOHN

1.
« And Alice was so much frightened that she ran off at once in the direction it pointed to, without trying to explain the mistake that it had made. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4)

Pourquoi donc qu'elle a eu peur, Alice ?
- Parce que le Lapin (« White Rabbit ») l'a appelée Mary Ann et qu'Alice s'est cru dépossédée d'un nom de son identité ?
- Parce que le Lapin (« White Rabbit ») lui a parlé « in a angry tone » ? (« sur un ton d’exaspération », traduit Magali Merle).
- Parce que ce Lapin n'est pas vraiment un lapin, et qui sait comment peuvent réagir les lapins qui ne sont pas vraiment des lapins quand on les contrarie ?
- Parce qu'Alice s'est soudain souvenue qu'on l'avait envoyée acheter un éventail et une paire de gants (« a pair a gloves and a fan ») et que, distraite par des fantaisies, elle n'avait que trop perdu de temps.
- Parce qu'Alice vient d'entendre sur France Inter quelqu'un causer « d'Europe plus écologique et sociale », et qu'elle se dit que ça signifie bien des tracas et des turbulences à venir ça, et que, de toute façon, Alice, la politique, ça ne lui dit rien qui vaille, que ça lui flanquerait même la nausée, la politique...

2.
« There was no label this time with the words « DRINK ME, » but nevertheless she uncorked it and put it to her lips. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4)

Alice fait-elle preuve ici :
- d'imprudence, d'inconséquence et de légèreté en débouchant une bouteille qui ne lui a pas été présentée ?
- De corrélation, de coin-coin, de cornichonnerie biscornue ?
- De polydipsie, laquelle est une soif excessive ?
- D'effervescence fascinée ?

3.
« She hastily put down the bottle, saying to herself, « That's quite enough – I hope I sha'n't grow any more – As it is, I ca'n't get out at the door – I do wish I hadn't drunk quite so much ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4 [Alice])

Qu'arrive-t-il à Alice ?
- Elle ne peut plus passer par la porte tellement qu'elle titube tellement qu'elle a bu que c'en est une honte !
- Elle regrette d'avoir tant bu parce que, comme le dit Magali Merle dans une note de bas de page : « Alice agit d'abord, réfléchit et regrette ensuite. »
- Ce qu'Alice a bu la fait si vite grandir que, ainsi que l'écrit Lewis Carroll, « she found her head pressing against the ceiling, and had to stoop to save her neck from being broken. » (ce qui m'apprend que « to stoop » signifie « se pencher, se courber », ce qui me réjouit car j'aime apprendre quelque chose, même si je retiens peu, ayant la tête bien trop farcie de fantaisies diverses pour y ajouter tant que je pourrais en être plus savant que je ne le suis pas).

4.
« Now I can do no more, whatever happens. What will become of me ? »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4 [Alice])

Que continue-t-il à lui arriver, à Alice ?
- Les problèmes devenant de plus en plus aigus et les menaces se précisant singulièrement (réchauffement climatique, retour de la guerre froide, pandémie du covid...), il arrive à Alice ce qui arrive actuellement à l'humanité, elle est dans le « Now I can do no more, whatever what happens. »
- Paralysée par ce que Magali Merle note dans une note de bas de page comme une « inadéquation du corps à l'environnement », Alice devient trop grande pour la maison dans laquelle elle s'est introduite,
- petite fille, Alice commence à paniquer dans un réel qu'elle ne comprend pas,
- adolescente, Alice commence à paniquer dans un réel qu'elle n'arrive pas à comprendre,
- jeune femme, Alice commence à paniquer dans un réel qu'elle n'arrive pas à maîtriser,
- très âgée, Alice en a marre de paniquer et se demande, non sans fatalisme, « what will become of me ? »

5.
« When I used to read fairy tales, I fancied that kind of thing never happened, and now here I am in the middle of one ! There ought to be a book written about me, that there ought ! And when I grow up, I'll write one - »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4 [Alice])

Quoi kassadit dans sa tête, à Alice ?
- Ça dit qu'Alice cogite vraiment beaucoup pis qu'elle en a des pépins dans le citron, Alice,
- Ça dit qu'Alice se rend compte de sa nature de personnage de fiction, et rêve de devenir maîtresse de sa destinée en écrivant elle-même ses propres aventures,
- Ça dit qu'Alice se rend compte de la nature réelle des contes de fées, - des cauchemars en réalité !
- Ça dit que la réalité qui n’existe pas dépasse souvent la fiction qui n'est jamais qu'une vision de l'esprit.
- Je me demande s'il n'y a pas quelque rapport entre les aventures d'Alice, toutes ses cogitations, la fantaisie quoi et ces paroles du « Strawberry Fields Forever », de John Lennon : « Let me take you down / « cause I'm going to Strawberry Fields / Nothing is real ».

Patrice Houzeau
Malo, le 16 septembre 2023.

10 septembre 2023

UNE ÂME QUI LUI SERA POUSSEE ENTRE LES MECANISMES

UNE ÂME QUI LUI SERA POUSSEE ENTRE LES MECANISMES

1.
10 septembre 2023. J'entends dans l'émission « Le Masque et la Plume », sur France Inter, qu'il est très très très difficile de trouver des romans de Douglas Kennedy en anglais. On les trouve surtout en français. Paraît même, selon un témoignage et en vertu d'un étrange contrat, qu'on les trouve en français avant qu'ils soient publiés en anglais. Et en anglais, on ne les trouve que très très très difficilement. Euh, ça m'étonnerait pas que Douglas Kennedy soit francophone et pas américain du tout.

2.
« Ils nous ordonnent de rapporter une boîte en fer dont le contenu est inconnu en nous aidant de la nuit noire... »
(Akihiro Yamada, « Beast of East 2 » [un navigateur, je suppose])

Que peut bien receler « une boîte en fer dont le contenu est inconnu » ?
- des biscuits ?
- Tous les malheurs du monde ?
- La somme de toutes les peurs ?
- Une bouteille avec un message dedans ?
- Le groupe Police chantant « Message in a Bottle » ? Remarque : le texte de « Message in a Bottle » est tout de même un peu niais (sauf le vers « Seems I'm not alone at being alone », et encore, c'est pas du Leonard Cohen non plus hein). Bon, je suppose que c'était pour lancer le groupe, faire un tube et ainsi être plus libre ensuite ?
Ah, il y a un vers qui sonne bizarre à mes oreilles de poutre en langue anglaise : « Only hope can keep me together » : « Seul l'espoir peut me garder ensemble » ? Si ça dit vraiment ce que j'écris, c'est marrant.
La question que je me pose, à propos de « Message in a Bottle », du groupe Police, cékikilabu, le contenu de la bouteille ?
- Revenons au contenu inconnu de la boîte en fer. Comme le dit aussi le personnage, ce sont peut-être aussi « des ogres, des monstres ou des fantômes » ?
- La future bienveillante, résiliente, inévitablement technocratique et connectée, et probablement aussi sotte que les précédentes, réforme de l'éducation nationale française (ministre en cours : Gabriel Attal) ?

3.
« Officiellement, tu es le maître des marionnettes du quartier des enfers... »
(Akihiro Yamada, « Beast of East 2 » [un personnage à celui dont je pense qu'il s'agit de Waniômaru la Brute])

Être le maître des marionnettes du quartier des enfers, cela signifie-t-il :
- Que l'on est le maître d'une troupe de marionnettes infernales (à consciences perspicaces et malices diverses) ?
- Que l'on est le futur signataire d'une réforme de l'éducation nationale ?
- Que l'on est un personnage du manga japonais de médiévale fantaisie « Beast of East », de Akihiro Yamada, manga très dense et soigneusement dessiné je trouve.
- Que l'on cache son jeu et comme le dit aussi le personnage du manga: « Officieusement, tu es le chef d'une bande de voleurs qui n'attaque que les cortèges d'offrande à la cour. »

4.
« On utilise encore la machine volante ce soir »
(Akihiro Yamada, « Beast of East 2 » [sans doute un membre de la bande du maître des marionnettes])

Cette remarque (est-ce une question?) implique-t-elle :
- Que la bande de Waniômaru la Brute va, telle une « grande chauve-souris », se déplacer dans les ténèbres et les airs ?
- Que le maître des marionnettes prépare un spectacle dans lequel, au dernier acte, une machine volante traverse la scène et enlève le personnage principal pour, le ravissant, l'emmener dans l'apparence du ciel ?
- Que je n'ai jamais écouté « Master of Puppets », de Metallica, dont on dit que c'est un album historique, mais bon, chaipas, j'ai pas trop envie. Pour l'instant, j'écoute sur You Tube une pièce radiophonique de Pierre Senges intitulée « Comment faire disparaître une ombre ».
- Que je n'ai pas lu le volume 1 de « Beast of East », de Akihiro Yamada (éditions Tournon Carabas / Kami), et que j'aimerais bien le lire, parce que j'aime bien le tome 2 (paru en France en 2006) et que je suis épaté par la virtuosité du dessin et l'intelligence du scénario ?

5.
« L'ensorcellement qui permet de placer un esprit et de maintenir la vie s'est déroulé sans encombre »
(Akihiro Yamada, « Beast of East 2 » [le Sorcier])

Cette réplique du sorcier implique-t-elle :
- Que le placement d'esprit et le maintien de la vie sont des activités qui relèvent de la sorcellerie ?
- Que le Sorcier est aussi un ingénieur appliqué à la mise au point d'un guerrier automatique et redoutable, une sorte de golem mécanique ?
- Qu'un jour viendra où la complexité du langage permettra à la machine de se créer une distinction entre le « moi » et le « je » et s'en suivra une infinité de troubles du langage, que la machine mettra sur le compte d'une âme qui lui sera poussée dans les mécanismes.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 septembre 2023.

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10 juillet 2023

ARCHIVE ENCORE ET PSYCHOLOGIE

ARCHIVE ENCORE ET PSYCHOLOGIE

J'aime bien les psychologues. Je n'en fréquente pas. Je ne leur offre donc pas de frites.

J'aime bien le « Controlling Crowds », du groupe Archive (je l'écoute en écrivant ces lignes, avec ma tête à faire se marrer les mouettes). C'est
Bien, ça, le « Controlling Crowds », du groupe Archive.
Les paroles, je n'ai pas grand chose à en dire because je capte pas l'anglais, mais il y a des trucs comme « Hold me / In your arms / 'Cause I'm scared of their controlling crowds / Keep me calm / 'Cause I'm scared of their controlling crowds / Here they come », que le narrateur donc, il demande à sa chérie de le calmer et de le prendre dans ses bras (ah c'est pas ACDC) parce qu'il a peur du contrôle des masses, lesquelles arrivent parce qu'elles sont déjà là. Bref, un brin parano (quoique...) et assez adolescent, mais c'est du rock progressif ; c'est un truc d'ado (après, des rigolos comme ma pomme, on en écoute encore, mais pour écrire que c'est pour les ados). Je me demande si les
Psychologues écoutent le groupe Archive.
Je suppose qu'il y en a, des psychologues qui écoutent le groupe Archive. Aussi des archivistes, des rock-critics, des enseignants, des serveurs et des serveuses, des militaires, des députés, des étudiants, des gens, ce qui fait que l'adolescence, c'est un truc qui reste longtemps dans les caboches.
N'en concluez pas que je méprise. Que nenni, Nini. J'apprécie ce genre de musique. J'apprécie aussi les gaufres, les romans policiers, Mylène Demongeot dans la série des Fantomas (de André Hunebelle), les bandes dessinées, les glaces à la pistache, les vestes en cuir et tout un tas de choses que je
Fréquente plus ou moins régulièrement et qu'on appelle justement « choses » pour que Georges Perec en compose un roman et que l'industrie les produise, ce qui, et c'est là l'essentiel, fait travailler les gens. N'est-ce
Pas que c'est bien fichu ?
Je sais bien que tout ça, la société de consommation, ça fait des tracas et qu'c'est tout polluant. Je
Ne pense pas, voyez, que ça s'arrangera vraiment, et ne
Leur accorde aucun crédit à nos politiques, because qu'c'est trop tard. La belle
Offre que voilà, « Votez pour moi, et ça s'arrangera », qu'ils disent, et
Donc on vote pour eux et ça ne s'arrange
Pas, enfin pas vraiment, enfin pas tout, et
De tout ça, ça me fatigue. Je préfère voter pour mes
Frites, et mon bifteck.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 juillet 2023.

5 juillet 2023

CONCOMBRE ET LE POISSON suivi de CONCOMBRE ET L'ANGLAIS

CONCOMBRE ET LE POISSON suivi de CONCOMBRE ET L’ANGLAIS

1.
Un jour, un gars, il était d’ici, mais son nom, je l’connais pas… passqu’il me l’a pas dit, et vu qu’il n’existe pas plus que l’honnêteté en politique, j’vas l’appeler Concombre Soufflet passque j’aime bien les concombres et le fromage.
Donc, le gars, il est pas content ,et comme il est pas content, il dit comme ça qu’il en a après la Situation.
La Situation, il l’observe passqu’il vit dedans comme une saucisse dans un hot dog ; sauf que la saucisse du hot dog on ne peut pas dire qu’elle soit très vivante. Ceci dit, moi, je me méfie, ça pourrait être des extra-de-pas-d’ici (d’ailleurs, à eux, pareil, on connaît pas leurs noms) même qu’ils seraient déguisés en saucisses, genre pour nous envahir de l’intérieur.
Donc, le gars, il dit je vas lui changer ma vie à la Situation, moi…
Il lui en cause donc de la vie à la Situation, entre deux pastagas et trois rondelles de saucisson.
La Situation, a s’en fout, même qu’elle l’envoie cueillir des roses pour sa mère-grand.
Alors, le gars, i dit comme ça que la Situation, elle ne perd rien pour attendre, qu’aux prochaines élections, il votera Loup Blanc.
Ou Loup Noir.
Mais plutôt Loup Blanc, passque Loup Noir est trop Noir pour pas être assez Blanc, même si Loup Blanc n’est pas toujours très clair.
Mais le jour des élections, il a une brève aventure amoureuse avec sa canne à pêche.
Du coup, plutôt que d’aller voter, il va à l’pêk.
Là, un gros poisson passe, le ravise, se hisse sur la berge avec ses gros biscottos de pichon d’combat, et le boustifaille (Gnaki et Rtak !).
Moralité : Tu votes ou tu votes pas, tu t’fas bouffi-bouffa-bouffon et quand même, va.

2.
Un jour, Concombre Soufflet se dit qu’il allot apprendre l’anglais (il dit « anglais » et pas « angliche » passqu’il est respectueux, même qu’il ne croise jamais un cheval sans avoir une pensée émue pour les morts de Waterloo).
Donc, il prit un livre pour apprendre l’anglais que dedans il y avait plein de mots en anglais et des règles de grammaire en anglais et des photos du pays des Anglais (des cabines téléphoniques rouges, des autobus rouges, des uniformes rouges avec de grands bonnets à poil noirs), mais damned, my taylor is not so rich, alors qu’il allait s’y mettre (et six mètres, c’est pas si loin), la sonnette sonna.
Mais comme ce n’était personne, il décida de ne pas aller ouvrir. D’ailleurs, personne n’insista.
Donc, il retourna à son apprentissage qu’il n’avait pas quitté, bien que la sonnette sonna de nouveau, ce qu’il fit qu’elle resonna, et là, il dut abandonner son manuel à comprendre ce qu’elles racontent, toutes les chansons que la radio baragouine le soir, le matin, la nuit aussi que même que quand c’est en frança, qu’on dirait qu’ça baragouine quand même, et quand c’est sur France Inter défois ça baragouine même assez prétentieusement.
Et là, il dut abandonner passque c’était Zut qui venot, because qu’elle lui avait dit tantôt qu’elle alot venir rapport aux commissions (jadis, on disait « faire les commissions » pour « faire les courses », mais c’était du temps qu’on n’avait pas encore inventé le baccalauréat pour tous) et donc il se dit que l’anglais serait pour plus tard.
Donc, ils partirent magasiner comme on dit dans « Madame Bertrand », et ils achetèrent du beurre pour mettre sur le pain et du pain pour mettre sous le beurre, et d’autres choses aussi comestibles et buvables, et d’autres non, puis ils rentrirent, se nourrirent, s’atteignirent et dormirent, même qu’ils firent de belles rives.
Le lendemain, Concombre Soufflet se dit qu’il allot apprendre l’anglais et là, faut que je trouve une raison pour laquelle Concombre Soufflet ni ce jour-là, ni les autres jours qui suivirent (-virent, -virent, -virent, admirez l’effet d’écho) n’apprit ni l’anglais ni tout un tas d’autres non plus dont il se fiche bien allez.
Moralité : Qu’t’apprennes ou qu’t’apprennes pas l’anglais, quand Zut sonne, faut y aller.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juillet 2023.

1 juillet 2023

PAS DE FANTÔME DONC MAIS BIEN DES GENS

PAS DE FANTÔME DONC MAIS BIEN DES GENS

1.
Dans le « Prologue » de "L'Assassin habite au 21", de Stanislas-André Steeman (publié en 1939), il n'y a pas un « cri » mais on entend le « floc » que « fit en giflant le trottoir » la serviette du passant assassiné. Le son f me fait penser à la girafe mais dans ce fog, nulle girafe.

2.
Un homme « perché sur un réverbère » dit des horreurs au constable Henry Beecham. Il les dit en anglais bien que le roman soit composé en français. C'est que ça se passe à Londres aussi et puis, ça dépayse le lecteur et puis ça altère un peu la violence des propos genre :

« Pimple nosed pig » (« groin à pustules » ? ou chaipas en tout cas c'est pas « saluez le tout nouveau jour », parce que ça c'est dans la chanson « Dear Prudence » des Beatles, et ça se dit « Greet the brand new day ». Dans le Chapitre premier donc, « Henry Beecham se fâche ».

J'apprends un peu plus loin que l'homme du réverbère s'appelle Toby Marsh et qu'il ironise sur le vol qu'on pourrait lui imputer de « l'aiguille de Cléopâtre » et donc je vas sur wikipédia qui me small-pointed-nose que sont appelés « aiguille de Cléopâtre » deux obélisques égyptiens, dont l'un est à Londres et l'autre à New York.

3.
Le chapitre II est consacré à la présentation du petit monde du 21, Russel Square (c'est une « pension de famille »), là où se cacherait l'assassin. Il y a plein de gens que je ne vous présenterai pas parce que j'ai la flemme bien qu'il y ait Mrs Hobson « (Valérie) », Daphné la cuisinière, et que « la petite femme de chambre » s'appelle Mary, Miss Pawler, Mr Crabtree, le Dr Hyde (il boite) et Mr Collins (il bégaie), Mrs Crabtree, Mr Andreyew dont je dirais qu'il a l'air « sémillant » si « sémillant » signifie bien ce que je pense que « sémillant » veut dire. Il y a aussi le major Fairchild, Mrs Holland (qui écrit des « contes de fées »), et le Pr Lalla-Poor mais il n'y a aucun D'Artagnan-Athos-Aramis-Porthos ni aucune jument verte, quoique que l'on sait que les juments vertes se dissimulent parfois derrière les apparences les plus anodines.

4.
Lorsque certains traits culturels s'effacent, que le monde moderne balaie ce qui est considéré comme obsolète jusqu'à ce que nous le reconnaissions de moins en moins, ce monde qui nous semblait si familier, et que l'avenir semble étrange et effrayant, ce qui reste, c'est la matrice : la langue. Aussi, c'est avec consternation que je vois disparaître bien des mots de notre vocabulaire au profit d'un français simplifié et abâtardi de globish novlangue. Le président Macron s'en montre parfois friand. Ce n'est pas rassurant.

5.
« Ce qu'il faudrait, c'est un observateur dans la place », dit le commissaire-adjoint au chapitre III (qui ne lui répondit pas). L'observateur du petit monde avec un assassin dedans du 21, Russel Square, c'est le lecteur. Il y aurait donc maintenant deux observateurs, sans compter le fantôme que je sais pas s'il y en a un dans le roman, mais ce serait un troisième œil tout à fait intéressant pour l'atmosphère, mais ma tartine de confiture me susurre qu'il n'y en a pas. Ah. Nous verrons bien.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

18 juin 2023

MACARON CALISSON MASSEPAIN ET MERINGUE

MACARON CALISSON MASSEPAIN ET MERINGUE

« Le mort portait le nom d'une friandise, macaron ?... Calisson ?... Massepain ? Meringue... Méring, Jean Méring. »
(Claude Izner, « Mystère rue des Saint-Pères », chapitre VIII)

Le mort (c'est un roman policier que je lis, donc il y a un mort, des morts, du mystère) le
Mort, moi je sais même plus qui c'est – je lis en sautant des lignes, et même des paragraphes, car j'aime bien lire, mais je trouve ça trop long, et même énervant défois, donc, souvent y a des trucs qui m'échappent. Le mort donc
Portait un pantalon, une chemise, une veste, je suppose... Parce que sinon tout est imaginable (un bleu de travail, une salopette, un short avec un tee-shirt Metallica, quoiqu'en 1889, ce serait étonnant, un tutu, un uniforme, un scaphandre – tiens, c'est rigolo, sur internet on trouve la photo d'une « gravure représentant le scaphandre inventé par La Chapelle » en 1775 et qui « consistait en un costumé réalisé en liège et qui permettait à des soldats de flotter et de traverser les cours d'eau », nous aquatique Wikipédia et la figure 3 de cette intéressante montre un soldat avec un cygne sur la tête, ce qui me fait penser que je me demande si encore aujourd'hui, tous les cygnes d'Angleterre sont la propriété du roi d'Angleterre)
Le temps que vous passez à écrire des âneries, mon pauvre Houzeau, que pendant ce temps-là, y en a qui que
Nom d'une pipe laissez-moi tranquille comme je laisse les autres pendant ce temps-là, y en a qui car, pour l'heure, ce qui m'intéresse, c'est ce qu'il portait le mort comme blase ; le nom
D'une friandise, dit le texte, donc, comme ça, il ne s'appelait pas Personne comme tout le monde. Oui, mais quelle friandise ? Visiblement, le narrateur a fait comme moi, il a pas bien lu le roman...
Macaron ?... c'est un mot français désignant une « petite pâtisserie ronde aux amandes » et qui dans ce sens, est employé pour la première fois dans « Le Quart Livre » de Rabelais, nous tombe la neige Wikipédia. C'est bon, les macarons, y en a d'toutes sortes, c'est bon, les macarons. La choucroute aussi, c'est bon. Mais ça n'a pas le même goût.
Calisson ? Tiens, encore une pâtisserie aux amandes... Une des plus anciennes que ça vient de la langue d'oc « calissoun » et du latin médiéval italien « calisone » nous tu ne viendras pas ce soir Wikipédia. Les calissons aussi c'est bon. Y en a ils viennent d’Aix. C'est bon les calissons. Le camembert normand aussi c'est bon, mais ça n'a pas le même goût.
Massepain ? Les amandes, encore, ça devient bizarre...
Meringue ? Ah ça s'éclaircit... Paraît qu'on sait pas d'où vient le nom « meringue » (qui apparaît pour la première fois dans un livre de cuisine de François Massialot en 1692, même que Wikipédia propose l'hypothèse d'un village de la Suisse alémanique du nom de Meiringen, oùsqu'un certain Gasparini, pâtissier d'origine italienne, y meringua excellemment. C'est aussi à Meiringen qu'il arriva des bricoles à Sherlock Holmes. Bon, c'est
Méring, le nom du mort ;
Jean de son prénom. Maintenant, il s'en souvient bien Victor Legris (c'est le nom du libraire enquêteur de l'intéressant « Mystère rue des Saint-Pères » de Claude Izner (10/18 n°3505),
Méring, Jean Méring. Ça ne s'invente pas. Si. Ah bon.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 juin 2023.

 

11 juin 2023

VIRER SPIRALE

VIRER SPIRALE

1.
« J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n'élude. »
(Rimbaud, « Ô saisons, ô châteaux »)

Si le narrateur a fait « la magique étude », on peut supposer qu'il est magicien.
S'il est magicien, est-il capable de transformer une citrouille en carrosse, le plomb en or, et l'or en temps ?
S'il peut transformer l'or en temps, le narrateur serait-il passant les époques comme le passe-muraille passe les murailles pour aller
faire des farces ?
Le narrateur est-il parmi nous, et si oui, alors depuis combien de temps est-il mort ?

2.
« Ayant posé soigneusement sur la table du salon son bâton noueux, sa pipe et son antique sac de tapisserie, Choulette salua Mme Martin qui lisait à la fenêtre. »
(Anatole France, « Le Lys rouge », chapitre XIX)

Si le narrateur pose sur la table du salon son bâton noueux et que le salon soudain se met à siffler façon pour qui sont ces serpents qui sifflent, peut-on en déduire que je suis à une représentation d'Andromaque et que je me réveille au dernier acte ?

Est-on bien sûr que les pièces de Racine ont été composées par Racine et non par un voyageur de l'espace, qui aurait pris les traits et la perruque à Racine, pour délivrer des messages en alexandrins aux cellules dormantes de body snatchers, leur ordonnant de hâter la modernisation de la société française, afin qu'un jour Emmanuel Macron (président de la République de la première partie du  XXIème siècle, du temps où les puissances de l'Est n'ayant pas encore envahi l'ensemble de l'Europe, les occidentaux croyaient encore en la démocratie et la liberté) afin qu'un jour donc, le président Macron puisse dire que c'est son projet.

3.
« Un visage un peu crispé doté d’une moustache et d’yeux noirs, surmonté d’un chapeau à larges bords. »
(Claude Izner, « Mystère rue des Saints-Pères », chapitre VI)

Si la « moustache », dont le « visage un peu crispé » est doté, se met à s’allonger démesurément jusqu’à se recourber aux extrémités et virer spirale, pourrait-elle servir à hypnotiser quelque suspect ?
Si le suspect est réellement hypnotisé par les moustaches à spirales du détective, est-ce que parce que le toit s’est envolé que le détective garde le « chapeau à larges bords » qui le « surmonte » ?
Si le détective à moustaches à spirales se met à miauler, est-ce parce que ce chat porte un chapeau ?
Serait-ce alors que les bipèdes que nous sommes soyons constamment sous l’influence hypnotique de créatures venues d’ailleurs, surmontées de chapeaux à larges bords, et qui nous font croire qu’elles ne sont que des chats, alors qu’elles sont nos maîtres et manipulateurs ?

4.
« Le mode de la « selffulfilling prophecy », c’est le mode tautologique. La réalité n’est plus que le modèle qui se parle à lui-même. »
(Jean Baudrillard, « la Société de consommation », folio essais n°35, p.198)

Si la « selffufilling prophecy » est un mode tautologique est-ce que, lorsqu’on ouvre ce mode tautologique, en sort une ribambelle de technocrates interconnectés accompagnant une litanie de présidents de la république, et peut-on dire alors que le mode tautologique est un mode politique ?
Si la « selffufulling prophecy » est un mode politique, dans quelle mesure l’homme, la femme, le cirage (si le cirage sait parler, bien sûr) ne font que confirmer ce qu’ils sont, ce que nous savons ce qu’ils sont, même qu’ils nous prennent pour des jambons ?
Est-ce parce que les hommes politiques nous prennent pour des jambons que j’ai si souvent envie de manger des frites ?

Patrice Houzeau
Malo, le 10 juin 2023.

5 juin 2023

LAZZIS ET LASSOS

LAZZIS ET LASSOS 

1.
Lorsque vous ouvrez un roman, vous savez qu'il y aura des personnages, ou alors c'est que l'auteur est fichtrement distrait.

2.
Ce qui m'intéresse le plus chez les hommes et femmes politiques, c'est quand j'éteins la radio et que je me plonge dans les aventures des Pieds Nickelés.

3.
Six heures du mat', j'allume la radio, et j'entends parler de cancer, de violences dans les stades, d'intégrisme islamiste. C'est dans des moments comme ça que vous éprouvez beaucoup de sympathie pour votre moule à gaufres.

4.
Ce n'est pas parce que les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête que l'on a inventé le parachute.

5.
Je note que plus l'on voit les politiques s'agiter dans les médias, moins il y a d'électeurs. Y a un souci dans leurs paroles, aux troubadours.

6.
Je pense très sérieusement que les voitures (les « automobiles ») sont des êtres venus d'une autre planète pour prendre les bipèdes humains en otage.

7.
J'aime bien le ministre de l'éducation. Je coupe le son. Il agite la bouche, et moi, pendant ce temps-là j'écoute du Stéphane Grappelli. Par contre, si c'est Bruno Le Maire, je coupe le son aussi et je me fais des pâtes.

8.
Je pense parfois à la poilade des historiens des temps futurs quand ils liront les œuvres complètes de Jean-Michel Blanquer.

9.
Ce n'est pas parce que j'écris des comiqueries que je suis forcément sympathique. Les pommes de terre que je frite férocement avant de les plonger dans l'huile bouillante en savent quelque chose.

10.
Les politiques, suffirait de ne plus leur prêter la moindre attention pour qu'ils disparaissent dans le secret de leurs bureaux et le néant de leurs pensées.

11.
Depuis que je sais que le ministre de l'économie écrit des romans, j'ai envie de lire les œuvres complètes de Shakespeare.

12.
J'ai remarqué que les murs ne portent pas de soutien-gorge. Les poules non plus. Les coqs encore moins. Les vaches pas plus. Les ministres femmes, sans doute ; les ministres hommes, je sais pas.

13.
Le matin, je ne quitte pas mon appartement sans passer un coup de balai. Sinon, ça fait des yeux partout. C'est globulant comme pas possible.

14.
A force d'entendre parler de Macron toute la journée, je me dis qu'ils en font tout de même un peu trop beaucoup, les gens de la radio, avec les chanteurs à la mode.

15.
La prochaine pizza que je vois passer en volant devant ma fenêtre, hop, je sors mon lasso.

16.
Je sais pas si la culture des OVNIS, ça rapporte tellement. Quant à l'élevage d'aliens, je ne connais personne qui s'y soit lancé.

17.
Ah tiens, Mylène Farmer va remonter sur scène. Je suis bien content. Je n'irai pas la voir parce que je ne vais voir personne (faut changer de planète, c'est fatigant) mais j'aime bien, de temps en temps, me boire un irish coffee.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

22 mai 2023

LISANT DU PHILIP K DICK ECOUTANT LES WHITE STRIPS

LISANT DU PHILIP K DICK ECOUTANT LES WHITE STRIPS

1.
… à parler des soucoupes volantes... un bon bout de temps à parler des soucoupes volantes, comme si ça m'intéressait alors que je la reluquais la jolie avec son joli et ses jolis hein et que je me disais aussi que ce que j'entendais, le rock des White Stripes, il était vraiment excellent, le rock de Jack et Meg White.

2.
Me demande pourquoi Philip K. Dick a flanqué soudain à sa phrase « des larves de serpents » qui « se tordaient toujours », quelque chose avait dû m'échapper tandis que la guitare de Jack White saturait bien blues et que la fille, la fille quelle fille

3.
quand vous l'aurez, vous n'aurez rien... comme ça qu'on finit... (bien content je contemplais... avec que dalle... sac d'os ne possède rien... la pochette de « De Stijl » des White Stripes)... rien dans le trou... dans les poches, les trous... aux chaussettes aussi.

4.
peut-être mais ce n'était pas certain... la jolie causait encore soucoupes volantes... (je contemple la pochette aux rectangles... les OVNIS, une manifestation d'un univers parallèle, crois-tu... blancs et rouges à la Mondrian de la pochette de « De Stijl »)... pas certain.

pas certain, mon cul, qu'elle dit, qu'elle avait bien... faut bien qu'ils viennent de quelque part... d'un univers parallèle, je te dis, qu'ils viennent, tu peux me croire (elle se reversa à boire)... dans ma tête sautillaient un petit Jack et une petite Meg sur le bon vieux rythme du rock n' roll...

5.
Est-ce bien sérieux à 59 balais de lire des romans de Philip K. Dick et d'écouter du rock n' roll ? qu'ils me firent alors les poissons à gros yeux tournants autour de moi dans la pièce d'où Machine s'était barrée avec ses soucoupes volantes.

Surtout que pendant que je dévore mon Philip K. Dick et me gave de ritournelles électriques, mes collègues du lycée général passent, j'en suis sûr, leurs soirées à méditer les plus belles pages de Proust en comparant différentes interprétations du concerto pour piano n°2 de Rachmaninov.

Ça, c'est pour ceux qui ne sont pas mariés. Sinon, font comme tout le monde, regardent un truc ou l'autre à la télé en attendant que ça se passe.

6.
Retenir la page 166 du volume, il y a une citation à faire... Sinon, le personnage du roman de Philip K. Dick s'appelle Jason Taverner, et personne ne le reconnaît plus alors qu'il était si célèbre où ça ? Histoire d'univers parallèle, tu penses ?

Toutes les parallèles finissent-elles par se rejoindre en un point, genre point aleph ou je ne sais quoi... la matière comme une infinité de lignes finissant par se rejoindre en un point... une infinité de lignes s'étant déjà résolues en un point qui lie l'infini des univers... une infinité de lignes sans début ni fin ni centre s'étant déjà résolues, se résolvant, et filant vers leur résolution comme si ce point était sans exister.

Le chat de Schrödinger joue-t-il avec les univers comme avec une pelote qui se défait à l'infini ?

7.
Il y a une réponse page 172 une réponse page 172 page 172 page 172 se répétait-elle, sortant de l'immeuble dans laquelle elle l'avait laissé avec le disque des White Stripes et ses spéculations fumeuses jusqu'à ce que, surgi de l'ombre près du guéridon à abat-jour, le couteau.

8.
Il y a dans le disque « Elephant » des White Stripes un morceau où la guitare, elle barrit on dirait que je sais pas c'est peut-être ça qui... ou alors c'est dans un des textes mais comme je poutre en angliche (je l'ai déjà dit ça), même que j'écoute du rock anglo-saxon pour ne pas être gêné – surtout quand je lis - par toutes les sottises qu'elles peuvent dire les chansons quand elles sont chantées en français (y a pas plus démagogique qu'une chanson de la chanson française dite « à texte ») alors je sais pas, mais y a comme un barrissement de bestiau dans un des morceaux de l’excellent « Elephant » des White Stripes, l'album où il y a la chanson que j'aime bien là « Well It's True That We Love One Another » même qu'après zont l'air bien contents Jack et Meg White, même que Meg elle dit « Let's celebrate »

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mai 2023.

2 mai 2023

JE N'AIME PAS ME RENDRE UTILE ÇA ME REND MALADROIT

JE N'AIME PAS ME RENDRE UTILE ÇA ME REND MALADROIT

1.
« La neige ne fond pas gaiement »
(René Char, « L'invitée de Montguers »)

La neige est « constituée de particules de glace ramifiées » nous floconne Wikipédia. J'ai du mal à me représenter des « particules de glace ramifiées », par contre, je vois très bien ce qu'est la neige.

Toujours selon Wikipédia, « sa plus ancienne occurrence connue (« naige ») se trouve dans l'éloge funèbre écrite par Watriquet de Couvin pour la mort en 1329 de Gaucher de Châtillon. » Ce n'était déjà pas très joyeux.

La neige est d'autant moins joyeuse qu'elle est froide qu'on dirait qu'elle a avalé le réel de travers (surtout quand il y a du vent).

Le son de la neige, quand on marche dessus, rappelle le « frrrot-frrrot-frout » de certains oiseaux, dont j'ignore le nom, et dont je ne sais même pas s'ils existent. Mais c'est curieux tout de même.

Quand j'étais plus jeune, j'aimais bien marcher et me promener dans les rues enneigées. On avait l'impression que le temps et l'espace étaient aussi dilatés comme jamais qu'une personne évoquée dans le dernier vol-au-vent de Le Maire (Bruno), ministre des finances de France et de Macronie.

Dans les Hauts-de-France, il y a de moins en moins de neige, et les gens disent rituellement – « Tout est détraqué » -. Ensuite, les gens vont voter, et le dimanche, certains continuent d'acheter des gâteaux.

2.
Certains disent que la Terre est plate.
D'autres disent que la Terre est creuse.
Il faudrait accorder vos complots.
Ceci dit, une matière qui serait à la fois plate et creuse, ça existe, ça s'appelle un disque de, et là, vous mettez le nom de qui vous voulez dont les ritournelles vous entrent par les oreilles et vous sortent par les yeux.

3.
« Un gros nez et pas de narines : c'est pour ça que les Schtroumpfs sont bleus. »
(Pierre Légaré, « Mots de tête incurables », Chifflet&Cie, 2006)

On sait que les Schtroumpfs vivent depuis 1958 dans un village imaginaire. Avant, on ne sait pas. Un certain Peyo, dessinateur, les ayant schtroumpfés, raconta leurs aventures en une série d'albums.

Il suffirait que les Schtroumpfs soient verts pour qu'ils ne soient pas bleus. Et, bien entendu, si vous voyez voler des Schtroumpfs perchés sur des éléphants roses, c'est qu'ça commence à schtroumpfer sévère dans votre gargamelle, laquelle fut l'épouse de Grandgousier et la mère de Gargantua, dont les aventures furent contées par François Rabelais.

Quant à l'origine de leur nom, c'est évidemment un mystère, d'autant que les Schtroumpfs anglais, c'est Smurfs qu'on les schtroumpfe, et les Schtroumpfs allemands, c'est die « Schlümpfe », cependant que le mot allemand « Strumpf » signifie « chaussette ».

Il ne faut pas confondre Schtroumpfs et Lutins parce qu'ils ne s'écrivent pas pareils, bien que tous deux soient aussi imaginaires que la paix sur la Terre, d'autant que, prudemment et lucidement, on n'omet pas de préciser « aux hommes de bonne volonté ».

4.
C'est parce que certains étaient d'accord avec lui et que d'autres étaient en désaccord que tous l'ennuyaient. Il se fichait bien de leurs avis, sachant que ni l'hypocrisie, ni l'illusion du proche ne beurreraient ses tartines.

5.
Il aimait ces heures du petit matin où il était certain que personne ne lui demanderait rien et qu'il pouvait rêvasser en compagnie des pianos de France Musique. La ville dormait encore ; en conséquence, le réel à deux jambes ne déconnait pas encore de trop.

6.
Je n'aime pas me rendre utile ; ça me rend maladroit.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 mai 2023.

21 avril 2023

SI J'AI OUBLIÉ CE QUE J'AI FAIT HIER SUIS-JE LE MÊME QU'HIER ?

SI J'AI OUBLIÉ CE QUE J'AI FAIT HIER SUIS-JE LE MÊME QU'HIER ?

1.
Si un éléphant a des ailes, faut-il nécessairement qu'il soit d'abord propulsé pour atteindre une nécessaire hyper-vélocité ?
A moins que le premier battement de ses ailes lui permette d'atteindre une vitesse hypersonique. Il n'aurait pas besoin de propulsion alors.
Étant une poutre en physique, ce raisonnement ne vaut que pour le plaisir de me moquer de mon ignorance. Du reste, l'éléphant volant replie-t-il sa trompe ou lui sert-elle à renifler du pétrole ? (On constatera que je suis aussi une poutre en zoologie).

2.
Si j'ai oublié ce que j'ai fait hier, suis-je le même que celui que j'étais hier ?
Ce que je suis est-il dans la mémoire de ce que je suis ?
La conscience se résume-t-elle à une suite de processus, de schémas, de figures que je répète tout au long de mon existence ?
Ne sommes-nous que des mouches aux géométries infiniment complexes ?

3.
« Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites... En tout cas, il y a des choses que vous ne savez pas... A moins d'une méchanceté inouïe de votre part... »
(Simenon, « Le Relais d'Alsace », chapitre VI [M. Serge])

Que ceux qui n'aiment pas Simenon, dans le genre de cette enseignante à l'université qui traita sottement Simenon d'auteur de « petits romans de gare », méditent sur cette citation et ils y percevront sans doute quelque profondeur.
J'y crois, ma pomme, à la « philosophie du langage ordinaire ». Cela n'empêche pas la subtilité des formalismes, mais, qui, au fil coupant des jours, vit avec une bibliothèque de concepts utiles et efficaces à chaque instant ? Hypocrites.

4.
Si Poutine était un saint (apparemment, certains ne semblent pas très loin d'y croire), et si l'on ne peut nier que l'armée russe a tué beaucoup de civils ukrainiens (elle n'en aurait tué qu'un, que le crime serait, par principe, consommé), alors est-on amené à penser que cette sainteté est destructrice ?
Admettons que Poutine soit un saint, et que donc la sainteté peut être destructrice (on ne fait pas de saint sans casser d’œufs), alors, par définition, les actes des saints obéissant à des projets que nous, pauvres humains, ne pouvons connaître, le saint étant inspiré par l'inconnaissable Dieu (si Poutine finit par croire à ce genre de connerie, l'humanité est foutue), et l'Occident étant tout aussi chrétien que la Russie, pourrait-on considérer que nous ignorons que nos dirigeants sont aussi des saints, animés par un dessein divin qu'ils ignorent eux-mêmes et qu'en vertu de cette sainteté, ils sont donc voués à combattre ce qui devient alors pour l'Occident la pseudo-sainteté de Poutine ? C'est sans doute avec ce genre de raisonnement que les assassins de daech considèrent que tous ceux qui n'obéissent pas à la loi coranique la plus stricte sont les serviteurs de Satan et que certains pro-Poutine et surtout pro-Douguine (eurasistes et compagnie) considèrent l'Occident comme étant « l'Empire du mensonge », c'est-à-dire du Mal.

5.
Si les oiseaux chantent du Shakespeare, ils sont donc constitués en compagnies qui partent en tournée pour représenter un peu partout les pièces de l'auteur d'Hamlet. Certains passent même une bonne partie de l'année à l'étranger (on appelle cela « migration »).
En outre, on applaudira leurs talents de compositeurs : avoir mis tout Shakespeare en musique, et tiré du « Globe » tant d'opéras, quelle preuve du génie aviaire !
C'est qu'il regorge de corbeaux, de rapaces, de rossignols, de pigeons roucoulants et querelleurs, et quel oiseau pour Ophélie ? Je note que les humains ne prêtent guère attention à ce génie shakespearien des oiseaux. Les plus cultivés assistent à des représentations dans le texte ; en France, on en lit des traductions et des commentaires ; sinon, on regarde des bêtises à la télévision et les allocutions du président Macron.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 avril 2023.

18 avril 2023

ZOMBIE COMME TOUT LE MONDE

ZOMBIE COMME TOUT LE MONDE

« Certains de ces crapauds sortirent, avec un geste dégoûtant, des flûtes incrustées d'ivoire et en tirèrent des sons répugnants. »
(H.P. Lovecraft, « Démons et merveilles »)

Bien qu'ayant un prénom anglais, elle s'appelait Zombie comme tout le monde.

 

Certains jours, j'écoute du rock progressif (le « Virginia Woolf »
De Sigmund Snopek III par exemple et de 1972)
Ces bizarreries électriques épatantes qu'on enregistrait alors ! Les
Crapauds de la phrase à Lovecraft font aussi de la musique ;
Sortirent donc les crapauds, - bien qu'ayant un prénom anglais, elle -
Avec un geste dégoûtant (c'est ça, les crapauds, ça fait rien sans
Un doigt d'honneur, un pied-de-nez lubrique, un
Geste quoi à pas amener votre nièce, un truc bien
Dégoûtant à faire des rockeries dans les garages
Des trucs en argot amerloque pour pas qu'on pige) bon zont des
Flûtes les crapauds à Lovecraft, même qu'elles sont
Incrustées, tandis que la fille hein, - que je sors de ma tour
D'ivoire parce que je déteste manger seul mon museau vinaigrette
Et bien qu'ayant un prénom anglais, elle – pis ils
En turlupinèrent des sonorités, les crapauds, en
Tirèrent des vertes et des pas mûres
Des flûtes incrustées pis des lancinants
Sons cependant qu'elle s'appelait Zombie comme tout le monde.
Répugnants qu'ils étaient leurs sons aux flûtiaux des crapauds, oh oui.

Note :
Les crapauds de Lovecraft jouent de la flûte et bavent (ce sont des crapauds).
Les députés jouent parfois du pipeau appelé « langue de bois » et parfois bavent abondamment sur leurs collègues (ça s'appelle la politique).
Je vous laisse conclure.

18 avril 2023. Paraît que le SNU tourne au scandale (harcèlement et compagnie). C'était couru. Il n'y a que des gens déconnectés de la réalité comme le président Macron pour ne pas voir le danger des promiscuités mixtes prolongées.

En 30 ans de service en Lycée Pro, j'ai tout de même connu la fille de 3ème techno qui faisait des passes alors qu'elle était censée être chez sa grand-mère ; la fugueuse entre les mains d'un souteneur qui, constatant qu'elle était mineure, préféra la remettre à la police (tous les proxos n'auraient pas eu ce scrupule) ; la fille qui confia à sa professeure principale qu'elle soupçonnait avoir été abusée par un de ses camarades lors d'un séjour je ne sais où et alors qu'elle était ivre (eh oui). Et le lycée, ce n'est que quelques heures dans la journée, alors le SNU, vous pensez... Français, méfiez-vous de Macron ; il est loin d'avoir la lucidité et la maturité nécessaire pour gouverner un pays.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 avril 2023.

6 avril 2023

DE LA NAISSANCE DU SCAT

DE LA NAISSANCE DU SCAT

« A ce moment précis, l'instant où Louis laissa tomber ce bout de papier et donna libre cours à son génie d'improvisation, marqua le début d'une mode musicale qui allait faire fureur et devenir partie intégrante de la culture américaine, au même titre que Mickey Mouse ou le Coca-cola. »
(Milton « Mezz » Mezzrow et Bernard Wolfe traduit par Marcel Duhamel et Madeleine Gautier « La Rage de vivre »)

L'instant dans la légende du jazz
Où Armstrong (je me demande qui encore écoute
Louis Armstrong et sa trompette et sa voix rocailleuse)
Laissa tomber ce bout de papier
Tomber les paroles écrites dessus – askip celles de « Heebies-Jeebies » pour
Ce moment de joyeuse grâce que l'on appelle « scat » ce
Bout de style où l'on oublie le sens
De la chanson et le sacro-saint
Papier des littératures
Et où on se lance dans le « Dee-dut-dee-dut-doo, dee-doo-dee-doo-dee-doo-dut », même qu'il
Donna alors Louis Armstrong
Libre cours (chaque fois que j'écris « libre cours » je pense aux chevaux), libre
Cours tagada-tagada-patacloc-clic-clac-taga-tagadoc
A son génie (y en a des comme ça, des humains de génie ; d'autres, ça fait
Son « nan mais le jazz, c'est d'la musique de vieux » ou « nan, mais c'est juste du style pour le style » ou ça fait d'la politique) Heureusement, le
Génie s'en moque des jaloux et des têtes creuses et poursuit son cours
D'improvisation et de langue tirée à l'esprit de sérieux « Salt Peanuts, Salt Peanuts » dans ma caboche qu'elle cadence Zut.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

6 mars 2023

CORNICHON SE TRADUISANT PAR GHERKIN

CORNICHON SE TRADUISANT PAR GHERKIN

1.
« par exemple, - l'âme, à ce qu'ils croyaient, - je cite les termes d'un subtil et intelligent Parisien, - ne demeure qu'une seule fois dans un corps sensible. Ainsi, un cheval, un chien, un homme même, ne sont que la ressemblance illusoire de ces êtres. »
(Edgar Poe adapté par Baudelaire, « Metzengerstein »)

Les choses se ressemblent-elles ? La banane est-elle la banane telle que je la vois ou un étant qui se transforme x fois par seconde ? Le réel est-il une série grouillante et infinie de métamorphoses dont l’œil ne percevrait qu'une infime partie ? C'est-y pas qu'nous grouillons ?

2.
« The rich although faded tapestry hangings which swung gloomily upon the walls, represented the shadowy and majestic forms of a thousand illustrious ancestors. »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« La tenture de tapisserie, riche, quoique fanée, qui pendait mélancoliquement aux murs, représentait les figures fantastiques et majestueuses de mille ancêtres illustres. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis que « shadowy and majestic » est traduit par « fantastiques et majestueuses » puisqu'il s'agit de « figures ».

S'il avait été question de dés à coudre, Baudelaire aurait écrit « fantastiques et majestueux ».

Ceci dit, il est rare que l'on ait pour ancêtres des dés à coudre. Remarquez que la tapisserie aurait pu représenter les « figures fantastiques et majestueuses de mille ancêtres illustres » avec dés à coudre. Ce qui aurait été curieux, aussi curieux que la rencontre du spectre d'un cornet acoustique avec la peintre Leonora Carrington.

3.
« The longer he gazed the more absorbing became the spell – the more impossible dit it appear that he could ever withdraw his glance from the fascination of that tapestry. » 
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« Plus il contemplait, plus absorbant devenait le charme, - plus il lui paraissait impossible d'arracher son regard à la fascination de cette tapisserie. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Baudelaire traduit « withdraw his glance from the fascination of that tapestry » par « arracher son regard à la fascination de cette tapisserie », ce qui se justifie puisqu'il n'est, dans cette phrase, pas question de dé à coudre (thimble) ni de chameau (camel).

Si l'on « arrache son regard à la fascination d'une tapisserie » ou de tout autre chose (d'un jardin, d'un jambon-beurre, d'un jamais, toujours, je-ne-sais-quoi, jambe, jarretière, jolie jeune fille...), la fascination en est-elle aveuglée et se met-elle à errer, hagarde et échevelée, de par le monde en quête d'un autre regard à fasciner ?

4.
« I-n-d-e-e-d- ! » ejaculated the Baron, as if slowly and deliberatly impressed with the truth of some exciting idea. »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« - En... vé... ri... té... ! - exclama le baron, comme impressionné lentement et graduellement par quelque évidence mystérieuse. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis sur internet que le Cambridge Dictionary donne au verbe anglais « ejaculate » le sens aussi de « to shout or say something suddenly » ce qui ne vous interdit pas de prendre le café avec du sucre, ni de le boire en contemplant la course des nuages en forme de chevaux. Je dis ça parce qu'il est question, dans le « Metzengerstein » d'Edgar Poe, d'un « cheval », d'un cheval fantastique. S'il s'était agi d'un bocal, vous auriez contemplé des nuages en forme de bocaux ; d'un cardinal, des cardinaux ; d'un vitrail, des vitraux ; d'une bataille, des bateaux mais je dis pour faire rire dans les vals et les vaux.

5.
« In the glare of noon – at the dead hour of night – in sickness or in health – in calm or in tempest – the young Metzengerstein seemed rivetted to the saddle of that colossal horse,... »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« Dans l'éblouissement du midi, - aux heures profondes de la nuit, - malade ou bien portant, - dans le calme ou dans la tempête, le jeune Metzengerstein semblait cloué à la selle du cheval colossal... ».
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis que l'adjectif anglais « colossal » se traduit par le français « colossal ». Etant une colossale poutre dans la langue des Beatles et des Doors (et ça m'amuse que Scarabées et Portes parlassent la même langue), ça me rassure un peu de le savoir, même si c'est peu, si peu.

J'ai appris récemment que l’expression « mettre quelqu'un sur un piédestal » se traduit en anglais par « put someone on a pedestal » et que, voyez, « cornichon » se traduit par « gherkin », même qu'il est souvent « pickled », « preserved in vinegar ». Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 mars 2023.   

5 mars 2023

EN ATTENDANT LA GREVE DU 7 MARS 2023

EN ATTENDANT LA GREVE DU 7 MARS 2023     

1.
C’est évident : si la grève du 7 mars n’aboutit pas à un blocage du pays et à des grèves reconductibles, le gouvernement saura que la réforme des retraites passera. Tout se jouera probablement ce mardi 7 mars 2023.

2.
Je constate que l’adjectif « résilient » tend à remplacer dans bien des énoncés l’adjectif « performant », et surtout l’adjectif « efficace ». L’adjectif « résilient » se fait alors, à mon sens, euphémistique. Ainsi, j’ai noté l’évocation de « systèmes de santé plus résilients ».

La résilience, nouvelle tarte à la crème. Tout semble voué à la résilience. Ça ne veut rien dire sauf que la technocratie estimant que la société française n’est pas assez productive,  prétend convaincre les Français d’être plus résilients dans leurs pratiques, d’être plus « positifs », comprenez « dociles ».

3.
Le message des Français au président Macron est pourtant clair. Macron a été réélu pour continuer à contrecarrer l’extrême-droite et l’extrême-gauche, pour continuer à soutenir l’Ukraine contre Poutine, pour réparer les défaillances de son premier quinquennat : la sotte réforme Blanquer par exemple, et reprendre les investissements dans les secteurs de la santé, de la justice, de la défense…, pas pour enquiquiner les Français avec des réformes dont ils ne veulent pas.

4.
5 mars 2023. J’apprends par CNews que la fameuse « lettre électronique » de La Poste fait « flop » et qu’elle « pourrait même être abandonnée ». Si tel est le cas, bravo donc aux technocrates qui ont mis au point cette nouvelle « résilience » sans prendre en compte que les Français commencent à être gavés de la numérisation à marche forcée de tout et de n’importe quoi.

5.
Grève 7 mars 2023. Ce n’est certainement pas en jetant l’opprobre sur les grévistes à venir que le gouvernement va apaiser les tensions. Les grèves sont un moyen très dur de se faire entendre, mais elles sont ici légitimes. Surtout depuis que les Français ont compris que le gouvernement avait tenté, avec les fameux « 1200 euros » de pension minimum, de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Il faut aussi que le gouvernement comprenne que cette opposition à la réforme des retraites cristallise les mécontentements : inflation, crise énergétique, défaillances des secteurs de la santé (on évoque des morts faute de prise en compte par les urgences…), de la justice (violences en hausse, féminicides etc…), de la défense (avons-nous encore une armée ?), de l’éducation (diplômes dévalorisés, universités pleines à craquer), de la formation (pas assez de chauffeurs, d’infirmiers, de cuisiniers, de serveurs, et il semble que l’on s’apprête à pourvoir les postes vacants avec des migrants, comme s’il n’y avait pas assez de chômage en France, comme si les Lycées professionnels n’existaient pas…).

6.
Qu’elle soit juste ou pas, le gouvernement a, et aura du mal, à convaincre les Français de la légitimité de sa réforme des retraites et cela, pour une seule raison : les Français ne croient plus en la sincérité de leur président.

7.
Michel Onfray : Philosophe bavard ? Bavard philosophe ? ou bavard tout court ?

8.
Ai entendu dire que la France était championne d’Europe quant au nombre de ses ronds-points et au nombre de ses supermarchés. Si tel est cas, y a quoi derrière ? Nécessité de faire travailler des entreprises en manque de commandes ? Corruption ? Les deux ?

9.
Une relance de la politique nataliste en France ? Pour quoi faire ? Ne sommes-nous déjà pas trop nombreux sur cette terre vouée aux conflits, aux virus, aux violences, au pourrissement inéluctable ?

Patrice Houzeau
Malo, le 5 mars 2023.

27 février 2023

GRATTAGE CHARBONNAGE LABYRINTHE

GRATTAGE CHARBONNAGE LABYRINTHE

1.
« Maintenant ce n'est plus qu'un lopin de terre, un tout petit lopin sur une tête d'aiguille.
Quand je l'aperçois, je me gratte avec. »
(Henri Michaux, « Déchéance »)

2.
Le verbe « gratter » a des ancêtres partout : le latin médiéval « cratare », le vieux francique « kratton », le vieil allemand « kratten », l'allemand « kratzen », l'anglais régional « scrat », le suédois « kratta ». le verbe « gratter » me rappelle que dans la vie on est bien obligé, plus ou moins souvent, « d'aller se gratter », avec ou sans lopin de terre, rapport à ce que le réel a une fâcheuse tendance à ne pas nous donner ce que nous voulons. Pour avoir ce que l'on veut, il faut charbonner. Le législateur et l'administration ont pour objet de fixer les limites du grattage et les cadres du charbonnage. J'en conclus que notre existence se situe donc entre ces deux pôles du grattage et du charbonnage. Remarquez que cela n'empêche pas d'aimer la cornemuse.

3.
« Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde »
(Baudelaire « Le mort joyeux »)

« Et » est une conjonction de coordination et figure donc dans la célèbre liste mnémotechnique « mais, où, et, donc, or, ni ,car ». On ne se le demande d'ailleurs pas. Si la conjonction « et » s'avère fort utile pour relier des mots et groupes de mots, en tant qu'épluche-légumes, elle est parfaitement inopérante.

4.
Je lis sur internet ce titre « Inflation : le spectre d'une France à deux vitesses ». Je ne doute pas en effet que l’État finisse par trouver une façon de taxer les fantômes qui, de plus en plus nombreux, hantent les rues.

5.
« Quelle femme aux pieds nus, une chandelle à la main, nous fait ainsi la suivre à travers les corridors du labyrinthe ? »
(Frédérick Tristan, « L'Obsédante », le Cherche-midi, 1992, p.55)

Comme on sait, le mot « labyrinthe » désigne dans la mythologie grecque une série de galeries construites par l'architecte Dédale pour y enfermer le Minotaure » (je cite Wikipédia). C'est dire si le labyrinthe peut être nuisible à la santé. On évitera donc de s'encombrer d'un labyrinthe, ainsi que de s'engager dans des conduites labyrinthiques. La réduction des labyrinthes est d'ailleurs un problème qui préoccupe le législateur. Cela ne l'empêche pas de se perdre dans le dédale des lois, des réglementations, des réformes et des nécessités électorales. Les spécialistes du labyrinthe s'appellent « technocrates ». Certains de ces technocrates sont des architectes frustrés, voire des minotaures refoulés. Certains se prennent pour Thésée, ou pour Ariane, ou pour Icare. Ils n'ont pas tous pour emblème la « tête d’œuf » et cherchent souvent à faire porter les cornes à quelqu'un.

6.
La Chine et la Russie sont des pays lointains qui auraient tendance à se rapprocher.

7.
Il y a une dizaine d'années, on disait que l'Asie, de par ses dynamiques démographiques et économiques, dominerait bientôt le monde. On voyait cela comme un domination essentiellement économique et on s'en faisait une raison. Maintenant que cette domination pourrait se faire aussi par les armes, évidemment, c'est une autre histoire.

8.
« Le poids du raisin modifie la position des feuilles. »
(René Char, « Migration »)

Je lis sur Wikipédia que « la forte teneur en sucre » du raisin « peut, avec le temps, entraîner une cristallisation ». Si vous plongez le raisin dans un liquide (de l'eau bouillante par exemple), le sucre se dissout . Si vous le plongez dans la foule, le raisin disparaît écrasé. Si vous le plongez dans la lecture, il tache les pages. Mais vous pouvez le manger, cependant que certains bouquins sont indigestes et que la foule, comme dit la chanson de Jacques Brel, vous « grignote comme un quelconque fruit ».

9.
Je n'ai jamais entendu parler de cette histoire de grappe de raisin invisible qui se serait enfuie d'un laboratoire.

D'une manière générale, le raisin n'est pas plus invisible que la pipe de Maigret ou la vilenie de Poutine. Le raisin sert à faire du vin ; la pipe se fume ; Poutine massacre.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 février 2023.

21 février 2023

TENTACULES POSSESSION PAYSAGE THEURGIE

TENTACULES POSSESSION PAYSAGE THEURGIE

1.
« Quelqu'un y avait taillé un passage, mais Miss Markland et Cordélia furent obligées de se baisser pour ne pas se prendre les cheveux dans l'enchevêtrement de tentacules épineuses. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 628, p.64)

J'imagine la case de bande dessinée : deux jeunes femmes, tombées par science-fiction sur une planète périlleuse, fuient d'hostiles perspicaces et, pénétrant dans un labyrinthe de haies agressives, sont « obligées de se baisser pour ne pas se prendre les cheveux dans l'enchevêtrement de tentacules épineuses ». En tête, le trait nerveux de Jean-Claude Forest et son époustouflante Barbarella.

Note :
Evidemment, les tentacules sont « épineux » car sinon ça voudrait dire que les tentacules portent des robes et se mettent du rouge à lèvres, alors que chacun sait que les tentacules portent la moustache et regardent des matchs en foot en pantalon et sans rouge à lèvres.

2.

« Établir des relations trop intimes avec un autre être humain est stupide. Et quand cet être humain est mort, cela peut être stupide et dangereux. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.70 [Miss Markland])

Miss Markland est de bon conseil. Se fier aux vivants amène souvent des désillusions, voire de terribles trafalgars. Alors, se fier aux morts, c'est des coups à se retrouver façon possédé à tourner au plafond en bavant.

3.
« Derrière lui, par la fenêtre ouverte, on découvrait un délicieux paysage en miniature. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.76)

Derrière moi, il y a le mur.
Lui, il ne bouge pas, et je ne pense pas qu'une main puisse en sortir pour m'agripper. J'ai confiance en lui.
Par contre, devant moi, il y a la fenêtre.
La fenêtre et moi, tout en ayant l'air d'être tous deux absorbés par nos activités quotidiennes, la
Fenêtre et moi, nous nous observons.
Ouverte, je me dis qu'elle pourrait bien m'aspirer dans le néant du dehors. Je me méfie.
On ne peut tout de même pas vivre avec une fenêtre continuellement fermée. Je l'ouvre donc avec précaution et suspicion. Lorsqu'elle
Découvrait des paysages charmants de prés, de collines, de vallons verdoyants s'étendant à l'infini, la fenêtre était mon amie ; mais hélas,
Un beau jour, après un long séjour à l’extérieur, le
Délicieux chemin bordé d'une haie de mûres, où sur son vélo, passait parfois, les jambes nues au vent léger, Paulette, ou Colette, ou Jeannette, ou même Ginette, délicieux
Paysage où j'ai passé tant de songes,
En rues, en murs, en devantures, et des voitures, et des voitures qu'il s'était changé, le paysage, avec plein de gens dedans,
Miniature d'un petit enfer qui avait pris possession de l'esprit de ma fenêtre.

4.
« La poésie garderait-elle sa théurgie si les lignes étaient imprimées comme de la prose ou la prose serait-elle aussi fascinante sans le dessin et l'accentuation de la ponctuation ? » (P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.95)

Cette pensée qui vient à Cordélia sous-entend une magie propre à la poésie (la théurgie étant une élévation spirituelle de l'esprit qui l'apparente alors à une puissance, sinon surnaturelle, du moins hors du commun des mortels). Franchement, je sais pas, dis-je à mon sandwich au thon avant de l'avaler.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 février 2023.

8 février 2023

CAR ÇA SE PRECIPITE SAVEZ

CAR ÇA SE PRECIPITE SAVEZ

1.
« - Chut ! chut ! mademoiselle, répliqua aussitôt la cuisinière.
Et, d'un air à la fois inquiet et mystérieux, elle ajouta :
- Le petit fouinard est là. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », IV, 3 [Marie-jeanne])

Arthur Bernède. « Belphégor ». IV, 3. « Le petit fouinard ». Colette à la machine. Une « figure de catastrophe ». Que se passe-t-il ? Les Martiens ont-ils débarqué ? Le petit chat est-il mort ? Le Grand Soir est-il arrivé ? « -Qu'y a-t-il, Marie-Jeanne ? ».

« Le petit fouinard est là. » Ménardier veut parler à Colette du « gibier » qu'il traque. Le « gibier », c'est Bellegarde, parce que Ménardier n'est pas venu arrêter Landru, qui fut arrêté le 12 avril 1919, et pas par Ménardier, qui n'arrêta pas non plus Arsène Lupin

On ne sait pas ce que Ménardier se chantait dans sa tête, ni même si. Pendant ce temps-là, cheveux, barbes et fleurs poussaient pour la plus grande joie des coiffeurs, des barbiers et des jardiniers ; Charles Trenet avait quatorze ans.

Ménardier attend Chantecoq. Martine attend le train. Prosper attend sa bonne amie. La cruche attend va la cruche à l'eau que la peinture à l'huile c'est bien plus beau que la peinture à l'eau. Colette retourne à la machine.

Chantecoq revient avec Cantarelli (Jacques déguisé) qui reste dans le jardin tandis que le « roi des détectives », de périphrase à périphrase, salue « le petit fouinard ». « Cherchez ». Chantecoq joue sur les mots : « je vous donne ma parole d'honneur que Jacques Bellegarde n'est pas sous mon toit. » Pardi !

Jacques se croit sauvé mais Belphégor a vendu la mèche, a balancé, a mouchardé poucavé renseigné par un petit billet le policier. Cantarelli est arrêté. Scandale en Numismatie !

2.
« Chantecoq venait en effet d'apercevoir, suspendu à l'intérieur du meuble, un mannequin de cire qui reproduisait, à s'y méprendre, les traits de Simone Desroches. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », IV, 4).

Arthur Bernède. « Belphégor ». IV, 4. « Où Chantecoq frappe un grand coup ». « A Auteuil », chez la défunte Simone Desroches, dont le corps a été volé par Belphégor. « Douloureuses pensées » (donc, ni Mme Mauroy, ni Elsa Bergen ne se chantonnent « La Petite Tonkinoise » (1906, paroles de Henri Christiné, musique de Vincent Scotto).

Agitation à Auteuil. La nouvelle de l'arrestation de Jacques Bellegarde fait bouger tous ces gens. On évoque la guillotine. Deux mots désuets : « landaulet » (on dit aussi « landaulette ») désigne un type de carrosserie où les passagers arrière sont couverts par un toit décapotable.
Citation : « Une heure après un élégant landaulet stoppait devant la grille du palais de Justice. » (Arthur Bernède, « Belphégor », IV, 4).

« cipal » : aphérèse de « municipal » ou de « principal ».
Citation : « M. de Thouars griffonna quelques mots sur sa carte, qu'il remit au « cipal » qui montait la garde à la porte du juge. » (Arthur Bernède, « Belphégor », IV, 4).

Le palais de Justice : Maurice de Thouars et Mme Mauroy attendent sur un banc. Des journalistes discutent de la destinée de leur confrère Jacques Bellegarde. « - Quel sale métier, mes enfants ! Quel sale métier. » Un ténor du barreau « pérore ». Il s'appelle Alban Troubarot, - quelle onomastique ! Alban, c'est du blanc comme neige, la vertu défendue ; le « barot » s'entend ; le « trou » itou.

« Elle n'est pas mal. » (considération de Maître Troubarot à la vue de Mme Mauroy). Arthur Bernède le gratine, le bavard, d'autant que Maître Troubarot proclame la culpabilité de Jacques.

« Le même soir vers vingt-trois heures », la modernité aérienne : un avion atterrit près du romantisme des « tours du château de Courteuil baignées par la clarté de la lune ». « casques de cuir », « masques ». On ne les reconnaît pas. Bernède nous dit juste que ce sont « un homme et une femme ». Lüchner, « caché », se décache. Où il est de nouveau question du trésor des Valois.

La lune porte « un lourd manteau de nuage ». Il doit faire froid. Et puis comme ça, on ne voit plus rien. Du coup, pas étonnant que Lüchner et ses deux inconnus « se perdirent dans la nuit ». Pas étonnant non plus « qu'au loin des chiens hurlaient lugubrement... à la mort... » Faut ce qu'il faut pour faire un roman d'un genre à ne pas y mettre un pied, surtout quand vient le soir, ami du criminel.

« A la même heure », car ça se précipite, dans son « suaire noir » des soirs de hantise et d'assassinat, « le Fantôme du Louvre, Belphégor en personne » est à l'affût dans le jardin de l'hôtel de Simone.

Ah oui quand même ! Donc, Elsa Bergen machine dans le « ressort secret ». Arrive Belphégor. Elsa croit que c'est Simone (ah tiens, la morte n'est pas morte), mais c'est pas Simone, c'est pas le Pape, c'est pas l'Inconnu du Nord-Express, c'est pas l'plombier, c'est... c'est... c'est... devinez !

Toujours est-il que se croyant prise, Elsa fait semblant de, ce qui lui permet de, - tchac, un coup de « stylet à lame courte » dedans le faux Belphégor tandis que se pointent Pandore et Vidocq, les toutous de garde, des pas marrants, sinon Elsa pourrait s'enfuir et ça, faut pas.

Elsa est aussi coincée qu'un doigt là où il ne devrait pas se mettre. Va-t-elle « se mettre à table » ? Elle se tait. Et elle le dit, en plus, qu'elle se tait. Mais le lecteur se demande si défois, Belphégor ne serait pas Simone Desroches elle-même qui se serait enlevée elle-même, n'étant pas morte et étant douée pour l'auto-duplication.

Ce mystère est résolu à la page suivante. Je ne vous en dirai rien, puisqu'il s'agit d'un mystère, mais sachez qu'il y est question d'un mannequin.

Donc, Elsa Bergen est mise hors d'état de nuire. Nous savons maintenant qu'elle est une complice de Belphégor.

Pendant ce temps-là, chez Chantecoq, de nouveau se fait entendre cette question annonciatrice d’événements : « - Qu'y a-t-il, Marie-Jeanne ? ». Ensuite, Colette est enlevée à cause d'un « faux-vrai » message de Chantecoq, lequel est le père de Colette.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 février 2023.

4 février 2023

LES YEUX DU FANTÔME NE SONT PAS DANS LA BOÎTE A GANTS

LES YEUX DU FANTÔME NE SONT PAS DANS LA BOÎTE A GANTS

1.
« - Et il portait sur sa tête un capuchon qui empêchait de distinguer ses traits ?
- Oui... et dans lequel il y avait seulement deux trous qui laissaient apercevoir ses yeux... Oh ! ces yeux... Ce regard... Je ne l'oublierai jamais ! »
(Arthur Bernède. « Belphégor ». IV, 2 [Ferval et Juliette])

2.
Arthur Bernède. « Belphégor ». IV, 2. « La justice travaille ». L’enlèvement du corps de Simone fait sensation. Ce qui attira de nombreux curieux, dont certains avaient une tête, et les autres aussi. On nota la présence d’un borgne, mais il entendait tout.

3.
Les roses « flétries » du tapis. Ça s’est un signe. Le signe que quelqu’un qui portait des roses s’est pris une guitare dans le tapis. Du coup, il est tout désaccordé et les roses se flétrirent, comme dans les romans avec des jeunes filles. Maurice témoigne. Puis Elsa, « troublée ».

4.
Où l’on reparle de la petite porte verte si utile aux romans énigmatiques. C’est une revenante. Mais était-elle fermée à clé ? « En principe, oui »..., mais... mais… mais… mais on ne sait jamais… jamais… jamais… jamais - mais au pot t’as mis ? ou au pot t’as pas mis, dis ?

5.
Quant à la sœur de Simone, elle se sent capable de tout entendre, sauf les émissions pour débiles à la télé. Du coup, elle assiste à l’interrogatoire de Juliette (va-t-elle enfin avouer qui est son Roméo ?). Le « souvenir du Fantôme » réveille des « transes ». Même qu’après, les yeux du Fantôme apparaissent dans le texte.

6.
Arrivée de Chantecoq et Cantarelli. « C'est un vampire qui, la nuit dernière, a enlevé un cadavre. » Si vous entendez cette phrase en sortant de votre boulanger, c’est qu’il n'a pas fermé pour cause de factures d'électricité délirantes, et que vous venez de glisser dans Belphégor.

7.
Où l'auteur utilise la première personne du pluriel – c'est cinématographique - pour nous inciter à « pénétrer » dans le mystère. « Le petit fouinard » est bien content. Jacques Bellegarde une nouvelle fois accusé. La sœur de Simone se pose des questions. Mais tout s’explique et la machine à justifier est bien réglée. Les arguments en faveur de la culpabilité de Bellegarde s'enchaînent et il est assez effrayant de voir comment la police réussit, de bonne foi, à faire d'un innocent un coupable.

8.
Ferval est d'accord avec Chantecoq sur l’explication de l'énigme du corps volé. Il s'agit d'éviter l'autopsie. C'est sur l'identité de l’escamoteur de dépouille que leurs avis divergent. La « clé du mystère » est-elle chez Simone ? Vous le saurez si vous gardez vos yeux pour lire et votre compréhension du français romanesque.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 février 2023.

31 janvier 2023

LE MYSTERE DU CORPS VOLÉ

LE MYSTERE DU CORPS VOLÉ.

« - Le corps de... murmura Bellegarde en pâlissant. Et il ajouta :
- Et dans quel dessein cet odieux bandit aurait-il accompli ce monstrueux attentat ? »
(Arthur Bernède, « Belphégor », IV,1 [Bellegarde])

Arthur Bernède. « Belphégor » (IV,1). « Vers la lumière ». Le baron Papillon « dans son cabinet de travail, où, d'ailleurs, il ne faisait jamais rien. » Pique. Critique du rentier, de l'oisif à particule. Le secrétaire Lüchner n'est pas là et ça tombe bien, parce que la narration a besoin du crédule Papillon. Une « miniature du peintre François Dumont » (1751-1831), « miniaturiste attitré de la Cour et l'artiste le plus réputé dans « le petit genre du portrait-mignard », dit Wikipédia.

Le baron reçoit l'antiquaire. Je passe sur ce passage, il n'est pas à l'honneur de Bernède. Chantecoq déguisé. Une « affaire superbe » ou un piège ? Les « Mémoires secrets de Cosme Ruggieri », astrologue de Catherine de Médicis, mort en 1615 et né dans un point d'interrogation, seraient apocryphes et « sans valeur ».

La « mort mystérieuse » de Simone a-t-elle un rapport avec le bahut au grimoire ? Et pourquoi, mais pourquoi donc, à la fin du chapitre 6 de la troisième partie, Belphégor vola le corps de Simone Desroches, l'emmenant dans les « ténèbres » du Mystère ? Rappelons d'ailleurs que, pour commettre son forfait de roman feuilleton, Belphégor assomma Juliette d'un « coup de sa terrible matraque ». D'autant plus intéressant que Juliette est présentée comme étant très pieuse et très dévouée à sa « maîtresse » (c'est le mot employé par Arthur Bernède). Belphégor a donc commis un sacrilège avec son symbole matraque là.

Jacques Bellegarde « sous ses traits ordinaires ». Il bout. « vivement, ardemment », qu'il veut agir, le Jacques. Colette lui reproche d'avoir quitté son déguisement de numismate italien. Chantecoq revient et ôte son travestissement, cependant que Jacques remet le sien.

Des doutes sur l'entourage de Simone Desroches. Elsa Bergen et Maurice de Thouars ? Belphégor est-il plus présent qu'on le pense ? Chantecoq explique l'énigme du corps volé et pourquoi Belphégor l'a soustrait aux investigations de la police.

Je note que le portrait de Marie-Antoinette par Dumont n'est ici que virtuel, que le grimoire de Cosme Ruggieri a disparu dans un bahut vendu à Simone, dont le corps a été volé par Belphégor. Tout disparaît. Reste la narration policière et ses énigmes sur la façon dont le réel escamote la représentation, tout en pratiquant l'art de l'illusion (Bellegarde en numismate italien, Chantecoq en antiquaire d'Amsterdam, un bandit en Fantôme).

Patrice Houzeau
Malo, le 31 janvier 2023.

24 janvier 2023

PENDANT QUE LE BOEUF CUIT

PENDANT QUE LE BOEUF CUIT

1.
« - Et mon bœuf ?
- Il cuira sans vous.
- Mais il cuira trop !
- Eh bien ! nous mangerons moins. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », III,5. [Marie-Jeanne et Chantecoq])

Arthur Bernède, « Belphégor », III,5. « Où l'on voit le bossu et l'homme à la salopette travailler une fois de plus pour Belphégor ». « sonnette fêlée », « bruit de ferraille », la tête à Lüchner. Moi, c'est pareil, je ne sais pas comment Jacques Bellegarde s'en est sorti, j'ai oublié, mais en tout cas, comme dit l'homme à la salopette : « Jacques Bellegarde est vivant. »

Non seulement, Bellegarde est vivant, mais en plus il ne se laisse pas attraper par la police. C'est bien simple, on dirait Belphégor. Préparatifs d'une machine infernale. « Demain soir, à dix heures, poum ! ».

Une invitation. Ce n'est pas une erreur, c'est un piège. Tiens, voilà les employés du gaz. Marie-Jeanne prépare un bœuf-mode. Marie-Jeanne à la lanterne descend à la cave. Machine infernale vous dis-je.

Celui qui n'était pas chez lui, alors qu'il aurait dû y être, sera ce soir là où il ne devrait pas être, surtout vers dix heures.

Bizarre quand même, il y a bien une lettre, mais c'est comme s'il n'y avait personne. Chantecoq veille au grain. Marie-Jeanne s'inquiète pour son bœuf. Tout le monde (ou presque) descend à la cave pour faire la lumière.

La lumière est faite, d'ailleurs « l'électricité est revenue », remarque Marie-Jeanne. Avec tout ça, montage, démontage, bricolage, machinage, démachinage, que va dire la Compagnie du Gaz ?

2.
« Mais la brave fille, à bout de forces, s'écroula sur le parquet, tandis que Belphégor, emportant la morte, fuyait dans les ténèbres. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », III, 6)

Arthur Bernède. « Belphégor », III, 6. « Où le Fantôme reparaît ». L'inconnue aux cheveux d'or. Mlle Desroches avait donc une sœur. L'inconnue n'est plus une inconnue ; d'ailleurs, elle s'appelle Mme Mauroy. Juliette n'a pas pu ouvrir la valise. « Mme Mauroy a conservé la clé ».

Arrivée de Ferval, le directeur de la P.J. Il faut autopsier le corps de Simone. En effroi, Mme Mauroy. C'est vrai que dans le genre boucherie charcuterie, une autopsie... Les pages qui suivent dépeignent l'immense chagrin de Mme Mauroy, dont on apprend par un adjectif qu'elle est « jeune ».

Faut-il en croire Juliette ? N'est-on « jamais seul, avec les défunts... Il y a toujours leur âme. » Et qu'appelle-t-on âme ici ? Cet être de l'absence ?

Un « bruissement ». Le silence « plane ». Des roses sur le tapis. Juliette pense que le Fantôme est proche. Dites un peu que c'est impossible qu'il revienne, le revenant, et si les lumières s'éteignent et qu'à la lueur des bougies, la petite porte « au fond du hall » s'ouvre lentement, et bien, c'est que vous voilà dans un fichu suspense. Fantôme apparu, corps disparu. Café bouillu, café foutu. Turlututu, chapeau pointu.

Ce chapitre se clôt sur la réapparition de Belphégor, lequel, d'un « coup de sa terrible matraque », assomme Juliette et emporte le corps de Simone Desroches, au nez et à la barbe qu'elle n'a pas d'Elsa Bergen évanouie. Un détail chiffonne : celui de la clé conservée par Mme Mauroy et qui empêcha Juliette d'ouvrir la valise de l'inconnue aux cheveux d'or.

Et si Mme Mauroy jouait la comédie, et si Mme Mauroy n'était pas Mme Mauroy ? Mais je n'en sais pas plus que vous, découvrant le roman au fur et à mesure que je l'annote.

Du reste, vous noterez que je m'amuse avec sérieux. Je ne prends pas tant que ça à la légère ni Bephégor, ni d'une manière générale, le roman de genre, fût-il populaire, à conditions que j'y trouve un je ne sais quoi de plaisant, bien entendu.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 janvier 2023.

30 décembre 2022

ON N'ARRÊTE PAS LE PASSÉ

ON N'ARRÊTE PAS LE PASSÉ

« … j'ai pu me rendre compte qu'il existait, dans ce pays, un grand nombre de sociétés secrètes extrêmement puissantes et qui ont des ramifications un peu partout. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 4 [Ménardier])

Notes sur le chapitre 4 de la 2ème partie de « Belphégor », d'Arthur Bernède.

« … j'ai pu me rendre compte qu'il existait, dans ce pays, un grand nombre de sociétés secrètes extrêmement puissantes et qui ont des ramifications un peu partout. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 4 [Ménardier])

1.
Bernède. « Belphégor ». II, 4. Où il est question d'un « trésor » et de la dynastie des Valois (1328-1589). Chantecoq élabore ; Ménardier tâtonne et se débat. Le Fantôme a de sérieuses raisons ; nous aussi, et nous hantons parfois des lieux à la recherche d'on ne sait quoi.

2.
Un anarchiste ? Du « génie infernal » du Fantôme du Louvre. Politique et sociétés secrètes. Complotisme. Bernède évoque Pierre Benoît. Ferval tend un piège. De l'utilité policière des « petits villages du Nord ».

3.
Troisième nuit de Ménardier chez les « Dieux barbares » du Louvre. Je me demande si cette salle dite des « Dieux barbares » a jamais existé. « A la même heure », à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois... « la petite lampe qui ne doit s'éteindre jamais ».

4.
Les visiteurs de la nuit. Retour du « bossu mystérieux ». La dalle à la fleur de lys. Ça me rappelle « L'Or du diable », la série télé (1988) de Jean-Louis Fournier sur l'histoire étonnante de l'abbé Saunière et du trésor qu'il aurait découvert à Rennes-le-Château. Il y a aussi une dalle dans l'histoire de l'abbé Saunière, la « dalle du Chevalier ».

5.
La dalle amovible. Les dessous de l'église. Souterrain, rats, crapauds, porte en chêne, trois coups. Le Fantôme du Louvre reçoit de la visite. L'étrange tube dont se munit Belphégor. Ah tiens, un souterrain qui mène au Louvre. On n'arrête pas le passé.

6.
Un « escalier exactement semblable » : symétrie donc. Résolution d'une énigme : on sait maintenant comment le Fantôme pénètre dans le Louvre. Ça rappelle le Fantôme de l'Opéra. « Invisible dans la nuit ».

7.
Malaise dans la salle. Le Fantôme au masque à gaz. Trois hommes à terre. La clé est sous le socle. Une autre dalle à la fleur de lys. La symétrie se poursuit. Le blason des Valois. Un coffre ? Qu'y-a-t-il dedans ?

Un coffre dans un roman populaire, c'est soit un trésor, soit des parchemins, une carte, des documents précieux, car si le Fantôme y découvrait un Dark Vador (et repose-toi bien) à monter soi-même ou un recueil de recettes de cuisine, ce serait rigolo mais, d'un point de vue narratif, incongru.

8.
Les visiteurs de la nuit emportent le coffre. Les « historiens et les architectes du Louvre » ne savent pas tout. Un trésor. Un « objet » dans la bibliothèque. Réapparition des lettres volées. Jacques Bellegarde va-t-il tomber dans le piège que lui tend le bossu mystérieux aux ordres du Fantôme ?

9 .
Ai revu hier soir « 8 Femmes », de François Ozon, d'après la pièce de Robert Thomas. Hommage à la littérature policière à énigme (avec révélations en cascade et huis-clos dramatique), tout autant qu'au talent d'Hitchcok à métamorphoser le kitsch en rêverie fascinante.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

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