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13 juin 2021

CHAPITRE DEUX LE POTJEVLEESCH MERVEILLEUX

CHAPITRE DEUX : LE POTJEVLEESCH MERVEILLEUX

1.
Donc, un cavalier dans la plaine. Kicéty ? On sait pas car c’est le cavalier inconnu (il se dirige vers le château). Il pleut car des nuages noirs passent. Se pourrait-il que cela grondât sous peu et sur nous ? Donc, soit un orage éclate, soit… Oh mais quelle est cette voix ?

2.
On entend la Voix tombant du ciel. Tonitrue grave. Soit elle avertit le cavalier (lequel pâlit que de tout en noir il devient tout en blanc, cheval compris) de ne point ce castel approcher car moult peril pourrait le periller périlleusement, soit elle lui communique kekchoz.

3.
Tout d’abord, pris de frayeur, le cavalier inconnu se dit : « Nul ne me connoist ci aussi filons Mon nom n’en sera ni a deshonor ni banni ». Lors fust enfui pis fist le tour de la plaine qu’il revint à son point de départ car sinon c’est trop loin et trop loin je vous raconte pas.

4.
Lors la voix entreprit gravement de lui rappeler que le potjevleesch est fait d’échine de porc, de jarret de veau, de poulet, de lapin et se sert avec des frites. Le cavalier inconnu remercia la voix d’ainsi gravement l’informer et se dit qu’il avait faim.

5.
N’écoutant que son estomac, l’affamé cavalier fonça vif, vif et dru vers l’castiau perilleux avait dit la Voix que soit le cavalier il y va ou il y va pas or il y va car sinon il fait le tour de la plaine pour s’en revenir écouter des recettes de cuisine jetées du ciel ironique.

6.
Donc le chevalier inconnu s’annonce au pont-levis. Soit on lui ouvre (faut bien qu’l’histoire avance), soit on lui ouvre pas (et dans une autre vie, le cavalier inconnu rédigera des recueils de recettes de cuisine). On lui ouvre, avec force grincements pour faire plus médiéveau.

7.
Le cavalier inconnu est soit dans la salle oùsqu’on reçoit gens de haut parage et conseillers secrets, soit formellement interrogé par des interrogateurs en forme de quoi (lequel interrogatoire estot apelé Grand Oral a Blanquer et qu’ça faisoit peor et tintouin).

8.
Dans la salle oùsqu’on reçoit, le cavalier inconnu est accueilli soit par le Seigneur du lieu, le baron Papa-Tango-Charly, soit par le fantôme de la cuisinière, Madame Jacquou-Croquant qui lui demande alors le mot de passe lequel estoit « potjevleesch ».

9.
Une fois que la cuisinière spectrale reçut dans ses écoutilles à cafetière le mot « potjevleesch », elle lui manda les précisions que la Voix avot jetées du ciel, lors apparussent (forme dyschronique) délicieuse terrine de viandes en gelée et frites croustillantes.

10.
Le cavalier inconnu mangea le potjevleesch merveilleux cependant que le fantôme de Madame Jacquou-Croquant faisoit crêpes dorées pour la cassonade et crêpes noires pour les deuils et cependant aussi que le baron Papa-Tango-Charly l’avot mauwaise.

11.
Le baron Papa-Tango-Charly l’avot mauwaise car on (qui ? chaipas) lui avait annoncé l’arrivée du cavalier inconnu qu’il lui brûlait fort de connoistre lors que l’inconséquent se régalait de viandes en gelée en divaguant avec le spectre de la cuisine.

12.
Le baron Papa-Tango-Charly est soit fort irascible, soit fort raisonnable. S’il est irascible, il s’en va illico fendre la tête du cavalier inconnu d’un coup d’épée bien franche et honnête. S’il est raisonnable, il patiente, sirote un apéro, songe à Macron.

13.
Le baron Papa-Tango-Charly boit donc un apéro (concocté à l’aide du pianocktail jadis pillé lors d’une équipée sur les terres fertiles du duc de Vian) en songeant à Macron, lequel dit-on s’a fa gifla au cri de Montjoie Saint-Denis ! par quelque réfractaire des Gaules.

14.
Ayant dévoré le potjevleesch merveilleux, le cavalier inconnu songea qu’il était temps de rencontrer le maître des lieux. Par grande puissance fictionnelle, il s’artrouva face au baron songeur. Soudain, un cri retentit. Les araignées s’envolèrent ; le chat lâcha la chaussette.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2021. 

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12 juin 2021

CHAPITRE UN AH TIENS IL PLEUT

CHAPITRE UN : AH TIENS IL PLEUT

1.
Un cavalier dans la plaine. Kicéty ? Oùkilva ? Kilevoit ? Pour ce qui est de kilevoit, soit c’est un œil qui flotte dans l’espace du texte pis qui voit tout, soit c’est Kilevoit justement, le narrateur convoqué pour dire ce qu’il voit. Kilevoit donc. Ou alors c’est personne & on s’en fiche.

2.
Si c’est l’œil qui flotte dans l’espace du texte, on peut supposer des archers qui tentent de lui crever l’omniscience, mais bon, une fois que l’œil qui voit tout sera crevé, quoi qu’on fait si on en a besoin pour dire ce que lui seul peut voir (il flotte dans l’espace) ?

3.
Si c’est Kilevoit, çui qui dit s’qu’il voit, on peut supposer qu’il a le regard perçant comme s’il avait peint les toiles à Picasso et donc que voit-il, Kilevoit, de ses yeux de chat ? Il voit un cavalier dans la plaine, passqu’il est dans une tour, Kilevoit. Avec un château autour, ça va de soi.

4.
Kicéty, ce cavalier ? Soit c’est Zorro, sur son grand cheval de Zorro, avec sa grande cape de Zorro, avec son beau masque (made in China, Spécial Covid) de Zorro, et toussi-toussa qu’il a, Zorro (même qu’il est tout en noir pour se confondre avec les ténèbres propices).

5.
Soit c’est Zorro donc, mais si c’est Zorro, c’est qu’il s’a gouré d’histoire, passque j’ai pas le droit d’écrire une histoire de Zorro (l’est pas dans le domaine public). Donc, c’est pas Zorro.

6.
C’est pas Corto Maltese non plus car Corto c’est un marin, et même un veau marin je le vois pas trop chevauchant, Corto… Quoique, quoique comme disait quelque coin-coin que je connais, ça m’étonnerait pas qu’il y eut quelque vignette avec Corto à dada dedans.

7.
De plus, de Zorro comme de Corto, j’ai pas le droit d’en faire le héros d’une de mes fantaisies. Donc, ce cavalier, kicéty ? Soit c’est un grand efflanqué lunaire façon Don Quichotte sur un cheval harassé comme dans une chanson de Brel, avec gong au loin.

8.
Soit c’est le Père Ubu qui s’en va devenir Roi de Pologne sur son grand cheval de bois (passque sinon les chevaux sont très achevés achesses sous le poids du bonhomme) et tout agitant son bout de bois (pour pas kis’blesse) et tonitruant des réformes gidouillesques à la Blanquer.

9.
J’en profite pour dire que la comparaison entre le Père Ubu (Roi de Pologne) et Jean-Michel Blanquer (Ministre des Apprenances) est assez abusive. En effet, le Père Ubu ne savait pas jouer à la marelle.

10.
Soit c’est le cavalier inconnu qui va dans la plaine et se dirige vers le château. Son cheval est blanc et lui il est tout en noir (comme Zorro, mais c’est pas Zorro). Et soit il va tranquillement car le Seigneur a tout le temps des hommes, soit il va fonçant car c’est un rapide.

11.
Si le cavalier va tranquillement de par la plaine, on peut supposer qu’il médite (sur le silence effrayant des espaces infinis ou alors sur les chances que Sire Macron a de devenir Macron à la place et en même temps que Macron) ou qu’il chantonne.

12.
S’il chantonne ce cavalier, que chantonne-t-il ? Quelque ritournelle profonde et stupide où un quelconque dit à une gamine : « Prends la main de beau-papa » (ah certes, ce n’est point là du Villon) ou « Avec le temps » avec tête chevelue idoine et dentier fidèle ?

13.
Chante-t-il
« Je ne sais pas si la pluie mouille
Mais de tout ce lustucru uh !
J’en ai plein les genouilles ouille !
Et J’en ai ras le cru cru cru »
Qui n’est point noble chanson mais Keskon s’en fout ?

14.
Note de bas de page : Le chevalier de Keskon (1242 – et des brouettes) est maintenant fort méconnu bien que tout à fait passé dans le langage courant : « Keskon fait maint’nant ? Keskon rigole ! Keskon dit, Keskon fait », etceteron. On le disait hyperactif.

15.
Mais quels sont ces noirs nuages qui passent de par le ciel (s’ils passaient de par terre, on appellerait cela brume, brouillard, fog, smog et on verrait plus le cavalier de par la plaine, remarquez pour s’qu’on en a à fiche…) ? Sont-ce signes funestes ? Ah tiens, il pleut…

Patrice Houzeau
Malo, le 12 juin 2021.

30 mai 2021

UN PEU DE STEPHEN KING ET UNE DEVINETTE

UN PEU DE STEPHEN KING ET UNE DEVINETTE

1.
«… le croque-mort décapite leurs cadavres et enfouit leurs trois têtes dans un cercueil, la bouche de l’une collée à l’oreille de l’autre afin qu’elles puissent échanger des médisances jusqu’à la consommation des siècles. »
(Stephen King traduit par Jean-Daniel Brèque, « Anatomie de l’Horreur ») #HumourNoir

Devinette célébrissime :
Un Capitaine fut décapité.
Douze Moines eurent la tête coupée.
Combien cela fait-il de têtes tranchées ?
#Indécidabilité

2.
« … cette chose terrible qu’est la Vie, sur cette autre terreur qu’est la Mort, et sur la façon dont toutes les deux nous excitent. »
(Ray Bradbury cité par Stephen King in « Anatomie de l’Horreur ») #VieViolente

3.
« Miss Foley a été capturée par le Labyrinthe des miroirs, emprisonnée par son propre reflet. »
(Stephen King à propos de « la Foire des Ténèbres », de Ray Bradbury)

#LabyrintheDesMiroirs #LaDamedeShangaï

Serait-ce qu’en multipliant les points de vue sur un objet, on finit par le paumer dans un labyrinthe picalor merdalor le réel se dissout dans la multiplicité de ses représentations ?

Qu’est-ce qu’un spectre ? L’être d’un être soudainement prisonnier d’un labyrinthe des miroirs et qui repasserait infiniment par les mêmes reflets.

4.
«… les miroirs vous montrent une période de votre vie que vous souhaiteriez revivre, et le manège exauce votre vœu. »
(Stephen King, « Anat. de l’Hor. »)
#cinéma

Le cinéma est un déjà vu, un déjà vu inédit. Les images nous renvoient nécessairement au passé, sinon nous ne les comprendrions pas. D’où le fait que les films que nous aimons ont partie liée avec la nostalgie.

En ce que la littérature est une machine à projeter des images dans la boîte noire du cerveau, elle a le même pouvoir sur l’imaginaire et la nostalgie que le cinéma.

5.
« … le fantastique, genre créateur de mythes »
(Stephen King, « Anat. de l’Hor. »)

« Le fantastique, genre créateur de mythes », que le réel dénonce avant d’en être la proie puis la victime. #Covid #Coviddragon

6.
« Bref, tout un tas de choses, sauf un rat mort et une ficelle pour le balancer au bout. »
(Stephen King, « Anat. de l’Hor. »)

Si Charles Cros, au lieu d’un hareng saur, avait placé un rat mort au bout de sa ficelle longue, longue, longue, accrochée au clou pointu, pointu, pointu d’un mur nu, nu, nu, l’ironie en aurait été plus mordante, et le poème moins joliment imagé.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 mai 2021.

21 mai 2021

NON NOUS NE SOMMES PAS DES FOURMIS MASQUEES ET APPLIQUEES

NON NOUS NE SOMMES PAS DES FOURMIS MASQUEES ET APPLIQUEES

1.
« Elle taquine sa plante carnivore. »
(Bernard Werber, « Les Fourmis »)

Quand on taquine sa plante carnivore, c’est-y pas dis qu’on serait un peu occupé par un alien dans l’genre végétal parasite ?

2.
Bernard Weber dans « Les Fourmis » se demande si le Déluge ce fut pas « un verre d’eau renversé par un Dieu négligent ou curieux » que donc Dieu i boit de l’eau de pluie que je me dis que si ça avait été le Dieu des ivrognes tout aurait été ivre noyé.

3.
« Non, nous ne sommes pas des fourmis masquées. »
(Bernard Weber, « Les Fourmis »)

4.
Défois quand le violon grince tout bizarre, qu’on dirait qu’le violoniste, c’est un spectre, c’est qu’l’assassin n’est pas loin de l’heure de son crime et qu’il va y avoir du meurtre dans l’histoire.

5.
L’étrange animal qui répète sans cesse J’ai une jolie petite boîte Qu’est-ce que j’y ai mis Qu’est-ce que j’y ai mis dedans ? - J’y ai mis mon cerveau J’ai une jolie petite boîte Qu’est-ce que j’y ai mis Qu’est-ce que j’y ai mis dedans ? - J’y ai mis mon chapeau » est un animal à répétition musicale qu’on appelle aussi « Le Casse-pieds, oreilles, choses ». Il est parfois accompagné d’un accordéon, d’un crincrin, ou d’une rape à crétins, ce qui le rend dangereux, voire agaçant.
La légende de la chanson macabre dit que lorsqu’on arrive à J’ai une jolie petite boîte Qu’est-ce que j’y ai mis Qu’est-ce que j’y ai mis dedans ? – J’y ai mis mon tombeau on en a tellement marre qu’on tue tout le monde.

6.
Pourquoi peut-on dire que, selon Stephen King, « La Chose d’un autre monde » est une œuvre « belliciste » ?

Si La Chose d’un autre monde est un film belliciste c’est parce que j’ai pas vu le film mais je pense que peut-être la Chose d’un autre monde, elle débarque toute chose fatale dans le nôtre (c’est un monde) pour nous y faire des misères et d’autres choses encore.

7.
Que braque « le miroir solaire [qui] se met à tourner sur lui-même » qu’évoque Stephen King page 298 de l’« Anatomie de l’Horreur » ?

Un miroir solaire tournant sur lui-même pourrait-il devenir un genre de mitrailleuse à rayons d’la mort que tout soudain serait cuit poulet rôti, avec des voitures roulant enflammées dans des rues traversées de squelettes réduits en cendres qu’ils pourraient plus marcher.

8.
De quoi parle le vieil Indien de « Prophecy » quand il dit « Ces bestioles-là sont grosses par chez-nous » ? (cf Stephen King, « Anatomie de l’Horreur »)

Peut-être le vieil Indien parle des dindes mais il sait pas que l’Amérique est menacée par une géante dinde même pas cuite (la fameuse cold Turkey) qui pourrait démolir monts, vaux, tours, détours, food, fastfood qu’on devra retourner un film de Godzilla.

9.
Pourquoi, selon Stephen King, « La Nuit des Masques », de John Carpenter, se déroule presque totalement après le crépuscule » ?

Passque sinon, ça n’aurait pas été La Nuit des Masques mais la Nuit de l’après-midi, ou même La Nuit du five o’clock ou même la Nuit de ce matin si tranquille où les masques apparurent mais Stephen King ne parle pas de Blanquer dans son livre sur l’horreur.

10.
« Puis le cadavre a ouvert les yeux et les a posés sur moi. »
(Stephen King traduit par Jean-Daniel Brèque, « Anatomie de l’Horreur »)

Défois dans les films à zombie y a des cadavres tout baveux marchant drôle avec les bras levés au-dessus de leur moitié de tête pis qui vous posent leurs yeux sur vous que vous avez du coup plein d’yeux sur qui vous suivent comme si les yeux rentraient en vous.

11.
Nullement gêné, le géant gigota et lors giclèrent jardins, donjons, jacynthes, jacuzzis, javas et jazz-bands, gigolos-gigolettes, joufflus, jaloux, jours, jobards, joujoux, jeunes gens, toutes gens, et tout ce qui d’ordinaire à ses pieds jadis s’agitait pis fut écrasé plat.

12.
Si Macron croit acheter le vote des jeunes en leur refilant 300 euros (qui viennent d’où ?) pour acheter de la « culture contemporaine » (c’est-à-dire dans bien des cas faire tourner la machine à âneries), ce qu’il se goure.

Le PassCulture, ce n’est pas une aide, c’est une subvention. Les aides, ce sont nos impôts redistribués et qui servent au nécessaire (nous sommes en crise). Les subventions non nécessaires, c’est du communisme. Ras-le-bol de Macron, c’est un affligeant cire-pompes.

Je lis que pour bénéficier du PassCulture à Macron, il faut une application, si c’est-y-pas vous obliger à adhérer à sa Start Up Nation à l’autre acheteur de voix présidentiel là, et qu’on vous force un peu à vous connecter, quoi qu’il en coûte.

Ce n’est pas d’un PassCulture octroyé par quelque Jupiter condescendant et généreux avec l’argent des autres dont les jeunes ont besoin, c’est d’un emploi. Et pour les étudiants, de bourses et de prêts étudiants. Le PassCulture, c’est de la démagogie. C’est en fait une subvention destinée à faire vendre des « productions culturelles ». C’est du (mauvais) bizness. #Démagogie

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mai 2021.

9 mai 2021

LA CERTITUDE DU CORNICHON

LA CERTITUDE DU CORNICHON

1.
Nous pourrons dire bien des choses en somme (surtout quand nous dormons) et que dans le langage, de la même manière que nous avons de la farce dans le chou (nous aimons à rire), nous avons différentes espèces de mots.
(D’après Wittgenstein)

2.
Ce qu’il y a de commun à tous les symboles qui font le symbole parce que le réel, nous lui apprivoisons l’absurdité par les symboles qui confirment ce que je dis quand je dis j’aime les cornichons mais ça n’a rien à voir.
(D’après Wittgenstein)

3.
« tous les symboles qui confirment p autant que q est la proposition p.q. » : quel farceur (de chou ?), ce Ludwig !

4.
Est-ce que je ne m’imagine pas quelquefois que oui-da, je pense que quelquefois, je m’imagine, et donc, je suis imaginatif, imaginant, imaginaire, autant que dieu a besoin de la conscience imaginante pour se réaliser en tant qu’être imaginaire.

5.
Est-ce que je ne m’imagine pas comprendre un mot, comme on comprend le sens d’une réplique, ou une sorte de calcul, et ensuite réaliser qu’encore une fois, le réel s’est esquivé et me tire la langue façon Zut avant de disparaître dans le jardin.
(d’après Wittgenstein)

6.
Celui qui affirma que les Français sont des veaux fut aussi le Premier des Français.

7.
Une bonne raison c’est bon comme une bonne salade de saison, d’autant qu’elle en est une qui semble telle qu’on pourra l’ajouter à une bonne salade d’arguments.
(D’après Wittgenstein)

8.
La compréhension d’une phrase : ce que les autres disent et qui ne m’intéresse que parce que j’y ai intérêt ; sinon, mes oreilles n’entendent rien d’autre que le clapotis des syllabes d’un flot de paroles se répandant dans la pièce enfumée car j’y fume.

9.
La compréhension d’une phrase a beaucoup plus d’affinité avec la compréhension d’un thème joué au saxophone par les Saxophoniens de la planète Saxophonia qu’avec les phrases que Blanquer tire de son pipeau apprenant.
(D’après Wittgenstein)

10.
A moins que la certitude avec laquelle je me saisis du cornichon puisque je sais que le cornichon n’ira pas me révéler des vérités pour moi inaudibles et poursuis la phrase interrompue par votre demande de réception du bocal…
(D’après Wittgenstein)


A moins que la certitude avec laquelle je me saisis du cornichon, lequel cornichon ne me révélera de vérités pour moi inaudibles (je ne suis point cornichon) et poursuis la phrase interrompue, ne vous serve de fourchette à cornichon ou de critère…
(D’après Wittgenstein)

A moins que la certitude avec laquelle je me saisis du cornichon, et poursuis la phrase interrompue, ne vous serve de fourchette à cornichon ou de critère pour penser que la pensée existait déjà entière, auparavant dans l’agitation du bocal.
(D’après Wittgenstein)

11.
« (Une foule de chemins familiers mènent à partir de ces mots, dans toutes les directions.) »
(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

Patrice Houzeau
Malo, le 9 mai 2021.

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25 avril 2021

MINUTES DU BOEUF MIROTON

MINUTES DU BŒUF MIROTON

 

1.

Y aura-t-il des cerises et des abricots cet été ? Le Japon se prépare-t-il à balancer de l’eau contaminée dans l’océan ? Quand j’entends « Qui l’eût cru ? Qui l’eût dit ? » je pense à Lustucru, mais Lustucru n’est point un héros cornélien.

2.

Si ça s’trouve, les poulpes, au départ d’il y a longtemps, c’est un couple dont le vaisseau venu d’Ailleurs s’est crashé dans les profondeurs pis qui s’est reproduit. Je dis ça, rapport à tous leurs cerveaux, kondikilzont. Zut, ces derniers temps, n’en mange plus.

3.

François-Xavier Bellamy sur France Inter ce matin (10 avril 2021) dénonce les crimes commis par le pouvoir d’Erdogan. Après, si les LR arrivent au pouvoir, vont-ils céder à la Realpolitik et discuter frites, fromages et clafoutis, pis gaz aussi avec la Turquie ?

4.

Le calme, quand il déplie ses longues jambes de calme, il doit quand même courir très vite. C’est pour ça qu’on a du mal à le garder. Ça fait des siècles qu’il y a des statuettes qui nous tirent la langue. Ah ça, les Anciens nous avaient bien prévenus.

5.

Défois, le terrain des idées, il est si mou qu’les politiques s’enfoncent dedans.

6.

Dans cette phrase, l’omission de l’adverbe me plait bien : « Ma profession m’a appris bien des vérités, dont la redoutable est celle-ci : l’assassinat devient une habitude ! » (Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Meurtre en Mésopotamie » [Hercule Poirot], « Club des Masques », 1972, p.133)

7.

Défois, j’pense à rien ; c’est dire que je me connais bien. «… je ne puis que jouer à l’être, c’est-à-dire m’imaginer que je le suis. » dit Sartre que quand je pense à Sartre, je pense que Sartre s’imaginait donc en celui qui, pis qui, et encore qui, et même qu’il le fit.

8.

Une élève : « Vous savez, moi, je suis un petit suisse ; d’ailleurs, nous devrions tous être des petits suisses ». Je songe aux écureuils because Zut vient d’m’en causer. L’émotivité des élèves est devenue un sujet pédagogique ; la poêle à frire aussi, mais pas dans toutes les sections.

9.

Cette « idée d’une connexion nécessaire entre des événements » dont cause Hume me fait songer au jeu de go, lequel me semble bien mystérieux quant au fonctionnement des cerveaux aiguisés qui s’y adonnent. Une pièce de théâtre avec du vrai sanglant dedans.

10.

Bibi, suis si sot qu’il me semble que le jeu de go a été créé pour humilier la sottise. Y a des pierres noires, des pierres blanches, y a des yeux : c’est comme dans le temps ordinaire où on en voit aussi, mais de toutes les couleurs. Il pleut. Cendrier mouillé.

11.

« Nous ne prétendons pas nous faire d’illusion : pour notre entendement l’échec de toutes les tentatives de salut est vraisemblable. » (Karl Jaspers, Préface à « La Bombe atomique et l’avenir de l’homme », traduction Saget)

A bon entendement, point de salut.

« La Bombe atomique et l’avenir de l’homme » : Boum.

13.

De petits bonshommes en noir se pressent parmi de petits bonshommes en blanc. Ça fait foule et c’est plein d’onomatopées. Le pire de ce que l’humain peut commettre concerne-t-il chacun d’entre nous ? J’interroge mon bœuf mironton ; il ne me répond pas.

14.

« Où est allé Dieu, s’écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l’avons tué, - vous et moi ! Nous tous, nous sommes des assassins ! » (Nietzsche, « Le Gai Savoir », traduction d’Albert). Le chat de Schrödinger est-il Dieu ? L’humain est un assassin, c’est même à ça qu’on le juge.

15.

J’entends à la télé, à propos de l’affaire Russier : « Est-ce une histoire dans laquelle la Justice n’arrive pas à saisir son temps ». La Justice, car elle est contrainte de se tenir parmi les hommes, ne peut jamais rester tout à fait ni dans la raison pure, ni dans la sérénité.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2021

15 janvier 2021

14 JANVIER 2021

14 JANVIER 2021

 

1.

Il faut absolument que je récupère ma vie

Elle m'échappe ma vie et je suis en passe

De me laisser couler donc d'abord il faut

Que je m'arrange avec moi-même et pis mes

Affaires car sinon je cours à l'échec une

Catastrophe de moi-même déconfiture grand

désarroi que j'vas m'retrouver je ne sais

Où qu'ce sera pas beau du tout du tout du

Tout Mon dieu qui n'existez pas aidez-moi

Je n'aurais jamais cru que j'tomberais si

Bas oh tellement bas ai toujours suivi un

Genre de stratégie d'échec on me l'a déjà

Dit ça il y a longtemps un prof alors que

J'étais étudiant et pas bien brillant que

Je me tourmentais déjà pour des riens que

Je me tournais dedans moi-même affolé que

Dans la panique j'm'artrouvais affolé que

Je sais pas comment font les autres & que

Même j'ai l'impression d'être un gars que

pas fiable du tout je suis pas sûr de moi

Je vais boire une tasse de café j'aime ça

Trop ça le café que ma mère anxieuse itou

De première elle était ma mère disait que

Le café c'était peut-être ça qui nous les

Striait les nerfs striait le sensible les

Nerfs qu'on s'paniquait les nerfs qu'elle

Et moi on ne savait plus que faire d'nous

S'affolant s'énervant se disant des trucs

Pas gentils défois ça je le regrette fort

Voilà ma mère est morte plus de ce monde.

 

2.

Donc une tasse de café et puis reprendre

Mon courage ma vie mon cœur mes cours et

Surtout résister résister résister à ces

Pressions là du coup c'est bêta je pense

A la bière que j'devrais pas ça y penser

A la bière que j'devrais me reconcentrer

Sur mon travail tout ce que j'ai à faire

Mon dieu j'ai tant à faire que je n'sais

Par quel bout Donc une tasse de café oui

C'est ça un café puis itou du talent car

Le talent qu'on a défois les gens de peu

Pour se tirer des mauvais pas car n'est-

ce pas qu'on a du talent nous autres hop

Tout à coup l'éclair le coup de c'est ça

Que j'vais faire même que défois donc ça

Marche c'est quand même épatant comme on

Peut réagir de façon à s'dégouffrer même

Qu'après on se dit bah c'était pas malin

Comment ça se fait-y qu'on ait pas agi +

Tôt qu'à force de pas agir + tôt c'est +

+ de chez mort qu'on est plus d'ce monde

Qu'on est même que quand on nous enterre

On dit c'est vraiment bête comme mort la

Vie elle est violente et la mort immense

Bêtise qu'elle est incommensurable conne

La mort conne comme la conne connerie du

Jour qu'on n'aurait pas dû faire pis que

Quand même on la fait la connerie pis on

S'en mord les doigts d'not' connerie que

On se dit qu'on est incorrigible que moi

Je me dis je vais me corriger je veux me

Corriger me résilier comme i dit l'autre

Devenir cet autre que je suis déjà autre

Et pourtant ma pomme mais bien meilleure

Qu'il y aura pas de comparaison même que

J'ai du pain sur la planche Vraiment que

je m'y mette i faut le temps file & file

& file & file & filé filé & filéfiléfilé

filéfiléfiléfiléfléfléfléfléfléfléfléflé

d'plus en plus vite qu'on a plus l'temps

 

3.

Donc faut que je me saisisse du bouquin

Faut que je choisisse un thème quoi que

J'vas faire avec mes CAP pis même qu'un

Groupe de migrants allophones i causent

Et pigent pas vraiment le français j'ai

l'impression d'êt' hein non mais quelle

Punition aurait dit ma mère sont tout à

Fait gentils remarquez ces migrants que

Chaipas d'où i sortent & ça m'intéresse

Pas non plus de le savoir remarquez que

Tout ça c'est bien d'la misère épicétou

Que si le gouvernement i compte sur moi

Pour récupérer ses conneries oh i s'met

L'doigt dans l’œil jusqu'au Blanquer et

Bon faut le mettre dans mon cartable le

Bouquin L'enracinement de la démocratie

Dans la IIIème république c'est ça donc

Que j'vas faire de toute façon i pigent

Que couic i retiennent que couic i sont

Déjà tout perdus alors hein ça ou autre

Chose hein ça n'changera guère le cours

Du fleuve hop le livre dans l'cartable.

 

4.

Faut vraiment qu'j'ai un coup d'génie là

Bon hein un coup de talent suffira si ça

Me sort du pétrin oùsque j'me suis fichu

Non je suis pas fichu ne veux pas l'être

Et ne le serai pas j'vais rebondir swing

Je le sais et le veux nom de Faut que je

Regarde les horaires pour Capelle pis je

Dois noter les horaires s'il me dépose &

Là je dois aller faire tamponner le truc

Pis revenir à Dunkerque allez courage et

Pis là j'ferai s'que j'ai à faire pis je

Reviendai Cappelle la Grande Croizat 13h

40 Mairie 13 heures 45 ça va d'aller car

apparemment bus toutes les 20 minutes ça

Devrait aller Bon maintenant faut que je

Trouve l'idée pour la co-intervention de

Mes hein faut que j'pense aussi à ce que

je vas faire avec mes allophones là hein

Qu'c'est pas facile s't'affaire vivement

Que je me sorte de ce piège à loup qu'je

Fasse aut' chose ah oui vivement! Bon je

M'illusionne sur le aut'chose because je

Fais l'enseignant depuis tant de temps &

Picétou que j'vais aller gentiment finir

Mon temps pis prendre ma retraite bon je

Vas aller sur 7 cours sur la nutrition &

Puis faire prendre des notes aux gentils

Apprenants donc verra ce qu'elle en dira

Ma collègue vu qu'on bricole à deux dans

L'affaire à nous tintouiner la co-bidule

Ah tiens ai trouvé mieux Un lexique d'la

Cuisine Illustré qui mixe les lexiques à

La cuisine aux figures de style Chouette

 

5.

Faudra itou que j'explique le mot créole

Qu'ça se jacte aux Antilles ça le créole

Qu'c'est un français simplifié le créole

Cause causé & véhiculaire donc le créole

Leur montrer des images des Antilles que

Ça fait toujours rêver ça les images des

Antilles Martinique Guadeloupe & Meurtre

Au Paradis st'une série policière qui se

Passe là-bas dans j'sais plus quoi comme

Île paradisiaque pis où j'mettrai jamais

L'ombre de mon pied qu'a déambule jamais

Dans le vaste monde ma pomme cause reste

Toujours dans son trou le loup itou Faut

Que je vérifie qu'j'ai bien tout là pour

Pouvoir faire face au cas où bien ranger

Sais de quoi je parle je n'ai jamais été

Un as du rangement mais là faut vraiment

qu'je fasse quequ'chose comme ça je peux

Pas rester comme ça non non non sinon va

m'arriver des bricoles donc vérifions et

après i va falloir aller là où j'dois et

Bizarre oùsqu'i sont-y donc hein oùsqu'i

Bizarre où ai-je mis les CV des élèves ?

les aurais-je pas laissés dans les ordis

du lycée ou alors leur ai rendus ah quel

Chaos! Mon Dieu Seigneur quel chaos ! et

Bon est-ce que j'ai des feuilles lignées

Pour les élèves ? Important ! Très ! Bon

Alors Histoire pp.14-15 Ok Feuilles Ok &

Sinon noteront dans leur cahier mais pas

En co-interventruc & pas oublier qu'j'ai

Un élève en immersion spike pas du notre

Français apparemment sont nombreux quand

Même à arriver là tombés du malheur sans

savoir quoi qui vont faire chez nous Bon

Compter mes sous bon allez Une cigarette

Allez un café bon bin va falloir y aller

 

6.

Bon j'y suis allé ça s'est passé mieux

Que prévu Ai pu me débrouiller mais le

Plus dur reste à faire car le plus dur

Risque d'être un plus dure la chute et

Puis comme filet de sécurité en ai pas

Trop Faut qu'j'aille faire une lessive

 

Patrice Houzeau

Malo, le 14 janvier 2021.

 

 

 

 

 

 

 

25 novembre 2020

FANTAISIES DONT QUELQUES JUSTIFIEES

FANTAISIES DONT QUELQUES JUSTIFIEES

 

 

 

 

 

  1. Elle allait pis qu'il y avait du vent
    Si sifflant grognant valdinguant tout
    Pis ses efforts qu'plus elle avançait
    Plus elle reculait qu'ça commençait à
    Lui faire d'l'eau dans ses yeux qu'ça
    Lui creusot des coins au plus noir de
    Son cœur elle pensot mine de charbon.

  2. C'est peut-être ça la vie que je lui dis
    Mais qu'est-ce que tu baves me dis-je et
    Ça fait que je me causais à moi-même car
    Défois j'me cause et me dis des sottises
    Même qu'il y a que moi qui les pige pas.

  3. Défois je hurlerais dis car je m'en veux
    J'me hurlerais dessus qu'il vaudrait que
    Qu'en effet ça vaudrait mieux que mais i
    Faut persister dans l'être s'perdurer et
    Continuer les sottises de tous les jours

  4. Tant va ma pomme qu'à la fin elle se fera
    Bouffer par le grand noir en restera rien
    Même pas le trognon Toute pomme est vouée
    Au grand noir tous les pommiers aussi les
    Chapardeurs de pommes tous au grand noir.

  5. Le Prince il a forcé manières et façons
    Qu'on sait pas nous aut's même qu'c'est
    Pour ça qu'i se moque de nous le Prince
    Mais qu'on se paye sa fiole au Prince i
    Aime pas trop ça le Prince nous le fait
    Payer cher L'a des gens d'armes pour ça

  6. J'aime bien le son r qu'on trouve dans
    Rivière gruyère pierre qui roule frire
    Rire lire écrire orage qui gronde même
    Qu'orage qui gronde ça m'fait penser à
    Chat qui gronde Les gens sont méchants

  7. Les réverbères ont des clartés rouges
    J'lis ça dans Baudelaire qu'ça rythme
    Rouge rouge rouge dans le tableau que
    La pluie pis les filles passent entre
    Toutes les taches rouges dans l'temps

  8. Baudelaire i compare le pouvoir à
    Un « poison énervant le despote »
    Ça fait du coup pas mal d'énervés
    Dans le monde qu'le monde c't'une
    Boule de nerfs qui roule dans les
    Espaces au silence infini et même
    Que ça effraya plus d'un songeur.

  9. Si le dénommé #Blanquer savait à
    Quel point j'en ai rien à carrer
    De sa tête de ses diplômes de sa
    Carrière de ses réformes et même
    Que j'me fais du café pour aller
    Travailler pendant qu'Blanquer i
    S'fait du mouron et bin tant pis

  10. Irai-je de nouveau boire une bière
    Avec les amis que je n'ai pas irai
    Je flâner fumant des blondes léger
    Dans ma tête sous le ciel bleu pis
    Me disant que si je ne suis pas le
    Roi du monde j'ai assez d'sous que
    Les zôtres peuvent aller se faire.

  11. Je me souviens de la jeune fille
    Maigre & jolie à la tresse brune
    Qui coulait sur sa nuque c'était
    Y a longtemps oui longtemps dans
    Cette autre vie qu'on appelle le
    Passé qu'entre temps mon père et
    Ma mère sont partis & elle aussi

  12.  L'humain outre-passe son droit ; c'est bien pour ça qu'il a inventé la justice.

  13.  Je joue si mal du piano que je crains souvent qu'à force le piano finisse par me mordre.

  14. Tel camp (fichu du) « Lui m'aime » (me dit-elle j'étos jalouss) « Laid ! » (me lance-t-elle j'étos point biau) Terre ! (ah bin quand même) ni thé (c'est pas ma tasse) le chant (qui c'est-y qui vocalise à c't'heure?) Jeu (certes).

  15. Saoul (point trop quand même) vent (ah ça souffle hein) pour ça (tout ça) muser (flâner, rire et chanter) les zoos (on y zieute zoziaux et bestiaux) meuh (mais point de vaches) dé (c'est-y pas l'heure de jouer au 421) kippa (ah tiens) Jeu (certes oui).

    Patrice Houzeau
    Malo, le 25 novembre 2020

 

 

14 septembre 2022

JE ME SUIS FAIT DES OEUFS SUR LE PLAT ET JEAN-LUC GODARD EST MORT

JE ME SUIS FAIT DES OEUFS SUR LE PLAT ET JEAN-LUC GODARD EST MORT

1.

« L'île n'est donc pas dès le départ un lieu hermétiquement clos. Elle le devient au cours du roman, comme une pièce qui se refermerait progressivement sur ses occupants. »

(Pierre Bayard, « La Vérité sur dix petits nègres »)

Où l'on apprend que parfois les îles comme les pièces se referment sur leurs occupants.

Ainsi se ferment les parenthèses. Ainsi se ferment les tombeaux. Ainsi se ferment les romans, les rideaux et les trappes.

Quelque chose toujours nous piège.

A s'débattre dans des séries de coups fourrés, un parcours de lucidité, c'est comme ça qu'on existe nous autres. Et chacun est fatalement le piège de quelqu'un.

2.

« La belle, si tu veux, je ferai ton lit

Dans le décor sanglant de ma boutique. »

(Robert Desnos, « Couplet du boucher »)

Parfois, dans sa boutique, béat, le boucher rêve de beauté.

3.

« France, France, réponds à ma triste querelle :

Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix. »

(Joachim du Bellay)

Parfois, qu'on appelle la France, et y a que l'Echo qui répond, et encore, défois, i répond pas, l'Echo, il est parti au bistrot.

4.

« - L'arcane, arrivant à la dernière de ces dix fenêtres, est de surprendre à l'autre fenêtre au travers de la chambre ténébreuse et inhabitée un autre fragment de la carte sidérale. »

(Paul Claudel, « La Nuit à la vérandah »)

Contemplant les temples invisibles du ciel noir, je me dis que peut-être le cosmos, c'est du fromage mou, tout noir de caillots, dans la tête d'un dieu cacochyme, immobile, muet, alors vous pensez, les arcanes célestes, c'est pas dans cette encre là que je trempe ma plume.

5.

« Cependant celle-ci [Flatterie] est décriée de nos jours, du moins par les gens que troublent les mots et non les réalités. »

(Erasme traduit par Pierre de Nolhac, « Eloge de la folie »)

Les mots peuvent-ils troubler les gens plus que le font les réalités ?

Le langage pouvant tout aussi bien dire vrai du réel que d'en dire faux, les mots peuvent servir à exprimer tous les complots que les ennemis de la réalité imaginent pour piéger la conscience.

Ainsi la Toile est-elle pleine d'araignées complotistes.

En 2022, les réseaux sociaux étaient pleins des échos d'une guerre entre l'assassin Poutine présenté comme un sauveur de l'humanité (quelle sinistre farce !) et le soi-disant « Empire du mensonge » occidental.

6.

Tout au long de mon existence, beaucoup de livres que j'eus en ma possession, ont disparu. Je ne savais pas mon fantôme si grand lecteur.

7.

« - vous en verrez sortir toutes sortes de bêtes dont les hommes ont depuis longtemps oublié le nom, à supposer qu'on leur en ait jamais donné un. »

(Bernanos, « Monsieur Ouine » [le curé de Fenouille])

Où l'on apprend que certains êtres, soit ils sont innommables, soit leur nom a depuis longtemps été oublié.

La littérature fantastique tente de nommer les êtres que l'on ne sait plus nommer.

Je ne sais pas non plus nommer tous mes êtres.

Dans les films d'horreur, l'être de l'ombre, dont la jeune fille ne connaît pas le nom, l'être de l'ombre, lui, le connaît, le prénom de la jeune fille, et il le murmure dans les nuits suspiriennes.

8.

Tout le monde n'aime pas les quatuors à cordes de Debussy.

Notons que les quatuors à cordes de Debussy s'en moquent bien.

Je pense assez que le fantôme de Debussy s'en moque aussi.

Tout le monde ne connaît pas les quatuors à cordes de Debussy.

Notons que les quatuors à cordes de Debussy s'en moquent tout autant.

Quant au fantôme de Debussy, nul doute qu'il s'en tamponne le tempo avec la vivacité d'un pizzicato.

Ils poursuivent leur chemin de quatuor à cordes, les quatuors à cordes de Debussy, ils poursuivent leur chemin pour ceux qui les apprécient, et qui sont tout de même assez nombreux, les happy few.

9.

Fumer la pipe est un geste qui se fait rare.

Consulter sa montre aussi.

Porter un imperméable et un chapeau, fumer la pipe et consulter sa montre feront songer, en particulier si vous êtes grand, que vous imitez le Monsieur Hulot de Jacques Tati. Monsieur Hulot est quelqu'un de si rare qu'on ne le voit guère que dans les films qui lui sont consacrés.

10.

Le 13 septembre 2022, je me suis fait des œufs sur le plat et le cinéaste Jean-Luc Godard est mort. Je me souviens de « A bout de souffle » et de « Pierrot le Fou », de Jean-Paul Belmondo et de Jean Seberg, de Ferdinand et de Anna Karina, de « Qu'est-ce que j'peux faire, j'sais pas quoi faire. »

Je ne sais pas s'il y a beaucoup de scènes dans les films de Godard où les personnages se font des œufs sur le plat.

Patrice Houzeau

Malo, le 14 septembre 2022.

14 février 2022

REVENANT

REVENANT

« Restait l’inexplicable rocher. »
(Franz Kafka, « Prométhée »)

Y songeant, je m'aperçois que ce n'était pas moi qui franchissais la distance, mais le lieu qui soudain changeait. J'étais dans une des cours, puis soudain dans une autre cour, puis tout au long d'un corridor, dans d'autres cours encore et dans d'autres corridors, puis descendant un escalier, me retrouvant dans une autre cour

et songeant que je lisais une phrase de Kafka, une phrase de Kafka qui n'en finissait plus dans un livre de Kafka que je n'en finissais plus de.

Comme j'interrogeais la jeune femme aux cheveux courts sur le pourquoi de sa présence, elle me fit remarquer que c'était là où elle vivait. Comme c'était là aussi que j'avais coutume de demeurer, j'en conclus que nous vivions ensemble. Je ne m'étonnai donc pas de sa présence dans le corridor, et de sa familiarité avec le Palais, que, manifestement, elle aussi hantait.

Me faisant ces réflexions, je vis que la jeune femme aux cheveux courts se tenait devant une porte ; peut-être était-elle le Sphinx ? Comme si elle lisait dans mes pensées, elle rit : « - Tu ne reconnais donc pas ta Zut », dit-elle, « ai-je vraiment l'air d'un Sphinx ? » (Hilarité générale, sans que je puisse savoir qui exactement riait.)

« - Mais tu n'as pas tout à fait tort. D'ailleurs, je vais te poser une énigme », me dit-elle. « Qui est celui qui tarde toujours devant la porte et qui n'est pourtant pas un étranger ? »

Comme l'adjectif « inexplicable » se présentait à mon esprit, une végétation folle avait rempli les couloirs, dérobé les escaliers, avalé les cours et au loin surgit un train aux vitres jaune électrique. Il semblait venir de la ligne claire. Je compris qu'il fallait partir.

Restait l’inexplicable question. Je voulus soudain en savoir le fin mot. « Je ne t'ai posé cette question que pour éprouver ta sagacité », me répondit Zut (je la reconnaissais maintenant et j'étais soulagé qu'elle ne fût pas absente).

C'est sans doute celui qui ne devrait pas revenir et qui revient pourtant. Comme je lui faisais cette réponse, Zut dit : « Tu as raison, c'est le revenant. - Mais si c'est un revenant, pourquoi ne traverse-t-il pas la porte ?
- Parce qu'il est coincé dans une boucle de temps. Le fil s'est cassé, vois-tu, jamais il ne pourra rentrer. »

Restait cette inexplicable porte. Comme ce rêve se bâtissait au fil d'une poignée de citations tirées d'un volume de Kafka, cela me revint en mémoire : qu'expliquer l’inexplicable revient toujours à un fond de vérité inexplicable, disait une note de Kafka sur Prométhée.

«-  Mais Zut, pourquoi ne rentres-tu pas par cette porte ?
- Tu te trompes, ce n'est pas moi qui revient. Celui qui revient passe comme une ombre fuyante. Je n'ai jamais pu réellement le voir. Mais je sais qui il est. »

Alors, soudain, je me sentis trépassé.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 février 2022.

 

25 octobre 2021

CNEWS FAIT-IL DANS LA VERITE ALTERNATIVE A LA TRUMP ?

CNEWS FAIT-IL DANS LA VERITE ALTERNATIVE A LA TRUMP ?

1.
Blanquer, avec d'autres technocrates européens, va participer, le 28 octobre 2021, à un machin connecté d'après ce que je comprends intitulé « Placing Teachers At The Heart Of The European Education Area » : suffit de trois secondes pour comprendre que cet intitulé n'a aucun sens.

Plutôt que d'aller pérorer je ne sais où avec je ne sais qui, Blanquer serait mieux inspiré de s'occuper sérieusement des raisons du nombre croissant de demandes de ruptures conventionnelles et de démissions.

On notera (c'est sur Twitter) le surligné bleu des mots « Teachers », « Heart », « Education ». Sont mignons, les fédéralistes, si, si... ah c'est qu'c'est bienveillant, ça Madame... Nous prennent vraiment pour des jambons.

2.
A force d'aller dindonner sur tous les plateaux, Blanquer ne sait plus quoi dire. Va finir par nous réciter des fables de La Fontaine ou nous chanter du Johnny.

3.
Ce qui nous attend si la crise énergétique perdure :
Hausse des prix de l'énergie entraîne hausse du coût des transports entraîne hausse des prix des marchandises entraîne baisse de la consommation entraîne baisse de la production entraîne hausse du chômage.

4.
Il est vraiment très présent, Eric Zemmour, très présent, aussi présent qu'en son temps, Emmanuel Macron quelques mois avant les Présidentielles de 2017. Etrange.

5.
C'est quoi cette histoire de « repris de justice » qui serait prof ? Si ce n'est pas dans un établissement privé hors-contrat (et encore), je ne vois pas comment un rectorat aurait pu valider. Bizarre. Vraiment. Je n'y crois pas.

Et s'il s'avérait que cela est vrai, eh bien, c'est inquiétant, car cela pourrait évidemment faire jurisprudence et, franchement, recruter des repris de justice pour enseigner aux mômes ne me paraît pas du tout une bonne idée.

Bah, j'ai l'impression que l'émission de l'étrange Morandini est largement bidonnée, m'étonnerait pas que tout ce beau monde travaillât (« femme à foulard », ma mère en portait de ce genre et elle était chrétienne, « prof repris de justice », etc..) pour Bolloré himself.

6.
Plus j'y songe, plus je pense que la candidature Zemmour est une arnaque montée par des intérêts bien plus puissants qu'un éditorialiste, si brillant soit-il. Dans quel but ? Contrecarrer Marine Le Pen ? Etrange, inquiétant. Machiavélisme ?

7.
Me suis laissé avoir ce lundi 25 octobre 2021 par le cinoche Morandini/Zemmour/CNews. J'aurais mieux fait d'écouter le Beggars Banquet des Stones. De plus en plus l'impression que les élections, c'est du bidon.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 octobre 2021.

9 juillet 2021

VARIANCES

VARIANCES

 

  1. Pire encore, paraît, que le variant Delta, le variant Lambda aux « mutations inhabituelles » lisé-je... va pas tarder à débarquer, on dit... Français, ne soyez pas trop optimistes, gardez vos sous, méfiez-vous des endormissements rassurants...

  2. La vaccination obligatoire ? Bon, admettons... Mais est-ce que cela veut dire que l'ensemble de la population va devoir obligatoirement se faire vacciner tous les ans.
    De plus en plus virulents, les variants... se succèdent, migrent d'est ouest nord sud... Me demande comment on va faire pour vacciner plusieurs milliards d'êtres humains chaque année... On fait quoi ? On ferme les frontières ?

  3. Si quelque puissance jouait au jeu de go avec le covid... pierres, les variants, placées nord sud est ouest... puis connections... lignes... territoires viraux... encerclement... affaiblissement... Avant quoi ? Dans quel but ? Complotisme ?

  4. Même si les libéraux répugnent à le dire publiquement, se pourrait que le covid et tous ses variants mettent un coup d'arrêt durable à la phase galopante de la mondialisation. Le réchauffement climatique fera le reste.

  5. France Culture reprend ce matin la chronologie de l'étrange affaire Benalla et Macron de se prendre une nouvelle gifle : celle de la vérité.

  6. Le problème n'est pas l'écologie ; le problème, c'est le réchauffement climatique. Les primaires, c'est comme le contrôle continu : pressions, compromissions, dérives, bricolage. La nièce va-t-elle changer d'oncle ?

  7. 5 juillet 2021, Boris Johnson confirme l'augmentation continue des cas mais se déclare décidé à en finir avec toutes les restrictions dès le 19 juillet. Volontarisme libéral ? Fuite en avant ? Promotion de la vaccination via la responsabilité individuelle?

  8. Après l'arrivée estivale du variant Delta, on attend, paraît, les variants Delta + (au titre du regroupement familial) et les cousins Lambda et Epsilon. Après il y aura le variant de la Rentrée (très scolaire et littéraire), puis le variant Des Quatre Saisons, le variant Berlinois (réunifié), le Variant réfractaire (anti-Macron), le variant EnMêmeTemps (très volatil) et son corollaire QuoiQuilEnCoûte (dit aussi De-La-Dette-Publique), le variant Poilu (d'hiver), le variant Voilpé (d'été), le variant Papiste (dans les pays latins), le variant Parpaillot (dans les pays nordiques), le variant Climatique (il chauffe), le variant Etudiant (gnangnan), le variant Céhéresse (donne très mal à la tête), le variant Apprenant (intrusif), le variant Insoumis (d'autant plus dangereux qu'il réfléchit), le variant Identitaire (d'autant plus dangereux qu'il fonce), le variant TombéParTerre (c'est la faute à Voltaire), le variant LeNezDansLeRuisseau (c'est la faute à Rousseau), le variant Titulaire (surestimé), le variant Auxiliaire (sous-estimé), le variant Académique (classique et administratif), le variant pédagogiste (virulent mais ridiculement peu efficace), le variant libéral (deux souches : la politique et l'économique, s'annulent parfois mutuellement), le variant étatiste (dit aussi variant Mammouth), le variant Anticor (touche surtout les politiques), le variant En Continu (informatif et bavard),...

    Aussi le variant Socialiste (dit variant Crédule), le variant Extrémiste (deux souches : la mondialiste révolutionnaire et la conservatrice nationaliste, se concurrencent), le variant Complaisant (universitaire), le variant Complotiste (ne croit pas en sa propre existence),

  9. Non, Monsieur Houzeau, Mary Curry n'est pas le nom d'une « célèbre » cuisinière anglaise qui aurait mis au point une manière particulière d'accommoder le poulet. ,

  10. A force de démanteler, une à une, toutes les dispositions prévues par la Convention Citoyenne pour le Climat, vous verrez que le gouvernement va finir par porter plainte contre les membres de ladite convention pour « harcèlement climatique ».

  11. Je ne connais évidemment pas le film (et donc je pourrais être déçu), mais je suis quand même content que Léos Carax ait confié la musique de Annette aux Sparks : toujours vivaces, les frères !

    Patrice Houzeau
    Malo, le 9 juillet 2021.

     

24 novembre 2023

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

1.
« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
(Corneille, « Le Cid », v.1529 [Rodrigue])

« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
Vous ne pourrez conduire en vous mettant à boire.

2.
« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
(Corneille, « Le Cid », v.1499 [Rodrigue])

« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
Qu'il dit, le Cid... Mais ce n'est pas son stomack, non,
Qu'il va à je ne sais qui présenter ouvert,
Mais sa poitrine, avec son cœur et ses poumons.

3.
« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
(Corneille, « Le Cid », v.1802 [Chimène])

« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
Ah ça, quand trop on parle, il faut s'attendre au pire.

4.
« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville »
(Corneille, « Le Cid », v.1010 [Don Diègue])

« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : »
Eh oui, que voulez-vous, ce n'est jamais qu'en ville
Que je trouve les trucs, les machins et les choses
Dont je me sers pour en faire encor, hein, des choses.

5.
« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
(Corneille, « Le Cid », v.289-90 [Don Diègue])

« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
Et veille bien à me rapporter des oranges ;
J'en ferai des jus car c'est bon, le jus d'orange.

6.
« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
(Corneille, « Le Cid », v.642 [Don Fernand])

« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
Décapité, dis-tu ? Décapité... Quel coup !
Et qu'ils sont douze qui eurent la tête cou-
pée ? Un capitaine et douze moines... Ça fait
Combien de morts alors, combien de morts ça fait ?

7.
« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse »
(Corneille, « Le Cid », v.1001 [Don Diègue])

« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : »
Et c'est bien trop souvent que nous serrons les fesses.

8.
« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
(Corneille, « Le Cid », v.1019 [Don Diègue])

« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
Y a trop d'macchabs, et trop d'placards ! Alors, c'est bon,
Au vert que j'vais aller cueillir des champignons.

9.
« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
(Corneille, « Le Cid », v.1555 [Chimène])

« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
Bois un coup, ça ira mieux. Bois donc, je t'en prie ;
J'ai faim, je veux manger et faut qu'tu sois parti ;
De frites j'ai envie, et de poulet rôti,
Et pas, mon couillon, de tes yeux de merlan frit.

10.
« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, »
(Corneille, « Le Cid », v.1743 [Don Fernand])

« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort. »
Non, le mort n'est pas mort, et oui, il bande encore.

11.
« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
(Corneille, « Le Cid », v.1191 [Chimène])

« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
Et puis vous le savez que j'ai déjà donné.

12.
« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens »
(Corneille, « Le Cid », v.1031 [Don Diègue])

« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens : »
Et tu n'es pas un chat car je ne suis pas chien.

13.
Nicolas Sarkozy se voit en leader politique « dynamique et responsable. »
Je le vois plutôt en énervé inconséquent.
Nicolas Sarkozy s'aime beaucoup, je crois.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

30 avril 2021

SCHWERMÜTIG EST LE HARENG SAUR

SCHWERMÜTIG EST LE HARENG SAUR

1.
Y a le début d’une chanson à France Gall (c’était dans la préhistoire des années 80) qui dit « Nos voitures dorment en bas comme des bébés » qu’en effet faut pas jeter l’eau du bain avec le carburateur, tous les plombistes vous le diront. #CarlosGhosn

2.
Défois, quand je me regarde dans la glace, je me dis, - ah zut et flutabec ! - j’ai l’air schmounch, on dirait un collègue. #blanquerégentil

3.
Quand les films me regardent, je fa le fada, c’est plus fort que café fait le sucre en agitant ma cuillère. #JeanLucGodard

4.
Défois quand je m’ouvre le cerveau, je suis obligé de me harnacher que sinon j’pourrais tomber tomber chuter dans le vide. #pédagogisme

5.
Quand il m’arrive de me prendre au sérieux, je pense à Philippe Meirieu ; là, en général, ça va mieux et je peux de nouveau faire semblant de prendre des veaux ordinaires pour des apprenants magnifiques. #Meirieuépuiçant

6.
N’empêche que depuis que la chanson française existe, qu’est-ce qu’ils ont pu beugler comme âneries, les choristes (« talalala-talaya », « youpioupioup », « covid-covid »,«nation-tion nation-tion appreupreu-appreupreu-appreunanteuh »). #blanquerégentil #guylux

7.
« Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique. » (Baudelaire, « Un hémisphère dans une chevelure »)

Défois, y en a, des baudelaires ça s’appelle, ils ont l’âme voyageuse, que c’est embêtant, qu’elles ont pas de portable, les zamelà qu’on est obligé de les rappeler par télépathie. #âme

Chez les baudelaires, l’âme « voyage sur le parfum », elle est aérodorisée leur âme, qu’elle en est toute volatile, d’ailleurs, c’est pour ça que, malgré quelques cas de hantise scolaire, l’espèce baudelairienne s’est éteinte depuis longtemps. #âme

Les baudelaires croyaient que l’âme des hommes voyageait « sur la musique », qu’un violon pouvait servir d’aéronef et que l’on pouvait visiter l’Ecosse à cheval sur une cornemuse. Ça doit être pour ça que moi qui suis plein de coin-coins, j’vas jamais très loin. #coincoin

8.
Quand du ciel tomberont bigoudis et bérets, c’est que la grande exploration française des confins sidéraux n’aura pas commencé parce que, sachez-le, quand ils sont en mission, les spationautes ne portent ni bigoudis ni béret. #servicepubblic #bigoudi

9.
J’m’y fais pas à ce que « fourmillant de chants mélancoliques » puisse donner en allemand (la langue des Zôtres d’Outre-Rhin) : « in dem es wimmelt von schwermütigen Gesängen », ça me rend tout chose et songe, surtout « schwermütig », redoutable, ça, le « schwermütig »… #Schwermütig

10.
Ne jamais mettre la chèvre avant le chou. Sinon, la chèvre mange le chou (l’inverse n’arrive jamais) et du coup, pour l’expliquer, aux petits bouts, la règle, zêtes grillé marron. #hiboux

11.
Ne jamais prendre ses désirs pour des abeilles. Ça peut essaimer. Vous pouvez être tout piqué d’partout et, en cas d’allergie, vous voilà tout mouru. Et n’oubliez pas que ne ressuscite pas qui veut. #bzzz

12.
Ce n’est certes pas en achetant des sachets de saucisson sec que l’on en saura plus sur le secret du hareng saur qu’a foutu l’camp du poème en laissant une corde pendouiller bêtement à un clou pointu pointu pointu planté dans un mur nu nu nu par qui donc hein qui donc hein ? #CharlesCros

Patrice Houzeau
Malo, le 30 avril 2021

19 décembre 2022

LE POETE SUIT SA METAPHORE

LE POETE SUIT SA METAPHORE

Notes sur le sonnet « Le flambeau vivant », de Baudelaire.

1.
Baudelaire, « Le Flambeau vivant ». Des « Yeux » qui « marchent », avec majuscule et majesté (enfin, ça je ne sais pas). L'Ange aimanteur. - Il est menteur, l'Ange ? - Non, l'Ange aimante ; il est magnétique. - Ah !...

Et s'il est savant, l'Ange, et si les yeux sont « pleins de lumières », ça doit être celles de l'intelligence. Les Yeux sont « frères » (et même jumeaux, dis). Le narrateur baudelairien en est tout fasciné fraternel itou.

Est-on dans l'affinité élective, l'âme sœur, puisqu'ils sont « frères » ? Et comme ils étincellent les frères Mirette-là, ils jettent partout des « feux diamantés ». C'est précieux, hein ? Alchimique.

« Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés. »
(Baudelaire, « Le flambeau vivant »)

2.
Les Yeux, dont cause le narrateur baudelairien, sont-ils des anges gardiens ? Non seulement, ils « marchent », mais ils « conduisent ». Le narrateur baudelairien n'a plus qu'à les suivre, ces guides lumineux.

Sur un rythme ternaire, « la route du Beau ». Absolument. Les Yeux sont-ils des « serviteurs » ? Peut-on être « l'esclave » des Yeux ? Sans doute qu'un voyeur compulsif est l'esclave de ses yeux et de qu'il y a derrière.

« Tout mon être obéit » : exister, n'est-ce pas « obéir de tout son être » à une « volonté de puissance », à une énergie vitale qui nous anime et nous dépasse ? Cette énergie vitale est-elle exprimée ici par la passion amoureuse et la préciosité poétique ? Et si c'était une métaphore, ce qu'il suit, le narrateur baudelairien. Il croit tomber amoureux d'une femme, il se fascine pour une figure de style. La métonymie, dans le genre fascinant, c'est-y contagieux ?

« Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas sur la route du Beau ;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau. »
(Baudelaire, « Le flambeau vivant »)

3.
« clarté mystique » des cierges et des Yeux. Une « flamme fantastique ». Le «Réveil » contre la « Mort ». La personne qui a ces yeux-là, serait-ce une surnaturelle ? Une voyante ? Une hypnotiseuse ? Une fascinatrice ? Les Yeux ne sont pas seulement marcheurs, ils chantent aussi, en duo donc. Et s'il y a plusieurs personnes, ça fait un chœur d’yeux chanteurs :

« J'ai des yeux, de beaux yeux,
des yeux noirs, des yeux bleus !
Je les vends deux par deux
achetez-moi mes yeux ! »
(Jules Barbier, livret de « les Contes d'Hoffmann », de Jacques Offenbach, Acte II, [Coppélius]).

Miroir, chiasme : « le soleil rougit » ; « vous chantez le Réveil » ; « en chantant le réveil » ; « Astres dont nul soleil ». Et dans toutes ces luminosités astrales, la répétition du mot « flamme ». C'est qu'ils se regardent. C'est qu'ils se reflètent.

Et comme elle marche devant, c'est qu'elle doit se retourner. Et lui, de la regarder, avec l'air qu'il prenait dans ces cas là, et que je ne puis connaître, puisque ça fait belle lurette que le poète et sa muse sont morts avant que je sois né.

« Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu'ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleil
Rougit, mais n'éteint pas leur flamme fantastique ;

ls célèbrent la Mort ; vous chantez le Réveil ;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul soleil n'a pu flétrir la flamme ! »
(Baudelaire, « Le flambeau vivant »)

Note : A y songer, un tel titre, quelque analyste entiché de psychanalyse pourrait le lire ainsi : « Flan, beau vit, vent », et y voir l'inconscient du poète récusant ce que vous voulez. Mais à mon avis, c'est du vent.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 décembre 2022.

 

19 novembre 2022

QUELS ETRRES ETRRRANGES SONT CE LA ?

QUELS ÊTRRES ETRRRANGES SONT CE LA ?

« Un passage secret !... C'est inouï !... Et c'est l’œil qui a déclenché le mécanisme !... Entrons ! »

(Hergé, « Vol 714 pour Sydney », planche 43 [Tintin])

1.

Alors Rastapopoulos, le Rastapopoulos de Tintin et Hergé dans « Vol 714 pour Sydney », oui-da, quel rascal, chacal, crapoteux, crapouilleux et pouillard et pouillot, - ô crapaud, ô Rastapopoulos -, quelle crapule stilal, tenta d'écraser une araignée, mais l'araignée fut si vive et véloce et vivace, qu'esquivant le talon, vivante elle resta, malgré l'acharnement à bottes du rageur Rastopopoulos, qui donc l'eut dans l'os.

2.

Alors Rastapopoulos, le Rastapopoulos de Tintin et Milou et Hergé dans « Vol 714 pour Sydney », oui-da, la crapule bien connue, et vilain, et véreux, et vraiment épouvantablement ridicule, Rastapopoulos tenta d’extorquer à Carreidas le numéro de son compte en Suisse... en Suisse... où j'aimerais tant passer le reste de mes vanités horaires en compagnie d'une jolie Suissesse, ou sa sœur, pleine aux as, et douce, suave, délicieuse, gentille et généreuse, pas trop silencieuse, mais point jacassante. Ceci dit, je rêve, je rêve, je songe, mais je ne sais pas, je ne pense pas que, pour moi, de telles Suissesses, ou leurs sœurs, existassent, ni de telles compagnes d'ailleurs, que moi-même, que j’existe me semble aussi sot qu'improbable.

3.

La sœur d'une Suissesse est-elle suissesse elle aussi ? - Oui, assurément, sauf si la sœur de cette Suissesse a marida un frança et qu'a s'a fa naturalisa (poil aux bras, au bas, abracadabra).

4.

C'est à la planche 28 de « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, que les forces de l'invisible se manifestent pour la première fois. C'est d'abord le pendule du professeur Tournesol qui se met à osciller si fortement, si fortement, si fortement, à tel point que le professeur Tournesol fait remarquer que ce sont là « les plus fortes oscillations que [son] pendule ait jamais enregistrées ». Ensuite, dans un phylactère aussi ad hoc que son nom, le capitaine Haddock donc, se fait la réflexion d'une « curieuse impression... celle d'une présence invisible autour de nous... ». Ah ça c'est aussi mystérieux que le mystère des chaussettes de l'archiduchesse mises à sécher, avec ses chemises aussi, et qui furent mystérieusement remplacées par six saucissons et un hareng aussi saur qu'ironique.

5.

Alors, comme j'avais fort faim, je me mangeai et me trouvant indigeste, je me rendis compte que j'écrivais n'importe quoi.

6.

Mais revenons à « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, et voyons ce varan progressant dans l'herbe et la case 10 de la planche 35, « - Qu'est-ce qu'il fabrique ici, cette espèce de diplodocus sorti tout droit de la préhistoire ? » et disons que ce varan, ce « sorti de la préhistoire », comme dit Haddock, c'est le passé représenté, la permanence reptilienne (Sartre ressuscité ?) cependant que s'agitent pendule, mitraillettes et bipèdes, dont certains très reptiliens eux aussi (« Vipère ! » lance Haddock à l'adresse de Allan).

7.

Alors Tintin, l'épatant Tintin de Tintin et Milou et Hergé du « Vol 714 pour Sydney », planche 38, l'invisible se manifeste à nouveau puisque Tintin, soudain, « On dirait qu'une voix me parle à l'intérieur de moi-même », que le sympathique, épatant et globe-trotter Tintin, le voilà tout télépathé.

8.

Planche 41, il est question d'un « signe » gravé sur un rocher, « celui des dieux qui sont venus du ciel sur leurs chars de feu ! » dit à Allan un Sondonésien refusant d'entrer dans le « troulala » (cf planche 40 de « Vol 714 pour Sydney », de Hergé) même que « ces dieux qui sont venus du ciel dans leurs chars de feu », cela rappelle la théorie des anciens astronautes, ces extra-terrestres qui seraient venus des ailleurs stellaires, pour faire sur notre planète de l'architecture (pyramides, alignement de mégalithes, statues à gros yeux, et salsifis et choléra) because le cursus suivi par les étudiants en architecture de chez eux (les lointains cosmiques), prévoyaient alors un stage de plusieurs semaines sur la planète Terre, vu qu'on y trouve des tas de matériaux épatants, qu'on peut faire avec des constructions tout ce qu'il y a plus propre à fasciner le bipède humain pour les siècles des siècles. Apparemment, il dut y avoir une réforme dans leur cursus architectural, à ces zèbres des azurs dans leurs drôles de machines, parce que s'ils nous visitent encore, hein les bâtisseurs des étoiles, ils construisent plus rien.

Je songe aussi que si l'antre du mystère, c'est un « troulala », comme dit Rastapopoulos, et si le mot « troulala » renvoie bien à ce que je pense, c'est peut-être aussi que cette histoire de visiteur cosmique des temps anciens, c'est juste qu'une connerie.

9.

Alors, dans un claquement de sa mâchoire de pierre, la statue avala, goba, engloutit Carreidas, Krollspell, Haddock, Tintin, Milou. Que va-t-il se passer ? Oh c'est palpitant comme un poulpe télépathique si tant est qu'il existât des poulpes télépathiques, ou des capillaires érudites, ou encore des barricades énigmatiques.

10.

Dans « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, lorsque Mik Ezdanitoff de la revue « Comète » (rappelant Jacques Bergier de la revue « Planète ») commente planche 47 un étrange dessin rupestre, son roulement des « r » et les particularités de sa syntaxe participent à la bizarrerie : « Voyez dessins surr murr : c'est évidement machines utilisées parr êtrres venus d'autrres planètes... ». Sur des pierres illustrées qu'on aurait les preuves de leurs visites, aux extra-terrestres... N'est-ce point curieux ?

11.

L'astronef extra-terrestre de « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, ne ressemblant pas à un astronef extra-terrestre, mais à un canotier blanc et lumineux, je m'interroge : à quoi ça ressemble ça, réellement, un aéronef extra-terrestre ? A une machine à coudre ? Un parapluie ? Une table de dissection ? Un Saint descendant du ciel ? Une bête faramine ? Le wok égaré de Tante Agatha ?

12.

Ai revu l'autre soir « La Mort aux trousses », de Hitchcock, ai pensé qu'il y avait une parenté de style entre ce film et la fameuse « ligne claire » d'Hergé, une parenté d'atmosphère entre l'aventure de Roger Thornhill et les aventures de Tintin.

Patrice Houzeau

Malo, le 19 novembre 2022.

17 août 2022

QUE VOIS-JE QUAND JE M'EN SOUVIENS ?

QUE VOIS-JE QUAND JE M'EN SOUVIENS ?

 

1.

Je lis dans un tweet de l’excellent Thomas Arfeuille @IarthurPym que tout étant possible en physique quantique, il serait donc « concevable que ce soit le vase qui fasse déborder la goutte ».

Soit le vase tout agité de ses particules vaseuses – ô vertige !

Soit la goutte toute agitée de ses particules gouttières – ô glouglou !

Le vase qu'on ne peut voir que par le bout d'un microscope qui n’existe pas, il est tout agité, le vase, de ses particules vaseuses et qu'il se dilate la rate (la rate vaseuse), et qu'il se répand tout en se contractant, pis se rétracte et s'allonge et agite ses empires, ses confins, ses noyaux, ses pleins et déliés,

cependant que la goutte fait tout pareil que le vase, en se rhinocérisant bien aussi un peu, qu'alors soudain, à un moment « y », elle va se trouver, la goutte, dans un état paradoxal de sa matière goutteuse tel que le vase va illico la faire déborder, de telle sorte donc que la goutte va emporter le vase dans un flux, un flot, un flou et imbiber les précieuses équations notées sur un bout de papier, désespérant l'inspiré physicien qui se demande quel est le sagouin qui a laissé les robinets ouverts.

2.

Qui vole un bœuf ne fera pas d'omelette.

3.

« Qu'est-ce que me montre mon souvenir ? Qu'est-ce qu'il présente à mon esprit ? Mais s'il ne faisait rien que me suggérer ces paroles ! »

(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

 

Je me souviens, c'est-à-dire un souvenir me montre mentalement quelque chose.

Je réagis : je rougis (la honte), je souris (un petit bonheur), je m'interroge (un souci, un doute, un regret)...

C'est bien au présent que j'éprouve ces sensations, c'est donc la manière dont je me représente le passé, dont je l'actualise intellectuellement, qui agit sur moi.

La fille du lycée dont j'étais amoureux (seigneur, qu'on est sot) et qui est maintenant beaucoup plus vieille, c'est toujours comme la jeune fille dont j'étais amoureux qu'elle apparaît, jolie comme un cœur et souriante dans le cinéma que je me fais pour ne pas penser à ce à quoi je penserais si je ne songeais pas à Rose.

Mais cette jeune fille n’existe plus ; elle est sans doute grand-mère maintenant et ne se souvient plus de moi, ou se souvient d'un moi qui n'a jamais existé que pour elle, de même que le souvenir que j'en ai ne correspond pas à la manière dont je la voyais alors et à ce qu'elle était dans une réalité nécessairement inaccessible.

Cette jeune fille est un fantasme, un fantôme, une manifestation de l'être qui me lie à cette vie, et qui, bien que je sache pertinemment qu'elle ne correspond à l'étant en soi que par l’exercice de mon imagination, me maintient dans un désir de réel.

Après, si elle ne fait rien qu'à me suggérer ces paroles, eh bien, c'est certain, mais comme je ne la crois qu'à moitié...

4.

Les autres n'étant jamais que la représentation que je m'en fais, le cinéma est l'art de raconter des histoires fantasmatiques.

Les personnages sont des fantômes qui, afin d'assurer leur pérennité, prennent l'apparence des acteurs.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 17 août 2022.

6 juillet 2022

HUMEURS EN ATTENDANT QUE ÇA AILLE MIEUX

HUMEURS EN ATTENDANT QUE ÇA AILLE MIEUX

 

1.

Il y a un mouton sur la couverture de l'édition de poche du « Bouc émissaire » de René Girard. Zut pense qu'il fait chaud. Il fait chaud. Totor pense qu'il est trop anxieux. Un certificat pour bronchite et puis qu'est-ce qu'elle fait au ski, elle se casse la jambe.

2.

Le nom «  voyou » ne sied pas à un chien. Le nom d'un dictateur non plus. Je n'appellerai pas mon chien Poutine, pauvre bête ! Je n'ai pas la patience des longues se dit Zut contemplant la cousue tendue. Une « cousue » c'est une cigarette toute faite par l'industrie qui gagne des sous.

3.

« Ah les bonnes sœurs Elles lui ont cassé le nez et arraché une oreille ! » Les professeurs Attali et Debray ont toujours quelque chose à dire. Quelquefois ils ont raison. J'atteste que le mot « crapuleux » est bien employé à Marseille. Du moins jusqu'à très récemment.

4.

En vertu de la loi en vigueur. Heureusement il y a des lois. Mais quelquefois c'est compliqué. Et c'est à lui de demander un désaveu de paternité au tribunal. La technocratie en France, ça a commencé avec le remembrement des terres, et quel résultat ?

5.

L'homme est un animal grégaire mais belliqueux. Le cendrier il va prendre feu, là. C'est chiant de dire à Adinkerke quand t'habites à Dunkerque. Bruce Springsteen, on l'appelle le « Boss ». Le rock est-il une affaire de pouvoir ? Je songe à Daevid Allen, fondateur du groupe Gong.

6.

Paraît que Tchekhov était un homme impeccable sur le plan moral comme sur le plan littéraire. Il y en a pas tellement. Camus on dit. Quant à Sartre ? Bien sûr, il y a « Les Mots » et « La Nausée », et « l’existence précède l'essence ». Les livres. De quoi vous rendre aveugle.

7.

Un troll pro-russe m'a prédit que je finirai dénazifié. Zut sait que l'économie russe glougloutant, l'Ukraine va gagner la guerre. Totor n'est pas bien riche, mais il préfère quand même être pauvre dans une société libre, riche et démocratique plutôt que dans une dictature sino-russe.

8.

Ma voisine dont je t'avais parlé, par alliances et bidules, une descendante de Blaise Pascal, savait que chose de la famille Michelin et poum on mouille Mitterrand dans une affaire de môme handicapé escamoté exil en Suisse and co. De quoi se nourrissent les rumeurs hein.

9.

Lire prend du temps ; voir des films prend du temps ; pour se tenir au courant des avancées de nos disciplines respectives, il faut du temps... La réforme Blanquer et le prof bashing tiennent-ils compte qu'un enseignant est avant tout un spécialiste dans sa discipline ?

10.

Je ne me moque jamais de Jean Lassalle. Il lui arrive de dire des bêtises, mais je n'oublie pas sa grève de la faim en réaction à une délocalisation dommageable à l'emploi. Je pense que Lassalle aura été un des rares hommes de parole de cette assemblée d'opportunistes.

11.

Mélenchon s'est rêvé homme d'Etat. Bah, je pense qu'il sera rangé dans l'Histoire aux côtés des figures secondaires et controversées du genre Boulanger ou Maurras. « Ce matin le marchand d'coco est pas passé »... il chante Thiefaine.

12.

Si j'en avais le pouvoir, je foudroierais Poutine sur le champ pour que cesse l'horreur en Ukraine. Je n'en ai pas le pouvoir. Les Etats-Unis l'ont. J'attends. J'espère. Mister Biden, ne me décevez pas.

13.

Zut pense qu'il faut quand même être un sacré fdp pour vivre et profiter des avantages d'une société riche, libre et démocratique comme la France ou l'Allemagne et soutenir la sale guerre de Poutine en Ukraine. Il est vrai que les Français ont déjà connu ça en 1940.

14.

Encore un oligarque retrouvé « suicidé » en Russie. C'est fou ce qu'ils sont fragiles, les patrons russes, surtout quand ils ont été en lien avec GazProm...

15.

Les pro-Poutine qui racontent sur twitter que lorsque les forces ukrainiennes font sauter un dépôt de munitions, ça n'a aucun intérêt sur le plan militaire, ne se rendent pas compte du prix qu'ça coûte, les saloperies à tuer les gens...

16.

A chaque fois que j'écoute Ian Dury, cela me rappelle qu'il y a un peuple, qui fume, qui boit, qui souffre et qui se fout bien de Macron, de Mélenchon, de Le Pen, de Zemmour et de tous ces cons là hein.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 6 juillet 2022.

21 avril 2022

TURBURLENCES DANS LES EMPIRES

TURBULENCES DANS LES EMPIRES

1.

En avril 2022, on parla en Europe d'une recrudescence de cas d'hépatites « sans cause retrouvée » qui toucha des enfants de moins de dix ans. Covid, guerre en Ukraine, hépatites... Le monde serait-il malade ?

2.

Le petit moine n'ose tirer Rabelais de ses songes. « Vous n'irez jamais plus haut que votre chapeau » lance le Rabelais de Michel Ragon à Philibert de l'Orne.

3.

La Cyanure de Tome et Janry sème hystérie électrique et électronique pagaille, puis se marre en s'enfuyant. Cyanure a choisi elle-même son nom. On dirait la parodie d'une vamp américaine.

4.

Le 20 avril 2022, d'après France Culture, Bruno Le Maire a appelé la Russie à « s'abstenir de participer aux réunions du G 20 ». « La guerre est incompatible avec la coopération » aurait déclaré le Ministre de l'économie.

5.

Lors du débat Macron/Le Pen du 20 avril 2022, j'ai trouvé étrange que Le Pen affirme être d'accord avec le soutien de la France à l'Ukraine, y compris la fourniture d'armes, alors que bon nombre de ses conseillers et de ses partisans sont contre.

6.

Sur la couverture de l'édition Club des Masques 1976 de « La belle Véronaise » d'Exbrayat, il y a un moulin à poivre, une seringue, un bouchon, des rondelles de saucisson, des gélules. Quelqu'un est amoureux d'Alba mais le papa d'Alba n'est pas d'accord.

7.

« Dans le compartiment du train vers Annecy, un ouvrier, après avoir en vain tâché d'allumer une pipe :

- Au prix où sont les allumettes, ça devient intéressant qu'elles ne brûlent pas. »

(André Gide, « Journal des faux-monnayeurs »)

8.

Débat Macron/Le Pen. Marine le Pen a évoqué la dette de la France : « 600 milliards ». Emmanuel Macron a rappelé que la crise Covid et la baisse des recettes fiscales en étaient en grande partie responsables. L'inflation en cours n'aide pas, c'est sûr.

9.

Le 21 avril 2022, selon France Culture, l'offensive russe dans l'est de l'Ukraine semble se heurter à une résistance efficace de l'armée ukrainienne. Selon un officier ukrainien, la raspoutitsa gênerait l'avancée des blindés russes.

10.

Le mercredi 19 avril 2022, à Washington, des responsables des finances des Etats-Unis et de l'UE ont quitté une réunion du G20 pour protester contre la présence de représentants russes.

10.

Poutine a déclaré, je cite l'ignoble : « Le massacre de Boutcha est un fake ». Bah, c'est Vladimir Poutine lui-même qui est un fake, un regrettable fake, un dispensable fake.

11.

Le 21 avril 2022. Entendu ce jugement d'un chroniqueur de France Culture sur le débat Macron/Le Pen : « suffisant » pour l'un ; « insuffisant » pour l'autre.

12.

Le 21 avril 2022, sur France Culture, ai-je bien entendu Hervé Juvin, hypothétique ministre de l'écologie d'un hypothétique mandat Le Pen, dire que dans le conflit russo-ukrainien, l'OTAN était « co-belligérante » ? Si j'ai bien entendu, cette déclaration est irresponsable.

13.

Le débat Macron/Le Pen confirme la maîtrise de Macron. Cependant, cette maîtrise des sujets économiques n'a pas empêché le déficit de la France de se creuser de manière inquiétante et que plusieurs réformes (celle des retraites par exemple) soient vivement et à raison contestées.

14.

Plusieurs sources évoquent des rumeurs selon lesquelles le fournisseur chinois UnionPay hésiterait fortement à travailler avec la banque russe Sberbank et que donc l'idée d'une carte bancaire UnionPay/Sberbank serait abandonnée. A voir...

15.

Macron sera réélu mais par défaut. Les idées du RN ont progressé dans l'opinion. Le parti lepéniste s'est professionnalisé, ses cadres sont plus efficaces et plus recevables sur les plateaux. Si à l'issue des législatives, le RN réussit à former un groupe significatif, il pourrait remplacer les LR. Ironie de l'histoire : un parti fondé par des anti-gaullistes et quelques aventuriers d’extrême-droite pourrait remplacer le lointain héritier du RPF et de l'UNR.

16.

S'il s'avérait qu'à l'empire du mensonge poutinien s'opposait un autre empire du mensonge, infiniment sophistiqué et qui, dans la mise au point de ses trompe-l’œil, prendrait en compte jusqu’aux assertions de ses contradicteurs, s'il s'avérait qu'aucun événement géopolitique majeur (crise, guerre, pandémie...) ne se passe comme on nous le raconte, et comme il n'y a aucune raison qu'il puisse exister un pouvoir qui ne mente pas, même s'il se prétend « insoumis », - entre parenthèses, quel oxymore ! -, je ne verrais alors pas d'autre solution que de hausser les épaules et de ne m'intéresser aux tracas du monde qu'avec une indifférence polie. D'autres choisiraient le nihilisme, ce pouvoir du néant.

Patrice Houzeau

Malo, le 21 avril 2022.

 

17 octobre 2022

DEFOIS JE SAIS PAS CE QUE LA LUNE ÇA DOIT ETRE LE SPHINX

DEFOIS JE SAIS PAS CE QUE LA LUNE ÇA DOIT ETRE LE SPHINX

1.

Défois je sais pas ce que la Lune me veut l’a le sourire étrange et le cercle royal genre à m’en déchaîner les violons du bal pis à m’courir les nerfs des pieds jusqu’aux cheveux.

2.

« On m’avait dit qu’un soldat avait vu le spectre de Laïus et que Laïus m’appelait, voulait me prévenir d’un danger qui me menace. »

(Cocteau, « La Machine infernale » [Jocaste])

Au théâtre, défois y a des spectres apparaissent pour prévenir d’une menace, ça fait spectaculaire quand c’est brumeux et des remparts sous la lune de sang, on dirait une scène de jeu vidéo qu’on écoute bien pour savoir quelle hache on doit prendre.

3.

« En réalité elle éprouvait une étrange émotion à l’idée d’être devenue un objet de culte pour cette enfant que son apparence ne semblait pas effrayer. »

(Serge Brussolo, « Les Cavaliers de la pyramide »)

Défois, on croit qu’on va pas charmer, qu’on va passer minable, mais les yeux sont pleins d’autres yeux qu’on sait pas (sont complexes les gens) et tout freak qu’on se croit, défois, ça arrive qu’un ou qu’une se fascine étrangement pour vot’ pomme.

4.
« Dans le doute mortel dont je suis agité

Je commence à rougir de mon oisiveté. »

(Racine, « Phèdre », I,1 [Hippolyte])

Défois qu’on doute, quelques couteaux vous flottant dans la citrouille, pis qu’on s’agite barje le cogito, alors faut s’décider farouche et dégager l’oisiveté qui fatalise. Faire ce qu’on a à faire. Sinon, ça peut vous moisir l’existentiel.

5.

« Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes. »

(Racine, « Phèdre » [Théramène])

Pensivement ou pas, il faut bien qu’on aille quelque part, ne serait-ce que dans la cuisine pour se faire cuire un œuf.

6.

« … la narration de Théramène qui, en outre, met ce caractère « mythique » en abyme par la mention de l’intervention de Neptune à travers un « on-dit ».

(commentaire de Benedikte Andersson à propos de « Phèdre », de Racine)

Les dieux, fatalement, des « on-dit », les dieux.

7.
« On ne voit point deux fois le rivage des morts,

Seigneur. Puisque Thésée a vu les sombres bords,

En vain vous espérez qu’un dieu vous le renvoie,

Et l’avare Achéron ne lâche point sa proie. »

(Racine, « Phèdre » [Phèdre])

Ainsi des femmes, des fiancées, des filles russes qui attendront longtemps en vain le retour du soldat disparu en Ukraine. Poutine est un pourvoyeur de malheur.

8.
« Par vous aurait péri le monstre de la Crète

Malgré tous les détours de sa vaste retraite »

(Racine, « Phèdre » [Phèdre])

L’énigme existentielle du labyrinthe se double de celle du Minotaure. L’Histoire des humains, les dédales et leurs monstres ; les dictateurs sont-ils des répliques de Minos, des échos de l’Antique ?

9.
« Est-ce Phèdre qui fuit, ou plutôt qu’on entraîne ? »

(Racine, « Phèdre » [Théramène])

Libre-arbitre ? Fuyons-nous ou y sommes-nous toujours entraînés ?

10.
« Vous-même rappelant votre force première,

Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière.

Vous la voyez, Madame, et prête à vous cacher,

Vous haïssez le jour que vous veniez chercher ? »

(Racine, « Phèdre » [Œnone à Phèdre])

On recule parfois devant une vérité que l’on a pourtant cherchée.

La vérité est-elle fatalement derrière une porte que, fatalement, l’on referme ?

11.

« Elle meurt dans mes bras d’un mal qu’elle me cache. »

(Racine, « Phèdre » [Œnone à propos de Phèdre])

Trouble secret. C’est de cela que l’âme tire son hypothétique existence. Une âme forte est-elle une âme qui ne se laisse pas pourrir l’existentiel par un mal dissimulé ?

12.
« Je voulais être sûr qu’on n’avait pas rêvé tout ça. », dit un personnage du film « Vidocq » (Pitof, 2001)

On regarde le gouffre et on constate qu’il y a un trou.

Le chat de Schrödinger peut-il savoir qu’il mourra empoisonné ?

13.

« Quoi, vous pouvez vous taire en ce péril extrême ? »

(Racine, « Phèdre » [Aricie à Hippolyte])

Défois on s’tait, défois on parle : ça dépend. Et puis défois, quoi dire ?

14.

« Malheureuse, quel nom est sorti de ta bouche ? »

(Racine, « Phèdre » [Phèdre à Œnone])

L’imprononçable. L’indicible. Le nom caché. Le nom voué au secret.

15.
« LE FILS – Maman, c’est cette dame, le Sphinx ? Dis, maman, c’est le Sphinx, cette dame ? C’est ça le Sphinx ? »

(Cocteau, « La Machine infernale »)

Insistance de la lucidité. Et si le Sphinx était une femme, - « mademoiselle », comme dit la matrone -, avec une voix grave alors, une voix de sourd venin.

Patrice Houzeau

Malo, le 17 octobre 2022.

30 décembre 2022

ON APPELLE CELA UN FANTÔME JE CROIS

ON APPELLE CELA UN FANTÔME JE CROIS

Notes sur la première partie de « L’Homme au Sable », de Hoffmann, traduit par Loève-Veimars.

« Je croyais apercevoir tout autour de lui des figures humaines, mais sans yeux. Des cavités noires, profondes et souillées en tenaient la place. – Des yeux ! des yeux ! s’écriait Coppelius d’une voix sourde et menaçante. »
(Hoffmann traduit par Loève-Veimars, « L’Homme au Sable » [Nathanaël])

1.
Nathanaël écrit qu’il pense à sa Clara.
Nous pensons toujours à quelqu’un d’inaccessible.
Nous pensons toujours à quelqu’un qui n’existe que pour nous et qui a pourtant un référent dans le réel.
On appelle cela un fantôme, je crois.

Parfois, les marchands de baromètres qui entrent dans votre chambre, vous avez comme une envie de les « précipiter du haut de l’escalier ».
En écrivant, j’écoute des chansons d’Angèle. Je sais bien que c’est juste de la variété, mais c’est comme le rock n’ roll, I like it. (reste à déterminer à quel point la plastique nordico-wallonne de la chanteuse, dont je dévore les clips, m’influence).


Le rôle des chanteurs de variétés est d’incarner quelqu’un qui n’existe que pour nous.
La société du spectacle nous fournit nos fantômes.
Le consumérisme a réussi ce tour de force : faire du fantôme une marchandise.

2.
Nathanaël écrit qu’il va raconter des « aventures » de son enfance.
On comprend que l’œil de Sigmund Freud s’ouvrit à la lecture de ce passage.
Il est ensuite question du père de Nathanaël, des « histoires merveilleuses » du père, de la pipe du père, des silences du père.
L’heure de « l’Homme au Sable ».
l’expression me fait penser aux sabliers, aux montres, aux horloges, aux emplois du temps.
Les autres nous rappellent sans cesse sans cesse sans cesse que le temps nous est compté.
« l’Homme au sable ». Nathanaël prend au pied de la lettre l’expression de sa mère.
A prendre le réel au pied de la lettre, on finit parfois dans une fiction, ou dans un livre composé par un psychanalyste lettré,

 
«… comme si l’on vous avait jeté du sable dans les yeux. »
C’est ce que fait le réel : nous jeter du sable dans les yeux, à tel point que nous finissons par penser que le réel n’est jamais que ce sable qui nous brouille la vue, que ce vent le long de la digue qui nous fait détourner la tête, alors la mer, qui n’est juste qu’une illusion, comme le dit Art Mengo dans une chanson fameuse, « n’existe pas ».

« La mer n’existe pas
Parfois nous la croyons
Mais elle n’existe pas
Ce n’est qu’une illusion »
(« La mer n’existe pas », Michel Armengot, Patrice Guirao).

3.
Les évocations fantastiques de la « vieille servante » confortent Nathanaël dans sa vision fantasmatique du visiteur du soir. Les fictions nous forgent un réel que nos yeux acceptent ou pas (à en devenir fou).

L’Homme au Sable, cet inconnu, cet invisible qui, certains soirs, rend visite à son père, obsède l’enfant Nathanaël.

Visites imprévisibles pour l’enfant ; autant de mauvaises surprises.

« la vapeur odorante et singulière » : l’expression me plaît. Elle n’évoque ni un parfum, ni une odeur. Elle rappelle ces odeurs fantômes qui reviennent parfois du passé, provoquant un subtil, décalage avec le réel où nous existons encore.

L’enfant Nathanaël se fait espion et découvre qui est « l’Homme au sable ». C’est un être repoussant dont ses parents semblent être obligés de supporter les visites.

C’est un avocat, il faut donc l’appeler « Maître ».

Le père et Coppelius en alchimistes ? En sorciers ? « Des yeux ! des yeux ! ».

L’espion émotif se fait prendre.
Le père sauve les yeux de son fils.
De qui parle Maître Coppelius quand il dit : « le vieux de là-haut a parfaitement compris cela ! » ?
Evanouissement de Nathanaël. Fièvre de Nathanaël. « il n’en faut pas accuser mes yeux ».
Disparition et retour de Coppelius.
« Les larmes s’échappèrent des yeux de ma mère ».
« les yeux étincelants » de Coppelius.

Mort du père. Disparition de « l’infernal Coppelius ».
Réapparition en marchand de baromètres sous le nom de Giuseppe Coppola. Le réel se travestit, et comme tout est toujours travesti, masqué, le réel devient pour nous la suite des masques que nous prenons les uns pour les autres.

Trumpistes et poutinistes appellent cela « vérité alternative » et prétendent nous faire prendre leurs masques pour la réalité. Que l’on tente d’ôter leurs masques et de révéler quels coppelius, quels trafiquants de regards ils sont, ils rentrent en furie, nous menaçant de ruine et d’apocalypse nucléaire.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

14 janvier 2023

L'OEIL EST AU BOIS LE CHAT HARET AUSSI

L'OEIL EST AU BOIS LE CHAT HARET AUSSI

1.
Ça a l'air d'une devinette. Quel est l'oiseau, dont, « au bois, [le chant] vous arrête et vous fait rougir » ? Pourquoi rougissez-vous ? A quelle occupation vous livriez-vous lorsque ? Donnez-vous votre langue au chat qui a mangé l'oiseau ?

2.
« L'horloge qui ne sonne pas. » Mesure commune du temps. Les emplois du temps que nous sommes pour les autres. Dehors. Fait froid. A quasi 59 balais, se les geler à 6 heures du matin pour l'art pédagogique et sa croûte, vous m'avouerez.

3.
Il me dit qu'on ne peut pas dire qu'il est vernis. Tableau, chaussures. Bin oui, vernis quoi. La phrase « Il eut été préférable que nous nous carapations » est-elle correcte ?

4.
Une autre devinette rimbaldienne : Quelles sont ces « bêtes blanches » dont on peut trouver les nids dans des fondrières ? Trou plus ou moins profond causé par la pluie. Ça me fait penser aux « Sordidissimes » à Quignard.

5.
J'admire l'érudition et la virtuosité de Pascal Quignard. Commentaire de « Zazie dans le métro » de Queneau tout à l'heure. Drôle de voix quand même. Littérature. J'y tiens. Sinon, qu'il embauchent un clown, un vrai clown je veux dire.

6.
J'admire l'intelligence et la virtuosité à l’œuvre dans « Zazie dans le métro ». Avec humour, il aborde le réel, Queneau, le réel qui satyre (des ennuis), le réel de quoi qu'elles pensent donc les gamines, et les gens avec leurs tronches à défiler, quoi qu'ils cogitent ?

7.
Kyrielle des « il y a ». Anaphore. On va de devinette en devinette. Quels sont cette « cathédrale qui descend » et ce « lac qui monte » ? Illusion d'optique ? Mirage ? Déclin du christianisme et remontée des gouffres ? Teintes grises, noirâtres, humides.

8.
Envie de boissons glacées. Bière glacée. Amertume glacée. Je sirote du café très chaud. Zut qui court je ne sais qui. « C'est comme ça qu'elle est quand elle a un jules, dit Zazie ».

9.
La « petite voiture abandonnée dans le taillis », je ne sais pas pourquoi je pense à une poussette. C'est peut-être pas ça. Du reste, allez savoir ce que c'est. Et d'ailleurs, on s'en moque. C'est le côté étrange qui vaut. La « petite voiture abandonnée dans le taillis » se met à descendre « le sentier ». Poussée par qui la poussette ? Hantée perhaps la poussette dévalante ?

10.
Je note ça dans un petit carnet. En ai déjà paumés, de ces bourrés d'brefs. Bien du naïf là-d'dans. On les r'trouvera pas. Pas Céline ma fiole. Pas le génie du fou. Quel sens du coup de théâtre, le Ferdinand ! Perdus, les manuscrits, - néant ! Des lunes passent, tout à coup, - poum ! les revoilà, ah le Maître dis.

11.
« Une troupe de petits comédiens en costumes ». Des enfants ? Des nains ? Des lointains ? Le cirque de la civilisation ? L’œil est au « bois ». Loin des autres. Chat haret.

12.
A 6 heures et des poussières, en janvier, pas grand monde à la gare routière de Dunkerque un vendredi. Où sont les travailleurs ? Je veux dire comment qu'ils se déplacent ? Le 19 janvier, la grève sera dure, c'est à prévoir. Faut qu'on se manifeste, nous autres, les sans fric.

13.
Dans 5 minutes le bus pour Hazebrouck. Voyageurs rares, pas bien riches. Des mômes aussi. Apprentis, lycéens, des autres aussi, des comment qu'i vont s'en sortir.

14.
Sommeil dans le bus. Ai de plus en plus tendance à m'endormir entre les cours. J'vieillis. Eviter la fausse bienveillance des collègues.

15.
Je relis du Zazie, chapitre 3 : les vécés et la gamine en proie au pervers (c'est Turandot et il n'est pas pervers). Le réel tout ça, repeint à la Queneau, du tout ça pour quoi on vit.

16.
Patience. Bataille. Jeux de cartes. Mon château s'a écroulé depuis des lunes. Un jour, mon cœur, ou ma tête, ça va flancher, et hop dans la zone à pertes, ma pomme. Tombé bonhomme.

17.
Allitération « f » : « Il y a enfin, quand on a faim et soif ». Lancinant le « f », sifflant, fiévreux. Nécessité du retour à la civilisation. Faut parfois sortir du bois. Mais « quelqu'un vous chasse ».

18.
Vais-je dormir chez Zut ce soir ? Garder Miou-miou (c'est le chat) et la tortue Elwa (elle hiberne, et pourquoi Elwa plutôt qu'Eloi, chaipa, c'est Zut qui écrit ça comme ça).

« Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.

Il y a une horloge qui ne sonne pas.

Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

Il y a enfin, quand on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse. »

(Rimbaud, « Enfance », III)

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

16 août 2022

QUE J'VOUS EN CAUSE ENCORE DES SIRENES

QUE J'VOUS EN CAUSE ENCORE DES SIRENES

 

1.

« Près d'un château sans châtelaine

La barque aux barcarols chantants

Sur un lac blanc et sous l'haleine

Des vents qui tremblent au printemps

Voguait cygne mourant sirène »

(Apollinaire)

 

Dans cette strophe, le poète évoque un « château sans châtelaine ».

Que ce château soit sans châtelaine, cela ne signifie pas qu'il soit sans châtelain, ce château.

Peut-être que la châtelaine de ce château est la célèbre Cantatrice chauve et qu'elle est partie en tournée pour ne pas en revenir, laissant très chaviré du cœur le châtelain, qui soupire, plein de chagrin et cholitaire (quand il a une patate chaude dans la bouche), et qu'il perd ses cheveux, ce châtelain, en songeant à la Cantatrice chauve, la châtelaine de ce château sans châtelaine.

Pendant ce temps-là, comme dit le poète, « la barque aux barcarols chantants voguait ».

 

Apollinaire a cette étrange formule, sonnante comme un blason : « Voguait cygne mourant sirène ».

Est-ce à dire que lorsque vogue le cygne, meurt la sirène ?

Est-ce à dire que le cygne dévore la Sirène ?

Et si le cygne et la sirène sont symboliques, qui donc sont-ils ?

Ou alors il vogue le cygne, il glisse, le cygne en se moquant bien de la sirène, laquelle peut bien crever la gueule ouverte, vu qu'elle n’existe pas.

 

2.

« Oiseaux tiriez aux mers la langue

Le soleil d'hier m'a rejoint

Les otelles nous ensanglantent

Dans le nid des Sirènes loin

Du troupeau d'étoiles oblongues »

(Apollinaire, « Lul de Faltenin »)

 

Dans cette dernière strophe du poème « Lul de Faltenin », le narrateur différencie les Sirènes ailées de la tradition grecque des Sirènes vouivres, serpentes des eaux de la tradition nordique.

Paraît que la langue anglaise distingue aussi la « mermaid » (femme-poisson) de la « siren » (femme-oiseau).

C'est sans doute pour ça qu'elles tirent « aux mers » (Homère en a causé itou des Sirènes) qu'elles la tirent, leur langue, aux mers, les Sirènes d'Apollinaire.

Dans cette dernière strophe, le narrateur dit : « Le soleil d'hier m'a rejoint ».

Le soleil d'hier n’existe plus.

Il est cependant et il s'appelle le passé.

Le passé a donc rejoint le présent du narrateur.

Le narrateur veut-il dire que la mythologie à Sirènes lui est aussi présente que la côtelette qu'il vient d'acheter ?

Ce qui tend à prouver que l'on peut acheter une côtelette en pensant aux Sirènes.

 

Dans cette dernière strophe, ce qui épate c'est que « Les otelles nous ensanglantent ».

Les otelles, c'est un terme d'héraldique, que ça fait sur le blason comme un X formé de quatre amandes disjointes.

 

Ensuite, nous avons confirmation que les Sirènes pondent vu qu'elles nidifient.

Les Sirènes ont leur nid « Loin / Du troupeau d'étoiles oblongues ».

Que les Sirènes soient loin des étoiles, c'est entendu.

Les Sirènes ne volent pas dans les étoiles. Ce ne sont pas des zoziaux cosmiques.

D'ailleurs, dans notre modernité à catastrophes, on ne relate pas de passage d'OVNIS en forme de sirène.

Ces « étoiles oblongues » sont-elles les « otelles » sanglantes des boucliers antiques, dont les Sirènes se tiennent loin, sachant qu'Ulysse est rusé et le glaive tranchant ?

 

Patrice Houzeau

Malo, le 16 août 2022.

 

6 décembre 2022

J'AI VIEILLI DIT ELLE suivi de UN POTIRON SUR UNE BROUETTE

J'AI VIEILLI DIT-ELLE suivi de UN POTIRON SUR UNE BROUETTE

Notes Marges Brefs sur « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau et sur les premières pages de « Chêne et chien ».

1.

Comme j'avions eu la crève brevetée, j'avions laissé Zazie tondre ses moutons, mais tant va la laine qu'à la fin, allant mieux, je viens voir où en sont les manteaux. Donc, dans le chapitre 17 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

2.
La veuve Mouaque, après la dérobade de Trouscaillon, se brûle avec un autre croûton. Considérations troubles sur la pureté en cuisine.

3.
La foire aux baffes est ouverte. Projetez-vous mentalement le Gabriel faisant « sonner le cassis de l'un contre l'autre de telle force et belle façon que les deux farauds s'effondrent fondus » : comment ne pas penser au cinéma burlesque et à l'allitération effe ?

4.
Epique « Aux Nyctalopes ». Où Zazie, suivant les exemples de Jeanne la pucelle et de Jeanne Hachette, se comporte comme une « vraie fille de France » et soutient vaillamment son tant épatant tonton.

5.

Laverdure « change de disque » mais revient bien vite au classicisme de la phrase culte. Zazie fait part à son tonton tant épatant de son admiration pour l'homme d'action. Mais, en vertu de la morale républicaine, il est essentiel que force restât à la Loi, sinon c'est la chienlit échevelée.

6.

Donc, dans les chapitres 18 et 19 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Approche du réel contondant. Marceline ne répond plus.

Bal tragique aux Nyctalopes. Retour de l'homme au pébroque.

7.

Trouscaillon tombe tous les masques. Menace d'une fricassée d'perroquet. Zazie est dans les pommes et descend dans l'échappatoire grâce à l'intervention d'un mystérieux « lampadophore »

8.

Escapade et fin de la grève du métro parisien. Laverdure et Turandot s'envolent.

La maman à Zazie se magne et use de lucidité. Marceline révélée. Fin du roman et considération selon laquelle le temps passe.

9.

6 décembre 2022 : 1 euro = plus de 65 roubles (1 rouble = 0,015 euro et 0,016 dollar). La monnaie russe s'effrite un peu plus chaque jour. Les indices boursiers russes sont en baisse. Economiquement, la Russie s'épuiserait-elle ?

10.

Dans les premières pages de « Chêne et chien », le narrateur quenalcien dit son origine et la joie de ses géniteurs quand il vint au monde. « une sorte de poire » fut l'une des premières mamelles de son destin.

11.

Le narrateur quenalcien énumère les trésors de la mercerie familiale et se souvient des « demoiselles » du magasin, de la sueur qui « perlait à leurs aisselles ». Je ne sais à quel point cet olfactif influença le destin de l'auteur de « Chêne et chien ». Il n'eut « jamais de sœur ».

12.

Que nous font ces souvenirs ? Rien du tout si on en saisit le sens, car, à vrai dire, on s'en fout. Mais que l'auteur fasse rimer « Emprunt russe' avec Ursse (« U.R.S.S. ») et « Crédit Foncier » avec « quat'sous-papier » nous amuse assez (pour peu qu'on n'ait pas le moral trop rabaissé) .

13.

Le narrateur quenalcien se revoit marmot dessinant les choses et à l'école, apprenant « bâtons, chiffres et lettres ». Il en reparlera.

14.

Le narrateur quenalcien sous-entend du peu ragoûtant quant à ses « manies » dont « les progrès de la science », dit-il, le débarrassèrent, puis évoque à la page suivante un jeteur de sorts racketteur et d'obscènes voyous.

15.

Un quelconque lui mord le nez ; il gifle sa prétendante. Le narrateur voyage avec ses parents et s'épate de la locomotive. Maman achète de la carte postale ; papa a mal au foie.

16.

Père et fils, maladies et lectures. Aux beaux jours, « campagne verte », brune forêt », « mer indigo et violette », « ciel ardoisé ». Ces rimes fermentaient-elles déjà en lui, ou est-ce maîtrise d'auteur confirmé ?

17.

« On buvait du cidre, on mangeait de la crevette », écrit Raymond Queneau. Quant à moi, oui, j'aime à me souvenir de ce que j'eus plaisir à manger (coq au vin, carbonnade flamande, rouelle de porc en gelée, tarte au riz, pâté aux pruneaux, tarte aux abricots, glace à la pistache, bière « Duchesse de Bourgogne »...). Quelle mélancolie quand je regarde cuire mes nouilles.

18.

« Je ne décrirai point mon immense tristesse

lorsqu'il nous fallait revenir :

seul, un jour, un potiron sur une brouette

réussit à me faire rire. »

(Raymond Queneau, « Chêne et chien »)

Patrice Houzeau

Malo, le 6 décembre 2022.

 

12 avril 2023

DE L'ÂNE POETIQUE

DE L’ÂNE POETIQUE

1.
J'évoquai Leslie Nielsen tantôt. Revois ce matin l’extrait de « L'Exorciste en folie » appelé aussi « Y a-t-il un exorciste pour sauver le monde ? » (1990) où le prêtre (interprété par Nielsen) se prépare de façon drolatique (punching-ball sur un poulet prêt à cuire, série virtuose de signes de croix...) à ce « curieux match de catch entre un curé de choc et le démon » interprété par Linda Blair elle-même, la « Regan » de « L’Exorciste » de William Friedkin (1973). Seigneur, mais que c'est drôle...

2.
« Les situations peuvent être décrites, non nommées. (Les noms sont comme des points, les propositions comme des flèches, elles ont un sens.)
(Wittgenstein traduit par Gilles-Gaston Granger, « Tractatus logico-philosophicus, 3.144).

Les noms relèvent de la synchronie (ce sont les pièces du jeu rangées dans leur boîte) ; les situations sont des diachronies (les parties disputées).

Les lexiques sont des recueils de synchronies. Les grammaires décrivent des diachronies.

Un roman met en œuvre une diachronie (ne serait-ce que celle du temps pris pour le lire). Quand bien même le roman serait parodique, la pièce « absurde », le poème farouchement hermétique et la chanson moqueuse, il n'en reste pas moins que comédie, satire, humour, parodie, non-sens prennent sens dès leur publication. Se poser la question « la diachronie a-t-elle un sens ? » revient donc à se demander : « L'histoire a-t-elle un sens ? ».

Intuitivement, nous répondons oui : le sens que prend ce roman dans l'histoire de la littérature, des idées, dans notre propre vie... On dit aussi communément : « Les mots ont un sens ». Ce à quoi s'attache la philosophie, c'est peut être à la démonstration de cette intuition : l'Histoire a un sens et nous allons d'un point x à un point z. Le plus curieux étant qu'il semble (mais là aussi, ce n'est que de l'intuition) que ce fameux « sens de l'Histoire » ne nous prépare pas à une « fin » heureuse, mais à une disparition prématurée de l'espèce humaine.

3.
« Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond »
(Baudelaire, « La Chevelure »)

Image (originale) de la toile bleue d'une tente pour signifier une chevelure, « pavillon de ténèbres tendues », écrit Baudelaire. Ce mot au sens de « tente » viendrait de l'ancien français « paveillun » et du latin « papillo » (« papillon »). Certaines tentes médiévales pouvaient être assez somptueuses, d'où l'analogie avec la beauté des ailes de papillon, nous asymptote Wikipédia. Évidemment, la rime qui me vient, c'est « saucisson ». « carillon » serait meilleur, mais je ne vois pas bien ce que la muse aux cheveux bleus ferait d'un carillon dans une tente.

Cheveux. Fasciné par les cheveux, Baudelaire ?
Bleus. Baudelaire eut une fois, dit-on, les cheveux verts.
Pavillon rime avec carillon, saucisson, canasson, cornichon et président Macron ; sinon, pouvez aller voir sur Wikipédia le rapport entre papillon et tente médiévale.
De politique j'écrirai moins ; elle nous détourne de l’important, qu’elle s'acharne à pourrir pour qu'on parle d'elle, pour que les parasites se rendent indispensables, défois qu’on enverrait promener leurs sourires faux et leurs réformes à n'en plus finir d'emmerder les Français.
Ténèbres. Il fait encore nuit. On voit les étoiles. On a dû nous piquer la tente pendant qu'on dormait (vieille blague, recyclée avec talent par Pascal Thomas dans une de ses adaptations d’Agatha Christie).
Tendues, les ténèbres (doivent boire trop de café).
Vous regardez les politiques à la télévision, et vous vous dites, quelle bande de… C’est pour ça que je ne les regarde pas. Je les écoute vaguement à la radio en mangeant des pâtes.
Me direz que la société s’compliquant tout l’temps, logique qu’on multiplie lois et réformes. J’entends ça depuis que ma mère l’entendait déjà que je n’étais même pas né ; ce qui s’arrange d’un côté se détériore de l’autre, et ça n’a pas l’air du tout d’aller aussi bien que les ministres le content.
« Rendez-vous aux Champs-Elysees / Leave Paris in the morning with the T.E.E / Trans-Europe Express / Trans-Europe Express /… » vous vous souvenez c’était Kraftwerk, les débuts de la musique électronique de consommation.
« L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! » qu’il écrivit l’autre hanté des hermétismes.
Du flan (c’est ça que j’ai mangé en dessert). Le
Ciel, je le vois pas. Volets baissés. Le ciel
« immense » écrit Baudelaire
Et qu’il soit immense ne prouve pas qu’il soit
« rond », lequel rime avec « il est l’heure : dormons. »

4.
N’ayant pas encore trouvé de trésor sous mon sabot
Faut qu’j’aille au boulot.
C’est pas qu’ça m’amuse d’aller au turbin,
Mais faut bien que j’gagne mon pain.
Y en a qui font de la politique
Certains s’y font pas mal de fric
Moi je garde mes deux bonnets : le guignol pédagogique
Pis çui de l’âne poétique.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2023.

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