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16 décembre 2022

UN MONSTRE DELICAT AH C'EST BIEN VRAI ÇA

UN MONSTRE DELICAT AH C'EST BIEN VRAI ÇA

Notes sur le poème « Au lecteur » de Baudelaire.

1.

Dans « Au Lecteur », qui ouvre le recueil « Les Fleurs du Mal », Baudelaire commence par dire ses quatre vérités à l'humain que nous sommes :

« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine. »

(Baudelaire, « Au Lecteur »)

Bien sots nous sommes. Bien dans la gourance. Le mal, et pas généreux. Tout ça à brouiller nos cervelles, à agiter nos corps comme on s'agite, pantins. Pis, nos sacs à remords, comme on les gonfle ! Ils en grouilleraient comme la « vermine » sur les « mendiants » ou la soldatesque russe sur le corps de l'Ukraine.

2.

Dans la deuxième strophe, entêtés nous sommes, ne nous repentant que contraints, et avec bien du temps et des ratiocinations. Pis tout « bourbeux des « chemins » (ah est-ce ainsi que les hommes vivent ? Pouah : dégoûtation!). Cupides, nous versons des larmes de crocodiles.

« Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

3.

Le narrateur baudelairien ne fait pas dans l'éloge de l'humain. Non. Ah non alors. Comparaison du « mal » avec un « oreiller » et évocation de « Satan » qu'il précise « Trismégiste », car il serait en fait Hermès, et même en fait Thot, et même en fait et si ça se trouve, « An Ancient Astronaut », vu que Trismégiste, il est plus Hermès, et donc plus Thot, que The Big Cornu.

« Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

4.

Serions-nous les fantoches à ficelles du Diable ? Eh bin, faut pas être dégoûté. On descend plus qu'on ne monte. Défois, quand on fréquente l'humain, trop humain, faudrait se boucher le nez. Napoléon, dit-on, en plus qu'il a quand même fait massacrer un tas de pauvres gens, avait peu d'hygiène. Ça n'empêche d'ailleurs ni son génie militaire, ni son talent de réformateur.

« C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

5.

Il est question ensuite d'une « antique catin », ce qui pousse à l'allitération macabre : L'antique catin, à cause d'une sclérose en plaques, décline, et comme l'antique catin est aussi alcoolique, elle décline d'autant plus vite. D'autres antiques catins ont des coliques néphrétiques ; d'autres collapsent en psychiatrie ; d'autres, hydropiques, hémiplégiques, paralytiques ; d'autres, confinées dans des appartements glacés, claquent seules et malodorantes.

Pis qui c'est-y qui s'tape un « plaisir clandestin » ? Et pour qui qu'elle est, la « vieille orange » ?

« Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange

Le sein martyrisé d'une antique catin,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

6.

Du démon dans nos têtes façon vers grouillants (les « helminthes ») et « la Mort dans nos poumons » (les méfaits du tabac ? de la pollution ?). Nous sommes victimes d'un « fleuve invisible » (ah tiens, revoilà le covid). « De sourdes plaintes » : celles des possédés ?

« Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,

Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

7.

Qu'tout ça ne finisse pas en guerre civile et en épouvante à massacres semble étonner le narrateur, c'est qu'en son 19ème siècle, il ne pouvait pas se douter des horreurs qui allaient agiter le siècle 20 ; le 21, avec Poutine et sa sale guerre en Ukraine, commençant itou de manière pas mal sanglante.

« Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,

N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie. »

(Baudelaire, "Au lecteur")

8.

Evocation d'un tas de bestiaux bruyants et féroces. Une vraie ménagerie de delirium tremens. C'est bête, nous ne sommes que des bêtes.

« Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,

Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,

les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices, »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

9.

Le narrateur annonce que le pire est dans la dernière strophe. Une arme de destruction massive. L'humanité tiendrait-elle au « bâillement » d'un dieu lassé ?

« Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,

Il ferait volontiers de la terre un débris

Et dans un bâillement avalerait le monde ; »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

10.

« L'Ennui » fume « son houka » (une « sorte de narguilé » nous renseigne une note) - l'Ennui est snob – et, tel un psychopathe ordinaire ou un citoyen contrarié, a des songes de sang. On croit qu'il pleure, mais en fait il s'en fout. Le lecteur est le frère « hypocrite » de l'auteur, mais, à mon avis, sa sœur bat le beurre. Un « monstre délicat » : voilà un oxymore qui s'applique à bien des intellectuels. Je me pose la question : Faut-il tellement s'ennuyer pour ouvrir un recueil de Baudelaire ?

« C'est l'Ennui ! - l’œil chargé d'un pleur involontaire,

Il rêve d'échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère ! »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

Patrice Houzeau

Malo, le 16 décembre 2022.

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15 décembre 2022

EN RENTRANT CHEZ SES FETICHES

EN RENTRANT CHEZ SES FETICHES

Notes sur le poème « Zone », de Guillaume Apollinaire.

1.

Le recueil « Alcools » (1913), de Guillaume Apollinaire commence par le grand poème « Zone ». Le narrateur avoue sa lassitude du « monde ancien », qu'il voit partout, y compris dans les « automobiles ». Le grand moderne serait le « Christianisme ».

Pour ce qui est du christianisme, il me semble aussi que le catholicisme, bien que les scandales de pédophilie y pullulent, a parfois de ces accents modernes que les autres religions n'ont pas.

A noter cependant ces deux vers qui indiquent une certaine prise de distance du narrateur apollinarien :

« Et toi que les fenêtres observent la honte te retient

D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin »

(Apollinaire, « Zone »)

Peut-être bien que la veille, il en avait pris une sévère, dis, l'Apollinaire.

2.

Le narrateur fait l'éloge de la littérature de rue (« prospectus catalogues affiches journaux », fascicules divers), puis évoque une « jolie rue », une « industrielle », avec « directeurs ouvriers et belles sténo-dactylographes ».

Apollinaire avait-il ce goût qu'avouait aussi Baudelaire pour les rues passantes ? Poésie de la ville en tout cas.

3.

La rue auquel il songe (et dont il a « oublié le nom ») en rappelle une autre, où il n'était « encore qu'un petit enfant ». Prières clandestines « dans la chapelle du collège ». Personnellement, je n'y crois guère et j'aurais préféré un Apollinaire version « Chiche-capon » des « Disparus de Saint-Agil », de Pierre Véry : une bande de gosses qui se réunissent la nuit dans la salle de sciences naturelles « où veille le squelette Martin » comme dit un résumé, ce qui m'enchante.

Prières clandestines donc et anaphore qui se termine par ceci, qui est plaisant :

« C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs

Il détient le record du monde pour la hauteur »

(Apollinaire, « Zone »)

Qui rappelle les réflexions de Blaise Cendrars sur les moines lévites dans « Le Lotissement du ciel ».

4.

Apollinaire est très bon quand il s'amuse avec les mots et les sons :

« Ils crient qu'il sait voler qu'on l'appelle voleur

Les anges voltigent autour du joli voltigeur »

Ce sont les « diables dans les abîmes » qui « lèvent la tête » pour regarder Jésus monte-en-l'air.

5.

L'évocation de l'ascension christique entraîne un cortège de noms d’oiseaux : hirondelles, corbeaux, faucons, hiboux, ibis, flamants, marabouts (d'ficelle), « l'oiseau Roc » (n'roll), aigle, colibri, pihis « longs et souples », colombe, oiseau-lyre, « paon ocellé », phénix, sirènes (j'ignorais qu'elles volassent).

6.

Le narrateur se décrit seul et angoissé. « comme le  feu de l'Enfer ton rire pétille ». Evocations de « flammes ferventes », de « Notre-Dame de Chartres » et du « Sacré-Cœur ». Ça flamboie sec : Est-ce pour cela que les femmes que le narrateur croise dans Paris sont « ensanglantées » ?

7.

Le narrateur dépayse sa lyre « au bord de la Méditerranée ». Les « poulpes des profondeurs » effrayent les spectateurs. Ayant la bougeotte, la strophe suivante évoque les « environs de Prague » et entre autres, « tavernes » et « chansons tchèques ».

Puis, ce sont Marseille et les pastèques.

Puis un hôtel à Coblence.

Puis Rome et un « néflier du Japon ».

Puis Amsterdam et Gouda (J'aime bien le gouda. D'une manière générale, j'aime les fromages. Ça me fait penser que je vais les passer sobres, ces fêtes de fin d'année 2022 : il semble quand même que la crise que nous connaissons depuis 1973 (eh oui) s'accélère et s'aggrave singulièrement : faut garder ses sous, moi je crois).

Puis Paris : case prison (l'affaire du vol de La Joconde).

8.

Tous ces voyages et péripéties mélancolisent le narrateur. Il s'apitoie sur lui-même (« à tous moments je voudrais sangloter ») puis s'apitoie sur les « pauvres émigrants » de la gare Saint-Lazare.

Puis, tout mélancolique, il prend un café dans un « bar crapuleux ».

9.

Parfois, le narrateur est dans un « grand restaurant ».

Parfois, il est avec une fille, « une pauvre fille au rire horrible ».

Parfois, il compare la nuit à une « belle Métive » (comprenez ici « métisse »).

Parfois, il évoque des prostituées.

Et comme il ne boit pas que du café, voilà « cet alcool brûlant comme ta vie » et l'occasion d'un chiasme :

« Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie »

(Apollinaire, « Zone »)

10.

Enfin, bien fatigué du tout ci tout ça dont il cause, il rentre chez ses fétiches qu'il compare à des « Christs d'une autre forme » (il n'a pas tort) et voit dans le soleil une tête tranchée (« Soleil cou coupé » : c'est célèbre et c'est beau).

Patrice Houzeau

Malo, le 15 décembre 2022.

26 novembre 2022

LA CULTURE EST DANS LE RASOIR

LA CULTURE EST DANS LE RASOIR

« Moi qui vous cause, j'ai bien souvent gambergé à ces problèmes tandis que vêtu d'un tutu je montre à des caves de votre espèce mes cuisses naturellement assez poilues il faut le dire mais professionnellement épilées. »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 11 [Gabriel])

1.

C'est parce que vous dites « moi qui vous cause » que vous êtes tout de même un autre.

2.

Ce n'est pas parce que vous avez « souvent gambergé à ces problèmes », que « ces problèmes » ont « gambergé » sur vous.

Les problèmes ne vous calculent pas, sauf s'ils ont une conscience susceptible de vous calculer.

Si en plus, ils portent le chapeau, vous pouvez toujours penser au tutu.

3.

L'oncle de Zazie a « souvent gambergé à ces problèmes ».

Peut-on dire que la fiction gamberge ?

Peut-on dire que la fiction gamberge et que nous n'y comprenons rien.

4.

Ce n'est pas parce que le Gabriel de Queneau est parfois « vêtu d'un tutu » qu'il n'a pas de vertu.

5.

Que le Gabriel de Queneau portât parfois un tutu (après tout, il peut mentir ; pour ma part, je n'ai jamais vu Gabriel en tutu, il est vrai que je ne fréquente guère Paris, qu'il fût de Queneau ou pas), cela ne l'empêche pas de « gamberger ».

Je note que dans « gamberger », il y a « gambe ».

Mais même si Gabriel ne portait pas de tutu, cela ne l'empêcherait ni de gamberger ni de se raser.

6.

C'est parce que le Gabriel de Queneau porte parfois un tutu, qu'il « montre à des caves de votre espèce [ses] cuisses naturellement assez poilues ».

Toutes les cuisses ne sont pas « naturellement assez poilues ».

Je n'ai pas mangé de poulet hier soir, mais j'aurais pu.

7.

Ce n'est pas parce que ses cuisses sont « naturellement assez poilues » que Gabriel porte un tutu.

Tous ceux qui portent un tutu n'ont pas les « cuisses naturellement assez poilues ».

Mettez un tutu à un abat-jour, celui ne lui fera pas les cuisses « naturellement assez poilues » pour autant.

J'ajoute que si l'on remplace « tous ceux » par « toutes celles », j'ajoute mentalement «  de cheval » mais ça ne se voit pas.

Seuls les initiés savent.

8.

C'est parce qu'il a des « cuisses naturellement assez poilues » que le Gabriel de Queneau dit qu'il faut « le dire ».

Cette franchise honore sa fiction.

Gabriel a raison : il faut le dire, car sans le dire, on resterait muet.

On serait tenu d'apprendre la langue des signes pour demander si la grève du métropolitain parisien est terminée ou pas.

On ne dirait plus de conneries qu'avec les mains.

Ce serait certes moins bruyant mais pas plus malin.

9.

C'est parce que le Gabriel de Queneau a des « cuisses naturellement assez poilues » qu'elles sont « professionnellement épilées ».

Sinon, il ne porterait pas de tutu.

Par contre, il pourrait porter un kilt.

Il pourrait alors jouer de la cornemuse et au lieu de grenadine, il boirait du whisky.

Pourtant, le fait de porter un tutu et d'avoir les cuisses « naturellement assez poilues » n'empêche ni de jouer de la cornemuse ni de boire du whisky.

Tout ça, c'est juste des conventions.

10.

En rappelant que ses « cuisses naturellement assez poilues » sont « professionnellement épilées », le Gabriel de Queneau sous-entend qu'il exerce correctement son métier.

Sinon, je pense que Raymond Queneau l'aurait congédié et l'oncle de Zazie eût été, je ne sais pas moi, peut-être un tonton en kilt, jouant de la cornemuse et que le roman eût été intitulé « Zazie in the subway », si j'ose m’exprimer ainsi.

11.

L'opposition entre les « cuisses naturellement assez poilues » et les cuisses « professionnellement épilées » du Gabriel de Queneau renvoie à l'opposition entre nature et culture et non pas à l'opposition entre kilt et tutu.

12.

Que le Gabriel de Queneau ait des « cuisses naturellement assez poilues » rappelle que le réel nous apparaît sous la forme d'un sensible parfois poilu et parfois glabre. La culture est dans le rasoir.

Patrice Houzeau

Malo, le 26 novembre 2022.

 

9 octobre 2022

CE QU'UN AUTRE ÂNE A DEJA DIT

CE QU'UN AUTRE ÂNE A DEJA DIT

1.

« Quelqu'un redit, Pire … O moqueur !

Echo lointaine est prompte à rendre son oracle ! »

(Paul Valéry, « Fragments du « Narcisse »)

 

Quelqu'un ah je ne sais qui

Redit ce qu'un autre âne a déjà dit pis qu'c'est

Pire pis qu'c'est pire pis qu'c'est pire alors.

 

O entendez comme le o se répète dans le mot

« Moqueur » qui suit ce o dans le vers de Valéry 

Echo elle wiederholte Echo (c'est une nymphe et pis

Lointaine parce qu'antique) n'empêche qu'on l'entend encore, celle qui gavait Héra d'histoires interminables pendant que Zeus allait courir la jeunette des eaux et forêts.

 

Est-ce que je vas dark zukunfter ce jour ?

Prompte est la galère à vous embarquer dedans

A vous panader dans la mistoufle à vous

Rendre tout blême avec s'te sensation qu'vous vous fantômez.

 

Son balai en main, Zut entreprit de faire déguerpir du jardin

Oracle qui s'en fut gronde-meauw, le poil hérissé et les yeux ronds.

2.

« - L'abbé divague. - Et toi, marquis,

Tu mets de travers ta perruque. »

(Verlaine, « Sur l'herbe »)

C'est-y-pas qui se s'raient boissonnés sévère, l'clérical là, et l'aut' noble ?

3.

« S'abattent parmi le feuillage jaune

De mon cœur mirant son tronc plié d'aune »

(Verlaine, « Le rossignol »)

Y en a i zont le cœur feuillu. En automne, doivent avoir un drôle de trafic dans leur circulation sanguine.

4.

« Les toupies tournaient ferme sous les fouets implacables. »

(Henri Michaux, « La marche dans le tunnel »)

Dans l'cosmos, si ça se trouve, les planètes, c'est jamais qu'des toupies, qu'un dieu qui a qu'ça à fiche de son éternité, fait tourner, pis en rythme, dis, à coups d'fouets tempétueux.

Les yeux mirouflant dans le lointain, je ravisos les

Toupies qu'elles sont les planètes pis qui

Tournaient, bal de têtes, pis

Ferme dans leur festinalenté cadencée, les planètes.

Sous mon front de rêvasseur, je m'demandos quels étaient

Les dieux qui ont qu'ça à fiche de leur éternité à faire des concours de

Fouets déclencheurs des foudres et tempêtes

Implacables comme des seigneurs en goguette.

5.

« Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées »

(Rimbaud, « Bal des pendus »)

Le temps que je me retourne, je n'étais plus que l'ombre de moi-même,

Corbeau, ris-tu, ris-tu, corbeau ? Le corbeau, i

Fait son talent de nettoyeur,

Panache noir qu'ça fait, cet envol de juges de bec.

A midi, je n'avais toujours pas retrouvé mes habits de peau, ni tous

Ces osses qui me servaient bien à faire les choses qu'on fait avec les vivants.

Têtes connues, vous ne me voyez plus. Les choses sont

Fêlées et m'emportent comme feuille dans le courant.

Patrice Houzeau

Malo, le 9 octobre 2022.

15 septembre 2022

CELA FAIT LONGTEMPS QUE LES AVENTURES NE FUMENT PLUS LA PIPE

CELA FAIT LONGTEMPS QUE LES AVENTURES NE FUMENT PLUS LA PIPE

1.

« La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette

De flèches et de tours à jour la silhouette

D'une ville gothique éteinte au lointain gris. »

(Verlaine, « Effet de nuit »)

 

La nuit parfois, sur les toits palpite la pluie.

Le blafard est tout farfouillé que déchiquette

« De flèches et de tours à jour la silhouette »

(Avez-vous remarqué s'te chouette assonance

« Ou » dans « de tours à jour la silhouette » qu'il

A écrit le Verlaine évoquant une ville

Esquissée dans le gris Ah quel tabac dit Zut

Pis gothique et spectrale, et loin, très loin, très très loin.

2.

Chérissez-vous les chansons de William Sheller, ou vous chagrinent-elles ?

Chérissez-vous vos châteaux en Espagne ? Êtes-vous de « la faculté des songes » ?

Chérissez-vous Chéri-Bibi, ou peu vous chaut Chéri-Bibi, songes et châteaux, Espagne, William Sheller ? Préférez-vous les chats sauvages ?

3.

Au nom de l'inévitable et de l'utile, l'humain étant voué à forger son propre enfer, vous verrez que le surnombre finira par fustiger et censurer définitif fables, féeries, fantaisies, fatrasies et fantasmes, drolatiques figures et filles de papier.

4.

Quand bien même laisseriez-vous batifoler votre esprit dans le bizarre en écoutant les Beatles, n'oubliez pas que les bonbons bigarrés, façon bêtises de Cambrai, ne se balbutient pas.

5.

L’expression « l'ombre du concombre », fût-il masqué, a quelque chose, quand on y songe, d'obscène.

6.

La pluie n'aboie pas.

Si la pluie aboyait, elle serait un chien.

Un chien mouillé.

Il tomberait donc des draches de chiens mouillés.

Et pourquoi pas des chats, tant qu'on y est.

7.

« Ce faquin d'Arlequin combine

L'enlèvement de Colombine

Et pirouette quatre fois. »

(Verlaine, « Pantomime »)

Il est rare qu'une pirouette traînât une brouette avec du tabac dedans (comme on voyait jadis sur les paquets de « Tabac du Broutteux »).

Si les pirouettes pouvaient porter la brouette, pourraient-elles tirer la charrette au chevalier, et afin que cherre la chevillette, tirer la bobinette ?

8.

« La lune est rouge au brumeux horizon »

(Verlaine, « L'heure du berger »)

La Lune ne fait pas de politique.

Si elle versait dans l'idéologique et le dogmatique à la Mélenchon, la Lune, elle pourrait se faire un peu assassiner, qu'elle ferait alors la une des journaux et des lucarnes à sottises, la Lune.

Non, la Lune ne fait pas de politique.

Elle ne fait pas de crêpes non plus.

Parfois, on croit qu'elle fait la gueule.

Mais ça, c'est dans votre tête.

9.

J'aimerais assez que Poutine se patraquât, s'détraquât assez pour disparaître à tout jamais.

10.

J'entends ce 15 septembre 2022 sur France Culture dénoncer les abus sectaires du bouddhisme tibétain, notamment dans ses ramifications occidentales et me souviens qu'il y a quelques années déjà le très lucide Orlando de Rudder dénonçait ces mêmes abus.

11.

« Paradoxalement sa fatigue devenait une force, car elle l'obligeait à se concentrer sur les détails de l'aventure et lui cachait le fond et la fin. »

(Borges, « Emma Zunz »)

Cela fait longtemps que les aventures ne fument plus la pipe.

Dans le temps oui, on pouvait croiser dans les rues quelque commissaire de police, placide et taciturne, la pipe au visage.

Ou encore quelque pirate à bandeau noir et perroquet vert, voire une jambe de bois.

Mais ça, c'est du passé. Les aventures ne fument plus la pipe. Et elles boivent de moins en moins de rhum et de bière.

Vous remarquerez que les aventures n'en font pas plus de crêpes pour autant, et alors que vous les croisez dans l'escalier, les aventures ne vous scrutent pas de leur regard lointain. D'ailleurs, elles portent des lunettes fumées et n'ont plus ni forme, ni fond.

12.

« Ainsi, tout au long d'interminables crépuscules je rêvais et j'attendais ; j'attendais je ne sais quoi. »

(H.P. Lovecraft, « Je suis d'ailleurs »)

Quand les crépuscules sont interminables, c'est qu'ils s'attardent en chemin.

On raconte que jadis des bandes de crépuscules circulaient entre les chiens et les loups, s'attaquant aux fermes isolées, y écorchant ses habitants afin qu'ils révélassent les cachettes de leur argent.

C'étaient au temps des assassins.

Aujourd'hui, on peut voir bon nombre de crépuscules s'étaler sur des toiles et des photos. On dirait des œufs sur le plat striés de lard, ou encore des œufs brouillés masquant quelque girafe fantôme.

Je n'ai pas en ma possession le fameux dictionnaire de la langue des Crépuscules, auquel Lovecraft fait allusion dans un conte qu'il n'a pas écrit.

Je le regrette. J'aime les curiosités.

Patrice Houzeau

Malo, le 15 septembre 2022.

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3 septembre 2022

TANDIS QUE PLEURE LE TELEPHONE

TANDIS QUE PLEURE LE TELEPHONE

1.

Peut-on se demander avec Joachim du Bellay, « Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ? » sans avoir préalablement vidé quelques chopes, ou alors sans être, avec l'âge et les soupières, devenu aussi lucide qu'un fiancé rentrant chez lui à l'improviste, qu'une fiancée rentrant chez elle à l'improviste, qu'un cambrioleur rentrant chez lui à l'improviste, qu'un qui va à la chasse perd sa place rentrant chez lui en automobile ?

2.

Peut-on se demander, avec Joachim du Bellay hein, « Où est ce cœur vainqueur de toute adversité » sans considérer que depuis le temps qu'on est rentré dans l'Histoire de la littérature et le Royaume des Ombres, de « cœur vainqueur », y en a plus, que des osses qu'il reste, des osses...

3.

Peut-on se demander, avec Joachim du Bellay et la concierge trop tôt disparue de par la traîtrise d'un escalier dérobé, où qu'il est donc encore passé Kiki, le toutou taquin de Cathy la crémière et « Cet honnête désir de l'immortalité », où qu'il est passé car à quoi qu'ça vous sert, l'immortalité, rapport à s'que quand on est mort, comme dit le poète, c'est pour longtemps...

4.

Peut-on se demander, avec Joachim du Bellay et le piano de Michel Camilo que j'écoute volontiers car j'aime bien, « Et cette honnête flamme au peuple non commune », où a-t-elle disparue, oh dis, l'aurait-on mangée avec une boîte de sardines à l'huile d'olive ?

5.

Peut-on se demander, avec Joachim du Bellay et la girafe enflammée qui s'enfuit du tableau, « Où sont ces doux plaisirs qu'au soir sous la nuit brune / Les Muses me donnaient » car les Muses ne donnent que sous la nuit brune, sinon, pour les gaufres, vous repasserez.

6.

Quant à Zut, elle ne se le demande pas, mais elle pourrait, qui sont ces créatures « alors qu'en liberté / Dessus le vert tapis d'un rivage écarté / Je [les] menais danser aux rayons de la Lune » et si je pensais être possédé par le spectre de Joachim du Bellay.

7.

Quant à Zut, elle ne le constate pas, mais elle le pourrait, si son sandwich au pâté lui en laissait le temps, que « Maintenant la Fortune est maîtresse de moi », comme l'a dit Joachim du Bellay un jour où il pleuvait comme Rose pleure et qu'il estoit sorti sans mantel.

8.

Quant à Zut, elle ne le remarque pas, mais elle le pourrait, si la flûte à bec de Zut laissait Zut supputer, supposer, conjecturer, plutôt que la flûte à bec de Zut use et abuse de la patience de Zut par ses tureli-turelures ululantes, exubérantes, que « mon cœur qui soulait être maître de soi, » comme je suppose que le palpitant de Joachim du Bellay « soulait être maître de soi », n'était pas plus sûr de soi qu'une ombre constatant soudain qu'elle ne correspond à plus rien de vivant sur cette terre.

9.

D'ailleurs, Zut sait parfaitement qu'elle se tape un sandwich au pâté qui aurait pu être bien meilleur si « serf de mille maux et regrets qui m'ennuient », le spectre de Joachim du Bellay n'avait pas oublié les cornichons, la moutarde et le vin d'Anjou.

10.

D'ailleurs, Zut sait parfaitement que de même que Joachim du Bellay, « De la postérité je n'ai plus de souci », et me demande pourquoi pas Evans, pourquoi les saxophones, pourquoi le boudin et pourquoi pleurent les téléphones, le soir, dans les grandes demeures où il n'y a plus personne.

11.

D'ailleurs, Zut sait parfaitement que, de même que Joachim du Bellay, « Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi, » et me demande pourquoi le sang, le vent, le temps, pourquoi les Russes tuent-ils des Ukrainiens, pourquoi Poutine.

12.

D'ailleurs, Zut sait parfaitement, que, ce soir comme tous les soirs, dans la grande maison où il n'y a plus personne, pendant que pleurera le téléphone, le fantôme de Joachim du Bellay regardera par la fenêtre « les Muses de moi, comme étranges », s'enfuir.

13.

« Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on me reconnaît », dit-il aussi sûrement que quand on crache en l'air, on se mouche. Ce qui n'est pas sans rapport avec le polyèdre convexe, et faudrait pas froisser ainsi les susceptibilités géométriques.

14.

Les téléphones ne pleurent pas de larmes de crocodile. Sinon, dans les marais, on pourrait être attaqué par des coups de fil intempestifs. Quant aux histoires de combat à mains nues avec des téléphones féroces, j'ai de sérieux doutes sur leur véracité.

Patrice Houzeau

Malo, le 3 septembre 2022.

27 août 2022

AURIONS-NOUS DE NEBULEUX ADVERSAIRES ?

AURIONS-NOUS DE NEBULEUX ADVERSAIRES ?

1.

« Je ne suis plus moi-même quand vous êtes là », l'informa son nébuleux adversaire. »

(Philip K. Dick traduit par Alain Dorémieux, « Ubik »)

2.

27/08/2022. Le « Canard enchaîné » soupçonné d'emploi fictif ? C'est l'Canard épinglé, ou bien ? Pan sur le coin-coin ? Après, faut voir si c'est vrai, pis le pourquoi du comment du koikisapassé, et à vrai dire, je m'en tape, même que bientôt, on n'aura plus les moyens d'acheter des journaux.

3.

Jean-Antoine Roucher (1745-1794) n'a pas écrit dans son poème didactique en douze chants « Les Mois » que « Le cadavre exquis boira le vin nouveau » et il n'a pas assisté au concert des Beatles à l'Hollywood Bowl le 23 août 1964.

Jean-Antoine Roucher (1745-1794) n'était donc pas un surréaliste et on ne sait pas pourquoi il n'a pas assisté au concert des Beatles à l'Hollywood Bowl du 23 août 1964. L'hypothèse la plus vraisemblable est qu'il était mort, et qu'il n'aimait peut-être pas beaucoup les Beatles.

Jean-Antoine Roucher (1745-1794) a indiqué dans son poème didactique en douze chants « Les Mois » que :

« Grossis par le torrent des neiges écoulées,

 Les fleuves vagabonds roulent dans les vallées »

Ce qui est très certainement vrai, bien que vaguement je m'en cogne.

4.

Ceux qui s'imaginent que « Le Héron au long bec emmanché d'un long cou » n'a que ça à faire, eh bien, ils se trompent. Du reste, Jean de la Fontaine (1621-1695) n'avait pas la télévision. Il n'a donc pas pu entendre les discours de Medvedev, la marionnette à Poutine.

5.

Cette pensée, qui me faisait frémir, dressait mes yeux comme s'ils étaient de petits animaux de cirque. Hop ! Leur disait-elle, sautez donc, les mirettes, à travers le cercle de cette raison !

6.

Quand un fauteuil invite une chaise chez lui, il ne peut pas lui dire : « Je vous en prie, asseyez-vous ». Et, bien qu'il ait des bras, il ne peut même pas lui servir un verre, ou une tasse de thé. Les chaises reviennent rarement.

7.

On ne peut pas toujours se fier aux miroirs. Ils ne disent pas toujours la vérité. Parfois, ils se mentent à vous-même.

8.

L'eau, d'un gris de cheval bleu, à longues flaques tristes, ressemblait à une purée de pommes de terre que j'espère qu'on y a mis du fromage râpé dedans, et que l'on sert avec un steak haché et de la sauce que l'on verse dessus. En outre, l'eau n'aboya pas, n'étant pas un chien.

9.

Un instant, la peau sembla tout à fait claire et lisse ; mais, le soir, de nouveau, elle reprit la route, se plia, se déplia, se replia, se multiplia, s'ananassa, par amour des assonances et des abracadabras.

10.

Il est rare qu'une chaise se mette à meugler dans un pré.

11.

Ce n'est pas une chaise qui figure sur la pochette du célèbre album de rock progressif « Atom Heart Mother ». Ce n'est pas non plus une chaise qui fut, le 21 juillet 1969, la première à poser le pied sur la Lune en déclarant : « Je ne fais que passer, je ne reste pas ».

12.

Aurions-nous de nébuleux adversaires ? se dit Zut considérant le nombre important de complotismes grouillant sur les réseaux sociaux, dans les rues, les magasins, les cafés, les places, les feuilles de chou, rappelant que bien des horreurs furent dites avant d'être faites.

Patrice Houzeau

Malo, le 27 août 2022.

27 août 2022

IL NE FAUT JAMAIS SORTIR SANS SON !

IL NE FAUT JAMAIS SORTIR SANS SON !

 

1.

« Elle était déchaussée, elle était décoiffée,

Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ; »

(Victor Hugo)

La fille, qu'évoque Hugo, elle « était déchaussée, elle était décoiffée ».

Nous savons donc qu'elle avait « les pieds nus » (ce que le poète précise, défois qu'on n'aurait pas compris, défois qu'il aurait évoqué quelque dent).

Nous apprenons en outre que cette personne n'est pas la Cantatrice chauve. Quant aux « joncs penchants », on ne saura jamais ce qu'ils cherchaient.

Une personne qui a les pieds nus et qui n'est pas la Cantatrice chauve peut être n'importe qui. Et ça, quand j'y songe, je m'en moque.

2.

Je lis sur Internet que Poutine vient de signer un décret pour « agrandir l'armée russe ».

Cela prouve une bonne fois pour toutes que Poutine est encore en capacité de signer de son nom, et, de plus, qu'il a encore au moins une main.

Il faut faire taire les rumeurs concernant la santé du Président Poutine.

Il va très bien et il grandit de jour en jour.

Et c'est pour ça qu'il lui faut une armée plus grande, parce qu'à force de grandir, Poutine devient plus grand que le Kremlin, plus grand que Moscou, plus grand que la Russie, plus grand que l'Eurasie, plus grand que le Monde, plus grand que l'Univers.

Poutine est infiniment grand. C'est même pour ça qu'on ne sait plus où le mettre.

Mais on s'active à trouver des solutions, comme dit Jo le bûcheron.

3.

« Mais, d'après ce que tu m'écris, on ne me reproche pas seulement d'être mordant, on me reproche encore d'être impie. »

(Lettre d'Erasme à Dorpius)

Erasme voit bien qu'on lui reproche d'être mordant.

Ah ça, il en avait dans la mâchoire, Erasme, et comme en plus, on disoit en maint endroit qu'il estoit impie comme une voleuse, je ne vous dis pas ce qu'il pouvait bouffer.

4.

« L'été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit. »

(René Char, « Le martinet »)

Le poète évoque ici « l'été de la longue clarté », qui serait un titre possible pour un film dont je ne sais pas ce qu'il raconterait car je ne suis pas scénariste.

On sait au moins que le personnage « filera dans les ténèbres ». C'est donc tout un mystère, s''t'homme-là.

Et comme ce sera par « les persiennes de minuit » qu'il « filera dans les ténèbres », je pense que le personnage doit être une entité souple des confins cosmiques, du genre à se glisser partout et à serpenter dans le réel comme une saucisse dans la choucroute, quoique l'image de la saucisse qui serpente est assez rare, je vous l'accorde et on s'en moque.

5.

On écrit le substantif « tort » avec un « t », et non avec un « d », sinon on ne dirait pas « et le tort tue », mais « le tordu », qu'on se demanderait de quel tordu qu'on cause, et donc on ne s'en sortirait plus.

6.

« Je ne pouvais moi-même en détourner mes regards et m'empêcher de suivre l'aiguille, qui marchait vers minuit à pas imperceptibles. »

(Théophile Gautier, « La cafetière »)

J'avais beau les sermonner, mes regards ne pouvaient s'en détourner.

Allons, leur dis-je, n'avez-vous point autre chose à reluquer ?

Il est vrai qu'il n'y avait dans la pièce ni jolie fille aux yeux verts, ni habile illusionniste faisant sortir de son chapeau quelque nouvelle réforme de l'éducation nationale fort propre à ébahir le nigaud et à faire sourciller le syndicat.

J'appelais Blanquer mais mon âne ne vint pas.

Comme il était question d'aiguille, je pensais au mot « anguille », laquelle, marchait vers minuit.

Cette aiguille qui était une anguille était en fait un lézard.

Vous voyez bien que vous vous faites berluer, dis-je à mes regards, lesquels, sans même se tourner vers moi, continuaient à fixer le mot qui me manque et qui, inéluctablement, allait vers minuit comme on va à un rendez-vous dont on sait qu'on ne reviendra pas.

7.

« Elle portait un manteau de soie d'araignée passé de mode qui la faisait ressembler à une chenille enroulée dans un cocon qu'elle n'a pas filé elle-même ; elle avait l'air d'y être enveloppée. »

(Philip K. Dick traduit par Alain Dorémieux, « Ubik »)

Il y a déjà dans cette phrase une araignée et une chenille, comment voulez-vous que j'y fasse rentrer un rhinocéros ?, fit Zut à son éditeur.

Je ne vous demande pas d'y faire rentrer un rhinocéros, puisque je n’existe pas, ne lui répondit-il pas.

Que me dites-vous là !, s’exclama Zut qui n'avait pas oublié son point d’exclamation (Il ne faut jamais sortir sans son point d’exclamation, défois, on est surpris).

Mais dans ce cas, ajouta Zut, puisqu'il est question de « manteau de soie » et « de cocon », à défaut de rhinocéros, on pourrait y placer quelque écharpe évanescente dans l'air parfumé d'un soir de villégiature lointaine.

Faites donc, fit l'araignée dévorant sa proie.

Patrice Houzeau

Malo, le 27 août 2022.

11 août 2022

TAIS TOI THESEE

TAIS-TOI THESEE

 

1.

Qu'est-ce que je fiche dans ce labyrinthe ? Ô Thésée, cesse donc cette plainte, Thésée, tais-toi, et sers-toi du fil d'Ariane si tu veux sortir de ce labyrinthe, Ô Thésée, tais-toi, tu n'es qu'un âne.

2.

« Quand je conçois un impératif hypothétique en général, je ne sais pas d'avance ce qu'il contiendra, jusqu'à ce que la condition me soit donnée. Mais si c'est un impératif catégorique que je conçois, je sais aussitôt ce qu'il contient. »

(Kant traduit par Victor Delbos, « Fondements de la métaphysique des moeurs »)

Défois qu'on s'en figure dans l'impératif, qu'on conditionne d'l'hypothétique, allez savoir s'qu'il y a dedans, on conjecture, on se dit « faudrait que, nous devrions, il serait normal, tout naturel que »... Le catégorique, lui, joue pas de violon, il se pose là, et vous intime.

L'homme des abstractions, contemplant l'archipel des équations, se dit que c'est avec les œufs de la poule des hypothèses que l'on entrevoit des omelettes fabuleuses. Quant aux œufs de la poule catégorique, ça fait longtemps que le renard les a volés.

3.

Trouvaille : le mot-valise « trollabos » aura été utilisé pendant la guerre russo-ukrainienne pour désigner les utilisateurs poutinophiles des réseaux sociaux, souvent outrecuidants et souvent mensongers (les trolls) et assimilés aux collaborateurs pro-nazis de la Seconde guerre mondiale.

4.

« Il est une maxime universellement admise : « Ce que tu n'as pas, fais semblant de l'avoir » ; d'où l'on tire, pour les enfants, le vers que voici : « La plus grande sagesse est de paraître fou. »

(Erasme traduit par Pierre de Nolhac, « Eloge de la Folie »)

« Ce que tu n'as pas, fais semblant de l'avoir », ainsi font les dictateurs qui se targuent d'avoir l'assentiment de leur peuple par des élections truquées, une information censurée et l'illusion de la prospérité. Quant à « paraître fou », certains y réussissent très bien qui envahissent leur voisin. #Poutine

5.

« Ainsi la valeur morale de l'action ne réside pas dans l'effet qu'on en attend, ni non plus dans quelque principe de l'action qui a besoin d'emprunter son mobile à cet effet attendu. »

(Kant traduit par Victor Delbos, « Fondements de la métaphysique des mœurs »)

L'invasion d'un pays pour protéger une minorité qui nous est favorable est-elle morale ? Poutine a-t-il été mal renseigné ? A-t-il vraiment cru que l'ensemble des Ukrainiens souhaitait le retour de la tutelle russe ? Pense-t-il maintenant faire le bien des Ukrainiens malgré eux ?

6.

« L'esprit de l'homme est ainsi fait qu'on le prend beaucoup mieux par le mensonge que par la vérité. »

(Erasme traduit par Pierre de Nolhac, « Eloge de la folie »)

« par le mensonge plutôt que par la vérité »... l'ont parfaitement pigé, les complotistes pro-Poutine qui vous fabriquent le mauvais cinéma d'une Ukraine nazie, bourrée à contaminer le monde de laboratoires secrets et de barbouzes atlantistes, satanistes, voire pédocriminelles...

7.

« Les hommes en tirent conclusion que la Bibliothèque n'est pas infinie ; si elle l'était réellement, à quoi bon cette duplication illusoire ? »

(Borges, « La bibliothèque de Babel »)

Ce n'est pas le labyrinthe qui préexiste aux livres, ce sont les livres qui nourrissent et multiplient les impasses et les portes du labyrinthe. L'humain se fait labyrinthe. C'est sa condition. En dehors du labyrinthe, il n'est rien qu'un animé parmi une multitude d'animés.

8.

Ne me liant d'amitié avec personne, je reste le plus fidèle de mes serviteurs.

9.

« Je craignais de découvrir que derrière la façade, il n'y avait plus rien que des herbes hautes et des pans de murs écroulés. »

(Patrick Modiano, « Rue des Boutiques Obscures » [le narrateur])

L’expérience nous rend-t-elle plus lucides ? Nous pousse-t-elle à nous attendre à la perte ?

10.

Que l'on puisse utiliser « L'Etranger » de Camus comme un texte contre la peine de mort me consterne. Je suis d'accord : le réel en soi est radicalement étranger à l'humain et l'humain est radicalement étranger à lui-même. Oui, nous le savons, c'est là notre condition. Et alors ? Que faire d'une mauvaise bête (un assassin d'enfants, un tueur en série), sinon s'en débarrasser ?

 

Patrice Houzeau

Malo, le 11 août 2022.

 

29 juillet 2022

VOL CRIARD

VOL CRIARD

1.
« Nous nous emballâmes ainsi pour de pitoyables bohèmes qui tenaient boutique dans un vague cabaret au nom moyenâgeux. »
(Michel Leiris, « L’Age d’homme » [le narrateur])

Passé simple et passé futile.

2.
« Comme un vol criard d’oiseaux en émoi,
Tous mes souvenirs s’abattent sur moi, »
(Verlaine, « Le Rossignol »

D’la plume plein la figure (de style).

3.
« Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts. »
(Verlaine, « Dans les bois »)

Remplacez « forêts » par « cités » et vous aurez une petite idée de la paranoïa, ou urgence lucide, qui s’empare des habitants de notre siècle surpeuplé.

4.
« - A quelle heure est-elle allée chercher de l’aspirine chez Mrs Hubbard ? »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Le Crime de l’Orient-Express » [Hercule Poirot, je présume])

Moi, j’en sais rien de l’heure qu’elle est « allée chercher de l’aspirine chez Mrs Hubbard. Zut non plus d’ailleurs, n’est-ce pas Zut ?

5.
- « Je n’y comprends plus rien. Tout s’embrouille ! »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, »Le Crime de l’Orient-Express » [Poirot])

Tout dans la tête, mais dans le désordre.

6.
« J’ai depuis un an le printemps dans l’âme »
(Verlaine, « La bonne chanson », XXI)

Floréal éternel ? Tu parles, Charles, et tu charries grave.

7.
« Un grand feutre à longue plume
Ombrait son œil qui s’allume
Et s’éteint. Tel, dans la brume,
Eclate et meurt l’éclair bleu
              D’une arme à feu. »
(Verlaine, « Cauchemar »)

Cyrano ? Mousquetaire ? Spadassin ? Quelque cousin clownesque de carnaval ?

8.
« Par saint Gille,
Viens nous en,
Mon agile
Alezan ! »
(Victor Hugo, « Le pas d’armes du roi Jean »)

Agile, effectivement. Souple comme un vers de Hugo, oui, ça pourrait se dire, parfois.

9.
« Enfin, elle se mit à rire et déclara avec un haussement d’épaules : »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Mort dans les nuages »)

Je ne sais pas ce qu’elle déclara mais le fait qu’elle « se mit à rire » suffit à mon tout petit bonheur.

10.
« Un orage éclata peu après que le bateau eut quitté Douvres, orage sec assez impressionnant, avec de longs roulements de tonnerre et une succession presque ininterrompue d’éclairs, sur tous les points de l’horizon. »
(Michel Leiris, « L’Age d’homme » [Le narrateur])

Batterie, timbales, ramdam fracas.

11.
« Courtisane au sein dur, à l’œil opaque et brun
S’ouvrant avec lenteur comme celui d’un bœuf »
(Verlaine, « Un dahlia »)

Lucide, lucide et vipérin, évidemment.

12.
« Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense. »
(Verlaine)

Je songe parfois que ce vers célèbre de Verlaine m’a tout l’air d’une phrase codée, du genre qui rappelle le presbytère à Rouletabille.

13.
« Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville »
(Verlaine)

Baba au rhum. Pâte mouillée, âme spongieuse.

14.
« De près, de loin, le Sage aura sa thébaïde »
(Verlaine, « Sagesse », III, XVI)

Thébaïde : lieu pas très fréquenté, voire sans personne d’autre dedans qu’un être qui médite, prie, compte les étoiles ou s’ennuie à cent sous l’heure en attendant Godot.

15.
« parce que tous les détails accessoires en sont rejetés et qu’il ne reste plus que l’essence même du mythe. »
(Michel Leiris « L’Age d’homme », à propos des éditions destinées à la jeunesse des Romans de la Table Ronde)

A l’os, le mythe. Dégraissé, sec, nerveux, essentiel.

Patrice Houzeau
Malo, le 29 juillet 2022.

1 mai 2022

LOIN ME DIT LE GONG LOIN

LOIN ME DIT LE GONG LOIN

1.

« Comme je descendais des Fleuves impassibles »

(Rimbaud)

 

Comme je descendais comme je

Descendais des

Fleuves descendais des Fleuves

Impassibles comme je descendais des escaliers descendais des whiskies descendais des quidams comme je descendais des jeux et des songes descendais des sphinx et des lèvres descendais des pierres et des frondes

ils prirent la porte et s'en allèrent.

2.

« A quelque fête de nuit dans une cité du Nord j'ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres. »

(Rimbaud, « Vies, III »)

 

A son invitation il n'aurait pas dû répondre

Quelque fût la sympathie témoignée cette

Fête fut fort fêlée fêlée façon folle cafetière fée fumeuse

De son masque il ne lui reste que la

Nuit Son masque de soleil et de lion le Temps l'a lacéré

Dans une ruelle une rue une avenue dans

Une impasse le Temps l'a lacéré Dans quelque

Cité – je ne sais plus laquelle – le Temps l'a lacéré

Du temps je n'en ai plus murmure-t-il dans le vent et de

Nord non plus ma seule étoile est morte et mon sablier est épuisé

J'ai autant d’existence que mon ombre Ah je l'ai

Rencontré trop souvent le Temps qui lacère et

Toutes les fois qu'il a pu il ne s'est pas gêné C'est qu'avec

Les griffes qu'il a le Temps, il fait régner l'Ordre des choses des

Femmes des enfants des vieillards et

Des hommes à masque de soleil et de lion Les dieux des

Anciens le Temps les a lacérés itou tous par Toutatis les

Peintres le savent bien.

3.

Lu « Margot in Badtown », de Charyn et Frezzato (Comics USA, 1991). Le scénario de Charyn n'est pas aussi poussé que ses magnifiques « La Femme du Magicien » et « Bouche du Diable » réalisés avec François Boucq, mais la virtuosité du dessin de Frezzato épate.

A y songer, c'est le libéralisme qui serait le sujet de « Margot in Badtown », le libéralisme sauvage (violence et corruption) mais aussi celui de la forte personnalité, de l'individu pas plus mauvais qu'un autre et capable d'empathie et de solidarité...

IVAN ARBUS : « Tu as le cœur trop sensible. La moitié de ces foutus locataires, tu leur laisses garder leur appart ! »

MARGOT : « Je vais pas jeter des pauvres familles à la rue. L'hiver est trop proche pour faire ça. »

(Charyn et Frezzato, « Margot in Badtown »)

4.

« Loin des senteurs de viande et d'étoffes moisies »

(Rimbaud)

 

Loin me dit le gong loin tu dois partir loin Loin

Des arupaches errants et des vaguloches troubles des

Senteurs de viande abattue

De viande crue de

Viande saoule Loin me dit le gong loin

Et pourtant ombre prise

D'étoffes que plus personne ne voit parmi les ombres

Moisies et les os rongés je reste comme si j'étais chez moi.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 1er mai 2022.

23 avril 2022

POUTINE SE TROMPE TRAGIQUEMENT

POUTINE SE TROMPE TRAGIQUEMENT

1.

L'Occident se rendant compte que le monde est désormais menacé par un mafieux qui dispose d'un puissant arsenal nucléaire, il agit en conséquence et tente de limiter son influence et d'enrayer son action. Soutenir l'Ukraine est une nécessité.

2.

Le monde menacé par un mafieux disposant d'un puissant arsenal nucléaire : on dirait le début du scénario d'un James Bond... hélas, ce n'est pas un film, mais la sanglante réalité de la destruction de l'Ukraine par l'armée russe.

3.

21 avril 2022. Jacques Perrin nous a quittés. Dans ma cinémathèque idéale, il est, pour moi comme pour beaucoup de gens, le formidable interprète du lieutenant de vaisseau Willsdorff, du « Crabe-tambour », l’extraordinaire film de Pierre Schoendoerffer (1977).

4.

La « Victoire » de Poutine à Marioupol, c'est quoi ? D'avoir fait d'une grande ville un tas de ruines ? D'avoir perdu beaucoup de temps, d'hommes, de matériel, d'argent ? d'avoir tué beaucoup d'Ukrainiens? De s'être mis au ban des nations et de laisser son économie s'effondrer ?

5.

Le site de Business Standard relaie l'information selon laquelle le chinois Union Pay aurait suspendu ses négociations avec la banque russe Sberbank. Autrement dit, les Russes pensaient trouver facilement une alternative à Mastercard et Visa, eh bin non.

6.

Je ne sais pas si comme le dit Charles Gave, « nos monnaies vont s'effondrer », mais je sais qu'à la Bourse de Moscou, les indices s'enfoncent tous les jours toujours un peu plus et que le rouble reste, et restera, une monnaie faible face à l'euro et au dollar.

7.

Qu'Emmanuel Macron annonce la livraison de canons Caesar et de missiles Milan à l'Ukraine et le choeur tragico-crapaud des collabos pro-Poutine de crier au feu et à la Troisième Guerre Mondiale. Eh bien quoi, pensent-ils que Poutine va user de son arsenal nucléaire au risque d'être lui-même frappé violemment, mortellement, l'instant d'après ? Et comme je ne pense pas que l'armée russe puisse tenir très longtemps face à une coalition de l'OTAN et de ses alliés, sans doute Poutine tentera-t-il d'annexer le Donbass et pour l'instant, s'en tiendra là. Pour l'instant...

8.

Après l'annonce par le président Macron de la livraison de canons Caesar er de missiles Milan à l'Ukraine, je pressens que les relations entre Macron et Poutine vont se refroidir encore un peu plus. Je me demande même si les deux hommes se parlent encore... J'ai un doute.

9.

Paraît que Blanquer, si Macron est réélu, souhaiterait rempiler et rester au ministère de l'Education nationale. Il n'a pas envie que son successeur constate les dégâts, ou quoi ?

10.

Paraît que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Gutteres, serait reçu la semaine prochaine par le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov puis par Poutine himself. C'est ce que qu'aurait déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Si cela s'avère exact, quels seront les enjeux de cet entretien ? Poutine envisage-t-il des négociations ? Poutine cherche-t-il à sonder les intentions de l'ONU ? Poutine fera-t-il planer la menace d'un conflit mondial ? A-t-il un message à faire passer ?

11.

Des rumeurs courent sur une éventuelle maladie de Poutine. On évoque Parkinson, le cancer de la thyroïde... Certains avancent l'hypothèse d'une ruse de Poutine lui-même, faire croire qu'il n'en a plus pour longtemps et ainsi désamorcer un éventuel coup d'Etat. Mystère...

12.

Poutine n'est pas Hitler. Mais il faut tenir avec le mafieux russe le même raisonnement qu'avec le dictateur allemand : si on le laisse agir à sa guise en Ukraine, il considérera que l'occident est faible et tentera d'avancer toujours plus vers l'Ouest. Il faut donc le stopper.

Je me demande même si Poutine ne tient pas le raisonnement suivant : « L'Occident est si laxiste et décadent qu'il suffira que j'agite la menace nucléaire pour que chacun rentre dans son poulailler national et se contente de condamner verbalement ». Poutine se trompe. Tragiquement.

Patrice Houzeau

Malo, le 23 avril 2022.

21 avril 2022

EN PARCOURANT RÊVEUR LE PIANO SAUVAGE DE FRED

EN PARCOURANT RÊVEUR LE PIANO SAUVAGE DE FRED

1.

Ceux qui affirment que l'univers est un éléphant se trompent d'éléphant..

Cette remarque n'a rien à voir avec l'album « Le Piano sauvage » du dessinateur Fred.

2.

Dans « Le Piano sauvage », de Fred, dans un des nombreux couloirs du palace labyrinthe, Philémon et Monsieur Barthélémy manquent de se faire écraser par un très long tapis roulant rouge très vite s'enroulant.

3.

Pour avoir rebondi « plus de trois fois » sur la pelouse, le Philémon de Fred est condamné à combattre le « piano-sauvage » ; une dame à menton haut et port altier de tête allongée, que l'on dirait tirée de quelque illustration d'Alice, commente : « Terrible sentence... ».

4.

L'oncle Félicien prit la lorgnette par le gros bout et ce fut donc par le petit bout que « VLOUF ! » jaune flash, il réduisit le Philémon de Fred de telle sorte que tout petit riquiqui, il pouvait rejoindre Barthélémy « sur le second « A » de l'Océan atlantique ».

5.

Tout est si fugace que, parfois, l'on sort son ombre et elle en profite « pour disparaître dans la forêt »... C'est l'amer constat que fait le Monsieur Barthélémy de Fred.

6.

C'est tirés par un escargot à coquille striée de mauve et de bleu que dans le « Piano sauvage » de Fred les croissants sont amenés au client du palace-labyrinthe qui attend son petit déjeuner depuis trois ans.

7.

Je me souviens de mon étonnement quelque peu enchanté d'enfant à la découverte dans le magazine « Pilote » des pages lunaires contant les surréalistes aventures du Philémon de Fred. Un jour, Philémon quittera mes rêveries et ce sera fini.

8.

Le Philémon de Fred dans la nacelle au ballon pourpre. Mer et ciel penchent, les vagues se montent du col ; tout est bleu qui penche et file. La nacelle, c'est une grosse bête qui tient du cheval fou, du mol zoziau, de l'hilare dragon. « Ha ! Ha ! » fait-il.

9.

Le Philémon de Fred, perdu au milieu de l'Atlantique, croise un quidam de l'Atlantique, un quidam à sac à dos, un quidam « à pied en solitaire ». Evidemment, il marche sur l'eau (ça fait « floutch, floutch ») et ignore le sens du verbe « noyer ».

10.

Le Philémon de Fred a un de ses amis « qui s'est perdu dans le labyrinthe ». Vendredi, « c'est un centaure ». L'oncle Félicien fume la pipe et murmure « Peut-être... Peut-être... » L'âne Anatole parle aussi bien qu'un autre âne.

Patrice Houzeau

Malo, le 21 avril 2022.

12 avril 2022

VERS UNE DIVISION EST-OUEST DU MONDE

VERS UNE DIVISION EST-OUEST DU MONDE

1.
Le 11 avril 2022, à 18.50 (heure de Paris), le rouble en baisse, MOEX en baisse, RTS en baisse. En rouge donc, les indicateurs économiques de la Russie. Le CAC 40 a terminé en hausse.

2.
12 avril 2022. La DGSI déjoue les plans de six espions russes agissant sous couvert diplomatique. Avec les 35 « diplomates » plus ou moins barbouzes déclarés persona non grata en France la semaine dernière, ça fait 41. Poutine est un poison.

3.
Je suppose que la prise de Marioupol par les Russes sera suivie de nouvelles sanctions économiques. Il faudra réagir vite et frapper fort. Le point faible de Poutine, c’est son économie.

4.
En admettant que Poutine arrive à ses fins et qu’il y ait partition de l’Ukraine, qui paiera la reconstruction des villes de l’est de l’Ukraine détruites par l’armée russe ? Comme les sanctions économiques ne seront pas levées de sitôt, il se peut que Poutine ait déjà ruiné et l’Ukraine et la Russie, d’autant que la Chine et l’Inde n’achèteront certainement pas son gaz et son pétrole au prix fort. Reste à Poutine le contrôle des matières premières africaines. Et là, il va se heurter à la fois aux intérêts chinois et aux intérêts occidentaux. Poutine raisonne comme un militaire du début du XXème siècle. Il va donc finalement perdre.

5.
Il se peut aussi que la guerre russo-ukrainienne soit le premier acte d’un long conflit de civilisation qui oppose les démocraties libérales à un modèle de gestion autoritaire et de contrôle de la population représenté par la Chine et la Russie.

En ce sens, on peut parler de conflit mondialisé puisqu’à l’occasion de cette guerre russo-ukrainienne, presque chaque pays de chaque continent est appelé à choisir entre soutien à la démocratie libérale ou soutien aux néo-dictatures libéralo-autoritaires.

L’OMC craint d’ailleurs cette division du monde en deux blocs rivaux, une nouvelle guerre froide, qui pourrait pénaliser les pays les plus pauvres.

6.

9 heures 28 (heure de Paris) le MOEX en baisse, le RTS en baisse, le rouble itou. La dégringolade de l’économie russe se confirme.

7.
Nokia et Ericsson suspendent leurs activités en Russie. « Il faudrait que beaucoup de choses changent avant qu’il soit possible d’envisager à nouveau de faire des affaires dans ce pays » a déclaré le PDG de Nokia, Pekka Lundmark. Source : Reuters..

8.
La décision de Poutine d’exiger que les pays « inamicaux » paient désormais pétrole et gaz en roubles va-t-elle forcer la main de l’UE et la baisse des importations va-t-elle se faire plus vite et plus fortement que prévue ? Poutine est fichu.

9.

Marine Le Pen a sérieusement travaillé sa campagne et se montre persuasive. Le second tour pourrait être assez serré. Pour être franc, je préfère sa personnalité à celle de Macron, oui, mais voilà MLP est trop favorable à Poutine. Donc, je préfère Macron.

Aux législatives de juin 2022, on peut penser que beaucoup de députés sortants seront réélus. La gauche et la droite républicaines, ainsi que LFI y seront donc présentes, ce qui pourrait ne pas être le cas du RN.

10.
Les collabos pro-Poutine qui spéculent sur un effondrement des économies de la Triade : le 12/04/2022 à 15 heures, tous les indices boursiers russes sont en rouge ; le CAC 40 en légère hausse.

11.
Dans les années 40, certains relayaient l’idéologie et les mensonges de l’armée allemande, de même aujourd’hui certains Français (dont certains, en tant que fonctionnaires, sont nourris par l’Etat) relaient sans complexe l’idéologie et les mensonges de Poutine.

12.

Chaque jour de la sale guerre de Poutine en Ukraine coûtant une fortune à la Russie, chaque jour permettant réarmement (du moins j’espère) et réorganisation des forces ukrainiennes, chaque jour ayant son lot de bombes, de victimes, de brutalités, d’exactions, la résistance des Ukrainiens me semble héroïque.

13.
M’étonnerait pas que d’ici quelques jours, l’UE envoie promener Poutine et son grotesque « rouble adossé à l’or » et que l’OTAN durcisse singulièrement ses positions face à l’armée russe… Une intuition, comme ça…

14.
12 avril 2022 : 18 heures (heure de Paris) : les indices boursiers russes n’ont pas quitté le rouge de toute la journée et le rouble se prend une raclée face à l’euro (1 euro = 92,6 roubles) comme au dollar (1 dollar = 84,8 roubles)

15.
Ils me font rire avec leur rouble adossé à l’or. Autant y adosser, je ne sais pas, moi : papier journal, crottes de bique, ritournelles idiotes, pensées à Zemmour, c’est pas ça qui va leur donner de la valeur. Faut une réelle économie derrière, pas la mafia.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2022

31 décembre 2021

LA CONDITION ENTROPIQUE

LA CONDITION ENTROPIQUE
(En parcourant « Le réel et son double » de Clément Rosset)

1.
« l'impérieuse prérogative du réel » : c'est à la troisième ligne de l'essai de Clément Rosset : « Le réel et son double » que je lis ces quelques mots dont la justesse est soulignée par l'actuel poids de l'Etat sur nos existences menacées par le virus.

2.
« Quand au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. »
(Clément Rosset)

Dans cet ailleurs, où, nous dit-on, se trouve la vérité.

C'est aussi l'ailleurs des conspirationnistes, lesquels ont trouvé sur internet une chambre d'écho extraordinaire de telle sorte que l'on en vient à se demander ce qu'il y a réellement dans la tête des gens que nous côtoyons.

On trouve sur Internet une vidéo dans laquelle le président russe de l'époque, Dimitri Medvedev joue un petit sketch en réponse à la question d'une journaliste sur l'éventuelle présence d'Aliens sur la planète. Il semble sérieux mais renvoie la journaliste à un invraisemblable documentaire intitulé : « Le Mystère des Hommes en Noir ». Il est vrai qu'il est difficile d'imaginer la mécanique de la raison froide de l'Etat russe se laisser flouer par des histoires de petits hommes gris et autres étrangetés qui détournent l'attention.

3.
« J'ai vu, j'ai admis, mais qu'on ne m'en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n'avais rien vu. »
(Clément Rosset)

C'est le genre d'aporie à laquelle se trouve confronté l'enseignant.

L'enseignant peut démontrer, prouver intellectuellement la justesse d'une thèse et recevoir en retour de bonnes copies, il n'en reste pas moins que l'élève, hors du cours, dans son autre vie, peut tout à fait se comporter à rebours de la thèse démontrée.

C'est ainsi que peuvent se comprendre ces étranges ralliements à bien des ésotérismes, des obscurantismes, des intégrismes qui engagent parfois des gens diplômés et éduqués.

4.
« Le réel ne reviendra jamais, puisqu'il est déjà là. »
(Clément Rosset)

Aussi bien pourrions-nous écrire que le réel ne deviendra jamais puisqu'il est déjà devenu.

Nous traversons un réel que nous ne découvrons que par extraordinaire, épiphanie, découverte, invention... Ce réel, ce pour-soi, ne se démontre pas puisqu'il est et que nous le tenons pour vrai, fût-il radicalement illusoire.

5.
« Tout passe, tout lasse, tout casse. » En voilà une périphrase de l'entropie et comment le temps, dans ce proverbe, y est assimilé. Y aurait-il identité du temps et de l'entropie ?

L'humanité est-elle une expérience sur l'entropie menée par quelque dieu physicien ?

6.
« c'est-à-dire que je prends sur moi de ne pas voir un réel dont j'ai reconnu l’existence : attitude d'Œdipe  se crevant les yeux. »
(Clément Rosset)

Nous voyons, nous comprenons, nous savons que ce réel-là va nous tuer, mais nous refusons de continuer à le voir. Pour continuer à vivre, nous nous aveuglons sur notre propre malheur.

7.
« la mystérieuse route d'Héraclite qui, à la fois monte et descend. »
(Clément Rosset)

Que l'on dirige le temps par une flèche n'est que convention. La chronologie est une illusion. Nous voyons ce que nous croyons voir, ce que notre perception nous permet de voir. Le reste n'est que chaos. L'entropie est une condition.

8.
« ou du moins ne semble en contredire qu'une version fantomatique, jamais pensée. »
(Clément Rosset)

Notre esprit ne pouvant penser que par séquences chrono-logiques, et étant limité par le temps, nous vivons avec ces « versions fantomatiques » du réel, qui parfois nous frôlent et dont souvent nous n'avons même pas idée.

9.
« le temps y manquerait – Œdipe sera toujours déjà loin. »
(Clément Rosset)

La fiction est aussi inéluctable que l'arrêt du réel.

10.
« c'est « l'autre » que ce réel a biffé qui est le réel absolu, l'original véritable dont l'événement réel n'est qu'une doublure trompeuse et perverse. »
(Clément Rosset)

C'est ainsi que les esprits, consternés par cette fausseté originelle de l'authentique, se tournent aisément vers les alternatives : le monde est dirigé par les sociétés secrètes, la femme du président est un homme, les Aliens sont parmi nous, etc...

Patrice Houzeau
Malo, le 31 décembre 2021.

23 décembre 2021

ECHOS DE LA PANTHERE SOMNAMBULE

ECHOS DE LA PANTHERE SOMNAMBULE
Brefs en parcourant « Le Marteau sans maître » de René Char (Poésie/Gallimard)

1.
« le marteau ailé », « le marteau sans lien », « le marteau sans attache », « le marteau libre » : ce sont les titres auxquels René Char a songé avant de choisir « Le Marteau sans maître ».

Un « marteau sans maître », la poésie;

2.
« Parce que le soleil faisait le paon sur le mur »
(René Char)

Paon, pan ! Le canard tomba dans un coin.

3.
« Des yeux purs dans les bois
Cherchent en pleurant la tête habitable. »
(René Char)

Ah ça, quand on se promène dans les bois, parfois, on pourrait en revenir hanté.

4.
« Les animaux à tête de navire cernent le visage de la femme que j'aime. »
(René Char)

Réminiscence des invasions barbares ?

5.
« Le jeune corps s'engage dans l'allée du parc, disparaît derrière les arbres mouillés (il a fini de pleuvoir). »
(René Char, « La manne de Lola Abba »)

Ainsi disparaissent les fantômes, entre deux pluies.

6.
Se peut-il que parmi toux ceux que nous croisons tous les jours dans le cirque des jours, certains soient déjà morts ?

7.
« Quand je partirai longuement dans un monde sans aspect,... »
(René Char)

« un monde sans aspect », ce n'est pas un spectacle ; on n'en revient pas avec du french cancan plein la tête.

8.
« le sang secret et la pierre catastrophique »
(René Char)

Si ça se trouve, les poèmes de René Char sont codés à son insu. On y trouverait bien des mystères et des clés pour d'autres énigmes que, voyez, ça n'étonnerait pas mon outre-tombe.

9.
J'écoute une interview de Jean-Pierre Petit (vous savez, l'astrophysicien contesté). Je ne comprends pas tout ça qu'il conte, mais j'ai l'impression qu'il s'amuse beaucoup.

10.
Je n'arrive pas souvent à lire toutes les lignes d'un livre (je n'en ai pas la patience). Je saute d'une page à l'autre (ça va plus vite), puis quand j'ai fini, je recommence.

11.
« Sous le spiral ciel d'échec »
(René Char)

Je ne rencontre pas souvent l'adjectif « spiral », du coup, quand cela arrive, - ici, dans un poème de René Char -, je le salue bien bas.

12.
Jean-Pierre Petit, dans l'interview que j'écoute, définit les phénomènes paranormaux comme « étant non reproductibles ». D'où leur côté événementiel et sensationnel. Le paranormal n'est pas chronique. Nos pouvoirs non plus.

13.
« L'homme te voit dans son rasoir »
(René Char)

Noir et blanc. Image d'un film policier américain. Ou un drame français. Dans une salle de bain étroite, un homme en tricot de peau (ce que ma mère appelait « maillot ») dans son rasoir aperçoit le péril infiltré dans son dos.

14.
« C'est à se poignarder le cul avec des saucisses », j'entends cette expression dans la bouche de Jean-Pierre Petit, et c'est marrant.

15.
« Le poids du raisin modifie la position des feuilles. »
(René Char)

Phrase-gouffre. Tout le réel s'y flanque. Ça fascine. Phrase-leurre ?

16.
« Commence à croire que la nuit t'attend toujours »
(René Char)

Memento mori.

17.
« Les longues promenades silencieuses, à deux, la nuit, à travers la campagne déserte, en compagnie de la panthère somnambule, terreur des maçons. »
(René Char)

M'est avis que cette « panthère somnambule » est une voltigeuse du genre à aller voler des joyaux dans des donjons insondables.

18.
« Le dernier vers (crapaud) vous reste fermé dites-vous ? »
(René Char)

Du coup, le crapaud dans quelque musique concrète, fit :
sssssssssssssééééKoiça... ssssssssssssssssssééééKoiça koiça
(sur la bande, de longs susurrants secrets).

19.
Enseigner, est-ce affronter une tératologie, ou gérer des différences ?

20.
Quand je lis René Char, j'ai l'impression de parcourir un champ d'énigmes. Dans la postface d'Yves Battistini au recueil « Le Marteau sans maître », je lis : « C'est ainsi, dira-t-il, que l'on plante des arbres dans le temps. » Ce futur me plaît.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 décembre 2021.

  1.  

     

 

9 octobre 2021

LE DINDON DE LA VAMP

LE DINDON DE LA VAMP

1.
« C'est Mary qui nous apporta la nouvelle du drame. Non sans une certaine satisfaction. »
(Agatha Christie, « La Plume empoisonnée » [Le narrateur])

2.
« Parfois aussi, on voit dessinées, des figures de plantes ou d’animaux : tortues, serpents à trois têtes, oiseaux, araignées... Une divinité anthropomorphique, coiffée d'un disque rayonnant, est presque impossible à découvrir du sol. »
(Robert Charroux , « Le Livre du mystérieux inconnu »)

3.
Que sont les OVNIS ? Des yeux dans le ciel.

4.
« Mille Rêves en moi font de douces brûlures »
(Rimbaud, « Oraison du soir »)

5.
« Volenti non fit injuria » [Contre qui consent, pas d'injustice] »
(cité par Schopenhauer, « Le Fondement de la morale »)

C'est là tout l'art et l'astuce du politique : inciter à consentir afin que chacun obéisse à ce qui lui semble d'abord injuste. Les pratiques modernes appellent cela « nudge ». L'esprit critique le débusque, araignée qui file sous le meuble.

6.
L'organisation sociale définit pour chacun un nombre de comportements, d'attitudes, de réactions attendues telles que chacun, les voyant mimer dans un film, les reconnaît immédiatement. La mondialisation tend à universaliser cette uniformité, raréfiant la singularité.

Cependant, les résistances singulières sont si grandes et l'on voit se lever tant de vents imprévus, de revendications à la singularité que, pour asseoir leur sacro-sainte mondialisation, les démocraties se résoudront-elles à imiter quelque modèle libéralo-autoritaire à la chinoise ?

7.
J'écoute une version speed du « Help » des Beatles par les Damned (1977). Une suite de reprises et variations plus ou moins virtuoses, de changements d'ambiances, le rock n' roll.

8.
Arrivé à la page 100 du « Cosmos » de Gombrowicz, je me dis que c'est là une sorte de roman policier basé sur une accumulation de faits dérisoires (mais quand même, le chat pendu ?) auquel l’enquêteur tente désespérément de donner un sens.

« - Je m'en prends à n'importe quoi !
Elle ne put y tenir et hurla, déchaînée :
- A n'importe quoi !
- Mon ange, dit Léon, à qui elle cria :
- A n'importe quoi !
- A n'importe quoi... dit Léon, sur quoi elle cria :
- Non, pas à n'importe quoi ! A n'importe quoi ! »
(Gombrowicz, « Cosmos »)

9.
Qu'un locuteur affirme « s'en prendre à n'importe quoi » n'implique pas que le réel en soit réellement affecté (le locuteur peut mentir), de telle sorte que ce n'est pas le mensonge en lui-même qui affecte le réel mais la croyance.

10.
Description du comportement de Ned Beaumont par Dashiell Hammett : « Il remit chaque feuille... », « Avec une grimace, il se posa sur le bord de la table », « il s'enfonça dans son fauteuil et considéra le plafond en se mordillant les ongles. » : behaviorisme.

Le behaviorisme, ce refus de rendre compte des pensées des personnages, fascine le lecteur, la fiction devenant spectacle énigmatique. Ainsi m'envoûta le behaviorisme de « La Position du tireur couché », de Jean-patrick Manchette.

11.
« - Une lutte entre stupides.
- Certes, et Dieu s'amuse comme un fou. Il s'est voulu impensable... »
(Umberto Eco, « le Pendule de Foucault » [Casaubon et Belbo])

Peut-on se vouloir impensable ? L'impensable est-il ce trop complexe pour être réellement pensé ? Ce qu'on ne peut penser vaut-il la peine d'être discuté ? Autant parler du Chaos ou de l'infini d'absurdités que produit le quotidien.

12.
« Je ne suis qu'une femme... sans défense... prise dans le maelström des intrigues internationales ! »
(Will Eisner, « Le Médaillon du duce » [P'Gell assommant un protagoniste])

Dans les quelques pages du « Médaillon du duce », la P'Gell de Will Eisner se montre tacticienne virtuose, ameutant, trahissant, assommant de telle sorte que le Spirit une nouvelle fois se retrouve le dindon de la vamp'.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 octobre 2021.

 

 

 

 

 

15 septembre 2021

EN ATTENDANT LE CLUB DES BECS D'LA PRESIDENTIELLE

EN ATTENDANT LE CLUB DES BECS D'LA PRESIDENTIELLE

1.
« les diverses religions, ces métaphysiques à l'usage du peuple »
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)

Pourquoi « diverses religions » ? demanda Belphégor en allumant une cigarette. Les roses se balançaient car c'étaient des roses balançoires. La pluie battante avalait les kilomètres, sifflait les feuillus, roulait les routes de nuit.

Les trois religions du Livre sont-elles définitivement irréconciliables ? s'interrogeait le couteau, interrogatif comme un reflet. Les replis intégristes ne sont-ils que provisoires, car induits par un malheur du monde que l'on espère éphémère ? Belphégor songe bleu.

Le langage est-il une machine à produire des dieux ? De quoi les dieux sont-ils les illusions ? Certains politiques ne sont-ils en fait que des bigots refoulés ? Des défroqués ? Les gens laissent-ils des bouts d’eux-mêmes un peu partout ?

Le repli intégriste est-il une alternative à la drogue ? Les réseaux terroristes « religieux » utilisent-ils le trafic de drogue uniquement pour financer leurs attentats ou aussi comme un outil d'asservissement de l'Occident ? Les talibans vont-ils éradiquer l'opium afghan ?

Les métaphysiques religieuses sont-elles des blagues ? Des instruments de pouvoir ? Les théologies sont-elles des sottises ? Sont-elles des philosophies ? Croient-elles aux images pieuses et aux bons sentiments ? Le diable fourmille-t-il dans les détails ?

La Crucifixion fut-elle un sort jeté sur l'Humanité ? La « Bonne Nouvelle » en serait-elle le désencerclement, ou n'est-elle qu'une ruse ? Les dieux sont-ils des envoûtements, des fascinations morbides ? Des dépressions chroniques ? Des nécessités sociales ?

Pourquoi le peuple aurait-il besoin des dieux ? L'alternative à la soumission aux dogmes est-elle « panem et circenses » ? Culte du politique ? surveillance de tous par tous ? Qu'est-ce que Macron est allé chercher ? Un rappel de sa vanité par la leçon d'une gifle ?

2.
« Toute action, dont la fin dernière est le bien ou le mal de l'agent, s'appelle égoïste ».
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « le Fondement de la morale »)

Quelle différence entre « action » et « acte » ? quelle est la « fin dernière » de toute action ? Le Bien ? Le Mal ? L'humanité est-elle un sado-masochisme ? L'humanité est-elle nécessairement une rédemption ? Une part maudite ?

« Ego » est-il une sorte de dieu ? Les dieux ne tirent-ils pas toute leur puissance de l'unique puissance du langage ? Les dieux luttent-ils contre les évidences ? Les dieux persistent-ils à être en dépit de nos doutes ? Le doute est-il une rédemption ? Un salut ?

3.
« Nous nous sommes regardés dans le miroir de la mort. Nous nous sommes regardés dans le miroir du sceau insulté, du sang qui coule, de l'élan décapité, dans le miroir charbonneux. »
(Henri Michaux, « La Lettre »)

La tête à la Gorgone roule-t-elle dans le miroir de la mort ? Les princes sans sceau aucun s'associèrent dans une union assez fataliste. Le sablier boira le sang nouveau d'la vieille lanterne. Défois Eduline crapote dans le proxy error. Les Russes à Blanquer encore.

Il ne sut plus prendre son élan, et glissa sur un canard décapité. Comme il avait trouvé la beauté amère, il se dit qu'il changerait de marque. Belphégor est revenu dans un grand mystère des ondes. Surtout ne ratez pas le prochain club des becs.

Qui Macron va-t-il flatter aujourd'hui ? Ou engueuler ? L'Accompagnement Personnalisé pâte à crêpes existe toujours. Quand on va au charbon, défois on trouve des miroirs. Défois dans la boue. Y a une chanson de William Sheller. Blanquer active active active.

Macron parle comme s'il ne s'était pas planté. Le sang coule des statues : on appelle cela miracle. Pourtant, les statues sont du sang des humains. Défois on en repêche une. Elle nous en veut. Ses yeux absents lancent des fantômes d'éclairs.

Depuis que Belphégor est revenu, je pense noir. La foire aux guignols a commencé avec force promesses. L'argent magique pèse quand même bien lourd. Des hommes glissants passent dans les bureaux. Ils nudgent comme on regarde la téloche.

Téloche, t'es louche, défois. Mais quand même, il y a la magie Astrid et Raphaëlle. La beauté dans le décor. Quelquefois, on en change. Des hommes glissants passent dans les ministères. Ils nudgent, nous grugent, prétendent que c'est pour notre bien.

4.
« Une et la vraie, la dévorante, la furieuse, l'impitoyable. Elle avance, majestueuse ; elle descend sur la ville, comme un bélier de feu, prêt à foncer. Je triomphe ! »
(Ghelderode, « La Balade du Grand Macabre » [Nekrozotar])

« Une et la vraie »... car l'autre est fausse monnaie. Car l'autre est fausse monnaie comme politique. je préfère mon chien, ne fait pas de promesses. Les gens sont pleins de chiens. Grognent, grondent, aboient. Ils appellent les déserts.

Une chanson roula je la ramassa en faisant une faute de conjugaison. Et puis quoi qui tourne avec ma boule ? Ayant pris un grand baluchon, le marchand y glissa ses planètes. Un tapis volant passant par là, il s'y jucha et disparut dans un grand effet fumeux.

5.
« ça va bien faire la dixième fois que nous partons pour je ne sais où à travers l'Allemagne... à travers plaines, c'est-à-dire genre de steppes, ou sous des tunnels, fours à suie... »
(Céline, « Rigodon »)

Nous comptons nos fois défois qu'il nous en manquerait. C'est dans l'à-travers l'Allemagne que la tsarine entendit parler pour la première fois de la sardine sirupeuse. On ne se méfie jamais assez des sardines, défois on croit qu's'en sont, mais s'en sont pas.

C'est dans les steppes et les tunnels que des trains passèrent et ne revinrent pas. Aucun géant ne les avait broyés dans ses mains. Des fumées montaient toujours plus à l'est. On peut toujours croire aux âmes dispersées dans les ciels blancs.

Alors, ils lancèrent les dieux sur la terre et il y eut un grand combat de chiens.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 septembre 2021.

2 septembre 2021

LA POLITIQUE EST-ELLE UNE HANTISE ?

LA POLITIQUE EST-ELLE UNE HANTISE ?

 

1.
« Macron à Marseille, « avec beaucoup d'ambition » (titre de BFMTV du 2 septembre 2021) : l'ambition est ce qui importe au politique. Macron est détesté parce qu'il est ambitieux et il est admiré parce qu'il a de l'ambition.

2.
« par des règles qu'on réapprend » : discours d'Emmanuel Macron à Marseille du 2 septembre 2021 : le jeu n'est plus dans le jeu, et puisqu'à Marseille comme ailleurs, l'on se tue en dehors des règles de la guerre et de la Raison d'Etat, ce n'est plus du jeu.

3.
« L'état de nature a la loi de la nature » (Locke) : où l'on voit que l'Etat n’existe que par la loi, de sorte que l'état d'un Etat est l'état de ses lois. Mais que cet Etat ne soit qu'une machine à débiter lois et réglements (l'Etat patron, l'Etat Macron peut-on se demander) et nous pleurerons.

4.
« Macron ; « Cette ambition commence aujourd'hui ». (discours d'Emmanuel Macron à Marseille le 2 septembre 2021, titre de BFMTV). Le politique ambitieux prend toujours de nouveaux départs. Il pourrait être même condamné au nouveau départ permanent.

5.
« qu'une porte soit ouverte ou fermée » influence la fluidité des circulations, de même que les significations qui se ferment (impasses sémantiques) et celles qui s'ouvrent, influencent le commentaire. Commenter est une gestion des ouvertures.
 

6.
Le réel est l'ensemble des choses hantées.

7.
« Que « vaut » la France après la crise ? » (titre de CNEWS du 2 septembre 2021). Une Nation est inestimable, un Etat non. L'ensemble de ses passifs et de ses actifs fait pencher, parfois jusqu'au vertige des gouffres, la balance. Je crains que Marianne en ait bientôt les bras cassés.

8.
« La phrase énorme du bonheur »
(Pierre Jean Jouve)

Le « bonheur » est-il une phrase ? Une phrase peut-elle déclencher le bonheur ? Le révéler ? Et la négation d'une phrase ? Le bonheur dépend-t-il d'un fait de langue de même que la raison dépend d'une bonne manière de conduire sa pensée (qui n'est que langage) ?

9. 
« c'est que les grands voleurs punissent les petits pour tenir les gens dans l'obéissance » (Locke)

On ne peut lire ce fragment d'une phrase de Locke sans sourire, tant nous savons que c'est là le jeu de l'Etat depuis que l'Etat s'appelle lui-même « Nation », et qu'il use de tous les ressorts de sa propagande (rebaptisée « communication) pour nous faire croire le contraire. 

10.
Evoqué aujourd'hui avec un collègue la manière dont sa famille a traversé la première année de la crise covid : maladies et souffrances, dont la plus emblématique est incarnée par cette infirmière maintenant victime d'un covid long et qui lutta à l'hôpital avec des expédients en guise de protection.
Ne jamais oublier à quel point le gouvernement d'Edouard Philippe et le président Macron (si jeune et dynamique et prometteur – un peu trop, ça coûte cher -) ont menti dans la première année de la pandémie.

11.
Parlât-il ma langue et partageât-il (ou en tout cas, le prétend-t-il) des valeurs que je pourrais défendre, j'ai quand même du mal à me reconnaître dans le miroir si nombreux du « nous ».

« des valeurs que je pourrais défendre », je m'empresse d'ajouter que ce ne sont en aucun cas des « valeurs pour lesquelles je pourrais faire le sacrifice de ma vie », sauf si je ne puis faire autrement.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 septembre 2021.

29 août 2021

POUR RIRE ET A SONGER

POUR RIRE ET A SONGER

 

 

  1.  

    Où ai-je entendu qu'un morceau de Jimi
    Hendrix causait des envahisseurs venus
    D'l'espace pis qu'c'étaient des poules
    Qu'elles devaient être bien féroces et
    Avec un bec à laser & des yeux à laser
    Venues des haorreurs intersidérales oh
    J'ai écrit haorreurs c'est haorrible &
    Venues des haorreurs intersidérales en
    Des aéronefs en forme d’œuf d'aéronœuf
    Pis qu'ils atterrissent sur l'plancher
    Des vaches avec un son strident de Kot
    Kot Kodec et s'ouvrent pis qu'elles en
    Sortent les poules avec des airs furax
    De politiques outragés bah j'n'y crois
    Pas trop Cor un truc entendu vite fait
    Dans une émission qu'tout déformé dans
    Ma caboche à r'muer le bizarre c'était
    Rentré j'ai entendu itou une phrase où
    L'narrant conte qu'les yeux des poules
    Les aime pas tant que ça donnerait aux
    Poules un regard féroce & peut-être il
    A entendu la même émission & pis qu'il
    A été traumatisé par les stridences au
    Jimi ça peut choquer les stridences au
    Jimi un tiot sensible les stridences à
    Jimi pis qu'on s'en souvient longtemps
    Longtemps longtemps je me souviens des
    Oiseaux perdus dans des arbres perdus.

     

  2.  

    29 août de cette très bâtarde année 2021
    Entendu parler ce matin sur France Inter
    D'une femme policière afghane qui dit-on
    A l'aéroport de Kaboul tentant d'la fuir
    La théocratie talibane disant que sa vie
    Etait en danger qu'ils la tueraient sans
    Nul doute les talibans tentant d'la fuir
    La revenance atroce et comme elle trouva
    Nulle aide se la flanqua dans la tête la
    Balle avec son arme de service On dit ça
    On dit ça on dit tant de choses qu'c'est
    Peut-être une histoire inventée pour les
    Sensibiliser les occidentaux à l'horreur
    Qui vient mais ça a l'air vrai & ça nous
    Etonne pas tellement vu qu'on attend pas
    Grand-chose de bon des talibans vraiment
    Pas grand-chose et on se demande comment
    I zont fait les Américains qu'encore une
    Fois ils ont plongé tant de gens dans un
    Infernal entonnoir après leur avoir fait
    Croire vingt ans durant à un avenir plus
    Heureux puis Trump et Biden pour chaipas
    Quelle realpolitik ont décidé de laisser
    Tout en plan en chantier & d'les laisser
    Les Afghans désespérer du bon dieu & pis
    S'faire mettre en coupe réglée par on ne
    Sait vraiment pas qui & qu'ont pas l'air
    Très chauds pour en faire une démocratie
    De l'Afghanistan ni de les laisser aller
    A l'école les petites Afghanes loin loin
    Si loin de nous loin si proches pourtant

Patrice Houzeau
Malo, le 29 août 2021.

24 août 2021

QUAND JE MANGE DES PÂTES AU GRUYERE JE PENSE A BLANQUER

QUAND JE MANGE DES PÂTES AU GRUYERE JE PENSE A BLANQUER

1.
« Mon corps qui suit son cours, son chemin de fourmi »
(Claude Roy, « J'ai peur la nuit »)

Je pense parfois aux fourmis... Je n'y connais rien aux fourmis... d'ailleurs les fourmis ne m'intéressent pas... simplement défois j'ai un mouvant encombrant dans la caboche, alors je pense aux fourmis... Elles viennent et nettoient.

2.
J'écoute la radio et, vu que j'vieillis et que mon caractère vire assez résolument vieux con, mais c'est mon caractère, pas le vôtre donc du coup allez vous faire lanlère, je me dis toutes les dix minutes qu'ils sont bien prétentieux et casse-ballons, tous ces gens dont je me fiche absolument.

3.
« Dans quelle région où l'arbre aussi prend peur »
(Pierre Jean Jouve)

Pas bien ça de faire peur aux arbres... Et puis c'est dangereux... La frousse soudain trop grande, une crise cardiaque, il s'écroule, vous v'là tout écrasé... défois faut se souvenir du « Careful with that Axe, Eugene » au bon vieux Pink Floyd.

4.
Quand je mange des pâtes, je mange des pâtes. Aucune meuglante des prés ne vient se plaindre, aucun groïck-groïck ne revendique... j'y mets du fromage râpé, et du beurre... quand je mange des pâtes, défois je pense à Blanquer, c'est un génie, me disent mes pâtes au gruyère.

On me signale que l'on risque de manquer de blé dur (les pâtes vont être plus rares, plus chères). J'l'avions bien dit qu'il fallot faire des provisions et les met' dans l'cellier... Si j'étais Macron, je réfléchirais, parce qu'en 1789, aussi y eut comme un problème avec le blé...

5.
Et dire que pendant que je mange mes pâtes en écoutant « A Saucerful Of Secrets », Biden merdouille, Le Drian bafouille, Véran gazouille, Macron touille touille et ratatouille, Blanquer joue les andouilles et Ubu cornegidouille...

6.
Depuis que j'ai surpris ma concierge faisant tourner des tables dans l'escalier, je prends l'ascenseur.

7.
« Les arbres courent fort les arbres courent courent
Et l'horizon vient à la rencontre du train »
(Apollinaire)

Défois l'horizon i s'emmêle toutes ses lignes dans le réel... ça fait filet qu'les trains i s'y catastrophent le ferroviaire... les vaches en font de longs blues que longuement elles meuglent quand tombe le soir sur les colchiques.

8.
Je me suis soudain décidé à arrêter la moraline radiophonique pour écouter un album sur You Tube qui s'intitule « Nick Mason's Saucerful Of Secrets, Live At The Roundhouse ». J'ai bien fait. D'ailleurs, le cochon volant à ma fenêtre en est tout regonflé, dis.

9.
Lorsque j'étais au lycée, les équations me tiraient la langue. Je n'ai jamais osé parler de cette affaire de tableau hanté : on m'aurait pris pour un littéraire.

10.
Depuis que le monde n'est plus à reconstruire, il se décompose lentement. C'est bien simple, on dirait un cadavre. Des gens d'une autre espèce que la nôtre (celle des hyper-riches) lorgnent d'ailleurs vers les étoiles.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 août 2021.

12 août 2021

PIFOMETRIE SANITAIRE

PIFOMETRIE SANITAIRE

1.
Pas impossible que dans les bars et restaurants, le Pass Sanitaire se retourne contre le gouvernement. Les amendes pleuvent ? …ressentiment (on dira que le pass ne passe pas); les amendes ne pleuvent pas ? D’ici un mois, pourrait être dépassé par les évènements.
Reste néanmoins, et ceci est à porter au crédit du président Macron, que le Pass Sanitaire aura au moins servi à accélérer la campagne de vaccination. Dommage qu’il soit aussi une preuve de défiance et qu’il piétine les libertés publiques.

2.
Ah l’optimisme des économistes des chaînes d’infos qui content que l’économie française se porte de mieux en mieux alors que chaque jour notre endettement s’alourdit et les menaces se précisent : crise sanitaire, réchauffement climatique, pression migratoire, expansion djihadiste.

3.
La France, pas clair s’qui s’y bricole en s’moment… des morts… du sport et des morts… l’air du temps… Pass sanitaire, vaccination, contestations… Blanquer pavoise sottement… Ailleurs ?... bricole itou… des morts, virus, virus, virus, des incendies… Les Talibans s’emparent de l’Afghanistan.

4.
Macron cause dans le poste : Conseil de défense sanitaire du 11 août 2021… rappelle la nécessité de la vaccination… affirme l’objectif : la vaccination de tous les Français… cible : 50 millions de primo-vaccinés fin août… rappelle que l’Etat a beaucoup aidé pendant les confinements.
Comme on le voit, Macron, à son habitude, est très content de lui-même et ne semble toujours pas avoir compris que c’est un très constant manque d’anticipation de son gouvernement face à la pandémie qui nous flanque dans l’incertitude actuelle. 

5.
Le Pass Sanitaire ne suffira pas à lui seul à assurer la réélection de Macron. Il faudrait que la France soit réellement débarrassée du covid et des problèmes qu’il pose (hôpitaux sous pression, établissements scolaires déstabilisés, restrictions des libertés publiques…).
Maintenant, il se pourrait que malgré une anticipation hasardeuse, voire pifométrique, de la crise covid, Macron soit tout de même réélu, faute d’opposant crédible, parce qu’il sait nager en eaux troubles, et qu’il a le soutien de la finance…

6.
Paraît que selon les grands communicants à Macron, président pifométrique, la campagne présidentielle pourrait se jouer sur les réseaux sociaux (Instagram, Tik Tok and Co) : Macron s’apprêterait-il à accorder le droit de vote aux Français âgés de 13 ans et demi ?

7.
Le vaccin empêche les formes graves.
L’immunité vaccinale est provisoire (moins d’un an ? 8 mois ?) à tel point qu’une 3ème dose est sérieusement envisagée.
Il n’empêcherait pas les contaminations (même s’il les freine).
Question : que fera-t-on en cas de survenue d’un nouveau variant plus virulent ?
Peut-on en conclure que, même si un nouveau variant ne nous dégringole pas dessus, une nouvelle campagne de vaccination est sérieusement envisageable dans l’année à venir et qu’on serait donc loin d’en avoir fini avec le Pass Sanitaire ? Quid de la passoire Schengen ?

8.
Questions :
1) Le vaccin ARNm est-il le premier acte de l'ère transhumaniste ?
2) Etant donné que pour faire face au Delta, on nous dit que quasi tout le monde devrait être vacciner, qui prend en charge la vaccination des « sans-papiers » ?

Patrice Houzeau
Malo, le 12 août 2021

10 août 2021

REANIMATION DES FANTÔMES

REANIMATION DES FANTÔMES

1.
« la rotondité de l’instrument symbolise l’univers, son rythme, »
(Michel Onfray, « Cosmos »)

« la rotondité de l’instrument symbolise l’univers »… on flanque des symboles partout… sinon, absurde, le réel… l’objet détaché de sa valeur symbolique est en trop… reste le « rythme »… la sensation, le corps, la danse… le Spectacle.
L’inflation symbolique masque le réel, qui soudain se révèle… frappe, foudroie… l’inflation monétaire tue la monnaie et rend au réel son véritable prix, celui de la rareté naturelle… dès lors, semble en trop, le bipède… la dictature se base sur cette rareté, et dévalue l’humain…

2.
« le temps que l’on est agité de quelque passion, ou que »
(Malebranche, « De l’imagination »)

« le temps que l’on est agité de quelque passion »… c’est qu’le temps passe… traversé de passions… que c’est bête… éclairs… peut-on être raisonnablement passionné ?... Collectionneur, celui qui use de sa raison pour… Les humains sont-ils passionnants ?... Etrange question.

3.
« Dieu à une distance infinie pour le concevoir »
(Simone Weil, « La Pesanteur et la Grâce »)

« Dieu à une distance infinie pour le concevoir »… peut-on être trop près de Dieu ?… genre l’autre Icare qui tombe en torche… être trop près de Dieu attire-t-il le démon ?... je suis assez tenté de le penser… se rapprocher du démon n’attire pas Dieu, mais toujours plus d’ombres.

4.
« Quand le Verbe est devenu une religion, la Nature est devenue l’ennemie de prédilection. »
(Michel Onfray, « Cosmos »)

Sac à malices, le Verbe… on en sort tous les dieux, toutes les idéologies, toutes les armes… plus la bipédie perspicace croît et se multiplie, plus elle s’arme… notre époque sent le danger… elle fait dans le gri-gri coopératif, résilient, bienveillant… En face, l’hyperpuissance et ses virus.

L’arme la plus puissante est sans doute celle de la Nature elle-même. Qui arrivera à contrôler l’armement bactériologique contrôlera le monde. Cela arrivera-t-il ? Ce n’est guère douteux. En raison de la rareté naturelle, ce moteur de l’Histoire, sinon sa définition. C’est bien l’invisible qui nous tuera.

5.
L’Univers est sans préhistoire. Son origine dépendant de son Histoire, elle est comme le chat dont on ne sait s’il est vivant ou mort… Nous faisons comme s’il y avait une origine et comme s’il n’y en avait pas… Entre l’être et l’existant qu’ça diffère. Dieu est un mort-vivant.

6.
« réflexion, si cette réponse qu’ils font d’ordinaire sur la »
(Malebranche)

« réflexion, si cette réponse qu’il font d’ordinaire sur la »… les gens disent toujours la même chose… qu’ils s’écartent des répliques attendues, alors y a quelque chose qui n’va pas… la littérature attendue plaît… l’inattendu littéraire dérange, gêne, irrite, fascine.

7.
« pour centre ou lui-même ou un être particulier »
(Simone Weil, « La Pesanteur et la Grâce »)

Je regarde, écoute Jane Birkin dans une émission de 1987… « Ex-fan des sixties »… Je sais que Jane Birkin existe, que l’auteur de la chanson (Serge Gainsbourg) a existé… La Jane Birkin que je contemple n’est plus la Jane Birkin actuelle… la Jane B. de 1987 est une image, un fantôme, au cœur de l’être.

Pour chasser les fantômes du cœur de l’être, pour se débarrasser de toute hantise, de toute fascination, les humains ont créé Dieu, celui qui accueille les âmes. Le cinéma est un paganisme. Il réanime ces fantômes, ravive la fascination.  

8.
« la penser ; après lui, l’homme ne sera même plus un souvenir »
(Michel Onfray, « Cosmos »)

« la penser »… la réalité, … échappe toujours au langage… d’où une codification de plus en plus rapide du réel… d’autant plus accélérée qu’elle semble viser à la magie, au transhumanisme… le bipède perspicace tenterait-il d’échapper à l’anéantissement attendu ?

Le bipède perspicace tenterait-il d’échapper à l’anéantissement attendu par le transhumanisme ? La magie par la technologie ? Le diable en rira-t-il encore longtemps après que l’humain aura disparu ?

Patrice Houzeau
Malo, le 10 août 2021.

6 août 2021

BIENVEILLANT IL AGACE JUPITER IL IRRITE

BIENVEILLANT IL AGACE JUPITER IL IRRITE


1. Parce que Macron n'a pas réellement compris que nous n'étions pas que nos fonctions (et nos bulletins de salaire), mais infiniment, radicalement plus, même réélu (ce qui est probable), il sera contesté, et sans doute de plus en plus violemment.

2. Emmanuel Macron, grand pourfendeur du Dragon Covid, grand jeteur de couvre-feux et grand confinant si on ne peut pas faire autrement, grand donneur de leçons sur Tik Tok et dans Paris Match, grand ami de McFly, Carlito, Benalla (le gratin), grand créateur d'argent magique, grand débiteur public, et recouvreur de masques évaporés, sauras-tu relever ce défi : éviter la manifestation anti-pass du 7 août 2021 ?

3. Macron, c'est un idéaliste, ou un naïf, il croit que parce qu'il a aidé les entreprises et les ménages à traverser une crise qu'il n'a pas su anticiper, les gens vont lui dire : « Merci, not' bon maître ! Ordonnez et nous obéirons »... Bin, ça marche pas comme ça...

4. En 2017, je soutenais Macron parce que la droite se fourvoyait avec Fillon (on attendait Juppé) et parce que la VIème République à Mélenchon ne me dit rien qui vaille. J'attendais un démocrate modéré dans ses réformes, pas un visionnaire à billevesées résilientes.

5. On rigole, on rigole, mais imaginez que le Conseil Constitutionnel le censure un peu beaucoup, le Pass-contrôle à Macron, et qu'il prenne la mouche, not' président, dissolve le parlement et s'en aille à la pêche en nous traitant de moules à gaufres, on ferait quoi, sans blague ?

6. Il se murmure qu'un de ces jours, ils vont faire disparaître les espèces... tout carte, nos paiements... oui, mais l'économie informelle et les trafics en tout genre faisant vivre pas mal de gens, et pas que dans les quartiers, avant qu'on trouve une solution, hein...

7. La rupture anticipée du CDD pour les salariés qui seraient sans Pass Sanitaire est censurée par le Conseil Constitutionnel ainsi que l'isolement obligatoire : que vont raconter les macronistes pour justifier ce qui ressemble quand même à une leçon ?
Reste la vaccination obligatoire des soignants. Aussi, l'enquiquinement du pass sanitaire à montrer dans des endroits où l'on n'est pas forcément obligé d'aller (bars, restaurants, cinémas,...) : du point de vue économique, c'est pas terrible.

8. Que ceux qui, démagogiques ou par goût du pouvoir jupitérien, voudraient abolir le Sénat et le Conseil Constitutionnel, retiennent que, sans ces contre-pouvoirs institutionnels, les décisions annoncées par Macron le 12 juillet 2021 auraient été votées telles quelles quasi par l'Assemblée.

9. Si, malgré le Pass Sanitaire, le gouvernement est obligé de reconfiner, même partiellement (fermeture des commerces « non-essentiels » par exemple), les gens seront tellement choqués que je pense que les députés LREM passeront définitivement pour des clowns.

10. Bien des opposants au Pass Sanitaire savent le vaccin efficace. Macron s'y est très mal pris. Il déplaît. Quoi qu'il dise, il incarne la finance, la technocratie, l'Europe des lobbys, la société multiculturelle, connectée, mondialisée. Bienveillant, il agace ; Jupiter, il irrite.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 août 2021.

6 août 2021

RENDS-MOI MA PERRUQUE, LUCIFER

RENDS-MOI MA PERRUQUE, LUCIFER

1.
Ne tirez pas sur le pianiste ; il se suicidera bien tout seul.

2.
Les événements se foutent-ils de nous ? Assurément. Rien de plus indifférent aux heurs et malheurs des humains que les événements. Une fois que les poètes ont disparu, et les autres aussi, les événement continuent d'enquiquiner les vivants. On appelle ça l'Histoire.

3.
« parmi eux avec égalité d'âme et c'était une »
(Henri Michaux)

« parmi eux avec égalité d'âme et c'était une »... une quoi, une belle plante ?... une belle égalité d'âme dans un beau jardin... ah oui, peut-être... ou alors c'est une belle plante très difficile à vivre... mon égalité d'âme elle est toute froissée alors, et ronchonne...

4.
« Voici qu'est venue l'Epoque dure, plus dure »... c'est de Henri Michaux, ce début... nos prédécesseurs ont connu bien des malheurs, des guerres... on n'a pas à se plaindre, nous, on vit en paix... bon, paraît qu'on pourrait bien crever d'un virus historique, qu'on nous dit tous les matins à la radio.

5.
« Des peuples, les uns gagnaient, les autres »... et voilà toute l'économie de la planète... zavez compris hein... mais faut pas le dire... ça fait pas trop « nouvel humanisme » à Macron, de le dire que les pays riches vivent sur le dos des pays pauvres.

6.
« zon, ils en venaient à s'atténuer et je vivais »... ça défois, quand c'est zon, c'est zon, mais bon, souvent, comme dit Michaux, ça « s'atténue » dans la zonerie, c'est moins zon qu'on croit... qu'est-ce que vous voulez ? Faut bien que zonesse se passe...

7.
« de l'homme, au pied de l'escalier, au plus »
(Henri Michaux, « Terrasse »)

« de l'homme, au pied de l'escalier, au plus »... ça, je lui dis souvent à la concierge, de pas laisser traîner des fragments d'actes amoureux comme ça au pied de l'escalier... regardez-moi ça, n'en reste plus qu'la moustache... Ah c'est du propre !...

8.
« Ce que je sais, ce qui est mien, c'est la mer »
(Henri Michaux, « La mer »)

« Ce que je sais, ce qui est mien, c'est la mer »... exagéré j'dis... faut-y être poète !... Moi, la mer, je vis à côté, eh bien je la regarde jamais quasi... Du reste, elle s'en moque... elle se balance toute la journée pendant que je pense à aut' chose...

9.
« autre, il est venu, l'unique, le Roi au cerveau-œil »
(Henri Michaux, « Ceux qui sont venus à moi »)

« autre, il est venu, l'unique, le Roi au cerveau-œil »...C'est toujours de l'autre qui vient à vous... sinon, c'est que vous vous hallucinez vous-même ta pomme... autoscopie ça s'appelle... là c'est quand même la bête de cauchemar on dirait...

10.
« C'était à se demander ce qu'ils étaient en »
(Henri Michaux, « Les équilibres singuliers »)

« C'était à se demander ce qu'ils étaient en » vrac, en sachets, en pochettes surprises... j'en secouai quelques-uns, pour voir : il en tomba des positions, des postes, des prestiges, des palmes, des présidences ! Ah ça, on ne sait vraiment plus quoi faire de nos élites !

11.
« Leur origine m'est inconnue et se perd dans »
(Henri Michaux, « Mes statues »)

« Leur origine m'est inconnue et se perd dans »... ma tête... d'ailleurs, faut que j'me la remette sur les épaules... ça va être l'heure d'aller hanter les vivants... allez, Lucifer (c'est mon chat), ouste, rends-moi ma perruque... c'est pas l'jour qu'j'aille chauve... et mon œil, d'où qu'il est, mon œil ?

Patrice Houzeau
Malo, le 6 août 2021.


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