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21 juin 2023

BÂILLANT A BRISER LE RESSORT

BÂILLANT A BRISER LE RESSORT

Pala labri ber (« ber », bin zêtes bien brave!)
Lavi quejevé (comment ça la vie qu'tu vas?)
Un sou que la dent perd (faut pas êt' si vampire, vautour, rapace...)
Equélé da ! (équéléda équéléda... C'est quoi s'fromage?)

Sur le Jars se rit et rot (« un rot est une éructation » gazouille la Toile)
Emotri d'aime (ah ça quand on d'aime...)
Tissa lent à Doufi (pas besoin d'aller à Doufi pour tisser lentement!)
Bê je sue, ma bê eh (là y a pas, faut qu'je cite Paul Valéry, ça ne s'invente pas, ces trois vers de « Ebauche d'un serpent » :
« Bête je suis, mais bête aiguë,
De qui le venin quoique vil
Laisse loin la sage ciguë ! »

Sua et se tend de plaie (pouah, dégoûtant !)
Tremo, jessu bifo (deux fois la même erreur, alors ça, alors ça, alors, salut!)
Quaja à massue ! (Tiens, maintenant, v'à des sauvages...)
Jeba abri leureu (ça ne se fait pas, ça, de battre à bris l’heureux ! Faut laisser les gens vivre leur vie et ne pas faire son Russe en Ukraine!)

Là s'plan de la haie (quoi donc que vous appelez la haie, vous autres?)
Ce gui qui me dégui (du verbe « déguire », qui, vous vous en doutez, signifie le contraire du verbe « guire ». D'où le proverbe bien connu : guire ou déguire, il faut choisir)
D'ani sain (attention à ce que vous dîtes ! Et laissez la poitrine d'Annie tranquille).

Venàmo, Râ et Tô (et zallonzy, mélangeons allégrement divinité égyptienne et plat africain, tankonyé – non, non le Tankonyé n'est pas un fleuve des lointains où vous irez jamais, non ; par contre, le tô est un « plat à base de farine de mil ou de sorgho servi sous forme de pâte et consommé avec une sauce, même qu'on en mange au Mali, en Guinée (Conakry), Côte d'ivoire et Burkina Faso » nous salive-la-lippe Wikipédia.
Jessu de et dé (vous suez donc de partout!)
Paralané (eh bien, on n'est pas près de vous revoir!)

So, so ! Faué ! (qui c'est çui-là?)
Tokima lamo, sot (donc Faué est sot ! Ça ne donne pas à réfléchir, mais tout de même, on est bien content d's'en fiche)
Sola élo dutan (du temps qu'il fait, bin fait chaud, c'est l'été...)
Ouléfleu tileco (l'écho, l'écho, l'écho, l'écho)

Padain dé (donc d'un autre, je suppose)
Toleplufi demécons (ah et vous en avez beaucoup ? - Bah, ça dépend des années).
Edemépi lepluo (ah parce qu'en plus, il y en a qui émergent, qui se distinguent, le gratin du crétin!)
Tugaléco de co (quoi ? L'écho de quoi ? L'écho de Co ! Quoi donc que ça? Kéçaco, késsaco, l'écho de Co ?)

Quelu né Cudé (il a donc changé de nom, je me disais bien aussi...)
Danlapur duno (c'est-y-vrai que le Nô, c'est très pur, très pur ? ou comme d'habitude, ce serait-y pas qu'on dit n'importe quoi, histoire de faire croire qu'on comprend s'qu'on n'comprend pas ?)

Et, pour conclure, je ne puis que citer, une fois de plus, l'immense Paul Valéry, qui dans « Ebauche d'un serpent », fait dire à la vipère qu'on n'sait qui habite et qui, s'adressant au soleil, déclame :
« Toi, le plus fier de mes complices,
Et de mes pièges le plus haut,
Tu gardes les cœurs de connaître
Que l'univers n'est qu'un défaut
Dans la pureté du Non-Être ! »
Ne me demandez pas ce que ça veut dire hein, on ne va pas se fâcher pour si peu hein, allez cépatouça, hein, mais le temps passe, je file.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2023.

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5 juin 2023

ET GROUMPF FIT L'OURS

ET GROUMPF FIT L'OURS

1.
A la radio un angliche pleurniche sur des zigouigouis électroniques pas rapides puis, après les pubs (les pommes de terre primeur, quelle bonne idée), y a un christophe qui pousse des ouh en disant que l'amour ça fait du bien.

2.
Zavez remarqué que quand un ministre parle de « responsabilité collective », c'est pour mieux éluder la question d'éventuelles responsabilités individuelles ?

3.
Et groumpf ! fit l'ours en avalant Tchekhov.

4.
Et comme elle s'était bien fait sonner les cloches, elle nous fit toute la journée des yeux de Pâques.

5.
Il y a tellement de livres qui me sont tombés des mains, que rien à faire, l'herbe ne repousse plus.

6.
Comment ça, Pap Ndiaye ne prendra aucune mesure ? Comment ce faire se peut ? Mais si, mais si, je suis sûr que le ministre reprendra de la choucroute, alsacienne (évidemment).

7.
Ce qui m'intéressait dans la flûte, c'était la flûtiste. Par contre, le tromboniste ne me disait rien.

8.
Ah, il va être bientôt l'heure où je vais me dire : zut, faut que j'me grouille, sinon j'vais être à la bourre.

9.
J'ai beau m'imaginer Macron avec une perruque blonde et un nez rouge, il ne me fait pas plus rire pour autant. Cet homme est sinistre comme un repris de justice.

10.
Depuis que l'éducation nationale se prend très très très au sérieux, certains diplômes n'ont plus aucune valeur.

11.
« Cheval' dire à ma mère », n'est pas une blague à faire (à cheval) devant un officier de cavalerie à la retraite. S'il se met à pleurer, ce sera tout de votre faute.

12.
Depuis que j'ai perdu mes dents, j'ai parfaitement compris la pensée complexe de François Hollande et de son fils spirituel, le Macron. C'est à base de mépris, je crois.

13.
Non, je ne crois pas les rumeurs vipérines qui insinuent que Macron fut majorette dans son jeune temps, ni non plus que François Hollande ait fait partie des Claudettes à l'aut' affolé du radada. Non.

14.
Je ne me console pas de la mort de Johnny. Surtout depuis que ma mère n'est plus là pour me dire : « On a beau dire, c'est quand même quelqu'un. 

15.
Je me suis voué aux signes. J'ai eu tort. J'aurais dû me vouer à la plomberie. J'aurais sans doute mieux réussi.

16.
« Ecoute-le battre mon cœur
Un régiment d'artillerie
En marche mon cœur d'Artilleur
Pour toi se met en batterie
Ecoute-le petite soeur »
(Apollinaire, « La mésange »)

Oh c'est beau, mais les artilleurs souvent qu'ils sont sourds un peu qu'on dit. Je n'ai jamais eu de petite sœur, ni de grande sœur, d'ailleurs. Du coup, pour battre le beurre... J'aime bien les rognons ; bien préparés, c'est bon.

17.
Je me souviens de cette professeure de lettres modernes à Lille III, commentant « Dom Juan » et nous mettant en garde contre les effets pervers induits par la solitude des branleurs de fond.

18.
La modernité, qu'est-ce qu'elle est triste, parfois, la modernité. On dirait une petite vieille.

19.
Et dire que pendant que je déconne à écrire mes conneries là, y en a qui turbinent et charbonnent pour trouver moyen de sauver l'humanité en l'envoyant coloniser la Lune et plus si affinités.

20.
Depuis que j'ai fait une overdose de sérieux, j'ai des crampes d'estomac. J'en conclus que l'esprit de sérieux et mon incongruité existentielle ne sont guère compatibles.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

25 mai 2023

ET POURQUOI PEREC ET POURQUOI PAS PEREC

ET POURQUOI PEREC ET POURQUOI PAS PEREC

1.
Chrétien de Troyes en français moderne par Jean Dufournet, « Perceval ou le conte du graal », Librio n°1118. Inachevé et faut s’accrocher car exploits chevaleresques, duels, tournois, batailles, aventures étonnantes et merveilleuses se succèdent tant qu’on ne peut les retenir toutes à première lecture, d’autant qu’à l’histoire de Perceval se mêle aussi celle de Gauvain. Il y a beaucoup de jeunes filles aussi et des notations qui renseignent sur quelques réalités médiévales.

Perceval, c’est d’abord celui qui ne sait rien. Je note que dans son « Kaamelott », Alexandre Astier a fait de Perceval le Gallois un ignorant aux raisonnements parfois déroutants. Et pourtant, à plusieurs reprises, la Dame du Lac précise au roi Arthur (et ça l’épate bien, le roi) que Perceval aura une destinée exceptionnelle. Ce roman, c’est celui de l’occasion perdue du Graal que Perceval voit passer sans qu’il s’en doute et n’ose interroger, celui de la rencontre avec le roi pêcheur, celui de la fascination du sang sur la neige.

Citation :
« Absorbé par cette pensée, il s’oublia lui-même : le vermeil de son visage ressortait sur le blanc de la même manière que ces trois gouttes de sang qui apparaissaient sur la neige blanche. » (Librio p.70)

2.
Philip K. Dick (traduit par Michel Deutsch et Isabelle Delord) « Coulez mes larmes, dit le policier ». J'ai Lu n°2451. Science-fiction brillante, foisonnante. Fantaisies spéculatives et autres paradoxes sur l'Etat-policier, la loi et l'ordre, les drogues de synthèse, l'espace-temps, « l'espace multiple », le sujet et la perception du réel, le vrai, le faux, l'illusion, le sexe virtuel (dont Philip K. Dick évoque les dangers avec une précision telle qu'il semble prédire Internet), la célébrité, le spectacle et le secret, l'évolution des mœurs, les années 70 (le roman fut publié en 1974) en toujours plus remuant, bizarre, psychédélique et logique prolongement des années 60, quelques figures de filles et de femmes que, dans ses aléas hallucinés, trouve ou retrouve Jason Taverner, l'un des deux personnages principaux, l'autre étant le trouble et mélancolique général de police Félix Buckman.

A parcourir en écoutant du Grateful Dead, ou du Dowland (« Flow my tears... »), ou le silence effrayant des espaces infinis.

Citation :
« C'était sans issue. Il avait l'impression que le monde était en caoutchouc. Tout rebondissait, changeait de forme à peine touché ou même aperçu. » (p.256).

3.
Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint (Les Editions de Minuit) ne raconte pas la lente transformation du narrateur en salle de bain.

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint n'est pas un roman-fleuve (120 pages, c'est court). Un roman-robinet (qui fuit) peut-être ?

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint est plein de détails de la vie domestique du narrateur dont on se fiche complètement (et des détails et du narrateur) mais qui peuvent fasciner si on les relit plusieurs fois. C'est hypnotique comme un vieux film américain en VO noir et blanc qu'on suit jusqu'au bout sans tout comprendre. Sinon, c'est bien, on peut sauter des lignes, des passages, des moitiés de paragraphes, on comprend quand même que le roman n'évoque pas grand chose.

Un roman qui n'évoque pas grand chose est-il lui-même pas grand chose ? Pas si sûr. Tout dépend du sens que l'on donne au verbe « évoquer ».

Tout de même, à un moment, on se dit : ah tiens le récit va-t-il basculer dans une autre dimension ? le narrateur est-il en train d'assassiner sa compagne ? (se posant cette question, il écarquilla les yeux). Mais on est vite rassuré et tout reprend son train-train quotidien et circulaire.

Je soupçonne que la composition du livre « La Salle de bain », de Jean-Philippe Toussaint relève de l'écriture à contrainte mais :
a) je n'en suis pas sûr,
b) s'il y en a une, j'ai la flemme de chercher en quoi elle consiste,
c) je m'en fiche.

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint se laisse lire parce qu'il est plutôt gentil. En conséquence, il ne vous empêchera pas de vous endormir. Produit dérivé du « Nouveau roman » ? Littérature d'ameublement ? Littérature d'intérieur ? Hommage à Perec ? (et pourquoi Perec ? et pourquoi pas Perec ?).

J'ai l'air de critiquer comme ça que je me disais que « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint est un livre d'où l'on sort aussi facilement que l'on entre et sort d'une salle de bain, que je n'en dirai pas du mal bien que je n'en dise pas du bien, mais que c'est tout de même bien mieux que les pavés académiques et psychologisants et si humainement illusoires dont on nous cause sur France Inter et aussi France Culture, mais pas France Musique.

Conclusion : je ne sais pas si j'aime ce livre, mais il se pourrait que je le relise, bien que je préfère tout de même Philip K. Dick, Agatha Christie, Simenon, San-Antonio, Hugo Pratt, Jean-Pierre Mocky, The White Stripes, The B-52's (le groupe de rock), Robert Charlebois, Frank Zappa, The Residents, Lucky Luke, Barbarella, Gainsbourg, Raymond Queneau, la soupe de poisson, le steak-frites, la tarte au riz, la bière blonde, la bière brune, la bière rouge, la bière rousse, le chat et ma tranquillité.

Je n'ai sans doute pas perçu tout l'humour du livre « La Salle de bain », de Jean-Philippe Toussaint, bien que le narrateur se mette à raconter « le naufrage du Titanic » à une petite fille me fasse soupçonner quelque discrète parodie à froid.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mai 2023.

6 mai 2023

HURRAH !... ET LE FOSSÉ DERRIERE...

HURRAH !... ET LE FOSSÉ DERRIERE...

(Notes de lecture)

1.
Ira Levin : « Les Femmes de Stepford » (J'ai Lu SF, 1993, illustration de Caza, traduction : Tanette Prigent et Noman Gritz). Science-fiction proche de nos actualités. Roman féministe ? Pose le problème de la distinction entre robot et humain. Roman court (c'est appréciable).

2.
André Breton : « Arcane 17 » (10/18, 1975). Prose très travaillée, poétique, parfois aux limites de la préciosité et de l'emphase. Entre autres considérations, pose le problème de l'enseignement de l'Histoire et du roman national (par exemple, ce qu'on conta aux écoliers de Robespierre et de Louis XVI, aussi de Napoléon). Évoque les querelles concernant, - l'auteur ne s'étant pas encore fait connaître -, le statut du « Silence de la mer », de Vercors : propagande allemande ou chef d’œuvre de littérature résistante ? Ailleurs, Breton alambique sur la présence de la tradition occultiste chez certains auteurs (il y tenait, Breton, apparemment, aux sources ésotériques de l’œuvre de Rimbaud) et aussi d'étranges « incidents » que Breton présente comme authentiques. Surréalisme et merveilleux.

3.
J. Oriano, « B comme Baptiste » (1981, réédition en « Carré noir » d'un « Série noire » de 1971). Polar. Style imagé avec verve et gouaille, façon Frédéric Dard, Michel Audiard, Léo Malet. La France de la fin des années 60. Amusant. Ironique. Réaliste. J'aime bien, pour le style et l'intrigue type « coup monté » avec chantage, jolie fille, pigeons. Le narrateur patauge dans le bizarre, et le brouillard ne se lève pas tout de suite.

Citation : « D'habitude on n'ouvrait pas à cause du bruit, mais ça m'était égal, cette nuit. Je me relevai et poussai fenêtres, volets et tout. La lune cavala dans la chambre, toute blanche, comme en chemise. »
(J. Oriano, « B comme Baptiste », chapitre X [le narrateur])

4.
Khalil Gibran, « Le Prophète » (Pocket, traduit par Didier Sénécal). Texte bref du genre à avoir dans ses affaires si l'on aime la poésie à visée philosophique. Suite de préceptes qui rappellent quant à la forme « Ainsi parlait Zarathoustra », en moins hermétique. Peut agacer ; peut fasciner. Intéressant.

5.
Michel Audiard, « La nuit, le jour et toutes les autres nuits » (Denoël, 1978). Célinien. A garder et relire. Un genre d'ironie vacharde et mélancolique, parfois très amère, parfois émouvante, et que l'on ne publierait sans doute plus aujourd'hui, (c'est qu'il est revenant, le temps des hypocrisies). Roman ça se dit, mais se pourrait que le narrateur en dise beaucoup sur l'auteur. Peut mettre mal à l'aise à cause des évocations de la Libération. A dû choquer lors de sa publication.

Aux pages 154-155, Audiard évoque la maison de Céline : « Rien qu'une bicoque sans passé, ni avenir, construite sur l'autre, la maudite, celle partie en fumée avec les manuscrits, les lettres, toute la paperasse et les pinces à linge. Une gentille apocalypse tout à fait conforme au répertoire. »

6.
Tristan Corbière, « A ma jument Souris » (in « Les Amours jaunes »). La poésie, c'est le style, et le contenu n'est que prétexte à virtuosité. J'aime les petites pièces des poètes dits « mineurs » (Corbière, Laforgue, Fourest,...) qui ne prétendent pas au De rerum natura, mais qui vous retiennent la cafetière à l'ironie. « A ma jument Souris » est de ces petits bijoux... mêle les images de l'amante et de la jument... Choquant ? Bah oui, pour ceux qui prennent la littérature pour un réservoir d'idées à préparer des révolutions qui commencent toujours par des coups d'éclat pour finir par des cous coupés... J'en apprécie l'autodérision du premier quatrain :

« Pas d'éperon ni de cravache,
N'est-ce pas, Maîtresse à poil gris...
C'est bon à pousser une vache,
Pas une petite Souris. »

Pré-surréaliste aussi, si l'on considère :

« J'agace, du bout de ma botte,
Ta patte d'acier fin qui trotte.
Va : je ne suis pas cavalier... »

Cette « jument à poil gris » et « patte d'acier fin » me laisse songeur...

J'aime aussi ce « Hurrah ! » qui ponctue les deux derniers quatrains, car j'aime le swing et la clameur du virtuose à son métier... Et l'usage des trois petits points... Pré-célinien, tu crois ?

« Hurrah ! c'est à nous la barrière !
Je suis emballé : tu me tiens -
Hurrah !... et le fossé derrière...
Et la culbute !... - Femme, tiens !! »
(Tristan Corbière, « A ma jument Souris »)

Patrice Houzeau
Malo, le 6 mai 2023.

30 avril 2023

SI J'AI ASSEZ DE PATIENCE

SI J'AI ASSEZ DE PATIENCE

1.
« Peut-être n'inventait-elle pas de toutes pièces, ce dont il la jugeait cependant capable. »
(Simenon, « Trois Chambres à Manhattan »)

Parfois, la certitude que le réel ment. C'est dans la hantise de la bibliothèque que l'amateur d'énigmes consulte la signification des règles, cette définition de tous les possibles du jeu. Les maîtres qui en détiennent les clés nous obligent aux traductions. Nous ne comprenons leurs parties qu'après mûr examen des représentations.

Nous nous méfions assez du réel comme d'un jeu dont les règles nous posent des questions. Miroirs déformés, exagérés, oubliés réfléchissent des certitudes aussi assurées qu'une précision de poignard, des masques dont les visages disparus se signalent à nos reconnaissances.

2.
« Le miroir avait brisé tous ses sujets. »
(René Char)

C'est parce que nous cédons aux sottises ordinaires des gens ordinaires que nous sommes ordinaires. Cette répétition nous soumet au miroir, lequel nous tire la langue, nous crache dessus, nous injecte la foudre lente du malaise.

3.
« Les deux sourds. Le premier dit : « La poésie est, comme la droite, le plus court chemin pour aller de l'idée à l’expression. » Le second répond : « Parfaitement, la poésie est le plus long chemin à prendre pour aller de ce que je veux dire à ce que je dirai – si j'ai assez de patience. »
(André Hardellet, « Film », VIII)

4.
« Dans le fond, des rideaux cachent des espèces de loges qui doivent servir aux essayages et j'ai aperçu, dans l'une d'elles, un grand miroir et un tabouret canné. »
(Simenon, « Les Scrupules de Maigret » [Lapointe])

Alignement des boutiques ; spéculateurs et symboles ; rituels monétaires. Les fantômes ne se souviennent que par nos souvenirs. Vois-tu, Zut, il y avait là une bijouterie ; à côté, la boutique de Félicie. Plus loin, une librairie, et là, c'était la maison de la fille qui et toutes ses relatives.

De derrière les rideaux surgissent les fantômes à la dernière mode. Le miroir de la cabine d'essayage reflète une jupe et un pull allant des mains invisibles au corps invisible. C'est qu'aussi le tabouret est canné.

5.
« Vous vous cachez, Seigneur, et semblez soupirer ;
Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine,
Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycène ? »
(Racine, « Iphigénie », II,2 [Iphigénie à Agamemnon])

Aux seigneurs cachés, la patience et le soupir. Derrière les sans-tains leurs yeux éprouvent le réel et le poids des retours. Les palais sont parfois des exils, et les ordres des énigmes. Voilà qui fait assez amèrement sourire.

Les temps veulent la peau des seigneurs. C'est un présent de vérité générale. Un homme armé surpris dans les jardins. Un coup de feu sur la route. Les troubles en république reviennent aussi régulièrement que le client à la fille. Révolutions secrètes et complots d'ombres vomissent aussi sûrement guerres et migrations qu'une politique finit par tuer.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 avril 2023.

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26 avril 2023

JE T'AI VU DANS LE CHAMP DE BLÉ ET TU N'ETAIS PAS LE CHRIST

JE T'AI VU DANS LE CHAMP DE BLÉ ET TU N'ETAIS PAS LE CHRIST

1.
Le dieu sorti du bois n'est jamais aussi dieu que dans le chemin des hommes. Je t'ai vu dans le champ de blé, et tu n'étais pas le christ. La guitare le jure ; enrouée est la voix du seigneur. L’exilé cave entre le fossé et la route, aussi mortellement blessé qu'une civilisation.

2.
Je ne parlerai pas de la liberté des fleuves. Ils ne sont pas plus libres que la ficelle à laquelle s'accorde Hareng Saur le Balançant.

3.
Nous avons bu la rime ; avons-nous pissé de l'or ? Nous avons lu tous les crimes ; les tueurs sont-ils portés disparus ? Le clown porté aux nues finit craché-d'sus ; crucifié, dit l'emphatique. Le ministère regrette sa perte immense pour le monde des gaufres et des moules accrochées.

4.
C'est toujours une saison de loups maigres. Les gilets pulsent jaune des férocités farinées rouge-bleu. Sous le drap, le froid. Il ne l'est pas encore ? La science n'a pas dit son dernier souffle. On pourra peut-être le sauver, faute de condamné.

5.
Le poème ne vaut guère que pour celui qui se l'écoute dire. Je n'ai pas la patience. Allons, qu'on s'boissonne et saucissonne. Douze fois par an, louons notre pauvre science.

6.
Quel spectacle magnifique ! Le batteur est mort depuis un paquet de moules-frites. Virtuose qu'il jouait son rôle. Il baleinait ; il cadençait ; il calenturait, pulsait, templait le gong d'un long frisson d'orage annoncé. Le whisky a tué l'indien et ses visions balbutiées.

7.
L'orage ne s'annonce pas ; il est prédit. Et quand il a fini de choquer ses lames – bataille de marionnettes géantes et de sabres -, on ne le voit plus boire son rosé et faire son tiercé au bar-tabac-PMU du coin.

8.
Je ne crois pas aux trompettes du Jugement Dernier. Ça fait qu'elle est belle la lurette qu'elles sont sont bouchées et font swinguer.

9.
Il y a, dit-on, plus de livres que de lecteurs, plus de dédales que de Thésée. Le Minotaure s'ennuie (il joue du blues, boit d'la bière, dit des bêtises en archaïque) et Ariane court les lieux communs.

10.
Tous les casinos le savent : ce n'est pas en voyant double qu'on a deux fois plus de chances.

11.
« Le printemps prétendant porte des verres bleus et, de haut, regarde l'hiver aux yeux terre de Sienne. Se lever matin pour les surprendre ensemble ! »
(René Char, « Verrine »)

Je ne peux compter sur les saisons pour me refaire une jeunesse. Mon verre n'est pas bleu, mais blond comme le papier ou rouge comme la noblesse. Ce n'est pas moi qui ai tiré sur l'hiver ; j'ai un alibi, Monsieur Météo, j'étais déjà en été.

12.
Est-ce Pascal qui tint le pari ou Dieu qui parie sur Pascal ? Je note qu'on ne peut conjuguer Dieu qu'au présent absolu, Dieu étant la continuité du faire (à cheval il n'irait ni plus vite, ni plus lentement).

13.
Que le mot « mannequin » vienne du néerlandais « mannekijn » (oh « petit homme » ; « Comment te trouves-tu là ? Petite marmite, mais tu es blessée ! » aéra René Char) ne changera rien à votre mal de dos. Mais, en attendant la fin de la représentation, ça occupe la scène.

14.
Le carré de l’hypoténuse, même qu'on s'en sert beaucoup, jamais il ne s'use. Ayant visité la caverne aux naïvetés (la cafetière qui se croit alambic), je résolus de dissiper le fantôme aux mouches. Au plafond, l'araignée désormais translucide.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 avril 2023.

26 avril 2023

UH CYCLES ET ZIGOUIGOUIS

UH CYCLES ET ZIGOUIGOUIS

1.
« Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre. Je créais, par delà la campagne traversée par des bandes de musique rare, les fantômes du futur luxe nocturne. »
(Rimbaud, « Vagabonds »)

Je me demande dans combien de recensions critiques des nouveautés discographiques trouve-t-on la mention rimbaldienne « des bandes de musique rare » ?

(Oh les promesses dans les recensions de disques pop/rock des Best et Rock n' Folk des années 70, prodiges, vertiges et zéros à la queue leu leu pour les leçons non apprises).

Évoquant la musique, Rimbaud suggère-t-il que l'imaginaire est une fabrique à « fantômes », ceux du « luxe nocturne », revenant la nuit hanter les cafetières, ces fanfares étranges, ces « bandes de musique rare » ?

2.
« U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands front studieux, »
(Rimbaud, « Voyelles »)

« Cycles », « vibrements ». Dans la caboche à visions du Rimbaud, la musique répétitive lançait-elle déjà les échos des rêves mandarine ? Froufrous électroniques, zigouigouis électriques, Reine verte, variations des portes et des soupirs, batteries.

L’œuvre transcende-t-elle l'actualité ? Rimbaud est-il plus important que Macron ? Ai-je raison d'écouter « La Reine verte » de Pierre Henry plutôt que de m'abonner à l'omniprésente politique ? Le poète qui n'y est pas allé de main morte empêche sans doute mannequins et épouvantails d'envahir la scène, de tout à fait nous fasciner.

Pour ce qui est des députés ordinaires, moulins à sottises et carriéristes audiovisuels, il va sans dire que leur pipeau résilient ne tient pas la route devant une scène de Molière. Génie mort vaut mieux que médiocre vivant.

3.
UH FIT-IL NE TROUVANT RIEN D'AUTRE A DESTOCKER

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
A écrit Rimbaud U cycles vibrements divins des
Mers virides U cycles vibrements 26 avril 2023
Du soleil plein la rue divins des mers virides
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
A écrit Rimbaud j'écoute du jazz-rock j'écoute
Le groupe Gong celui de Pierre Moerlen l'album
Downwind le meilleur de cette période je pense
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
A écrit Rimbaud U cycles vibrements divins des
Mers virides U cycles vibrements virtuose dans
Le percussif j'aime ces figures rythmiques qui
Sans cesse reviennent sans cesse se croisent &
Se mêlent & tissent il y a le i dans le vers à
Rimbaud le i qui revient itou y a qu'à écouter
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
A écrit Rimbaud U cycles vibrements comme écho
Aux notes du vibraphone qu'j'imagine pis qu'il
Joue ses vélocités à cascade des fois c'est un
Style entre énigme et mélancolie que les notes
Déclinent c'est bien joli le vibraphone U donc
U cycles U comme dans Univers U comme dans dis
Donc kesse-k'il a plu cette nuit U cycles même
Que la pluie sans cesse aussi sans cesse aussi
La pluie U cycles vibrements divins des mers &
Viride ça vient du latin viridis & ça signifie
Vert nous véridique Wikipédia même que le vert
Viridien désigne un vert bleuté qu'le viridien
Je savais pas que ça existait vous me délierez
Qu'il y a bien des choses que je sais pas & je
Vous bananerai raison tandis que mon lexique i
S'disloque i s'dérélicte s'accointance & somme
Son chat d'lui rendre sa langue mais le chat i
S'en contrepointe et filoche narquois haussant
Les épaules et allumant une cibiche de dans le
Temps qu'on filochait narquois et qu'on fumait
Des cibiches dans les cycles de jours enfuis &
Tout vibrants alors maintenant que c'est mort.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 avril 2023.

26 avril 2023

MAIS DEFOIS JE PENSE QU'IL PLEUT

MAIS DEFOIS JE PENSE QU'IL PLEUT

1.
- A vrai dire, ravelada le concombre (Alfred Concombre, détective privé) en s'épongeant le tintouin parce qu'il faisait fort chaud (d'ailleurs, mon oncle n'avait pas pris son parapluie), je n'en sais pas plus qu'un dindon devant une montre de plongée. Peut-être n'avez vous rien à m'apprendre sur l'étrange rapport que le jeune Robert Abat-Jour entretient avec les gaufres.
- Je vais être franche, ravelada-t-aussi Miss Lantern. Les gaufres, je les trouve fort désobligeantes ces temps-ci. Elles l'étaient déjà quand nous pensions que la gaufrette s'était suicidée en se jetant la tête la première dans la bouche de Miss Hickory-Dickory-Dock (Dac par son père et Douc par sa mère), mais maintenant qu'on a l'air de croire que ce pourrait être un gaufricide...
(Librement inspiré par un passage de « Pension Vanilos », d'Agatha Christie, qui fut publié en 1955 au Royaume-Uni sous le titre « Hickory Dickory Dock » et la même année aux États-Unis sous le titre « Hickory Dickory Death » nous ravelade Wikipédia; ah tiens fait la souris verte).

2.
« Sharpe se passa la main sur le front.
- Mon cher Poirot, la tête me tourne. Il n'y a donc personne qui ne soit capable de tuer ?
- Je me le suis souvent demandé, dit Hercule Poirot. »
(Agatha Christie, « Pension Vanilos » traduit par Michel Le Houbie, p.96, Club des Masques)

La conscience s'aiguise-t-elle comme un couteau ? Trouve-t-on si facilement aux accordéons de l'âme la rime lame ?

3.
« Du doigt, il montrait sa tête, qui ressemblait curieusement à un œuf. »
(Agatha Christie, « Cinq petits cochons » adapté par Michel Le Houbie, « Prologue »)

Du bout de la rue je vis arriver un
Doigt. Et comme il se doit
Il montrait sa tête de doigt, ce doigt (ah ça il ne portait pas de gant). Que
Montrait-il d'autre ? Ma pomme, sans doute.
Sa vélocité était grande et bientôt il fut près de moi ; autour de ma
Tête qu'il tournait, comme une guêpe, une bête
Qui ne vous quitte plus, une odeur qui vous revient. Cela
Ressemblait à un cauchemar et
Curieusement, je me réveillai et me mis assez vite
A me faire cuire, après avoir jeté cet index impertinent,
Un œuf et, bien sûr, comme souvent quand je me fais cuire un
Œuf, je songeai à Hercule Poirot, mais des fois je pense qu'il pleut.

4.
Mary Higgins Clark connaissait son métier. A chaque fois que j'ai ouvert l'un de ses thrillers, me suis fait avoir, ne lâchant le livre que lorsque le personnage menacé d'une mort toujours épouvantable était, en fin de volume, sauvé. C'est pour cela qu'j'en lis pas, de thrillers.
Je leur préfère les romans d'Agatha Christie. Je n'éprouve jamais qu'une vague sympathie pour les personnages et leur sort narratif m'importe peu, mais l'atmosphère en est inimitable, et surtout inimitables les multiples notations qui caractérisent les différents protagonistes, faisant de ses meilleures intrigues des puzzles qu'un détective improbable finit par assembler.
Il en est de même pour le cinéma. Je n'apprécie guère d'être plongé dans une histoire palpitante jusqu'à l'émoi ou engagée à se mettre en colère, et je préfère m'épater pour l'intelligence de Fellini, l'inventivité de Mocky et des meilleurs films de Godard, la poésie comique de Tati et de Jerry Lewis, plutôt que de me faire bouillir les humeurs pour des contemporains qui, dans la vie réelle, me sont assez indifférents. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi je devrais me désespérer de situations dont je ne suis pas responsable, les véritables responsables étant assez systématiquement au gouvernement, ou attendant plus ou moins patiemment d'y être.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 avril 2023.

21 avril 2023

ALORS MA JONG DECOUVRIT UN MESSAGE

ALORS MA JONG DECOUVRIT UN MESSAGE

1.
Il y a le « grand sceau rouge du tribunal ». Le sceau, du latin médiéval « sigillum » (« signe ») nous statuette Wikipédia, pour ma caboche grouillante de naïvetés, est le symbole de l'autorité et du secret.

Il y a le juge Ti (personnage créé par Robert Van Gulik) qui a apposé « le grand sceau rouge du tribunal », parce qu'en français, on appose un sceau, car si le sceau était fait de pain, de beurre et de confiture, on ne l'apposerait pas, on le mangerait. Or, un sceau n'est pas comestible.

2.
Le juge Ti s'adresse à un « scribe » – c'est à la page 25 de l'édition de poche 10/18 du roman de Van Gulik traduit par Anne Krief, « Le Fantôme du temple »,  et lui dit de « prendre connaissance du dossier ». Il est question aussi d'un « cheval ».

Le mot « cheval » vient du latin « caballus » qui désigna d'abord une « rosse, un mauvais cheval » ou un cheval castré, un hongre, puis le « cheval de travail » nous cavalcade l'Académie. On est donc dans un roman où les gens se déplacent à cheval.

L'histoire de l'humanité s'est aussi faite avec et à cheval. Labour. Traction. Romans de chevalerie. Cavaleries. Croisades (les lourds chevaux français face aux rapides pur-sang arabes, qu'on m'a dit en cours, c'est-y vrai ? Chaipas). Cow-boys. Invasions barbares. Steppe. Tournois. Courses. Équitation. Chevaux morts sur les routes le long de la frontière belge en 1944 après l'échec de la contre-offensive allemande dans les Ardennes. Que de chevaux, dis, que de morts. Des chevaux et des hommes. Des chiens et des hommes. Des souris et des hommes. Des loups et des hommes. Toute une littérature.

Dans ma famille, on ne mange jamais de cheval. Entendu dire (mais c'est à vérifier que cela concerne 40% des familles françaises). Origine de cet interdit alimentaire ? J'en sais fichtre rien.

Je lis sur Wikipédia que dans les grandes villes françaises et les années 30 (du sanglant et industriel siècle 20) certaines « entreprises de moyenne importance (type brasserie ou glacier) possèdent encore des chevaux de trait. » On voyait donc encore des chevaux à Paris à la veille de la seconde guerre mondiale.

3.
Il y a dans le roman de Van Gulik un personnage du nom de Ma Jong. Écho dans ma caboche (j'aime bien la musique de Pink Floyd) du jeu appelé « Mahjong » dont je n'ai jamais compris les règles et dont je lis sur un site que « Mahjong » signifierait « moineau qui se chamaille » (c'est ce que je lis, moi, j'en sais rien).

Le nom « mahjong » me rappelle le chapitre « Une soirée de mah-jong » dans « Le Meurtre de Roger Ackroyd », d'Agatha Christie qui mêle aux répliques imposées par le déroulement du jeu des considérations sur l'énigme en cours. Virtuose.

4.
A la page 28 du roman, Ma Jong découvre dans un coffret acheté par le juge Ti chez un antiquaire « derrière le Temple de Confucius » (c'est pas par ici) un message qui semble rédigé à l'encre rouge, rouge dont Ma-Jong soupçonne qu'il s'agirait de sang.

Message dans un coffret. Message dans une bouteille. Je me demande ce qu'elle raconte, la chanson du groupe Police, « Message in a bottle ». Bon, j'ai vu. Ça cause de solitude, je cite : « Seems I'm not alone at being alone » (« Il semble que je ne sois pas seul à être seul »).

Qu'on s'en esgourde des tralalas anglo-saxons qu'on n'a pas la moindre idée de s'que ça raconte. Moi, perso, je poutre en angliche comme je poutre en à peu près tout. Vais voir donc sur internet ce qu'elles racontent, les ritournelles électriques. Parfois, de bonnes surprises (Leonard Cohen, Dylan, Jim Morrison...), parfois des déceptions, voire du carrément niais, ou alors des surréalisteries, du quasi-dada à la Ian Dury.

5.
Pour finir cette page, vais vous le citer, le message que Ma Jong découvre dans le coffret acquis par le juge Ti, le voici : « Je meurs de faim et de soif. Venez me délivrer. Jade. Le douzième jour du neuvième mois. Année du Serpent. »

Ma Jong en conclut que « pour s'appeler Jade, ce doit être un beau brin de fille ! ». C'est ce que, je crois, on peut appeler de l'idéalisme.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 avril 2023.

18 avril 2023

BIN ALORS KESSES TU FOUS ?

BIN ALORS KESSES TU FOUS ?

1.
Comme annoncé, hier soir, je n'ai pas regardé le président Macron faire son numéro à la télévision. S'te farce, en trempant mes tartines dans mon bol de soupe, j'ai regardé « Mystère à Saint-Tropez » (avec Benoît Poelvoorde et Christian Clavier), d'où ce dialogue avec Zut :
« - Ah oui, c'est tourné comme dans les films de ce cinéaste d'origine polonaise...
- D'origine polonaise ?
- Mais oui, il faisait des films bizarres... avec plein d'acteurs...
- Zulawski ? incrédulé-je
- Mais non... avec plein d'acteurs connus... comme là, et plutôt marrants... avec des filles et des têtes bizarres...
- … !?!?!?
- Mocky ! » fit-elle soudain, triomphante.
Renseignements pris auprès de Wikipédia : Jean-Pierre Mocky était bien français d'origine polonaise. Je n'ai donc pas perdu ma soirée cependant que j'appris plus tard que Macron demandait 100 jours aux Français (jusqu'au 14 juillet ; étrange choix de date...) pour prouver qu'il était capable d'améliorer leur sort. Nous sommes en 2023 : le président Macron préside depuis 2017. Il est donc plus que temps. Y en a, voyez, qui commencent à perdre patience.

2.
Suis-je le seul à penser que la musique de « 200 Motels » composée par Frank Zappa est un authentique chef-d’œuvre de la musique du vingtième siècle ?

3.
« Telle, toujours plus tourmentée,
Déraisonne, râle et rugit
La prophétesse fomentée
Par les souffles de l'or rougi. »
(Paul Valéry, « La Pythie »)

Telle la Pythie qui vient en mangeant (j'attaque fort), c'est
Toujours en mangeant de la choucroute que je songe aux parapluies.
Plus il pleut et vente, moins mon oncle dispose de parapluies, et sa tête
Tourmentée, le vent effarant sa chevelure,
Déraisonne « Suis-je le seul à penser, dit-elle,
Râle-t-elle, que ce pays manque de parapluies ? »
Et, alors que je bois ma bière (c'est que je mange de la choucroute), elle
Rugit, sa tête, mais en dedans, c'est pour ça qu'on ne l'entend pas, que
La musique de « 200 Motels » [Two Hundred Motels] est telle une
Prophétesse fomentée, - et l'on comprend que plus elle est
Fomentée, la prophétesse, plus sa parole sera ardente et hermétique.
Par Frank Zappa (1940-1993) qu'elle fut composée cette musique, alors
Les souffles se retiennent, mes
Souffles : que vais-je dire maintenant ? Vais-je parler
De l'authentique chef d’œuvre qu'est la musique de 200 Motels, évoquer
L'or perdu ; mais non, ayant perdu le rapport avec la choucroute, j'ai
Rougi (ô honte!) tandis que mon oncle m'engueule, bin alors kesses-tu-fous ?

4.
18 avril 2023 : il se dit sur twitter que quelques minutes après son allocution de 20 heures du 17 avril, le président Macron a été « filmé » (?) en train de chanter un chant traditionnel avec quelques membres d'une association dont on dit que ses fondateurs seraient proches de l’extrême-droite.

Ce qui pose question, c'est la compétence des conseillers en communication du président Macron. Je ne crois pas au hasard, et le président Macron ne cesse d'accumuler les boulettes. Y aurait-il un loup à l'âme brune et malveillante dans la bergerie des conseillers de l'Elysée ? Ou alors c'est que Macron est aussi sot que Blanquer.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 avril 2023.

16 avril 2023

PAR TEMPS DE PLUIE ET DE RHINOCEROS

PAR TEMPS DE PLUIE ET DE RHINOCEROS

1.
« Mais nous sommes des marchands de phrases, et nous vivons de notre commerce. »
(Balzac, « Illusions perdues » [Vernou])

Mon intuition me dit que j’aurai du mal à composer ce contrevers.

Mais comme mon oncle avait oublié son parapluie,
Nous avons mangé de la choucroute. Nous
Sommes bien conscients de la fréquence des occurrences
Des mots « parapluie » et « choucroute » dans notre écriture.
Marchands de parapluies, vendeurs de choucroutes, nous sommes
De votre côté. Et nous fustigeons toutes les
Phrases qui seraient dirigées contre vous.
Et cependant, il serait bon que l’oncle oublieux
Nous rende ce service de ne plus si souvent oublier.
Vivons-nous de parapluies et de choucroute ? Certes non,
De la tarte au riz nous faisons grand cas et
Notre amour des abat-jours, nous ne le cachons pas.
Commerce n’est pas le nom de mon chien.
Mon chien s’appelle Pauv’pomme comme tout le monde. Et mon
Intuition c’est qu’un abat-jour
Me semble peu utile pour se protéger de la pluie quand il est
Dit que mon oncle a oublié son parapluie et
Que le rapport entre un abat-jour et la choucroute,
J’aurai à le définir
Bien du mal, d’autant que j’ai aussi bien
Du mal à prendre les politiques au sérieux, du
Mal même à les respecter. Je ne veux
A ces prétentieux parasites aucun mal, préférant
Composer mes sornettes plutôt que de comploter. Que donc
Ce tas d’andouilles me fiche la paix, et je resterai tranquille à
Mes contrevers joyeusement m’escrimer.

2.
« et s’y rendait quelques instants après, en se faisant toujours »
(Ligne tirée d’une édition de poche des « Illusions perdues », de Balzac)

Conclusion, en traversant la rue, attention au rhinocéros, surtout quand il pleut.

Et étant alors député dépité d’avoir paumé son parapluie, il
S’y résigna, à marcher sous la pluie, et il s’y
Rendait souvent sous la pluie et sans parapluie. A
Quelques rues de là demeurait l’un de ses amis. Les
Instants qui précédèrent l’attaque du rhinocéros (car
Après, il fut total ratatiné, le député – histoire pitoyable !)
En se grattant sa tête à réformes de député, il
Se farfouillait l’œuf pour se rappeler le nom et l’adresse. Ce
Faisant, il fut un poil distrait. C’est
Toujours par distraction qu’ils se font ratatiner, les députés.

Conclusion, notez bien ceci :
En période de pluie et
Traversant la rue (là où
La fréquence des passages augmente singulièrement) car la
Rue est parfois singulièrement passante,
Attention à l’accident ratatinant, attention
Au rhinocéros (et autres bizarreries spatio-temporelles), attention au
Rhinocéros, oui, vraiment, et
Surtout si vous êtes député et
Quand zavez paumé vot’ parapluie, alors là
Il faut vraiment faire attention, surtout quand il
Pleut, et que passent les rhinocéros, et autres cornes et fracas.

Patrice Houzeau
Malo, le 16 avril 2023.

10 avril 2023

A MIDI J'AI MANGÉ DE LA SALADE RUSSE

A MIDI J'AI MANGÉ DE LA SALADE RUSSE

1.
« Les Aventures de Pinocchio », de Collodi commencent par
« Il y avait une fois un morceau de bois ».
Un éclair isolé, sans coup de tonnerre, s'appelle un « épars ».
Il y a un film qui a pour titre « Le Cri de la soie ».

2.
Si votre chapeau se met à blatérer, c'est que vous avez fait une faute de frappe.

3.
« Aimez-vous Brahms ? » est un roman de Françoise Sagan.
Brahms ou pas, j'aime les tomates.
Quelquefois avec une boîte de thon, je me fais des patates
Sautées. J'aime bien « Un Château en Suède », qui est aussi de Françoise Sagan.

4.
On n'attrape pas des saxophones avec un plat de spaghettis. Avec les spaghettis, on attrape du ventre. Pour les saxophones, faut des virtuoses ; certains jazzmen y excellent.

5.
A midi, me suis régalé de salade russe.
Recette donnée à Zut par un compositeur ukrainien exilé en France.
J'aime aussi la tarte au riz, qui ne se fait guère en France
Et qui est une spécialité de Liège. Je ne connaissais pas la salade russe.
C'est bon, la salade russe. Au dessert, il y avait du gâteau
De Pâques italien. Délicieux, ça aussi le gâteau de Pâques italien.
J'en ai encore au frigo.
Je ne l'ai pas promené, n'ayant pas de chien.

6.
La tarte au riz, ça rappelle les fraises
Que l'on mange avec du riz au lait et de la chantilly
Jamais trouvé d'oreille coupée dans un pot de confiture
De fraises
Cela aurait été une méchante aventure
Je suis quelqu'un de plus organisé qu'on le dit.

7.
Si votre assiette vous fait soudain un clin d’œil, c'est que votre veau froid est moins froid que vous le pensez.

8.
Je suis assez régulièrement les cours du rouble
Le rouble ça ne vaut plus un kopeck
Il en faut beaucoup de roubles chez nous pour se payer un bifteck
Nous nous avons l'euro, paraît qu'il y en a qu'ça trouble
Pis qu'i s'énervent et s'agacent ; pourtant leur bifteck
C'est en euros qu'ils le payent, non,
Pas en ronds d'saucisson.

9.
Si vous avez accompli votre devoir de citoyen et que vous êtes allé voter, et qu'un veau se retrouve à la présidence, c'est que vos hauts fonctionnaires sont mal élevés et vos vaches particulièrement mal gardées.

10.
Quand j'ai bien mangé, j'ai du mal à écrire.
Je bois du café mais j'ai quand même envie de dormir.
Au boulot, j'évite la cantoche
Peux plus arquer quand j'ai trop d'barbaque dans la bidoche.

11.
Il est très difficile de capturer un fantôme avec un rideau. En général, il s'enfuit avec ; c'est avec ça qu'il remplit sa garde-robe.

12.
J'ai de moins en moins envie d'écouter la radio
Ai envie de relire quelques enquêtes d'Hercule Poirot
J'en ai marre de tous ces idiots
Dans le genre Poutine et autres envahisseurs
Détrousseurs massacreurs
Je joue aux échecs avec mon ordinateur.

13.
Depuis que je joue aux échecs avec mon ordinateur, mes trajets en diagonale sont bien meilleurs. Par contre, je n'arrive plus du tout à passer dans certaines rues. Ça me complique singulièrement la vie.

14.
Ai revu « La Folie des grandeurs », de Gérard Oury.
Avec Louis de Funès et Yves Montand. Et j'ai ri.
Puis je mets la radio et sur France Inter
J'entends parler des néo-réactionnaires.

15.
Le temps c'est du
Cinéma on voit quelqu'un passer qui n’existe pas. A la du-, à la du-,
A la ducasse j'allais parfois m'acheter une gaufre de Bruxelles J'ai
Dû arrêter d'aller à la chasse aux crétins Faut s'calmer et
Vous répéter que le crétin est une espèce protégée J'ai dû me
Familiariser avec le nouveau statut des crétins. Je fume
Avec dans ma tête des idées crétines qui m'passent sous l'chapeau
Nos gens mangent aussi des gaufres de Bruxelles et ont des
Méthodes assez brutales pour les faire porter les chapeaux.

16.
Il est plus facile de passer à table que de passer à la postérité, me dis-je en dévorant un coq au vin.

17.
Quand on tire son coup pour tuer le temps, on finit par s'ennuyer.

18.
Non, monsieur Houzeau, « le crétin » ne donne pas au pluriel « décréta ». De plus, je vous prie de noter que pour former un gouvernement, il en faut plusieurs.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2023.

9 avril 2023

MIRLITONS A PÂQUES OU TU NE REVIENDRAS PAS

MIRLITONS A PÂQUES OU TU NE REVIENDRAS PAS

1.
Notre président s'appelle Emmanuel Macron
Je ne l'apprécie pas beaucoup
Mais les autres candidats ne valaient pas un clou
On se fait donc plus ou moins une raison.

2.
J'ai connu Orlando de Rudder c'était à Maubeuge
Ai bu avec lui quelques bières c'était à Saint-Omer
Et aussi à Maubeuge
J'apprécie beaucoup « Le Tempestaire »
A Arras je buvais de la Carlsberg
La semaine dernière on m'a offert « Howl » d'Allen Ginsberg.

3.
Pâques c'est le jour de la Résurrection
Et aussi des œufs des cloches et du chocolat
Je n'irai pas écouter le ratichon
Je resterai chez moi à écouter pousser mes bras.

4.
Mauvais lycéen
C'était à Lens au lycée Condorcet
En sciences je ne valais rien
En langues pas grand chose j'allais souvent au café.

5.
J'aimais bien une chanson de Louis Chedid
Qui disait
« Je me rappelle quand j'étais gosse
J'mettais des pièces dans le juke-box
Et j'écoutais du rock n' roll
Plutôt que d'aller à l'école »
Y avait aussi qui plaisait
une chanson de Lucid
Beausonge
Je n'ai pas lu « La Vie est un songe ».

6.
J'étais en cinquième lorsque je lus l'Iliade
Dans l'édition de La Pléiade
A Hénin-Beaumont ma mère achetait parfois des gâteaux
En forme de pingouin
Plus tard nous eûmes un piano
J'y cultivai quelques temps le n'importe coin-coin.

7.
Plus tard donc nous eûmes un piano
Ma mère s'étant persuadée que j'étais doué pour la musique
N'ayant aucune oreille ni disposition je jouais fort faux
J'écoutais les Stones et Led Zeppelin qu'ça soye électrique
Ma mère croyait aussi que je deviendrais un grand professeur
Ma mère rêvait beaucoup riait beaucoup et eut souvent mal au cœur.

8.
Je fus fort épaté la première fois
Que j'entendis des chansons de Robert Charlebois
« Tu reviendras à Pâques
Ou à la Trinité
Ou ne reviendras pas
Et ce sera l'été »
Qu'il chante, Charlebois,
Dans « Avril sur Mars ». Ah quel émoi
La première fois
Que j'entendis les chansons de Robert Charlebois,
Et « Deux Femmes en or »
J'ai trouvé ça très fort.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 avril 2023.

28 mars 2023

AUSSI SÛREMENT QU'UNE SAUCISSE

AUSSI SÛREMENT QU'UNE SAUCISSE

1.
« Madame, vous me demandez deux morceaux, j'en chanterai trois... Vous m'offrez mille écus, ce n'est pas assez... »
(Labiche et Marc-Michel, « Un Chapeau de paille d'Italie » [La Baronne, lisant un billet de Nisnardi])

Dans mon assiette je les regarde entrelacés
Ce spectacle de tubes longilignes souples et luisants n'a guère entamé mon
Billet de 20 euros Ce n'est
Que lorsque j'ai eu soif que
La dépense se fit Quelques bières avec la
Baronne de J'Bois-Peinard et au
Lit lequel depuis qu'il a renoncé à m’expliquer le « Traité théologico-politique » est redevenu abordable
Il n'est pas question que je renonce au réel entendis-je Ah ce
N'est que mon fantôme qui s'efforce de persister dans l'être
Pas une nuit sans que mon fantôme vienne soulever la
Question de son rapport au réel Je me dis que ce n'est qu'une question
De temps et que lorsque
L'invisible m'emportera cela disparaîtra aussi sûrement qu'une saucisse dans un estomac.

2.
« Le pauvre pantin venait d'être pris dans un piège, tendu là pour attraper les grosses fouines qui étaient le fléau des poulaillers du voisinage. »
(Collodi traduit par la comtesse de Gencé, « Les Aventures de Pinocchio »)

Le mot « pantin » peut désigner un politique c'est donc un
Mot employé très souvent car le
Pantin c'est celui qui s'agite ou que l'on agite il
Vient va court vole Il ne tombe cependant pas
Du ciel – les pluies de pantins sont rares – mais vient du
Moyen français, ce qui n'aide en rien ce pauvre Pinocchio qui « venait d'être pris dans un piège », déjà que Pinocchio il n'est pas
Français mais marionnette et fiction, alors le mot
Pantine que voulez-vous que ça lui fasse, le mot « pantine » ?
Qui est joliment amusant, d'ailleurs, « pantine » et
Désignait un écheveau, et quoi qu'c'est
Un écheveau ne me direz-vous pas parce que vous mangez une tartine pendant que je vous cause Un
Écheveau, c'est un assemblage de fils pliés et repliés afin qu'ils ne se mêlent pas, ce qui n'aide pas plus Pinocchio à sortir
De son piège, « tendu là pour attraper les grosses fouines qui étaient le fléau des poulaillers du voisinage », nous dit la traduction de la comtesse de Gencé. Quant au mot
Soie, je n'en dirai rien, parce que le texte, il est fini.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mars 2023.

 

3 mars 2023

LES CHOUCROUTES VOLANTES NE JOUENT PAS DE KRAUTROCK

LES CHOUCROUTES VOLANTES NE JOUENT PAS DE KRAUTROCK

1.
« - Voilà encore une de vos idées bizarres, - dit le préfet, qui avait la manie d'appeler bizarres toutes les choses situées au-delà de sa compréhension, et qui vivait ainsi au milieu d'une immense légion de bizarreries. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée »)

Littré fait venir le mot bizarre de l'espagnol « bizarro » et le français lui donna alors le sens de « vaillant, brave » et Larousse de l'italien « bizarro », qui signifiait « extravagant ». Parfois, cultivant le bizarre, je pensais aux choucroutes volantes.

Les choucroutes volantes ne jouent pas de krautrock et ne répètent donc pas le mot « bizarre » pendant des minutes longues comme des chapelets de saucisses, genre :

Comme c'est bizarre très bizarre ce blizzard
Qui souffle dans les gares Des gens bizarres
S'y croisent Rendez-vous au prochain bizarre
Trans-Europe Bizarre... Trans-Europe Bizarre

Il m'arrive moi aussi d'écouter du krautrock. Par contre, les saucisses, je les mange.

2.
« Il y a dans chaque pièce une certaine quantité de volumes et de surfaces dont on peut se rendre compte. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Le préfet de police])

Les mots « volumes » et « surfaces » m'évoquent la géométrie et la craie. La géométrie dit que « le carré du plus long côté, l'hypoténuse, d'un triangle rectangle, est égal à la somme des carrés des deux autres côtés.» On appelle cela le théorème de Pythagore.

Je n'ai connu aucune craie qui s'appelât « Pythagore » cependant qu'après leur passage, on devait essuyer le tableau.

Du reste, élève peu soucieux des leçons, j'avais beau fixer du regard, comme si je voulais l'hypnotiser, la craie, la craie là, la craie posée sur la plate barre métallique, là, sous le tableau muet, pas moyen de m'en souvenir du théorème à l'autre Grec.

3.
« C'est simplement – dis-je – une identification de l'intellect de notre raisonneur avec celui de son adversaire. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Le narrateur])

L'intellect est la faculté de comprendre le fonctionnement de cet engrenage de causes et d'effets que l'on appelle « réel ». Les pierres n'ont pas d'intellect, mais ce n'est pas à ça qu'on les reconnaît.

Lorsque l'on comprend comment fonctionne cette machine affective que l'on appelle « autrui », on peut, dit-on, prévoir ses actions et réactions. S'il achète des frites, c'est qu'il a envie de manger des frites. Il est rare que quelqu'un achète une barquette de frites pour lui faire une déclaration d'amour.

Les pierres sont dénuées d'intellect et ne mangent pas de frites, mais ce n'est pas à ça qu'on les reconnaît.

4.
« Ce qui est vrai d'un rapport de forme ou de quantité est souvent une grossière erreur relativement à la morale, par exemple. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Dupin])

Peut-on quantifier la morale ? Peut-on mettre l'éthique en équations ? L'universalisme moralisateur a de ces airs parfois de vouloir établir une science de la morale. Cela ne m'empêche pas de les manger, les saucisses.

5.
Dormir, que l'on trouve par exemple dans ce vers de Baudelaire : « Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde », est très calme comme verbe. Du 3ème groupe, et avec un participe passé invariable, le verbe « dormir » n'est pas une terre de contrastes. D'usage aussi courant que le mensonge en politique, il a comme synonyme familier le verbe « pioncer ». Un verbe qui évoque le repos donc, bien que, parfois, il soit modulé par le complément « d'un sommeil agité ».

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mars 2023.

26 février 2023

S'IL SE MET A ABOYER C'EST QUE CE N'EST PAS UN OEUF

S'IL SE MET A ABOYER C'EST QUE CE N'EST PAS UN OEUF

1.
Alors Alix, Enak et Héraklion arrivent à Apollonia, - c'est une colonie romaine, je le lis dans « Le Dieu sauvage », de Jacques Martin. Et là, un légionnaire leur dit : « Le général Horatius ?... Mais il n'y a pas de général Horatius ici... » (c'est dans la bédé).

Je confirme il n'y a pas plus de général Horatius ici qu'il y a d'éléphant dans le placard et de martien dans la soupière; il y a « My Brightest Diamond » que j'écoute dans « Pressure » et sur You Tube. J'aime bien cette pop song avec fanfare.

2.
« Alors, dans sa solitude hiératique, le dieu paraît soudain s'illuminer d'une étrange lueur. »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », « Les aventures d'Alix », 1970, pl. 24).

C'est ça le problème avec les statues, vous les laissez seules, et elles en profitent pour faire des trucs, « s'illuminer d'une étrange lueur », faire des crêpes, répéter un numéro de claquettes et autres mômeries fantômes ; les statues antiques, surtout celles des dieux, c'est rien qu'des belphégors dans la nuit verte (Pourquoi verte ? - Pour l'ambiance).

3.
« … au point que les corps disparaissent peu à peu sous le sable. »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », pl. 29).

Ça me fait penser au sable des planètes de science-fiction. Vous savez, le sable qui s'étend à l'infini où, soudain, se pointent, poilus et mugissants, des bestiaux biscornus surmontés de voyageurs spatio-trucs et leurs pistolets-sabres-parapluies-allume-cigares-lasers là. Que tout finisse sable, poudre, poussière, avec du vent passant dessus, ou pas de vent du tout, ou du sable avec des pluies de grenouilles (Pourquoi des grenouilles ? - Parce que des éléphants, c'est trop lourd à transporter), ça j'en sais rien. Faut demander à des spécialistes de la question que je ne me pose pas.

4.
« Mais qui sont ces visages qui, à peine apparus, semblent fuir vers l'infini ? »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », pl. 31).

Là, dans la case, on voit de mauves têtes genre têtes de statues décapitées à yeux blancs tournebouler dans une verticalité de vitesse rouge. Psychédélique. Je me demande si on aurait le même effet avec des girafes qui font pouët-pouët, ou des coin-coins qui font pouët-pouët, ou des députés qui font pouët-pouët, ou des poètes qui font pouët-pouët (bin quoi, les poètes ont le droit de faire pouët-pouët comme les girafes, les coin-coins, les députés et tout ce qui relève de la pouët-pouëtance).

5.
Au bas de la planche 38 de l'album « Le Dieu sauvage », un œil noir me te nous vous ils (et leurs sœurs) observe. J'ai beau me dire qu'il ne peut pas me voir, n'empêche que si vous voulez manger des frites dans un œuf battu, il faut battre l’œuf tant qu'il peut se battre. Si l’œuf se met à aboyer, c'est que ce n'est pas un œuf. Il vous reste les frites, que l’œil noir de la dernière case de la planche 38 considère avec stupéfaction.

6.
« Eh bien, nous voilà pris entre une armée de vivants et une armée de morts, et... »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », pl. 52 [Alix]).

Certes, c'est assez curieux, mais comme il y a peu de chances que l'armée de morts résiste à l'armée de vivants (on n'est pas à Zombiland, voyez), tout devrait rentrer dans l'ordre, d'autant qu'on est à la fin de cet album où il est question de la force mystérieuse et destructrice qui émane d'une statue représentant le dieu Apollon.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 février 2023. 

22 février 2023

LE HARENG SAUR ET LES MARIONNETTES

LE HARENG SAUR ET LES MARIONNETTES

1.
« … des bassins où des poissons d'or glissaient comme des ombres rouge sang parmi les nénuphars »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.98)

Dans cette phrase, le rapprochement de l'or et du sang dans les lieux clos des « bassins » me donne à songer sur l'avenir des humains. Décoratif et intéressant si l'on s'intéresse aux poissons et aux bassins. Si l'on s'intéresse à la cornemuse ou à l’œuvre de Frank Zappa, l'intérêt est plus relatif. Les cornemuses évoluent très mal dans les bassins pleins d'eau, et Frank Zappa n'était pas un poisson.

2. « 
Faut pas croire : malgré mon air léger et désinvolte, j'ai un cœur. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.106 [Hugo])

En français, quand on dit « j'ai un cœur », cela veut dire que l'on éprouve des sentiments, que l'on est capable d'empathie. Si on dit « j'ai une araignée au plafond », cela veut dire que l'on flanche un peu côté raison. Je l'entends rarement. En général, ce sont les autres qui ont une « araignée au plafond » ; nos pommes, bien sûr, c'est un petit Kant, un petit Descartes que l'on a au plafond. En général, ils le repeignent, et souvent, nous leur ôtons l'échelle en leur recommandant de bien s'accrocher au pinceau.

3.
« Après ça la conversation est devenue métaphysique et ennuyeuse. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.115 [Sophie Tilling])

C'est pour ça qu'il ne faut jamais oublier son hareng saur quand on va en ville. Lorsque la conversation devient « métaphysique et ennuyeuse », mentalement, on prend son clou, son marteau, sa ficelle et hop, v'là le hareng qui se balance lentement dans votre tête, rythmant le temps, rythmant le temps, rythmant le temps pendant que les autres disent des choses, disent des choses, disent des choses, et que vous vieillissez autour d'un bol de chips et d'un verre de vin.

4.
« Quand qui a fait quoi ? répéta Cordélia. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.128)

Quand je pense que si j'étais un chien, je ne pourrais pas lire de romans,
Qui me distraient et m'intéressent plus que la plupart des activités auxquelles se livrent mes contemporains bien obligés de,
A ma maison, avec mes bouquins, que je préfère rester plutôt que d'être mêlé à qui
Fait quoi a fait quoi fera quoi et pour qui que quoi dont où, ce dont je me fiche réellement, cependant que dans la fiction, la détective se fascine pour le quand qui a fait
Quoi, même qu'elle
Répéta « Quand qui a fait quoi ? » la
Cordélia, - Sandwich ! J'vas l'bouffer ! Y a du fromage !

5.
« Elle hochait la tête comme une marionnette, faisant danser au soleil son pompon de couleur vive. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.157)

Parfois, quelqu'un, c'est « comme une marionnette », mais ce n'est pas une marionnette. On n'a jamais vu une marionnette inventer des dieux, des mythes, des recettes de cuisine, des façons d'assassiner son prochain. Cependant, les politiques prennent parfois les électeurs pour des marionnettes, et les capitaines d'industrie et de la haute finance, celle-là qu'est multinationale, prennent parfois les politiques pour des pantins. Ça donne du guignol qui finit invariablement par des coups sur la gueule : on appelle ça la guerre.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 février 2023.

20 février 2023

LES MORTS PEUVENT PARLER D'AILLEURS ILS SE TAISENT

LES MORTS PEUVENT PARLER D'AILLEURS ILS SE TAISENT

1.
« - Mon père était un poète marxiste itinérant et un révolutionnaire amateur. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.34 [Cordélia Gray]).

Cela arrive parfois. Je ne sais pas ce que ça donne dans la vie réelle : une banquière, une cadre d'un parti de droite, une sœur au couvent, une professeure intransigeante, une chanteuse de blues... Dans le roman, une détective privée, - y aurait-il des choses à démêler ?

2.
« Elle [Sœur Mary Magdalena] trouvait plus intéressant de démontrer l'incompréhensibilité de l'Univers et l'impénétrabilité des lois divines que de révéler des principes scientifiques. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.37).

Le jeu de sens sur « démontrer » et « révéler » est amusant. Ce qui m'occupe parfois, c'est la démonstration de l'absurde, et ce n'est pas si facile, car l'absurde a toutes les apparences de l'intelligible. C'est un malin. Les politiques nous le prouvent régulièrement.

3.
« Les morts peuvent parler. Ils peuvent nous mener droit à l'assassin. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.46 [le commissaire Dalgliesh]).

Jeu macabre : les assassins font taire quelqu'un en le tuant ; aux enquêteurs alors de faire parler les morts.

4.
« L'organisation de Bernie avait toujours été méticuleuse et sans défaut ; c'était la réalité qui avait refusé d'y coller. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.55).

L'organisation – réminiscence du « Monte-plats », de Harold Pinter, les deux tueurs là attendant -,
De ça qu'il se tisse, le monde, d'organisations.
Bernie, c'est un détective du début du roman, il en
Avait de l'organisation, qu'elle se dit Cordélia Gray dans la tête de P.D. James,
Toujours, parce que sans organisation, il aurait
Été difficile de spéculer résoudre élucider, et puis
Méticuleuse, à ne pas oublier sa tête dans un placard,
Et ça faut jamais, parce que les têtes dans les placards, elles se conservent très mal ;
Sans compter que sans tête il est très difficile de passer inaperçu, et à
Défaut de tête, on finit par ne plus savoir où se mettre.
C'était ça le problème :
La garder, la tête ; empêcher la
Réalité de vous la prendre, la tête,
Qui a bien besoin de vous, comme vous avez besoin d'elle. Si elle
Refusait, la tête, de vous gérer la mouvance, la parlance, la cogitance, ou
D'y adhérer, le corps, aux projets de la tête, ah ce serait à vous
Coller devant la télé, à regarder s'agiter des chroniqueurs décérébrés.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

9 février 2023

6 SOTS, 6 !

6 SOTS, 6 !

1.
En français, l'Immortalité ne peut recruter que si elle siège à l'Académie française où bien des académiciens sont non seulement aussi mortels que Socrate et son chat, mais sont parfois plus rapidement oubliés qu'ils furent élus.
Citation : « Et l'on pouvait prévoir le moment où le recrutement de l'Immortalité deviendrait quasi impossible. » (Gaston Leroux , « Le Fauteuil hanté », chapitre 8, « En France, l'Immortalité diminue »).

2.
En français, quand on ne remue pas du tout (pas de battement de cil, pas un frémissement, rien), on peut ne remuer pas plus qu'une statue. Si l'on est soi-même statue, c'est normal. Si l'on n'est pas plus statue que ça, c'est plus étrange, voire carrément inquiétant si cet état se prolonge. Après, vous vous habillez comme vous vous voulez. Si vous êtes statue, vous n'avez pas eu le choix, mais rassurez-vous, on n'y prête guère attention.

Citation : « L'homme, sur le trottoir, ne remuait pas plus qu'une statue. Il était élégamment vêtu d'un complet jaquette sombre ;... » (Gaston Leroux, « Le Fauteuil hanté », chapitre 11, « Terrible apparition »)

3.
En français, on peut voir « une boîte qui marche ». Quand le roman est écrit au passé, alors c'est « une boîte qui marchait ». Cela ne signifie pas qu'elle marche encore. Mais ça eût marché. Si la boîte marche, c'est qu'elle a des jambes, ou des pattes, ou des chenilles, ou des roues. Il se peut que ce soit un robot. Ou une hallucination. Ou un chat dans la boîte. Ou un canular. Ou un élément d'une phrase dans un roman de Gaston Leroux.

Si la boîte se déplace dans la nuit et sans faire de bruit, c'est qu'elle a quelque chose à cacher, ou qu'elle est respectueuse du sommeil de nos concitoyens. Sinon, elle beuglerait « La Valse brune ».

Citation : « Certainement, il avait vu comme une boîte qui marchait.
C'était une boîte carrée qui avait de petites jambes et qui s'était enfuie dans la nuit, sans bruit. »
(Gaston Leroux, « Le Fauteuil hanté », chapitre 3, « La boîte qui marche »)

4.
En français, un « orgue » peut-être soupçonné d'être « complice d'un crime ». Ce complice peut tout aussi bien être un homme, une femme, un enfant, un revenant, un alien et tout être perspicace et remuant. La question est donc : un orgue peut-il être perspicace ? En tout cas, l'antiquaire du roman « Le Fauteuil hanté » de Gaston Leroux dit bien qu'il n'en sait rien.

Citation : « - Croyez-vous cet orgue complice du crime ?
Je n'en sais rien, répondit d'une façon bien ambiguë l'antiquaire, je n'étais pas là au moment du grand grincement du déclenchement dans la manivelle de la musique de l'air du crime. » (Gaston Leroux, « Le Fauteuil hanté », chapitre 6, « La Chanson qui tue »).

5.
En français, on peut « avoir un « oh ! » qui en dit long ». C'est ce que l'on appelle une exclamation expressive. Ça peut être un « ah ! » ou un « uh ! », mais pas un « z » ou un « y ». Bien qu'il soit expressif, il reste pauvre en informations, et ce n'est pas du « oh ! », ni du « ah ! », ni du « uh ! » que vous apprendrez que C² = a² + b². Mais il produit toujours son petit effet, sauf si vous êtes seul, et que vous vous dites : « ah tiens, je suis seul », ou « oh, je suis bien seul » ou « uh, je suis quand même bien seul ». Et si vous dites « ouille », c'est que vous vous êtes cogné.

Citation : « Cette fois, M. le secrétaire perpétuel sentit un véritable frisson lui parcourir le corps de la tête aux pieds : Le candidat à l'Académie ne savait pas lire !
M. Patard eut un « oh ! » qui en disait long sur son état d'âme. »
(Gaston Leroux, « Le Fauteuil hanté », chapitre 10, « Le calvaire »)

6.
En français, on peut parler d'un « secret » sans savoir ce que c'est. Ainsi, nous parlons des autres sans savoir qui sont-ce réellement que ces gens-là. Les autres sont des secrets. Et vaut mieux pas défois chercher à savoir, à moins que l'autre en question ait commis des malfaisances et que l'on soit policier, juge ou journaliste.

Quand c'est un secret genre « Le Secret des Soucoupes Volantes », le « Secret de la Grande Pyramide », le « Secret de Toth » (poil aux tototes) ou le « Secret de la deuxième chaussette disparue » (poil au...), on n'en sait pas plus, mais on en cause quand même : y a même des gens qui en vivent, de tout ce n'importe quoi là.

Citation : « Eh bien, voilà ! J'étais allé chez lui, parce qu'on parlait beaucoup, depuis quelques jours, du secret de Toth sans savoir ce que c'était. »
(Gaston Leroux, « Le Fauteuil hanté », [Lalouette])

Patrice Houzeau
Malo, le 9 février 2023.

5 février 2023

EN REMETTANT MES OREILLES

EN REMETTANT MES OREILLES

1.
Ai vu « Mystère à Saint-Tropez » (de Nicolas Benamou, 2021), avec Christian Clavier (il a grossi), Gérard Depardieu (a-t-il maigri ?), Benoît Poelvoorde. La crétinerie de ce film confinant au génie de l'absurde, j'ai ri.

2.
Sur la couverture d'un de mes exemplaires du « Mystère de la chambre jaune », quelqu'un a laissé une empreinte de main sanglante sur le mur (jaune). Y en a ils ne respectent vraiment rien.

3.
Le nom savant de la sardine est « sardina pilchardus » alors que celui du lion est « panthera leo » ; ça vous a quand même un autre genre de crinière, non ? Il est vrai qu'il est plus facile d'attraper une boîte de sardines (elles pullulent en supermarché) qu'un lion (lequel ne se déplace jamais sans sa savane).

4.
Les articles connexes proposés par Wikipédia sur la page « Oeuf de Colomb » sont : « Nœud gordien », « Superœuf  », « Thinking outside the box », « Problème des sept ponts de Königsberg », « Œuf de Colomb de Tesla ». Pour « Les Cinq Pépins d'orange » et « Le Ruban moucheté », il faut vous reporter à une bonne traduction du recueil « Les Aventures de Sherlock Holmes ».

5.
En général, les petits Français font « yaourt » en LV1.

6.
Ce n'est pas toujours en jouant du tambour que l'on fait venir les trompettes, surtout si elle sont bouchées.

7.
La première phrase de « The Duel », de Joseph Conrad est :

« Napoleon I., whose career had the quality of a duel against the whole of Europe, disliked duelling between the officers of his army. »
Quand je l'aurai apprise par cœur, - ça fait de l’exercice -, je saurai quoi me dire à chaque fois que j'entendrai un ministre de l'éducation nationale trissoter dans le poste.

8.
Ah, ça va être l'heure de l'émission « Le Masque et la Plume ». Je vais remettre mes oreilles.

9.
« On peut imaginer qu'il a appris les règles du jeu sans que jamais une pièce réelle lui ait été montrée. » (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 31).

C'est à propos de la « forme de la figure du roi » dans le jeu d'échecs. C'est à propos de la forme réelle que nous ne pouvons connaître des pièces d'un jeu dont nous ne connaissons les règles que par convention.

10.
En allemand, « Éléphant » se dit « Elefant » ; « Endive » se dit « Endivie » ; « dater » se dit « datieren » ; « caramel », « Karamel » et « der Karneval », c'est le « Carnaval ». Que « changement de direction » se dise « Fahrtrichtungsänderung », je ne sais pas si je m'en consolerai.

11.
Je note une incompatibilité de plus en plus marquée entre le lit où j'aimerais rester et le train que je dois prendre. Que l'on veuille pousser cette incompatibilité jusqu'à 64 ans et plus (je le pressens), voilà qui me chiffonne.

12.
Je ne sais pas ce qu'ils ont tous avec la valeur « travail ». Prendre le train tôt le matin pour aller supporter d'autres sots que soi et régler des problèmes dont, ontologiquement, on se fout, quelle étrange chose.

13.
Tiens, tiens, y aurait de grandes fortunes de France qui évaderaient du pognon dans des trusts canadiens. On parie que ces « indélicats » (pour rester poli) sont très en faveur du recul de l'âge de la retraite pour nous autres, pauvres pommes.

14.
Alors le Grand Pilchard m'apparut et me révéla ce grand secret : les tsars dînent à l'huile. (Variante d'une blague que j'ai faite 18 000 fois et que j'associe, allez savoir pourquoi, à Amélie Nothomb, dont j'aime bien les livres cependant).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 février 2023.

26 décembre 2022

DU COUP LES TAUREAUX FURIEUX

DU COUP LES TAUREAUX FURIEUX

Notes et amusettes sur quelques pages du roman « Les Cavaliers de la pyramide », de Serge Brussolo (Le Livre de Poche, 2004, pp 283-291).

« Quant aux autres, les taureaux les mettront en pièces chaque fois que le frisson du sable animera ton tombeau. »
(Serge Brussolo, « les Cavaliers de la pyramide », le Livre de Poche, p.290 [Tanita citant les hiéroglyphes qu'elle déchiffre).

1.
Je ne sais pas qui est Junia, je prends le livre en cours de page. Ça sonne latin. La poussière d'or tue. L'or aussi tue. L'idéologie, derrière laquelle se planquent les appétits d'or et de pouvoir, tue.

2.
Ce 26 décembre 2022, entendu sur France Culture je ne sais qui parler de la nécessité de veiller au contenu idéologique des ouvrages pour la jeunesse. Cette bonne âme, effrayée de ce que certains lecteurs des ouvrages pour la jeunesse d'il y a vingt ans votent maintenant pour l’extrême-droite, ne se rend même pas compte que sa nécessité idéologico-éthique est l'alibi rêvé des censeurs de tout bord.

3.
La poussière d'or asphyxie et aveugle et comme « rien ne peut dissoudre l'or »... Serge Brussolo dans « Les cavaliers de la pyramide » raconte que les « empereurs d'Asie » condamnaient les « hauts dignitaires » qui les avaient trahis en leur faisant aspirer des « feuilles d'or, très minces », lesquelles, se collant aux bronches, les asphyxiaient.

4.
Junia se dit « qu'utiliser le trésor pour [les] tuer » est aussi habile qu'ironique. Vengeance de la momie. Statues d'or, « idoles barbares ». Des « dépouilles » utilisées comme « bombes fulminantes ». Junia regrette de n'avoir pas la maîtrise de soi des « prêtres ».

5.
Junia s'en sort. Junia est-elle une « ogresse » ? Junia cherche à débusquer le piège. La modernité et la bonne parole du « vivre ensemble » masquent les pièges que nous tend l'infini là, toutes ces consciences là, le monde là, les autres là.

6.
Des sarcophages à tête de « taureau furieux ». Ça sent la « malice ». Pourquoi douze ? Donc, Junia cherche « la dépouille de la magicienne » ? On ne serait pas surpris de voir débouler Rick O' Connell et Evelyn Carnahan du film « La Momie » (Stephen Sommers, 1999).

7.
Des sarcophages « à roues » : je ne sais pas si cela existe. Evidemment, ce serait plus pratique pour déplacer leur éternité. Analogie : sarcophages- « fauves assoupis »- « crocodiles » aux aguets- boîtes à coucous toxiques. Junia, les miroirs et le labyrinthe. Multiplication des illusions. Ce qu'on nous fait miroiter qu'on rame. J'aime bien la littérature de genre ; elle me distrait de la littérature sérieuse qui souvent m'agace.

8.
Le tout n'est pas de savoir qu'il y a un piège, c'est de savoir comment il fonctionne. La malice, c'est que ceux qui démontent les pièges sont eux-mêmes des poseurs de pièges. Je me méfie donc des sociologues.

9.
« Ça ne ressemble à rien de connu. » La littérature attrape l'inconnu dans ses syllabes. « L'adolescente » (Tanita) se propose de « déchiffrer ». Comme elle est aveugle, elle tâte et palpe. « Le nombre et l'unité », « la pluralité et l'anonymat », « le frisson du sable », je suis d'accord avec Junia : « Quel prétentieux charabia ! ».

10.
Junia et Tanita (une géante et une adolescente aveugle) face à une « armée de sarcophages ». Fragilité de la pyramide mouvante. Le sphinx incompris et baudelairien avait bien raison de haïr le « mouvement qui déplace les lignes ». Du coup, les taureaux furieux...

Patrice Houzeau
Malo, le 26 décembre 2022.

23 décembre 2022

L'INTELLIGENCE PLURIELLE DU MONDE

L'INTELLIGENCE PLURIELLE DU MONDE

Notes sur le sonnet « Correspondances », de Baudelaire.

1.
Baudelaire, « Correspondances ». Si la « Nature » est un « temple », à qui ce temple est-il dédié ? Quelle sacralisation, dis ! Personnifiée, immuable par la grâce de l'être, « temple ». C'est que qui quoi dont où, cette immanence ?

Des « vivants piliers » aux « confuses paroles . Des sibylles ? Le bruissement des feuillages ? De quoi s'imaginer des chœurs étonnants. Des rythmes hermétiques.

La « Nature » fourmillerait de « symboles », à en dresser des « forêts », seul mot de la première strophe se référant explicitement à la nature. Que « l'homme y passe » n'est guère étonnant, l'espèce humaine n'étant jamais qu'un passage dans on ne sait quoi d'ailleurs.

Ces « forêts » ont des yeux. Je pense que s'il y eut jamais quelqu'un qui revint d'une promenade dans une forêt à yeux, ce fut pour rentrer dans un asile d'aliénés, ou alors l'histoire des faits divers. Ce n'est pas l'humain qui contemple la Nature, mais la nature qui garde un œil sur le bipède qu'elle connaît aussi bien que si elle l'avait fait.

« La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers. »
(Baudelaire, « Correspondances », premier quatrain)

2.
L'assonance [on] et le mot « échos » au centre du vers. L'assonance [on] plonge le cercle du o dans la confusion. Echos, en effet : « profonde », « comme », « sons se répondent ».

Identité des contraires « nuit » et « clarté ». Evocation ternaire de la synesthésie : odorat, vue et ouïe ; différents sens participent à une même « unité », celle du monde sensible, du monde tel qu'il se présente.

« Parfums, couleurs, sons » : le champ lexical de la culture domine. Des mots éclatants, aux sonorités différentes, contrastant, aux référents précis, en opposition avec la confusion des échos lointains.

Baudelaire a-t-il voulu que son art rivalisât avec la musique ? Si dans la nature cette unité préexiste, « ténébreuse » et « profonde », c'est l'art qui lui donne son sens.

« Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comma la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »
(Baudelaire, « Correspondances », second quatrain)

3.
Baudelaire prend l’exemple des parfums. Certains de ces parfums ont la douceur du son des hautbois, la fraîcheur des enfants et du vert des prairies.

Le « mot » prairies » et les mot « forêts » sont les seuls mots du sonnet se référant réellement à la nature. Ambiguïté des parfums « corrompus », puissance et richesse d'un monde infiniment divers et irréductible. « expansion » : diérèse précieuse. Le dernier vers traduit l'union de « l'esprit et des sens », du corps et de l'intelligence dans l’exaltation et la synesthésie des parfums chantants.

« Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants, 

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. »
(Baudelaire, les deux tercets du sonnet « Correspondances »)

Note : Je vois dans le sonnet des « Voyelles », de Rimbaud, un écho au sonnet des « Correspondances ». Baudelaire éclaire, démontre, illustre. Rimbaud, en associant sons et couleurs en une suite d'images originales, rappelle que le monde n'en reste pas moins étonnamment hermétique, étrange, bizarre, aléatoire. La fascination n'en reste pas moins.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 décembre 2022.

18 décembre 2022

APPARITION DISPARITION VERIFICATIONS

APPARITION DISPARITION VERIFICATIONS

Notes et amusettes sur les trois premiers chapitres de la 1ère partie de « Belphégor », de Arthur Bernède (1871-1837).

« Et il désigna le socle de la statue de Belphégor, dieu des Moabites, dont le masque grimaçant, déconcertant, énigmatique, semblait contempler en ricanant les humains qui l’entouraient. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chap. 1)

1.
Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 1. « La salle des Dieux barbares ». Comment ça, un « fantôme au Louvre » ? L’un y croit, l’autre en rit. Un témoin, qui ne boit ni n’hallucine. Sans yeux pour les voir, pas de spectre. L’autre monde est dans nos yeux.

Apparition. Près de la statue de Belphégor, une forme en noir, « suaire noir », « capuchon noir »,

Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor,
Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor qui rôde encore.

Le fantôme fait un « bond prodigieux ». Disparition. Où est-il passé ? Le gardien Gautrais est perplexe.

Vérifications. Des « traces suspectes ». Le cambrioleur impossible. La police rend-t-elle les fantômes timides ? Sabarat le téméraire. La « statue renversée ». Un mort en ce décor d’opéra fantastique. « - Le fantôme !... Le fantôme !... ».

Sans yeux pour les voir, pas de spectre. Et sans spectre, pas de spectacle ni d’histoire de fantôme. Les films que nous dévorons sont faits de ces revenants. Une manière d’être du temps. L’être du temps joue-t-il la comédie ?

2.
« - Belphégor ! fit Jacques, surpris… Ah çà ! Qu’est-ce que cela signifie ? »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chap. 2)

Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 2. « Jacques Bellegarde ». Un nom d’escrimeur. Et alors la reine Tomiris affronta la féroce chimère de ses cauchemars (je tire ça du film épique avec batailles à dada, lances, flèches, boucliers, empires et trahisons « Tomiris » (2019) du réalisateur kazakh Akan Satayev). Je sais, ça n’a rien à voir avec « Belphégor » ; je sais, et je m’en fiche.

Portrait du héros. « presque célèbre ». « parler peu ; agir beaucoup, penser davantage ». Est-ce une devise ? Comme nom, « Jacques Bellegarde », c’est moins amusant que « Joseph Rouletabille ».

« Amer menthe ». Ah tiens, en 1927, Arthur Bernède emploie le mot « informateurs » pour désigner les journalistes. De toute façon, l’inspecteur Ménardier n’a rien à leur dire.

Un marcheur. Résumé des évènements. Première apparition de la charmante Parisienne. Un fantôme ou un voleur ? Bellegarde dragouille et s’interloque. Défois, on est plus connu qu’on croit.

Bellegarde rationalise et reçoit un « étrange message ». Un avertissement de Belphégor. Puisque que certains écrivains fantômes hantent les librairies, pourquoi Belphégor n’écrirait-il pas ? Défois, on est plus surveillé qu’on croit.

Simone l’appelle « mon chéri » ; Bellegarde l’appelle « mon petit ». Jacques Bellegarde relève le gant. Le Covid est-il de retour ? Poutine-aux-fantômes continue sa sale guerre en Ukraine.

3.
« - Faut-il qu’il en ait du courage, M. Jacques, pour passer la journée avec cette raseuse et la nuit dans la salle des Dieux barbares ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chap. 3)

Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 3. « Simone Desroches ». Mondanités excentriques. Le snob selon Arthur Bernède : quelqu’un qui est « toujours prêt à s’enthousiasmer de ce qui ennuie les uns, et à déclarer « infect » ce qui plaît aux autres ».

Une « fée shakespearienne » en « péplum blanc ». Fantôme en noir, fée en blanc. La fée déclame des vers ridicules. Une éducation imparfaite peut vous rendre exagérément romanesque.

Beaucoup de sous ; donc, des courtisans, et l’influence d’Elsa Bergen. Simone en pince pour Jacques. Un feu de paille. Elle est riche ; il « n’a que son talent ». Chantage affectif. Jacques est bien embêté.

Bernède évoque un certain « baron Papillon » ; cocasse. Maurice et Elsa n’apprécient guère le couple Jacques-Simone. Jacques part ; Simone pleure ; le pianiste joue et comme il virtuose dans la modernité à dissonances, ça souligne l’émotivité à fleur de peau de l’amoureuse.

Le monde est petit. Marie-Jeanne lit le journal. Jacques Bellegarde veut passer la nuit au Louvre. Arrivée de Simone, porteuse d’un nouvel avertissement de Belphégor. Le fantôme a l’œil américain. Bellegarde n’y croit pas et spécule. Simone s’alarme ; Jacques la rassure ; Simone va au restaurant ; Jacques aussi. La semaine prochaine, c’est Noël. Le traditionnel « Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté », on y croit de moins en moins.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 décembre 2022.

16 décembre 2022

J'AIME BIEN LES EXEMPLES DE GRAMMAIRE

J'AIME BIEN LES EXEMPLES DE GRAMMAIRE

1.

Amusant comme les exemples de grammaire peuvent stimuler l'imagination. Voici un décor : « Das laufende Kind. Die singende Frau. Blasende Instrumente. Ein tanzender Tee. »

Et une ombre de début de fiction :

« Die bettreffende Person. Eine schreiende Ungerechtigkeit. Der zu findende Weg. Es ist kein leicht zu lösendes Problem. »

Nous avons donc un « enfant qui court » et une « femme qui chante ». Il y a des « instruments à vent ». Serions-nous dans un « thé dansant » ?

Il y a aussi une « personne concernée » par une « injustice criante », un « chemin à trouver » dans une situation (un « problème ») « pas facile à résoudre ».

Je tire ces exemples de la « Grammaire méthodique de l'allemand moderne », de J.M. Pastré (éditions Ophrys, 1983, p.146), et me dis que si ça se trouve, l'auteur a lui-même tiré ces exemples d'une page de roman consulté pour.

2.

J'adore les exemples de grammaire :

Ainsi, cézigue, Dieter, « Er ist nicht mit dem Auto, sondern mit dem Bus gefahren. »

Donc, comme il n'est pas allé en voiture, mais en bus, il n'a pas pu, comme son pote Karl, être motorisé jusqu'à la gare par la jolie Nina : « Sie hat mich zum Bahnhof gefahren », qu'il s'a répéta un tas de fois because Karl, il est un peu bêta.

Comme « Die Fahrt von Wien (Ach, Mozart !) nach Salzburg (Ach, Mozart !) dauert ungefähr 3 Stunden. » (comment ça, « environ 3 heures », le trajet de Vienne à Salzbourg ? Ce « ungefähr » ne me semble pas correspondre à l’exactitude germanique), Dieter a prévu de la lecture : « Die Blechtrommel », de Günter Grass (« Le Tambour »).

Pendant ce temps là, Karl a bien failli manquer le train : « Die Polizei hielt alle Wagen an ». La police, certes, arrêtait toutes les voitures, mais, heureusement et Gott sei Dank, il n'a pas loupé son train, Karl, et « Der Wagen hielt vor dem Bahhof an ». La voiture s'étant arrêtée devant la gare, il chercha Dieter du regard (il était pourtant reconnaissable avec sa jambe en bois, son bandeau noir et son perroquet criaillant que « Vor der Kaserne Vor dem grossen Tor Stand eine Laterne Und steht sie noch davor ») mais il se souvint soudain que le Dieter, « er ist vor zehn Tagen abgereist » (ah oui, ça fait quand même 10 jours qu'il s'est tiré), alors il prit le train tout seul, Karl, en se répétant bêta : « Sie hat mich zum Bahnhof gefahren » tout en s'efforçant de se concentrer sur « Die Blechtrommel », de Günter Grass.

3.

Ne vous mariez pas, les gars. Regardez-moi, je ne me suis pas marié, et je suis quand même tout seul.

4.

Alors Inge dit : « Er sah mich aufmerksam an. »

Donc, comme il la regardait attentivement, elle attira son attention sur un article du journal qu'elle était en train de lire : « Sie hat mich auf einen Zeitungsartikel aufmerksam gemacht », qu'il dit Dieter plus tard. Donc, il lit l'article dans le journal que lui tend Inge. Attentivement. D'ailleurs, il en remarque chaque détail : « Er bemerkt jede Einzelheit. » Il dit aussi que son comportement l'a frappé : « Ihr Verhalten fiel mir auf », et c'est quand il se rendit compte que toute la maison était plongée dans l'obscurité (« Es ist mir aufgefallen, das alles im Haus dunkel war ») qu'il fut étonné de constater l'absence de Inge. Il dit le lendemain que la nuit dernière, il a rêvé quelque chose d'étrange : « Ich habe letzte Nacht etwas Merkwürdiges getraümt ». Alors, il me regarda avec étonnement : « Er schaute mich erstaunt an » et ajouta, j'ai cru que tu étais là. Mais je n'étais pas là : « Mein Name ist Inge, und ich bin tot. »

Il m'arrive de penser que les exemples de grammaire sont hantés. Il y a quelque chose de l'être, là-dedans, quelque chose de ce qui pourrait être là, que l'on pressent, et dont on ressent l'étrange absence.

5.

Sur twitter, une belle version du chant traditionnel ukrainien « Shchedryk » enregistrée en décembre 2022 par des militaires de différents pays membres de l'OTAN. Ce morceau « Shchedryk » est aussi connu sous le titre « Carol of the Bells ». On en trouve plusieurs interprétations sur You Tube, et c'est vraiment très beau.

Patrice Houzeau

Malo, le 16 décembre 2022.

14 décembre 2022

UNE VICTOIRE ENIGMATIQUE

UNE VICTOIRE ENIGMATIQUE

Notes sur la Préface de « Humain, trop humain », de Nietzsche traduit par Desrousseaux et Albert (le Livre de Poche, « Les Classiques de la Philosophie »).

1.
« Des lacs et des rets pour les oiseaux imprudents » : c'est ainsi que Nietzsche lui-même dans sa préface à « Humain, trop humain », qualifie les pièges que peuvent devenir ses arguments pour des esprits qui exerceraient leurs critiques en volant de travers.

2.

« Une école du soupçon » ; la « vie » vit-elle de la « tromperie » ; vivre, est-ce tromper autant que se tromper ? Les « esprits libres » sont-ils une invention ? De l'utilité des « compagnons et fantômes » de fiction que l'on fréquente et que l'on révoque à son aise.

Poutine, en persistant dans sa sale guerre en Ukraine, sait-il qu'il se trompe tout autant qu'il trompe les Russes ? Je crains la révélation qu'il pourrait se faire à lui-même. Poutine sera-t-il assez fort pour supporter soudain de comprendre, ou restera-t-il dans le déni, prolongeant horreur et bêtise ?

3.

Une « victoire énigmatique », celle sur ses déterminismes que l'on ne peut pourtant pas complètement annihiler, quand bien même on ferait de la philosophie une logique imperturbable, objective, implacable, catégorique et tendant à l'efficacité d'un système administratif.

De là sans doute le goût des pouvoirs totalitaires pour les dogmes « démontrés », le goût des partis extrémistes pour les gouvernances qui fondent l'individu dans la masse des citoyens obéissants, soumis à une norme d'autant plus rigide qu'elle est présentée comme morale, salutaire, verticale, transcendante.

4;
« Tout peut-il être faux en dernière analyse ? » se demande le narrateur nietzschéen, replongeant le lecteur dans le vertige du paradoxe du menteur.

5.

De la « santé débordante » de « l'esprit libre » qui ne peut se passer de la « maladie » puisque cette « santé » est d'autant plus éclatante et renforcée qu'elle se gagne par une victoire sur la « maladie ». Notons qu'il s'agit d'une victoire sur soi-même, et non un appel à éradiquer. Réfléchir n'est pas tuer.

6.

Éloge du lieu d'être : « Qui comprend, comme lui, le bonheur qu'il y a dans l'hiver, dans les taches de soleil sur la muraille ! » Lisant Nietzsche, j'y crois parfois entendre des échos du Rimbaud des «illuminations ».

7.

Des « vertus » non comme des « maîtresses », mais comme des « instruments ». Des contraintes dont on se fait des aubaines, des outils, des armes. Y aurait-il une virtuosité du vrai ? Être authentique, est-ce être virtuose, à la manière d'un danseur, d'un musicien, d'un peintre et d'un poète ?

8.

L'esprit face à « l'énigme de sa libération ». La « vocation » nous voue à ce que « nous ne connaissons pas encore » : nous agissons en vertu d'un avenir que nous ignorons ; « c'est l'avenir qui dicte sa règle à notre présent » écrit Nietzsche.

Une autre lecture, plus positiviste, dirait que c'est en fonction de l'avenir que nous agissons et que donc, les nécessités du futur, nous obligeant à la prévoyance et aux préparatifs, conditionnent le présent. Morale de carriériste, de militant, d'individu responsable, d’expérimentateur, de citoyen modèle, de professeur, de stratège.

9.

« surtout que, dans certains cas, comme l'indique le proverbe, on ne reste philosophe qu'en gardant le silence. »

(Nietzsche, « Humain, trop humain », Préface, 1886).

Se taire, est-ce snober le réel, le désavouer, l'envoyer paître avec tous ses bavards ?

 

Patrice Houzeau

Malo, le 14 décembre 2022.

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