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16 août 2023

DOWN DOWN DOWN

DOWN DOWN DOWN

1.
« There was nothing so very remarkable in that ; nor did Alice think it so very much out of the way to hear the Rabbit say to itself, « Oh dear! Oh dear ! I shall be too late ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter I)
Dans ce début de phrase, on comprend  :
- que "the Rabbit" a voté Macron en 2022 ?
- que "the Rabbit" est un morceau de rock psychédélique d'un groupe du nom de Alice's Adventures ?
- qu'Alice ne s'épate pas plus que ça d'entendre le Lapin dire qu'il va être en retard ?

2.
« Either the well was very deep, or she fell very slowly, for she had plenty of time as she went down to look about her, and to wonder what was going to happen next. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter I)
Doit-on comprendre ici que :
- l'auteur s'interroge sur la profondeur du puits et la vitesse de la chute d'Alice ?
- qu'Alice ne fonctionne qu'avec des piles ?
- que le temps de la chute semble se modifier, se ralentir, se relativiser de telle sorte qu'Alice ne panique point et en profite même pour s'interroger, cogiter, s'agiter la comprenette ?

3.
« (Alice had no idea what Latitude was, or Longitude either, but she thought they were nice grand words to say.) »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter I)
Cette remarque de l'auteur a-t-elle pour but de :
- montrer qu'Alice aime à se payer de mots, quand bien même elle en ignore le sens ?
- suggérer qu'Alice n'a pas le pied marin ?
- montrer Alice glougloutant une boisson énergétique quelconque, même qu'après elle rote et dit à sa voisine : « Chuis dégoûtée... j'croyais qu'le prof il était pas là... »

4.
« Down, down, down. » Par la répétition (à deux reprises dans le texte) du mot « down », Lewis Carroll veut-il signifier que :
- le monde court à sa perte ?
- Poutine court à sa perte ?
- Alice chutait, chutait toujours ?

5.
« Suddenly she came upon a little three-legged table, all made of solid glass ; there was nothing on it except a tiny golden key, »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter I)
Dans cette phrase, Alice tombe par hasard (« to come upon » : tomber sur) :
- une pomme ? (ça tombe bien, elle a faim ; les puits, ça creuse)
- une belle occasion de se taire ?
- les lacs du Connemara ? (paraît que c'est à la mode en ce moment)
- un débat sur France Culture sur les relations entre capitalisme et boucherie chevaline ?
- une exception, je ne vous en dis pas plus, tout le monde sait ce qu'est une exception.

Patrice Houzeau
Malo, le 16 août 2023.

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15 juin 2023

MAZETTE DIT L'ETRANGE JEUNE FILLE

MAZETTE DIT L'ETRANGE JEUNE FILLE

Le premier chapitre de « La Bande de l'araignée », de Jean Ray (Librio n°170), dans ses aventures de Harry Dickson, « le Sherlock Holmes américain », s'intitule « l'étrange jeune fille », ce qui donne à rêver sur le lien entre l'étrange et les jeunes filles, quoique les jeunes filles soient des bipèdes tout aussi encombrants que les autres, même que certaines ont de grands pieds.

Il y est question d'araignées. Because Dickson en a maintenant dix, de ces arthropodes prédateurs, mais ce ne sont pas des vraies. « Ah ! l'effarant mystère ! » disent le texte et la marquise, laquelle sortit à cinq heures pour n'en plus revenir.

Il est ensuite question de Georgette Cuvelier, qui s'appelait Georgette parce que si elle s'était appelée Bérénice, peut-être que le sort de l'intrigue en aurait été changé, bien qu'il n'y ait aucune opposition à ce que Bérénice, aussi bien que Georgette, aille rendre visite à Harry Dickson.

A la page 9, il est question de « mazette », dans le sens de quelqu'un qui est malhabile, de peu d'intérêt. On disait alors « une mazette » et Georgette de dire, je cite le texte de Jean Ray : « Ce serait malheureux si un détective de votre renom n'avait trouvé dès le premier abord. A moins de n'être qu'une mazette à la réputation surfaite. » Le français moderne a perdu l'usage de ce joli mot. Il est vrai que « La Bande de l'Araignée » a été publié en 1933. C'est amusant, mais deux pages plus loin, parlant du « fameux Vampire aux yeux rouges de hideuse mémoire » que vient d'évoquer Harry Dickson, Georgette réutilise le même mot de « mazette » : « - Peuh ! une mazette ! dit la visiteuse avec un mépris non dissimulé. »).

Nous apprenons aussi que Mlle Georgette Cuvelier n'est pas un moule à gaufres, et ça, c'est bien dommage parce que franchement, ce n'est pas avec des jeunes filles étranges qui disent « mazette » à tout bout de champ (j'ai eu une élève qui disait au moins trois fois par heure « j'suis dégoûtée », elle non plus n'était pas un moule à gaufres), donc ce n'est pas avec des jeunes filles étranges que l'on fait des gaufres, mais avec des gaufriers, ou alors il faut faire des gaufres en étant aidé par la jeune fille étrange, et là, je dis attention, parce que l'étrangeté de la jeune fille pourrait influer défavorablement sur la qualité des gaufres. Tous les marchands de frites vous le diront.

Et comme nous arrivons à la fin de cette première partie, je ne peux qu'être d'accord avec Harry Dickson, le « Sherlock Holmes américain » : « Je vous dis que nous nous trouvons devant une effroyable énigme humaine. » C'est aussi ce que je dis à la chaussette dépareillée, isolée, vouée à la solitude du tiroir, en attendant que la seconde, disparue, veuille bien se manifester.

Conclusion : je suis bien content d'avoir appris le sens du substantif « mazette », parce que ça rime avec pipelette :
« Mazette fit la pipelette, zavez vu la minette ? C'est la fête à la brouette ! » (Pourquoi « brouette » ? Parce que « chou, genou, hibou, joujou, bijou, caillou, pou » ne riment nullement avec « mazette, pipelette, minette, fête », cependant qu'ils prennent un x au pluriel comme nous l'apprîmes alors que nous étions morveux.)

Ce qui me fait penser que, surveillant hier des épreuves du baccalauréat, je me suis rendu compte que certains élèves de terminale bac pro ne savaient pas lire l'heure sur les horloges. Comment c'est-y possible ? ai-je demandé à l'un d'entre eux. « Parce qu'on ne me l'a pas appris ». Dormez-vous tranquille, Meirieu, et vous, Blanquer, dormez-vous tranquille ?

Patrice Houzeau
Malo, le 15 juin 2023.

19 octobre 2023

LA DELICATESSE DU SPIRITE

LA DELICATESSE DU SPIRITE

1.
« Pernichon l'entendit mal, mais obéit cependant. Il traversa en aveugle une pièce beaucoup plus sombre, une galerie, franchit le dernier seuil, et aperçut enfin l'hôte mystérieux,... »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Qui peut bien être cet « hôte mystérieux » ?
- le diable polyglotte ?
- Le Sphinx ? Belphégor ? Mandrake ? Le ténébreux rédacteur de la réforme Blanquer ?
- Le plombier ?
- Le dentiste ?
- Quelque coin-coin carnivore et assez géant pour vous déchirer, vous désosser, vous décortiquer et vous engloutir ?
- Le gardien de la Loi devant lequel vous allez attendre longtemps, longtemps, longtemps jusqu'à ce que la nuit tombe et que le gardien de la Loi vous signifie de revenir le lendemain ?

2.
« La place n'est pas vide, il n'y a pas de place du tout ; il n'y a rien. »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Ce constat est-il :
- implacablement lucide ?
- Bigoudesque ?
- Nihiliste ?
- Sceptique ?
- Bigoudesque et lacunaire ?
- Désespérant et géométrique ?
- Algorithmique et même pas aux pommes ?

3.
« Il posa délicatement sur le guéridon son petit poing fermé, sans doute dans l'illusion de marquer ainsi son indomptable résolution de vivre et mourir à l'avant-garde de son siècle. »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Le personnage ici présent est-il :
- implacable et lucide comme un qui rumine une vengeance devant l'injustice du sort, les aléas de la réforme Blanquer, l'inflation qu'on nous a dit que mais qu'en fin de compte hein on s'fait voler ?
- La délicatesse du spirite ?
Bigoudesque, nihiliste, sceptique et lacunaire mais ça ne fait rien, comme il a une petite faim, il va quand même se faire cuire un œuf ?

4.
« - j'en donnerais plutôt cent autres pour tirer de vous une parole qui ne soit pas abjection pure.
- Abjection, objection, projection, dit l'idiot. »
(Bernanos, « L'Imposture » [L'abbé Cénabre et quelque bougre])

Ce que dit l'idiot est-il ;
- idiot parce que c'est un idiot qui le dit que si c'était pas un idiot alors ça n'aurait pas de sens ?
- Une comptine, une constatation, une altercation, une objurgation, une conspiration, une constipation ?
- Les dernières paroles de l'idiot avant que l'abbé, avec son grand pouvoir surnaturel, lui foudroie la vie intérieure qu'est toute occupée, que ça, c'est parce que l'abbé (non, ce n'est pas l'abbé Bernanos) i croit que l'idiot, c'est un possédé du démoniaque, un pas beau des ténèbres qui traverse les romans avec son air de maquignon sur la route de Boulogne ?

5.
« Il y en avait une – bon Dieu de bon Dieu quel oiseau ! - un fondant rose, patron ! toute jeunette, et frisée, une gosse, quoi ! Elle venait m'essuyer avec son petit mouchoir de soie et puis, vlan ! vlan !... C'est elle qui tapait le plus fort, et juste. »
(Bernanos, « L'Imposture » [l'idiot])

Cette phrase évoque-t-elle :
- une séance de sado-masochisme ?
- Une scène d'agitation échevelée dans un dessin animé de Tex Avery ?
- Un fracassant morceau de hard rock ?
- Un désaccord politique dans un parti extrémiste ?
- Une partie de fondant ?

6.
« Qui n'a rien ne doit rien, je vous prie de remarquer la parfaite correction de mon calcul. »
(Bernanos, « L'Imposture » [Cénabre])

Cette réplique est-elle :
- comptable ?
- Lucide et exaspérante comme un entêtement ?
- Grimaçante qu'à ça, y a rien à répondre, rien à dire, y a plus qu'à rentrer chez soi et se faire cuire un œuf ?
- Politique au sens où elle exprime une rupture du contrat social ?
- Athéiste au sens où qui ne croit pas en dieu ne doit rien à dieu mais tout à lui-même ?

7.
« Le trottoir a l'air de s'enfoncer sous ses semelles, la rue commence à virer lentement de droite à gauche, puis se balance imperceptiblement sur place, comme un navire retenu par ses ancres... »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Cette image évoque-t-elle :
- le début de l'album « L'Etoile mystérieuse », de Hergé, lorsque sous l'effet d'une chaleur inhabituelle, le réel devient mou, tout mou, caramel mou ?
- La dérive d'un il est ivre, ce type ?
- L'état de perspicacité d'un étudiant de Sciences-Po ?
- Les aléas de la sotte réforme Blanquer ?
- Le début d'un malaise dans la civilisation ?
- La chute de l'empire romain ? La dérive des continents ? La trahison des élites ? Le retrait des épées ? La débâcle capillaire ?
- Une scène au ralenti du déclin, mal-être, déstabilisation et renversement du politique prenant soudain conscience qu'il pourrait être mis en examen pour corruption ?

Patrice Houzeau
Malo, le 19 octobre 2023.

24 décembre 2021

DEFOIS SI ON AURAIT SU

DEFOIS SI ON AURAIT SU
En parcourant les quatre-vingt premières pages de « Meurtre chez tante Léonie », d'Estelle Montbrun, roman policier pas trop mal troussé, édition de poche « J'ai Lu », 2000).

 

  1. « Dans son affolement, elle ne remarqua pas que la porte d'entrée qui donnait sur la rue n'était pas fermée à clé. »
    (Estelle Montbrun, « Meurtre chez tante Léonie »)

    De quoi laisser rentrer les monstres, ceux du dehors qu'appellent secrètement les inconnus des murs, de la cave et du grenier.

  2. « Petite, déjà, elle rangeait ses poupées l'une derrière l'autre et jouait à la maîtresse d'école »
    (Estelle Montbrun)

    C'est comme Zut, mais elle, c'était pour s’exercer à l'art de la fronde.

  3. « - Oui, répondit-il sèchement, sans se demander comment on l'avait reconnu. »
    (Estelle Montbrun)

    Défois, qu'on vous reconnaisse, ça arrive, quand on enlève son masque.

  4. « Une petite jeune fille en tablier blanc amidonné était debout sur le seuil et l'informa qu'on l'attendait au salon. »
    (Estelle Montbrun)

    Ça n'a l'air de rien, cette phrase pas plus ni moins qu'une autre, mais hein, on croit qu'on est attendu au salon par des humains comme vouzémoi et puis poum on tombbbbbbe dans un piège extraterrestre. (J'ai multiplié le « b » parce que c'est un piège en « b »).

  5. Alors la créature venue des ténèbres se multiplia : deux manières de comprendre cette phrase, soit la créature se fit plus nombreuse, soit elle changea d'aspect, se concentra, se mit en boule puisqu'avec les créatures venues des ténèbres, tout est possible.

  6. « une fois de plus, affronter les signes de la mort »
    (Estelle Montbrun)

    Cette ligne dans un roman policier, j'en ferais bien un vers dans un poème :
    « Une fois de plus, affronter les signes de la mort »
    Et se demander si l'on rêve ou si l'on dort.

  7. « comme un lecteur non averti qui n'a aucune idée des méandres de l'intrigue. »
    (Estelle Montbrun)

    Ah défois si on aurait su, on aurait pas venu.

  8. « Après, il pourrait les laisser tranquillement s'entre-tuer, du haut de sa nouvelle position. »
    (Estelle Montbrun)

    Être au-dessus de la mêlée... De moins en moins facile, tant le surnombre multiplie interactions sociales, conneries, et aussi fatal qu'un politique, la multiplication des tueries.

  9. « - Nous voilà enfin seuls, dit-elle avec un sourire qui découvrit ses dents de louve. »
    (Estelle Montbrun)

    Si nous étions dans un conte ou un roman d'épouvante, la dame se serait jetée sur le professeur américain (un proustien) et l'aurait bouffi-bouffa dévoré englouti.

  10. Les gens me fatiguent comme s'ils existaient.

  11. « et enfin muette, la tempe droite fracassée par les pieds ensanglantés d'une statue. »
    (Estelle Montbrun)

    Cette statue, est-ce Harpocrate qu'elle représente, le dieu gréco-égyptien du silence et des secrets ?

  12. Harpocrate, le dieu gréco-égyptien du silence et des secrets, me semble qu'il en est question dans un passage de l’excellent Kaamelott, d’Alexandre Astier. Je dis ça parce que j'aime bien Kaamelott, sinon, on s'en fout.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 décembre 2021.

20 février 2023

LE CADAVRE LA SERVEUSE ET LE RHINOCEROS

LE CADAVRE LA SERVEUSE ET LE RHINOCEROS

1.
« Il devait y avoir eu une seconde de temps mesurable où il avait cessé d'être Bernie pour devenir cette masse insignifiante, mais horriblement lourde, de chair et d'os. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.15)

Cette phrase de P.D. James rappelle que le nom est attaché à la subjectivité, à la conscience réflexive. Mort, Bernie n'est plus Bernie mais le cadavre de Bernie.

2.
« Elle avait souvent souhaité que Bernie trouvât un bar plus proche, de préférence un bar doté d'une serveuse à la poitrine généreuse et au cœur d'or. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.22)

On fantasme parfois sur la serveuse de bar « à la poitrine généreuse et au cœur d'or », et rien qu'à lire ces mots, des images de série télé américaine me viennent. Car il faut faire attention, il arrive, en effet que ces généreuses à mamelles ne soient que des apparences et qu'elles dissimulent derrière leurs yeux francs et leurs cheveux blonds des aliens avides de sépultures, de chair humaine et de contrôle des consciences. Ou alors ce sont des espionnes russes, ou chinoises débridées, avec des gadgets partout et des poignards à chaque coin de leur anatomie. D'ailleurs, le personnage de Cordélia Gray (devinez qui c'est) ne se fait guère d'illusions qui soupçonne que « ce genre de personnage » se rencontre « plus souvent dans les romans que dans la réalité. »

3.
« Bernie avait eu besoin d'être détective comme d'autres ont besoin de peindre, d'écrire, de boire ou de forniquer. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p. 29)

Bernie (c'est un détective du début du roman),
Avait, comme tout le monde, deux jambes et une tête, et donc avait
Eu la possibilité de faire du vélo et des mots croisés.
Besoin comme un autre ça, le vélo, mais
D'être détective, c'est moins courant.
Détective, faut savoir observer, écouter, filocher, jugeotter, perspicacer.
Comme ça doit être difficile !
D'autres, y en a qui, que moi, ma corne de rhinocéros me trahit illico.
Ont pas d'corne de rhinocéros, euzôtres ; ils vont partout ; ont pas
Besoin de s'enfermer dans des théâtres absurdes,
De veiller à être le moins vu possible (les gens, par politesse et discrétion, ne font d'abord pas de remarques).
Peindre alors (c'est une activité de solitaire),
D'écrire aussi, des textes biscornus défois,
De picoler, c'est pas conseillé quand on est rhinocéros,
Boire peut vous faire foncer tête en avant dans des situations qui donnent mal au crâne,
Ou bien vous faire oublier qui vous êtes exactement et gare aux accidents !
De rêver, ça vous avez le droit. Quant à
Forniquer, restons discrets.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

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26 juillet 2022

REMINISCENCES DE LA DAME EN NOIR

REMINISCENCES DE LA DAME EN NOIR

1.
« Alors s’il n’est pas mort, c’est qu’il est vivant… », il dit le Sainclair du « Parfum de la dame en noir », le film de Bruno Podalydès. Lorsque je suis impatient, j’ai bien tort parfois vu que le temps qui passe hein qu’il me rapproche si vite de la fosse néant.

2.
Dans « Fantoches », de Verlaine,
« Scaramouche et Pulcinella
(…)
Gesticulent, noirs sous la lune. »
Je me demande si les fictions qui cohabitent avec nos pommes ne nous songent pas frites, boudin, compote.

3.
« Larzan… », comment ça, « Larzan » ? comme se goure le personnage interprété par Zabou Breitman dans le film de Bruno Podalydès. « Dans n’importe quel pays », qu’il pourrait frapper, Larsan. L’assassin est plus proche de nous qu’on le croit.

4.
« Hercule, ne charge pas la mule » est la devise des habitants du Fort d’Hercule où, dans le film de Bruno Podalydès, se sont réfugiés Mathilde Stangerson et son mari Darzac, accompagnés par Rouletabille et Sainclair. « Il faut bien prendre le temps de bien voir les choses », dit aussi Sainclair, d’accord en cela avec tous ceux qui n’ont plus ni temps, ni yeux, ni mains, ni poêlon pour aller se faire cuire un œuf.

5.
J’aime bien l’expression qu’on emploie en mathématiques de « boîte à moustaches ». On dit que les moustaches d’Hercule Poirot sont bien plus longues et démonstratives qu’on les représente habituellement. On dit même que ces moustaches sont improbables.

6.
« Tout s’qui s’voit et qu’on n’voit pas », dit Rouletabille interprété par Denys Podalydès. Dans le film « Le Parfum de la dame en noir », Julos Beaucarne a un très net accent wallon. Zut prépare des chicons au gratin. L’oncle, - il est mort -, boit une pils.

7.
N'ayant jamais aimé grand monde, je ne me regretterai pas. Par contre, je regrette de n’avoir pas su conserver mon exemplaire de l’album « Le Petit coffre canari », de Marc Sleen. J’aimerais les revoir telles qu’elles étaient, mais pour ça faudrait qu’le temps fût cyclique.

8.
« Darzac : « Vous n’avez pas touché à votre crêpe au sucre…
Malthide : Taisez-vous donc ! »
(in « Le Parfum de la dame en noir », de Bruno Podalydès, France, 2005).
La musique de ce film signée Philippe Sarde rappelle à Zut qu’elle aime bien les pizzicati d’un quatuor de Debussy.

9.
Dans le film de Podalydès, il y a le mystère d’un « corps de trop » et celui d’un « corps de moins » et puis un sac vide avec un mort dedans pis qui « revient tout seul », qu’il dit Darzac, pis aussi vide que la caboche d’un politologue russe pro-Poutine.

10.
« le Parfum de la dame en noir » tourne autour du sang, du sang de Larsan, lequel s’appelle aussi Ballmeyer. Ce que doit résoudre Rouletabille, c’est l’énigme de sa généalogie. Puisque c’est humain, tout ceci est « non moins inexplicable ».

Patrice Houzeau
Malo, le 26 juillet 2022.

6 septembre 2021

J'ETAIS DIT ZUT REFLECHISSANT A SON SORT

 J'ETAIS DIT ZUT REFLECHISSANT A SON SORT

 

  1. Nuit du 5 au 6 septembre 2021, il se dit sur Twitter que, les talibans ne pouvant à eux seuls vaincre Massoud, la vallée du Panshir serait attaquée par des forces aériennes pakistanaises (drones, hélicoptères,...). Si cela est vrai, cela signifie que la Résistance anti-talibans est en péril imminent.

    Si l'intervention pakistanaise est avérée, cela augure de la faiblesse du futur gouvernement taliban « influencé » à la fois par les Pakistanais, les Chinois et les Russes (les talibans ont besoin d'argent). Certains chefs de guerre se retireront dans leur fief.

  2. « J'étais donc, peut-être, cette magicienne dont ils espéraient tant qu'un hasard leur ferait don. »
    (Jeanne Favret-Saada, « Les Mots, la mort, les sorts »)

J'étais, dit Zut, réfléchissant à son sort,
Donc j'étais, et quand on est, défois ça arrive qu'on existe (tiens, j'écoute l'ouverture de « Pentanine » du Pierre Morlen's Gong qu'ça sonne space et liquide, genre flottant, mais après, le deuxième morceau, i sonne jazz-rock)
Peut-être, dit Zut, qui aime à douter et donc à fignoler dans l'hypothèse
(ah tiens, v'là un peu de piano jazzy dans le truc jazz-rock que j'entends pis après ça lance des vibrations fluides à l'électrique guitare)
Cette, dit Zut, qui cherchait ses mots (s't'une chercheuse, Zut, pas une apprenante béate à la Blanquer, lequel est tant mon guignol préféré, va falloir que j'le mette en scène genre Blanquer Roi de Pologne avec un sabre de bois et des mensonges pleins son sac à Apprenances...
Magicienne, dit Zut qui a toujours apprécié les bizarreries (comme Pierre Moerlen fut un percussionniste, chaipas trop ce qu'il joue mais ça fait genre xylophone
Dont j'aime bien le son qui fait des dingueding ding dang dingueding ding dong
Ils espéraient quoi ?, dit Zut toujours plongée dans ses conjectures,
Espéraient qu'je fusse désensorceleuse, leveuse de sorts, joueuse d'symboles qui désenvoûtent (-out, -out, -out, fait alors quelque écho pinkfloydien)
Tant va le temps qu'à la fin il est passé, si tant est que le temps passe alors que si ça se trouve c'est nous qui passons dans ce qui n'a pas plus de sens qu'un drame shakespearien raconté par un idiot plein de bruit et de fureur.
Qu'un (j'aime bien le son qu'ça fait le monosyllabe « qu'un » qu'ça m'fait penser à « Quinquin et les Z'inhumains », la géniale série à Bruno Dumont qu'on « n'est pas là pour philosopher, Carpentier », « Quand même, incroyable... »
Hasard, comme par hasard, c'est à ce moment du bazar, comme par hasard hein que j'écris que Magic Zut jette le mot hasard sur la page
Leur truc, aux musiciens du Pierre Moerlen's Gong, c'est quand même l'instrumental, c'est virtuose mais très classique dans le genre jazz-rock, mais c'est joli, mais beaucoup moins aventureux que le Gong du « Camembert électrique » qui fut fort épatant dans l'sonore à incongruités...
Ferait-elle des incantations, Zut aujourd'hui, ou bien des pâtes carbonara ? Ça doit être un
Don d'écrire tant de conn... sottises en si peu de temps, me dit Zut avec un regard à me lancer des couteaux noirs comme noir crapaud dans la nuit noire.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 septembre 2021

 

9 juin 2021

AMUSETTES EN PARCOURANT EURIPIDE

AMUSETTES EN PARCOURANT EURIPIDE

1.
Pourquoi, dans Euripide, Agamemnon dit-il : « Je te porte envie, ô vieillard ! » ?

Agamemnon i dit « Je te porte envie, ô vieillard ! » car c’est le privilège du Roi des rois de conter n’importe quoi pis qui sonne (qu’on dit qu’ça sonne vu qu’ça s’déclame) sinon c’est pas la peine de passer des diplômes de King, de politique, ou de benalla.

2.
Pourquoi, dans Euripide, Le Vieillard dit-il : « L’entreprise est hasardeuse » ?

Le Vieillard i dit : « l’entreprise est hasardeuse » passque c’est le privilège des Vieillards de répondre des banalités au Roi des rois sans que le Roi des rois vous coupât la tête ou vous jetât aux crocodiles sacrés.
Le Vieillard i dit : « L’entreprise est hasardeuse », passque les entreprises défois elles tombent sur des hasards que le gouvernement il avait pas prévu genre Covid qu’on avait pas assez de masques ou enlèvement du premier ministre par des Aliens.

3.
Vu hier soir « L’Attaque de la pom-pom girl géante ». Pure fantaisie comique dont les Américains ont le secret. C’est plutôt bon. Bien supérieur à ces comédies françaises qui jouent sur les stéréotypes de classe, bien supérieur. #SérieB #PopCulture #Cinoche

4.
Pourquoi, dans Euripide, le Vieillard dit-il : « Je cours, ô mon roi ! »

Parce qu’il est optimiste.

5.
Pourquoi, dans Euripide, Ménélas dit-il au Vieillard : « Je vais te briser la tête avec mon sceptre. » ?
Le Ménélas i dit au Vieillard : « Je vais te briser la tête avec mon sceptre » passque Ménélas il est violent comme l’Antique et pis qu’un sceptre pour briser la tête, c’est plus efficace qu’une éponge qu’en plus je crois pas que Ménélas partout se promenoit avec son éponge.

6.
Pourquoi, dans Euripide, Agamemnon dit-il à Ménélas que « La Grèce est, ainsi que toi, aveuglée par quelque divinité » ?

Peut-être que c’est à cause du paradoxe du Crétois que Agamemnon i dit que « La Grèce est aveuglée par quelque divinité » que je sais pas pourquoi et que c’est pour ça que c’est paradoxal.

C’est sans doute pour ne pas voir les choses telles qu’elles sont que les humains ont inventé le réel.

7.
« Ah ! combien une naissance obscure a d’avantages ! du moins il est permis de pleurer et de se plaindre. Mais à une noble naissance ce droit est refusé. Esclaves de la multitude, nous avons le peuple pour tyran de notre vie. »
(Euripide traduit par Nicolas-Louis Artaud, « Iphigénie à Aulis » [Agamemnon])

8.
« - Mon frère, laisse-moi toucher ta main. »
(Euripide, « Iphigénie à Aulis »)

Ça défois, c’est pas le truc à faire. Le Président Macron a tenté le coup, il s’est pris une gifle.

9.
De qui, dans Euripide, Agamemnon parle-t-il quand il dit : « Il est toujours souple et rusé, et du parti populaire. »

Agamemnon cause d’Ulysse, passqu’il était rusé, et on apprend aussi qu’il était souple. Ce qui sans doute lui fort utile pour faire son odyssée et s’glisser faufiler entre tous ces monstres et anciennes créatures là et puis il était populaire que donc il avait tout pour plaire.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2021.

25 septembre 2023

COMME S'ILS COUVAIENT TOUT UN ORCHESTRE

COMME S'ILS COUVAIENT TOUT UN ORCHESTRE

1.
« La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

En quoi ce quatrain pourrait-il passer pour ironique ?
- en ce que l'image du « bouchon sur les flots » évoque la bouteille et donc l'ivresse, celle du bateau si ça se trouve ?
- En ce que les « flots roulent » les noyés sans doute mais aussi ce bavard bateau, ce navire délirant, cette prosopopée de poète virtuose et de plancher des vaches ?
- En ce que « dix nuits », ça veut dire quoi ici, de quel genre de vaisseau qu'il cause, l'Arthur des talents ? Serait-ce de quelque vaisseau fantôme qui hanterait ses rêveries rimées ?
- En ce que les « falots » désigneraient ici les lumières niaises de la raison commune ?

2.
« Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin. »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Quoi qu'ils disent, les champs lexicaux du quatrain ?
- l'acidité des « pommes sures », les « taches de vins », les « vomissures », voilà pour l'ivresse, la saoulerie...
- le « sapin » ça vous a un côté approche du cimetière, non ?
- tout ça qu'ça hallucine hein qu'ça hallucine... se lâche, se démarre... plein les mirettes des images... « l'eau verte », le « bleu » des vins ; les vagues déferlent, envahissent le navire, coupant les ponts de la raison, « dispersant gouvernail et grappin »...

3.
« Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Qui c'est-y donc, ce « noyé pensif » ?
- Ophélie peut-être, car :
« Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc sur le long fleuve noir »,
qu'il a écrit, Rimbaud, que, forcément, la voilà dans la mer, l'Ophélie...
- Prigojine, Kadyrov, quelque dignitaire russe tombé en disgrâce débarrassé du plancher ?
- Une vision de cauchemar dans un rêve de poète cuvant ?

4.
« Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Dans ce quatrain, Rimbaud évoque-t-il :
- des êtres bleus, délirants et rythmiques, façon tribu archaïque, se livrant à des fermentations amoureuses que je sais pas ce que ça peut bien être, mais ça m'a pas l'air très ragoûtant ?
- La fête à la frites-saucisse avec des bières rousses et quelques amoureuses ?
- Un trop plein d'images que lui-même, l'auteur, i sait pas trop ce que ça raconte, mais c'est bien joli tout de même, rythmique, rutilant, avec du roux dedans pour faire exotique ?

5.
« Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants ; je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir. »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Quoi qu'il sait donc au juste, le « bateau ivre » ?
- Il sait illustrer le bulletin météo avec des images qui claquent ?
- Il sait la puissance du son [k] quand il allitère, qu'ça claque donc : « crevant en éclairs », « ressacs », « courants », « exaltée », « colombes », « quelquefois », « cru ».
- s'halluciner comme l'homme sait s'halluciner lorsqu'il a décidé de s'halluciner ?
- Écrire de belles choses, dont tout le monde se fiche, sauf les amateurs de poésie, mais ils ne sont pas si nombreux, surtout quand il y a des films à la télé.
- Rythmer ses vers comme s'ils couvaient, les vers, tout un orchestre, un Rolling Stones, une batterie ?

Patrice Houzeau
Malo, le 25 septembre 2023.

14 novembre 2023

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

1.
« Qu'est ce que le présent ?
C'est une chose relative au passé et à l'avenir. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Vis, dis-tu, dans le présent »)

On ne fait pas revenir le passé avec des petits oignons. C'est un truc à vous ramollir montres et horloges.

2.
« Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean -
parce qu'il n'est de Saint Jean que là où on le fête. »
(Fernando Pessoa, « Nuit de la Saint-Jean.. »)

Si vous êtes invité(e) à quelque fête, n'oubliez pas de prendre votre tête. On pourrait ne pas vous reconnaître et ne pas vous laisser rentrer.

3.
Ce n'est pas parce que 26² = 676 que cela doit vous empêcher d'aimer la tarte aux fraises.

4.
Ne mettez pas de crocodile dans vos pâtes au jambon, c'est dangereux.

5.
« Mais il me faut faire ma valise,
il faut absolument que je fasse ma valise,
ma valise.
Je ne puis emporter les chemises dans l'hypothèse et la valise dans la raison. »
(Pessoa, « Grands sont les déserts.. »)

Si, ouvrant votre valise, vous y trouvez quelque squelette, interrogez-vous sur la dernière fois où vous l'avez utilisée. C'était peut-être il y a longtemps, si longtemps.

6.
Non, on ne peut pas faire intervenir ni avions de chasse, ni hélicoptères de combat dans la bataille de Marignan (1515). Ce serait anachronique. Et même irrespectueux. Le fantôme de François 1er ne nous le pardonnerait pas.

7.
Avez-vous remarqué que l'appellation « Tintin et Milou » comporte 13 lettres ? Etonnez-vous après que le capitaine Haddock porte la barbe et que le professeur Tournesol soit à l'ouest.

8.
On ne fait d'omelette sans casser les oreilles de quelqu'un, surtout si l'on chante faux et fort.

9.
« tout miroirs ces boutiques-ci dans ces boutiques-là
la vitesse des autos à l'envers dans les glaces obliques des vitrines, »
(Pessoa, «Passage des heures »)

N'oubliez pas de laisser les heures passer. Sinon, ça fait des engorgements. Ça n'empêche pas d'aimer la tarte aux fraises, mais quand même.

10.
« En 1763, Arthur Dobbs, alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation plante carnivore. »
(Wikipédia, article « Plante carnivore »).

Ce n'est pas en agitant des bataillons de plantes carnivores que l'on fait son devoir de mathématiques. Une indigestion d'équations leur serait de toute façon fatale. Surtout si en même temps vous écoutez de la musique urticante.

11.
« Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d'autres instruments
et chantaient d'amour littérairement.
(Ensuite – moi je n'ai jamais lu Virgile ;
et pourquoi donc l'aurais-je lu?)
(Pessoa, «Le Gardeur de troupeaux »)

Invoquer, les nuits de pleine lune, le Gaffiot n'aide pas à réussir les doigts dans le nez thèmes et versions. Mais vous pouvez toujours manger une part de tarte aux fraises. Ça réconforte.

12.
Ce n'est pas le café du matin qui attire l'araignée du soir.

13.
Ne retournez pas les dés dans les plaies. Ça ne porte pas plus chance qu'une photo dédicacée de Laurent Wauquiez, et, en outre, ça pourrait s'infecter autant que s'infectent les prises de position de certains cadres de la Beuglerie Insoumise.

14.
Ne jetez pas vos politiques usagés dans des toiles d'araignée. Aucune Aranéide ne pourrait le supporter. Quant à vos couleuvres, elles finiront bien par passer, mais si, mais si...

15.
« Dans la rue pleine d'un soleil vague il y a des maisons arrêtées et des gens qui marchent. »
(Pessoa, « Demogorgon »)

Ce n'est pas parce que le soleil est « vague » que les maisons sont « arrêtées » et que les gens « marchent ». D'ailleurs, qui vous dit que ce ne sont pas les gens qui sont « arrêtés » dans leurs élans par des considérations diverses cependant que, sans même que l'on puisse s'en rendre compte, les maisons dansent une drôle de gigue ?

16.
Quand la nuit tombe, elle dit rarement ouille. Ce qui vous laisse tranquillement poursuivre la lecture de ce roman policier dont vous ne découvrirez jamais le coupable.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 novembre 2023.

6 avril 2023

EN ECOUTANT BLACK SWAMP VILLAGE PAR THE SPEAKEASIES' SWING BAND!

EN ECOUTANT BLACK SWAMP VILLAGE PAR THE SPEAKEASIES' SWING BAND!

« mon cœur marge, limite, abrégé, index,
eh là, eh là, eh là, mon cœur bazar. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guibert, « Passage des heures » in « Poésies d'Avalro de Campos »)

Mon cœur, y compte pour du beurre, mon
Cœur, autant dire vous m'avez compris...
Marge, mon cœur, bin oui comme tout le monde, et
Limite (surtout quand je m'écoute me poser trop de questions) et
Abrégé, mon cœur, c'est que je fus été à l'école, ma pomme (j'y suis encore, faut bien payer son loyer, les sottises à Macron (homme politique dans le genre entreprenant et réformateur, une plaie) et son bif... euh ses pâtes au fromage râpé.
Index (l’index est aussi un doigt qui aurait un rapport avec ce qu'on appelle l'indice de Manning « donné par le calcul de rapport entre la longueur de l’index et celle de l'annulaire de la main droite posée à plat » nous boeuf-mirontonne Wikipédia Cela ne vous donne ni l'âge du capitaine ni le numéro de téléphone de Miss Gros-Lolos 2022 mais c'est quelque chose quand même.
Eh là, c'est du bon jazz, ça
Là, ça s'appelle « Black Swamp Village » par The Speakeasies' Swing Band!
Eh là, ça swingue, ça
Là, et puis ça vocalise trompettine tambourine
Eh là, dans le genre gothique amusant qu'ça violine et ironise, ça
Là que j'vous en cite un bout (d'os) : « I went to the cemetery / Where lies my dead wife / And believe me the graves were opened / And skulls and bones raised/ They said hey ho (HEY HO) / They said hey hey ho (HEY HEY HO) »
Mon cœur, revenons à nos moutons, c'est un fantôme, mon
Cœur, autant dire jamais qu'un être, qu'une chose dans le
Bazar de toutes les choses qui persistent à croire qu'elles existent.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

28 octobre 2021

CE N'EST PAS AVEC DES LICORNES QUE L'ON PAYE SES FACTURES

CE N'EST PAS AVEC DES LICORNES QUE L'ON PAYE SES FACTURES

1.
On ne peut être enterré dans une grande Pâque russe, ni dans le Sacre du printemps,
On ne peut habiter une chanson, hanter un château en Suède,
On ne peut prendre racine dans le théâtre de Molière,
On ne peut courir de case en case avec Corto,
On ne peut empêcher la belle inconnue de Vertigo de mourir,
On ne peut que contempler le spectacle en attendant que notre dernière fascination nous emporte.

2.
Le mot obsolescence a pour synonyme désuétude. Il est assez difficile de faire rentrer le mot obsolescence dans une recette de cuisine. Je n'ai jamais essayé. Quant à la désuétude, elle n'aide guère dans le toilettage canin.

3.
Napoléon Bonaparte est né à Ajaccio le 15 août 1769 et il est mort le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène. J'ignore s'il préférait la fondue savoyarde à la fondue bourguignonne.

4.
Je suis intimement persuadé que le président Macron a raison, sauf quand il a tort. J'ignore quel rôle ont joué, et jouent peut-être encore, les bégonias dans sa carrière politique.

5.
Comme nous le savons tous, Tintin est accompagné d'un petit chien nommé Milou. La légende comme quoi Hergé aurait d'abord pensé à un éléphant, puis à une otarie et même - y en a j'vous jure ! - à un homard, est absolument sans fondement.

6.

Les deux frères qui ont fondé il y a longtemps (j'étais déjà né) le groupe « Sparks » ne s'appellent pas Sparks. Ils ne s'appellent pas non plus Smith et Wesson comme tout le monde. Par contre, ils ont composé plein de bonnes chansons.

7.
A quelle secte étrange faut-il appartenir pour penser qu'en français Pink Floyd se traduit par « flamant rose » ? j'ajoute que « quiche lorraine » n'est pas  non plus la traduction adéquate.

8.
Ceux qui espèrent que la vache qui orne la célèbre pochette d'un album fameux du groupe Pink Floyd leur fera un jour des révélations se mettent le doigt dans l’œil jusqu'au zoizo (c'est un os assez méconnu).

9.
Nous ne sommes pas si nombreux sur terre. Je vous assure que si vous fermez les yeux, des gens, vous en voyez déjà beaucoup moins.

10.
Il y a quand même beaucoup de militaires et d’ex-militaires qui nous content qu'ils ont vu des OVNI. Ça doit être un syndrome professionnel.

11.
Le métacarpe est composé de cinq os longs, lesquels composent le squelette de la paume de la main. Quand ils se rencontrent, les squelettes ne se serrent pas la main, mais le métacarpe. Le métacarpe ne se pêche pas, par contre il peut passer à la radio.

12.
Quand on sort avec son parabellum, il ne faut pas oublier son si vis pacem, sinon, ça peut faire des afflictions et des désagréments.

13.
« Autobahn » signifie en français « Autoroute ». J'ai eu beau chercher avec tous mes yeux (rappelés pour l'occasion, ils étaient partis se jeter je ne sais où), n'ai point trouvé une seule occurrence du mot « Autobahn » dans les œuvres complètes d'Allan Kardec.

14.
Ce n'est qu'hier que, grâce à une Ecossaise, je me suis rendu compte que le nom du groupe « Malicorne » pouvait se décomposer en « Ma Licorne ». C'est amusant et ça ne sert à rien (ce n'est pas avec des licornes que l'on paye ses factures).

Patrice Houzeau
Malo, le 28 octobre 2021.

6 février 2024

LECALENDRIER EST BIEN UTILE

LE CALENDRIER EST BIEN UTILE

 

« Le troisième avait sur la tête un chapeau de toile taché de boue, aux ailes ramollies qui pendaient sur ses oreilles. »
(Marcel Pagnol, « Manon des Sources »)

 

Le calendrier est bien utile pour se repérer dans l'année. Un
Troisième calendrier n'est pas utile, surtout si l'on en a déjà un. Un deuxième non plus. Mais parfois, on se retrouve avec plusieurs calendriers. Il
Avait un parapluie, mon oncle, qu'il perdait tout le temps. Je pense qu'il avait aussi un calendrier, mais je n'en suis pas sûr.
Sur mon bureau, il y a un calendrier. Je n'y ai pas coché
La date de ma mort car je ne la connais pas, mais dans ma
Tête, je me dis que ce sera peut-être cette année.
Un jour, je serai là et le lendemain couic. Mon
Chapeau n'a pas besoin de calendrier. D'ailleurs, je n'ai pas
De chapeau. Les gens ne portent plus de chapeau mais ils portent encore la cravate. Moi, je préfère les chapeaux aux cravates parce que les cravates, moi, ça me serre le cou, que je trouve que c'est assez barbare comme coutume, ça, la cravate. Une
Toile non plus n'a pas besoin de calendrier, quoiqu'il y ait certainement des toiles où sont peints des calendriers. Je n'en connais pas mais j'en ai certainement déjà vues. Peut-il être
Taché, le calendrier ? Certainement, surtout si l'on a renversé du café dessus en cherchant dedans la date des vacances scolaires, que très gentiment le calendrier vous indique, parce qu'il est fait pour ça. Peut-il être taché
De bawa, de baw, comme disaient, dit-on, Gaulois et Gallois, c'est-à-dire de
Boue ? Bin oui, surtout si vous le laissez tomber dedans.

 

Aux jours heureux où nous étions contents, on regardait le ciel. Il y avait des
Ailes parce qu'il y avait des oiseaux. On dit qu'il y a de moins en moins d’oiseaux, rapport aux progrès fulgurants de l'humain en matière de surpeuplement et de surproduction. Parfois, j'ai les idées
Ramollies mais ça, c'est parce que je n'ai pas fait les grandes écoles à Macron et autres grands penseurs complexes du en même temps et quoi qu'il en coûte aux grandes idées là
Qui sont exposées à la télé par des journalistes qui apprennent bien leur leçon et des députés qui sont payés pour. On ne peut pas dire que les calendriers
Pendaient, parce qu'en général, on ne se procure pas de calendriers pour les pendre, mais pour les consulter,
Sur le jour de l'anniversaire de Zut, ou la date exacte de la Fête de Saint Jean-Michel l'Apprenant car
Ses heures furent riches d'enseignement, à Saint Jean-Michel l'Apprenant et par l’exemple, il nous a montré ce qu'il ne fallait surtout pas faire que ses
Oreilles en sifflent encore quand on constate que sa sotte réforme de l'Education nationale apprenante là, a autant semé de doutes et de consternations que les réformes précédentes, lesquelles n'ont pas fonctionné non plus.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 février 2024.

 

 

8 janvier 2024

COMME TOUS LES MELANCOLIQUES

COMME TOUS LES MELANCOLIQUES

« Comme tous les mélancoliques, son esprit était attaché à une idée fixe, et cette idée était pour lui l'occasion d'une tristesse toujours renouvelée. »
(Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

Comme je me manigançais des formidables,
Tous les doigts se fichèrent dans l’œil.
Les doigts, on compte dessus. Ainsi, les
Mélancoliques comptent sur leurs doigts les minutes qui ne passent plus.
Son temps, au fasciné, il y a des fois, il ne passe plus, et son
Esprit grince comme s'il
Était encombré d'une suite de portes de plus en plus difficiles à franchir.

Attaché à l'idée, paralysé, encombré, concombré, jambonneau.
A cette heure là de la nuit, je puis bien penser jambonneau, pommes de terre sautées et demi de bière blonde si j'en ai envie.
Une fringale pourrait me prendre que j'ai dans l'idée que je vais me préparer quelque chose à grignoter. C'est que je mange moins que j'ai l'air d'avoir cette
Idée, revenante toujours revenante toujours revenante toujours revenante
Fixe donc, du ah ce que j'aimerais bien manger une bonne choucroute ;
Et, bien sûr, c'est à ne pas faire, car après, je dors et n'en fiche plus une.

Cette manie que j'ai de me manigancer des formidables et cette
Idée de l'avenir magnifique de mon petit paradis personnel dans mon coin de planète, elle
Était déjà là il y a lurette et vinaigrette savez – j'ai toujours vécu avec.
Pour ainsi dire, je n'en ai jamais connue d'autre – sauf la très sotte de tomber amoureux because que
Lui, le steak-frites, il s'en foutait de mes dépits. Du coup, je maigrissais.

L'occasion fait l'omelette.
D'une part, vaut mieux une bonne omelette que de vous casser les noix avec vous ne savez qui, et d'autre part, de tarte. La
Tristesse, c'est que vous risquez de crever tout seul, qu'on va vous retrouverez cadavéré périmé plus très frais, le nez planté dans une assiette de raviolis. C'est
Toujours ça que je me dis qu'on m'a dit souvent aussi, que je vais crever tout seul. La Mort, c'est pas une grande
Renouvelée. C'est toujours la même chose qu'elle fait, de débarrasser le plancher de certains pour les remplacer par d'autres. Et c'est ainsi que l'espèce croît et se multiplie jusqu'à ce que ça finisse par.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 janvier 2024.

 

4 janvier 2024

LE PERIL PRESSE ET LES MOTS INQUIETENT

LE PERIL PRESSE ET LES MOTS INQUIETENT

1.
« Cependant, croyez-moi, Seigneur, le péril presse. »
(Racine, « Athalie », v. 1052 [Josabet])

Cependant que je me monologue des sottises,
Croyez-moi, le réel tourne vilain (d'ailleurs vous le savez, y a qu'à ouvrir gazettes et lucarnes).
Moi, qu'il y ait un
Seigneur là haut entre des tours de nuages et des armées d'anges,
Le fait est que je n'y croie pas. Quant au
Péril que l'espèce à nos pommes, bipèdes spéculatifs et circulatoires, on disparaisse, il
Presse, à mon avis, le péril, genre le Président qui presse ses ministres d'avoir des résultats, rapport aux autres candidats, défois qu'à défaut d'être meilleurs, ils pourraient même être pires.

2.
« De tout temps les mots m'ont inquiété. »
(Marc Villard, « Tous les mots du monde » in « Un jour je serai latin lover » [le narrateur])

« De tout temps » ça ne veut rien dire ça de
Tout temps qu'on dit l'homme libre s'est curé le pif devant la mer ou de tout
Temps les grand-mères ont fait des confitures et les tantes Jeanne des tartes aux abricots « De tout temps » qu'il ose le narrateur comme s'il était né avant son père après il dit que
Les mots l'ont inquiété et là je le comprends moi aussi des
Mots je m'en méfie que je me dis sont là tous bien rangés, bien en ligne dans les bouquins qu'un jour ils vous sauteront à la gorge du réel, les mots, diablotins bondissants des étagères, légion de petits démons du sens - ah les aventures de Sherlock Holmes, les déductions d'Hercule Poirot (j'aime bien lui servir la soupe, au Poirot, rapport au plaisir que j'eus à le découvrir alors que lassé de me curer le pif devant la mer, je me plongeais dans « Le Crime du golf ») - ah toutes ces péripéties narratives (sans parler des angoisses batraciennes à la Lovecraft et des logiques implacables de Kafka), ça
M'ont pris à la gorge que j'étouffe d'époustoufle m'entête d'imprévisibles me décapsule le cogitif me dégoupille la banane (et ça c'est vraiment n'importe quoi) ah oui chuis bin
Inquiété quand même avec tous ces mots là ici partout qui, si on les écoute, vous racontent quand même de drôle de choses, ah oui.

Note : La forme « ça / M'ont pris à la gorge » est tout à fait périlleuse. A ne pas imiter : vous risquez l'accident de syntaxe.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 janvier 2024.

1 janvier 2024

LE RAPPORT ENTRE DESCARTES ET LES PÂTES A LA BOLOGNAISE N'EST TOUT DE MÊME PAS EVIDENT

LE RAPPORT ENTRE DESCARTES ET LES PÂTES A LA BOLOGNAISE N'EST TOUT DE MÊME PAS EVIDENT

« et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées »
(Descartes, « Discours de la méthode »)

« Cogito ergo sauce ».

Et alors que j'écoutais les répétitions que font les synthétiseurs sur les disques de krautrock des années 70, - c'est pas que
Généralement, je me gadouille l'imaginance avec des bidouilleries électroniques, mais
De temps en temps, une vieille galette de Tangerine Dream, ou « Oxygène » de Jean-Michel Jarre bah ça passe ; je dis pas que ce sont des chefs- d’œuvre mais chuis pas non plus assez futé pour les apprécier les authentiques, alors hein oui je sais faudrait
M'accoutumer à en écouter des chefs d’œuvre tout ce qu'il y a de chefs-d’œuvre de Mozart, Beethoven, Brahms, Berlioz, Bellini, Puccini, Tuttiquanti et autres grands génies, mais
A Mozart Beethoven Brahms Berlioz j'ai pas la patience faut
Croire qu'il n'y a que les éphémères de la pop culture qui m'intergloupent – donc, alors que j'écoutais du vieux krautrock encore assez fluide,
Qu'il fait malauvertant me fis-je,
N'y a que grisaille et froidure venteuse mouillée pouah et je sentis que le cafard pourrait très vite me la fissurer tantôt, la joie d'être encore.

A la bolognaise, je me dis je vais me faire des pâtes à la bolognaise.
Rien de tel pour me raccommoder avec mon citron déconfit qu'une assiette de pâtes à la bolognaise, rien
Qui soit mieux (surtout quand j'ai faim), rien qui
Soit moins douteux que le goût que j'ai des pâtes à la bolognaise.
Entièrement d'accord avec mon point de vue, je mis la chose
En œuvre. Que
Notre appétit demeure car
Pouvoir se régaler d'une assiette de pâtes à la bolognaise (pourvu
Que les pâtes ne soient pas trop cuites) et voilà
Nos vagues à l'âme endormis un temps, surtout si on fait la sieste après et si on évacue les
Pensées du genre qu'on pourrait s'étouffer avec un bout de gras, cardiaquer sec hop crac tomber paralysé d'la comprenette ou bouffé du crabe et autres joyeusetés que la vie défois hein la vie.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er janvier 2024.

 

22 novembre 2023

MAIS LES CONTES SONT CRUELS

MAIS LES CONTES SONT CRUELS
(Notes sur une relecture, des années après, de « Un Taxi mauve », de Michel Déon).

« Un Taxi mauve », de Michel Déon n'est pas un grand roman, au sens où « Voyage au bout de la nuit », « La Route des Flandres », « Le Château » ou encore les romans de Proust et de Faulkner sont des œuvres qui changèrent à jamais le paysage romanesque, mais j'y suis affectivement attaché, comme à un souvenir d'adolescence, aussi clair et précis dans ma mémoire que la couverture d'un magazine posé devant moi et que je viens d'acheter.
Prétextant un devoir urgent et difficile à rendre pour le lendemain, je passai une soirée dont je me souviens encore, près du radiateur et du poste de radio, à dévorer ce « taxi mauve » cependant qu'à l'étage invités - qui étaient-ils ? Aucune idée -, et les gens aimables qui furent mes parent engloutissaient je ne sais quoi en parlant d'on ne sait qui.
Depuis, j'ai pour ce roman les yeux de la nostalgie.

L'action se passe en Irlande. Une Irlande de roman. Michel Déon vécut en Irlande. Mais l'Irlande du bouquin a un réel parfum de fiction, de « solitude des longues courses », de « pluie battante » et de « rafales de vent glacé » dans des paysages déserts où l'on entend parfois des coups de fusil (c'est qu'on y tire la bécasse), une Irlande de maquignons et de chiens de chasse, pleine de bars et d'églises, d'Irlandais tantôt bigots, tantôt alcooliques (voire les deux), parfois bagarreurs, parfois excentriques ou étonnamment secrets. Michel Déon a vécu en Irlande, mais cette Irlande hantée par un taxi mauve me semble aussi peu réelle que la chevalerie de la légende arthurienne. Irlande fantasmée, Irlande de syllabes, Irlande pour lecteurs, de toute façon, je n'irai jamais vérifier. Et puis nous sommes en 2023. « Un Taxi mauve » a été publié en 1973 et fait allusion à des événements de l'époque : premiers pas sur la Lune, attentats commis par l'IRA, manifestations contre la guerre du Vietnam... Cette Irlande contée par Déon, si elle a existé, n’existe sans doute plus que dans l'imagination des scénaristes.

Le narrateur écrit, quoiqu'il confesse : « je n'ose pas dire un livre tant mon inexpérience en ce domaine est totale ». Ce qu'il raconte est censé avoir été vécu. C'est de la légende. Du reste, le réel s'en fiche. « - Eh quoi, mon cher, vous avez écrit un livre ! Comme une postière hystérique ! » lui balance son ami Seamus. Un auteur que j'ai connu employait le verbe « pondre ».
Je me demande souvent ce que pèsent réellement les livres ? Pas grand chose pour la plupart. Peut-être quelques-uns, en ce sens qu'ils pourraient être assez profonds et lucides pour imprégner l'esprit d'un grand manieur de réel. Et encore n'y suffisent-ils à eux-seuls. Il y faut aussi une éducation, un milieu, une volonté. Ceci dit, que serait la France sans Molière, Hugo et Balzac ? Que serait l'Angleterre sans Shakespeare, Dickens et Conan Doyle ? Assez différentes, je pense.

Comme dans bien des cas, ce n'est pas le narrateur qui est au centre du livre. Pour ma part, il m'agacerait parfois : les rêves dont il fait la relation à plusieurs reprises, franchement, je m'en fiche. D'ailleurs, ma lecture les a abrégés en sautant – hop là – les paragraphes. Et pourtant, le narrateur le sait qui commence un chapitre par « Il n'est pas de plus grands fâcheux que ceux qui entreprennent de raconter leurs rêves ». Je confirme.
Ce que l'on peut dire, sans trahir les secrets de l'intrigue, c'est que le narrateur, à la fin du bouquin, il est désillusionné. Mais il se fait une raison (faut toujours se faire une raison). C'est que les gens, si, à l'aune de nos sottes espérances, sont souvent décevants, ils sont aussi complexes, les gens. Ainsi, « il n'y a peut-être de clarté que dans les personnages imaginaires », conclut philosophiquement le narrateur avant d'aller « dans le Kerry qui est si beau, et puis ailleurs ensuite, je ne sais où, pour recommencer une vie. »

Le personnage central du livre est un duo, un drôle de duo formé par un certain Taubelman et sa supposée fille, Anne.
Taubelman est un ogre et un conteur. il y a chez lui, dit le narrateur « un goût des mots pour les mots, une sorte de musique pour l'argot et la préciosité, qui est impossible à rendre en français par écrit. » L'auteur avoue son impuissance : la littérature serait impuissante à rendre compte de la richesse verbale dont sont capables certains conteurs. Du reste, le réel est en lui-même un formidable puits à histoires. Et cela fait belle lurette que nous savons que la littérature ne sait ni ne peut rendre réellement compte du réel. Il ne peut que l'évoquer, et l'évoquant, il le constitue. C'est quelque chose.
Si Taubelman est bavard, Anne est muette.
Anne est jeune (« entre vingt et vingt-cinq ans, probablement », répond le narrateur à l'infirmière, car l'intrigue veut que Anne se retrouve parfois hospitalisée).
Anne est gracieuse et cavalière. « Comme nous étions en lisière d'un bois, elle ne nous vit pas, et nous pûmes la contempler à loisir, admirer son buste droit, la douceur et la fermeté de sa main, la grâce de son port de tête. » Le narrateur rappelle à plusieurs reprises que la chevelure de la jeune femme est particulièrement belle, « féerique », écrit-il.
Mais les contes sont cruels. Et bientôt questions et doutes affluent : Taubelman est-il bien Taubelman ? Anne est-elle bien sa fille ? D'où vient son mutisme ? Que cherchent-ils à ou à ne pas ? Pourquoi se sont-ils installés dans ce qui semble un bout du monde ?
Un bout du monde... C'est de ça qu'ça cause, voyez, des bouts du monde, la littérature, les bouquins, les gens, l'Irlande qu’existe pas, l'Irlande qu’existe, tout ça. Le reste, c'est de l'au-delà.

Michel Déon fut un écrivain classé à droite, apparenté aux « Hussards », nous iriche Wikipédia ; plus ou moins proche aussi, le Déon, dit-on, de Jean Raspail. Plus guère de gens pour savoir ce que sont-ce, les Hussards. Personnellement, m'en fiche. Il est vrai que certaines réflexions du roman me rappellent des idées que j'eus jadis. Et puis le goût de la liberté individuelle, l'ironie, la fascination pour ceux qui vont dans le monde, « ne rendant de comptes à personne, forme suprême de la liberté »... Ouais, c'est bien ce que je disais, de la littérature, du conte quoi.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 novembre 2023.

18 novembre 2023

ET DE TES GENOUX VOIS-TU L'AVEUGLE S'EN FOUT

ET DE TES GENOUX VOIS-TU L'AVEUGLE S'EN FOUT

« Vérité, mensonge, certitude, incertitude...
Cet aveugle là-bas sur la route connaît aussi ces paroles. »
(Fernando Pessoa)

J'aime bien Fernando Pessoa pour la philosophie que l'on trouve dans ses poèmes. Certes, c'est pas Sartre, pas Heidegger, et pas alambiqué, pas le genre énigme à profondeur qu'affectionnait René Char (enfin, euh, ça dépend, la poésie charresque, parfois, n'est guère plus profonde qu'un doigt de porto ; par contre, ça, elle énigmatise, étrangéise, vous perlimpinpine le cogito, même que défois on comprend rien, mais c'est beau, souvent, la poésie de René Char).

Garouffons (le verbe « garouffer » n’existe pas, mais je l'aime bien), garouffons donc ce texte de Pessoa tiré de « Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes d'Alberto Caeiro » (traduction : Armand Guibert) et qui commence par les mots « Vérité, mensonge, certitude, incertitude... ». Déjà, lecteur, te voilà pensif alors que la pluie tombe, que les chats et les araignées rentrent se mettre au chaud puisque l'hiver, et toutes ses contrariétés, va bientôt pointer sa fraise gelée.

Ensuite, sur la « route », il y a un « aveugle ». C'est symbolique, chuis sûr. Sinon pourquoi pas un accordéoniste, une girafe, un coin-coin dandinant, ou Zut encore, chantant une vieille chanson de dans le temps de chez nous qu'on n'y était pas mais ça vous fait d'la nostalgie quand même allez...

Quant au narrateur, il est sur une « haute marche ».. Où ? Je ne sais pas. Sur le devant de sa porte peut-être ? Il a les « genoux croisés » avec dessus, ses mains, qu'il « serre ». Je ne sais pas ce que cette pose signifie mais on voit bien qu'il n'est pas en train de charger, sabre au clair, dans le fracas et l'effroi d'une bataille napoléonienne.

On peut penser qu'il pense, le narrateur là, sur sa « haute marche » avec ses « mains serrées ». Il pense sans doute à « vérité, mensonge, certitude, incertitude », vu qu'il en cause, même qu'il doit se demander si « tout revient-il au même ? », et si le Vrai et le Faux ne seraient jamais que des mots qu'on utilise pour se donner l'illusion que le réel a un sens, alors qu'on sait bien qu'il n'y a pas plus de sens en-soi que de dieu bienveillant au plus haut des cieux et dans on ne sait quelle éternité (celle qu'on croit qu'elle existe parce qu'on peut le dire).

D'ailleurs, voyez : le narrateur a « décroisé les mains ». L'aveugle, lui, n'a rien vu. Vous me direz que l'aveugle ne savait pas que le narrateur avait les mains croisées sur « le plus haut » de ses « genoux ». N'empêche que « quelque chose a changé dans le cours de la réalité », note le narrateur et cela, - insistons sur ce point – si peu que ce fût. Pour l'aveugle, ça fait-y une différence ?

Du reste, nous savons bien, parce que nous regardons des documentaires sur Arte, que la matière gigote perpétuellement, frénésie, danse de saint-guy, ontologique tarentelle, et tout le tremblement. Le voyons-nous ? Non. Même que souvent, on dit : « C'est bien calme, aujourd'hui », alors que dans les herbes, des batailles homériques se déroulent, à grands coups de pinces et de sucs vénéneux, avec force démembrements, démantibulations, égorgements, éventrements, dévorations, accouplements, et qu'au cœur même de la matière, des tas de particules dont je ne retiens jamais les noms (parce que hein) filent dans tous les sens dans cet invisible infini que je sais pas comment qu'il s'appelle.

Et nous, pépère, fumant philosophiquement la pipe en pensant à Monique, nous ne voyons rien, nous ne nous doutons de rien, ô aveugles bipèdes que nous sommes !

Bon, pendant ce temps-là, l'aveugle, consultant sa montre, constate qu'il est déjà tard et qu'il a un bus à prendre, cependant que le narrateur considère que « ce n'est déjà plus la même heure, ni les mêmes gens, ni rien de pareil », même qu'il en tire la conclusion que « c'est cela, être réel. »

Et c'est ainsi que les saucissons séchèrent (et avec l'inflation, ce n'est pas près de s'arranger).

Patrice Houzeau
Malo, le 18 novembre 2023.

 

14 octobre 2023

DES EXEMPLES DE GRAMMAIRE LES FANTÔMES

DES EXEMPLES DE GRAMMAIRE LES FANTÔMES

1.
« They had to meet people who they did not much care for. »
(exemple de grammaire)

Cette phrase signifie-t-elle :
- que défois, y a des gens, on est quand même content de pas avoir à trop les fréquenter, et moi, voyez, la mixité sociale, euh, ça m’intéresse pas beaucoup.
- Qu'il faut de tout pour faire un monde et que ça n'empêche pas que le monde tourne mal ?
- Que les belles paroles au président Macron sur le courage des enseignants et des personnels face au terroriste d'Arras (fiché S pour radicalisation islamiste), c'est bien mais dites, les politiques, va falloir prendre ses responsabilités, et réellement les virer du pays, les apprentis djihadistes, sinon, en 2027, facile qu'elle prend le pouvoir Marine.
- Qu'il a fallu les rencontrer ces gens, même qu'ils ne les appréciaient pas.

2.
« John had his car stolen outside the school. »
(exemple de grammaire)

Cette phrase dit-elle :
- une vérité contemporaine ?
- Que ce sont des choses qui arrivent, que ça ne devrait pas arriver, mais que ça arrive quand même ?
- Que la pluie, ça mouille ; que la guerre, ça fait des morts ; que Mélenchon ne sera jamais président de la République ?
- Que John i va devoir aller à pied ?
- Que John had his cas stolen outside the school même que ça lui casse bien les...

3.
« Prices have gone up tremendously. »
(exemple de grammaire)

Cette phrase affirme-t-elle ?
- une vérité aiguë, contemporaine, contondante, très embêtante ?
- L’existence d'un racket organisé par la grande distribution ?
- La fin des haricots alors que les carottes ne sont même pas encore cuites ?
- La victoire de l'extrême-droite aux présidentielles françaises de 2027 ?
- que nous sommes au bord d'un crash boursier, et peut-être même au bord de la WW3 ?

4.
« If we don't learn from the mistakes of History we're doomed to repeat them. »
(exemple de grammaire)

Cette phrase est-elle :
- une vérité sans doute mais qui sonne un peu creux because la plupart des politiques s'en fiche bien du passé et donc extrême-droite et extrême-gauche gagnent des voix sur le dos des partis démocratiques ?
- Un exemple de l'usage de la condition en grammaire anglaise ?
- La recette de la déconfiture à venir de nos démocraties, si nous continuons à la jouer « résilience, bienveillance, multiculturalisme, vivre-ensemble » et toutes ces sottises ?
- L'illustration de la nécessité du « Si vis pacem, para bellum » ?
- Que si ça se trouve, et même s'il est impopulaire, on va être obligé de demander au président Macron (que je n'apprécie pourtant pas beaucoup) de réformer la Constitution pour pouvoir faire un troisième mandat ?
- Que le choix qui s'offre à nous n'est plus entre démocratie et dictature, humanisme et barbarie, mais entre technocratie et chaos ?

5.
« Never complain, never explain »
(citation royale)

Cette devise est-elle :
- salutaire, magnifique, idéale, typique du savoir-vivre britannique qu'on rêve ?
- Un vœu pieux, une belle étrangeté dans un monde où on promeut la massification de l'université, qui devient dès lors une machine à produire bavardages et sophismes ?
- En tout cas, elle pourrait faire un beau titre de pop song,
- Aussi fondamentale que « Cogito ergo sum », « Si vis pacem, para bellum », « L’existence précède l'essence », « L'enfer, c'est les autres »,et autres choses à retenir si l'on veut tenter de vivre à peu près intelligemment dans ce monde corrompu ?
- Aussi profonde que l'être des fantômes qui n’existent pas et qui sont pourtant partout présents.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 octobre 2023.

13 octobre 2023

FUMISTERIE A CHAPEAU

FUMISTERIE A CHAPEAU

1.
« … ce salon doré... (indiquant la droite) ces grands portraits de famille qui avaient l'air de me dire : « Veux-tu t'en aller ! nous ne vendons pas de chapeaux !... » Tout ça m'a donné un trac !...
(Labiche et Marc-Michel, « Un Chapeau de paille d'Italie », [Fadinard])

Cette réflexion que le Fadinard s'administre signifie que :
- Fadinard exerce le métier de chapelier timide ?q
- Fadinard a la phobie des tableaux, des natures mortes aussi bien que des « grands portraits de famille » ?
- Je n'aurais pas dû manger le lapin blanc de l'histoire d'Alice. Depuis, il me semble que le temps me manque.
- Ce n'est pas parce que les gens écrivent bien qu'ils disent des choses intéressantes ?
- Fadinard a le trac. C'est un truc qui vous rend patraque.

2.
« Une fois là, vous me dites : « Attends-moi, je vais chercher un parapluie... » J'attends, et vous revenez... au bout de six mois... sans parapluie ! »
(Labiche et Marc-Michel, « Un Chapeau de paille d'Italie », [Clara])

Cette récrimination de Clara signifie que :
- Clara a absolument besoin d'un parapluie et que depuis six mois, elle a donc régulièrement les cheveux trempés ?
- « Clara veut la lune », comme dit la chanson à Alain Chamfort, et elle n'a même pas de parapluie !
- Je ne connais aucune Clara... Ce n'est donc pas demain la veille que je vas lui ramener un parapluie, et encore moins une tarte aux fraises ?
- Lorsque le président parle, on regarde la télé. Lorsque le président a fini de parler, on regarde la télé. Enfin, on dit qu'on regarde la télé qu'en fait, on mange des pâtes en parlant d'autre chose.
- J'aime quand Clara joue de la clarinette car Clara joue bien de la clarinette et j'aime aussi quand Suzon joue de l'accordéon car Suzon joue bien de l'accordéon. Quant à Léon et son piston, ah non, ça j'aime pas.

3.
« Je vais vous dire... c'est plein de fumistes. »
(Labiche et Marc-Michel, « Un Chapeau de paille d'Italie », [Fadinard])

Dans cette phrase, le Fadinard évoque :
- le gouvernement ?
- L'Assemblée nationale ?
- Le paysage audiovisuel français ?
- L'éducation nationale ?
- Le contenu de ma caboche ?

4.
« Dont on fait de très jolis chapeaux...
         Que mangent les chevaux. »
(Labiche et Marc-Michel, « Un Chapeau de paille d'Italie », [Fadinard])

Dans ces deux vers serinés par le Fadinard, est-il question :
- de la fatalité des chapeaux de paille d'Italie à se faire manger par les chevaux ?
- De la beauté des chevaux et du goût exquis de certains chapeaux de paille d'Italie ?
- De la Place rouge qu'était vide même qu'elle avait un joli nom mon guide Nathalie qu'il chantait le Gilbert Bécaud ?
- Du dernier électrotruc composé enregistré formaté entubé diffusé assené du groupe « Stupid Horses » ?
- de la mort du petit cheval ?

5.
« Qu'à cela ne tienne, madame... quoique, à vrai dire, ce ne soit pas moi personnellement qui ai mangé votre chapeau... »
(Labiche et Marc-Michel, « Un Chapeau de paille d'Italie », [Fadinard])

Cette remarque du Fadinard est-elle ?
- chapelière et désinvolte ?
- Chapelière, désinvolte et dégingandée ?
- Chapelière, désinvolte, dégingandée et moutardée ?
- Chapelière, désinvolte, dégingandée, moutardée mais pertinente ?
- Absolument déplacée et nous attendons avec impatience et régalade que l'Association de Défense des Chapeaux Harcelés porte plainte contre ce misérable Fadinard et ses plaisanteries obscènes. Nous avons confiance en la justice car nous savons qu'est grande la sagesse du Haut Chapeau Pointu Turlututu.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 octobre 2023.

 

4 octobre 2023

PARCE QU'ON N'EST JAMAIS ASSEZ ATTENTIF AUX CYGNES

PARCE QU'ON N'EST JAMAIS ASSEZ ATTENTIF AUX CYGNES

1.
« C'est peu après que j'écrivis cette injonction dans mon premier roman « Vendredi ou les Limbes du Pacifique » : « Prenez garde à la pureté, c'est le vitriol de l'âme ! ».
(Michel Tournier, « Un rêve », in « Célébrations »)

Tournier a écrit que la pureté est « le vitriol de l'âme » parce que :
- je sais pas vous, mais moi, je me sens fatigué,
- Parce qu'il raconte dans un texte intitulé « Rêve » une histoire de « moignons sanglants » et de « mains » disparues ?
- Parce que la pureté est une fascination et non une raison,
- Parce que la pureté en tant que valeur morale est très rare, vraiment très rare, vraiment très très rare ?
- Parce qu'en 2023, presque chaque jour sont révélées des affaires de corruption et que, presque jour, on
apprend que des coupables se promènent en liberté ?
- Parce que comme le dit Michel Tournier : «  C'était, je pense, alors qu'on ne parlait que des premiers hommes déposés sur le désert de la Lune. »
- Parce que je n'aime pas Macron ni d'ailleurs aucun politique. D'ailleurs, je ne vote pas.

2.
« Devant moi, les saris et les foulards de mes ouailles font des taches chatoyantes. »
(Michel Tournier, « Bombay » in « Célébrations »)

Tournier évoque « saris et foulards » aux couleurs chatoyantes » car :
- l'auteur se trouve à Bombay où il donne des cours, ou fait des conférences, ou cueille des champignons devant « une centaine d'étudiants et d'étudiantes sur tel ou tel sujet littéraire contemporain »,
- l'auteur a pris du LSD et s'épate des chatoyances en écoutant l'album « Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band », des Beatles, un des meilleurs albums d'un des meilleurs groupes de pop/rock des années 60,
- parce que, du coup, je me dis Quelle est la définition de « sari » et que donc Wikipédia nous poivre et cannelle qu'un sari est une « longue pièce d'étoffe », un « vêtement traditionnel porté par des millions de femmes d'Asie du Sud (principalement en Inde, au Népal et au Bangladesh) »,
- j'ai vérifié : le gingembre a bien son origine en Inde tout aussi vraiment que moult politiques sont originaires de Connardie occidentale (et de leurs grandes écoles),
- parce que je n'irai jamais en Inde et que donc ce genre de phrase me dépayse.

3.
« Mais les fillettes se tiennent désormais à distance respectueuse des cygnes. »
(Michel Tournier, « Mes deux châteaux » in « Célébrations »)

« les fillettes se tiennent désormais à distance respectueuse des cygnes », parce que :
- parce qu'une institutrice leur a raconté que Léda « aimait trop les cygnes » et que ça lui a joué le mauvais tour de Castor et Hélène,
- parce que les cygnes, c'est méchant comme des députés, (mais c'est bien plus joli quand même),
- parce qu'avec les tickets restaurants qui vont tous être dématérialisés, on ne pourra plus les utiliser pour dépanner quelqu'un, que quelque chose me dit qu'il y en a pourtant de plus en plus des gens dans la panade,
- parce qu'on ne se méfie jamais assez des cygnes,
- parce que Barbara.

4.
« Quand il [l'ogre] goûte particulièrement les petites filles, on l'appelle un croque-mitaine (mitaine = « mädel », donc croque-fillette).
(Michel Tournier, « Christophe, saint patron des ogres » in « Célébrations »)

Quand on lit cette phrase, on se dit que :
- on est bien content d'apprendre par Michel Tournier l'origine du mot « croque-mitaine »,
- qu'il y a beaucoup de mauvaises bêtes et que les mauvaises bêtes, faut les abattre,
- que saint Christophe, comme le rappelle Michel Tournier, se mit au service du Diable avant de se mettre au service du Christ et de, au risque de se noyer, transporter le Christ incarné en enfant d'une rive à l'autre, d'où son nom de Christophe (du grec Christophoros, « celui qui porte le Christ »),

5.
Citant Paul Valéry, « Un jour est une feuille de l'arbre de ta vie », Michel Tournier se demande si la « métaphore » est « juste » car :
- elle est quand même assez emphatique, voire grotesque, la phrase à Valéry,
- parce que, comme l'écrit Michel Tournier, « un homme de cinquante ans a vécu 18 250 jours. Est-ce que cela ne fait pas beaucoup de feuilles pour un seul arbre, même de vaste dimension ? » (Michel Tournier, « L'arbre et la forêt », in « Célébrations »),
- Pap Ndiaye n'est-il pas un peu dégoûté de voir que Gabriel Attal réalise tout ce qu'on ne lui a pas laissé faire lorsqu'il était ministre (on se demande pourquoi),
- parce que ce n'est pas avec des niaiseries pareilles que l'on réussira à bouter les Russes hors d'Ukraine,
- parce que le covid, ce tueur invisible, serait de retour.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 octobre 2023.

23 septembre 2023

MOINEAU DANS LA MAIN COLOMBE SUR LE TOIT

MOINEAU DANS LA MAIN COLOMBE SUR LE TOIT

1.
« Et quoi de plus contraignant que d'avoir à paraître ce qu'on n'est pas ou peu, devant des gens qui, eux aussi, s'appliquent à donner d’eux-mêmes une idée non conforme à la vérité ? »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau »)

De ce constat, le narrateur tire la conclusion que :
- comme le dit Rousseau, « l'homme est naturellement bon et c'est la société qui le déprave » ?
- le savoir-vivre serait une hypocrisie et « haïssable », de même que l'éducation est nationale, le Pacte un piège, mystérieux le meurtre à Dunkerque et « le polygone irrégulier » ?
- l'humanité se joue une fichue comédie avec plein de bruit et de fureur dedans qu'on se demande même si être ou ne pas être et qu'est-ce que qu'on mange à midi ?

2.
« Et puis me voilà perdu dans des méandres sans fin, prisonnier de haies d’épineux, teigneuses et infranchissables. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau » [le narrateur])

Cette phrase de San-Antonio/Frédéric Dard, a-t-elle pour but de :
- nous interroger sur le destin de l'humain « perdu », « prisonnier », en proie au « teigneux » et à « l'infranchissable » ?
- faire part du désarroi du narrateur face à l'inflation galopante que Bruno Le Maire nous dit que ça va s'arranger et que ça, ça n'est pas si sûr.
- illustrer le proverbe allemand qui dit : « Besser ein Spatz in der Hand als eine Taube auf dem Dach » ? ce qui équivaut, ai-je lu sur la Toile, au français : « Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras » ?
- nous rappeler l'incroyable talent du commissaire San-Antonio, qui sait résoudre les énigmes les plus épineuses tout en fréquentant méditations, métaphysiques, des cartes et bars-tabacs ?

3.
« - Franchissez le radar, s'il vous plaît, enjoint ma guidesse.
J'obtempère. L'appareil module un tuuuuuuuuut désagréable. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau » [le narrateur])

Si l'appareil désagréablement tuuuuuuuuute, c'est que :
- la fiction pousse son bouchon un peu trop loin dans le réel, lequel s'alarme légitimement ?
- Le narrateur a sur lui quelque chose de métallique ?
- Comme dit le proverbe allemand, « Besser ein Spatz in der Hand als eine Taube auf dem Dach » ?
- l'année 2023-2024 va-t-elle être en France pleine de troubles comme le furent 2018-2019 ainsi que 2022-2023 (entre-temps, il y eut beaucoup de covid) ?
- Le narrateur n'est pas un être humain ? Mais alors qu'est-il donc ? (Nous nous interrogeons).

4.
« Pourquoi me laisse-t-on mijoter dans cet univers blafard et silencieux ? »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau » [le narrateur])
Bin oui, tiens, pourquoi ?

- parce qu'il faut bien raconter quelque chose, même que la prochaine fois, le narrateur se demandera pourquoi qu'on le laisse poireauter dans ce monde braillard et bigarré, si ce n'est devant une baraque à frites ?
- Parce que dans le meurtre mystérieux à Dunkerque, il semble que le coupable ne soit pas le clown Picolo ?
- Parce que c'est comme ça défois que l'on cuisine le poulet de fiction ?

5.
« C'est un très bel avion de la Té-double-vé-A (en anglais : Ti doble you É) Boeing rutilant, pomponné, avec du bourbon ambré et des hôtesses platinées comme on n'en trouve plus que sur les lignes américaines. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau »)

Je vous cite cette phrase d'un roman d'il y a longtemps maintenant parce que :
- la TWA n’existe plus cause qu'elle a fusionné avec « American Airlines » en 2001, donc nostalgie ?
- Le narrateur aime le « bourbon ambré » et les « hôtesses platinées » ?
- j'aime le style baroque, hétéroclite, amusant, coloré, rock n' roll même je trouve qu'il est, son style, à San-Antonio/Frédéric Dard,
- je n'ai jamais pris l'avion et ne le prendrai jamais ?
- Parce que je n'ai pas signé le Pacte et que je ne le signerai pas. Et pourquoi que je ne le signerai pas, le Pacte à Pap Ndiaye, pompes bien cirées à Attal ? Parce que je pressens qu'il pourrait être à terme imposé, le Pacte, et de moins en moins « avantageux », le Pacte.

6.
« Le bœuf branche la radio autant fort qu'il peut, à t'en faire craquer les étagères à mégots, le poste, et jusqu'à son tableau de bord. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau »)

Cette phrase s'inscrit-elle dans le programme :
- Corned-beef et littérature ?
- Corned-beef, frites et littérature ?
- Corned-beef, frites, mayonnaise, bière blonde et littérature ?
- Castagne et littérature ?
- Pacte à Pap Ndiaye, pompes bien cirées à Attal, tronche à Macron et littérature ?
- Argot et littérature ?
- Hallucinations et littérature ?
- Rubettes et littérature ?
- Ecoutilles et littérature ?
- Meurtre mystérieux à Dunkerque et littérature ?

Patrice Houzeau
Malo, le 23 septembre 2023.

16 septembre 2023

AH CE BAUDELAIRE TOUT DE MÊME QUEL HEIN ?

AH CE BAUDELAIRE TOUT DE MÊME QUEL HEIN ?

1.
« Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorcière aux yeux alléchants, »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Dans ce quatrain, de qui le narrateur baudelairien fait-il le portrait ?
- d'une lointaine cousine, dont il ne se souvient que vaguement ; vu que c'était au 19ème siècle, plus personne ne sait qui c'est ?
- De sa voisine ?
- De son voisin ?
- De Perlimpinpin ou de Perlimpinpine ?
- d'Elisabeth Borne, de Marine Le Pen, de Médusa, de Margaret Coeur-de-Lion, de sa bouchère, de Marlène Schiappa, de Florian Philippot ?
- De la honte (le mot « honte » a été employé ce 16 septembre 2023 par le ministre Gabriel Attal, c'est pour ça que je me permets) qui devrait s'emparer du rédacteur de la lettre du rectorat de Versailles menaçant de poursuites judiciaires des parents qui, en désespoir de cause, menaçaient de porter plainte afin que cesse le harcélement dont était victime leur fils qui, quelques semaines après cette lettre, s'est suicidé.

2.
« Je t'adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Le narrateur de ce quatrain vous paraît-il :
- exalté comme un adolescent ?
- Frivole, zazou, zozo, zigoto très sot ?
- Mystique comme l'âne mystique du conte de l'âne mystique que je sais pas ce qu'il conte, ce conte-là, mais que ça doit être beau, j'en suis certain,
- naïf s'il s'imagine que les prêtres croient aux billevesées qu'ils sont bien obligés de raconter pour les faire tenir tranquilles, les gens ?

3.
« Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l'énigme et du secret. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Qui c'est-y donc qu'il évoque, Baudelaire ?
- une chanteuse africaine ?
- Un chanteur de reggae ?
- Un arbre à tresses ?
- Napoléon travesti ?
- Une sarkozette (comprenez une fan de Sarkozy qui porte des tresses) ?
- Le Sphinx de Gizeh ?
- La Sphinge de Gisors ?
- Alice en Jamaïque ?
- Le parapluie perdu de mon oncle ?
- Jean-Luc Mélenchon méditant sur le destin de la Révolution ?

4.
« Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Mais quelle est donc cette « nymphe ténébreuse » ?
- Une vouivre, Mélusine ou Morgane,
- Une louve, la féline ou un âne,
- La rivière, la saucisse ou la gaufre,
- La fille de l'énigme ; une lettre dans un coffre ?

5.
« Ah ! Les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts ! »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Ce quatrain est-il :
- licencieux, obscène, inconvenant, olé-olé, tendancieux ?
- Joli mais quand même, ce Baudelaire, il exagère !
- Amusant, qu'on le mettrait bien en musique, avec de la flûte, un air léger, enlevé, hop-là !
- Si l'on compare avec tout ce qu'on voit maintenant, qu'on entend maintenant, qu'on sait maintenant, aucun doute que moi ce que je préfère avec mon steak, ce sont des frites, avec une bière.
- Mes élèves, parfois j'ai l'impression qu'ils n'ont pas ouvert un livre depuis trente ans. 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 septembre 2023.

12 septembre 2023

PULL QUI S'DETRICOTE A L'OS

PULL QUI S'DETRICOTE A L'OS

1.
« Voici la seiche qui s'accoude d'un air de défi à la fenêtre »
(André Breton, « Premiers transparents »)

Si à votre fenêtre, « d'un air de défi » s'accoude une seiche, cela signifie-t-il :
- Que vous vivez sous la mer ?
- Que vous êtes une apparition dans un dessin de Victor Hugo ?
- Que les seiches sont de plus en plus insolentes, audacieuses, obscènes ?
- Que vous avez trop mangé de fondue au chester ?
- Qu'à force de lire des choses surréalistes, des choses surréalistes finissent par arriver ?
- Que vous vous demandez comment une seiche peut-elle « s'accouder » à la fenêtre, avec son chapeau, sa pipe et son imperméable et faire comme si elle vous observait ?
- La seiche « qui s'accoude d'un air de défi à la fenêtre » se desséchera- -t-elle si le soleil se met à faire suer ?
- Que vous vous dites que cela fait longtemps que vous n'avez pas mangé de « rouille », laquelle est un plat délicieux ?

2.
« Qu'on se représente, de la taille d'un aigle, un papillon bleu ciel sur lequel se lit en lettres blanches le mot PIGEON. »
(André Breton évoquant un tableau de Magritte, « L'inscription bi-ailée »)

Lisant cette phrase d'André Breton,
- Cela vous rappelle-t-il un tableau de Magritte et si oui, en connaissez-vous le titre ?
- Cela ne vous rappelle rien du tout, et d'ailleurs, moi, ce que je préfère, c'est le bon vieux rock n' roll ?
- Ce « papillon bleu ciel sur lequel se lit en lettre blanches le mot PIGEON » est-il une variante du célèbre « Ceci n'est pas une pipe » ?
- Eprouvez-vous l'envie de manger de la « rouille », laquelle est un plat délicieux ?

3.
« On touche au défaut de la conscience pourtant certains persistent à soutenir que le jour va naître »
(André Breton, « Guerre »)

Ici, ce « défaut de la conscience », dont parle André Breton, :
- est de croire que « le jour va naître » alors que « les pustules de la Bête » (laquelle est aussi le sujet du poème) « resplendissent de ces hécatombes de jeunes gens dont se gorge le Nombre » ?
- est de croire que « le jour va naître », alors que le jour ne naît jamais que pour augmenter le poids de la nuit ?
- est de croire qu'il existe une fin heureuse de l'Histoire, alors qu'il semble bien, qu'en 2023, avec la sale guerre de Poutine et ses formalismes hypocrites d'une part, et la technocratie triomphante d'autre part, que l'Histoire se met à jouer les idiotes sanglantes ?
- est de croire que, bien que rien de tout ça n'a de sens, l'humanité réside précisément en ce « défaut de la conscience » de persister « à soutenir que le jour va naître ».

4.
Puisque j'en suis aux fâcheries, pensez-vous que les discussions qui s'annoncent sur la régularisation des migrants va donner lieu à :
- un débat houleux entre gauche vent debout et droite mâchoire ouverte ?
- un nouveau pas vers le Grand Remplacement (lequel - c'est une question de démographie -, qu'on le veuille ou non, sera, à plus ou moins long terme, une réalité tangible et reproductrice) ?
- une manœuvre du patronat, voire de l'Etat lui-même, pour embaucher légalement plus de travailleurs étrangers et ainsi faire baisser les salaires et le niveau des revendications sociales ?
- un grand blabla national dans lequel le président Macron ne manquera pas d'user de son « en même temps » habituel qui aura pour effet de faire cocu à peu près tout le monde et préparera le terrain à une victoire de Marine Le Pen en 2027 ?
- une superbe occasion pour la Macronie d'envoyer paître son aile gauche au profit d'un rapprochement avec « Les Républicains »?
- une partie de jeu de dupes ?
- une péripétie de plus dans l'inéluctable ?

5.
« Toi qui ne parlais que de lier vois tout s'est délié »
(André Breton, « Ode à Charles Fourier »)

Si, comme le dit le narrateur du poème d'André Breton, « tout s'est délié », c'est :
- Que tout n'était jamais cousu que de fil blanc ?
- Que tout lien est illusoire ?
- Que le cuisinier a loupé sa sauce ?
- Que la mayonnaise n'a pas pris et que donc sur les frites on mettra du vinaigre ? Ou alors on les mangera, les frites, dans un œuf battu.
- Qu'il se détricote, le pull du réel, mettant à nu le squelette.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 septembre 2023.

11 septembre 2023

EN UN CERTAIN VILLAGE D'ECOSSE QUE JE NE HANTE PAS

EN UN CERTAIN VILLAGE D'ECOSSE QUE JE NE HANTE PAS

1.
« l'échiquier sali des fenêtres avec son enseigne HÔTEL DE BELGIQUE »
(Julio Cortazar traduit par Laure Guille-Bataillon, « Manuel d'instructions » in « Cronopes et Fameux » )

Ce bout de phrase donne-t-il à penser :
- Que Julio Cortazar a tenté d'écrire un roman de Simenon à la place de Simenon
- Que Julio Cortazar a tenté d'écrire un roman de Robbe-Grillet tentant d'écrire un roman de Simenon
- Que Julio Cortazar a décidé d'écrire une longue phrase qui se termine par l'emploi des mots « échiquier » et « Belgique », évoquant ainsi dans l'esprit du lecteur les échiquiers des toiles des peintres surréalistes belges, mais avec bien du temps qui a passé sous les ponts où nul tuba désormais ne joue plus pour la flamme des girafes ?

2.
« Et ce n'est pas si mal au fond que les choses nous retrouvent tous les jours et soient les mêmes. »
(Julio Cortazar, « Manuel d'instructions »)

Cette phrase est-elle :
- Fataliste et reconnaissante
- Fataliste et ingrate
- Fataliste et gratinée
- Consolante comme l'écoute d'un vieux disque de rock n' roll qu'on aimait tant, qu'on était môme
- Consolante comme un verre de bière ?

3.
La littérature est-elle :
- une explication du réel ?
- une invention du réel ?
- une élucidation du réel ?
- une élucubration du réel ?
- une contradiction du réel ?
- un trouble du langage ?
- une complication du réel ?
- une hyperbole du réel ?
- une simplification du réel ?
- une stylisation du réel ?
- une alchimie ironique ?
- une approche d'Almotasim ?
- un double du réel ?
- une consolation ?
- un « Ceci n'est pas une pipe » fumée par « Je est un autre » ?

4.
« Si vous entendez (mais cela ne se produira que plus tard) quelque chose comme un paysage plongé dans la peur, avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies,... »
(Julio Cortazar, « Instructions pour chanter »)

Ce début de phrase signifie-t-il :
- qu'on peut entendre un paysage comme on entend se révéler quelque chose ?
- qu'on peut entendre un paysage à la condition qu'il soit plongé dans « la peur, avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies » qu'on dirait une scène tirée du « Providence », d'Alain Resnais, ou de « Black Moon », de Louis Malle, ou de « Un Soir, un train », d'André Delvaux.
- Qu'on peut entendre un paysage, mais aussi, nous dit Cortazar : « une saveur de pain, un toucher de doigt, une ombre de cheval », un « fleuve », ce qui est moins angoissant.

5.
« En un certain village d’Écosse, on vend des livres avec une page blanche glissée au milieu des autres. Si un lecteur débouche sur cette page quand sonnent trois heures,... »
(Julio Cortazar, « Instructions-exemples sur la façon d'avoir peur »)

Qu'arrive-t-il alors au lecteur ?
- il se transforme en statue ?
- Il se met à aboyer « bien au-delà du dernier réverbère » ?
- une brosse à dents tombe amoureuse de lui, et c'est bien embêtant.
- Il s'effeuille ?
- Il est attaqué par un bracelet-montre surgi de nulle part ?
- Il s'interloque en apercevant, « dans la pénombre, sous le bureau, les jambes et les bas de femme » que porte son médecin ?
- Il meurt.
Remarque : Les lecteurs de Julio Cortazar reconnaîtront les emprunts et les détournements.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 septembre 2023.

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