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BREFS ET AUTRES
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25 mars 2023

TIENS UN REVENANT

TIENS UN REVENANT

L'autre, alors qu'on a galéré, et galéré vraiment
Nous, les morts, on était sa seule famille
à trouver des déguisements
Qui a dit ça ? Qui ?
Il y en avait un, il avait mis un costume de gorille.

Il se fiche de nous il veut quoi ? Il croit quoi ? Ah j'te jure le gouvernement !
A la télé, il a dit, le président Macron
En fait, je l'ai oubliée, elle et tous ses ossements
Il dit qu'elle est nécessaire Mais qui a dit ça ? Qui ?
Que la réforme est nécessaire, bin oui, parce que sinon.

Qui parle de vendredi, de fête et d'ossements et qui dit
« Elle est dans la maison » ? L'autre il avait une tête de loup
Tiens, un revenant !
Dans la maison Qui a dit ça ? Qui ? la maison derrière vous
Ah mais je le connais, c'est Arthur ! Ça fait longtemps !

Sors de là, on va faire la foire, on va
« C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit » Tu entends,
voilà qu'elle déclame du Racine maintenant !
On ne peut pas savoir qui a dit ça
s'en fourrer jusque là.

Mais il n'y a pas de maison
Et la voix qui dit
Le vendredi c'est bien ça du poisson
Et la voix qui dit
Tu n'a pas l'air pressée de faire la fête
Et la voix qui dit
s'en fourrer jusque là
Ce n'est pas moi qui ai dit ça
ce n'est pas moi qui l'ai oubliée elle et tous
ses ossements dans la maison derrière vous
d'ailleurs il n'y en a pas
Il y a Arthur, et il fait encore son intéressant, l'Arthur Trompette.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mars 2023.

 

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25 mars 2023

SI C'EST UN CAMEMBERT ALORS VOUS LE CONNAISSEZ

SI C'EST UN CAMEMBERT ALORS VOUS LE CONNAISSEZ

1.
Il fait beau Il
Y a des gens dehors Il y
A des gens et des choses Il y a
Une voix qui dit : je lui avais bien dit de. Il y a
Chose qui se balade. Je ne me rappelle jamais de son nom. Je me demande d'ailleurs si je le connais son nom, à Chose.

2.
Ils causeraient ils
Me diraient quoi tes yeux
Disent-ils des mensonges ou bien ?
Tes yeux... parlent-ils comme on dit « le langage de l'âme » ? Tes
Yeux... aboient-ils quand la caravane passe ?

3.
« - A partir de demain, ajouta la Fée, tu iras à l'école. »
Pinocchio devint sur-le-champ un peu moins joyeux. »
(Collodi traduit par la comtesse de Gencé, « Les Aventures de Pinocchio »)

Pinocchio c'est une façon d'être politique Ça
Devint vite un lieu commun ça le politique à carabistouilles
Sur-le-champ qu'on sent qu'il ment
Un peu qu'il ment et un
Peu que ça se voit et même qu'il y en a de
Moins en moins de nous autres qui mordent à l'appât et c'est pas
Joyeux ça finit par des pavés et des matraques en attendant l'extrême-droite.

4.
Vous faites quoi là ? Vous
N'attraperez rien. Ce n'est pas le lieu où il viennent.
Rien que je vous dis. Rangez vos gousses d'ails, vos pieux et vos crucifix.
Ici, il n'y en a pas. D'ailleurs, ici, on fait des steaks-frites, des saucisses-frites, des omelettes-frites et des haussements d'épaules quand on nous cherche des vampires en cuisine.

5.
« Er versuchte, den Unbekannten genauer zu beschreiben. »
(exemple de grammaire)

Il essaya de décrire plus exactement l'inconnu.

« Er ». C'est un pronom. Les pronoms remplacent les noms, tous les noms, même les noms des étants qui n’existent pas.
« versuchte ». C'est du verbe « versuchen » qui se traduit par « essayer, tenter ». On peut tenter bien des choses, y compris de nommer ce qui n’existe pas. Ce qui est idiot parce que ce qui n’existe pas et n'a pas de nom, on ne peut même pas en parler.
« den » : C'est un déterminant à l'accusatif. Les déterminants sont bien utiles. Utiles aussi sont les clous. Il y en a même un, de clou, il sert à accrocher le hareng-saur au bout d'une ficelle, et même qu'il se balance toujours toujours toujours jusqu'à la fin des temps peut-être, des temps et des grammaires.
« Unbekannten ». C'est de l'inconnu qu'il veut essayer de, tenter de, et quoi d'ailleurs ? D'en faire des frites, des frites, des phrases ? De justifier son inconnaissance ? D'en définir le gouffre avant de tomber dedans ?
« genauer ». Ici, a le sens de « plus exactement », car c'est pas tout de tenter de décrire l'inconnu, il faut aussi être exact, sinon, à l'inconnu, on ajoute le flou et à votre histoire, on ne comprendra rien.
« zu ». Introduit l'infinitif. C'est très court « zu ». Le « zu » ne se chasse pas. Il n'y a pas d'espingole à zu. Pas de fusil de chasse à « zu ». Le « zu » en lui-même est tout à fait inoffensif. Ce n'est que dans l'usage qu'en font les perspicaces qu'il peut participer à quelque vilenie, voire comploter.
« beschreiben » se traduit par « décrire ». Ici, il s'agit d'essayer de décrire plus exactement l'inconnu. C'est une phrase qui peut servir dans un roman policier. Si l'inconnu est un camembert, c'est que vous le connaissez aussi bien que l'on peut connaître un camembert ; en tenant compte, évidemment, de cette part d'inconnu qui demeure en toute chose.

6.
Celle-là avec sa bouche ne comprenait rien
Ne saisissait que couic avec sa bouche ne
Comprenait pas avec sa bouche que ce n'est
Pas avec la bouche que l'on comprend le réel et apparentés bien qu'avec la bouche on puisse dire des sottises ou manger des chips en regardant la télé et toutes ses bouches.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mars 2023.

13 mars 2023

QUAND LA QUICHE FATALE CROISE LE FANTÔME DU MANDARIN

QUAND LA QUICHE FATALE CROISE LE FANTÔME DU MANDARIN

1.
« Elle n'avait rien fait cuire ni même cuisiné du tout le jour du meurtre. »
(M.C. Beaton traduit par Esther Ménévis, « La Quiche fatale » [un personnage])

Elle n'avait rien fait cuire, ni steak, ni frites, ni ragoût, non, elle
N'avait rien fait cuire, ni saucisses, ni fricassée, ni arithmétique cornue,
Rien fait cuire, ni œufs, ni têtes d’œuf, ni bœuf, ni cœur et comme elle n'avait rien
Fait cuire du tout, elle ne pouvait donc avoir volé le parapluie de mon oncle, ni avoir fait
Cuire le soleil comme un œuf sur le plat dans un tableau avec pipe noire (je dis pipe noire mais ça pourrait être tout autre chose), rien fait cuire donc,
Ni même cuisiné ; je la soupçonnai alors de s'être procuré une grammaire latine et
Même que, comme par hasard, il était question de latin dans cette fable grecque que le fantôme du mandarin venait de composer. Oh ! C'est-y pas
Cuisiné dis, ce truc, mitonné
Du tonnerre des vers qui racontent n'importe quoi ? D'ailleurs,
Tout ça, c'est même pas des vers, c'est d'la pure amusette. C'est que
Le truc que j'ai dans la tête, il m'en balance des absurdes et des sottises, tout le
Jour que je vais, d'une tâche à l'autre, avec mon petit guignol ironique qui s'agite dans le bocal.
Du coup, pour éviter qu'ça déborde côté fantasia à me faire rire l'âne, faut qu'j'l'écrive ; après c'est pas d'la science, que, voyez, le mot
Meurtre, que voulez-vous que j'en fasse ? Je ne vais tout de même pas assassiner la personne qui a volé le parapluie de mon oncle, ni tous ceux qui collectionnent les grammaires latines, et pas non plus ceux qui peignent des soleils qui ressemblent à des œufs sur le plat dans des ciels bleu clairon au-dessus de paysages de campagne perdue où un petit bonhomme à chapeau fume la pipe. Hein ?

2.
Et comme par hasard, il était question de latin dans cette fable grecque que le fantôme du mandarin venait de composer.
Et, ayant constaté que n'ayant rien fait cuire ni même cuisiné le jour du meurtre, et
Comme je me disais : « donc elle ne peut pas avoir volé le parapluie de mon oncle », tandis que j'allais
Par les rues pluvieuses d'une ville où je n'étais pas, le
Hasard me fit croiser la quiche fatale.
Il arriva donc quelque mystère car je ne croise la quiche fatale que pour réveiller des mystères et d'ailleurs, il
Était question d'une grammaire latine et je la soupçonnai de se l'être procurée et d'avoir, de ce fait, déserté la cuisine. Oui, il était question de latin et de cuisine (c'était peut-être du latin de cuisine ? fit-il avec sa moustache dans son visage ovoïde) ; aussi
Question de fable grecque et
De langue, de
Latin, de grec et de mandarin...
Dans un éclair de lucidité, je me dis que
Cette fantaisie tournait au n'importe quoi, que la
Fable se faisait fatras et que je ferais mieux de décrire quelque jeune fille
Grecque du genre iphigénique, voyez, avec des cheveux noirs et bouclés, des yeux noirs, un visage hâlé entre le triangle du masque adulte et l'encore poupin de la petite jeune fille.
Que dire maintenant ? Bon, mettons-y
Le fantôme du mandarin. C'est toujours utile, un
Fantôme. Avec un couloir plongé dans la pénombre d'une nuit de pleine lune et des soupirs comme des appels, ça vous fait
Du gothique à bon compte. Ici, voyez, c'est le fantôme du
Mandarin. Je ne sais pas qui il est exactement, mais comme je l'ai fait mandarin, mon fantôme, je puis bien supposer qu'il
Venait de composer quelque poème qui évoque
De vieilles légendes de Chine, tandis que la cuisinière qui n'avait rien fait cuire ni même cuisiné du tout le jour du meurtre, eh bien, de le
Composer son repas, je crois bien qu'elle s'en moque. Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 mars 2023.

11 mars 2023

LE STEAK-FRITES AUSSI MAIS PAS PARTOUT

LE STEAK-FRITES AUSSI MAIS PAS PARTOUT

1.
Tout le monde à quelque chose à cacher, et d'abord lui-même.

2.
Comme elle voulait remporter le concours de compositions florales, Miss Trublion apprit le latin. Elle ne remporta jamais le concours mais sa quiche aux épinards fit sensation.

3.
Le cinéma a eu beaucoup d'importance dans la constitution des imaginaires modernes. Le steak-frites aussi, mais pas partout. Quant à l'emmenthal, il a des trous. Le gruyère n'a pas de trous. Ma mémoire, si.

4.
Le jury a à se prononcer : L'accusé, avec son squelette dans le placard, a-t-il aussi une araignée au plafond ?

5.
Il aurait pu vous tuer. Heureusement, il a été arrêté par la souris perspicace. Moi, voyez, je n'ai à ma disposition qu'un chat d'appartement. Il ne fume pas la pipe ; il ne joue pas de violon, comment voulez-vous qu'il résolve une énigme ?

6.
Si Wolfgang-Amadeus avait été un clavecin, nul doute qu'il se serait composé du Mozart.

7.
La Russie est pleine de fantômes qui arment et jettent les vivants dans les enfers d'une guerre en Ukraine.

8.
C'est en faisant massacrer des milliers d'hommes que Poutine lutte contre le dépeuplement de son pays.

9.
Il ne suffit pas d'avoir le quotient intellectuel d'une mouche pour savoir voler.

10.
Si les murs avaient des oreilles, à entendre tant de conneries, les bras leur en tomberaient.

11.
Poutine est un homme qui s'est envahi lui-même.

12.
On ne donne sa langue à la pluie que si elle miaule. Et encore.

13.
A force de se fier aux apparences, les bananes, qui semblent des chiens, les chiens qui semblent des loups, les loups qui semblent des hommes, finissent par vous dévorer tout cru.

14.
On dit de Zemmour qu'il est d’extrême-droite. C'est très exagéré. Il est surtout d’extrême-sottise.

15.
Je n'ai pas connu Napoléon, étant mort bien avant qu'il soit né.

16.
Avec les marées noires, les oiseaux ne se cachent plus pour mourir.

17.
L'histoire de la moumoute fantôme a pris un tour résolument gore depuis qu'elle s'est mise à dévorer les cerveaux.

18.
Ce n'est pas avec un cœur mélancolique que l'on rétablit le courant.

19.
Ce n'est pas seulement avec des œufs, de la farine, du lait et des épinards que l'on concocte une quiche fatale. Il y faut aussi l'élément secret, la touche du Chef.

Note : Il y a, oui, un clin d’œil à M.C. Beaton.

20.
Je ne sais pas ce qui est arrivé car si j'avais été là, ce serait arrivé quand même. (Pensée apocryphe de la boîte à coucous de Donald Trump).

21.
Je ne sais pas si les fantômes dorment car ce n'est pas en feignant de dormir que l'on fait de beaux rêves, même si cela peut vous éviter hantises et récurrences.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mars 2023.

10 février 2023

QUATRE PAUVRES SONNETS

QUATRE PAUVRES SONNETS

1.
J'ai plus d'très bons yeux ; m'faudrait une grossissante ;
Même avec ça, elle est bien petite, ma vie...
Heureusement, elle ne fut pas violente ;
J'eus quelques soucis.

Plaie d'argent n'étant point mortelle,
Voilà que je suis encore vivant.
Je ne l'eus pas si belle,
Ayant gâché tous mes talents.

Des livres, des livres, tout plein partout,
Voilà mon cassoulet, ma cassette, mon trésor,
Mon réconfort, bien qu'ça encombre fort.

Je reste savez-vous aisément dans mon trou ;
C'est surtout pour aller au taf que je me fous dehors ;
Pour rester pauvre, il faut bien gagner quelques sous.

2.
SONNET PAUVRE DEUX (Sous)

Beauté bleue, le ciel ; le ciel, il est beau.
Je rêve de pain, de beurre, de miel, de tomates, de haricots.
Me reste-t-il un œuf ?
Ça fait un bout d'bail que j'ai pas bouffé d'bœuf.

Des gens causent dans la radio ;
Certains sont vraiment idiots.
Je me demande combien ils sont payés
Pour jouer les philosophes niais.

Maman Yvette, papa Raymond, vous me manquez.
J'ai l'impression de ne pas vous avoir aimés.
Ça doit être le café, et peut-être aussi le rhum.

Évidemment que je suis fautif,
Rêveur, je fus naïf,
Un peu sot, un peu bête en somme.

3.
La pluie fait des flic, fait des floc
Qui c'est-y qui s'prend des claques
Ah pour ça je suis ad hoc
Complètement à côté de la plaque.

Les gens passent les gens repassent
Y en a des malheureux, y en a des maladies
Y en a on croit, mais c'est pas si facile, y en a des teigneux, des tenaces
Nous n'irons pas tous au paradis.

De quel droit que je me plains ?
Si je ne fumais pas tant, j'aurais plus de pain,
Moins de trous dans mes chemises et les cheveux moins longs.

Ah tiens, ça crépite et fait des bonds, voilà donc des grêlons.
J'entends dans le poste pérorer Macron.
Tu sais qu'il me gave, ce …

4.
Je pense aux pierres.
Ce serait, voyez, pour faire rime à la bière.
Je pense aussi aux paupiettes,
- Mais c'est qu't'es sot sais tu, mais qué grande biête !

S'coue-te, espèce de péqueux,
Ce n'est pas en rêvant aux poules
Que t'auras des œufs ;
Faut saquer d'dans, si tu veux t'payer des moules.

Bah oui, mais la mer monte
Alors comme dit la chanson j'ai honte
D'autant qu'à marée basse, elle est partie

Et lasse mon âme aux entourloupes infinies
Se dit j'aimerais bien manger une gaufre
De Bruxelles, avec du beurre dessus, - allez, dodo, au gouffre.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 février 2023.

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21 janvier 2023

C'EST TOUT COINCE

C'EST TOUT COINCE QUOI

1.
« - Si Belphégor, ainsi que vous tendez à le croire, a empoisonné cette malheureuse Simone, il faut qu'il ait eu des complices dans la maison. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », III,4 [Bellegarde à Chantecoq])

Arthur Bernède, « Belphégor », III,4. « Où on voit Chantecoq prouver qu'il est aussi fin psychologue qu'habile détective ». Jacques Bellegarde est-il « condamné par la fatalité » ? « Déjà loin, très loin du monde ». Jacques en exil. Loin du cercle. Au ban.

2.
Jacques se reproche la mort de Simone. Mais il y a les stupéfiants, la visite du Fantôme, et si Simone avait été assassinée... Un « poison subtil rapporté d’Extrême-Orient ». Le silence plaidera pour Jacques. « Never complain, never explain », comme on dit dans la famille royale.

3.
Belphégor aurait empoisonné Simone. Il aurait donc un ou des complices. A qui Papillon a-t-il cédé « Les Mémoires de Ruggieri » ? De la psychologie nécessaire à l'enquêteur. Aveux affectifs. Jacques aime Colette ; Colette aime Jacques, et moi les paupiettes.

4.
« Never complain, never explain », surtout que ça fait marrer les gens que toujours vous vous justifiez. Bon, pour que Jacques et Colette puissent être heureux, faut démasquer Belphégor. Ne jamais laisser un fantôme menacer votre couple, comme on dit dans les magazines.

5.
« Les mots ne sont rien (...) ; seul le cœur compte», dit Chantecoq. Euh, sans les mots, pas de roman, et quant aux cœurs de Jacques et de Colette, ils ne sont jamais que de papier. Il est cependant que les mots ont pour référents les tubes affectifs que nous sommes.

6.
Surprise ! Colette sort de derrière le paravent. Colette est « la fille d'un détective ». Chantecoq dit que Jacques « ne sortira plus de la maison. » Il est pincé, Jacques. La bague au doigt, la laisse au cou. Coincé le Belphégor, Jacques coincé ; c'est tout coince quoi.

7.
Bien sûr que la littérature est un art supérieur. Les écrits des philosophes, les recueils des poètes, les représentations théâtrales, les actes romanesques sont d'une importance majeure pour l'avenir de l'humanité. Sinon, nous serons les proies de l'utile et de l'efficace, voués à la technique, à l'automatisation, à la robotisation de nos êtres, passât-elle par le divertissement, le rap, la culture de consommation, le diplôme facile, le portable et le dérisoire obligatoire.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2023.

17 janvier 2023

NUL N'EST UN MONDE TOUS SONT AU MONDE

NUL N'EST UN MONDE TOUS SONT AU MONDE

1.
Donc en Italie. Pascal Quignard évoque Dante en proie à la fièvre. Une « cape verte ». Navigation. Vin chaud. Sommeil. Il est parfois nécessaire de se protéger de la lumière. Les gens se protègent du soleil. Ils aimeraient aussi se protéger des moustiques et de la vérité.

Le narrateur ne va pas très bien. Il se sent des flemmes. Il sait que le cercle. C'est comme ça. On ne peut jamais briser son cercle. Croit-on l'avoir brisé, qu'il se reforme, plus serré. Lacet. Charrette.

Les mots ne viennent plus. On demande un pasteur pour le troupeau des mots. Ce pasteur, nous l'appellerons « poète », ou « voyant » ou mon N'est-ce pas assez dans le style Léo Ferré ?

La charrette appelle le chevalier. Lancelot bien sûr. Les chevaliers de la légende arthurienne ne sont-ils pas ceux qui, cherchant la pureté, frôlent l'enfer ?

Auberge. C'est une musique. J'en ai oublié le chanteur. On oublie tant de choses. Travailler, rappeler. Septembre est un mois jaune taché de roux, de rouille, du grouillement des rentrées.

« Tout son visage était couvert d'eau », écrit Pascal Quignard dans « Sordidissimes » à propos de Dante en proie à la fièvre.

2.
Les animaux se souviennent-ils de ce qu'ils ont perdu ? Le petit cherche-t-il sa mère ou la chaleur et la protection de sa mère ? Les animaux se souviennent-ils de « la nuit d'avant la nuit » qu'évoque Pascal Quignard dans « Sordidissimes » (chapitre XXXIV).

Litanie des pertes. Nous laissons. Souvent contraints, parfois par choix.

Pascal Quignard évoque « la nuit de la langue ». Quoi donc ? Ce que masquent les syllabes et qui n'est pourtant que par ce masque.

Pascal Quignard évoque une « nuit qui précède la nuit ». Ce vers de Claude Roy : « Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit ». Du « nom de l'être ».

Les étants, les mots les projettent. Ce sont leurs ombres, que les mots remuent, agissent, fonctionnent, machinent. Et les ombres nous accaparent, nous frappent, nous asphyxient, nous tuent. Entre les ombres et les mots, il y a « le nom de l'être ».

Pascal Quignard évoque une « nuit d'avant la nuit ». La nuit mère. La nuit matrice. La nuit que l'on appelle au moment des trop grandes souffrances. Le soldat éventré qui va mourir.

Le 24 février 2022, Vladimir Poutine a déchaîné la nuit sur l'Ukraine. Il a souhaité, il souhaite, et maintenant souhaitera jusqu'à ce que la nuit le rattrape, que les Ukrainiens soient rappelés à la nuit. C'est ce désir de nuit, cette volonté de mort, cette fièvre des ténèbres qui le condamne à vaincre ou abdiquer. Il abdiquera.

Nul n'est un monde.
« lisant, aimant, écrivant, parlant, errant,
inquiets des paysages, des lumières, du flot, des ombres, » écrit Pascal Quignard dans « Sordidissimes » (chapitre XXXIV)

Voyageurs aux « ventres nus », écrit l'auteur.
Nul n'est un monde. Tous sont au monde. Nus et reproductifs.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 janvier 2023

2 janvier 2023

RIMBAUD A FANTAISIE

RIMBAUD A FANTAISIE

1.
Les recueils de poésies, ça s'ouvre et ça se ferme au gré de notre fantaisie. Ça s'ouvre à fantaisie, expression qui n’existe pas mais pourquoi non ? On dit bien « à volonté ». Je m'y plonge, picorant des vers.

2.
Voilà « L'eau verte » de l'océan qui « pénétra ma coque de sapin », qu'il dit, prosopopée, le « Bateau ivre » rimbaldien. Rimbaud en « bateau ivre » : quel autoportrait !

Rythme (2/4/2/4). L'allitération « v », « verte, vins, vomissures, lava », tisse un fil, une sorte de basse sur laquelle se détachent labiales et dentales (« pénétra », « sapin », « taches », « bleus ») pour finir sur la répétition de la palato-vélaire [g]. Le monosyllabe « bleus » est ainsi mis en évidence juste après la césure.

« Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin. »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

3.
Voilà le noir de « l'encre de Chine », de la « poudre noire », de « l'ombre ». Qu'appelle-t-il ses « filles », ses « reines », celui-là ? Fantasmes, rêveries sur les ombres des murs (le narrateur vient de se « jeter sur le lit »), rêverie sur le dessin ? Je ne sais quelle « poudre noire » (poussière ? suie?) évoque un « agréable goût d'encre de Chine », et dans « l'ombre », le narrateur affirme la vision de ses « filles », de ses « reines ».

« Avivant un agréable goût d'encre de Chine une poudre noire pleut doucement sur ma veillée, - je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l'ombre je vous vois, mes filles, mes reines ! »
(Rimbaud, « Phrases [II] »]

4.
Comme des notes, des bribes, souvenirs, réminiscences d'un roman. Des notes fantômes sur des absents, des disparus : « la petite » est « morte », la « jeune maman » est « trépassée », le « petit frère » est aux Indes. Il n'y a plus personne dans les lieux évoqués dans « Enfance II », de Rimbaud (« hameaux sans coqs, sans enclumes »), alors qu'il y a tant de monde dans la première partie du poème : « dames qui tournoient sur les terrasses voisine de la mer, (…) jeunes mères et grandes sœurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes (...) princesses (…), petites étrangères et personnes doucement malheureuses.»

La foule des figurants et leurs éventuels échanges sentimentaux (le narrateur était-il au théâtre, à l'opéra, au musée ?) produit-elle de « l'ennui » ? (« Quel ennui, l'heure du « cher corps » et « cher cœur »), cependant que les lieux désertés appellent la présence magique, la vision : « Des fleurs magiques bourdonnaient. (…) Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient » ?

« Enfance I » commence par l'évocation de « plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques. ». « Enfance II » se termine par celle de la « haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes. »

5.
Entendez-vous, vous aussi, battre les « cils noirs sous les silences » ? « Sous le silence », une multitude de sons que l'on s'imagine. Un monde sous le monde. La modernité nous le remplit de bruits, de rythmes, de vulgarités politiques, de slogans, d'éléments de langage, d'injonctions. Nous devons être occupés. Malheur au rêveur qui couperait les sons du monde pour se laisser bercer par le monde sous le silence.

Electricités, crépitements, royautés : le monde minuscule des petites choses. Les sœurs y sont toutes puissantes à décréter la « mort des petits poux ». Le monde minuscule est aussi celui de la vie et de la mort. Un silence de mort, comme il est peuplé.

« Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux. »
(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

Patrice Houzeau
Malo, le 2 janvier 2023.

 

8 novembre 2022

EN ATTENDANT LE BUS ET LA PLUIE

EN ATTENDANT LE BUS ET LA PLUIE

1.

Après avoir écrit très fier s't'alexandrin

Ôte-toi d'mon cheval que j'broute mon soleil

Je me suis demandé quel sens cela avait.

2.

Tagada tagada ils ramènent leurs fraises.

3.

La rouge courtisane elle boit pas d'tisane.

4.

Les trains n'arrivent pas toujours à la bonne heure.

5.

Comme il chantait trop fort je repris du rosbif.

6.

Sans y croire vraiment je me mis à prier.

7.

Coin-coin un jour coin-coin toujours ah oui !

8.

Comme je passais mon ombre se gondola.

9.

François Hollande fut président des Français.

On peut s'demander s'il ne l'a pas fait exprès...

10.

Je cherchais le curé ; il s'était envolé.

11.

Les Beatles défois ils avaient les cheveux longs.

12.

Ce n'est pas en buvant du rhum que l'on s'enrhume.

13.

« - Tout ce qui est droit ment, murmura le nain avec mépris. Toute vérité est courbée, le temps lui-même est un cercle. »

(Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra »)

C'est ce que je me dis aussi quand je constate la trajectoire que je fis pour en être toujours au même point.

14.

Les donjons visités regrettent-ils leurs princesses enlevées ?

15.

Clairement, ce Dracula n'est pas un brave homme.

16.

Il la reluqua de dos. Il la trouva mignonne.

Note : j'ai loupé mon douze-syllabes. J'aurais dû écrire :

La reluquant de dos, il la trouva mignonne.

17.

L'avaleur n'attendant pas le nombre de sabres,

Il s'en fut au bistrot boire une arquebuse.

18.

Quand il ne pleut plus, on est moins mouillé défois.

19.

Les moutons, savez, on ne sait pas ce qu'ils pensent.

20.

L'être, l'étant. La page, l'encre. La machine, la conscience. Le bla et le blabla.

21.

N'essayez pas d'apprendre au trottoir à marcher.

22.

Ce n'est pas parce que que vous devez le faire.

23,

Où il y a du pain, on peut parfois trouver du beurre.

Il arrive que ce ne soit que d'la margarine.

24.

Parfois, sous la pluie, on trouve des gens aussi.

25.

Irrité, Dracula acheta le journal.

26.

Il semble que Poutine aime les gros canons.

27.

Ne lisant pas dans vos pensées, je reste seul.

28.

Avec des si, on fait aussi de la musique.

29.

Ce n'est pas en chantant que l'on devient forgeron.

30.

Les fantômes parfois sont à l'heure du crime.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 8 novembre 2022.

5 novembre 2022

DANS LE CERCLE QU'AVAIT DESSINE MA RAISON

DANS LE CERCLE QU’AVAIT DESSINE MA RAISON

En feuilletant « Le Mystère de la Chambre Jaune », de Gaston Leroux.

1.
« C’est cette réminiscence aiguë de ton cher parfum, dame en noir, qui me fit aller vers celle-ci que voilà tout en blanc, et si pâle, si pâle, et si belle sur le seuil de la « galerie inexplicable » !

(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune » [Rouletabille cité par Sainclair])

Parfum revenant, porteur de passé.

2.
« La « Chambre jaune » était obscure sans doute, mais une petite veilleuse tout de même l’éclairait, ne l’oubliez pas. »

(Gaston Leroux, [Rouletabille])

Si la « Chambre Jaune » était « obscure », on n’en voyait pas la couleur. La « petite veilleuse » dénonce cette obscurité. La phrase introduit la lueur dans les ténèbres. Cette lueur qu’il ne faut pas « oublier » rappelle que le roman fonde l’énigme sur des oppositions dont la résolution permet l’élucidation.

3.
« … tout ceci prouve, selon moi, que l’assassin a voulu déguiser sa véritable personnalité. »
(Gaston Leroux, [Larsan])

Larsan qui « déguise sa véritable personnalité » déclare que « l’assassin a voulu déguiser sa véritable personnalité ». Ironie de la fiction.

4.
« La porte close et les volets fermés comme ils l’étaient, et la fenêtre fermée comme elle l’était, une mouche ne pouvait entrer ni sortir ! » 
(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune », [Sainclair]))

Ainsi est posé l’espace de l’énigme. Reste la question du temps.

5.
« Mlle Stangerson savait que l’assassin devait revenir… elle ne pouvait l’empêcher de revenir… »
(Gaston Leroux, [Rouletabille])

Qui pourrait empêcher un revenant de revenir ? Qui pourrait empêcher un assassin d’assassiner puisque la langue le désigne comme « assassin » et comme « revenant », et puisque, justement, c’est un « assassin » et un « revenant ». Reste à définir ce que sont exactement cet « assassin » et ce « revenant » : c’est là l’objet de la fiction, révéler des vérités sur la fiction.

6.
« Elles tiennent au passé, elles se rattachent à l’histoire, elles continuent quelque chose […]
(Gaston Leroux, [Sainclair])

Le narrateur déclare son amour des vieilles auberges, « de l’époque des diligences » (« Le Mystère de la Chambre Jaune » a été publié en 1907). Je note le réseau lexical de la pérennité : « tenir », « se rattacher », « continuer ».

7.
« elle n’a prévenu personne parce qu’il faut que l’assassin reste inconnu… »
(Gaston Leroux [Rouletabille])

Mathilde Stangerson fait tout pour préserver l’anonymat de son assassin. Elle en fait en quelque sorte son revenant personnel, son intime assassin, son démon. Motif que l’on retrouve dans bon nombre d’intrigues policières : la victime sait et, pour des raisons qui peuvent être diverses (chantage, honte, lien affectif,…) en dit le moins possible à l’enquêteur.

8.
Rouletabille aime parler par énigmes : ainsi, à Sainclair : « Je vais vous dire tout de suite ce que je suis allé faire en Amérique, parce que vous, vous êtes un ami ; je suis allé chercher le nom de la seconde moitié de l’assassin ! »

Notons que Rouletabille semble réserver ses énigmes aux amis. Ce faisant, il entretient l’atmosphère énigmatique de la fiction et donc, l’intérêt du lecteur amateur d’énigmes.

Ce que Rouletabille est allé chercher, c’est un nom. Ce sont des noms que les enquêteurs cherchent, des noms qu’ils peuvent faire coïncider avec des faits. D’une certaine manière, l’enquêteur cherche le nom de l’être responsable d’un étant réalisé.

9.
« Mais enfin, reprit-il [Rouletabille], il est quelquefois criminel de ne point, quand on le peut, raisonner à coup sûr !... »
(Gaston Leroux, [Sainclair])

Par son goût du raisonnement, Rouletabille est l’héritier de Sherlock Holmes et annonce les « petites cellules grises » d’Hercule Poirot. Le roman d’énigme est aussi un éloge de l’usage de la raison, celle qui triomphe, s’opposant au fatalisme, à l’arbitraire brutal du « roman noir ».

Que l’énigme apparaisse soudain comme « inexplicable », et Rouletabille d’évoquer le « déséquilibre de tout, […] la fin de mon moi pensant, pensant avec ma pensée d’homme ! » Ainsi Rouletabille lie l’usage de la raison à la condition humaine. L’humain, s’il ne veut pas subir le « déséquilibre de tout », se doit d’être celui qui cherche à comprendre.

10.
« Moi aussi, je me suis penché sur les « traces sensibles », mais pour leur demander uniquement d’entrer dans le cercle qu’avait dessiné ma raison. »
(Gaston Leroux [Rouletabille])

Autre énigme : celle du « cercle de la raison » sans lequel les faits n’ont guère de sens, sans lequel on risque de tomber dans la « cogitation animale ». Manière de faire système ? Etablissement d’une chaîne logique de causes et de conséquences ?
Cercle d’autant plus énigmatique que « bien des fois, le cercle fut si étroit, si étroit… Mais si étroit était-il, il était immense, « puisqu’il ne contenait que de la vérité » ! » explique Rouletabille.

Ce qui me rappelle ce paradoxe de l’ensemble plus grand que la somme de ses éléments, tendant vers l’infini cependant qu’il est constitué d’un nombre fini d’éléments.

Qu’est-ce aussi que ce « cercle de la raison », sinon le livre, le roman que je lis et où des faits énigmatiques font sens, cependant que dans le monde réel, en dehors du cercle, ils seraient livrés à toutes les indifférences, à toutes les dérisions, à toutes les interprétations, tous les complotismes, toutes les « cogitations animales ».

Patrice Houzeau
Malo, le 5 novembre 2022.

18 octobre 2022

LIBRE DETERMINÉ VACCINÉ MASSIFIÉ

LIBRE DETERMINÉ VACCINÉ MASSIFIÉ

1.

« L'homme est à la fois libre et déterminé. Cette contradiction ne peut être surmontée qu'à la condition de situer la liberté dans un autre monde que celui des phénomènes. »

(Note 61 de Pierrette Bonnet sur les « Fondements de la métaphysique des mœurs », de Kant, Nathan, 1992)

C'est impressionnant comme nous ne pouvons nous passer de l'idée d'un « autre monde ».

N’existons-nous jamais qu'en fonction d'un autre monde, ce fantôme efficace ?

Que l'autre monde soit efficace n'implique pas qu'il soit moral.

Les pro-Poutine occidentaux actuels fantasment un autre monde : celui d'une tradition figée, d'un ordre social efficace et pérenne. Que ce monde ancien n’existe que dans la propagande d'une extrême-droite étrangement tournée vers l'eurasisme remet en cause et leur patriotisme et leur nationalisme puisque, que je sache, la République française doit plus à la philosophie des Lumières qu'à je ne sais quel courant de pensée métaphysico-totalitaire.

2.

« Mais la prétention légitime qu'a la raison humaine, même la plus commune, à la liberté de la volonté, se fonde sur la conscience et sur la supposition admise de l'indépendance de la raison »

(Kant traduit par Victor Delbos, « Fondements de la métaphysique des mœurs »)

Il y a-t-il indépendance de la raison comme il y a rareté naturelle ?

La République a-t-elle pour but de rendre efficace cette indépendance de la raison en la soumettant à la nécessité de l'utilité comme le productivisme rend efficace la nature en la forçant à être toujours plus rentable ?

3.

- Mais ce n'est pas une rue fantôme ?

- Ce n'est pas une rue fantôme. D'ailleurs, elle n’existe plus.

4.

« Or, à coup sûr, l'humanité pourrait subsister, si personne ne contribuait en rien au bonheur d'autrui, tout en s'abstenant d'y porter atteinte de propos délibéré »

(Kant traduit par Victor Delbos, « Fondements de la métaphysique des mœurs »)

Que l'humanité puisse « subsister » sans « atteinte de propos délibéré » à autrui est une vue de l'esprit. L'humain n'étant ni naturellement bon, ni naturellement mauvais, la rareté naturelle en fait nécessairement un concurrent redoutable et potentiellement dangereux pour son semblable.

Ne soyons pas hypocrites : la démocratie est une manière élégante de faire en sorte que les concurrences nécessaires entre les individus ne fassent de la société une guerre civile permanente ; l'ordre dictatorial poursuit le même but, mais de façon moins élégante, et avec beaucoup moins de succès comme on le voit avec la catastrophique sale guerre de Poutine en Ukraine et les désillusions de l'économie chinoise.

A chaque fois que j'évoque la Chine, je pense à Jean-Pierre Raffarin. Ceci dit, franchement, je m'en fous de Raffarin. Quand je l'entends à la radio, je change de station ou je vais sur You Tube écouter du Gentle Giant.

5.

« La volonté est conçue comme une faculté de se déterminer soi-même à agir conformément à la représentation de certaines lois. »

(Kant traduit par Victor Delbos, « Fondements de la métaphysique des mœurs »)

On obéit. Et on laisse à l'Etat le soin de nous expliquer pourquoi on doit obéir. C'est à ça que servent les politiques, les technocrates, les sociologues et la désastreuse massification de l'enseignement supérieur. C'est parfois contre-productif.

Patrice Houzeau

Malo, le 18 octobre 2022.

2 octobre 2022

ET BIEN PROFOND DANS L'OEIL

ET BIEN PROFOND DANS L'OEIL

1.

Quand je dis que je suis aussi vide que le ciel, je veux dire que le ciel est plein d'une matière que, afin de le comprendre, l'humain distribue en noms et phénomènes. Ce qui ne l'empêchera pas, quelque jour, de nous tomber sur la tête.

2.

1er octobre 2022. Une vidéo circule sur les réseaux sociaux qui montre les cadavres de soldats russes tombés lors de la bataille de Lyman.

Que dire de ces morts, sinon qu'ils sont les morts de Poutine.

Qu'ils sont les morts de la sale guerre de Poutine en Ukraine.

Qu'ils sont les morts de la bêtise et de l'entêtement de Poutine.

Qu'ils sont les morts du cynisme et de l'inhumanité de Poutine.

Qu'ils sont les morts des mensonges de Poutine.

3.

« Il n'y a donc qu'un impératif catégorique, et c'est celui-ci : Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »

(Kant traduit par Delbos, « Fondements de la métaphysique des mœurs »)

Il n'y a donc que cointures et cointures encore et couvertes de sang,

N'y a donc que bombardures, égorjures, éventrures, déconfitures sanglantes, y

A donc que poussée d'la gueule des dictatures décimantes, et

Donc (donc-donc-donc qu'elles font, les cloches très logiques)

Qu'un monde de vampires déguisés en bons samaritains, qu'un

Impératif, celui de la puissance ; ah je m'en carabouille le bouillot et m'en parfouille la foulloire, et là, je me fais aussi

Catégorique qu'un avis de tempête (ou, si l'on veut, que la jactance d'outre-couic).

Et c'est celui-ci, le Crucifié, qui nous a lancé sa malédiction multiplicatrice,

C'est comme ça qu'on s'artrouve surpeuplé à s'entr'égorger

Celui qui trouve qu'on n'est pas assez, ah qu'il aille se surpeupler ailleurs,

Ci n'étant pas là, s'étant fourvoyé dans l'escalier,

Agis, mais agis, espèce de stralance, de varilépatoire, de pêche-godasses, agis,

Uniquement parce qu'il vaut mieux agir que s'apourailler minable, que d'aller constater le conciliabule des vers de terre.

D'après la maxime qui veut que qui perd la tête oublie la fête,

La maxime qui veut que qui loupe son nez se moche mouche, la

Maxime qui veut qu'on ne vole pas un œuf si l'on veut faire un bœuf mode

Qui fait que tu peux sinon toi-même ? N'oublie pas que qui

Fait sa calenture, c'est qu'il est parti à l'aventure, et

Que c'est en été qu'on en voit car

Tu as des yeux pour comme la gelinette a d'la gambette et tu

Peux toujours en discuter avec ton crâne, il n'en est pas moins que

Vouloir c'est pouvoir vouloir, les morts ça ne veut rien, ça fa nada qu'à se s'queletter...

En même temps, le monde est varibulatoire au possible,

Même qu'en 1979, j'écoutais Patti Smith, Supertramp, Pink Floyd, et la nuit la pluie sur les toits... Le

Temps passe, nous, on s'casse, tant pis

Qu'elle soit fantômée extrême, la planète, et de vertes et de pas mûres, tant pis qu'elle

Devienne folle comme la tête coupée du saint le plus glé de tous les saints glés, tant pis qu'elle devienne folle comme

Une personne qui ne sait plus où elle a rangé son âme et tant pis si on n'en siffle plus merlette ; une

Loi qu'on s'lucide quand même, dis, pis

Universelle qu'on l'a, c'est qu'on se le met, le doigt, et bien profond, dans l’œil.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 2 octobre

26 septembre 2022

L'AIR ME TRAVERSE COMME S'IL ETAIT CHEZ LUI

L'AIR ME TRAVERSE COMME S'IL ETAIT CHEZ LUI

 

« - La Juliette, ça rappelle l'Henriette,

Charmante station du chemin de fer

Au cœur d'un mont comme au fond d'un verger

Où mille diables bleus dansent dans l'air ! »

(Rimbaud, « Plates-bandes d'amarante... »)

1.

La catafiole, ça m'apprendra à m'mêler d'ma fiole !

Juliette, retourne voir ton Roméo, tu vois pas qu'tu m'indisposes ?

Ça me carapuste et me tarabuste et me claquebuste, la catafiole,

Rappelle la sgronge, la catafiole, et puis

L'Henriette (faut dire, ça fait longtemps que je n'ai pas mangé de rillettes).

2.

Charmante, qu'elle fut, au début, après s'grognassa féroce !

Station après station, moi j'alloingeais de plus en plus.

Du retour, il ne me restait que les sélabas. Dans le

Chemin, rameutant, je sifflai mes fugaces.

De toutes mes ombres, il n'en manqua pas une. Le

Fer me palpitait et le rocher me cabochait. J'm'entêtos.

3.

Au temps j'ai tant donné de mains vides que le

Cœur me scragne (le clown a bouffé l'aragne).

D'un coup de fusil je déduisis l'imposture de l'éternité. Le

Mont vomissait ses solitudes (les chevaux morts jonchaient).

Comme je me souviens... comme je me souviens... Aurais-je retrouvé ma tête ?

Au temps j'ai tant donné de phrases creuses que le

Fond, qui n'est pas plus pur que le clair de la lune,

D'un frosque me flouche (le bateau s'a noyé dans sa flache). Quant au

Verger, je n'y retrouve pas mes os. Ce n'est donc pas là que je suis mort.

4.

Où sont-ils donc, mes osses ?

Mille loups les auraient-ils emportés ? Les

Diables en ont-ils faits des concerts de flûtes ? Les

Bleus du ciel me tachent (du fait de ma translucidité spectrale)

Dansent-ils, mes osses, la gigue des anges

Dans quelque quolibet où l'on boit sec en jouant de l'accordéléphanton ?

L'air me traverse comme s'il était chez lui.

Patrice Houzeau

Malo, le 26 septembre 2022.

18 septembre 2022

FLÛTE ALORS ME DIS-JE EN PENSANT A ZUT

FLÛTE ALORS ME DIS-JE EN PENSANT A ZUT

1.

« […], saultoyt du coq à l'asne, mettoyt entre deux verdes une meure, faisoit de la terre le foussé, gardoyt la lune des loups, si les nues tomboient esperoyt prandre les alouettes, [...] »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre XI, « De l'adolescence de Gargantua »)

Écoutez comme ils sautent du coq utile à l'âne savant, et, selon l'interlocuteur, mettent entre les vertes d'assez mûres, ou gardent pour eux vin et jambon. Voyez comme ils tirent d'autrui leur profit, et méprisent qui leur est utile et condamnent qui leur est inutile. S'ils gardent la lune des loups, c'est qu'ils en ont le temps. Quant à Zut, pourrait-elle cuisiner des paupiettes ce dimanche ? Cela m'étonnerait. Elle a galant en tête et ma tête en mauvaise part.

2.

« Et, pour s'esbattre comme les petits enfans du pays, luy feirent un beau virollet des aesles d'un moulin de Myrelabays. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre XI)

Et ils s'ébattirent comme les « petits enfans du pays » dont parle Rabelais, filant dans les herbes comme étoiles au ciel, sans voir que le temps s'était contracté et que des avions les survolaient, les bombardaient, les démembraient, les annihilaient.

3.

Et le Seigneur de Sottelire poutina excellemment sa guerre, envoyant, à l'image du petit père des assassinats et des empoisonnements, de pauvres gens égorger d'autres pauvres gens et clamant de sa face de lune qu'il était le sauveur de l'humanité.

4.

Garder la lune des loups et se faire aboyer.

5.

Faire de sa vie enfer de ménage et soupe sans lard.

6.

« Frôlée par les ombres des morts

Sur l'herbe où le jour s’exténue

L'arlequine s'est mise nue

Et dans l'étang mire son corps »

(Apollinaire, « Crépuscule »)

Se mettre nue comme l'arlequine puis disparaître derrière le paravent des invisibles.

7.

« L'Ange des vieux tableaux avec des ors au fond. »

(Verlaine, « Poèmes saturniens », « Epilogue », III)

Revoir dans sa tête l'Ange du vieux tableau et avoir une écuyère au plafond.

Ou une trapéziste. Ou la starlette des posters. Ou la Lorelei – plouf ! - vive, la vouivre a fui.

8.

« Tous mes souvenirs s'abattent sur moi »

(Verlaine, « Le rossignol »)

Quand on s'artrouve abattu de souvenirs comme champ par la grêle et pendus de corbeaux, on n'arrive plus à fermer l’œil défois, et on regarde sa nuit en familière étrangère.

9.

« Et de grands écussons, aux murailles cloués,

Brillent, et maints drapeaux où l'oiseau noir s'étale

Pendent de çà de là, vaguement remués !... »

(Verlaine, « La mort de Philippe II »)

S'étaler comme l'oiseau noir du drapeau et voir s'échapper son pays dans la brume.

10.

Quand je suis loin des yeux de Zut comme on est loin du cœur, v'là-t-y pas que la nostalgie au bec coin-coin vient me chanter sa vieille ritournelle du temps que j'avais pas si mal vieilli. Flûte alors me dis-je en pensant à Zut.

11.

« […] ; je dis qu'il n'est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c'est postuler qu'en quelque endroit reculé les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître – ce qui est inconcevable, absurde. »

(Borges, « La bibliothèque de Babel »)

N'avoir rien d'autre à penser que le monde est infini et que la tante a drôlement vieilli.

12.

« - Je l'entendz (dist il) ainsi ; mais lors vous serez papillon, et ce gentil papeguay sera un papelard tout faict. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre XII [Gargantua])

Celui-là, de politique papillon il passera à député perroquet pour finir ministre papelard.

13.

S'entendre comme larrons en foire, ou comme Trump et Poutine, l'un tenant l'autre par on ne sait quel kompromat.

14.

Ah tiens en voilà un de dictateur très massacrant, il y a des astrologues, voyez, qui le prédisent cloué comme un grand écusson sur lequel les gens cracheront en passant, rétalé comme l'oiseau noir du drapeau, pendant des ailes, des flancs, des fesses, des tripes, piquant du nez dans le coma, et n'étant plus qu'un vague remuement de chair à pourrir.

15.

Prendre un astrologue comme on prend un train et ne pas descendre à la bonne gare.

16.

Dans une vidéo qui daterait du 20 juin 2013, Marine Le Pen affirme : « J'ai fait preuve de loyauté à l'égard de la Russie. » Formule étrange de la part d'une politique française et qui prouve un évident manque de clairvoyance, voire de la duplicité.

Patrice Houzeau

Malo, le 17 septembre 2022.

28 août 2022

COMME DU VAGUE DANS LE CLAFOUTIS

COMME DU VAGUE DANS LE CLAFOUTIS

 

1.

Il est vrai que tu ne m'as pas écrit depuis longtemps, mais je sais bien que cela ne t'est guère aisé maintenant que la sorcière de la rue Mouffetard t'a transformé en poutre apparente.

2.

Comme les portes des placards étaient ouvertes, les cadavres en sortirent promptement et se répandirent dans les rues en bandes et cavalcades. Il n'y avait pas eu un tel scandale depuis l'affaire Benalla, que je cite ici par mépris.

3.

Tout en mangeant du meilleur appétit, j'écoutai l'interrogatoire que subissait le petit coffre canari à propos de la bande dessinée disparue et du violoniste inquiétant. Le petit coffre ne se mit pas à table puisque j'y étais, avec Zut, la choucroute et nos ombres à pied-de-nez.

4.

« Le clavier reculait et le sol se dérobait sous mes pieds. »

(George Sand, « L'orgue du titan »)

5.

Si quelqu'un retrouve votre âme et l'emmène avec lui dans une petite fiole, il se peut que vous vous retrouviez transporté, je ne sais comment mais une ou deux phrases feront l'affaire, dans un endroit auquel vous n'auriez pas pensé, ni moi non plus.

6.

Depuis que nous avons interdit aux rideaux de fumer, nous avons beaucoup moins d'incendies au château.

7.

Je trouve assez indélicat de la part d'une pomme de passer, chaque matin, une heure à se pomponner dans la salle de bain.

8.

C'était vraiment une mauvaise idée d'inviter tous ces canards à la création de votre dernier concerto pour piano et bouillabaisse. Il y eut beaucoup trop de couacs et de cancans. De plus, le pianiste s'est enfui avec le repas.

9.

L'un des plus grands soucis du Roi Arthur était d'empêcher que la Table Ronde se rendît compte de sa puissance symbolique. Il fallait donc meubler les réunions avec des histoires si stupéfiantes que la Table Ronde en restât muette et fascinée.

10.

Mais une bouilloire de plus ou de moins dans une telle cohue ne signifiait absolument rien. C'est comme ça que l'énigme des trois bouilloires passa complètement inaperçue. Même la jeune Agatha ne se rendit compte de rien.

11.

Quand il m'arrive de penser que la tarte aux abricots n'est pas plus forte que la Mort, croyez-moi, j'en ai comme du vague dans le clafoutis.

12.

J'ai demandé à ce que l'on surveille les fenêtres du château. J'ai l'impression qu'elles communiquent, qu'elles se font des signes, qu'elles s'échangent des informations.

Patrice Houzeau

Malo, le 28 août 2022.

16 août 2022

LE PROVISEUR A FAIT ERUPTION DANS LA SALLE

LE PROVISEUR A FAIT ERUPTION DANS LA SALLE

 

1.

« D'autres soutenaient que, parmi ce nombre infini de prédictions, le peu qui se trouvaient véritables faisaient bien voir que ce n'était qu'un effet du hasard. »

(Madame de Lafayette, « La Princesse de Clèves »)

 

A force de prédire des choses épouvantables, les choses épouvantables finissent par arriver.

Cela rappelle le « A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver » du film « Drôle de drame », de Marcel Carné (1937).

Mais toutes les choses épouvantables que l'on peut prédire n'arrivent pas.

Pas toutes à la fois.

Elles prennent leur temps avant d'arriver.

Certaines n'arriveront pas, parce que d'autres choses, qu'on n'avait pas prédites, arriveront, à la place et avec le sans-gêne des événements qui se produisent sans qu'on les ait invités.

Je peux toujours prédire qu'un rhinocéros rentrera dans la pièce où j'écris, ou encore que Poutine sera enlevé par des extra-terrestres.

Il est plus probable que Caroline Couic (ce n'est pas son vrai nom), qui déteste les rhinocéros, viendra sous peu me rendre visite.

Le rhinocéros le sait bien, et ne viendra pas. Il est pas fou. Caroline Couic ne se déplace jamais sans son tromblon.

L'hypothèse de l’abduction poutinienne est plus problématique, il faudrait savoir si les extra-terrestres sont atlantistes, puis le degré de protection anti-aliens dont le Kremlin s'est entouré, et enfin quel intérêt pour la science extra-terrestre Poutine pourrait-il bien avoir.

Heureusement, reste la boule à complots, que tous les experts de twitter et des grands complots mondialistes suivent aussi assidûment qu'ils consultent la télé russe poutinienne. Ils disent d'ailleurs : Je regarde la télé russe et je suis ma boule.

 

2.

Je ne peux pas confondre l'impératif catégorique avec le demi-pression que l'on vient de me servir.

Le demi-pression, je peux le boire.

Le demi-pression, je dois le boire. C'est pas que j'ai si soif, mais j'aime bien la bière, et je ne trouve pas autre chose à faire parmi toutes les choses que j'ai à faire et dont certaines, je devrais bien m'en occuper rapidement parce que sinon hein, mais comme je n'y pense pas, je bois de la bière.

D'ailleurs, le temps que j'y pense, j'ai bu mon demi.

Y a plus d'bière.

Reste l'impératif catégorique. Sobre comme un sous-titre (si les sous-titres étaient alcooliques, on ne comprendrait rien au film) et sec comme un régime taliban.

C'est vaguement déprimant. J'vais en reprendre une.

3.

« Le proviseur a fait éruption dans la salle. »

(exemple tiré du « Vocabulaire du commentaire de texte », Amon et Bomati, Larousse).

 

« Le proviseur a fait éruption dans la salle. »

Le mot « éruption » est ici une impropriété.

Mais la phrase se comprend très bien si l'on suppose que le proviseur s'appelle M. Stromboli et qu'il est plutôt colérique.

Mais si le proviseur ne s'appelle pas Stromboli, mais Alfred Lebonjour (comme tout le monde, ou presque) et n'a pas besoin de hausser le ton pour se faire entendre, alors c'est que le volcan est fort peu actif.

Je ne crois pourtant pas qu'il fût éteint. D'abord parce qu'il est rare qu'un proviseur reste dans le même établissement plus de 10 000 ans d'affilée. Ensuite, parce qu'alors il n'aurait pas fait éruption dans la classe, il aurait rédigé une note de service.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 16 août 2022.

13 août 2022

IL FAUT QU'UNE PORTE

IL FAUT QU'UNE PORTE

1.

Le yogi qui fume ne s'élève pas toujours au-dessus de la fumée qu'il exhale. D'ailleurs la marque de cigarettes « Yogi » n’existe pas.

2.

Ce n'est pas avec l'âme que l'on fait des confitures. Par contre, on peut pondre au kilomètre des phrases creuses à la Christophe André. Pour les crêpes, moi, ce que je préfère, c'est encore la confiture de fraises.

3.

Être dans la nature en état de pleine conscience, bon, admettons, mais, à mon avis, être conscient suffit. Sinon, on s'prend une branche d'arbre et c'est embêtant.

4.

Pour écouter de la musique, il ne faut pas être trop dur de la feuille. Sinon, ça peut faire mal aux yeux, surtout si on s'flanque une tétralogie dans l’œil.

5.

Si Napoléon avait été coureur cycliste, l'éclatante victoire d'Austerlitz aurait eu un tout autre visage.

6.

En général, quand on voit voler des soucoupes volantes en forme de camembert, c'est que l'on a un peu trop forcé sur le beaujol'pif.

7.

Je ne sais pas s'il y a quelqu'un qui habite au ciel. En tout cas, s'il y a quelqu'un, j'espère qu'il paye ses factures et régulièrement son loyer. C'est un univers respectable ici.

8.

Le jour où il a créé l'ordre de la Légion d'honneur, Bonaparte avait-il mangé de la tête de veau, je me le demande.

9.

Chevalier qui manie bien l'épée n'est pas obligé de savoir planter un clou. Ceci dit, un chevalier bricoleur, ça peut être utile dans une maison. Et si en plus, il a la main verte, il pourra planter des choux.

10.

Ce n'est pas en semant des yeux derrière soi que l'on retrouve son chemin.

11.

J'ai beau imaginer Poutine s’exprimant avec l'accent corse, je n'arrive pas à voir en lui un nouveau Napoléon. Il me rappelle pourtant un boucher-charcutier d'une des petites villes où j'ai traîné mon ombre, qui, me semble-t-il, a pris quinze ans pour meurtre, si je ne me trompe.

12.

Il faut savoir accorder son âme comme on accorde un violon mais, c'est une des leçons de la pleine conscience et de France Inter quand elle invite Christophe André, si votre violon vous chante « Tiens, voilà du boudin » ou vous joue du clairon, c'est que vous avez l'âme légionnaire, mon garçon.

13.

Pierre qui roule peut provoquer des avalanches. La métaphore s'arrête là, car l'âme ne peut jamais rouler les gens dans la farine qu'en les persuadant de son existence.

 

14.

« Dieu garde le Roi », ça peut toujours servir, surtout en cas d'éternel retour.

15.

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, sinon elle n’existe pas, ou bien elle fait une dépression.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 12 août 2022.

11 avril 2022

POUTINE ENFUME ET LA RUSSIE TOUSSE

POUTINE ENFUME ET LA RUSSIE TOUSSE

1.

Il faut interdire de séjour à vie l'ambassadeur de Russie en France. Cet homme est très mal élevé. Je pense que c'est un dourak, rien de plus. Rien à voir avec l'Esprit des Lumières français.

2.

Le 8 avril 2022, le rouble vaut toujours que dalle en euro (0,11 euro). Aucun Américain n'est désormais autorisé à investir en Russie. Ce qui signifie l'imminente disparition du dollar du marché russe et donc l'hyperinflation du rouble.

3.

Comme beaucoup de Français, je n'aime pas Macron (et encore moins les carriéristes et menteurs Véran et Blanquer), mais je sais aussi que Le pen (trop proche de la Russie) et Mélenchon (l'anti-OTAN) seraient pires que Macron si la guerre en Ukraine s'internationalisait.

4.

De quoi l'Occident a-t-il peur ? Poutine n'a qu'une arme : l'arme nucléaire et il ne pourrait l'utiliser sans passer pour le plus grand criminel de toute l'histoire de l'humanité. Que l'OTAN n'ait pas peur et décrète une no-fly zone en Ukraine. Poutine est fichu.

5.

Une de mes élèves, originaire de Tchétchénie m'a dit : « Monsieur, Poutine est vraiment dangereux. La France doit rester dans l'OTAN et l'OTAN doit aider l'Ukraine à se battre contre les Russes, sinon il n'y aura plus jamais de paix en Europe. » Parole de témoin, hein quand même.

6.

Il y a donc désormais un officier russe qui porte le surnom de « boucher de Boutcha ». S'il est chrétien, je suppose qu'il sait que les fantômes des Ukrainiens martyrisés vont le poursuivre jusqu'au dernier de ses jours...

7.

Vladimir Poutine trahit la Russie au profit du songe eurasiate. Si Vladimir Poutine croit qu'il peut vaincre l'esprit de l'occident, c'est qu'il n'a rien compris au sens des mots « liberté » et « indépendance ». L'Ukraine n'est pas morte.

8.

Le 11 avril 2022 : Selon Reuters, la banque russe VTB « perd le contrôle de sa filiale européenne » et, du fait des sanctions économiques décidées par l'UE, ne peut tout simplement plus accéder à ses actifs européens. Poutine prépare la ruine de la Russie.

9.

Selon Reuters, le tchétchène Kadyrov a affirmé que l'armée russe lancerait aussi une offensive sur Kijv. Si ce n'est pas là forfanterie, ou diversion, Kadyrov affirme donc que la guerre en Ukraine va être très longue et que l'économie russe n'est donc pas prête de se relever.

10.

Nuit du 11 avril 2022. Baisse rapide du rouble face à l'euro, au dollar et même face au yuan.

11.

A prévoir en Russie, embrouilles et fortes tensions sur l'or. Le roupie-rouble est une fiction. Le pétro-rouble ne durera pas. Poutine enfume et la Russie tousse. Se pourrait que l'économie russe s'effondre plus vite que l'armée ukrainienne.

Patrice Houzeau

Malo, le 11 avril 2022

 

1 février 2022

CROYEZ MOI CETTE FENETRE EST INNOCENTE

CROYEZ-MOI CETTE FENETRE EST INNOCENTE

1.
La lune ne me répond jamais, même quand je lui parle.

2.
J'ai regardé derrière la lourde tenture : pas plus d'assassin aujourd'hui qu'hier. J'ai bien fait d'acheter du poisson.

3.
Un roman, fût-il de Goethe, ne mange pas de choucroute.

4.
Non, franchement, je ne crois pas que la fenêtre soit coupable. Regardez-la bien, elle n'a pas des mains d'étrangleur.

5.
L'oiseau et moi, nous nous observons, mais je sens bien que ce n'est pas le moment de lui demander s'il a lu « Du côté de chez Swann ».

6.
La notion de valeur absolue, quand je la peins en bleu, elle n'en reste pas moins notion. Je vais essayer en vert.

7.
J'ai dit à Toto qu'une collection de girafes n'était pas une bonne idée. Du coup, il est allé faire ses griffes sur le buffet de Tante Yvonne.

8.
Parfois ma mémoire est si rapide qu'à peine arrivée, elle se rend compte que ce dont je me souviens n'est pas encore arrivé.

9.
Ce n'est pas parce que que vous y mettrez du citron que les choses auront plus de sens.

10.
Quand vous écrivez : « Elle était belle comme un sous-marin », à quoi faites-vous allusion ?

11.
Je viens d'entendre qu'il était 11 heures et 3 minutes. Je n'en crois pas un mot. Je suis sûr que le temps est trafiqué. J'ai des preuves que le monde est dirigé par les Grands Chronophages. La preuve : il est déjà 11 heures 5. #Complotisme

12.
Depuis que j'ai renoncé à éprouver de grands sentiments, ma sympathie pour le steak-frites s'en trouve renforcée.

13.
Kaamelott a-t-il été bâti avec les pierres fondamentales de l'éthique ? Et si oui, franchement, combien de temps ça a tenu ?

14.
Parfois, on tombe amoureux d'une femme qui n’existe pas. C'est bien ce qu'elle nous reproche.

15.
Il est très rare que je trouve une perle au fond de ma bière. En fait, c'est jamais arrivé. Et pourtant, j'ai souvent essayé.

16.
Fragment de dialogue entendu sur France Inter :
- "mais c'est complètement con.
- mais c'est très fréquent".

Eh oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er février 2022

21 janvier 2022

JE L'DISAIS BIEN QU'C'ETAIT FATAL

JE L'DISAIS BIEN QU'C'ETAIT FATAL

1.
tement l'enveloppe blanche posée sur le plateau
et se demanda ce qu'elle pouvait contenir cette
enveloppe blanche posée sur le plateau on lui a
bien recommandé n'y touchez surtout pas à cette
enveloppe blanche posée sur le plateau et cette
enveloppe blanche posée sur le plateau un genre
d'énigme maintenant qu'elle devenait qu'elle se
disait il y a peut-être un poison mortel dedans
disait il y a peut-être une oreille coupée dans
disait cette enveloppe blanche il y a peut-être
un message codé ou la clé d'un coffre qui ouvre
sur des documents ultra-confidentiels qui ouvre
sur des documents compromettants puis peut-être
cette enveloppe blanche posée sur le plateau il
y aurait dedans l'équation ultime ou un serpent
y aurait dedans un serpent très petit périlleux
y aurait dedans un poignard la foudre peut-être
y aurait dedans le nom de Dieu dans l'enveloppe
blanche posée sur le plateau qu'elle ne doit en
aucun cas toucher comme s'il y allait de sa vie
(elle se souvient parfaitement de son œil noir)
aucun cas ouvrir comme s'il allait en surgir un
gaz mortel ou une particule dévorante qui alors
dévorerait le monde l'effacerait comme s'il n'y
avait jamais eu que du rien du rien du rien pas
d'autre rien que ce rien contenu dans cette pas
d'autre rien dans cette enveloppe blanche posée
enveloppe blanche posée sur le plateau blanche.

2.
Vous resterez ici. Vous serez neurasthénique, ou
enseignant ou chercheur de rimes dans des livres
jaunissants ou adorateur d'images ou songeur des
revenants et les jours vous grignoteront puis le
temps vous ratatinera rendra friable & vloufff &
hop dans sa p'tite boîte le petit Jack Bonhomme.

3.
Il mit à profit le temps mort qui suivit pour
changer de tête ce qu'il fit c'est qu'il prit
sa tête dans ses mains et tira de telle sorte
que bientôt sa tête se décolla du tronc et il
la posa sa tête sur le repose-tête prévu pour
et suivit scrupuleusement les indications que
la bouche de sa tête lui donna (sinon pouvait
s'faire mal) et se saisissant de la tête d'un
autre dans son armoire pleine de têtes autres
il en posa délicatement le cou sur le tronc &
courut se mirer et fut très content se mirant
vu qu'il n'avait pas la tête de n'importe qui

4.
Soleil cou coupé
qu'il a écrit le
poète il a écrit
Apollinaire à la
fin de Zone & le
dernier vers que
c'est Soleil cou
coupé de Zone et
Soleil cou coupé
ça fait voir une
tête tranchée et
puis aussi cette
tête tranchée le
soleil fixe dans
le ciel et cette
tête tranchée un
de ces regards à
nous aveugler un
œil terrible que
la tête tranchée
Soleil cou coupé
inexorablement &
fatal infiniment
fatal nous lance
fatal comme dieu
fatal comme nous

5.
J'écoute du Steve Reich
c'est de la musique qui
va bien à ma caboche où
ça s'répète ça s'répète
toujours les mêmes mots
mêmes fantômes et mêmes
bouts d'pensées sur pas
grand chose qu'échos du
passé qu'échos des mots
des mots les vieux mots
qu'échos des morts tous
mes morts s'en effacent
peu à peu les visages &
les mots qu'on dit pour
dire qu'on est vivant &
pas mort pas mort encor

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2022.





 

19 janvier 2022

COMMENT ÇA QUIPROQUO INTERTEXTUEL

COMMENT ÇA QUIPROQUO INTERTEXTUEL ?

1)
Dans « La constellation des piqûres », le narrateur qui hante le texte de Henri Michaux subit « des coups (…) Venant de loin, de très loin, de partout. » La hantise des coups est quelque chose de frappant chez ceux qui, sans qu’ils l’aient voulu, sans qu’ils l’aient cherché, passent par la « constellation des piqûres ».

2)
Dans « L’oiseau qui s’efface », le narrateur, qui émarge à la Compagnie des Proses Poétiques (Henri Michaux fondateur), est « fasciné par sa disparition », à l’oiseau. Après, il contemple son chat, qui, lui aussi, semble mystérieusement s’être envolé.

3)
Dans « En circulant dans mon corps », le narrateur, qui a ses habitudes dans les pages de Henri Michaux, affronte sa peur et, apparemment, ça lui donne mal au crâne. Je me demande si parfois, pour oublier sa peur, il affronte une bouteille de whisky, parce que, le lendemain, ça fait le même effet.

4)
« où mon père était employé aux jardins de la ville ». H.G. Wells a menti : mon père n’a jamais été « employé aux jardins de la ville ». Ou alors il y a longtemps. Ou alors il ne s’en souvient plus.

5)
Non, je ne suis pas « ce petit vieillard à la figure jaune avec qui ma vie est à présent si inextricablement liée » qu’évoque H.G. Wells, dans un texte, même si, bien entendu, ma vie est inextricablement liée à l’existence du vieillard que je risque bien de devenir si la Mort.
Si la Mort ne donne pas son coup d’sifflet fatal avant.

6)
Quand le narrateur de ce conte de H.G. Wells évoque son « imagination » qui « gambadait follement », voulait-il dire qu’il avait l’imagination bondissante à la manière d’une baballe assez joyeuse qui bondit, bondit, rebondit ?
Ou alors est-ce que le narrateur de ce conte de Wells avait une chèvre agitée, quelque cabri peut-être, qu’il appelait « Imagination » (alors que Biscotte, Taboulé, Perlimpinpine, Hin-hin, sont tout de même des noms plus usuels)

7)
Lorsque le narrateur de ce conte de Wells prétend qu’ « il resta mystérieux sur ce qui le concernait, et prétendit ne pas vouloir encore me faire connaître son nom », je dis : halte-là, camarade ! Je ne vous ai pas donné mon nom parce que je l’avais momentanément perdu de vue, et en ce qui concerne ce qui me concerne, en quoi donc cela vous concerne ?

8)
Il faudra quelque jour que je m’auto-fictionne encore un peu plus que d’habitude, et que j’aille faire rentrer dans la tête du narrateur de ce conte de Wells, que je ne suis pas « Egbert Elvesham, le grand philosophe » D’ailleurs, je n’ai pas été traduit en français, et encore moins rédigé en anglais.

9)
« Il y a trente ans, - pensai-je, - c’est ici que je me querellai avec mon frère.
Mais aussitôt, j’éclatai de rire, au grand amusement d’un groupe de noctambules. Il y a trente ans je n’étais pas né, et je n’ai jamais pu me vanter d’avoir un frère. »
(H.G. Wells traduit par Davray et Kozakiewicz, « L’histoire de feu M. Elvesham »)

Le narrateur de ce conte de Wells qui se rend compte qu’il est hanté par les souvenirs d’un autre, n’est sans doute pas si différent de nous, qui nous souvenons de moments qui peut-être n’ont jamais été vécus que par d’autres, ou peut-être même par personne.

10)
Lorsque le narrateur de ce conte de H.G. Wells écrit que « j’étreignis sa patte racornie », je me demande à quoi il prétend faire réellement allusion, car il va de soi qu’il n’est pas dans mes vies et bonnes mœurs d’étreindre des pattes racornies d’on ne sait où.

11)
Le narrateur de ce conte de Wells prétend qu’il « était encore assez moi-même pour remarquer dans quel état insolite je me trouvais ». Farfafouilles et cabinet… Je n’ai jamais été cette personne. Je ne connais pas cette personne. Il doit y avoir ici quiproquo intertextuel.

12)
Il est complètement farfelu d’imaginer que je devrais « venir chercher ici, demain, trois grenouilles à disséquer ». Je ne vois pas pourquoi demain, je disséquerai des grenouilles, ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs… en particulier si c’est à Londres, où chacun sait que je ne mets jamais la patte.

On me rétorquera que l’on me demande d’aller chercher « trois grenouilles à disséquer » et non de les disséquer moi-même. Je suppose dans ce cas que je ne recevrai pas les instructions utiles en temps voulu, puisqu’il est hors de question que j’entre plus avant dans cette histoire.

13)
Cher narrateur de ce conte de Wells, je suppose que lorsque vous écrivez : « Et cependant, tout cela n’était pas indubitablement réel », vous avez bien conscience que vous remettez mon existence en doute. Ce qui agace, surtout de la part de quelqu’un qui n’est jamais que pure fiction.

14)
Parfois, il arrive que des vingtaines de chauve-souris s’échappent d’un manteau, c’est un phénomène que l’on rencontre par exemple, dans les romans de Roger Zelazny, et « foncent vers quelque chose sous la table », mais ça c’est quand vous avez quelque chose sous la table (donc, ce n’est pas le moment de laisser traîner votre chien, votre chat, ou qui que ce soit qui pourrait vous servir par ailleurs à prendre des rendez-vous).

15)
« Lorsque Jack, dont le nom se prononce dans l’ombre... »
(Roger Zelazny, « Le Maître des ombres »)

16)
Ce que dit Henri Michaux n’est pas toujours aussi exact que les signes le disent. Ainsi, s’il est vrai qu’elle « ne rêve que d’entrer au Palais de Confettis », Zut n’est absolument pas une « Meidosemme ». Absolument pas. Ou alors c’est qu’elle se serait convertie à l’insu de mes lectures.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 janvier 2022.

23 décembre 2021

PEDAGOGIQUE TUERIE

PEDAGOGIQUE TUERIE

Brefs en parcourant « La Leçon » de Ionesco

 

  1. « Toutes deux portent l'empreinte de l’extraordinaire et du tératologique. »
    (Emmanuel Jacquart, « Préface à La Leçon, de Ionesco »).

    Les monstres quand le rideau se lève, nous.

  2. Tératologie : collection d'anomalies. Nous traversons des tératologies d'où parfois jaillit un poignard.

  3. « mais le Professeur nous avait prévenus : « On peut s'attendre à tout. »
    (Emmanuel Jacquart, « Préface à « La Leçon », de Ionesco »).

    Prophétie du covid, du retour de l'archaïque tragique, commenté par la modernité audiovisuelle.

  4. « Les sons, mademoiselle, doivent être saisis au vol par les ailes pour qu'ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds. »
    (Ionesco, « La Leçon » [Le Professeur]

  5. Le politique est celui qui prétend gérer rationnellement des situations absurdes. Quand il se trompe, sa gestion même paraît absurde, et s'il persiste, on entend comme un frôlement d'ailes dans l'arbre de la sibylle.

  6. « On les appelle ainsi parce qu'ils ne changent pas. Ils ne veulent pas. »
    (Ionesco, « La Leçon » [Le Professeur]

    Et s'ils changeaient, sans doute les appellerait-on autrement. D'où la tentation de changer les usages de la langue pour « changer la société ». C'est agaçant, parfois illusoire et contre-productif.

  7. « Le Professeur :

    (…) Dites-moi alors, par simple déduction, comment dites-vous « Italie », en français ?

    L’élève :

    J'ai mal aux dents. »

    (Ionesco, « La Leçon »)

    A question idiote, l'évidence du réel.

  8. « Le symptôme final ! Le grand symptôme ! »
    (Ionesco, « La leçon » [La Bonne])

    Pandémie, y sommes-nous ? Le grand mal de dents (le grand mâle dedans ?). L’œil. L'Etat.

  9. « l'arithmétique mène à la philologie, et la philologie mène au crime... »
    (Ionesco, « La Leçon » [La Bonne])

    Ah je le savais bien qu'il y avait un problème avec ces fichus savoirs transversaux.

  10. Quand on voyage chez les morts, on ne rapporte pas de souvenirs.

  11. « Georges Neveux : (…) La scène de l'assassinat, réglée comme un ballet, est d'une étonnante beauté. »
    (cité par Emmanuel Jacquart dans son édition de « La Leçon », de Ionesco).

  12. « Tout compte fait, tel l'humoriste anglais, Ionesco opte pour de l’excentricité systématique. »
    (Emmanuel Jacquart, « Préface à « La Leçon », de Ionesco)

  13. Ai lu qu'il y avait un rapport entre certains passages de « La Leçon » de Ionesco et Lewis Carroll, addition et soustraction posées à Alice dans « De l'autre côté du miroir ».

  14. Dans « La Leçon » de Ionesco, il y a un assassinat. D'ailleurs, c'est une histoire de serial killer. Je dirai même plus, de serial killer pédagogique. Ce qui est déontologiquement douteux.

  15. Patrice Houzeau
    Malo, le 23 décembre 2021.

22 novembre 2021

ON NE SE MEFIE JAMAIS ASSEZ DES CAFETIERES

ON NE SE MEFIE JAMAIS ASSEZ DES CAFETIERES

1.
« - Oh ! cela n’a pas d’importance, répliqua [lady Coote] d’un ton mélancolique. » Dès le début du roman « Les Sept Cadrans », d’Agatha Christie, nous apprenons que Lady Coote est dotée d’un ton mélancolique mais, et c’est heureux, pas d’une jambe de bois.

2.
« Puis elle se détourna et rentra dans la maison où Tredwell examinait la cafetière. » Agatha Christie, qu’on ne peut confondre avec une célèbre cantatrice chauve, a parfaitement raison d’attirer l’attention du lecteur sur ce point : on ne se méfie jamais assez des cafetières. Défois, on fait autre chose, on fait pas gaffe et vloufff v’là la cafetière qui batifole dans les airs, toute seule, indépendante, mystérieuse…

3.
Agatha Christie nous renseigna tantôt sur le « ton mélancolique » de lady Coote qui présentement « sourit tristement » en prenant « le billet que lui tendait son mari ». Lady Coote, je sens qu’c’est pas une rigolote.

4.
« - Pourtant, déclara Bundle, la grand’tante Louisa est morte dans ton lit. Je m’étonne que tu ne voies pas son fantôme tourner autour de toi ! »
(Agatha Christie traduit par Miriam Lou-Desportes, « Les Sept cadrans »)

La dite grand’tante Louisa m’a d’ailleurs fait savoir qu’il était très agaçant de voir se succéder tant de parfaits inconnus, fussent-ils de sa famille, dans le lit dans lequel elle dormit tant d’années et où elle trépassa d’une indigestion de homard.

5.
Alors les fantômes mordus par la tarentule des ténèbres se mirent à danser en poussant des cris glaçants.

6.
« Alors vous croyez qu’il faut que je me lève et que je vois cette dame ? » demanda Jimmy à Stevens et ça, ça se passe dans « Les Sept Cadrans » d’Agatha Christie, qui avant d’écrire des romans policiers, travailla dans la pharmacie d’un hôpital militaire.
A la question de savoir si Jimmy doit se lever pour voir cette dame, je répondrai par l’affirmative, car si la dame est jolie, il sera content ; si la dame ne l’est pas, cela le fera réfléchir ; si elle vivante ; ils pourront discuter ; si elle est morte, tant pis.

Si j’étais virtuose, j’écrirais une chanson dans laquelle le refrain se terminerait par ce vers : « Et si elle morte, tant pis… », mais comme je ne suis point virtuose, je mange du camembert.

7.
« je ne voudrais pour rien au monde y entrer de nouveau dans l’obscurité et les y voir », et ce dont parle Jimmy dans le roman d’Agatha Christie où il s’agite avec ses petits camarades de fiction, ce sont des réveille-matin. Imaginez si rentrant dans cette pièce obscure, il se fût trouvé face au spectre de l’Education Nationale et sur le mur, en lettres de sang : « Meirieu m’a tuer »…

8.
« Cependant le Club des Sept Cadrans est toujours pareil. On y mange du poisson frit et des pommes de terre. »
(Agatha Christie traduit par Miriam Lou-Desportes, « Les Sept cadrans » [Bill])

Tandis que voyez au Club des Huit Horloges, on y mange des pâtes au thon, mais personne n’a encore écrit de roman intitulé « Les Huit Horloges », bien que Maurice Leblanc composa jadis « Les Huit Coups de l’horloge » mais ce sont des choses qui arrivent.

9.
« Les yeux de la jeune fille s’éclairèrent, car elle avait découvert ce qu’elle cherchait. » C’est ça qui est formidable, c’est que le personnage mis en scène par Agatha Christie arrive à ses fins et découvre ce qu’elle doit découvrir : je ne sais pas ce que c’est, d’ailleurs… Peut-être le secret de la réforme Blanquer, les intentions de la Chine, une recette de cuisine aussi inédite qu’époustouflante, La Deuxième Chaussette, le programme du parti socialiste, un lot de couleuvres signées Macron…

10.
« L’Homme, l’Homme, toujours recommencé » qu’elle doit se dire, la mer en contemplant la digue lorsqu’elle se dit quelque chose, la mer, que mon petit doigt me dit itou en écho.

11.
« Au moment où la jeune fille se posait cette question, le silence de la nuit fut brusquement troublé… » Je sais pas ce qui troubla ce personnage d’Agatha Christie, mais pas impossible que ce soit encore un coup spectral ça, d’l’esprit s’immisçant.

12.
« Et Bundle aperçut nettement sous l’omoplate droite,
une petite tache noire. » Et de cette tache noire sous l’omoplate du personnage d’Agatha Christie, que va-t-il en sortir ? Un lézard noir, un archer noir, une tulipe noire, une humeur noire, un entonnoir, un rasoir ?

13.
« A ce moment un gong résonna et tous se séparèrent afin d’aller s’habiller pour le dîner. » Dès qu’il y a un gong dans une phrase, ici d’Agatha Christie, je plonge car l’est évocateur, le mot « gong », le plus curieux étant ici que le commissaire Juve s’étant trompé de roman, arriva en kilt parce qu'il s'était trompé aussi de film.

Patrrice Houzeau
Malo, le 22 novembre 2021.

13 septembre 2021

TRES POUTRE EN ANGLAIS

TRES POUTRE EN ANGLAIS

« My name is Alice, so please your Majesty, » said Alice very politely ; but she added, to herself, « Why, they're only a pack of cards, after all. I needn't be afraid of them ! »
(Lewis Carroll, «Alice's Adventures in Wonderland »)

My name is stupid fit-elle passque fut très poutre en anglais
Name ? Stupid !
Is que c'est vraiment ? Bin oui chuis pas
Alice ma pomme dit Zut
So ah tiens j'vais mettre plein de « so » : so so so so so so Y en a 6, ça fait six-so.
Please, pouvez-vous m'indiquer le chemin vers le Traczir Club ? Oh, je vois, merci beaucoup...
Your « cantatrice chauve » est assise sur le genou de mon oncle, je vous ferais remarquer...
Majesty, majesty, est-ce que j'ai une tronche de Majesty, s'empourpra Zut en envoyant sa couronne sur les roses.
Said What ?, elle dit Alice éberluée façon La République en Marche constatant qu'elle n'avait plus pied.
Alice c'est une actrice amateur, euh une amatrice actrice, bon, enfin une comédienne avec laquelle Zut répète une pièce de Shakespeare en anglais même que Zut n'y pige que pique-couic, et aussi elle cause toujours
Very politely, Alice, ah, c'est pas comme Zut alors que pas du tout
Politely qu'elle jacte Zut
But Zut s'en fout car son but à Zut c'est d's'amuser quitte à éberluer quelque peu
She bah ! She fait s'qu'elle veut, Zut (surtout depuis qu'elle a pigé qu'elle existait pas, ah ça, elle en profite, la fiction...)
Added Jeanne, c'est une chanteuse, non ?
To ah tiens, j'vais mettre plein de « to » : to to to to to to y en a un lot, ça fait trois toutous To
Herself - Alice se cause beaucoup à elle-même, pas comme Zut qui s'adresse à moi la nuit le jour pour m'les raconter ses zuteries mirifiques
Why - Alice se questionne beaucoup elle-même, pas comme Zut qui m'tarabuste jour et nuit le cucurbitacée avec de l'incongru interrogatif
They're (ah flûte, j'vas avoir envie d'une bière)
Only one ? Espère toujours... mais faut pas, sinon, après j'n'écris plus...
A... qui se prononce « eu » que si j'en mets deux, j'pourrais me les faire sur le plat.
Pack ah tiens, ça colle avec les sur le plat dont j'viens d'causer
Of, oui oui, of, of, of, hoquète le phoque
Cards qu'en français je pense « château de cartes » parce que. Mais paraît qu'on dit « house of cards » dans la langue que j'causerai jamais.
After, after quoi ? After, Zut, elle rentre à sa maison, Alice dans son livre, et les répliques shakespeariennes là où sont rangées les répliques shakespeariennes.
All et oh la la, dit Zut juste avant de se faire coller deux heures par Madame Pizzicati-Pizzicato qu'aimait pas trop qu'on lui gratte le jeu
I, et Aïe-yayaïe, dit Zut collée, consternée,
Needn't – ah tiens, sur France Culture, on parle de l'histoire de la maison Casterman, c'est passionnant, mais je m'en fous royalement
Be – ah tiens, j'vais mettre tout un fricotin d'be, be, be, be, be, be, Your « cantatrice chauve » a pris le chapeau de mon oncle, je vous ferais remarquer...
Afraid As't'heure ? Stilal qui dansot dans ces films là ?
Of tiens revoilà mon phoque hoquetant
Them – comme c'est la fin du poème (ou quelque chose dans ce goût-là), je vais allonger le son pour faire note continue façon pop song psychédélique, 
THEEEEEEEEEEEEEEEEEEMMMMMMMMMMMMmmmmm.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 septembre 2021.

20 août 2021

LUNE EN POUDRE ET AUTRES TOUILLETTES

LUNE EN POUDRE ET AUTRES TOUILLETTES

1.
J’avais l’intention de me promener cette après-midi, lorsque l’après-midi m’envoya balader. J’en profitai pour déterrer quelques pots aux roses.

2.
Votre hypothèse est des plus plausibles, je vous félicite pour votre excellente géométrie mentale ; j’apprécie énormément les pensées trapézoïdales.

3.
Redevenir un être humain, parfois cela me hante. Je tente une apparition… Les vivants s’affolent.

4.
Les âmes perdues ne se ramassent pas à la pelle. Les cœurs brisés non plus. Les mouettes se disputent quelques frites.

5.
Il mène une existence trop agitée. Les guéridons ne devraient pas s’agiter et tourner dans tous les sens comme ça. Ça fait jaser le rationnel.

6.
L’homme au regard de lapin féroce me demanda avec la voix d’un squelette oublié dans un placard : « Connaissez-vous déjà le meurtrier ? » Il soupesait une hache ; je m’abstins de répondre.

7.
Longuement interrogés par télépathie fédérale, les OVNIS nient toujours l’évidence de leur existence. C’est tout de même un autre monde, ça !

8.
Depuis que Blanquer se laisse pousser la barbe, on ne peut plus le confondre avec Bourvil, mille sabords !

9.
Crise du logement : les fantômes manifestent.

10.
Sommes-nous rentrés dans l’ère Pfizer ?

11.
Lorsque je découvris une oreille dans la penderie, je compris que nous étions espionnés. Ne restait plus qu’à découvrir l’étourdi(e) qui avait oublié une de ses oreilles dans notre chambre.

12.
« Mais où est la vérité ? » me demandai-je, ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue.

13.
Le commissaire polyglotte a des coupables dans plusieurs pays.

14.
Le saxophone hanté joue souvent de vieux blues en hommage à son joueur décédé d’une attaque de train.

15.
Comme la nièce était tombée dans le potage, l’oncle ouvrit une boîte de corned-beef.

16.
Les oiseaux liquides font des cocktails célestes.

17.
Comme les poissons dévalaient l’escalier, je compris que la concierge était en plongée.

18.
Ayant décapité quelques marionnettes à tête de politique, Zut dut entièrement remanier le gouvernement.

19.
Ma hache était trop bavarde. Craignant qu’elle crache le morceau (à propos des mains tendues qui ont fini dans mon tiroir), je dus l’abattre d’un coup de carabine.

20.
Quand on met de la lune en poudre dans son café, faut pas s’étonner d’avoir la tête ailleurs…

Patrice Houzeau
Malo, le 20 août 2021.

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