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15 septembre 2021

POURQUOI DONC QUE ZUT LANCE DES POISSONS PAR LA FENÊTRE ?

POURQUOI DONC QUE ZUT LANCE DES POISSONS PAR LA FENÊTRE ?

1.
Je me souviens d'mes après-midis d'lycéen à hanter les cafés et le sourire des filles. J'aurais mieux fait de travailler mes compétences transversales, j'en serais point maintenant à compter les cornichons du bocal.

2.
Macron, dit-on, est partout cause qu'il va se représenter. J'ai pas envie d'une overdose de « en même temps » et de promesses mirifiques. Je vais donc écouter du rock, lire des bédés et boire de la bière en attendant qu'il soit réélu. D'autant que j'vote pas.

3.
En attendant ma bonne fortune, ma mère mourut. La Tsarine (est-ce vous, Zut ? Est-ce vous Macronie?) mangea des paupiettes. La sardine sirupeuse agitait ses drapeaux rouges tout en prétendant qu'ils n'étaient point si rouges. La Sardine Assassine est-il un groupe folk ?

4.
« Pourtant, Seigneur – et certes, ce que j'en dis,
Ce n'est pas pour élever ma voix contre l’Éternel.
Plutôt contre moi et pour remâcher ma folie
Dont le goût dans ma bouche qui s'édente est amer. »
(Jean- Paul de Dadelsen, « Jonas »)

Le Seigneur n’existe pourtant est-il comme dragon à ma porte. Nous chassons les métaphores comme si le monde était peuplé de fantômes. Le langage est une convention de l'imaginaire. Zut n'élève jamais la voix contre l'Eternel, elle lui montre le poing.

Les jeunes gens de mon jadis sont tous bien vieux maintenant. Certains ne partagent même plus le même air que nous. La tsarine dit que la sardine est trop pleine d'arêtes. C'est dégoûtant. On dirait une phrase de Heidegger.

Le monde est parcouru de sourires édentés (le cauchemar de Hollande). J'en veux beaucoup aux gens utiles : ils m'obligent à les écouter.

A force de mâcher d'la folie, on a la gueule si amère que si on enregistrait un album de ses meilleures répliques (avec du zigouigoui expérimentalo- électrique en appui), sur la pochette y aurait la gueule fatale d'un poisson.

Tous mes vieux barmen sont morts ou en retraite ; je n'ai plus d’excuse pour manquer d'argent. Quand on vieillit, le barman, c'est l'employé de la supérette.

5.
Je me demande pourquoi Zut lance des poissons par la fenêtre : ce n'est pourtant pas le jour d'la bouillabaisse électorale.

6.
Paraît que Macron a reproché à nos athlètes de n'avoir pas été assez victorieux aux Jeux Olympiques. Décidément puant jusqu'au bout, notre président.

Si Macron le Prétentieux n'est pas content des Jeux Olympiques, il n'a qu'à y participer lui-même, s'il n'est pas content des enseignants, il n'a qu'à donner cours lui-même et aller soigner lui-même dans les hôpitaux, et arrêter lui-même les bandits de Marseille. Gonflant.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 septembre 2021.

 

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22 août 2021

TROIS QUAT' BRICOLES DONT JE ME SOUVIENS D'LA CHOUCROUTE

TROIS QUAT' BRICOLES DONT JE ME SOUVIENS D'LA CHOUCROUTE

 1.« Le monde, le monde et ce qui le résume
(Georges-Emmanuel Clancier)

Le jour je suis la nuit je laisse Le
Monde tourne comme une tête lancée dans l'espace par la main d'un géant
Le jour il joue de la guitare la nuit il égorge le
Monde tourne comme une bombe lancée dans le cénacle des dieux
Et quand je vais acheter des frites parfois je ne prends pas de mayonnaise
Ce jour il n'a pas joué cette nuit il n'égorgera personne
Qui vient comme un chien repart parfois la queue basse
Le monde tourne comme une moule dans la matière noire Je
Résume Mangeant des frites je songe guitare et monde qui tourne égorgé.

2. « mais tu glisses de moi comme sable en la main »
(Claude Roy)

Mais qu'est-ce que ça peut me faire que tu portes un loup
Tu as parfaitement le droit de porter un loup
Glisses-tu ? Tu es donc un spectre glissant avec ton loup
De tes crocs tombent des os ah ça tu es bien un loup
Moi je sais que tu n’existes pas le tout est de bien fort crier au loup
Comme si le péril était imminent comme si le Grand Loup
Sable qu'est-ce donc que tout ce sable dont il me semble être fait Loup
En toi je crois tu t'appelles Loup et sur ce loup
La meute se constituera et tous les moutons au Loup
Main qu'est-ce donc que cette main de sable et de sang mêlés.

3. « Ma grand-mère disait : Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup. »
(Martine Aubry)

Ma grand-mère vous dit bien des choses ma
Grand-mère celle qui volait des vélos
Disait bien des choses ma grand-mère
Quand j'y pense, je m'en fous, j'm'en arquebout car j'l'ai pas bien connue
C'est tout flou dans ma boîte à coucous tout
Flou Un jour s'est envolée ma grand-mère sur un vélo volé, renversé.
C'est loin maintenant et bien des vélos volèrent sous la lune
Qu'il me semble long le temps je vais écouter les Sparks
Y a longtemps que j'ai pas écouté les Sparks
A écouter les Sparks le sourire me revient
Un jour, renversé par le vélo de course de la mort, le
Loup des ténèbres me bouffera ; ma grand-mère m'oubliera.

4. Les gens, c'est plus que des QR codes, mais ils le savent pas encore. Ils se croient toujours aussi libres. J'entends rire les robots. 

5. « La lumineuse éternité dont les lèvres sont ouvertes »
(Pierre Jean Jouve)

La choucroute c'est bon mais défois j'en prends pas Tu es bien
Lumineuse aujourd'hui Zut ma Zut lumineuse comme dans cette
Eternité qui sépare le présent du passé une lueur allumée
Dont je me souviens Un épisode de Maigret « Chez les Flamands »
Les saucisses sont pas bien passées par mes
Lèvres chou saucisses choucroute
Sont repassées par ma bouche les saucisses et tout le chou
Ouvertes mes lèvres dans le passé beuârkh Varicelle a dit ma mère.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 août 2021

16 octobre 2023

PAS BIEN SÛR QU'IL EXISTE

PAS BIEN SÛR QU'IL EXISTE

1.
« Le corpus fermé des textes, documents et renseignements dont nous disposons a été tourné dans tous les sens pendant des décennies sans qu'aucune conclusion définitive n'apparaisse... »
(Michel Onfray, « Traité d'athéologie », 2005)

Dans cette phrase, Onfray affirme-t-il :
- qu'on ne sait pas réellement si Jésus Christ a existé (« de Jésus fiction à Jésus Fils de Dieu, le spectre est large », écrit-il ensuite) ?
- Qu'on ne sait pas réellement si les OVNI viennent d'autres planètes quand bien même y en a qui content que c'est dans la Bible, et en toutes lettres, dis ?
- Que les livres ne suffisent pas à prouver certaines affirmations ?
- Qu'un coup de dés et comme par hasard, mon oncle oublia son parapluie ?
- Que ce n'est pas à une divinité que l'on apprend à faire des miracles ?

2.
Michel Onfray dans son « Traité d'athéologie » évoque un livre publié en 1729 intitulé : « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier ».
De quoi y est-il question ?
- comme l'a écrit Meslier lui-même cité par Onfray : « Des démonstrations claires et évidentes de la Vanité et de la Fausseté de toutes les Divinités et de toutes les Religions du Monde. » ?
- de la recette de l'immortalité ?
- De la nécessité d'être mortel sinon c'est trop long ?
- Des pensées et sentiments de Jean Meslier à propos de tout ça qui s'passe et qu'c'est pas bien drôle, allez ?
- De la nécessité de l'athéisme dans un monde où des gens s'imaginent que croire en Dieu les autorise à égorger d'autres gens qui ne leur ont rien fait ?

3.
« La lumière, le jour, la nuit, le firmament, le ciel, la terre, les eaux, on connaît l'histoire jusqu’aux bestiaux, reptiles, bêtes sauvages et autres humains. »
(Michel Onfray, « Traité d'athéologie »)

Cette énumération constitue-t-elle :
- la liste du faut de tout pour faire un monde ?
- la « généalogie datée » de « l'histoire officielle » et donc l'impossibilité de « l'éternité des mondes » ?
- un trait d'humour, une flèche décochée à la niaiserie idéaliste ?
- La série des choses qu'un dieu digne de son nom doit faire s'il ne veut pas passer pour un rien du tout ?
- La liste des ingrédients du cocktail « Darwin » ? (cocktail évolutif)
- Ce que le langage distingue dans cet infini de particules agitées en tout sens ?

4.
« Les lecteurs du seul Livre secouent la tête : Dieu a créé de toutes pièces le loup et le chien, le rat des villes et le rat des champs, le chat, la belette et le petit lapin. »
(Michel Onfray, « Traité d'athéologie »)

Cette phrase implique-t-elle que :
- Certains croyants récusent l'évolution des espèces ?
- Dieu a tout créé mais qu'il a fait beaucoup de brouillons, de ratures, de pâtés et d'archaïsmes ?
- Dieu a tout créé à partir « du loup, du chien, du rat des villes et du rat des champs, du chat, de la belette et du petit lapin » et donc que Dieu est un grand mage ?
- Qu'il faut de tout pour faire un monde mais qu'un beau jour le grand Cric – Crac ! - nous croquera tout cru ?
- « Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. » En tout cas, c'est ce que dit La Fontaine.

5.
La philosophe, enseignante et mathématicienne Hypatie d’Alexandrie mérite-t-elle ?
- notre sympathie car elle a été assassinée en mars 415 par des fanatiques chrétiens ?
- Notre sympathie car elle est la première enseignante de l'ère chrétienne victime du terrorisme religieux ?
- Notre sympathie car elle est la première enseignante de l'ère chrétienne à être assassinée pour des raisons politiques (« Hypatie conseille Oreste, alors préfet d’Égypte, qui est en conflit ouvert avec Cyrille, évêque d’Alexandrie », nous catafalque Wikipédia) ?
- Notre sympathie car Hypatie était philosophe, enseignante et mathématicienne et qu'a priori, nous éprouvons de la sympathie pour les gens de science et de savoir ?
- Notre intérêt car l'assassinat d'Hypatie illustre assez que l'histoire de l'humanité est une lutte constante entre la science et l'ignorance, même qu'en ce moment, elles font un retour sanglant, l'ignorance et la superstition.

Patrice Houzeau
Malo, le 16 octobre 2023

3 février 2024

STEAK ET GÂTEAUX

STEAK ET GÂTEAUX
1.
« Sans très bien savoir pourquoi, le maître d'escrime se sentait depuis quelques heures dériver vers la mélancolie. »
(Arturo Perez-Reverte, « Le Maître d'escrime »)

Sans le mot bifteck, l'assiette serait triste et les frites bien seules. C'est
Très bien, le bifteck, ça vous revigore, ah oui, c'est très
Bien. il y a quelques années, c'est le samedi midi qu'en compagnie de Zut, nous le dévorions, le steak-frites. Les autres jours, on y pensait seulement. Il y a sans doute beaucoup à
Savoir et à dire quand on veut évoquer un peu sérieusement le bifteck (son mode de cuisson, sa vie, ses mœurs...).
Pourquoi j'en sais si peu sur le bifteck ? Eh bien, parce que je manque de maîtrise quant au bifteck comme je manque de maîtrise à peu près en tout et puis, ça ne rate jamais, je finis par l'avaler, le bifteck avant même d'avoir fini de l'interroger.
Le bifteck-frites-bière est un bon remède à la mélancolie. Ainsi, le
Maître, fatigué de ses obligations magistrales, que fait-il ? Eh bien, il fume une pipe, sirote un whisky en se récitant ses déclinaisons latines (car il est distingué). Il arrive que ce soit
D'escrime et avec des noms d’oiseaux que l'on affronte le bifteck, et ça c'est quand c'est un dur à cuire, un nargueur de couteau, un persifle-la-fourchette. L'homme, comme il
Se sent impuissant alors devant la dureté des choses ! Comme il se
Sentait patate à l'eau, hein, le premier homme qui, dans la nuit des samedis -midis, eut à se mesurer avec le premier inattaquable bifteck. Ça a dû lui rappeler des choses préhistoriques, ça, à l'homme.
Depuis que les temps sont aux hommes ce que les cornes sont aux vaches, il n'a pourtant pas cessé d'en développer des armes, le bipède ingénieux, mais le bifteck endurci, le steak tatoué, il s'en moque, lui, car quoi, vous n'allez tout de même pas l'attaquer au sabre, votre bifteck, hein, dites, vous pourriez vous blesser... Dans les
Quelques années qui me restent à déconner, je dois bien dire que je ne le vois pas bien tendre, l'avenir du bifteck. Nous vivons des
Heures vertes et de plus en plus vertes. Apocalypse écologique oblige, et
Dériver que nous faisons donc qu'à, dériver
Vers le végétarien, le ni chair ni os, le diététique responsable, voire résilient... Les épinards n'ont qu'à bien se tenir, les endives et les asperges aussi.
La tristesse que ça me fait, bof, pas tant que ça (le bifteck s'étant assez raréfié chez moi ces dernières années), mais ce n'est pas sans une pointe de
Mélancolie que je constate que j'ai encore oublié d'acheter de la moutarde.

2.
« Des phares d'une puissance insoutenable montaient et descendaient lentement partout. »
(Kurt Steiner, « Le Disque rayé »)

Des gâteaux, j'en mange parfois. Les gâteaux ne sont pas des
Phares ; c'est pour ça qu'ils n'éclairent pas la route des bateaux.
D'une part de tarte aux abricots, je me régale. La
Puissance sur mon imaginaire de la tarte aux abricots, de la religieuse au café et du mille-feuilles est très forte (c'est que j'ai l'imaginaire vorace).
Insoutenable n'est pas un adjectif que j'utiliserai pour désigner crêpes et gaufres car je préfère mettre du beurre dessus. Ils
Montaient les gâteaux
Et ils descendaient aussi, les gâteaux,
Descendaient et montaient comme dans un rêve, portés par de mignonnes et souriantes vendeuses de pâtisseries le long d'interminables escaliers,
Lentement, évidemment, parce que sinon ça va trop vite mais il faut faire attention, défois que
Partout qu'on s'en mettrait.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 février 2024.

11 décembre 2023

QUAND JE SCROGNEUNE QU’ON ME FICHE LA PAIX

QUAND JE SCROGNEUNE QU’ON ME FICHE LA PAIX

« Quand je frappai la manche, ce fut tout à fait comme si je touchais un bras. Et il n’y avait pourtant pas de bras ! Pas l’ombre de bras ! »
(H.G. Wells traduit par Achille Laurent, « L’Homme invisible » [Cuss])

Quand je scrogneune, qu’on me fiche la paix surtout si en plus
Je sgrabouille ce qui m’arrive souvent quand je scrogneune et quand je
Frappai la gourdouilloute (ah la gourdouilloute alors) elle me
La langue-tira, ce qui est très scrafullant, vous en conviendrez. La
Manche, puisqu’il s’agit d’elle, je m’en fichois le doigt dans l’oille en pot (c'est une potée, savez-vous)
Ce qui est tout à fait à ne pas faire (ah ça je sais).
Fut-ce sriffulant soudain du genre hareng saur qui sriffule au bout de sa ficelle ? Oui ce fut-ce.
Tout contrarié que je scrogneunais zalors je pensais
A Nina, à Ninon, à Nini et tout un tas d’autres nénettes, mais je savais bien qu’elles ne me calculaient pas plus qu’un rein (C’est un
Fait aussi évident que dans le conflit russo-ukrainien l’agresseur est la Russie de Poutine et l’agressée l’Ukraine qui tend, dit-on, à la démocratie cependant que Poutine poutine de la tête.)
Comme les gradayas yactouvaient (yaya yoyotaient-ils généralement),
Si j’en curgnotte un, il va scrollarer hard, le gradaya là.
Je sgrabouille, je vous l’ai tantôt signifié, donc voilà ce que je me conférençois existentiellement. Comme je
Touchais le blomb du fond des lierrogloutances,
Un max de tronches de zarpètes se foutoit ma gueule. Le
Bras me tournait vengeur et le glaive marsouillait grave ;
Et pourtant je panotte comme on n’en fait plus.
Il n’y avait aucun darksidegemoune là-dedans
N’y avait nulle cheveluresque élucubrante N’y
Avait nulle pinkfloyderie effervescente
Pourtant, Macron, hein, Macron me disais-je, inquiet des futurs.
Pas un truculle ne hantait les rues désertes dures et froides. Pas
Un knifflard ne sortait son bayord. Pas un
Bras ne se montra au bout de la manche.
Pas une fraise ne frétilla au bout d’un depardieu gras. Pas
L’ombre d’une draculesque d’une vampirate évanescente d’une mélenchonnoise à verbiage cherchant noise.
De réfléchissage je me sombrai la grenadine à moustache. Je repris mon
Bras. Déjà qu’ils m’avaient bouffé une main, les affamés là.

Note : 10 décembre 2023. Sur LCI, l’émission « L’évènement du dimanche », Xavier Bertrand estime que la fermeture de l’usine « Prysmian-Draka » de Calais est un « scandale ».

Patrice Houzeau
Malo, le 10 décembre 2023.

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4 septembre 2023

ET POURQUOI PAS LOVECRAFT ?

ET POURQUOI PAS LOVECRAFT ?

1.
« Et la nuit, enfermée dans sa chambre, au milieu du grand silence où elle entendait les …................. de son âme,... »
(Anatole France, « Le Lys rouge »)
Dans cette citation d'Anatole France, le mot manquant est :
- trémulations (et si j'avance et que tu recules, comment veux-tu, comment veux-tu que ça trémule?)
- palpitations (« les palpitations de son âme », je vous demande un peu... à se demander si c'est pas autre chose qui la palpitait.) ?
- zigouigouis et aléas, car parfois, au cœur de la nuit, dans la solitude des chambres, elle a, l'âme, et ses zigouigouis, oui, et ses aléas, ah ?

2.
« Son cabinet de toilette, sorti d'une fantaisie esthétique de Vivian Bell, avec sa poterie grossièrement vernissée, ses grandes cruches de cuivre et le damier de ses carreaux de faïence, ressemblait à ... »
(Anatole France, « Le Lys rouge »)
A quoi donc ressemblait ce cabinet de toilette où, citons Anatole France, « elle prit plaisir à s'habiller avec un soin délicat et caché » ?
- « l'opéra des vapeurs » ?
- « Un pub où on boit de la bière en disant des bêtises » ?
- « une cuisine, mais à une cuisine de féerie. »
- « l'atelier des télescopes » ?
- un tel qu'en lui-même enfin l'éternité le catapulte ?
- Une chanson des Rubettes ou plutôt une longue pièce cyclique du groupe de krautrock (j'adore ce mot) Tangerine Dream  ?
- La sotte réforme à Blanquer ?
- A la fin je suis las de ce monde sanglant ?
- Qui est Vivian Bell ?
- Qui est Blanquer ?

3.
« Mme Martin, les yeux encore pleins d'air léger, de cimes violettes et d'yeuses antiques tordant leurs bras monstrueux sur le chemin, souriait de fatigue heureuse. »
(Anatole France, « Le Lys rouge »)
Dans cette citation, il est question « d'yeuses antiques ». Quoi que sont-ce, ces yeuses ?
- des hallucinations en forme d'êtres couverts d’yeux et tout tortueux qu'ils sont, dis, avec leurs « bras monstrueux,là, sur le chemin ?
- des chênes verts (de l'italien « leccio » et du latin « iliceus ») ?
- des réformateurs acharnés de l'éducation nationale, qui font que plus ça va, moins ça devient intéressant d'enseigner ?

4.
Dans le volume « Démons et merveilles » (10/18, 1985) traduction d'un texte étrange (c'est du H.P. Lovecraft aussi), il est question à la page 191 de « Gugs velus et gigantesques » qui « offrirent d'étranges sacrifices aux autres Dieux et à Nyarlatothep, le chaos rampant... » 

Questions :
- Pensez-vous que le chaos puisse ramper ?
- Pensez-vous que le chaos ait un nom et si oui, pourquoi Nyarlathotep et pas yaourt à la fraise ?
- Pensez-vous qu'il y ait un rapport entre le « chaos rampant » et la chanson « Pourquoi faire aujourd'hui (qu'est-ce tu pourrais faire demain) » de Lisa Leblanc ? (vidéo visible sur You Tube et c'est marrant).
- Que fait cette citation de Lovecraft au milieu d'une série de phrases tirées du roman « Le Lys rouge », d'Anatole France ?
- Le nom « Nyarlathotep » apparaît-il dans les paroles du groupe de hard rock iron Maiden ?

5.
« Nous sommes allées toutes deux au palais Prétorio ; nous avons vu une lionne et beaucoup de petits bonhommes de bronze, grotesques, très gras ou très maigres. »
(Anatole France, « Le Lys rouge » [Vivian Bell])
Qu'est-ce que le palais Prétorio ?
- un cinéma où les personnages ont assisté à la projection d'un film mettant en scène « une lionne et beaucoup de petits bonhommes de bronze, grotesques, très gras ou très maigres » ?
- un palais situé à Fiesole (en Italie) où l'on trouve un « petit musée étrusque ? »
- un gâteau italien ? (et dans ce cas, quelle tournure bizarre ce serait que « d'aller à un gâteau », qu'il soit italien ou pas).

6;
« Les Etrusques étaient un peuple sérieusement gai », dit un personnage du « Lys rouge » d'Anatole France. Et d'ajouter : « Ils faisaient des caricatures d'airain. »
L'alliance « joliment gai », dans le genre figure de style, c'est quoi ?
- Une antiphrase ?
- Une antithèse ?
- Une antichambre ?
- Une antédiluvienne ?
- Un antiphone ?
- Un nanti tout court (et il a de la chance) ?

Patrice Houzeau
Malo, le 4 septembre 2023

 

 

5 juin 2023

CE QUI EST EN SOI N'EXISTE PAS ET AUTRES CHOSES

CE QUI EST EN SOI N'EXISTE PAS ET AUTRES CHOSES

1.
Il y a un poème d'Alberto Caeiro (c'est-à-dire Fernando Pessoa) traduit par Armand Guibert (Poésie/Gallimard n°214, p.146) qui évoque le « présent » et la volonté de ne pas s'y tenir. C'est qu'il y aurait une distinction entre « les choses qui existent » et le « temps qui les mesure ». Cependant, je note que l'intemporalité des objets est une apparence : nous les collectionnons parce qu'ils se raréfient ; tel objet aperçu dans une brocante évoque des souvenirs ; nous reviennent parfois en mémoire des objets inusités aujourd'hui qui faisaient le quotidien de nos jeunesses. Ah le moulin à café !

Le narrateur spéculatif note aussi que « le présent » est une « chose relative au passé et à l'avenir ». Un zéro relatif au positif et au négatif. Donc, pas de présence sans compte du temps. Dès lors, qu'est-ce que la « seule réalité », les « choses sans présent », l'en-soi ?

Le narrateur commence par répondre par des propositions négatives : il s'agit de ne pas « séparer » les choses « d'elles-mêmes », et donc ne pas les traiter de « présentes ». Notons que le traducteur a évité le terme « étants » qui, en sa qualité de participe présent substantivé, inscrirait l'objet dans une perception du temps. C'est que les « choses » sans « présent » qu'évoque ici la spéculation ont plus à voir avec l'être qu'avec l'étant.

Mais dès lors, peut-on considérer ces choses sans présent comme des « réalités » ? Le narrateur semble en douter, jusqu'à écrire : « je ne devrais les traiter de rien du tout. » Ce qui revient à la question du nom de l'être ? Qu'est-ce que cet être qui échappe au présent, qui transcende sa présence, son être au monde (l'ensemble des choses relatives au présent, et donc au passé et à l'avenir) et dont nous pressentons qu'il est dans chaque chose ?

Si on ne peut le nommer, pourrait-on, en voyant les choses telles qu'elles sont « hors du temps, hors de l'espace », le percevoir, cet être, « simplement » le voir ?

C'est alors que le réel se décomposerait sous nos yeux, que l'objet vu, réellement vu en-soi serait « départi », en dehors du « visible » ordinaire (et donc dans l'invisible extraordinaire). Cela me semble relever de la fascination ; quand bien-même celle-ci se présente sous la forme d'une révélation, d'une épiphanie, d'un eurêka, d'une transe, d'une extase. Ce dévoilement serait une apparition et le spectateur frappé de stupeur, foudroyé par cette vérité : ce qui est en soi n’existe pas.

Citation :
« les voir hors du temps, hors de l'espace,
les voir avec la faculté de tout départir, fors le visible.
Telle est la science de voir – qui n'en est pas une. »
(Fernando Pessoa, « Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d'Alberto Caeiro »)

2.
« L'affaire était entendue », affirma-t-il. Mais cela ne nous apprend rien sur le nombre d'oreilles disponibles ce jour-là. Ni s'ils avaient mangé des bananes.

3.
Napoléon était tellement lui-même que s'il avait été un autre, ça se serait su.

4.
Au fond, quand on se met le doigt dans l’œil, que l'on porte des gants ou pas, cela ne change rien à la taille des œufs.

5.
J'ai beau manger des pâtes, mes progrès en italien sont quasi nuls. Je vais essayer avec le risotto.

6.
Des fois, je préfère me taire. Je ne voudrais pas affoler le reste de mes cheveux. C'est des coups à devenir chauve.

7.
J'ai remarqué que ce n'est pas en entassant des ânes dans un amphithéâtre que l'on finit par gagner le Grand Prix d'Amérique.

8.
On ne fait pas d'omelette sans casser les pieds de quelqu'un, surtout si on le saoule en lui racontant sa vie, ses p'tites misères, tout ça.

9.
Avoir du jambon ne console pas de n'avoir plus de tabac.

10.
Croyez-vous que si Cléopâtre avait eu le nez plus long, Léonard de Vinci aurait peint la Joconde ?

11.
Mais non, ce n'est pas parce que cherchez des clics que vous prendrez des claques. Par contre, si vous prenez une sauce, c'est compté comme supplément.

12.
Je préfère rire de tout avant que le premier ministre ne nous sorte un 49.3 qui ne fera plus rire personne.

13.
Comme elle est partie à cheval, moi, forcément, avec mon pédalo, j'avais l'air d'un (eh oui).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

13 avril 2023

SOCRATE EST CELEBRE POUR N’AVOIR PAS ETE UN CHAT

SOCRATE EST CELEBRE POUR N’AVOIR PAS ETE UN CHAT

« SOCRATE. Ne pourrait-on pas faire un espace double de celui-ci, et tout semblable, ayant comme lui toutes ses lignes égales ? »*(Platon, « Ménon » traduit par Victor Cousin)

1.
Socrate est célèbre pour n'avoir pas été un chat, et pour certaines choses qu'il aurait dites. D’ailleurs, la plupart des humains disent des choses. Les gens sont si bavards. Les chats aussi, remarquez, mais pas tout le temps.

2.
Ne doutez pas de ma mauvaise foi ; je la cultive depuis que j'ai compris. Sinon, ne vous inquiétez pas pour dimanche, on invitera des frites.

3.
Pourrait-on dire que Socrate était bavard ? Je n'irai pas jusque-là, bien que je n'aie pas souvent l'occasion de converser avec Socrate (il se dit qu'il a mauvaise réputation). Sinon, pourrait-on avoir le silence au moment des informations ? C’est au tour des autres clowns de parler.

4.
On ne sait jamais ce dont les humains sont capables et qu'ils aient tout de même le nez au milieu de la figure. Certains s'étonnent. S'étonnent de quoi ? (celui qui répond « tonnes de hareng » subira un mauvais sort). Comme si on ne savait pas que si leur nez changeait tout le temps de place, les gens auraient de sérieux problèmes respiratoires.

5.
Faire le clown n'a de sens que si on prend la clownerie et les harengs-saurs   au sérieux. Sinon, ce n'est pas la peine d'adopter un hareng-saur, et de rendre une bête malheureuse.

6.
Un clown est une manière d'être au monde. Le saumon aussi. Le saucisson aussi. Le tromblon aussi. A la différence du saumon, du saucisson et du tromblon, le clown a conscience d'être au monde. Saumon, saucisson et tromblon font comme tout le monde, ils contemplent la télévision.

7.
« Espace » est un mot plus pratique lorsqu'on évoque les étoiles que quand on parle des raviolis. De plus, on ne peut guère l'utiliser pour ouvrir une boîte : le mot « espace » est en effet un très mauvais ouvre-boîte.

8.
Double ration de rhum ! ordonna Barbessanpoil le Pirate avant de s'écraser contre le bus qu'il tentait de prendre à l'abordage.

9.
De tous les humains, Socrate n'en était pas moins mortel. Je n'ai jamais entendu dire qu'il avait un chat.

10.
Celui-ci de chat ne s'appelle pas Socrate. S'il joue du violoncelle, c'est qu'il aime faire son intéressant. D'ailleurs, sa maïeutique est très sommaire.

11.
Et bien entendu, quand viendra le moment de passer à tout autre chose, vous serez pris au dépourvu, et vous vous retrouverez à vous balancer le pendule, grotesquement accroché à une ficelle dans un poème de Charles Cros. Désespérant.

12.
« Tout condamné à mort aura la tête tranchée » n'est pas le titre le plus joyeux de l'histoire de la chanson française.

13.
Semblable est parfois notre destin à çui du pain. Défois en miettes qu'on finit,  défois vieux croûton. Quant au boulanger, ça fait longtemps qu’il n’est plus artisan. C’est tout d’l’industriel maint’nant.

14.
Ayant considéré mon destin, je repris du pâté.
Comme je reprenais du pâté, je pensais que les maisons, c’est bon, avec de petits bipèdes bien croquants dedans.

15.
Lui, je ne sais pas ce qu’il pense. Moi, je pense qu’il n’existe pas.

16.
Toutes les filles qui font de la philosophie ne s’appellent pas Socrate. Et même des Marie-Socrate, ou des Jeannette-Socrate, je n’en connais pas. Socrate lui-même ne s’appelait ni Marie, ni Jeannette. Ou alors, on nous bien l’a caché.

Je ne connais pas non plus de Jean-Edouard-Socrate. Quant au chat que Socrate n’avait pas, s’appelait-il Sullogismos ? Je l’ignore.

17.
Ses chansons à Socrate, je ne les pas entendues. Est-ce lui qui a écrit : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée » ? Par contre, « Cogito Ergo Sum », « L’existence précède l’essence » et «Comment vas-tu-yau de poêle », c’est pas de lui, ça, c’est pas de lui…

18.
« Lignes » est un mot que l’on a beaucoup aligné. Certains vont d’ailleurs les pêcher on ne sait où, leurs lignes, même que parfois, ils ne ramènent que des poissons très vilains, voire de féroces créatures.

19.
« Egales sont les âmes aux pommes » est une phrase que l’on n’emploie guère que sommé par un pommier de justice (assermenté du jus de pomme bien entendu) de prendre position sur la répartition des droits et des tartines de beurre dans cette vallée de vergers et de larmes.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 avril 2023.

5 février 2023

LA TERRE ETANT AUSSI PLATE QU'UN OEUF EST CHAUVE

LA TERRE ETANT AUSSI PLATE QU'UN OEUF EST CHAUVE

1.
Le célèbre « Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur », que dit Hippolyte dans le « Phèdre » de Racine (IV, 2) est un vers monosyllabique. Il ne dépend pas du carré de l'hypoténuse, lequel est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.

2.
De savoir que dans un triangle rectangle, et non dans l’œuf mayonnaise (attention!), le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés, cela plaira à votre professeur de géométrie, mais n'attendrira pas votre banquier.

3.
C'est en 1927 que Carl Theodor Dreyer réalisa « La Passion de Jeanne d'Arc ». N'étant pas encore ce qu'il n'est plus aujourd'hui, le rôle de la Pucelle ne fut pas proposé à Gérard Depardieu.

4.
La culture, c'est ce qui reste quand on n'a rien inventé.

5.
La population asiatique représentant environ 60% de la population mondiale, celle de la France 0,1 %, et la Terre étant aussi plate qu'un œuf est chauve, je crains qu'un de ces jours bascule la tartine.

6.
« Tu t'entêtes à te foutre de tout
Mais pourvu qu'elles soient douces »
sont deux vers que l'on entend dans une chanson interprétée par Mylène Farmer. On notera l'allitération et l'absence de l'éléphant.

7.
Je lis dans une traduction de « The Duel », de Joseph Conrad, que « He's got the knack fort that sort of thing », peut se traduire par « Il a le coup de main pour ça », et non par : « Il s'est procuré quelques knacks pour agrémenter ses lentilles ».

8.
Adolescent, j'aimais beaucoup les Rolling Stones et me détachais de mes parents. Mes parents sont morts et je n'ai plus d'oreilles.

10.
Sans la littérature et les chicons au gratin, j'aurais beaucoup moins dormi.

11.
Je ne lis « Zazie dans le métro » que les yeux ouverts. Et encore faut-il que j'ai bras et jambes. Surtout les bras, à cause des mains.

12.
Je lis dans le dictionnaire que l’expression « dans les milieux informés » se dit en allemand « in unterrichteten Kreisen ». Cela vaut lorsqu'on en est à prendre de l'âge (« alt werden »), ou à se lier d'amitié avec quelqu'un (« sich mit jemandem anfreunden »), ou encore à acheter des endives (« Endivien kaufen »), où à aller se faire cuire un œuf (« ja, ja, sie können sich verziehen und ein Ei lutschen »).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 février 2023.

14 mai 2022

PIS QU'IL SOLILOQUE HEIN DANS LES MURS

PIS QU'IL SOLILOQUE HEIN DANS LES MURS

1. 

« Faites des bruits de chaînes, poussez des gémissements romantiques, prenez l'apparence de délicieuses banshees couvertes de taches de rousseur. Mais cessez de transformer tous les vivants du coin en légumes, il y a la bière pour ça. »                                                                                                        (Joann Sfar et Tanquerelle, « L'Irlande à bicyclette », [Eliphas])

2.

« Professeur Bell », « L'Irlande à bicyclette » de Joann Sfar et Tanquerelle (éditions Delcourt). La pochette est vert étrange des inquiétudes et le o rouge de « Professeur Bell », c'est – il y a de la pluie, un fantôme, une lanterne -, c'est une tête de mort.

3.

Dans l'album « Les Démons du temps immobile », de Godard et Ribera, Axle Sunshine dort et rêve qu'il retrouve sa Chimeer vers lui s'élançant en chemise de nuit et blonde chevelure mais alors l'aventure fait « Voup Voup Voup Vouuuup... », fini d'rêver.

4.

Le chien circulaire fait réellement des rondes. Si ce chien est un loup, il chasse en meute et en cercles concentriques. Si ce chien est une paire de lunettes loupes, c'est bien utile pour lire des bandes dessinées.

5.

Quand le noir dégouline, il faut essuyer le paysage. Si c'est la nuit, faut carrément l'éponger.

6.

Ce n'est pas avec un pinceau-éléphant que l'on peint des trompe-l’œil.

7.

Quand les trottoirs se mettent à se gondoler, c'est qu'ils se fichent de la tronche des passants. Sinon, ça pourrait être la fin du monde, ou un tremblement de terre, ou Poutine lançant une nouvelle opération spéciale.

8.

Si le chapeau qui est sur votre tête se met à commenter L'Etre, le Néant et le prix du faux-filet, c'est que quelque philosophe vous cherche des poux, ou que vous travaillez furieusement d'la casquette, mon ami.

9.

C'est en voyant flotter dans l'air la tête tranchée qu'il comprit qu'il avait perdu la sienne.

10.

Le culte du paquet de chips a fait grimper les taux de cholestérol chez bon nombre de pratiquants, de même que le culte du vélo volé a augmenté le nombre de piétons.

11.

Si votre fenêtre se met à l'ouvrir, faites gaffe aux courants d'air et aux bruits qui courent ; certains pourraient s'introduire chez vous et vous causer bien des rumeurs.

12.

L'imposant portail de fer ouvragé grinçant son violon, j'entrepris de dégager le malheureux musicien égaré dans les circonvolutions de l'ouvrage d'art. « J'aurais mieux fait de jouer du vélo », me dit-il ému et néanmoins contribuable.

13.

Je crus longtemps que le ciel était un accordéon auquel le Bon Dieu se mettait parfois, histoire de faire guincher la Création. La pochette de l'album « Par les fils de Mandrin », du groupe Ange, me détrompa : Dieu n'était donc que le clown du cirque !

14.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain ; c'est pas pratique pour se laver.

15.

La nuit, parfois, on entend des voix qui semblent jaillir d'on ne sait où. C'est que la nuit est une pipelette, une vraie cancanière, qui ne sait pas se taire... Mais, parfois, c'est que vous avez juste quelqu'un dans les murs, pis qu'il soliloque, l'emmuré.

Patrice Houzeau                                                                                                                               

Malo, le 14 mai 2022.

1 octobre 2023

QUOI QU'ÇA CLABAUDE ?

QUOI QU'ÇA CLABAUDE ?

1.
« Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises,
Echouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Ce quatrain pourrait-il légender :
- une aventure de Bruno Brazil, série d'aventures dessinées de Greg (Louis-Albert) et William Vance publiée, nous amazone Wikipédia, dans le magazine « Tintin » entre 1967 et 1977,
- un album de Bernard Lavilliers, chanteur musclé ?
- La planète Terre revenue, à cause du réchauffement climatique, aux temps antédiluviens, avec géants bestiaux, énormes dinosaures, carnassiers divers, improbables à long cou, féroces à hurlements des forêts labyrinthiques, lézards volants et tout ça sauf nous,
- le contenu d'une boîte de cassoulet ?
- Une installation d'art conceptuel ou chaipaquoi intitulée « Échouages hideux » ?

2.
« J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades,
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m'ont ailé par instants. »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Après le chaos des « échouages hideux », Rimbaud évoque-t-il :
- quelque océan enchanteur et tout à fait mirliflore ?
- Une chorale de poissons (très rare!) ?
- Le prélude à l'après-midi d'un faune ?
- Ce que je vois dans tes yeux, tes yeux bleus dont je suis amoureux comme s'ils n’existaient pas ?
- Quelque suite orchestrale un peu naïve dans le genre de la musique composée par Georges Martin pour le film d'animation « Yellow Submarine » et qui figure, cette suite, sur l'album du même nom des Beatles (1969).

3.
« Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

A quoi donc qu'il se compare, le narrateur rimbaldien ?
- à un témoin (« martyr ») quelque peu blasé des « pôles et des zones », que ma pomme, je l'aime bien ce vers (« Parfois, martyr lassé des pôles et des zones ») qu'il m'arrive de me le faire tourner en boucle dans ma caboche, fasciné par le son, indifférent au sens,
- à la victime de quelque monstruosité florale à « ventouses jaunes » ? quelque poulpe des profondeurs remontant magnétiquement pour s'emparer du vivant ?
- À une femme en prière (sinon, bon, j'aime pas trop y penser, le Rimbaud, écrivant des choses défois qui font ricaner quand même).

4.
« Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds,
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Pourquoi Rimbaud emploie-t-il ici l'adjectif « clabaudeur » ?
- pour épater le lecteur ?
- Parce que les oiseaux, surtout les mouettes, ça gueule tout le temps, qu'on sait même pas défois pourquoi pourquoi qu'ça, pourquoi qu'ça, pourquoi qu'ça clabaude tant ?
- Parce qu'en clabaudant ainsi, les oiseaux, les féroces oiseaux, signalent à leurs congénères les « noyés » que croise le bateau ivre ? Après, chaipas s'ils leur pique-niquent les yeux, aux noyés, les clabaudeurs ?
- Parce que les « oiseaux clabaudeurs aux yeux bleus », ça lui rappelle des copines, à l'Arthur...
- pour le rythme et l'allitération (« ballotant / sur mes bords / les querelles » / tralali-tralalo / « clabaudeurs aux yeux blonds »)

5.
« Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ; »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

De quoi fait-il preuve, ici, le bateau ivre :
- d'inanité sonore aux abolis bibelots ?
- de monitorisme hanséatique (je sais pas ce que ça pourrait bien être mais ça m'amuse) ?
- de curiosité qui pousse le lecteur à se renseigner dans les notes qu'on lui dit donc que les « Monitors » étaient des navires de guerre américains, genre canonnières, voyez. Quant au mot « Hanse », il renvoie à l'ancienne association des villes marchandes « de l'Europe du Nord autour de la Mer du Nord et de la mer Baltique » (ça s'est terminé au 17ème siècle nous libéralise Wikipédia),
- d'humilité humide ?
- de bigoudisme acharné ?

Patrice Houzeau
Malo, le 1er octobre 2023.

 

2 mai 2023

N'ETANT PAS SITUÉ A 384 000 KMS DE LA TERRE

N'ETANT PAS SITUÉ A 384 000 KMS DE LA TERRE

1.

« A vrai dire, la langue est pour lui comme un orgue dont il savoure et adopte tous les registres, de bas en haut. »
(Christian Angelet, préface à « Les Amours jaunes », de Tristan Corbière)

L'orgue fut jadis appelé « ancilla Domini » (« servante du Seigneur ») mais aussi « cornemuse du diable », c'est ce que salaisonne Wikipédia.

Comparer la langue des poètes à un orgue est intéressant et vaut certainement mieux que de comparer la langue à une banane. En tant qu'instrument de musique, la banane offre fort peu de possibilités.

Ceci dit, si vous n'aimez pas la musique des orgues, vous pouvez toujours manger des bananes.

L'orgue de Tristan Corbière, je le vois plutôt orgue de barbarie, limonaire, accordéon, harmonica, moqueur flûtiau que solennel des événements.

On entend l'orgue dans beaucoup de disques, mais il faut des oreilles pour les écouter. Si vous n'en avez pas, vérifiez que vous ne les avez pas oubliées sur votre oreiller.

Si vous ne trouvez pas vos oreilles sagement repliées sur votre oreiller, affolez-vous.

Dans la musique électrique à longs cheveux, on trouve des orgues électroniques et des synthétiseurs. On évitera de laisser traîner sa banane du côté des synthétiseurs, défois que le musicien aurait une petite faim.

Je ne sais pas si Bruno Le Maire, dans son dernier vol-au-vent, évoque l'orgue. Si jamais je le trouve dans une boîte à livres, je zieuterai, éventuellement. Je ne vais tout de même pas l'acheter non plus hein.

2.
« Sables de vieux os – Le flot râle
Des glas : crevant bruit sur bruit...
- Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit. »
(Tristan Corbière, « Paysage mauvais »)

3.
N'étant pas situé à 384 000 kms de la Terre, je ne passe pas la nuit à avaler « de gros vers ».
Parfois, je me contente de me ronger les sangs, et j'appelle cela exister.
Je note qu'il y a de plus en plus d’existants. Ça va en faire, des nuits blanches.

4.
Môme boutonneux, souvent qu'on écoute des conneries, pis qu'on en dit. En vieillissant, le goût s'affine et on écoute moins de conneries (ou alors par nostalgie). Par contre, quand on a commencé très tôt à dire des conneries, difficile de s'arrêter.

5.
« C'est donc ça, être une célébrité ? laissa tomber Cathy d'une voix amère. Je comprends. (Elle reposa doucement sa fourchette.) »
(Philip K. Dick traduit par M. Deutsch et I. Delord, « Coulez mes larmes, dit le policier »)

L'adjectif « amère » suggérant une déception, en quoi le fait de comprendre ce qu'est « réellement » une « célébrité », est-il porteur de désillusion ?
Pourquoi Cathy repose-t-elle sa « fourchette » et non son marteau-piqueur ? Pourquoi Cathy ne se met-elle pas à fondre dans son assiette ? Peut-on être sûr que le mot « fourchette » ici renvoie au lexique du repas ? Est-on sûr que Cathy s'adresse à quelqu'un ? Cathy existe-t-elle ? A quoi sert Cathy ? La tactique de Cathy est-elle toc, ou Cathy ne tactique-t-elle que couic ? Quand récupérez-vous le parapluie de mon oncle ?

Patrice Houzeau
Malo, le 2 mai 2023.

6 février 2023

SOTTISES EN FEUILLETANT LES FLEURS DU MAL

SOTTISES EN FEUILLETANT LES FLEURS DU MAL

1.
Ce ne sont ni salsifis ni saladiers que souvent, pour s'amuser, prennent les hommes d'équipage car ni salsifis ni saladiers ne poussent sur les bateaux. Les albatros non plus. Par contre, les trois caravelles de Christophe Colomb avaient pour nom la Santa Maria, la Pinta, la Niña. Pour faire le « n » avec tilde sur un clavier AZERTY avec pavé numérique, il faut taper ALT + 164.

2.
« Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon »
(Baudelaire, « La Destruction »)

Quand à vos côtés « s'agite le Démon », il se peut qu'il ait une trompette. Dans ce cas, il s'agit d'un démon trompettiste. Il se peut même qu'ironiquement, il vous joue « When the Saints Go Marching In ». Mais il n'y est pas obligé.

3.
« Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme »
(Baudelaire, « Le voyage »)

Quand vous partez, le « cerveau plein de flamme », vérifiez bien que vous avez vos ailes, vos griffes et vos naseaux en bon état. C'est utile lorsque l'on est un dragon. Par contre, si vous êtes employé du gaz, c'est parfaitement inutile, et même dangereux.

4.
« Mais les vrais voyageurs sont ceux-là qui partent
Pour partir ; cœurs légers semblables aux ballons »
(Baudelaire, « Le voyage »)

Si vous partez parce que vous avez entendu des voix dedans votre tête vous dire qu'il faut partir, alors c'est que vous avez un problème d'énonciation interne. Il ne faut pas croire tout ce que vous vous dites.

5.
« Et parfois en été, quand les soleils malsains »
(Baudelaire, « La géante »)

L'un des grands problèmes de l'été, c'est la recrudescence de « soleils malsains ». C'est pour ça qu'il faut partir avec votre temps de chien personnel (pluie, vent, voire un bon coup de vent, ça fait fuir les fâcheux). N'oubliez pas parapluie et imperméable, votre pipe et des romans policiers, ça passe le temps.

6.
« Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ; »
(Baudelaire, « Hymne à la Beauté »)

Quel génie merveilleux que celui de Baudelaire, qui inventa la femme météorologique.

7.
« Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ; »
(Baudelaire, « Hymne à la Beauté »)

D'après Baudelaire, la Beauté marche sur des morts. A condition qu'ils soient bien raides, bien sûr. Parce que s'ils se décomposent, je crains que la Beauté se salisse les pieds. C'est pour ça qu'on les change tous les jours, les morts. Quant à la Beauté, bien sûr, elle s'en moque, n'ayant pas grand chose d'autre à faire, surtout si elle est un peu sotte.

8.
« Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux »
(Baudelaire, « Parfum exotique »)

J'en connais des qui, avec leurs « deux yeux fermés » là, ils ont à peine commencé leur tirade baudelairienne à la Marie, qu'ils ne l'ont pas vue arriver, la gifle.

9.
« J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats »
(Baudelaire, « La chevelure »)

Non, l'arbre qui se « pâme » n'est pas un pamier, et l'homme qui se « pâme » n'est ni forcément un palmé, ni un paumé. Par contre, c'est bien avec des pommes que l'on fait de la compote de pommes, que l'on mange avec du boudin noir et des frites.

10.
« Quand vers toi mes désirs partent en caravane »
(Baudelaire, « Sed non satiata »)

Avec vos désirs là, qui « partent en caravane », si votre aimé(e) se met à aboyer, c'est que vous pouvez passer votre chemin et retourner à la niche. Et si vous êtes du même signe que Lawrence d'Arabie, attention à la traversée du désert, aux embuscades, et évitez la moto.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 février 2023.

21 décembre 2021

AVEC TOUS CES VIVANTS VIRAUX HEIN

AVEC TOUS CES VIVANTS VIRAUX HEIN

1.
« Et si notre vie a des instants moroses »
(Verlaine)

Défois on a des instants moroses dans la vie (on voterait même Macron faute de mieux) et on a beau se représenter un rang rythmique de roses dansant le french cancan, ça ne va pas et on se dit que l’on va voter Macron défois qu’il serait réélu.

Quand je dis « on voterait même Macron », ça si c’est pour le cas où la grande frousse que le gentil Attal flanque aux gens tous les deux jours n’empêche pas les gens d’aller voter car moi le virus i fait peur que je pense qu’on pourrait l’attraper dans les lieux de vote avec tous ces vivants viraux là.

2.
Les gens pour les présidentielles2022 de 2022 (si Omicron…) ne posent pas les bonnes questions : Macron va-t-il nous remettre une taxe d’habitation ? Sera-t-on obligé de se vacciner tous les trois mois ? Attali va-t-il léguer son cerveau au désert ? Le déficit capillaire de Blanquer sera-t-il décrété grande cause nationale ?

3.
Liberté, égalité, fraternité, meringue.
- Mais ça ne veut rien dire, ça, Houzeau, ce « meringue » à côté de notre belle devise de notre belle république dont macron est le Roi ?
- Voui, je sais, m’excuse, défois, les lettres me tombent des doigts…

4.
Dans le bon vieux jazz-rock des années soixante-dix (ici, c’est une galette du groupe Weidorje) la basse on l’entend bien qui zrongue (c’est le verbe adéquat je crois pour rendre compte de ce bref rauque zrong de la basse électrique du bon vieux jazz-rock des années soixante-dix).

5.
« Mais sachant la vie et qu’il faut qu’on plie »
(Verlaine)

Verlaine a raison « qu’il faut qu’on plie », sinon on passe plus la porte par laquelle les nains là, les politiques, ils passent avant nous en se faufilant dans nos guiboles pis après ils nous demandent un droit d’entrée qu’on peut même pas les scrabouiller passque y a des policiers.

6.
Lu en passant (mais j’avais mis mon chapeau) qu’on se posait la question de savoir si le Macron pourrait faire une année de plus et que donc les présidentielles2022 pourraient avoir lieu en 2023. Alors là, minute, papillon, vacciné tous les trois mois, soit, mais cocufié tous les cinq ans, jamais.

7.
« l’eau jaune comme une morte »
(Verlaine)

Je ne sais pas si l’eau à laquelle je songe est jaune comme une morte parce que c’est pas parce que je dis qu’elle est jaune « l’eau jaune comme une morte » que je lis dans un poème à Verlaine que du coup je me dis que je ne sais pas si l’eau.

8.
Les bibliothèques sont pleines d’auteurs qu’on apprécie beaucoup et qu’on ne lit jamais.

9.
« Qu’en dis-tu, voyageur, des pays et des gares ? »
(Verlaine)

Ne jamais demander au voyageur ce qu’il en dit, dis, des pays et des gares. Jamais. C’est un coup à vous retrouver coupé en deux pis coupé tout court, de tout, et définitif. Parce que défois, la hache, on la voit pas.

10.
Ça doit faire une heure à peu près que j’entends du Weidorje (c’est du jazz-rock des années à cheveux longs quoique pas que vu que y avait déjà des punks à chien) : c’est bien mais en fait, non c’est bien. Bon, je vais grignoter un truc moi.

11.
Je sais que je vais devoir ouvrir la porte d’un placard pour y prendre quelque chose à grignoter. La probabilité qu’une main en jaillisse, m’attrape le cou et tente de m’étrangler est très faible mais depuis le coup des variants à répétition, je commence à.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 décembre 2021.

13 septembre 2021

TYPIQUE TYPIQUE COMME L'AS DE PIQUE DIT ZUT

TYPIQUE TYPIQUE COMME L'AS DE PIQUE DIT ZUT

1.
« Celui qui ne dissout pas celui qui vient à lui, un Sphinx s'y forme et c'est de Sphinx que l'on meurt. »
(Henri Michaux, « Les Sphinx »)

Celui-là, je ne sais pas ce qu'on va en faire...
Qui veut jouer ? Une partie d'échecs ? Ça vous plaît pas, les échecs ?
Ne t'en va pas sans prendre tes médicaments il se
Dissout bien ça y est il a disparu ce que c'est que de nous quand même...
Pas un bruit... Endormi, tout... nuit, campagne, ville.
Celui-ci par contre oui je sais très bien ça va faire un bon...
Qui a dit oui ? C'est vous qui avez dit oui ? Elle
Vient, elle vient toujours, ne vous inquiétez pas elle viendra
A bon entendeur salut ! dit-il en claquant la porte.
Lui, c'est un bon, vous n'avez rien à craindre... Rien. Il le fera.
Un jour, je m'en irai, c'est sûr, je ficherai le camp. Un
Sphinx, j'aimerais qu'on dise ça un sphinx un genre d'être façon qui
S'y fie s'y pique... Ah c'est typique, typique comme l'as de pique chantonna Zut qu'était fort enjouée soudain. Une
Forme dans la nuit... Qui c'est ?... Est-ce vous, Godot ?
Et alors qu'est-ce qui s'est passé ?
- C'est à peine croyable ! On a retrouvé la vache ! Oui oui, celle-là, qu'la soucoupe hein, a l'avait avalée, abductée même qu'on dit, aspirée dans les airs... WHIIIZZZZZZ ! Hop, dans l'pré, plus d'vache.
De rien... Non, parce que quand même, fallait l'faire... De rien, allez, c'est rien, c'est rien, rien du tout...là, c'est fini, les échecs, les vaches volantes, les soucoupes, la vie, là, elle vient, elle viendra, elle vient toujours...
Sphinx... c'est-à-dire énigme, mystère, étrangeté, bizarrerie.
Que voulez-vous ? Une partie d'échecs ? Une vache ? Un Sphinx ?
L'on se tait... plus personne n'y pige que couic. On finit par n'y plus penser qu'on y pige que couic pis à force d'avoir existé, bin on
Meurt. C'est comme ça. Faut laisser leur chance aux autres là, les vivants.

2.
« A la fin, juste avant l'agonie terminale,
Un bref apaisement parcourut sa poitrine.
Il sourit en disant : « Je baigne dans mon urine »,
Et puis il s'éteignit avec un léger râle. »
(Michel Houellebecq, « Non réconcilié »)

A force, on finit par ne plus...
La musique, j'aime bien, mais pas tout l'temps, ça soûle à force, ça soûle qu'à la
Fin je me demande si on s'y intéresse encore... Mozart mourut-il en songeant un dernier accord ou pensa-t-il
qu'on ne se méfie jamais assez des côtelettes ?
Juste avant d'la r'cracher sa pastille et de s'artrouver viande parmi les choses,
Avant le néant, on pense quoi ? Qu'c'est trop con tout ça, ou qu'il n'y a pas assez de lumière, ou qu'c'est quand
qu'elle va s'arrêter cette pluie (« Who'll stop the rain », j'vous parlais d'musique)
L'agonie ça s'appelle. Houellebecq dans un poème y a ajouté
Terminale, c'est vous dire qu'un soir, un train, hop, et nous voilà débarqués définitif du quai des ambitions.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 septembre 2021.

28 août 2021

ET N'AI PAS D'AUTRE FANTÔME

ET N'AI PAS D'AUTRE FANTÔME

 

« Lean out your window, golden hair,
I heard you singing in the midnight air »
(James Joyce)

 

  1. Défois quand j'me dis n'est-ce pas que j'vas pas mourir hein n'est-ce pas, j'entends quelque grande esclaffe dans mon dos... Mon fantôme est un être vexant.

  2. Comme j'avais un goût de poisson dans la bouche, je me demandai si j'allais rendre un mort.

  3. Comme le temps n’existe pas, je ne vois pas ce qui pourrait empêcher mon fantôme de me précéder, et même de coexister avec mon si relatif être.

  4. Des marins qui chantaient. Que chantaient-ils ? Peut-être (allez savoir) qu'ils faisaient chœur de leurs amours perdues et de la mer qui s'en fout, de ces marins qui chantaient avec leurs yeux globuleux et leurs grandes pinces crustacées.

  5. Quand reviendra l'automne, serez-vous encore avec moi ? dit-il à sa visiteuse de l'été, laquelle avait quelque tendance à s'évaporer, un peu de chair parfois s'échappant des côtes, lorsqu'un peu de vent s'insinuait.

  6. Quand reviendra l'automne et sa face de feuilles mouillées, serai-je encore assez de ce monde pour contempler les groupes d'élèves partis en joyeuse bande assassiner leur professeur cependant que feuilles bruissent d'un latin qu'on n'entend plus.

  7. Comme il lui pissot dessus la tête, on vit que l'insolent estot perché.

  8. « Je te désire encore ô paradis perdu »
    (Apollinaire)

    Je joue à saute-mots, les faisant sauter dans d'la phrase maigre folle.
    Te voilà, ô clown, ô spectre, ô mézigue Qui
    Désire te rencontrer, sinon aussi pitre et éparpillé des osses ?
    Encore une fois, ne balancez pas vos cadavres par la fenêtre.
    O clOwn, ô fantOme, tu fais une bOuche en O
    Paradis, paradis, est-ce que j'ai une gueule de paradis ?
    Perdu qu'j'ai mon pari, perdu, suis mort et n'ai pas d'autre fantôme.

  9. « Tes montagnes à peine et qui n'ont pas de nom »
    (Pierre Jean Jouve)

    Tes mots, j'en fais des osselets, des mini-squelettes sautillants entre les
    Montagnes de purée jaune parce qu'il y a des œufs dedans.
    A table je rêvasse pendant que la télé agite ses mondes stupides A
    Peine me suis-je servi que je rêve que ces saucisses sont aéronefs
    Et que vous allez fondre ô souples aérosaucisses sur ce monde
    Qui ne vaut pas le souci de lui trouver un nom.
    N'ont plus qu'leurs chapeauzes melonzes les zhommes zombres d'ombreuse.
    Pas de piano pour la grenouille, je vais donc souffler dedans.
    De peur d’exister, il se contenta d'être et se fit de plus en plus rare. Le
    Nom qu'on donne aux choses détermine-t-elle leur existence ?

  10. La nuit, j'ai assez peur tout de même qu'ils finissent par m'apparaître, les vivants.

  11. N'ayant pas d'autre fantôme sous la main, je suis bien obligé de faire avec moi-même.

  12. J'écoute la voix de Syd Barrett hanter le « Golden Hair » de Joyce, entre les frémissements de la cymbale et le bruissement des saules perdus.

  13. Les grands prédateurs ne sont pas racistes. Ils mettent en esclavage - égorgent aussi - toutes et tous, sans distinction d'âge ni de couleur. Les grands prédateurs ne craignent que les grands prédateurs de la civilisation concurrente.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 28 août 2021.

     

     

     

1 mai 2023

JE CROIS BIEN QUE JE MAIS ÇA VA S'ARRANGER

JE CROIS BIEN QUE JE MAIS ÇA VA S'ARRANGER

1.
« Quand le sort t'a portée à ma rencontre, la plus grande ombre était en moi et je puis dire que c'est en moi que cette fenêtre s'est ouverte. »
(André Breton, « Arcane 17 »)

Quand le t'a portée à ma, là où j'étais y étais-je ? en moi étais-je, « en moi » ça veut-y quoi dire ? et si j'écris, comme l'écrit André Breton, « la plus grande ombre était en moi », c'est que, me dit mon plat à tarte, que j'étais ah mais j'en ai marre ou c'est bien triste tout ça.

Et comme « c'est en moi que cette fenêtre s'est ouverte », on peut supposer que cette grand ombre en moi », s'est sauvée par icelle, allant faire le nuage, la brume, le tiens i va pleuvoir, et ce, parmi les oiseaux et la farine de l'air.

Je ne sais pas à qui je pique cette « farine de l'air », mais je suis à peu près sûr que je la pique à quelqu'un. Je ne peux pas en faire des crêpes, mais je vais quand même boire un café.

Et comme j'ai oublié un « e » à « grande », je vais pouvoir m'en faire sur le plat.

2.
Le réel recoud ses boutons. Il va pouvoir sortir dans la rue. J'entends sur France Culture que « l'ordre spontané » (ça a un rapport avec l'économie, Hayek et d'autres avant lui) dépend moins de gens spontanés que de gens qui savent ce qu'il veulent.

3.
Nous ne portons pas plus de chaos en nous que nous portons des pots de moules (quand on veut faire des moules, sinon s'agit de construire un mur, c'est autre chose). Mais ni moules, ni briques, ni chaos ne font en nous des claquettes.

Ceci dit, c'est vrai que le Chaos est un cas (le fameux cas Chaos). Il s'échappe toujours de la tasse, après en avoir fait on ne sait pas encore quoi, et le saura-t-on jamais, fourmis.

4.
Je note que si je me pan pan chuis plus là, je ne pourrais plus écouter de chansons de Robert Charlebois, ni rire et m'épater aux films de Jerry Lewis, ni manger de fraises au temps des cerises. Du coup, je vais me faire un café. Par contre, je crois bien que je serai définitivement une poutre en anglais.

Remarquez qu'il n'est pas si facile d'être une poutre en anglais. C'est tout aussi difficile que d'être un couteau à poisson en allemand, ou une tirelire en italien. Quant à être un âne en français, j'y excelle.

5.
Qui voit un jardin dans les yeux de son amie, je suis bien content pour lui. On dit aussi que l'ordinateur, ça abîme la vue.

6.
Croyez-vous que la statue de Jeanne d'Arc va déclamer du Péguy aujourd'hui ? Ceci dit, j'aime beaucoup le personnage de Jeanne d'Arc. C'est quelqu'un qui aura beaucoup fait pour sa légende en particulier et pour le monde de l'édition en général.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er mai 2023.

19 août 2022

ZUT ZUT INFINIMENT ZUT

ZUT ZUT INFINIMENT ZUT

1.
Les plus anciennes preuves de la pratique de l’élevage des dieux remontent à l’Antiquité et sont consignées dans la Mythologie, laquelle avait pour but d’élever des dieux pour en faire des mythes.

Techniquement, passer de l’élevage polythéiste au monothéisme a permis de produire des dieux uniques et d’autant plus terribles que leur puissance en était plus concentrée.

2.
La tortue de Zut ne s’appelant pas Eschyle, elle a pourtant bien cet air antédiluvien qui me fait me rappeler le lundi et avec contentement, qu’il me reste du rôti du dimanche.

3.
Les dieux trahissent cette tendance de l’infini à se prendre pour ce qu’il n’est pas.

4.
Je m’épate toujours de mes collègues qui, d’ici quelques jours, se raconteront leurs vacances dans des pays étrangers, voire exotiques, sans se rendre compte qu’ils ne s’en souviendront plus quand ils seront morts.

5.
L’infini n’est pas sorti de la cuisse de Jupiter.
D’ailleurs, l’infini n’est sorti de nulle part.
L’infini n’existe infiniment pas cependant qu’il est infiniment, en tout cas jusqu’au prochain métro.
Zut n’existe pas infiniment, bien qu’elle tire son nom d’une croyance que j’ai que ce qu’on appelle « infini » est cet infiniment Zut que l’univers répond à toutes nos tentatives de l’expliquer.
Si ça se trouve, dans quelque univers parallèle, quelque culte est voué à la Grande Zut, mère de toutes les ironies, de tous les scepticismes, de tous les Dieux qui ne croient pas en eux-mêmes.

6.
Les annales de la psychiatrie ont-elles jamais relaté le cas d’un patient qui, se prenant à la fois pour Napoléon et pour le Christ, fit cette prophétie qu’il serait crucifié à Waterloo ?

7.
Zut n’est pas Dieu (je le saurais quand même), mais je suis de plus en plus certain que le vrai nom de Dieu est Zut.

8.
« O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour
Et la blessure est encore vibrante,
O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour.

O mon Dieu, votre crainte m’a frappé
Et la brûlure est encor là qui tonne,
O mon Dieu, votre crainte m’a frappé. »

(Verlaine, « Sagesse »)

Quand on lit ces vers de Verlaine, on peut se demander si Dieu est vraiment fréquentable.
Parce qu’« être blessé d’amour », c’est toujours être blessé, avec des blessures qui vous vibrent, encore bien, comme si vous étiez possédé par une galette de reggae des fumeuses seventies.
Après la « brûlure qui tonne », c’est le genre « foudre » non ?
Si Dieu est une foudre, je vas me flanquer un paratonnerre dedans la caboche et je l’appellerai « Doute ».

9.
Quand je pense qu’il suffirait que Dieu n’existe pas pour qu’on cesse de s’imaginer qu’il existe.

10.
Entendu dans « Scènes de ménages » ce vers épatant d’une parodie des chansons réalistes du temps dont ne se souviennent pas les plus âgés parce que les autres sont morts :
« Il a pris mon cœur par les cheveux ».

Patrice Houzeau
Malo, le 19 août 2022.

17 décembre 2023

VIRANT VINAIGRE ET VIEILLISSANT

VIRANT VINAIGRE ET VIEILLISSANT

1.
« Quelquefois le temps était tout à fait gâté »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Quelquefois, y a que j'me cafarde féroce...
Le blues me bricole, me brouille, me dépouille et m'le pourrit, mon
Temps qu'j'en ai le tempérament tout piteux dépité.
Etait-il donc si épatant, le temps d'avant ?
Tout pensif, j'me figure des anciennetés heureuses, des formidables.
A la nostalgie que j'me voue, sans m'avouer qu'en
Fait, j'me jobarde la jonque à jadis, pis que j'me dis que tout est
Gâté pourri maintenant que j'deviens vieux divagant virant vinaigre et vermoulu.

2.
« Certes, elle avait la prétention d'aimer les « antiquités »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Certes, défois trop qu'je disserte, baliverne, bêtifie, pontifie.
Elle, - elle, c'est Zut, qu'est si belle, belle à n'en pas exister – souvent qu'elle en
Avait marre de m'entendre marmonner et scrogneugneuner dans l'prophétique, que
La tangente qu'elle a pris, qu'elle est partie Zut alors ; partie Zut, alors tant pis. Ah s'te
Prétention qu'on a, bipèdes, à déblatérer, s'alambiquer des sornettes, se sophistiquer du sophisme et se napoléoniser le néant, et
D'aimer s'qu'on est, malvenu, malpeigné, malotru, malheureux,
Les jours qu'on s'écoute, pis qu'on glougloute hein en pensant des
Antiquités d'époques qu'c'est typique d'l'épique en toc. En v'là, tiens, de l'autocritique.

3.
« The Wall », des Pink Floyd, si prophétique.

4.
« le tourment qui l'avait forcé de sortir de chez lui »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Le tourment défois que j'me crois c'est pas du
Tourment. Le tourment, il est en Israël, il est à Gaza, il est en Ukraine, il est dans les prisons de Russie, dans les hôpitaux, le tourment. Le tourment
Qui me titille, m'tintouine la comprenette, c'est jamais qu'du
L'avait qu'à pas, le bipède, et ce s'rait pas comme ça, mais c'est comme ça qu'on est
Forcé de, tenu de, obligé de, mais qu'on est sot aussi
De s'agacer le citron avec tout ça qui agace.
Sortir, sortir alors jusqu'au bistrot du coin avec ses blondes, ses bavards, ses baveux, ses boissonnés, ses balbutiants, ses bêtifiants, ses imbuvables, ses obsédés, ses biberonnants, même que
De néant qu'c'est tout plein, de néant à nombrils, de viande plus ou moins besogneuse, plus ou moins perspicace, plus ou moins saoule.
Chez Machin qu'ça s'appelle et Machin
Lui, il s'en fout de nos citrons, pourvu qu'on ait soif. Il a raison, Machin, il a une affaire à faire tourner hein.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 décembre 2023.

25 juin 2023

COLETTE EVIDEMMENT

COLETTE EVIDEMMENT

1.
Colette. « Gigi ». Petite merveille que cette grande nouvelle de 1944, écrit tardif donc. Vous me direz : elle avait pas autre chose à publier, Colette, après les horreurs de la deuxième des épouvantes. C'est que la littérature, la vraie, est hors du temps. Du reste, en quoi le portrait d'une jeune fille, d'une grande didine plus proche des asperges qu'on trouve dans les romans de la fin du 19ème, tout début du 20ème, en quoi le portrait de Gilberte, dite Gigi, vive et fraîche comme on s'attend à les trouver dans les pages de Colette, nous intéresse-t-il encore ? C'est qu'elle amuse. Dans la vie réelle, on s'en fiche de Gigi, et on lui dirait bien des choses, et des pas polies encore, à miss je-vas-me-marier sinon je m'en sortirai pas vu que je sais rien faire de mes dix doigts. Par contre, elle dispose de « jambes héronnières de quinze ans ». C'est qu'elle en a bientôt seize et rappelle la citation de Michel Audiard dans un film marrant qu'on regarde pour se poiler et passer le temps petit avant que le grand Cric vienne nous craquer le cœur et croquer l'âme :

« Une fille qui fait 95 de tour de poitrine et 32 de tour de tête ne peut pas être vraiment mauvaise. Elle peut seulement être légèrement sotte. »
(Qui dit ça, c'est le personnage de la « tante Léontine » interprété par Françoise Rosay dans le film d'Audiard : « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » (1968). Léontine, c'est la tante à Rita, une Gigi d'un autre genre, et il me semble qu'elle dit « 85 » et pas « 95 »).

Elle va se fiancer, Gigi, avec un « homme mondial », un roi du sucre, qui brasse des milliards, un Gaston richard à moustaches. Ça arrange bien sa grand-mère, Mme Alvarez, et aussi tante Alicia, parce que Colette était assez lucide pour savoir que derrière les sentiments, il y a aussi, il y a surtout, les nécessités de se caser. Ce point de vue, les jeunes filles actuelles feraient bien de le méditer, d'autant que l'Etat providence et le « quoi qu'il en coûte » à Macron ne dureront pas. Pourquoi ? Parce que le monde est surpeuplé, et que si l'on veut éviter que les bipèdes s'entr'égorgent mondialement et sous les prétextes les plus divers, il faudra bien consentir à partager les richesses, lesquelles ne dépendent jamais que de la rareté naturelle.

Donc, ce n'est pas pour les petites libertés que revendique Gigi, ni pour son apparente désinvolture, ce n'est pas pour les conseils d'hygiène et de maintien que lui prodiguent tante et grand-mère (comment s'habiller quand on ne veut pas paraître plus que son âge, comment manger des ortolans, éviter la charcuterie et les bijoux « artistiques », veiller à la fraîcheur de son haleine, etc...), ce n'est pas pour cette suite de conseils anciens et de considérations désuètes que le texte tient. Eh non, parce qu'on s'en fiche de Gigi, cette grande « cavale » et de Gaston, çui-là qu'a trop d'ronds. Par contre, le style, l'art du dialogue de Colette, voilà qui tient la route.

Citation :
« - Si tu me gardais ici, grand-mère. J'irais voir tante Alicia dimanche prochain ?
- Vraiment ! dit Mme Alvarez avec hauteur. Tu n'as pas d'autre sujétion à me faire ?
- Si, dit Gilberte. Qu'on me fasse des jupes un peu plus courtes que je ne sois pas tout le temps pliée en Z dès que je m'assois. Tu comprends, grand-mère, tout le temps il faut que je pense à mon ce-que-je-pense, avec mes jupes trop courtes. »

2. 
Dans le même volume, la très belle nouvelle « L'enfant malade » qui rappelle au lecteur de la fin du 20ème siècle la manière dont, dans « Stupeur et tremblements » d'Amélie Nothomb, la narratrice prend l'habitude de se jeter dans le vide par la pensée. L'enfant du texte de Colette ne se jette pas dans le vide, mais se crée mentalement un espace où il a bien des aventures, où un « immense coupe-papier nickelé, si grand qu'au lieu de deux m, il lui en fallait trois et souvent quatre pour son qualificatif », devient « la Grande-Patinoire ». Colette connaissait-elle l'univers onirique des bandes dessinées de Winsor McCay, les rêves de Little Nemo (un môme lui aussi) et leurs grandes cases délirantes ? Le réel aussi s'y mêle, à cet espace surréaliste : « une autre fois, il vit une main. (…) La petite main faible luttait ; tous ses doigts écartés, et les zébrures parallèles commençaient à se distendre, à diverger et ployer comme des barreaux mous. » Dessin animé. Le dernier paragraphe du texte s'ouvre sur un octosyllabe (c'est bien son droit) : « Un temps veut qu'on s'applique à vivre. » De la littérature, je vous dis, et de la bonne.

3.
« La dame du photographe » est une jolie évocation d'une personne ordinaire qui vient de rater son suicide. Pas de misérabilisme, pas de sentimentalisme, juste l'évocation de la vie ordinaire de gens qui parfois.

4.
« Flore et Pomone » clôt le volume. Poème en prose d'un peu plus de 30 pages consacré aux jardins et vergers, aux fruits, fleurs, plantes qu'aima tant Colette. Poésie des noms : « J'aurai bien d'autres verveines en rosaces, aristoloches en pipes, gazon d'Espagne en houppes, croix-de-Jérusalem en croix, lupins en épis et belles-de-nuit insomnieuses, agrostides en nébuleuses et mignardises en vanille. » Que voulez-vous que je vous dise ? Colette, évidemment.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2023.

20 mai 2023

ET EST-CE QU’ILS AIMENT LES VIVANTS ?

ET EST-CE QU’ILS AIMENT LES VIVANTS ?

1.
Stephen King traduit par Michèle Pressé et Serge Quadruppani, « Le camion d’oncle Otto », in « Brume, (La Faucheuse) », J’ai Lu n°2579. Thématique de l’objet hanté et vengeur. Epouvante à tendance grotesque (non, l’huile de moteur n’est pas comestible). Que se passe-t-il entre les plis du temps ? Ce que nous ne pouvons voir et qui nous hante.

Dans ses notes de fin de volume, Stephen King écrit : « Le camion existe vraiment, et la maison aussi ; j’ai raconté l’histoire que je me racontais à leur sujet pour passer le temps au cours d’un long voyage en voiture. »

2.
Stephen King, « Livraisons matinales » et « Grandes roues… » in « Brume, La Faucheuse », aussi intitulées « laitier n°1 » et « laitier n°2 » : le loser contre le tueur en série. Bières et ressentiments contre meurtres gratuits et sophistiqués. Chacun de ces trouducs n’est jamais qu’un bipède prédateur à sa manière, d’une espèce différente, comme serpent et araignée. On peut comprendre que certains lecteurs n’aiment pas Stephen King pour cette lucidité. Je lui rends grâce, moi, à cette lucidité : que les bipèdes qui se croient créés par on ne sait quel bricoleur de génie appelé dieu, soient capables du meilleur comme du pire est une évidence, et que le pire, en fin de compte, finira par fiche l’espèce dite humaine au fin fond du définitif est aussi fatal que la petite moustache à Hitler. C’est ce que la littérature nous rappelle, qu’on sait déjà, qu’on ne veut pas s’avouer, parce qu’on est hypocrite. Et voilà tout.  

Citation :
« Il avait commencé à voir de drôles de choses aux limites de son champ de vision. La plus persistante était, dans le coin le plus éloigné, un énorme insecte enveloppé dans de la soie d’araignée. »

3.
Pendant que j’bouquine du Stephen King, il y a « La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz », de Luis Bunuel qui passe en espagnol. Comme je poutre en espagnol itou, ça ne me dérange pas du tout, ça fait comme de la musique qui accompagne ma lecture que l’on devine rapide.

4.
Stephen King, « La ballade de la balle élastique ». Elfes et folie. Ça cause aussi littérature : d’où vient l’inspiration ? La littérature peut-elle mener à la folie ou est-ce la folie qui ? La folie qui La folie qui folie qui folie qui On s’y laisserait prendre n’est-ce pas ? Cas de double folie ici : celui de l’auteur et aussi celui de l’éditeur. La nouvelle évoque aussi le conspirationnisme, autre nom pour la paranoïa. Jadis, les Occidentaux avaient peur du péril communiste, maintenant ils fascinent leurs angoisses en accusant les appareils électriques de troubler le cerveau, les vaccins de tuer, les milliardaires de comploter contre l’humanité, les mondialistes, les migrants, l’OTAN, l’UE, les « chemtrails », voient des nazis partout et voient en l’assassin Poutine un « sauveur de l’humanité ». Bref, la déraison court les rues et les réseaux sociaux, et bien entendu, comme dans l’excellente nouvelle de Stephen King, cela pourrait tourner mal, très mal.

Citation :
« - C’est très intéressant, dit l’écrivain, poursuivez votre raisonnement un peu plus loin, si ça ne vous ennuie pas. Quand donc la part irrationnelle s’arrête-t-elle en fait de jouer avec le pistolet pour le retourner contre elle-même ? »

5.
Pendant que je poissonne d’avril en mai ces lignes, j’entends cette phrase du film « Le Fantôme de la liberté », de Luis Bunuel, prononcée par le personnage d’un gendarme : « L’usine à gaz vient de sauter. Alerte générale ! » C’est rien ; ça m’amuse.

« Le Fantôme de la liberté », de Luis Bunuel (1974). Suite de scènes surréalistes basées sur les paradoxes : on signale la disparition et recherche une petite fille qui est pourtant là ; les photos choquantes ne le sont pas pour le spectateur mais le sont pour les personnages ; il y a compagnie d’étranges moines, ce qui est toujours amusant si l’on connaît l’étymologie du mot « moine » ; un condamné à mort signe des autographes ; la revenante donne un coup de téléphone et un rendez-vous : « il s’agit de comprendre le véritable mystère de la Mort », laquelle Mort est le sujet du film. Et puis, il y a le zoo, le zoo tandis que l’on entend des coups de feu qui font écho aux fusillades des pelotons d’exécution dans l’Espagne occupée par les troupes de Napoléon.

6.
Je viens d’entendre sur LCI le participe adjectivé « stagnées » au lieu de l’attendu « stagnantes » (je cite : « … les choses ne sont pas aussi stagnées que… ») : Influence anglo-américaine sur la formation des mots.

7.
La nouvelle « Le chenal » termine le second volume de « Brume ». Plus poétique que fantastique. La maladie, les souvenirs, la mort, la perspective d’un autre monde... Très beau texte, très mélancolique et très humain, destiné à devenir un classique.

Citation :
« Ce sont peut-être bien les questions du Chenal : Est-ce que les morts chantent ? Et est-ce qu’ils aiment les vivants ? »

Patrice Houzeau
Malo, le 20 mai 2023.

28 février 2023

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI CE THEÂTRE ?

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI CE THEÂTRE ?

1.
« J'ai les yeux de l'épervier pour le jour, du hibou pour la nuit... et du bouc pour les rêves... »
(Patrick Cothias, André Juillard, « La Marque du Condor », « Les Sept Vies de l'épervier », tome VII, pl. 3 [Baragouine])

Je lis que dans la Chine ancienne l'épervier symbolisait l'automne. En anglais, « épervier » se dit « sparrowhawk ». L'épervier ne pratique pas le saxophone. Il est cependant très rapide et aurait fait merveille dans le be-bop. Il arrive que l'épervier manie l'épée ; mais c'est qu'il est alors un pseudonyme.

2.
« J'ai dû argumenter avec quelques cerbères qui ont fini par admettre mes raisons... »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 7 [Masque-rouge])

Dans la mythologie grecque, Cerbère était le chien polycéphale qui gardait l'entrée des Enfers. Lui non plus n'a aucune pratique connue du saxophone. Son nom est utilisé pour désigner des gardes peu avenants. Le cerbère est donc fort utile si vous voulez que l'on vous fiche la paix. Il faut cependant le nourrir. Ce qui peut vous coûter un bras, d'autant que le cerbère ne se fournit pas au détail, mais en équipe, contrairement au Cerbère mythologique qui avait toutes ses têtes sur un même corps, et donc ne s'absentait jamais pour aller mener une vie de famille.

Dans la bande dessinée, les « raisons » de Masque-rouge peuvent être aussi vives et tranchantes qu'un épervier fondant sur sa proie, qu'une ritournelle frappant une oreille, qu'une réplique du théâtre de Molière.

3.
« - Êtes-vous le vrai Masque ?
- Êtes-vous le vrai roi ? »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 23 [Le roi et le masque])

Ce dialogue ne peut se concevoir que si on se demande si le roi est bien le roi ou l'apparence du roi, ou si Masque-rouge est bien Masque-rouge ou l'apparence de Masque-rouge, et si le roi est bien le roi et Masque-rouge est bien Masque-rouge, évidemment, c'est qu'il ne s'agit pas de Zoë et Tonio au Carnaval de Dunkerque.

4.
« Mon père disait que la sorcellerie est un mot bien commode pour juger toute chose qu'on ne peut expliquer... »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 27 [Louis XIII])

J'ignore si Louis XIII a jamais tenu ces propos. Il est cependant vrai que certaines personnalités influent sur les autres au point de troubler les existences. Ce n'est pas de la sorcellerie, c'est de la persuasion par la fascination. Il y a aussi la connaissance des plantes, des herbes, des propriétés de la nature et de leurs influences sur les vivants. Par contre, savoir préparer des frites, ou aller se faire cuire un œuf, ne relève aucunement de la sorcellerie.

5.
« - Pourquoi avez-vous choisi ce théâtre ? », demande L'Epervier au Condor. C'est que si nous nous plaisons sottement à comparer nos existences à des pièces, il est que rôle et masque n'ont que le temps de nos jours. La mort vient ; le masque tombe; le saxophone continue son solo et il n'y a plus de saxophoniste que ses os.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 février 2023.

17 septembre 2022

BOUH LE BOUC COMME I S'EN FOUT

BOUH LE BOUC COMME I S'EN FOUT

1.

« Mais l'idée seule de retraverser le jardin aux statues fantômes le faisait suer de peur. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Parfois, parcs et jardins sont hantés de statues.

Fantômes familiers et muets, voilà qu'elles,

La Lune ayant mis son masque de meurtrière

Tranquille, vous effraient... Mais elle s'en fout, Zut,

Qui leur tire la langue en lisant des romans.

2.

« - Je ne boy que à mes heures comme la mulle du pape. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre V)

La mule, c'est de l'âne et de la jument, pis aussi de la pantoufle. Les « heures », c'est le « livre d'Heures », que, très catholiquement, l'on ouvrait pour y suivre la liturgie des heures canoniales, lesquelles sont relatives aux chanoines comme les trous sont relatifs au gruyère.

3.

« mesmement que le diable, a la messe de sainct Martin escripvant le quaquet de deux Gualoises, a belles dentz alongea son parchemin. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre VI)

Saint Martin dit la messe. Le diable y est, tirant sa longue langue diabolique à y noter sur un parchemin les bavardages de Blondine et Poli, lesquelles prirent la maison de Dieu pour la place du marché. Il a tant à noter, ce scribe infernal, qu'il est bientôt obligé de tirer, tirer, tirer avec ses dents sur le rôlet de son parchemin afin de l'allonger. Schriiiiifffff fit le parchemin si long soudain que le diable s'y empêtrant pinceaux nougats guitares heurta un pilier de sa tête (bong ! fit sa caboche). Et si cette anecdote n'est pas aussi vraie que les mensonges d'un ministre de l'éducation nationale, elle n'en est que plus plaisante.

4.

« Tout homme a connu des moments où il s'est imaginé, de bonne foi, toucher le fond du désespoir ou du découragement. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Ah les catastrophes qu'on s'annonce... les tuiles qu'on se voit dégringoler... que cette fois-ci, c'est sûr qu'on va pas s'en sortir... on glougloute alors si on a de quoi glouglouter, de toute façon qu'on va boire la tasse... et puis le temps passe, on cogite et machine, on y laisse des plumes, mais on a surmonté la crise, en attendant la prochaine.

5.

A thon fort et haut un bout d'touquette ne peut suffire, puisque Akhénaton fut un bout d'ce tout là que fut le dieu Aton, et qu'à thon un bouc, tout ça, thon, bouts, touquettes, Aton, Akhénaton, Amenhotep IV, dieu solaire et pharaon éphémère, bouh le bouc, comme i s'en fout.

6.

Or, comme, par économie, il se torchoit avec le papier journal d'un des derniers annuaires demeurés là par habitude, on peut dire qu'il se moquait tant du monde qu'il s'en nettoyait le fondement.

7.

« Pour ses guands furent mises en œuvre seize peaulx de lutins, et troys de loups guarous pour la brodure d'iceulx ; et de telle matiere luy feurent faictz par l'ordonnance des cabalistes de Sainlouand. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre VIII)

Jadis, le monde était plein de lutins, dont, dit-on, la peau ne pouvait être percée par les balles, et de ces loups-garous effrayant le jouvencel et la demoiselle, le bachelier et la bachelorette, Sganarelle à sa vaisselle (qui s'cassa donc). Ils n’existaient pas plus qu'aujourd'hui, mais bon nombre y croyaient comme on croit aujourd'hui aux Méchants Manipulateurs Mondialistes tirant les ficelles d'un Nouvel Ordre Mondial que combattrait quelque saint Poutine des Assassinats.

8.

« Plus dict que en forme leonine ont esté diables souvent veuz, lesquelz à la presence d'un coq blanc soubdainement sont disparuz. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre X)

Je ne pense pas qu'un coq blanc puisse faire fuir un diable qui a pris la forme d'un lion.

Pour faire fuir un diable qui a pris la forme d'un lion, il faut au moins un dompteur exorciste.

Après que ce dompteur exorciste s'appelât Lecoq et fût aussi blanc que bonhomme de neige, voilà qui serait bel hasard humoristique.

9.

« La robe n'a-t-elle pas trop d'ampleur ?

- Non. C'est voulu. En revanche, les mains manquent d'esprit. Je veux finir par elles, je les connais bien. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres » [le peintre Noël Martin à Judith Weyl])

Si vos mains manquent d'esprit, il faut les abonner à quelque revue haute en couleurs et figures illustrantes, car il est assez ennuyeux d'avoir des mains dépourvues d'esprit ; elles ne peuvent tenir bien longtemps une conversation avec un service de tasses à thé, quand elles ne les laissent pas tomber, par sottise et gaucherie, de telle sorte que tasses se cassent et thé se perd.

10.

« Mais il repoussa ce soupçon comme les autres, le mettant sur le compte de cette terrible imagination qui se faisait tantôt sa plus fidèle alliée et tantôt sa plus mauvaise conseillère. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

On ne saurait soupçonner sa soupière de receler des secrets comme la chevelure d'une guerrière recèlerait des serpents. Cependant, il m'arrive, certains soirs, de scruter la soupière comme si elle ne m'avait pas tout dit. J'entends par soupière cette personne qui soupire la nuit et qui parfois murmure des prénoms étranges.

Patrice Houzeau

Malo, le 17 septembre 2022.

5 février 2022

NE JAMAIS JETER LES DES AVEC L'EAU DU BAIN

NE JAMAIS JETER LES DES AVEC L'EAU DU BAIN

1.
« Africa joue la répétition pour provoquer la transe (n'est-ce pas la démarche d'un Fela...?) » (Pascal Bussy, « John Cotrane », Librio Musique, 1999, p.40)

2.
Ce sera sa dernière apparition publique. Après il se fit fantôme, et sa musique toujours plus spectrale. Certains vivants la trouvaient inaudible.

3.
Une nouvelle génération de musiciens sur le devant de la scène. On retrouva les cadavres de leurs grand aînés dans des tubas, trombones et bassons, des têtes dans des pianos, de l'os dans la flûte à mystères, les violons sciaient, les violoncelles équarrissaient.

4.
Zut, qu'une phrase de Pascal Bussy tentait, joua la répétition pour provoquer la transe. Gestes et choses prirent un tour lancinant, entêtant, fiévreux de synchronie hantée, de visage syncopé à la fenêtre.

5.
« - Toujours le même genre de sottises, répondit calmement le Capitaine de la « Flûte à Mystère » qui avait lu Dashiell Hammett. Si vous voulez les lire, elles s'agitent sur la table ; il suffira de les immobiliser avec le fer à sottises. Il y en aura bien d'autres d'ici l'élection du Grand Palabrant. »

6.
La jeune fille (elle est morte), me parlant de Conan Doyle, me tira par la manche ; nous nous éloignâmes de la villa, par amour du passé simple et pour ne pas rester dans un présent mortifère. Comme s'ils étaient aimantés, mes yeux se tournèrent de nouveau et je la revis, la livide figure, jaune comme une fièvre, et qui me la tirait, la langue, comme si j'avais oublié mon latin dans la cuisine.

7.
« De sorte qu'après avoir donné un de ces yeux à la Directrice (qui revenait de Thessalie) et un autre à Cruella Debord (qui revenait des Carpathes), il était sans doute sur le point du i du mot énigme d'en faire usage, du troisième œil de la troisième fille. Non, Hastings (il venait de quitter une phrase d'Agatha Christie), je crains que la question des yeux ne nous soit d'aucun secours pour la sauver de la fatale. »

8.
Entendu dire que c'est en répétant « Cheerokee », qu'improvisant sur les plus hautes et sur les plus basses notes du thème, Charlie Parker inventa le bee-bop. Est-ce une imagination de la légende du jazz ou y a du vrai dans ce tempo ? Je ne sais.

9.
Elle me lança un coup d’œil assassin, dont j'esquivai la lame de justesse.

10.
Comme il secouait la tête d'un air de doute, celui-ci prit la mouche et le quitta, le laissant à ses certitudes.

11.
 - Magnanimes, ils s'éloignèrent.
- Oui, et après ?
- Oh, j'ai dit ça comme ça, juste pour le son que ça fait.

12.
« Je ne saurais dire combien étrange et sinistre à la fois était ce voisinage muet, dans l'obscurité, tout près de quelqu'un que l'on ne voyait pas. »
(Stefan Zweig, « Amok » [le narrateur])

13.
Derrière, la musique commença à balancer ses flûtiaux . La danse ouvrit les bras, les portes, les bouteilles, les yeux des endormis et les débats entre partisans de la théorie des anciens Astronautes et ceux qui pensent que cette théorie n'est jamais qu'un leurre de plus forgé par la société du spectacle. Quelque squelette l'ayant invitée à quelque amok tango, sous prétexte qu'ils avaient tantôt parlé de Stefan Zweig,  elle abandonna, en s’excusant, le cercle des jeteurs de paroles en l'air, qu'ils rattrapaient avec une virtuosité de danseur de claquettes.

14.
Il ne surprit pas davantage les éclats de ce chœur universitaire qui entonnait avec passion le thème dit de « La Nation apprenante » (musique assez pompeuse qu'un certain Jean-Michel Blanquer avait composée pour complaire), car à ce moment, il se leva du banc où il complotait quelque reptilerie pour retourner dans une phrase de Philip Roth.

15.
Il ne faut jamais jeter les dés avec l'eau du bain. Ça porte malheur. Tous les Révolutionnaires assassinés dans leur baignoire vous le diront.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 février 2022.

 

1 octobre 2023

EN ATTENDANT LES GLAUQUES TROUPEAUX

EN ATTENDANT LES GLAUQUES TROUPEAUX

1.
« J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

S'il a l’œil ironique, le bateau Arthur, c'est que :
- à l'adjectif « mystiques », au « violet » des hypnoses, au théâtre antique il fait succéder le prosaïsme de volets roulants dont la Toile nous volette qu'ils furent, les volets roulants, inventés soit en 1867, soit en 1880, soit en 1888 par Alphonse Pouplier, je sais pas.Q
- Si le soleil symbolise la lumière de la vérité, ce serait-y pas que la voilà, la vérité, tachée, entachée « d'horreurs mystiques » ?
- je ne vois pas bien le rapport entre les « longs figements violets » du soir sur la mer et les «acteurs de drames très-antiques », mais c'est joli tout de même, et rythmique à guitare électrique qui brode sur un fond de basse/batterie.

2.
« J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Doit-on en conclure que :
- comme l'écrivit le grand Racine :
« Enfin au Dieu nouveau qu'elle avait introduit,
Par les mains d'Athalie un temple fut construit. »
(Racine, « Athalie », v.945-46 [Mathan])
- Les « Phosphores chanteurs » furent un groupe vocal célèbre, entre autres raisons de s'épater, pour leur tenue de scène jaune et bleue. Ils étaient, dit-on, pleins de « sève » et furent même considérés en leur temps comme assez « inouïs ».
- Je me demande si l'été prochain (2024), on reverra la jolie brune de la pub pour Badoit et son épatant « Barbara buche au boulot ».
- En ce qui concerne l'inflation, je la vois pas baisser de sitôt, l'inflation, avec les bruits de bottes partout dans le monde là, je prévois plutôt la nécessité de mettre de l'argent de côté, ah oui.

3.
« J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Ne serait-ce pas à se demander si :
- si ce bavard « bateau ivre » ne serait pas un amateur de la musique de Pink Floyd, et plus spécialement, un fan de l'album « Atom Heart Mother », bien que la vache au pré qui figure sur la pochette de l'épatance pink-floydienne ne semble pas plus hystérique que ça ?
- Quant aux «  pieds lumineux des Maries », je pense aux gadgets à lumières que je la vois pas, la Marie, lancer avec ses pieds des rayons sur la mer,
- J'aime bien le son que ça fait ça, ce vers :
« Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs »
avec son « u » de vache qui « meugle, beugle ou mugit », nous souffle la Toile, et les sifflantes « f » et « s » que donc, quelle bande de bœufs, les océans.
- Comment ça, Arthur Bouvier ?

4.
« J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

A lire ces vers, le « bateau ivre » à Rimbaud serait-il :
- un découvreur d'« incroyables » Amériques ? un disciple de Christophe Colomb ?
- un explorateur de féroces Amazonies ?
- Un botaniste halluciné ?
- Un peintre ? Un arlequin ? Un pink floyd ? Un guitariste ?
- Un cryptozoologue ?
- Un pasteur maléfique à « troupeaux glauques » ?
- Un être à qui l'on pourrait dire ce que dit le Nabal de la pièce « Athalie », de Racine :
« Où vous égarez-vous ? / De vos sens étonnés quel désordre s'empare ? / Voilà votre chemin. » (Racine, « Athalie », III, 5)

5.
« J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces
Et les lointains vers les gouffres cataractant ! »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

Les bonaces étant les calmes plats des mers, ce quatrain évoque-t-il, produit-il, mijote-t-il :
- un effet visuel qui rappelle les toiles tourmentées de William Turner ?
- Un chagrin d'amour ? Un bigoudi baladeur ?
- Une catastrophe imminente ? Un bigoudi carnassier ?
- Un crash boursier ? Un bigoudi dégoûté ?
- De quoi se faire des cheveux ?

Patrice Houzeau
Malo, le 1er octobre 2023.

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