Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
BREFS ET AUTRES
Publicité
4 juin 2023

WE NEED MORE COWBELL

WE NEED MORE COWBELL

1.
Dans le premier paragraphe de « L'être spécial » (in « Profanations », traduit par Martin Rueff, Rivages poche « petite bibliothèque », 2019, p.71), Giorgio Agamben évoque la fascination des philosophes médiévaux pour les miroirs et reformule quelques questions qui les agitèrent, les esprits ; je cite : « A coup sûr, l'être des images doit être des plus singuliers, car, corps ou substance, comment pourraient-elles occuper l'espace déjà occupé par le corps ou la substance du miroir lui-même ? » Ce qui me semble aussi une définition de la possession.

2.
Dans le premier quintil de « Faction », d'Apollinaire (« Poèmes à Lou »), le narrateur imagine le regard de son aimée dans les étoiles et le ciel nocturne devient lui-même le corps désiré.

« Je pense à toi ma Lou pendant la faction
J'ai ton regard là-haut en clignements d'étoiles
Tout le ciel c'est ton corps chère conception
De mon désir majeur qu'attisent les rafales
Autour de ce soldat en méditation »

Le deuxième quintil est un constat de la douleur du narrateur causée par l'absence de la belle amie. Les deux derniers vers de la strophe disent la même chose, insistant ainsi sur la lancinance de la peine (on dit aussi « lancinement mais j'aime bien « lancinance » alors hein).

« Amour vous ne savez ce que c'est que l'absence
Et vous ne savez pas que l'on s'en sent mourir
Chaque heure infiniment augmente la souffrance
Et quand le jour finit on commence à souffrir
Et quand la nuit revient la peine recommence »

Le troisième quintil est le plus surprenant. Le temps passant, le narrateur constate que l'absence de la belle amie se fait « Souvenir » d'un corps voué à vieillir. L'avant-dernier vers fait le lien entre « souvenir » et « cor de chasse », lien que l'on retrouve dans le poème « Cor de chasse » (in « Alcools », je cite : « Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent »).

« J'espère dans le Souvenir ô mon Amour
Il rajeunit il embellit lorsqu'il s'efface
Vous vieillirez Amour vous vieillirez un jour
le Souvenir au loin sonne du cor de chasse
O lente lente nuit ô mon fusil si lourd »

3.
A propos de lancinance, il y a (vous en souvenez-vous ?) les guitares électriques qui leitmotivent et riffent élégamment dans « Don't Fear The Reaper » de l'émérite et épatant « Blue Oyster Cult » sur l'album « Agents Of Fortune » (1976). Chanson sombre sur « La Faucheuse » donc, mais dont le caractère mélodramatique fut heureusement démonté par un sketch dans l'émission « Saturday Night Live » : l'un des musiciens du groupe joue à contre-temps de la fameuse « cowbell » du morceau tandis qu'un producteur joué par Christopher Walken clame : « I've got a fever, and the only prescription is more cowbell ».

J'm'explique maintenant le clin d'oeil de la batteuse Sina dans sa vidéo consacrée à la chanson : elle stoppe son jeu de batterie au bout de quelques mesures et fait « Nein-nein-nein... nein... nein » (elle est allemande, je pense) pour demander plus de « cowbell ». Trouverez tout ça sur You Tube, et c'est amusant.

Bon, un p'tit bout des lyrics si mystérieux de Buck Dharma :

« Then the door was open, and the wind appeared
The candles blew, and then disappeared
The curtains flew, and then he appeared »

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.

Publicité
18 mai 2023

DE LA PROSE QUI PERTURBE AH AH AH

DE LA PROSE QUI PERTURBE AH AH AH

1.
Luis Sepulveda traduit par François Gaudry, « Le Neveu d'Amérique » (« Points »). Notes, souvenirs. Parfois terrible quand il évoque la dictature et le Chili con carnage de Pinochet (« Le pire arrivait, à peu près tous les quinze jours, quand on nous emmenait au régiment Tucapel pour les interrogatoires »), parfois mélancolique et plein d'un humour souvent anarchisant. Chapitres souvent courts, livre bref et tonique. L'histoire de l'enfant au dauphin (chapitre 6 de la 3ème partie) est particulièrement émouvante. Le productivisme fait aussi le malheur des gens.

2.
Stephen King traduit par Michèle Pressé et Serge Quaddruppani, « L'image de la Faucheuse » in «  Brume (La Faucheuse) », J'ai Lu n°2579. Variation sur le thème du miroir maudit. Une scène et son double. Le présent doublon du passé ? J'aime bien les trouvailles d’expression qu'on y trouve, dans la prose de Stephen King :

« M. Carlin gloussa, c'était un son sec comme si des os avaient cliqueté dans la soupente de l'escalier. »

La progression du recueil fait succéder au classique « L'image de la Faucheuse » par « Nona ». Impressionnant. Itinéraire à la première personne d'un tueur halluciné. Frustrations et violence, sexe, rats, possession, crypte, crime sadique... Pensées décalées :

« La vigne sporulée se contente peut-être de rêver qu'elle fornique, mais je suis sûr que la Vénus gobe-mouches déguste cette mouche, savoure sa lutte faiblissante alors que ses mâchoires se referment sur elle. » ([le narrateur]).

Après ces soixante pages horrifiques, une poésie ? Un texte de chanson surréaliste ? « Pour Owen ». Ça se passe « rue des Fruits ». Le narrateur conduit son fils à l'école et c'est amusant ces variations sur les élèves et les fruits ; mélancolique aussi, et se finissant sur une note psychédélique plutôt sympathique :

« je me garerais sous une pluie de feuilles d'octobre
et nous regarderions une banane aider la dernière
pastèque en retard à franchir ces hautes portes. »

3.
A la fin des années 70, dans les collèges et les lycées, nos professeurs regardaient avec le grand mépris très inculte dont ils étaient capables le film « Grease » ainsi que la plupart des films de divertissement américains. Les romans de Stephen King étaient très mal vus eux aussi, et l'on parlait sans rire d'impérialisme culturel et d'abrutissement des masses. Cinquante ans plus tard, « Grease » n'est certes pas considéré comme un chef d’œuvre, mais comme un film bien ficelé et agréable à regarder. Quant à Stephen King, certains de ses textes sont en passe de devenir des classiques.

4.
Ce qui sans doute fascine les lecteurs de Stephen King, c'est la variété de ses atmosphères. Il semble que l'auteur tente d'épuiser tous les thèmes de l'épouvante : des plus classiques (pouvoirs psychiques inconnus, objets, gens, animaux hantés, miroir maudit, malédictions et possessions diverses et avariées...) aux plus baroques et repoussants. Une nouvelle comme « Le goût de vivre » permet de comprendre pourquoi certains lecteurs reculent, et que d'autres se détournent de cet univers si violent pour n'y plus revenir, à la prose qui perturbe (« Ah ! Ah ! Ah ! » dit le narrateur).

5.
Henri James traduit par Jean Pavans, « Le Tour d'écrou » (Librio n°200) : Chef d’œuvre de la littérature de hantise et d’ambiguïté. Le lecteur face aux étrangetés narratives précises et fascinantes. La narratrice est-elle folle ? Ces spectres sont-ils réels, aux frontières du réel et de l'être ? Flora et Miles mentent-ils à leur préceptrice ? De quoi parle exactement Mrs Grose quand elle évoque les « horreurs » échappées de la bouche de la petite Flora ? Et évidemment que l'on pense à des abus de toutes sortes, y compris sexuels – et si la narratrice mentait ? Jusqu'à quel point les enfants peuvent-ils savoir ? A se fasciner par ce huis-clos hanté aux apparitions de plus en plus rapprochées, jusqu'à l'inéluctable que permet la langue.

Citation :

« Mais rien d'autre n'avait changé dans la nature, à moins bien sûr que l'étrange intensification de mon regard n'ait été un changement. L'or était toujours dans le ciel, la limpidité dans l'air, et l'homme qui me regardait du haut des remparts était aussi net qu'un tableau dans son cadre. » (chapitre III [la narratrice])

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mai 2023.

18 mai 2023

EN FEUILLETANT LE CRABE-TAMBOUR DE SCHOENDOERFFER

EN FEUILLETANT LE CRABE-TAMBOUR DE SCHOENDOERFFER

1.
Quand on lit que « La sorcière ravivait la braise de leurs cigarettes pour faire plus vivant... », fort probable que la narration navigue dans le morbide à tendance où que chuis tombé là ?

2.
« décolore, use, érode, grignote... » M'arrive de songer que le Temps grouille d'une infinité d'insectes invisibles qui décolorent, usent, érodent, mitent et trouent, grignotent, engloutissent cette apparence du réel que nous appelons « présent ».

3.
« Adieu vieille Europe, que le Diable t'emporte !... » dit la chanson de la Légion... « Fou la Tête », et tous des crabes... il y en a des « Fou la Tête » dans le Crabe-tambour… têtes brûlées, chair à faits divers…

4.
« Alors tu me laisses tomber ?... Qu'est-ce que tu vas faire ?... » c'est la question... Qu'est-ce qu'on va faire ? Et que fait-on vraiment ?

5.
Si vous voyez passer un « … Vous étiez son ami... », ne lui répondez pas. C’est un conseil. Mais si vous aimez les boîtes de chocolats empoisonnés…

6.
Quand « La Mort est là, dans ce salon confortable, ... », vous pouvez lui offrir un whisky, ça ne changera rien au fatal picard.

7.
« … sur le dos d'un chameau avec toute une escorte de pillards déguenillés qui tiraillaient des coups de feu en l'air... », qu’on dirait une vignette de bande dessinée. Les romans, c'est du cinoche, du cinoche en mots pour l'oscura caboche.

8.
« … le choix de l'homme n'est pas entre ce qu'il croit le Bien ou le Mal – ce serait simple et définitif – mais entre le Bien et un autre Bien, entre deux valeurs essentielles, qui tout à coup, par une simple facétie du destin se trouvent en contradiction », dit le commandant au narrateur du Crabe-Tambour, de Pierre Schoendoerffer.... C’est ce qui nous attend… confrontations des espaces vitaux, conflits identitaires, sécessions, annexions,… alibis, expertises… poids des religions, communautarismes autocratiques, traités léonins, main mise sur les matières premières… Les raisons d’Etat de partout vont se mettre sur la gueule… les démocraties vont partir en confettis bien sanglants… les marchands de canons, superstars…

9.
« Nous écoutons les informations à la radio »... Nous avons donc besoin d’oreilles… les oreilles ne se trouvent sous le sabot d’un cheval que si un humain se fait piétiner par un équidé… ranger ses oreilles sous les sabots d’un cheval est d’ailleurs tout à fait stupide : tous les extra-terrestres à oreilles séparables qui nous visitent depuis qu'on nous dit qu'ils nous visitent le savent.

10.
« … le chef boit pour noyer un morbide démon intérieur... », raconte des histoires de fou la tête que défois on se dit « du courage... pour ne pas sombrer... » pis qu'on passe dans le rayon des glouglous pis qu'on a du mal à résister à l’appel de la bière fraîche.

11.
« Des histoires de marche à pied »... ça donne soif... Et vous ne croyez pas aux signes non plus, hein ?... « Un crabe plein d'orgueil » ... l'incendie de tout un monde... l'officier parle et raconte ; il a soif.

12.
Joues cuites.... bouffées... ça tanne... le vent se lève... Chalut glisse... pont glacé... roulis, Machin qui crève... Y a du ruisselant ... Les gens vivent, vivent, rêvent... Tous les noms de dieu, poissons, fièvres et lèvres.

13.
« Les petits marchands de soupe ambulants »... le commerce déambule ses pieds, ses bras, ses mains, son dos... bouffent le monde, les gens ont faim, toujours... une faim infinie, l'humanité...

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mai 2023.

11 mai 2023

S'AGIT DE RETROUVER UN RYTHME

S'AGIT DE RETROUVER UN RYTHME

1.
Robert-Louis Stevenson, « L'île au trésor » traduit par Déodat Serval (1885). L'enfant et la violence. Romanesque ici. Je me demande comment Stevenson s'y prend pour, en ce début désespérant de 21ème siècle, nous intéresser encore à une histoire de marins, de pirates et de chasse au trésor. Archétype ? Efficacité d'un style à la fois fluide et dépaysant (termes de marine, dialogues nourris d'expressions imagées,...) ? Intelligence de la construction narrative ? Nostalgie des stéréotypes (ah ça, Long John Silver, sa béquille et son perroquet sur l'épaule, quelle trouvaille!) ? complexité des personnages ? Je ne sais pas, mais sur moi, en tout cas, cette histoire pleine de bateaux, de combats, de blessés, de morts, d'honneur et de trahisons, fonctionne et continue à me plaire.

Citation :
« - Jim, dit-il enfin, tu as vu ce marin de tantôt ?
- Chien-Noir ?
- Oui ! Chien-Noir !... C'en est un mauvais, mais ceux qui l'ont envoyé sont pires. Voilà. Si je ne parviens pas à m'en aller, et qu'ils me flanquent la tache noire, rappelle-toi qu'ils en veulent à mon vieux coffre de mer. »
(Stevenson, « L'île au trésor », chapitre III [Billy Bones])

Et bien sûr, le fameux bout d'chanson qui revient :

« Nous étions quinze sur le coffre du mort !...
Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum !
La boisson et le diable ont expédié les autres,
Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum ! »

L'original dit :

« Fifteen men on the dead man's chest -
Yo-ho-ho and a bottle of rum !
Drink and the devil had done for the rest -
Yo-ho-ho and a bottle of rum ! »

2.
Frank Le Gall : « La Maison dans l’île » (1994, Dupuis). Bande dessinée. Récit onirique. La ligne claire est propice à l'évocation du rêve qui se présente d'abord sous forme d'énigmes. L'enchaînement des réflexions du personnage principal (Tintin dans « L’Étoile mystérieuse », Théodore Poussin dans « La Maison dans l'île ») donne une apparence de logique à cette suite d'étrangetés. Tout est dans l'atmosphère. J'apprécie l'univers des aventures de Théodore Poussin : Mystère, action, tout ça très fluide et lisible. La mouette est amusante.

3.
James Cain, « Le Facteur sonne toujours deux fois », traduit par Sabine Berritz. (Le Livre de Poche). Roman noir. Efficace. L'itinéraire d'un loser du type vagabond dangereux raconté à la première personne. Rédemption impossible. Aussi bref que coup-de-poing. Il est aussi question de chameau, de chat et de puma.

« - Encore une fois, écoute-moi bien. Ce que je veux, c'est partir. Je veux m'en aller loin d'ici. Je ne veux plus voir, à chaque instant, l'ombre de ce sacré Grec qui me saute dessus, j'entends l'écho de sa voix dans mes rêves et je tressaille chaque fois qu'à la T.S.F. j'entends une guitare. Il faut que je parte, comprends-tu ? Je veux partir, sinon je deviens timbré. »
(chapitre XIII [le narrateur])

4.
André Hardellet, « Poème », in « La Cité Montgol » (Poésie/Gallimard n°324). Le poème se relit comme on réécoute une musique. S'agit de retrouver un rythme, une image, le parfum d'une fille en noir, l'énigme de la chambre perdue...

Quelques phrases constituent ce « Poème » de André Hardellet, associations rêveuses (Rimbaud en eut de fameuses).

« Le mystère – c'est la voix étouffée des ramoneurs derrière les murs et le parcours de la Grange-Batelière sous l'Opéra. »

Je causais tantôt de L'île au trésor, roman d'initiation (si l'on veut) ; celle-ci amuse :
« L'Île-au-Trésor – c'est la touffe de parfums entre tes cuisses – salées. »

Et bien sûr, l'ironie légère :

« La plus belle récompense de l'homme – c'est encore son sommeil.

Et le mien tarde bien à venir. »

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mai 2023.

10 mai 2023

POUR SALUER TRISTAN CORBIERE

POUR SALUER TRISTAN CORBIERE

« Sicelides Musae, paulo majora canamus. »
(Virgile cité par Tristan Corbière)

« Muses de Sicile, chantons des choses un peu plus élevées. »

Et toi, na ! Âge et trois monts ; - Jésus ? Je veux, neveu !
Ça s'use le V (pas çui des victoires mais çui qui : a-t-il beaucoup baisé?)
Taich'-tu oh jeunot, tu ne connais pas les fleuves, ni les meuh
Qu'épluche l'âme fritée, écœurée, froissée, frissonnée...

Qu'étoile me pare, ô conne était mon âme !
Pourri ? Qu'est-ce que c'est (susurre mon âme bourvil) ? L'âge ? L'âme ?
Youkaïdi-youkaïda ! si on a une - ah on s'ra sauvé eh pardi, par l'âme !
Etudies-tu les fées (filles magiques!) ; l'as-tu mise à rêver, ton âme ?

Jaunerie épicétou ! Doux temps ? Sang coule...
Tu ris des chakras et des crachats aussi, tiens, c'est sain !
La voilà, cool, l'âme saoule, un peu qu'tu coules,
Vieux feuilleton, sec croûton, ancré, sans un !

Cochons ensemble ! C'est bien ça, camarades ?
Monte là ! C'est du flan sur du flan, râlade et grouic politique !
Paix, les hommes, ô frères ! N'est-ce pas la Camarde
Qui prévaut ? Le Temps nous le rappelle-t-y, qui toque et – couic !

Note : Jaunerie épicétou, épicéqu'tu tousses !

Patrice Houzeau
Malo, le 10 mai 2023.

Publicité
20 avril 2023

RESTE L'ENIGME ET C'EST TANT MIEUX

RESTE L'ENIGME ET C'EST TANT MIEUX

Peu importe qu'après tant d'années, je ne puisse pas proposer un sens exact au poème « Mémoire » de Rimbaud. Je l'aurai souvent lu. Fascination pour la beauté des énigmes, pour « L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ».

« L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance,
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes »
Parfois mis en boucle dans ma caboche, ces deux vers de Rimbaud.
L'ironie de la mémoire. Les sifflantes. L'été. Zut qui siffle.

« la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense »
L'Oriflamme, c'est d'abord l'étendard de Charlemagne dans la « Chanson de Roland ». Du latin « aurea flamma » : « flamme d'or », nous castagnette Wikipédia.

L'Oriflamme, c'est aussi l'étendard de Saint-Denis et celui des Rois de France. Est-ce pour éviter de porter l'Oriflamme sans pitié (il signifiait aussi : pas de quartier et était appelé, nous sonducorne Wikipédia, « l'oriflamme de la mort ») que Jeanne eut son propre étendard ?

Tableau de bataille. Ou d'ordre de bataille. Ou de ville libérée, ou défendue par « quelque pucelle ». On pense à Jeanne d'Arc, à cause des mots « lys pur » et « pucelle ». Mais pourquoi commencer par « l'eau claire » ?

Les sons, bien sûr : « le sel ; enfance ; l'assaut au soleil ; la soie ; lys ; sous ; défense ; pucelle ; sous les murs ». Rythme binaire, ternaire aussi : « L'assaut / au soleil / des blancheurs / des corps / de femmes ».

Les sons : « lys pur » / « pucelle ». Renversement. Il y a le « s ». Il y a aussi le « f » : « enfance ; femmes ; foule ; oriflammes ; défense ». La poésie renvoie aux musiques de la langue. D'où les comédiens et l'art classique des nuances.

Cela fait mouvement, remous, ce rythme appuyé sur le « f » de « foule » puis le « p » de « pur » : « en foule et de lys pur », la troisième syllabe, muette entraînée par la première de la mesure suivante.

« l'ébat des anges ; - Non... le courant d'or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d'herbe. »
Y avait-il des anges sur l'étendard de Jeanne d'Arc ? De l'or ? Des lys d'or ? Jeanne sur les cartes. Les bras des fleuves. Les herbes foulées, relevées.

Est-ce un « ébat des anges » écrit Rimbaud. Le poème donne la réponse : « Non... ». Le texte comme un débat, un compte-rendu des interrogations du spectateur. Il voit un « courant d'or en marche », des « bras, noirs, et lourds ». Le mouvement importe, la « marche ».

« Elle
sombre, avant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche. »
Le « ciel-de-lit », ce sont les ornements et les rideaux qui baldaquinent au dessus d'un lit. Une mort annoncée ? Celle qui sombre appelle l'ombre.

On songe aux vieilles royautés catholiques. Le « lys pur » et ce « Ciel bleu » d'où viendraient les « anges », ou les « bras noirs », ou « l'or » des visions, des apparitions ; « la colline », « l'arche », l'appel. Ce « Ciel bleu », c'est son « ciel-de-lit ». Qui est-Elle, qui sombre et appelle ?

Peu importe que le sens exact du poème échappe. C'est ainsi que l'auteur retient l'attention de l'amateur de mystères. Sans doute l'université a retrouvé trace du tableau, du catalogue. Fort utile pour un cours, une thèse. Reste l'énigme, l'être du poème.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 avril 2023.

13 avril 2023

SI MON ONCLE AVAIT EU SON PARAPLUIE

SI MON ONCLE AVAIT EU SON PARAPLUIE

1.
On ne met pas de frites dans un cornet acoustique sans risquer un malentendu.

2.
« Si Ellen écoutait à la porte, elle disparut rapidement, car je ne vis personne. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Maison du péril » [le narrateur])

Si mon oncle avait eu son parapluie,
Ellen est un prénom anglais. En Angleterre, il y a beaucoup de pluie.
Ecoutait-elle à la porte, Ellen, tandis qu’il pleut dehors ?
A verse qu’il pleut dehors, très fort.
La fille, - je ne sais pas si elle écoutait à la
Porte (je n’ai pas trouvé son oreille)
Elle n’avait peut-être pas beaucoup d’oreille, la fille qui
Disparut mais si elle écoutait à la porte (c’était un jour de pluie) ce fut
Rapidement que mon oncle sans parapluie revint sur ses pas,
Car mon oncle avait, ce jour-là, oublié son parapluie.
Je sais que si la fille écoutait à la porte, il  
Ne fait aucun doute que mon oncle aurait trouvé son oreille ; je
Vis qu’il avait oublié son parapluie ; il n’y avait
Personne dessous.

3.
Etant dit que les canards sont des étants dans l'étang, son coin-coin est donc l’onomatopée que nous utilisons pour évoquer l’être cancaneur de l’étant de l’étang.

4.
On ne dit pas : « Elle est libre comme un oiseau », mais « elle ne sait pas quoi faire de son temps ».

5.
« - Que de « Oh ! » et de « Ah ! », me dit Poirot en se penchant vers moi. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Maison du péril » [le narrateur])

Que de temps passe-t-on à attendre !
De temps passé à faire des
Oh ! lorsque l’on pige soudain que l’on attend pour pas grand chose.
Et il y a aussi le temps
De se dire
Ah bin tiens, voilà aut’ chose ! Vous
Me direz, ceci n’est pas ce que vous a
Dit Hercule (même quand il avance, Hercule est son prénom et
Poirot son nom), et vous dites vrai car
En tout état de cause, je n’ai jamais rencontré de parapluie
Se nommant Hercule Poirot qui aurait pu, en se
Penchant, me faire des confidences tandis que je me dirige
Vers mon arrêt de bus
Moi et mon parapluie aussi anonyme et dénué de conversation qu’un parapluie ordinaire.

6.
Bien que les deux mots fassent rime, je ne vois pas dans quel poème épique un du ciel descendu et terrible dragon pourrait très goulûment gober un cornichon, à moinsse qu’il fust chevalier.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 avril 2023.

9 avril 2023

MIRLITONS EN SE LEVANT BROUILLARD COTON BLANC

MIRLITONS EN SE LEVANT BROUILLARD COTON BLANC

1.
Je me suis levé ce matin car il faisait jour
Parfois j'écoute du blouze
Du pain, je n'en ai pas toujours,
N'ayant pas beaucoup de flouze.

2.
Cette nuit sur France Culture (j'aime beaucoup la radio
Et n'ai pas la télévision)
Ai entendu des archives en rediffusion
Des émissions sur François Rabelais
Cette histoire de sons et paroles dégelés
Voilà qui est loin d'être idiot.

3.
J'aime bien le mot « grenouille »
Et je sais que 26² est égal à 676
Il m'arrive de manger des nouilles
Dans quelques semaines il y aura des fraises.

4.
J'entends parfois ronfler
La mer
Des migrants s'y noient qui ayant tout quitté
Veulent se rendre en Angleterre.

5.
J'étais mauvais élève
C'était au lycée Condorcet de Lens
C'était le bon temps quand j'y pense
A la galette des Rois
C'est moi parfois
Qui avais la fève.

6.
Je joue parfois aux échecs contre l'ordinateur
Je n'ai pas eu de sœur
Ou au jeu de go
En écoutant je ne sais quoi à la radio.

7.
Je ne comprends pas grand chose
A ces histoires d'être et d'étant
Il m'est arrivé deux trois bricoles avec un revenant
Je sais qu'il y a un ballet intitulé Le Spectre de la rose.

8.
J'ai toujours bu beaucoup de café
J'ai toujours beaucoup fumé
Ce n'est pas bien je le sais
Sans doute je me ferai incinérer.

9.
Je me suis levé ce matin
J'écoute parfois du blouze
J'ai des biscottes tant mieux parce que je n'ai pas de pain
Mes parents aussi manquaient souvent de flouze.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 avril 2023.

6 avril 2023

ENVIE DE JAZZ DÉFOIS

ENVIE DE JAZZ DÉFOIS

« Hé ! qui vous dit, monsieur, que l'on ait cette envie,
Et que de vous enfin si fort on se soucie ? »
(Molière, « Les Femmes savantes », I,2 [Armande à Clitandre])

Hé ! Hé oui, hé, et même Oh ! Bravo ! quand j'entends Art Blakey à la batterie,
Qui c'est-y qui écoute encore Art Blakey and The Jazz Messengers, que vous
Vous hypnotisez au n'importe quoi de plus en plus démago et populacier de la téloche ? Ça c'est
Dit, fis-je à mon âne Hanouna, remarquez que moi,
Monsieur, j'en suis un autre, d'âne, bien sûr, pas d'homme invisible. Sinon, je ne m’ennuierais pas à donner des cours et j'écrirais des romans policiers tranchants et biscornus qui me rempliraient les poches.
Que je ne sois pas l'homme invisible, je trouve ça dommage ; que
L'on ait cette envie, je trouve ça fantasmant (passe-muraille, tu peux en faire, dis donc, en voler des sous quand tu es « invisible »), et qu'il y
Ait des auteurs assez habiles pour vous fasciner avec des histoires policières tranchantes et biscornues, et des batteurs virtuoses à la Art Blakey, je trouve ça réconfortant. Remarquez, il y a aussi les histoires drôles genre, c'est deux canards du côté de Marseille : ils marchent les canards sous le soleil brûlant, ils marchent.
Cette musique, le jazz, c'est quand même l'une des preuves de l’excellence américaine, le jazz, le jazz et le tango qui fait chialer (mais le tango c'est argentin).
Envie de jazz défois quand j'en ai marre d'entendre les exploits dans sa sale guerre en Ukraine de Poutine (dictateur russe dans le genre entreprenant et agressif, une plaie), envie de jazz
Et d'énigmes policières improbables
Que l'on trouvait jadis chez Conan Doyle et Agatha Christie
De ces détectives excentriques qui élucidaient des mystères comme on dispute des parties d'échecs
Vous voyez, de moins en moins à voir avec ce monde connecté et d'une barbarie qui se prétend rationnelle
Enfin, du passé, du fantôme dont les longs échos de loin se prolongent Mais
Si, tout de même, il y a encore des cerveaux pour écouter Art Blakey et se fasciner pour l'éclat particulier des énigmes, et pour les canards qui marchent en plein cagnard, mais tout à coup, un étang ! Si
Fort soit le crétinisme ambiant (hanounisme, pédagogime, macronisme, poutinisme,...), il y a toujours des amateurs de virtuosité, de maîtrise, d'art.
On dira donc que mélancoliser je devrais pas, qu'on
Se me le dise (ah oui, ça, faut oser), que faut pas que je m'en
Soucie du réel moderne et politique, il n'en vaut pas la peine, le gueux, cependant que voyez, mes canards du côté de Marseille, sous leur grand soleil, ils sont tous les deux dans l'étang rencontré maintenant. « Coin-coin » fait l'un, « Oh peuchère, j'allais le dire ! » fait l'autre.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

24 mars 2023

LE DÉ ROULA ET JE VIS QU'IL ETAIT ROUGE SANG

LE DÉ ROULA ET JE VIS QU'IL ETAIT ROUGE SANG

1.
« C'était une de ces calèches antédiluviennes, que n'utilisent plus en Russie que les commis voyageurs, les bouviers et les prêtres pauvres. »
(Tchekhov traduit par Vladimir Volkoff, « La Steppe »)

Si vous avez pris place dans une calèche, que vos compagnons sont des vêtements recouvrant des squelettes et que le cocher a les yeux rouges et parle un grec antique, à mon avis, c'est que vous êtes parti pour un voyage dont vous ne reviendrez pas.

2.
Si, à Dunkerque, par temps de brouillard, vous traversez la rue et que vous vous retrouvez au beau milieu d'un champ de lavande, c'est que vous êtes allé beaucoup plus loin que prévu.

3.
« Le compas, l'équerre, la quadrature du cercle : les concertos de Mozart sont des cercles enchantés. »
(Philippe Sollers, « Espérance » in « Légende »)

Si, écoutant du Mozart, vous trouvez un compas, une équerre et que, soudainement, vous vous dites : Quoi, quelle quadrature du cercle ?, c'est que vous vous êtes endormi pendant le cours de géométrie de monsieur Pasdeloup (Amédée).

4.
« Qu'est-ce qui est ? Ce n'est pas de tel ou tel étant que nous nous enquérons en posant cette question, mais de l'être de l'étant. »
(Heidegger traduit par Wolfgang Brokmeier, « Chemins qui ne mènent nulle part »)

« Qu'est-ce qui est ? ». Ce n'est pas le genre de question qui vous aide à gagner à la belote. Je note, par expérience, que si vous vous plongez un peu trop dans cette question, même pour vous inventer des bouts d'chansons idiotes dans votre tête, il se peut que vous ne preniez pas le bon bus.

5.
Il ne faut pas croire tout ce qu'on s'invente : il est très rare qu'il pleuve des saucisses, des pièces de deux euros, des fées que-veux-tu. Par contre, les chutes de tuiles sont monnaie courante.

6.
« Que sont mes amis devenus ? » se demande l'ogre très gras, trop gras, repu.

7.
« Arrivé le vendredi soir, le concert de l'orchestre du village occupait presque toutes ses pensées. »
(M.C. Beaton traduit par Esther Ménévis, « La Quiche fatale »)

Si, arrivé le vendredi soir, vous lui trouvez, au concert de l'orchestre du village qui occupe presque toutes vos pensées, avec son petit nez pointu, son petit accent pointu, ses petits seins pointus un air charmant, c'est que vous ne pensez pas qu'à la musique.

8.
Si vous constatez qu'à votre mort par crise cardiaque manque la tête, c'est que, soit pour un médecin légiste, vous êtes plutôt distrait, soit ce n'est pas seulement d'une crise cardiaque qu'il est mort, le monsieur.

9.
« Deux tireurs à l'arbalète sont là, assis, l'un sur une forme cylindrique, l'autre sur un cube qui ressemble à un dé. »
(Philippe Sollers, « Clefs » in « Légende »)

Deux tireurs à l'arbalète, c'est-à-dire que ce sont des arbalétriers, ces
Tireurs, parce que s'ils avaient quatre pattes yeux ronds et moustaches
A vrai dire ils auraient été des chats ; or, des chats qui tirent à
L'arbalète ah ah j'avions jamais vu ça. Ils
Sont là, assis, les deux tireurs. Ils ne disent rien parce qu'ils sont dans une gravure sans paroles,
Là, au centre de notre regard, et ils ne savent pas non plus qu'on les zieute, les
Assis à arbalète, et ça vaut mieux, parce que s'ils le savaient, ils pourraient nous prendre pour des espions et avec leurs arbalètes là, nous viser dis.
L'un, - je ne pense pas qu'il s'appelle Alfred, il ne sous saluera donc pas,
Sur une forme cylindrique qu'il est et il ne ronronne pas, - il ne miaule pas non plus. Non. Il vise
Une cible. Ça pourrait être un coin-coin, un quidam, un quartet noctambule, un politique, mais c'est pas ça, c'est juste une
Forme circulaire de cible, avec son air bête de cible, ses concentriques de cible, sa perruque et ses jambons d'pays, pis visée par un arbalétrier sur un
Cylindrique chaipaquoi où il n'est même pas précisé qu'en allemand, « scharfer Messer » se traduit par « couteau tranchant » tandis que « scharfer Geschmack » se traduit par « goût piquant ».
L'autre aussi est assis et il n'a ni houpette ni petit chien blanc. Nous savons donc qu'il n'est pas allé au Tibet quoiqu'au fond, on ne sait pas, on ne peut être
Sur de rien, dis-je en oubliant l'accent circonflexe ; on ne sait pas où vont les hommes, où vont les femmes, les caravanes, les sarbacanes, les jerrycans, les macadams et leurs dames, à Amsterdam je ne vais jamais. Donc, l'autre arbalétrier, sur
Un cube qu'il est. Lui non plus ne ronronne ni ne miaule. Il est là, assis sur son
Cube et lui aussi il vise parce que s'il était en train de beurrer des tartines, on se dirait que c'est une drôle d'idée de lancer des tartines sur une cible. Remarquez qu'en ce mois de mars 2023, en France, il y en a
Qui balancent des pavés et d'autres trucs sur des policiers qui balancent des lacrymos et donnent des coups de matraque parce qu'on leur a dit. Cela
Ressemble à du désordre, des troubles, du chaos même que le président de la république s'appelle Macron.
A demain me dis-je parce que je commençais à me lasser
Un peu d'entendre parler de violences urbaines et de gueules qu'on casse à cause de la réforme des retraites et de l'entêtement du président Macron à réformer contre les Français. Le
Dé roula, et je vis qu'il était rouge sang.

10.
Aveu de faiblesse. Il paraît que le président Macron a déclaré que la réforme des retraites, il aurait voulu ne pas la faire, mais qu'il y est obligé. Donc, si le Conseil constitutionnel la retoque, il aura fait adopter par le 49.3 une loi dont il ne voulait pas, qui lui est imposée et qu'il ne pourra pas promulguer.

11.
Se pourrait-il que cette réforme des retraites ait été l'une des conditions de l'UE en 2020 lorsque furent négociées les conditions qui permirent de faire circuler beaucoup de quoi qu'il en coûte ?

12.
23.03.2023. La macroniste Maud Bregeon a évoqué l’exemple de la crise de la dette publique grecque pour justifier la nécessité de la réforme des retraites. Bigre, la situation serait-elle aussi mauvaise ? Euh, monsieur Macron, vous êtes tout de même président depuis 2017.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 mars 2023

4 mars 2023

ET TOUTES CES SORTES DE MÂCHOIRES

ET TOUTES CES SORTES DE MÂCHOIRES

1.
« Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps. »
(Baudelaire, « La servante au grand cœur... »)

Certes est un adverbe. Il est donc invariable. Si Baudelaire l'écrit sans « s », c'est pour gagner une syllabe. Baudelaire se fiche-t-il du monde ? Sans doute, mais ce n'est pas à ça qu'on reconnaît le baudelaire. Du reste, il n'a jamais existé qu'un cas de baudelairisme avéré, et ce fut entre 1821 et 1867. Il fut beaucoup copié, jamais ressuscité.

2.
« Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige. »
(Baudelaire, « Harmonie du soir »)

Wikipédia dit du Soleil qu'il est « l'étoile du Système solaire » et qu'il est une « étoile de type naine jaune ». Le Soleil n'a pas toujours existé (il aurait près de 5 milliards d'années, papy Fiat Lux). Avant d'être une naine jaune, il ne fut ni géant vert, ni léopard tacheté.

Je ne pense pas non plus que le Soleil fut d'abord une pierre qui roule pis qui chantait du blues avant de s'enflammer comme une guitare qui tombe amoureuse d'une mandoline. D'ailleurs je ne me pose pas la question de l'origine du Soleil. Pas aujourd'hui, et surtout pas en mangeant des saucisses.

Le Soleil peut-il se noyer ? Tout dépend du sens que l'on donne au pronominal « se noyer ». Si, écrivant que « le soleil s'est noyé » vous voulez dire que le Soleil interprète l'air de la Reine de la nuit (« Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen », « L'infernale vengeance brûle dans mon cœur »), c'est que vous ne connaissez pas le sens exact du verbe « se noyer ». Remarquez qu'alors Baudelaire aurait pu écrire : « Le soleil s'est noyé dans son chant qui se fige ».

3.
L'oubli est un processus qui fait qu'on se souvient pas, qu'on ne se rappelle pas. Ne pouvant se joindre, le frappé d'oubli en conclut qu'il est absent. Il saisit qu'il est tombé dans un trou de mémoire, lequel pourrait s'élargir, devenir gouffre, l'engloutir comme une bouche s'ouvrant dans le temps. Baudelaire dans ce vers : « Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde » imagine donc qu'on pourrait faire de l'oubli son lit. Pour ce qui est du requin, je me le visualise bien dans un lit, mais ça fait tout de même très bande dessinée. C'est tout de même l'onde qui lui convient le mieux au requin, ou la finance, la politique et toutes ces sortes de mâchoires. Et s'il se met à ronronner et à réclamer des caresses, c'est que ce n'est pas un requin.

4.
« Nous avons salué des idoles à trompe ; »
(Baudelaire, « Le voyage »)

Les idoles sont des représentations. Qu'elles soient religieuses ou séculières, elles se basent sur l'apparence et donc sur l'illusion. Chacun étant l'illusion de l'autre, ces illusions nous constituent en tant qu'êtres imaginaires. La fiction est une idolâtrie en ce sens qu'il y a autant de différence entre la représentation du réel et la manière dont il nous tombe dessus qu'entre la représentation d'un dieu et la façon dont il n’existe pas.

Que l'être du réel se manifeste à nous, - on appelle cela tragédie, ou drame (le réel s'imposant à la conscience par l'évidence de sa violence), et la fiction soudain devient insupportable, et l'autre un péril imminent. Le but du social est d'éteindre cet incendie et de substituer à la fiction devenue toxique une fiction nouvelle, que l'on appelle « modernité ».

5.
« 
Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.) »
(Baudelaire, « L'horloge »)

Ce qui existe n'est pas le temps, mais la représentation du temps. Cette fiction utile nous rappelle que nous sommes voués à la disparition. Elle est aussi universelle que la pluralité des langues et je ne sais pas s'il pourrait exister une société humaine sans représentation du temps, laquelle se fait par le langage. Le temps est une production linguistique, une grammaire. L'absolu des temps est un monothéisme, et les dieux des grammaticaux. Je me demande pourquoi j'ai soudainement envie de confiture d'abricots.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 mars 2023.

7 février 2023

OU L'ON REPARLE DU EN MÊME TEMPS

OU L'ON REPARLE DU EN MÊME TEMPS

« Car des êtres raisonnables sont tous sujets de la loi selon laquelle chacun d’eux ne doit jamais se traiter soi-même et traiter tous les autres simplement comme des moyens, mais toujours en même temps comme des fins en soi. »
(Kant traduit par Victor Delbos)

Kant. « Fondements de la métaphysique des mœurs » traduit par Victor Delbos. « Les êtres raisonnables sont tous sujets de la loi. » « Nul ne doit jamais se traiter ni soi-même ni autrui simplement comme des moyens. » La politique tend à l'ensemble des techniques qui prétendent traiter le citoyen « non seulement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin en soi ». C'est dans ce « en même temps » que se posent les problèmes et que naissent et subsistent tous les doutes.

Ainsi, à l'autre considéré comme une fin en soi se substitue souvent un objectif qui, en fin de compte, déprécie le citoyen. Cet objectif est souvent économique : faire travailler les gens plus longtemps, sous le prétexte de « sauver » le régime de répartition des retraites alors que l’exécutif sait parfaitement que bien des salariés quitteront leur emploi pour des raisons de santé ou parce qu'ils auront été licenciés avant un âge de la retraite de plus en plus reculé, n'est pas ce que j'appelle traiter l'autre comme une fin en soi.

C'est donc par un véritable « vertige des moyens » que, peu à peu, la bonne volonté démocratique se laisse prendre. On substitue de plus en plus souvent à la volonté générale une sorte « d'intérêt supérieur » qui se donne les apparences d'une morale républicaine intransigeante.

Avoir obligé, par l'instauration du contrôle continu et la dévalorisation des diplômes, toute une génération de lycéens à faire des études supérieures qui les appauvrissent et appauvrissent leurs familles, au nom d'une soi-disant « démocratisation » n'est pas non plus ce que j'appelle considérer l'autre comme un moyen (une capacité de travail) en même temps qu'une fin (un être libre et autonome). Nous voyons le résultat de ces sottises technocratiques : les universités françaises sont pleines à craquer cependant que nous manquons de médecins, de personnel soignant, d'enseignants, de militaires, de chauffeurs, etc... Non, Macron n'est pas le génie qu'il croit être.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 février 2023.

17 décembre 2022

UN OS DIS LA FILLE DE MINOS ET DE PASIPHAE RIS PAS OH

UN OS DIS LA FILLE DE MINOS ET DE PASIPHAE RIS PAS OH

Notes et amusettes sur les vers 1 à 36 de « Phèdre », de Racine.

1.

Hippolyte quitte Trézène. Honte de lui-même, Hippolyte. Un « doute mortel » et des dentales pour rythmer. Où est passé son royal daron ? Où est passé le roi d'Athènes ? Où est passée « une tête si chère » ? Faudrait peut-être le savoir, - c'est la « tête », c'est donc capital -, pis quand faut y aller, faut y aller ; ce qui a permis à Racine de composer les sept premiers alexandrins de son « Phèdre » :

« Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène,

Et quitte le séjour de l'aimable Trézène,

Dans le doute mortel dont je suis agité

Je commence à rougir de mon oisiveté.

Depuis plus d'un six mois éloigné de mon père

J'ignore le destin d'une tête si chère.

J'ignore jusqu’aux lieux qui le peuvent cacher. »

(Racine, « Phèdre », I,1, v.1-7 [Hippolyte])

2.

Théramène s'interroge. Où chercher, dans quel état errer, car si dans cet état j'erre, et que ne le trouve point dans cet état, pis que dans cet état, de guerre lasse, je déprime, alors hein. Théramène a beaucoup cherché, et en courant encore ! Dans la mer Egée et la Ionienne, il est allé, ah oui, puis jusqu’aux abords de la demeure des morts ; ailleurs aussi qu'il a poussé ses aléas. Thésée veut-il qu'on lui fiche une paix royale ? « Qui sait même, qui sait » ?

Qui sait même, qui sait si encore je t'aime

Ou si je préfère, ah, oui ! la tarte à la crème

Avec des abricots ? Qui sait même, qui sait

Où qu'elle est où donc hein la deuxième chaussette

Et si j'aime mieux le tambour à la trompette ?

J'te demande Qui c'est-y qui sait ? Hein ? Qui sait ?

Car, si ça se trouve, il prend du bon temps, Thésée.

 

« Et dans quels lieux, Seigneur, l'allez-vous donc chercher ?

Déjà pour satisfaire à votre juste crainte,

J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe.

J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords

Où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts.

J'ai visité l'Elide, et laissant le Ténare,

Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare.

Sur quel espoir nouveau, dans quels heureux climats

Croyez-vous découvrir la trace de ses pas ?

Qui sait même, qui sait si le roi votre père

Veut que de son absence on sache le mystère ?

Et si lorsque avec vous nous tremblons pour ses jours,

Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours,

Ce héros n'attend point qu'une amante abusée... »

(Racine, « Phèdre », I,1, v.8-21 [Théramène])

3.

Respect à Thésée. Thésée n'est plus le déluré qu'il fut. Phèdre (c'est sa légitime) n'est point cocue. Hippolyte tient à l'honneur de la famille (c'est qu'on n'est pas chez Molière) . Hippolyte « n'ose plus voir ». Déni, ou, au contraire, lucidité et discrétion ? Où ai-je lu que René Char se référait souvent à l'art racinien ? Il est vrai qu'avec des formules comme « Ce héros n'attend point qu'une amante abusée... » ou « Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale », on peut faire dans le genre : Il n'attend ni l'amante abusée, ni l’équarrisseur fourmillant. Il sait depuis l'éclat de l'aube, prendre la pointe pour fixer de ses vœux la fatalité aux allures d'inconstante, et si c'est du riz, alors j'aime ça.

« Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.

De ses jeunes erreurs désormais revenu,

Par un indigne obstacle il n'est point retenu.

Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale,

Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale.

Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,

Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir. »

(Racine, « Phèdre », I,1, v. 22-28 [Hippolyte])

4.

Théramène s'interroge encore (c'est un spéculatif s't'homme-là). Hippolyte fuit-il le bonheur avant qu'il ne finisse la salade de fruits ? Théramène, perspicace, subodore du « péril » ou « plutôt » du « chagrin » (il est psychologue, s't'homme-là).

« Hé depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence

De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,

Et dont je vous ai vu préférer le séjour

Au tumulte pompeux d'Athènes, de la cour ?

Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ? »

(Racine, « Phèdre », I,1, v.29-33 [Théramène])

5.

Hippolyte ne prononce pas le nom de celle dont la présence a « changé la face » de tout, et, à la place, balance une périphrase qui vaut son pesant de fatalité.

« Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face

Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé

La fille de Minos et de Pasiphaé. »

(Racine, « Phèdre », I,1, v. 34-36 [Hippolyte])

Patrice Houzeau

Malo, le 17 décembre 2022.

27 novembre 2022

COMMENT QU'IL CAUSE ÇUI-LA

COMMENT QU'IL CAUSE ÇUI-LA

Notes marges brefs en lisant Zazie dans le métro, de Raymond Queneau.

1.

Au chapitre 13 de« Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Le perroquet cause. Mado Ptits-pieds se fait sonner.

Le perroquet s'énerve et cause encore. Charles se tait.

Charles, dans le roman à Queneau, il est chauffeur de taxi, donc, de ce fait et comme dit Gabriel dès le chapitre 1, parfois, « Charles attend ». Par contre, je ne sais pas s'il est assez haut en taille pour qu'on puisse se permettre un « Charles le Magne ». Un « Charles se magne », à la rigueur, quand il est pressé, mais c'est quand même plus approximatif.

On n'entend plus le perroquet. Charles fait dans le squeleptisme.

Mado Ptits-pieds accepte en rougissant. Gabriel fait passer un message.

Mado devient Madeleine. Le patron propose « d'arroser ça ».

Gabriel invite son monde. L'auteur note que, ne pouvant faire autre chose, la porte s'ouvre.

« Entre femmes », Madeleine et Marceline supent de la grenadine.

Amusant, une note de bas de page m'informe que la forme « supent » est normande et signifie « aspirer, gober », que ça me fait penser à l'onomatopée « slurp, slurp ! » qu'on voit dans les bandes dessinées où il y en a qui avalent, jaffent, bâfrent, gustent et dégustent.

Marceline donne des conseils vestimentaires. Madeleine s'inquiète et s'émeut.

Madeleine complimente. Le temps coule quand même pas vite.

Marceline n'assistera pas au spectacle, ce qui aura une incidence sur le moral de Gabriel à la fin du chapitre 14.

2.

Au chapitre 14 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Le perroquet (il s'appelle Laverdure) va voir un tutu. Madeleine s'interroge sur le « kouak ce soit ».

Le perroquet (il s'appelle Laverdure), exerçant sa fonction de perroquet de fiction, se répète. Charles s'inquiète pour son avenir conjugal.

Madeleine énonce une vérité selon laquelle y en a, « vzêtes trop con pour qu'on puisse vous en vouloir. » Je me le tiens pour dit. Laverdure répond vertement, et sans se forcer, à un amiral.

Apparition de Gabriel. Pris d'éloquence distinguée, le perroquet soliloque en latin.

A midi, j'ai mangé du poulet froid avec de la mayonnaise, puis comme je n'avais plus de mayo, j'ai pris de la moutarde. Après j'avais encore faim, parce qu'en hiver j'ai toujours faim, alors qu'en été. Pendant ce temps-là « Zazie dans le métro » attendait en pensant à autre chose je suppose et sur le bureau.

Gabriel balance d'ontologiques pourquois et évoque gloxinias (plantes brésiliennes) et épithalames (pièce poétique pour mariage). Zazie, pour le coup, quoiqu'elle pérorât et quoi qu'elle pérorât, on ne l'entend pas.

L'Ecossaise, - tiens, un kilt - propose du « ouisqui » mais ils prirent du champagne. Gabriel se montre généreux.

Les gens qui ne s'aiment plus écoutent encore de la musique. Défois, y en a qu'ça émeut. J'écris ça en écoutant « This Little Babe » du « Ceremony of Carols », de Benjamin Britten.

Pour zieuter qu'elle « se pencha » because, Zazie, curieuse qu'elle est rien tant. Charles et Turandot s'inquiètent des fréquentations de la veuve Mouaque.

Gabriel fait un discours dans lequel on trouve les mots « billevesées, bagatelles et bibleries », on y trouve aussi le mot « pamplemousse » qui sert aussi dans le film « Rien sur Robert », de Pascal Bonitzer (France, 1999).

Gabriel tracouille. Laverdure critique (c'est son style).

Le perroquet Laverdure aurait pu dire : « Moi qui vous cause, je suis tout de même un autre. » Mais il a préféré ad libiblatérer : « Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire. »

Patrice Houzeau

Malo, le 27 novembre 2022.

24 novembre 2022

ON NE RELIT JAMAIS ASSEZ ZAZIE DANS LE METRO

ON NE RELIT JAMAIS ASSEZ ZAZIE DANS LE METRO

1.

22.11.2022 .

Quand on apprend le décès d'une personne avec qui l'on a travaillé et qui fut notre supérieur hiérarchique, parfois on se dit c'est dommage.

Ainsi qu'ça va.

J'aimais bien cette personne.

Ainsi qu'ça va.

2.

Reprendre le travail. Le travail, c'est ce que l'on prend.

Prendre son poste. Reprendre courage.

Reprendre la routine, le rituel, la ritournelle.

Quelque chose de magique dans le travail qui transforme un bipède vaguement obscène en humain utile.

Je pense à son mari.

Ainsi qu'ça va.

3.
Hier soir, mangé avec Zut une quiche moules-légumes.

Hier soir, c'était il y a quelques jours. Entre-temps, j'ai mangé autre chose.

Ecrivant « j'ai mangé autre chose », je pense au mystère, ou à l'ironie, que pourrait receler ce bout de phrase.

Hier soir, j'ai mangé deux talmouses en tricorne.

4.

« - Ah, la foire aux puces, dit Zazie de l'air de quelqu'un qui veut pas se laisser épater, c'est là où on trouve des ranbrans pour pas cher, ensuite on les revend à un Amerlo et on n'a pas perdu sa journée. »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 4)

5.

On ne relit jamais assez « Zazie dans le métro ».

Face au flot de lourdeurs pavées qu'on nous vante dans le poste comme littérature actuelle, et résiliente, et voyez comme ce monde est injuste et violent, Queneau est nécessaire, nécessairement nécessaire.

6.

Il fait nuit. J'entends du Erik Satie sur France Culture.

Les gens n'écoutent pas les distanciations distinguées de Satie.

Je me dis que les gens, surtout qu'ils écoutent du bruit.

Les gens font du bruit.

Les gens sont de plus en plus bruyants.

De l'importance des grandes gueules politiques.

Les gens sont fascinés par le bruit.

Ils votent pour.

7.

De l'importance des grandes gueules politiques : Mélenchon et bien des Zéléfistes, Le Pen père et fille et bien des Herennes, Zemmour, Macron qui s'écoute parler.

Je ne les aime pas.

Ils sont les symptômes de cette grande et longue crise que l'on appelle « humanité ».

8.
Et puis il y a les grandes gueules internationales : Trump, Poutine, Bolsonaro, Orban, et tant de céleris, et tant de scélérats.

Eux, ils ne sont pas utiles. Ils sont dangereux.

Plus nous sommes nombreux (8 milliards tout de même), plus les gens font du bruit et plus les gens se perdent dans le bruit, et plus les grand gueules pullulent et prospèrent (Yop-la-Boum).

9.

Dans le chapitre 4 de « Zazie dans le métro », à un moment, Zazie mange des moules « avec une férocité mérovingienne ».

Ce qui ne veut pas dire que Zazie mange et des moules et de la férocité.

Non, Zazie mange des lamellibranches (Queneau emploie le mot). Il se trouve qu'elle y met de la férocité, surtout lorsqu'elle « force » les ceusses « qui ont résisté à la cuisson ».

Je ne pense pas que l'on puisse parler de moules féroces.

La comparaison « féroce comme une moule » me semble de nature ironique.

Je ne pense pas qu'il existât un film dont le titre serait : « L'attaque des moules géantes ».

10.

Logique zazienne au chapitre 4 du roman de Queneau :

« Un satyre » peut se donner « l'apparence d'un faux flic ».

Un « vrai flic » peut se donner l'apparence d'un « faux satyre qui se donne l'apparence d'un « vrai flic ».

Conclusion : Il a oublié son parapluie au bistro.

Qui peut s'écrire aussi :

Il a oublié son pébroque au bistro.

C'est donc qu'il n'est pas un « satyre qui se donne l'apparence d'un faux flic ».

Et s'il n'est pas un « faux flic » qui se donne l'apparence d'un faux satyre, c'est donc qu'il est un « vrai flic qui se donne l'apparence d'un faux satyre qui se donne l'apparence d'un vrai flic ».

11.

« - Mais ce qu'il y a de plus fort dans mon cas, reprit le type, c'est que je ne sais pas si j'en avais un avant.

- Un nom ?

- Un nom. »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 7)

Sûr qu'avant, avant le roman, le type n'avait pas plus de nom que s'il existait.

Est-ce que Dieu peut dire qu'il est Dieu ?

12.

« - Je ne parle pas de l'histoire avec le roi de la séguedille et de la princesse des djinns bleus. »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 7 [le type])

J'aime bien les contes défaits et les périphrases délicieuses.
13.

Les gens craquent. Le bois craque. Les allumettes craquent.

On fume.

Patrice Houzeau

Malo, le 24 novembre 2022.

13 octobre 2022

LA VACHE DANS LE COULOIR ET LE ROI DANS LE ROI

LA VACHE DANS LE COULOIR ET LE ROI DANS LE ROI

 « - Je ne veux plus commander, s’écria le jeune homme, qu’à ceux qui verront un Roi dans le Roi, et non une proie à dévorer. »

(Balzac, « Les Chouans »)

1.
Je sais bien que lorsque je maugrongne, je ne suis guère agréable. Le mieux est alors de me laisser maugrongner seul, le temps que j’équarrisse quelque grouillement de mes ombres avec la hache noire de mon esprit.

2.
Ne jamais jamais jamais jeter le Zlorgh avec l’eau du bain. C’est une chose que tous les habitants d’ici par là savent. Le Zlorgh est alors délivré du sortilège de l’eau et reviendra tôt ou tard vous déshydrater, jusqu’à lyophilisation complète.

3.
Veux-tu de la véline en gelée ?, dit Zut. Bien que d’humeur maugrongnesse, je me mis à la table des négociations ménagères, sachant que l’offre n’était pas à dédaigner, la véline en gelée étant plus rare et plus chère que le gougnard, moins goûteux et plutôt vexant.  

4.
Plus on prend de l’âge, plus défois on relativise, jusqu’à ce que l’on finisse par se relativiser sa pomme et que, jetant son orgueil par-dessus les moulins d’sa fierté, on accepte l’idée qu’une fois que le grand Cric nous aura croqué, le monde se passera bien de nous.

5.
Commander, commander… Que voulez-vous que je fasse d’un tel verbe, moi qui ne commande jamais qu’un demi au comptoir, cependant que des foules de petits et grands chefs plus ou moins imbéciles commandent à d’autres plus ou moins imbéciles sous leurs ordres de s’entr’égorger.

6.
S’écria-t-il que j’étais mauvais perderon ? Je ne sais plus, Monsieur le Raviseur. Soudain des hommes en uniforme rentrèrent dans la chambre et m’ordonnèrent, en me braquant avec leurs fusils télépathiques, de jeter la hache noire de mon esprit par terre. Pour le reste, c’est le trou noir et planète perdue.

7.
Le gougnard, ça ne vaut pas la véline en gelée, je vous l’accorde. Mais en ces temps poutinesques, vous vous contenterez de gougnard. La véline pourrait être bientôt hors de prix. Accordez vos serpents, cela n’aura qu’un temps.

8.
Jeune, je ne me rendais pas compte que quelques dizaines d’années plus tard, contemplant vertiges graphiques et plumes virtuoses, je considérerai fatalement que j’avais manqué le coche.

9.
Homme libre, parfois tu deviendras amer.

10.
Qu’à force de parchagner d’la réforme, on finit par perdre sa charlure à législatives et qu’on finit avalé par la mâchoire du chouin peuple alors que se profile sur le mur l’ombre de la récalcitrance à chouanneries.  

11.
Ceux qui spongieusent outrancieusement, qu’on les jette à l’étanchéité, ça leur fera les palmes !

12.
Qui c’est-y qui a loupé le loup de la lune pleine, manqué le coche, gobé la mouche, qui est parti à la chasse avec cheval, chien, chapeau, laissant jolie châtelaine au château, pis qui s’artrouve cocu, caduc, couillon qu’on va lui couper le cou en guise de conclusion ?

13.
Verront-ils les plantureuses ballevalantes des ailleurs étonnants ? C’est possible, mais attention, il arrive que sous la peau des aimables ballevalantes se cachent les mâchoires de sirènes aussi massacrantes qu’une pluie de Russes en Ukraine.

14.
Un jour, on se dépeuple. Là est notre condition. Il ne reste alors de nous qu’une housse de peau, qu’on brûle ou enterre, tandis que nos esprits continuent à glisser lentement le long des choses, n’arrivant pas plus à les surmonter qu’une araignée arrive à sortir d’une baignoire.

15.
Roi de Zélivogne, il cognerivait tant qu’à force les galucherons prirent la mouche et vinrent de partout, à cheval, à chabre, à chaud, déchausser le palais et chasser le royal cogneriveur. Ils élurent Charlot 1er Roi de Zélivogne et retournèrent brancher les gens en leurs forêts.

16.
Dans quelques années, mon miroir me dira sans doute des vérités de plus en plus difficiles à entendre. Je pourrais lui couper la langue, mais ça ne servirait à rien. Comme on sait, la langue des miroirs est aussi tenace qu’un vampire accroché à un cou.

17.
Le jour de mes plus d’ans, je n’aurai plus du tout de dents, de lait sur le feu, d’idées dans la caboche, de vipères dans ma langue, et l’on me mettra à pourrir.

18.
Roi de Pogonie, il possédait les serres les plus cruelles de la gent florale et collectionnait les serpents. Il courait sur son aile les rumeurs les plus complotistes. On baissait le regard devant la froideur de son œil. On craignait son bec.

19.
Et vint le mauvais temps. Le Royaume-Uni quitta l’Union Européenne, un virus tétanisa le monde, Poutine envoya ses troupes violenter l’Ukraine et défia l’Occident. Le monde était surpeuplé et s’endettait.

20.
Non, c’est trop de têtes, j’en ai assez de la galure, s’écria le galurin (bien sûr, personne ne l’entendit). Ah qu’on les coupe toutes ces têtes de circonstances, toutes ces cafetières fêlées, toutes ces pouilleuses citrouilles, et que je m’envole chercher ma plume ailleurs.

21.
Une lumière jaillissant du saxophone, Zut en conclut que l’instrument était soit béni du dieu Jazz, soit hanté d’un blues sinueux. Ce n’est que lorsque, se penchant avec prudence et crucifix sur l’instrument, qu’elle vit le chat et la lampe de poche qu’elle avait par mégarde laissé chuter dans la béance à sons. Quelle distraite je suis, fit Zut en raccrochant le hareng saur à sa ficelle.

22.
Proie ! Proie ! Proie ! c’est le cri du proyeur que l’on entend parfois qui épouvante la nuit et toutes ses dépendances.

23.
A Zut, les jardins troués dans ma caboche, poches crevées, chaussures déchirées, tickets perdants, illusions perdues, chances gâchées, le mépris du ministère des apprenances, le chien fidèle et la langue au chat.

24.
Dévorer est un verbe qui dit bien son ogre, son ministre, son petit chef, son dictateur mangeur de peuples, sa poutinesque indigestion, sa gerbe de sang.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 octobre 2022.

11 septembre 2022

ON N'EST JAMAIS AIMÉ POUR CE QU'ON EST

ON N'EST JAMAIS AIMÉ POUR CE QU'ON EST

 

1.

« Pourquoi le souvenir de ce meuble me poursuivit-il avec tant de force que je revins sur mes pas ? »

(Maupassant, « La chevelure »)

Où l'on apprend que certains meubles vous laissent un souvenir si puissant qu'ils peuvent vous faire marcher à reculons, ou vous faire repasser par où vous êtes déjà.

Certains humains, je pense, ont aussi ce pouvoir.

Ça dépend du degré de mou intercostal.

Pour les stylos bic, je pense qu'il faut être drôlement allumé par la lune. Même chose pour les bigoudis et les ronds d'carotte.

2.

« Comme la voiture traversait le bois, il la fit arrêter dans le voisinage d'un tir, disant qu'il lui serait agréable de tirer quelques balles pour tuer le Temps. »

(Baudelaire, « Le Galant Tireur »)

Baudelaire imagine quelque « galant tireur » s’exerçant à l'art précis du bang bang (« he shot me down », she sang) pour, dit ce fanfaron, tuer le temps.

Où l'on apprend que c'est en s’exerçant au tir que l'on pourrait tuer le temps. En tout cas, son temps. Car le temps des humains est variable en nombre.

Est-ce donc pour tuer le temps qu'en fin de compte, des bipèdes plus ou moins perspicaces se font la guerre ?

Serait-ce pour tuer le temps que le plus ou moins perspicace Poutine a décidé sa sale guerre en Ukraine ?

Sachant que le temps, c'est de l'humain en marche (les humains sont des chronomètres), tuer le temps reviendrait-t-il à descendre ses contemporains comme au casse-pipe d'la fête foraine ?

3.

On n'est jamais aimé pour ce qu'on est, surtout quand on est pauvre.

4.

« Rien ne pourrait me déterminer à mettre la main au feu, - encore que ce ne soit que dans le passé que je me sois brûlé. »

(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

C'est justement parce que quelque chose s'est passé (c'est-à-dire s'est produit dans le passé) que nous éprouvons craintes et espoirs du présent.

L’expérience est ainsi reproductible, mais il est rare que l'on soit piétiné deux fois par le même éléphant.

Par contre, l'on pourra chanter plusieurs fois le fameux « effervescing elephant » (« An effervescing elephant / With tiny eyes and great big trunk / Once whispered to the tiny ear / The ear of one inferior / That by next June he'd die, oh yeah ! / Because the tiger would roam ») sauf si l'on est Syd Barrett, qui fut l'auteur de cette drolatique, et que l'on est déjà irrémédiablement dans le passé.

On ne repasse pas non plus deux fois par la même choucroute, ni le même fleuve ne vous traverse deux fois.

Quant au chas de l'aiguille, nul chameau.

5.

On entre dans le bonheur aussi difficilement que l'on entre dans un pré qui n'est pas à vous. Parfois, quelqu'un vous y attend avec un fusil.

6.

Si tu n'étais pas là, je mangerais ma choucroute tout seul, et il y en aurait vite de trop de trop de trop.

7.

« Belle, pendant ce temps, [...], rencontrait des amies, rapportait dans les plis de sa robe un parfum de cigarettes anglaises ou dans les plis de son ciré l'odeur de la pluie d'octobre. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des orfèvres »)

Où l'on apprend que les plis des robes et des cirés servent à transporter parfums et odeurs.

On ne peut rien y ajouter. Ainsi, inutile de rêver que l'on puisse dissimuler une cartouche de cigarettes anglaises dans les plis d'une robe. Et pas non plus les lèvres de la fumeuse, ni son visage, et pas non plus son corps tout entier. Ce ne sont pas les plis de la robe qui vous portent.

Si l'on est en octobre, ce sont les plis du ciré qui seront pleins de l'odeur de la pluie d'octobre (les feuilles mouillées qui collent au sol, les poils mouillés des chiens, des gens, des chats et des girafes égarées, les ombres mouillées qui vous traversent parce que cette phrase vous a un côté mélancolique propre aux apparitions spectrales).

Ni robe, ni ciré d'octobre ne peuvent receler la Cantatrice chauve et ses opéras échevelés, ni chevaux, ni chameaux, ni chapeau d'où surgirait un chasseur sachant chasser sans son chien ou ces serpent qui sifflent sur sa tête, à l'autre Méduse, là.

Ni cocasse coin-coin cassant du sucre sur le dos du monde.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 11 septembre 2022.

14 août 2022

CERTAINS DISENT QU'ELVIS PRESLEY N'EST PAS MORT QUAND IL EST MORT

CERTAINS DISENT QU'ELVIS PRESLEY N'EST PAS MORT QUAND IL EST MORT

 

1.

DADA A LA MOUCHE

 

Ce n'est pas avec des mouches qu'on attrape du vinaigre.

Ce n'est pas avec des mouches qu'on n'attrape pas de vinaigre.

Ce n'est pas avec des mouches.

C'est avec des mouches.

2.

Cela m'irrite toujours.

Cela ne m'irrite pas toujours.

Ça dépend des jours.

Quand on me dit que, cela m'irrite toujours.

Quand on ne me dit pas que, cela ne m'irrite pas toujours.

Conclusion : Bouclez-la !

3.

« A mes précautions je veux songer de près. »

(Molière, « L'Ecole des femmes » [Arnolphe])

 

A mes précautions je dois songer de près.

A mes précautions je dois songer car toi tu n'y songes pas,

Ni de près, ni de loin.

Parfois tu y songes mais mes précautions ne sont pas les tiennes.

Du coup, défois ça coince.

A mes précautions tu mêles les tiennes.

A tes précautions tu dois songer de près.

A tes précautions tu dois songer de près car moi je n'y songe pas,

Ni de loin, ni de près.

Parfois j'y songe mais tes précautions ne sont pas les miennes.

Du coup, j'suis tout consterné. S't'agaçant.

4.

Il y a un rhinocéros dans la pièce.

Il n'y a pas de rhinocéros dans la pièce.

La Cantatrice chauve a-t-elle composé un opéra ?

Et si la Cantatrice chauve a composé un opéra, quelqu'un l'a-t-il lu ?

En tout cas, ce rhinocéros, qui est dans la pièce, ne l'a pas lu.

Ce rhinocéros, qui n'est pas dans la pièce, lit rarement les opéras.

Les rhinocéros, qu'ils soient dans la pièce ou pas, sont assez incultes.

5.

Depuis qu'Elvis Presley est mort, on l'entend encore.

Certains disent qu'Elvis Presley n'est pas mort quand il est mort.

On l'entend encore tout de même.

Certains disent que c'est parce qu'Elvis Presley n'est pas mort quand il est mort, qu'on l'entend encore.

Moi, voyez, depuis qu'Elvis Presley est mort, je mange encore de la choucroute.

Mais le jour où Elvis Presley n'est pas mort quand il est mort, je ne pense pas que j'en ai mangé, de la choucroute. Ça m'aurait frappé.

6.

Poutine gagnera-t-il sa sale guerre en Ukraine ?

Poutine ne gagnera-t-il pas sa sale guerre en Ukraine ?

Certains disent que Poutine ne peut pas perdre autre chose que ses cheveux.

Si Poutine ne gagne pas sa sale guerre en Ukraine, le verra-t-on apparaître complètement chauve ?

Si Poutine gagne sa sale guerre en Ukraine, portera-t-il une moumoute ?

7.

14 août 2022. Je viens d'entendre sur France Inter l’excellent Etienne Klein donner l'anagramme du « Maréchal Pétain » : « Place à Hitler. Amen. » Tout est dit, je crois.

8.

Le réel m'encombre.

Je suis moi-même une partie de ce réel.

Je m'encombre donc moi-même et le réel est l'outil de mon encombrement.

Pour que le réel m'encombre moins, il faudrait que je travaille à le changer.

Je note que le travail est parfois source d'encombrements. S't'agaçant.

9.

Pourquoi l'étant plutôt que rien ?

« Pourquoi rien plutôt que l'étant » est une proposition qui n'est acceptable qu'au conditionnel.

On peut cependant poser : Pourquoi pas l'étant plutôt que rien ?

On peut aussi poser : Comment ça, l'étant plutôt que rien ?

Ce qui revient à définir la présence par rapport à l'absence.

La différence entre présence et absence s'appelle « l'être ».

10.

« Un mot est dit « concret » lorsqu'il désigne une réalité matérielle et palpable. » (Evelyne Amon, Yves Bomati, « Vocabulaire du commentaire de texte », Larousse, 1995).

 

Un mot qui désigne une réalité est dit « concret ».

Un mot qui ne désigne pas une réalité n'est pas un mot concret.

Ainsi le mot « sphinx » ne désigne pas une réalité, mais une pure fiction.

Si je dis « les ailes du sphinx », le mot « ailes » est un mot concret utilisé pour décrire une pure fiction.

Les mythes se nourrissent de mots concrets.

L'imaginaire n’existe que parce que le réel le nourrit.

L'imaginaire et le réel se nourrissent mutuellement.

Une vision religieuse et rédemptrice du concret l'entache de péché.

Les dieux sont innommables et irreprésentables.

Sinon, ils ne sont que ce qu'ils sont : des mythes, des fictions efficaces.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 14 août 2022.

 

 

7 août 2022

DE SERIEUX DOUTES SUR LE COIN-COIN

DE SERIEUX DOUTES SUR LE COIN-COIN

 

1.

Comme beaucoup, je crois vaguement au « bon dieu ». Dieu, je ne sais pas s'il existe, mais comme beaucoup, j'aimerais bien y croire, au Bien en-soi, et que l'essence de ce Bien, dans la langue des humains, s'appelât Bonté. J'ai de sérieux doutes.

2.

« des smicards en train de s'émotionner pour voir des millionnaires sur le terrain ». L'être est ce qui fait face à l'être. Que cet être qui nous fait face soit saoulant au possible et parle la langue qui ne sert qu'à passer le temps sans avoir soudain l'idée de nous étrangler, est le prix à payer pour continuer à paraître plausiblement humain.

3.

Qu'on laisse les gens désœuvrés et ils finissent par s'entre-tuer. La concurrence économique est la sublimation de la violence inhérente à l'espèce. On a eu beau inventer des dieux compatissants, les humains s'en servent pour massacrer en leurs noms.

4.

Le camarade est un âne. C'est bien pour ça que c'est un camarade.

5.

Tiens, en ces temps de troubles asiatiques, on l'entend plus, le Jean-Pierre Raffarin. Raffarin croit-il au partenariat franco-chinois ? Raffarin croit-il en la pertinence du modèle chinois ? Raffarin croit-il aux dragons ? Raffarin fait-il semblant ? Raffarin est-il Raffarin ?

6.

Août 222. Entendu dire que cela fait deux mois que Macron (il est alors président de Français de toutes sortes) n'a pas téléphoné à Poutine (il est alors dictateur et mène une sale guerre en Ukraine). Perturbation dans l'être. Emmanuel et Vladimir se font la gueule.

Il faut être clair aussi : Vladimir n'est tout de même pas une fréquentation convenable pour Emmanuel. Je vous le dis tout net, Madame Marianne, Vladimir, c'est un garçon qui a mal tourné, et qui finira mal, je vous le prédis.

7.

« Le disque du gramophone tournait à côté d'un phénix en bronze. »

(Borges, « Le jardin aux sentiers qui bifurquent » [le narrateur])

L'étant est ce qui se répète, ressurgit, rejaillit, revient, se duplique. L'étant est sa propre copie, à l'infini. Quant à l'original, il est invisible et sans nom. L'être assure sa pérennité en produisant de l'étant en série.

8.

« L'infini du Mal », « l'infini de l'Amour » : billevesées. Il n'y a que de petits bonhommes qui se débrouillent avec ce qu'ils ont. Et comme nous sommes généralement moins malins que nous le croyons, nous sommes à l'origine d'impossibles merdiers. Méfions-nous les uns des autres.

« L'infini du Mal », « l'infini de l'Amour », l'infinie bêtise, oui.

9.

« J'ai perdu l'habitude de mon propre nom. »

(Vladimir Jankélévitch à l'issue de la Seconde guerre mondiale, cité sur France Inter le 7 août 2022)

Pas d'étant sans nom de l'étant. Que ce nom vienne à défaillir, à se manquer, et c'est l'être même qui interroge : qui es-tu ? La réponse est parfois suicidaire. Retrouver son nom devient alors affaire d'être encore ou de n'être plus.

10.

Je me demande si, avant de rejoindre le royaume des ombres, Eschyle au crâne fracassé, songea qu'une tortue desserrée peut être aussi rapide et mortelle que la foudre, et si le nom de cette tortue était « Hasard ».

11.

« Il fut arrêté par un souvenir stupéfiant et vertigineux. »

(Borges, « La mort et la boussole »)

Le passé saisit le vif. Nous tombons d'un vertige auquel nous tentons d'échapper en courant de plus en plus vite vers un avenir dont nous pressentons qu'il est tout aussi vertigineux.

12.

Si l'on tentait de me faire croire que Dieu est un immense canard sauvage qui fait le jour quand il ouvre ses ailes et fait la nuit quand il les replie, j'aurais quand même de sérieux doutes sur le coin-coin.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 7 août 2022.

17 juin 2022

QUEL CHIEN QUEL CHAT QUEL DRAGON

QUEL CHIEN QUEL CHAT QUEL DRAGON

 

1.

Pendant que je t'écris

Poutine bombarde l'Ukraine

On fête le jubilé de la Reine

Des enfants poussent des cris.

2.

L'âge d'or ?

En voilà une question ! Je rectifie le tir

L'âge d'or,

Je m'en fous je bois un kir.

3.

Je ne sais pas si « God Is An American »

Ou si le diable est polyglotte

Je ne sais qui croire de l'évêque ou de l'âne

J'pense que j'aimerais aller m'humecter la glotte.

4.

Comme il n'écoutait rien, rien

De s'qu'on lui dit, un chien

Qui passe Un chat qui dort

Pis vu qu'il ne pouvait répondre hein alors ?

Alors il jeta sa langue au chat

S'fit muet

Alors il jeta ses oreilles aux sirènes

S'fit sourd.

5.

Ce matin j'me suis levé et m'suis fait un kawa

Pour m'réveiller A la radio passait ce drôle de son

Ça disait Quel chien ? Quel chat ? Quel dragon ?

Ça disait Quel chien ? Quel chat ? Quel dragon ?

Ça disait Quel chien ? Quel chat ? Quel dragon ?

Mais qu'est-ce que c'est, mais qu'est-ce que c'est que ça ?

6.

D'un coup de boule ou d'un coup de Trafalgar

D'un coup d'maudit blues, d'satanée béchamel,

On l'retrouvera hagard dans la gare

Tout prêt à se couper la ficelle

A quitter le grand hasard

Pour aller s'dissoudre dans l'éternel.

7.

Alors j'me suis cogné deux cognacs bien tassés

En écoutant le fausset d'ma caboche seriner

Pour la route, encore une tasse de café

Y a cette chanson de Dylan que j'ai tant écoutée

« One more cup of coffee for the road »

Chaipas d'quoi ça causait, chuis une gaufre en angliche

Une gaufre en angliche qu'il coassa coassa le chœur des toads.

8.

Dans mon âme j'ai pas d'âme

Dans ma tête j'ai pas d'tête

Si j'étais mon ombre

Je ne serais l'ombre de personne.

9.

Y a des gens Y a trop d'gens J'aime pas les gens

Je préfère les fruits au sirop

Y a des gens Y a trop d'gens J'aime pas les gens

Sauf en peinture, ou en photo.

10.

J'aurais dû apporter quelque chose

Ça ne se fait pas de venir les mains vides

Une boîte de chocolats, une bouteille de Quatre Roses

Ça ne se fait pas de venir les mains vides

Et j'ai bien l'honneur de vous buter

11.

Rapide comme un éclair englouti par la Zut

Rapide comme une chute sans parachute

Je m'a retrouvé avec plus grand chose

Dans les poches non plus dans mon verre Ça rend morose.

12..

Ce n'était pas possible que personne n'entende

Et personne n'a entendu

Il a mourru tout seul tout seul qu'il est mourru

S'en rev'nant d'flonflon, le découvrit une joyeuse bande.

13.

« Je veux tes yeux » chantait Angèle

« Est-ce que ma guitare est un fusil ? » chantait Higelin

Moi j'me fais cuire des œufs en écoutant Angèle

Que j'vas manger avec des spaghettis en écoutant Higelin.

14.

Et c'est en ouvrant un bocal de cornichons

Que les yeux fiévreux elle me lança

Quel chien ? Quel chat ? Quel dragon ?

Quel chien ? Quel chat ? Quel dragon ?

Quel chien ? Quel chat ? Quel dragon ?

Mais qu'est-ce que c'est, mais qu'est-ce que c'est que ça ?

15.

C'est l'été. Fait chaud. Je fume.

Pis s'a cassé le cou ou bien s'a chopé un rhume

Qui ça ? Qui ça donc ? J'écoute rien, rien

De s'qu'on me dit un chien

Qui bâille Un chat qui dort

Un chien passe. Une boîte pis dedans un mort.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 17 juin 2022.

30 mai 2022

MINUSCULES EPICETOUS

MINUSCULES EPICETOUS

1.

Que pourrais-je faire rimer avec lilas ? Peut-être sépia... Et pourtant évidemment qu'il n'y a pas plus de rapport entre sépia et lilas qu'entre une mélodie de Debussy et le chemin entre la haie et le jardin que j'imagine ici ; et quand je dis ici, je veux dire mon imaginative caboche et la course rêveuse de ses lunes naïves.

2.

Dans l'hiver courent les loups. Bien sûr, le mot hiver s'associe bien au mot loup, et la neige à la meute ; mais dans les mois doux, ils courent aussi les loups et je me demande si leurs longs hurlements hantent encore les têtes des enfants.

3.

La Mort est mauvaise camarade. Quelle rime à cela : rester en rade ? Ou alors limonade. Je ne bois plus jamais de limonade. Par contre, je suis parfois resté en rade dans des rades hein, bin oui bien sûr, tant pis, j'aurai choisi.

4.

Jouer Molière, c'est jouer l'ironie. J'aimais beaucoup du temps de ma jeunesse seule les moqueuses servantes des pièces de Molière. Du temps de ma jeunesse seule... C'est que j'aurais tant aimé voir courir le lierre sur les murs d'une maison de famille... Regretter, à quoi bon ?

5.

Qui fréquente parfois le dimanche, à l'heure de l'apéritif, les cafés où l'on joue et parie comprend vite que l'argent continue à abonder en Occident. Ceux qui disent le contraire et appellent de leurs vœux quelque contrôle social sino-poutinien n'ont ni yeux ni oreilles.

6.

Plutôt que de discutailler politique internationale, je ferais mieux de me mêler de mes affaires, voilà ce que je me disais ce matin en voyant l'eau se répandre chez moi. Panique et whisky, fatalitas.

7.

« Et une façon de bête humaine, un paquet monstrueux roula, jupes en loques, corsage arraché, le tout surmonté d'une chevelure de Gorgone que des poings crispés arrachaient, pendant qu'une bouche qu'on ne voyait pas hurlait » (Gaston Leroux , « Le Fauteuil hanté »)

Fichtre ! Un vrai tableau genre : La République exigeant la Justice, ou Zut exigeant des frites, ou quelque moderne banshee exigeant une guitare électrique ou... oui, bin bon, ça va aller.

8.

Si la vie ne m'avait point tant fait euh comme je suis, j'eusse aimé composer les aventures de Napoléon Ridicule (homme et des tas) ; aussi les aventures du Moine Citrouille (sage, érudit, rigolard) mais bon, allez, je me contente de mes minuscules épicétou.

9.

Tant de frites pour si peu de mayonnaise... Vous avez raison, le réel est si souvent insuffisant. Par ailleurs, en dehors de la trinité frites-bière-mayonnaise, j'apprécie beaucoup ce que vous écrivez.

10.

Entendu l'illustre Luc Ferry déclarer qu'il fallait moins d'enseignants mais chargés de plus d'heures et c'est à cette condition qu'ils seraient mieux payés. Vu le boulot que ça demande, surtout en lycée général, il faudrait alors qu'ils le soient vraiment beaucoup plus, payés oui.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 30 mai 2022.

13 mai 2022

EN ATTENDANT LE GRAND LEZARD

EN ATTENDANT LE GRAND LEZARD

1.

Le narrateur – seigneur qu'il est naïf ! - juge excellente l'idée qu'il s'est mise dans la boîte crânienne, puis il se prend un râteau (et c'est logique), puis reconnaît qu'il a le chef mécanique.

2.

Le narrateur tente de ne pas penser à la jeune fille, puis précise ses intentions quant au saxophone hanté, et s'attire la curiosité des villageois qui semblent glisser dans la rue. Ensuite, il rentre chez lui pour y déjeuner de deux côtelettes de mouton.

3.

Comme nous parlions des lettres, nous nous aperçûmes soudain qu'elles étaient écrites dans une langue que nous ne comprenions pas.

4.

Le narrateur s'intéresse au saxophone hanté, histoire de ne plus penser à la jeune fille, mais il s'attire tout de même bien des loupes et des vipères, puis il rentre chez lui pour y déjeuner de deux côtelettes de mouton, qu'il ne mange pas car il préfère la blanquette de veau.

5.

Le pluie il faisait de la bruit, beaucoup de la bruit et des flaques grosses que je me mis à l'abri au devant d'un commerce de le pluie qui était fort pour attendre que le pluie arrête de pleuver mais c'était long comme sans soleil. Le chien, il n'y en avait pas.

6.

Bien qu'elles fussent rédigées dans un français des plus corrects, nous ne comprenions pas la langue utilisée dans la rédaction des lettres reçues. Nous doutâmes de notre identité.

7.

Comme je pensais difficile la monde, le pluie se mit à des grains gaulés que ça fit des flaques grosses comme des erreurs d'humanité, alors je me mis à l'abri du commerce de le pluie et j'attendais que la soleil revient pour aller dans la rue avec les autres chiens.

8.

Bien qu'elles fussent rédigées dans un français des plus corrects, nous ne comprenions pas le sens de ces messages timbrés. Nous doutâmes de notre identité, puis force fut de constater que ces enveloppes, nous ne les avions pas non plus ouvertes.

9.

Y en a ont voté la Macron car le Le Pen et les Mélenchon leur faisaient peur. j'ai pas voté car je suis asaucisse mais si j'avais voté j'aurais voté la Macron aussi car le Le Pen et les Mélenchon font la peur à force à moi et ceux qui veulent la tranquille paix qu'on leur fiche.

Après je sais pas si la Macron va fiche la paix à force à moi et ceux qui veulent la tranquille car a l'air très agité de la législativo-exécutive, la Macron, mais moins que le Le Pen et les Mélenchon qui veulent tout changer qu'on sait pas pour où. Et puis ils ont des fous.

13.

« Mais, enfouie parmi les joncs, on trouva une curieuse idole verte. Une très ancienne sculpture représentant Bokrug, le grand lézard aquatique. »

(H.P. Lovecraft traduit par Paule Pérez, « La malédiction de Sarnath »)

Mais, enfouie parmi les

Joncs va l'dire à Mamerh, la grande déesse matriarche de Noé qu'il m'en a causé, Noé, abondamment, un vrai déluge de mots,

On trouva-lise en carton et dedans

Une curieuse mystérieuse énigmeuse étrangeuse

Idole verte qu'elle était ma vallée pis itou l'idole.

Une très ancienne, et si c'est la sienne hein vaut mieux pas s'y frotter l'occulte, hein, l'occulte, hein l'occulte, hein l'occulte (ce qui vient d'être dit correspond à une très ancienne formule rituelle inconnue)

Sculpture (on prendra soin de prononcer ce mot en allongeant quelque peu le « u » de la seconde syllabe de manière à ce que cela produise un son aussi lugubre que le hululement nocturne de la fugace au yeux grands)

Représentant, la sculptuuure,

Bokrug, qui n'estoit sans doute ni beau ni krug, mais estoit (là à matelas)

Le grand lézard-dîne à l'huile de Mohrue, la Grande Dessalée, pis

Aquatique-étiquétiquétique fit le bouffon-bouffi-bouffa joufflu et tout soufflant sur cette lande qui n'a plus de nom et d'où je vous écris en regardant The Avengers en couleurs.

Patrice Houzeau

Malo, le 13 mai 2022.

30 avril 2022

EN MA TÊTE DEFOIS D'ETRANGES ZIGZAGS

EN MA TÊTE DEFOIS D'ETRANGES ZIGZAGS

1.

« C'est très difficile à expliquer. Je suis très sensible aux atmosphères. Je suis convaincu que les pensées des gens, leurs sentiments, tout cela marque les pièces où ils vivent. Il en reste quelque chose dans les murs, dans les meubles... »

(Agatha Christie, « La Plume empoisonnée » [Mr. Pye])

2.

Le narrateur de « La Plume empoisonnée » dit: « La Main du Mystère vient de lui frapper sur l'épaule ». Il dit : « Il me semble qu'il s'est passé quelque chose ! ». Il se passe toujours quelque chose. Tout ce que nous ne voyons pas, et qui est là pourtant, dirait Rouletabille.

Tout ce que nous ne voyons pas, et qui est là pourtant : faudrait des lunettes à voir les vaches invisibles dans les couloirs sans mur apparent.

3.

Le narrateur de « La Plume empoisonnée » juge : « La gouvernante des enfants » a de « grandes dents, larges comme des pierres tombales ». Il dégrade ainsi « la déesse », l'Aphrodite » qui le charma au chapitre II. Les dents hachent, broient, achèvent.

4.

Les mensonges sèment la zizanie. Tous les Etats mentent, mais quand ils basent l'essentiel de leur politique étrangère sur le mensonge, comme le fait la Russie de Poutine et de sa mafia, c'est que leur but est de diviser, d'influencer, de contrôler.

5.

En avril 2022, certains disaient que Poutine s'enfermait dans ses mensonges, à tel point qu'il finissait sans doute par y croire, devenant le prisonnier de la fiction paranoïaque que, jour après jour, il se forgeait.

«... il faut en finir avec ces lettres. Un jour ou l'autre, elles feront du mal.

  • Il me semble qu'elles en ont déjà fait !

  • Elles feront pire ! Les jeunes gens sont violents, monsieur... Et, quelquefois, les vieux aussi ! »

(Agatha Christie, « La Plume empoisonnée » [Mrs Baker et le narrateur])

6.

La Megan d'Agatha Christie se plaint de ses « taches de rousseur sur le nez ». Elle prétend qu'elle éprouve de la haine pour les gens, qu'elle sait « parfaitement ce qu'ils sont. » Adolescence. Théâtre. Posture.

Qui, lisant le chapitre IV de « La Plume empoisonnée », peut croire en la méchanceté de Megan ?

7.

La femme du révérend est au courant de tout mais s'interroge sur les lettres anonymes. La Joanna de « La Plume empoisonnée » est bien la sœur du narrateur, sinon Mr. Burton ne pourrait pas s'intéresser à Elsie Holland. Et Megan ? Non, il ne la voit pas du même œil.

8.

« Et, en tout cas, elle ne se figurait pas être en présence d'une femme capable de la tuer ! »

(Agatha Christie traduit par Michel le Houbie, « La Plume empoisonnée », [Nash])

 

Et, contemplant le point d’exclamation,

(En ma tête, défois d'étranges zigzags)

Tout en constatant qu'elle venait de disparaître, auquel

Cas je me retrouvai seul avec l'araignée du plafond, je me dis :

Elle (il s'agit d'une araignée)

Ne se figurait pas (les araignées, je pense, ne se figurent pas) ; elles

Se meuvent lentement, et soudain si véloces, ne se

Figurait pas, l'araignée qu'il a dans la tête et qui fait du trapèze dans sa toile,

Pas du tout qu'elle se figurait, l'araignée (Mirabelle s'étant approchée), cet

Être - pour y voir la main de Dieu, bah, il faut être Victor Hugo -

En bref, c'est l'histoire d'un zigoto à zigzags dans la cafetière, qui en

Présence de Mirabelle, ma belle (sont des mots qui vont etc...),

D'une belle donc, somptueuse comme une

Femme peut-être somptueuse quand on dit qu'elle est somptueuse,

Capable de fasciner et

De se mouvoir lentement, et soudain si véloce, à

La façon de l'Irma Vep de la légende ; qu'elle allait la

Tuer, ça, l'araignée d'sa caboche ne se le figurait pas

! qu'ça en fit une drôle de trace en forme de point d’exclamation.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 30 avril 2022.

6 février 2022

QUE FAIT DONC CE CAMEMBERT DANS L'AQUARIUM ?

QUE FAIT DONC CE CAMEMBERT DANS L'AQUARIUM ?

1.
Comme il se trouvait dans une page du « Miroir du mort », d'Agatha Christie, il se dit qu'il ne se demandait pas s'il croyait aux fantômes, puisque lui-même n'est-ce pas, mais si cette fille croyait réellement l'avoir vu, alors que manifestement, le livre était fermé.

2.
Quant à ses yeux, ils n'en crurent pas leur bonhomme.

3.
Ce professeur, dont Robert Charroux, dans « Le Livre du mystérieux inconnu » dit qu'il s'appelle Jakobson, (on n'est pas obligé de le croire), rappela que « seuls les êtres humains ont la faculté d'apprendre toutes les langues ». Les casseroles applaudirent ; les bouilloires sifflèrent.

4.
Cette publicité affirme (et cela sans trembler ni des genoux, ni des sourcils) qu’en 1959, l’achat de ce carrément expansé ouvre les portes « du bonheur », lequel est à prendre mais reste néanmoins largement insaisissable (y en a qui, et y en a, bin non). Elle véhicule une certaine image de la famille : le père au carrément, seul à prendre en charge la gestion de l’expansé, la femme veillant sur ses enfants (elle est armée d’un lance-roquettes anti-char et a cet air acharné qu’elle a aussi, Zut, à chaque fois qu'elle voit passer un bifteck, la petite fille tenant une poupée vaudou (parce que sinon ça vaut pas la peine, l’envoûtement à la barbie, ne valant pas tripette), le petit garçon gardant le féroce molosse qui ne laisse que des osses, et muni d’une fronde imprévue aussi bien que mortelle).
(d’après tout un tas de gens qui, sous la direction de Patrick Pique, ont signé le manuel d’Histoire-Géographie de Terminale Bac Pro publié dans la collection « Les Parcours pros », Delagrave, 2021, p.48)

5.
Regardant les cartes de répartition de la Grenouille de Lesson (« repeat after me »), de la Grenouille commune et de la Grenouille rieuse (je savions point qu’ça existot), les petits points là sur la France m’évoquent la stratégie des pierres sur le goban. (on notera, outre la liste à ne pas sous-estimer des courses du samedi, le réseau lexical amphibien- pierre – reptile).

6.
« Ce fromage français, - je crois, Miss Izentitt, que c'est « camembert » qu'on le nomme-, présente un intérêt extraordinaire, murmura Holmes en l’examinant avec la même intense concentration d'esprit qu'il mit à résoudre l'affaire dite des « propriétaires de Reigate » . Il ajouta que nous nous trouvions sans doute dans des eaux beaucoup plus profondes que nous le pensions avant que nageoires et écailles nous poussent durant la nuit. La question était donc : que faisait ce camembert dans l'aquarium ?

Note : Miss Izentitt remplaça quelques temps l'attendu Docteur Watson (cela fut, bien sûr, effacé par l'histoire officielle). Deux hypothèses se firent jour :
a) Watson s'étant reconverti dans l'élevage de chiens de Baskerville, il fut un temps remplacé par une sienne cousine.
b) Watson aimait parfois s'habiller en femme et se faire appeler Miss Izentitt. Holmes, que les mystères de l'âme n'effrayaient pas, en aurait pris son parti.

7.
« Pendant des années et des années j'avais soupiré après les prés verts et les haies d'Angleterre », répétait souvent ce vieux soldat de l'armée des Indes d'une page de Conan Doyle, « c'est quand j'ai décidé d'épouser une vache que mes camarades me crurent fou ».

8.
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrCRAC fit le bolide tombant du ciel.

9.
« Non, mais t'as pas bientôt fini de te payer ma fiole », disait Hector au grand miroir de sa penderie, tandis que son reflet n'arrêtait pas de se gondoler, le voyant attifé comme s'il allait jouer l'as de pique dans quelque bouffonnerie chantante.

10.
Selon l'Office national des forêts, il ne fait aucun doute que cette forêt est malade. Et donc, à chaque fois qu'elle tousse, ça fait plein d’oiseaux morts dans nos rues.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 février 2022

1 février 2022

CECI DIT UN GONG AU FOND DES BOIS

CECI DIT UN GONG AU FOND DES BOIS

1.
Donc, votre premier recueil avait pour titre : « Le Cri de la pluie sur le macadam amoureux ». De quoi donc qu'ça causait-y, inclusivement ?

2.
Nous n'avons plus rien à nous dire. Vexé, je me tournai le dos.

3.
Je l'avais attendue vainement à la bibliothèque. Ce n'est que lorsque le croque-mort se pencha sur moi, que je pus mesurer et la longueur de ma patience, et sa vanité.

4.
On a alors fouillé sa chambre, qui ne se laissa pas faire et gigota tant dans tous les sens que plusieurs de nos gars tombèrent lourdement. Des tableaux se cassèrent le portrait. Les fenêtres adoptèrent une géométrie variable, passant par toutes les phases du rectangle.

5.
Ah tiens, j'apprends par France Info que la cellule Déméter, créée par Castaner en 2019, devrait, par décision du tribunal administratif de Paris datée du 1er février 2022, cesser de s'intéresser d'un peu trop près aux activités de L.214.

6.
« - Qui pourrait venir ? » dit Zut, cependant que nous explorions« La Maison du Hareng Pendu ». Et, cependant qu'un éclat de lune me découvrit son visage, elle s'aperçut que je n'étais pas moi, et moi, qu'elle n'était pas elle. Ah ! firent-ils, unanimes et surpris.

7.
Comme elle essayait de se faufiler discrètement vers la sortie, le tapis à poils longs se glissa prestement et lui engloutit les pieds, puis l'engloutit toute entière. Nous venions de perdre sinon une suspecte, du moins un témoin. « Peut-être qu'en le brossant vigoureusement... », proposai-je. Un haussement d'épaules me répondit, cependant que le tapis à poils longs, en ronronnant très fort, glissait doucement dans sa sieste digestive.

8.
« J'aime le son du Gong, le soir, au fond des bois »... Bin oui, je sais, c'est pas le texte exact, mais que voulez-vous, je préfère le gong au cor, c'est bien mon droit. Ceci dit, un gong au fond des bois, c'est plutôt rare. Il y a certainement une explication rationnelle.

Pour être tout à fait honnête avec vous, il y a aussi le son de la cornemuse, le soir, au fond des bois, mais ça c'est le fantôme de l'Ecossais-en-vacances.

9.
Après sa quatrième pinte, ça ne loupait jamais : rallumant sa pipe et gratouillant sa jambe de bois, l'oncle Arthur nous lançait, une lueur grasse dans les yeux : « Vous ai-je raconté l'histoire de la choucroute menteuse ? »

10.
Je contemple ma tasse de café. Elle m'engueule comme quoi pourquoi que j'la regarde comme ça, que j'ai jamais vu une tasse de café, ou quoi, qu'il faut pas commencer à lui casser les grains, rapport à ce qu'elle est d'une humeur noire. Bref, tout un poème.

11.
Ah tiens, demain, c'est le 2/02/2022. J'vas manger des œufs.

Après y a aussi les bœufs, pis les yeux, mais les bœufs, faut pas charrier hein ; quant aux yeux, j'aime pas ça.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 1er février 2022.

Publicité
BREFS ET AUTRES
  • Blogs de brefs, ça cause humeur du jour, ironie et politique, littérature parfois, un peu de tout en fait en tirant la langue aux grands pompeux et à leurs mots trombones, et puis zut alors!
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité