WE NEED MORE COWBELL
WE NEED MORE COWBELL
1.
Dans le premier paragraphe de « L'être spécial » (in « Profanations », traduit par Martin Rueff, Rivages poche « petite bibliothèque », 2019, p.71), Giorgio Agamben évoque la fascination des philosophes médiévaux pour les miroirs et reformule quelques questions qui les agitèrent, les esprits ; je cite : « A coup sûr, l'être des images doit être des plus singuliers, car, corps ou substance, comment pourraient-elles occuper l'espace déjà occupé par le corps ou la substance du miroir lui-même ? » Ce qui me semble aussi une définition de la possession.
2.
Dans le premier quintil de « Faction », d'Apollinaire (« Poèmes à Lou »), le narrateur imagine le regard de son aimée dans les étoiles et le ciel nocturne devient lui-même le corps désiré.
« Je pense à toi ma Lou pendant la faction
J'ai ton regard là-haut en clignements d'étoiles
Tout le ciel c'est ton corps chère conception
De mon désir majeur qu'attisent les rafales
Autour de ce soldat en méditation »
Le deuxième quintil est un constat de la douleur du narrateur causée par l'absence de la belle amie. Les deux derniers vers de la strophe disent la même chose, insistant ainsi sur la lancinance de la peine (on dit aussi « lancinement mais j'aime bien « lancinance » alors hein).
« Amour vous ne savez ce que c'est que l'absence
Et vous ne savez pas que l'on s'en sent mourir
Chaque heure infiniment augmente la souffrance
Et quand le jour finit on commence à souffrir
Et quand la nuit revient la peine recommence »
Le troisième quintil est le plus surprenant. Le temps passant, le narrateur constate que l'absence de la belle amie se fait « Souvenir » d'un corps voué à vieillir. L'avant-dernier vers fait le lien entre « souvenir » et « cor de chasse », lien que l'on retrouve dans le poème « Cor de chasse » (in « Alcools », je cite : « Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent »).
« J'espère dans le Souvenir ô mon Amour
Il rajeunit il embellit lorsqu'il s'efface
Vous vieillirez Amour vous vieillirez un jour
le Souvenir au loin sonne du cor de chasse
O lente lente nuit ô mon fusil si lourd »
3.
A propos de lancinance, il y a (vous en souvenez-vous ?) les guitares électriques qui leitmotivent et riffent élégamment dans « Don't Fear The Reaper » de l'émérite et épatant « Blue Oyster Cult » sur l'album « Agents Of Fortune » (1976). Chanson sombre sur « La Faucheuse » donc, mais dont le caractère mélodramatique fut heureusement démonté par un sketch dans l'émission « Saturday Night Live » : l'un des musiciens du groupe joue à contre-temps de la fameuse « cowbell » du morceau tandis qu'un producteur joué par Christopher Walken clame : « I've got a fever, and the only prescription is more cowbell ».
J'm'explique maintenant le clin d'oeil de la batteuse Sina dans sa vidéo consacrée à la chanson : elle stoppe son jeu de batterie au bout de quelques mesures et fait « Nein-nein-nein... nein... nein » (elle est allemande, je pense) pour demander plus de « cowbell ». Trouverez tout ça sur You Tube, et c'est amusant.
Bon, un p'tit bout des lyrics si mystérieux de Buck Dharma :
« Then the door was open, and the wind appeared
The candles blew, and then disappeared
The curtains flew, and then he appeared »
Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.