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BREFS ET AUTRES
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28 décembre 2022

L'AUTRE SCENE EST DEJA NOTRE SCENE

L'AUTRE SCENE EST DEJA NOTRE SCENE

Notes sur le sonnet « Le rêve d'un curieux », de Baudelaire.

1.
Le narrateur baudelairien s'adresse au lecteur, et le tutoie. Oxymore : « la douleur savoureuse ». Le narrateur cherche à exprimer la particularité, la singularité de certains sentiments. Simplicité de l’expression : « J'allais mourir » qui mêle la confidence au ton de conversation amicale des deux premiers vers. Qu'est-ce qu'une « âme amoureuse » ? Peut-être une âme pleine de désirs ? Et en quoi cette « âme amoureuse » serait-elle singulière ? Sans doute parce que ce « désir » qui l'anime est « mêlé d'horreur », qu'il est le lieu du « mal particulier », celui du fantasme et de la fascination morbide. N'est-ce pas le cas d'un grand nombre d'âmes ? Sinon, nous ne lirions pas tant d'histoires horrifiques. Est-ce pour en avoir la confirmation que le narrateur baudelairien, en le tutoyant, s'adresse au « lecteur », son « semblable hypocrite », ce « frère » ?

« Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : « oh ! l'homme singulier ! »
- J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d'horreur, un mal particulier ;
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », premier quatrain)

2.
Le vers 5 du sonnet ne comporte pas de verbe. Un état d'esprit ambivalent. Du reste, pas de rébellion, pas de refus de la mort (« sans humeur factieuse »). Accentuation ternaire évoquant le rythme régulier du sable qui coule, image du temps. La répétition de la dentale [t] évoque le tourment et souligne rythmiquement l’expressivité de l'adjectif « âpre ». C'est ici la septième syllabe qui sonne, comme un accord après une montée, et avant le relâchement de la séquence « et délicieuse ». Nouvelle expression de l'ambivalence : la « torture âpre et délicieuse ». Accentuation ternaire que l'on retrouve dans le vers 8 : le narrateur baudelairien se détache du monde au rythme du temps qui passe et qui rend l'attente toujours plus « âpre et délicieuse ». Diérèses à la rime, évoquant la subtilité, voire la préciosité, des sentiments qui animent le narrateur.

« Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
Tout mon cœur s'arrachait au monde familier. »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », second quatrain).

3.
Le titre du sonnet est basé sur un jeu de mots. Une personne « curieuse » peut être un caractère original, mais aussi quelqu'un qui éprouve de la curiosité. La formule « avide du spectacle » rend possible cette interprétation. Mais si ça se trouve, je me goure, et je m'en fiche bien, car voilà. Le narrateur baudelairien se compare à un « enfant » et l'autre monde se tient sur une autre scène. Ce qui sépare l'enfant de cet autre monde, c'est un « rideau ». La vérité de l'autre monde ne peut être révélée au vivant, cet enfant irréfléchi. D'ailleurs, elle n'est pas « révélée » par de saintes écritures, mais elle « se révèle », quand le rideau se lève, ou plutôt quand il tombe. Virtuosité baudelairienne : le jeu des labio-dentales [f] et [v] dans le vers 11.

« J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...
Enfin la vérité froide se révéla : »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », premier tercet)

4.
Un croche-pattes donc le réel s'arrêta. Je sais maintenant pourquoi ce poème me plaît. Un écho dans ma mémoire curieuse : le « J'étais mort sans surprise » me rappelle le « Il est mort sans surprise » de la chanson « The Partisan », de Léonard Cohen. Il est vrai que lorsque je suis tombé, il ne me semble pas que j'ai eu le temps d'être surpris. Et s'il y eut surprise, je ne m'en souviens pas. L'ambivalence des sentiments qui animait l'âme du narrateur est dissipée par la « terrible aurore ». Virtuosité encore, ces échos « mort / aurore », « sans surprise / terrible ». Après la pause à la rime, rejet de la forme « m'enveloppait ». Retour du ton de la conversation, de l'anecdote racontée (« - Eh quoi ! N'est-ce donc que cela ? », et le « a » comme exclamation ironique) pour finir sur l'énigmatique : « La toile était levée et j'attendais encore. » Le mort n'est donc pas mort, puisque cette révélation n'est qu'un songe. L'autre scène est déjà notre scène. L'autre scène n'est peut-être jamais que notre scène. Et il n'y a rien derrière le rideau.

« J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M'enveloppait. - Eh quoi ! n'est-ce donc que cela ?
La toile était levée et j'attendais encore. »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », second tercet).

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

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25 décembre 2022

COLETTE N'A PAS PEUR MAIS EST TROUBLEE

COLETTE N'A PAS PEUR MAIS EST TROUBLEE

1.
« Chantecoq s'écriait :
- Ça... c'est le comble de l'audace ! Et les yeux étincelants, il scanda :
- Eh bien ! nous allons voir ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 11)

Bernède. « Belphégor ». « Où Belphégor déclare directement la guerre à Chantecoq ». Le détective se tait et boit son café sans sucre. Ai vu récemment dans les replay d'Arte un épisode de l’excellente série austro-tchéco-hongro-slovaque « Marie Thérèse d'Autriche » réalisée par Robert Dornhelm. On y voit Marie-Thérèse interprétée par Stéphanie Reinsperger affirmer que le « sucre est un poison ». Je vous dis ça car la série est vraiment bien, L'épisode 3 avec l'histoire de l’audacieux et très trouble baron de Trenck est palpitant.

Revenons à nos revenants et au « Belphégor », d'Arthur Bernède. Le détective se fait graphologue. B comme Belphégor, mais aussi comme Bellegarde, ou comme Baobab, ou comme Bourre et Bourre et ratatam.

« de frappantes analogies ». Deux ensembles aussi dans le Réel : l’ensemble des points communs ; l’ensemble des différences. La différence absolue existe-t-elle ? Cette différence s'appelle-t-elle Dieu ? L’interrogation repose sur les analogies.

Bien entendu, les personnages de fiction ne peuvent pas lire en nous à livre ouvert.

« Belphégor connaît Bellegarde ». Bellegarde ne sait pas qui est ah tiens, le glissement s'est opéré : du Fantôme du Louvre apparu près de la statue de Belphégor, on passe maintenant d'un fantôme qui serait lui aussi Belphégor.

Le détective entrevoit des perspectives. La vitre vola en éclats. Ah ça c'est sûr que si vous envoyez votre courrier par galet lancé à toute volée, ça peut faire voler des vitres en éclats. Ça peut même meurtrir et tuer. Galet rond, missive.

Belphégor menace Chantecoq et Colette. Après quelques atermoiements du type : Ai-je le droit de faire courir de tels risques à ma fille ? (ça fait deux pages), Chantecoq affirme sa volonté d'affronter l'effrayant Belphégor. Nulle trompette ne sonna au loin, nul tambour ne roula, mais ça aurait pu.

2.
«Un cri lui échappa.
Il venait d'apercevoir, éclairé, trahi par la traînée lumineuse que projetait le lustre du salon, le Fantôme en train d'escalader le rebord de la fenêtre. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 12)

Bernède. « Belphégor ». « Où le fantôme reparaît ». L’hôtel particulier de Mlle Desroches. Silence. Elsa conseille la patience… Minuit. Le Fantôme en ce jardin.

Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor,
Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor qui rôde encore !
Il est passé par ici,
Il repassera par là ;
Qui c’est-y, qui c’est-y
Qui l’attrapera ?
En tout cas, c'est pas Fandor,
Qui l'attrapera, le Belphégor,
Passque c'est dans Fantômas
Que Fandor joue les as.

Le Fantôme aime les lectures indiscrètes. Le Fantôme est maladroit (apparemment, il ne traverse pas les objets). Maurice à la poursuite du Fantôme. Fouilles et confusion.

Les chiens aboient, le Fantôme passe. La poudre parle, le Fantôme passe. Le café passe, le Fantôme passe. Nous passons, nos fantômes aussi.

Simone en tragédie. La première partie ferme son rideau sur une disparition et du Fantôme et des lettres de Jacques Bellegarde. Je ne savais pas que Robert E. Howard, le créateur de Conan le Cimmérien était suicidaire.

3.
« L'enquête que fait en ce moment Jacques Bellegarde réclame, ainsi que toutes celles de ce genre, la plus parfaite circonspection et le plus grand mystère. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 1 [Chantecoq])

Bernède. « Belphégor », 2ème partie, « De mystère en mystère ». Titre explicite donné par l'auteur au chapitre 1 de cette 2ème partie : « Où Chantecoq apprend successivement la disparition de Jacques Bellegarde et la réapparition de Belphégor. »

Deux hommes, deux chiens, des noms évocateurs (« Pandore et Vidocq »). De l'efficacité des chiens de garde, d'un « simple coup d’œil » et de l'imparfait du subjonctif, « l'un en lui sautant à la gorge, l'autre en l'empoignant par une jambe ».

Colette n'a pas peur. Où j'apprends qu'en 1927, le téléphone est muni d'un « cornet d'ébonite », et que Chantecoq va se rendre chez Simone Desroches. Colette n'a pas peur, mais est troublée.

Si le Fantôme du Louvre a réapparu, Marie-Jeanne, « essouflée, affolée » apprend à Chantecoq que Jacques Bellegarde a disparu. J'ai mangé du boudin blanc. Zut aussi. Je suis bien content.

Colette fait des déductions :
a) Belphégor, dans le but de compromettre le journaliste, dérobe les lettres de Jacques à Simone.
b) Belphégor organise le « suicide » de Jacques.
Chantecoq n'y croit pas et promet le retour du héros.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 décembre 2022.

13 décembre 2022

ON NE SE MEFIE JAMAIS ASSEZ DES AUTEURS DE ROMANS POLICIERS

ON NE SE MEFIE JAMAIS ASSEZ DES AUTEURS DE ROMANS POLICIERS

 

Notes en lisant « Trois souris », d'Agatha Christie traduit par Maurice-Bernard Endrèbe.

1.

Molly fait l'hypothèse d'un « crime crapuleux ». Mrs Boyle serait-elle sartrienne ? Meurt-on dans des circonstances que l'on a fatalement soi-même suscitées ? Est-on jamais que son propre déterminisme ? Réflexions décalées sur l'étranglement.

2.

Les gens défois ils se ressemblent tellement qu'on dirait des assassins. A Scotland Yard, on interroge. Un « étui d'allumettes », un carnet perdu.

Moi, j'y aurais mis un perroquet qui répéterait du Rimbaud : « C'est elle, la petite morrrte, derrrière les rrrosiers roh ». Mais il n'y a ni chien, ni chat et Molly plus Mrs Boyle, ça en fait deux, pas huit femmes, et encore moins trois souris.

3.
« Trois souris... » et l'on crie. Et si sous ce « feutre rabattu sur les yeux », si dans ce « pardessus boutonné jusqu'en haut » et derrière ce « cache-nez dissimulant », il n'y a avait personne. Si l'assassin était l'homme invisible. L'homme invisible dans la neige. Il y a des témoins.

4.
On suppose que c'est un fou. Mrs Lyon devient Maureen et n'en a pas moins été assassinée. Evocation de Monkswell Manor par Parminter. De l'utilité de la rubrique des mots croisés du « Times ». Scotland Yard appelle.

5.
Chapitre 2. Arrivée du traditionnel major « dont la majeure partie de la carrière s'était passée aux Indes ». Les romans à énigme britanniques sont des conventions : le crime doit y être improbable, le détective impossible et la logique imperturbable.

6.
« L'insistante sonnerie » de la nuit. Un étranger sorti du blizzard. Un « portefeuille bourré de billets de banque » et un nom italien. Mais qu'est-ce qu'il ferait là, Pavarotti ?

Coupés du monde par une neige qui abolirait la modernité des journaux et des téléphones. Molly s'inquiète pour le pain.

7.
Déception d'une femme d'action. Un roux avec une cravate en laine.

De l'utilité des majors sachant manier la pelle. Celui-ci est discret, secret, avisé, « aux aguets ».

Molly répond dans la bibliothèque ; Giles dégage le poulailler. Annonce de l'arrivée du sergent Trotter.

8.
La police ne se dérangeant pas pour rien, surtout si elle se déplace à ski. Rouspétance de la clientèle. Molly prend parti. Où on prend Christopher Wren pour un autre et l'étranger pour un bizarre.

9.
A pas de loup, le loup. De la radicalité de la neige. Un feu que l'on attise comme une curiosité.

L'étranger ne veut pas paraître son âge. Chute du tisonnier, arrêt du tricot, inquiétude raide du major. Trois coups au carreau.

10.

La fiction s'interroge sur la présence de l'enquêteur, défois qu'on l'obligerait à exister. On ne peut plus téléphoner. L'enquêteur s'apprête à prendre des notes.
11.

Un passé douloureux. Soudain le sordide surgit sur la scène du huis-clos et ses airs cocasses. Ébahissement de Molly et de Giles. Se pourrait-il qu'on assassinât au sein de la pension ?

Quant au perroquet absent (il s'appelle Hercule), citant Rimbaud, il n'en raconte pas moins que « le petit frrrèrrre – (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le prrré d’œillets. »

12.

Molly connaît la comptine. Le meurtrier serait-il un soldat déserteur ? J'ai alors ma petite idée sur l'identité du coupable, qui n'est pas censé être celui que l'on soupçonnerait d'abord. Bien entendu, ce n'est pas le perroquet.

« - Mais, euh, monsieur Houzeau, il n'y a pas de perroquet dans la nouvelle « Trois souris... » d'Agatha Christie.

- Eh, c'est qu'il est bien caché ! En tout cas, c'est mystérieux... »

13.

L'assassin est sans doute déjà là. Giles soupçonne un architecte. Sir Walter Raleigh ramena la pomme de terre des Amériques en Angleterre. « Trois pardessus de couleur foncée », « trois chapeaux mous », un journal venu de Londres.

14.

Evocation de l'idylle Molly-Giles. L'enquêteur s'adresse aux personnages, n'obtient pas de réponse et les met en garde. Tout à l'heure, dans mon demi-sommeil, j'ai vu une porte ouverte, et un chat passer de l'autre côté.

Si l'on en croit Christopher Wren, « Il s'agit d'une plaisanterie imaginée par un dément. Et c'est ce qui la rend si délicieusement macabre. » On ne se méfie jamais assez des auteurs de romans policiers.

15.

Ce que Mrs Boyle aurait dû dire et que le major sait. Certains s'inquiètent ; d'autres plaisantent. Paul boit un verre ; Mary prépare une soupe à l'oignon. Le perroquet évoque du Rimbaud : « La jeune maman trrrépassée descend le perrron – rrron. ».

16.

Pas de téléphone, pas de rapport. Quelqu'un pianote ; quelqu'un sanglote. Quelqu'un « change de visage ». Quelqu'un se rappelle soudain. Quelqu'un a quelque chose à faire. Quelqu'un meurt entre une « causerie sur l'origine et la signification des comptines » et une « conférence sur la psychologie de la peur. » Elle en est où, Molly, avec ses pommes de terre ?

17.

Elle en est où, Molly avec ses pommes de terre ? L'architecte est-il vraiment architecte ? L'étranger est-il vraiment étranger ? Les Trois Souris sont-elles réellement trois ? Qui va enfin faire taire ce perroquet ? Où est cette fichue deuxième chaussette ?

18.
Le capitaine Haddock va-t-il finir par étrangler la Castafiore avec ses bijoux ? Dupont va-t-il finir par comprendre qu'il souffre d'un dédoublement de la personnalité ? Tournesol va-t-il revenir de l'Ouest ? Et qui c'est-y qui a bouffé Milou et qui a marié Tintin ?

Patrice Houzeau

Malo, le 13 décembre 2022.

3 octobre 2022

LA VAMPIRE ELLE DANSE PARTOUT

LA VAMPIRE ELLE DANSE PARTOUT

(En parcourant un album de Joann Sfar)

« Elle danse partout. « S'en fout la mort », comme on dit. Je défonce la théière à coups de rangers, pourtant elle m'a rien fait. »

(Joann Sfar, « Aspirine 1 », Ed. Rue de Sèvres, 2018, p.56, pl.52 [Aspirine])

 

Elle danse

Danse danse

Partout qu'elle danse (elle a mis pour ce du rock à bouillir)

S'en fout comme je m'en fregarsène sévère d'vos gobe-mouches à dents s'en

Fout fout fout et sur un rythme de valse lente siouplaît !

La mort est déjà là, la

Mort... pis après ça quoi qu'on peut dire hein ?

Comme je reluquais les jolies vampires de la bédé,

On toqua à ma porte. C'étaient les emmerdes qui revenaient. On

Dit que je ne suis pas là dis-je à mon fantôme. Mais Zut rit. Tant pis, mais tout de même, quelle zuterie !

Je palabrais quelques heures avec mes emmerdes. Elles s'en furent, sachant qu'elles n'allaient pas tarder à revenir. Je fais alors comme Aspirine, - c'est une héroïne vampire à Joann Sfar -, je

Défonce une utilité quelconque (dans la bédé, c'est

La théière), moi je knock-oute un knick-knack-kipper qui s'balançot comme un sot au bout d'une ficelle, vous me direz qu'un knick-knack-kipper est moins utile qu'une

Théière, - surtout que faire du thé avec un hareng saur, hein - et vous aurez raison, mais je ne prétends pas être très logique non plus ; d'ailleurs,

A force de tirer sur la ficelle à ramener des éléphants effervescents, des harengs saurs à ressorts et toutes ces incongruités chevelues, je vas finir par me prendre des

Coups de lune que j'vas décarocher tout à fait.

De toute façon, comme j'ai dit, la mort est déjà là, la Mort... Ce sont des

Rangers qu'elle porte Aspirine (c'est une étudiante vampire qui écoute du rock et qui s'balade en gothique).

Pourtant, j'ai toujours la tête collée à mes épaules, mais quand même, j'ai du mou dans l'rationnel, du paradoxe qui m'fait des trous dans l'gruyère à neurones, ça s'en ressent dans ma façon de

Elle danse, Aspirine, pis le lendemain elle va à l'université se moquer d'un enseignant en philosophie dans le genre beau gosse outrecuidant pis elle claque la porte « encore plus fort qu'hier », longue chevelure rousse à longues jambes dans de longues bottes,

M'a bien plu, l'Aspirine à Joann Sfar, et si ça ne vous dit

Rien, demandez à votre libraire, car quand le boulot est bien

Fait, faut le dire et quand c'est de la bédé, faut en profiter.

Patrice Houzeau

Malo, le 3 octobre 2022.

4 septembre 2022

PERIL DANS LE PLACARD A BALAIS

PERIL DANS LE PLACARD A BALAIS

1.

« Le jeune Mr Bartlett recula d’un pas, ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche, se livrant, inconsciemment, à la mimique d’un poisson rouge dans un bocal. »

(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Un Cadavre dans la bibliothèque »)

Il ne se nomme pas Bartlett because son blaze, c’est Bobby Babibou, cependant que, bouchée bée, le Bobby, cependant que passe, abasourdi, le Bobby, cependant que passe l’assassin, éberlué, le Bobby, cependant que passe l’assassin aux lèvres de soie, Bobby Babibou, bouche bée, abasourdi, éberlué, aboli du coup d’bambou, rendu bredouille et balbutie, mimant la gueule du poisson dans son bocal, ne se rend pas compte qu’il vient de mourir.

2.

« Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches. »

(Leconte de Lisle, « Le Rêve du jaguar »)

 

Zut alors songe en lisant une poignée de vers de Leconte de Lisle (1818-1894). Zut alors songe aux « noirs acajous » qu'on en ferait de beaux meubles sans doute de ces noirs acajous là mais que pour l'heure, ces noirs acajous là jouxtent les « lianes en fleur » qu'un piano, si c'est possible j'en sais rien si c'est possible qu'il soit en acajou noir, le piano, au milieu des lianes en fleur et itou des noix de cajou, ce serait baroque à voir dans un film que Zut ne regarde même pas, parce que Zut alors songe.

Zut alors songe en lisant une poignée de vers de Leconte de Lisle (1818-1894), songe à l'assonance « ou » qu'on trouve dans le poème, et de lister, Zut alors : « sous, acajous, lourd, mouches, s'enroulant, souches, farouches » Ah ça en fait des ouh-ouh, cris dans la vierge, onomatopée tropicale.

Zut alors songe, alors qu'elle est dans la tiédeur d'une fin d'été dans les Hauts de France, Zut alors songe à « l'air lourd » où le temps ne passe plus, suspendu comme une louche au soleil (Zut a de drôles d'idées défois), « immobile et saturé de mouches », le temps, façon viande à l'air libre, cadavre sur lequel pendent les lianes en fleur parce que Zut alors songe et lorsque Zut alors songe, il y a d'étranges images qui viennent – cependant que passe – qui viennent lui chatouiller – cependant que passe l'assassin – qui viennent lui chatouiller l'imaginaire – cependant que passe l'assassin aux lèvres de soie parmi les souches et les escaliers – sous l’œil rond du « perroquet splendide » et aussi « querelleur » qu'un mousquetaire, et il est que My uncle's hat feather is on my aunt's chair, qu'elle songe alors Zut.

Zut alors songeuse se rappelle de « l'araignée au dos jaune », se dit qu'à Dunkerque, c'est rare les araignées des tropiques, paraît qu'ça arrive, qu'elles débarquent des navires, aillent s'acclimater on dit, que ça fait des légendes d'araignée dangereuse dans le placard à balais.

Lorsque les « singes farouches » lui chantèrent « Le lion est mort ce soir », Zut comprit qu'elle dormait.

Patrice Houzeau

Malo, le 4 septembre 2022.

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21 août 2022

UN LOUP AU JARDIN

UN LOUP AU JARDIN

 

1.

Depuis 1941 que le cadavre est dans la bibliothèque du manoir de Gossington, la jeune Ruby Keene a dû en apprendre des choses…

2.

« Aucune de ces lettres ne donne à penser que son auteur connaissait bien celui ou celle à qui il la destinait. »

(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « La Plume empoisonnée » [Graves])

Les lettres donnent-elles toujours à penser ?

Cela dépend de la manière dont on les lit.

Si l'on a mis de bons yeux, on peut y trouver à penser, à condition qu'elles évoquassent quelque chose d'intéressant, sinon, bons yeux ou pas...

Si l'on a mis son œil de bœuf, il est probable qu'au bout de quelques lignes on ait envie d'aller se faire cuire un œuf.

Si l'on a oublié ses yeux dans le soutien-gorge d'une amie, -ce sont des choses qui arrivent -, alors on ne peut pas lire la lettre, et donc qu'elle soit anonyme ou pas, on s'en moque.

Si on a mis ses bons yeux, les yeux de la lucidité bien ordonnée commence par soi-même, des yeux du style « Connais toi toi-même », les belles mirettes introspectives qui servent à écrire des poèmes qui n'intéressent personne, alors on peut s'écrier « Mais c'est n'importe quoi !» parce qu'aucune « de ces lettres ne donne à penser que son auteur connaissait bien celui ou celle à qui il la destinait. »

Le corbeau s'est mis la plume dans l’œil.

Et comme la plume est empoisonnée, le corbeau, il est mort.

Vous pouvez alors refermer le très bon roman d'Agatha Christie et retourner à vos œufs. Faudrait pas qu'ils s'envolent.

3.

J'ai souvent pensé que les bons romans étaient comme des pièces de musique dont la composition fût assez fine et assez rythmique pour qu'on ait envie de les relire, sautant d'une cadence l'autre, étant distrait parfois par sa propre pensée, et tant pis.

4.

« Les choses traversent sa mémoire, mais n'y restent pas. Il va très probablement se tromper dans ses souvenirs. »

(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons » [Meredith Blake])

Les choses traversent nos mémoires comme des ombres le jardin.

Les ombres ne restent pas. Elles sont attendues. Elles ont rendez-vous. Elles doivent être rentrées pour le dîner. Elles n'ont pas que ça à faire. Les ombres sont, elles aussi, très occupées.

C'est pour ça que nous ne nous souvenons pas de tout. Les souvenirs sont attendus ailleurs, dans d'autres têtes. Cela leur permettra, à ces têtes à souvenirs, d'assez souvent vous dire : « Est-ce que tu te souviens que... »

Et ce dont nous nous souvenons, avec le temps, des fois, c'est pas toujours très clair. Des ombres y passent. Elles sont revenues. Elles ont un peu bu et s'embrouillent. Vous alors, vous cherchez des noms, ils vous échappent, ils s'enfuient comme s'ils ne vous connaissaient pas, comme s'ils ne voulaient pas vous reconnaître. Vous vous mettez à courir le long de votre mémoire, vous vous trompez de chemin, et vous racontez l'histoire, toujours la même histoire, celle de l'éléphant dans la bergerie, cependant qu'un loup passe dans le jardin, emportant un de vos souvenirs, un de vos meilleurs souvenirs.

Patrice Houzeau

Malo, le 21 août 2022.

17 août 2022

COMME UN VOL DE RHINOCEROS AU DESSUS DU JARDIN

COMME UN VOL DE RHINOCEROS AU DESSUS DU JARDIN

 

1.

La bière, il faut qu'il y ait assez de mousse, ni trop (c'est grugeant), ni pas (c'est triste), mais juste assez pour que la chope soit agréable à regarder.

Quand je bois de la bière, je pense parfois à Michel Audiard.

Quand je bois de la bière, je ne pense pas toujours à Michel Audiard.

A vrai dire, je me demande à quoi je pense quand je bois de la bière.

Je me rends compte que, souvent, quand je suis dans un troquet et que je bois de la bière, je mets ma spéculation en sommeil.

Je dois pas avoir l'air trop malin.

 

2.

« pour lui, c'est l'image de sa représentation, au sens où elle ne saurait l'être pour nul autre. »

(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

 

Je dessine un rhinocéros, ou alors je peins le portrait de la Cantatrice chauve.

Le rhinocéros que je dessine est-il à l'image de la représentation que je me fais du rhinocéros ?

Je ne crois pas. L'image mentale du rhinocéros est différente du rhinocéros que j'ai dessiné.

D'abord parce que je suis une poutre en dessin et que mon rhino ressemble plus à une machine à coudre hantée par un parapluie qu'au mammifère périssodactyle de la famille des rhinocérotidés qui illustrait mon vieux Larousse.

Je ne vous dis pas pour la Cantatrice chauve. Elle même ne s'y reconnaîtrait pas, et se prenant pour une autre, me demanderait : Qui est ce monsieur ?

Virtuose, dessinerai-je rhinocéros et Cantatrice chauve en suivant l'image mentale que je m'en fais ou, ma virtuosité l'emportant, peindrai-je sans vraiment y penser, sans hésiter dans mes gestes, sans guère de repentirs, et représenterai-je très vraisemblablement ce que sont, selon les conventions de la représentation réaliste, rhinocéros et Cantatrice ?

Témoin sincère d'un passage d'OVNI au-dessus de mes topinambours (c'est pour ça qu'ils ne se sont pas arrêtés, chacun sait que les extra-terrestres préfèrent les choux), on me demande de le dessiner.

Comment puis-je me fier à l'image mentale qui passe et repasse dans ma mémoire fascinée ?

Ce que je dessinerai, - l'OVNI tel que je crois l'avoir vu -, sera l'image de ma représentation, au sens, comme l'écrit Wittgenstein, « où elle ne saurait l'être pour nul autre ».

C'est bien pour ça que le gendarme m'a dit : « Alors donc, vous, vous avez vu un rhinocéros survoler votre jardin ? » 

 

3.

« dans le jeu de dames, une dame est figurée par deux jetons l'un posé sur l'autre. Ne dira-t-on pas qu'il n'est pas essentiel au jeu qu'une dame consiste en deux jetons ? »

(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

 

Qu'au jeu de dames, une dame soit figurée par deux jetons superposés, n'est pas essentiel au jeu puisqu'il s'agit d'une convention qui pourrait être changée sans que le principe de la promotion du jeton en dame en soit perturbé.

De même, le fait d'écrire « ognon », sans son « i », ne changera pas le sens de la phrase.

L'orthographe du français est ainsi basée sur des conventions qui pourraient être abandonnées pour d'autres (prétendument moins arbitraires) sans que le sens du texte en soit changé.

Ces conventions, puisque formelles, n'affectent pas le fond.

Ces conventions font partie de la multitude de formalités qui constituent nos quotidiens.

En ce sens, elles s'avèrent parfois essentielles. Elles indiquent que l'on sait jouer aux dames, que l'on n'est pas analphabète, que l'on est capable de mémoriser, que l'on a l'habitude d'écrire, que l'on a bénéficié d'une certaine éducation...

Evidemment pour le maladroit, pour l'ignorant, pour le dysorthographique, ces conventions sont autant d'obstacles.

Mais, à mon sens, ces difficultés ne sont pas induites par l’existence des conventions mais par la manière dont elles sont assimilées par le sujet.

Il s'agit plus d'un problème de méthode d'apprentissage que de difficultés que la société cultiverait malignement dans le but d'écarter certains élèves au profit d'autres.

C'est en jouant au football que l'on améliore son jeu, comme c'est en forgeant que l'on devient forgeron.

Et personne ne vous demande de devenir Mbappé ou de forger Excalibur.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 17 août 2022.

15 août 2022

ON NE PEUT DECROCHER LE PASSE

ON NE PEUT DECROCHER LE PASSE

 

1.

La société n'est pas ce vivre-ensemble où la promotion de la bienveillance ne peut, en vertu d'on ne sait quelle nature sympathique de l'humain, qu'améliorer l'espèce. C'est une guerre de tous contre tous régie par les règles complexes et infiniment discutées des lois.

2.

« Ayant décroché une étoile

Il la manie à bras tendus

Tandis que des pieds un pendu

Sonne en mesure les cymbales »

(Apollinaire, « Crépuscule »)

 

On ne peut décrocher une étoile.

Pour décrocher une étoile, il faudrait de très longs, de très longs, de très longs bras.

Et encore, si avec nos très longs, très longs, très longs bras, on pouvait arriver à quelque étoile, peut-être n’existerait-elle déjà plus.

On ne peut décrocher le passé.

 

Un pendu ne peut sonner en mesure les cymbales.

Même s'il est le batteur d'un groupe de rock gothique, il ne peut.

D'ailleurs s'il sonne en mesure les cymbales, c'est qu'il n'est pas pendu, car à quoi bon être pendu pour sonner en mesure les cymbales.

Il n'est pas nécessaire d'être pendu pour sonner en mesure les cymbales.

En fait, pour sonner en mesure les cymbales, il vaut mieux ne pas être pendu du tout.

En musique, la pendaison ne sert à rien.

3.

« C'est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat »

(Apollinaire)

 

Je ne sais pas si la lune peut cuire comme un œuf sur le plat.

Par contre, si la lune pensait et parlait son langage lunaire, elle me dirait sans doute qu'avec mes remarques idiotes, je peux tout de go aller me faire cuire un œuf (sur le plat ou pas).

4.

« Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes »

(Apollinaire)

 

Si « les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes », dois-je consulter un ophtalmologue ou appeler les pompiers ?

5.

« Mais où est le regard lumineux des sirènes »

(Apollinaire)

 

Les Sirènes, - avec un S majuscule, ça fait serpent - ont un regard lumineux. C'est pour ça qu'on les voit la nuit, et sans doute aussi le jour.

Les Sirènes ont un regard lumineux sauf quand elles ferment les yeux et que donc elles ne peuvent plus nous voir, et nous alors on ne peut plus les voir quand elles sont loin.

C'est comme les morts, même avec les yeux fermés, s'ils ne sont pas trop loin, on peut les voir.

Et comme les morts qui ont les yeux fermés ne peuvent plus les ouvrir, les morts ne peuvent plus nous voir non plus (surtout s'ils sont loin).

D'ailleurs, les morts n'ont pas de regard lumineux.

C'est pour ça que l'on sait que les Sirènes ne sont pas mortes.

Mais comme on sait aussi que les Sirènes (celles qui appâtent les marins avec leur chant) n’existent pas, peu importe qu'elles soient mortes ou vivantes.

Il y a une chanson assez célèbre dont le titre est « Song to the Siren » où on lit ce vers épatant :

« I'am as puzzled as the oyster »

« Je suis aussi perplexe que l'huître »

Les Sirènes s'en moquent bien des huîtres, elles préfèrent les hommes.

Mais si ça se trouve, pour se mettre en appétit, les Sirènes avalent quelques huîtres en buvant du vin blanc puis hop elles partent à la pêche au mâle au pied marin.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 15 août 2022.

29 juillet 2022

LE MONDE S'EMBALLE (DANS LA TÊTE)

LE MONDE S’EMBALLE (DANS LA TÊTE)

1.
On a beau dire, mais « Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat », de Gaston Leroux, inspiré, ai-je lu, par une phrase très proche de George Sand, c’est quand même autre chose que « Et ta sœur, elle bat l’beurre… »

2.
« Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville »
(Verlaine)

Encore un qui a l’âme dégoulinante, voire gouttière.

3.
« Le XXIème siècle sera religieux », et dissuasif.

4.
« Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair »
(Verlaine, « Marine »)

Zigzag gigue, prélude au tonitruant.

5.
« La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D’une ville gothique éteinte au lointain gris. »
(Verlaine, « Effet de nuit »)

Ah ce rythme ! Gothique la cadence, infernale. Les gens s’en fichent bien. Sont trop occupés à se surpeupler. Pauvre Lélian.

6.
Je regarde la mer. La mer ne me regarde pas. Quand je serai mort, elle ne me regardera pas plus.

7.
« Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair »
(Verlaine, « Marine »)

Le bistre, c’est genre couleur suie, voyez. Mais on ne dit pas « bistre, bistre et colegram », ni « bistre ! bistre ! rage ! » ni non plus « thuriféraire » (qui désigne le flatteur, l’encenseur) à cheval.

8.
Dans les années 70, on parlait de la crise du pétrole, de la montée du chômage, de la faim dans le monde ; maintenant, c’est carrément la mort à petit feu de l’humanité surchauffée virulente doublée de la menace d’apocalypse nucléaire version Poutine.

9.
« Toi que voilà fumant de maussades cigares,
Noir, projetant une ombre absurde sur le mur »
(Verlaine, « Sagesse », I, III)

« Absurde », ah, c’est qu’il est ad hoc, ce mot, actuel.

10.
« Il était une fois dans un village d’Italie, un cavalcadour qui, à force de travail, était devenu le fier propriétaire de dix-sept chevaux. »
(Jean-Yves Vincent, « Les chevaux du cavalcadour » in « Contes des sages mathématiciens et astucieux », Seuil, 2021)

Y a des mots défois, ils vous cavalent dans la phrase et vous empruntent le chemin de la tête. Cavalcadour, quel beau mot !

11.
Je ne dirai rien des devinettes délicieuses qui rythment les « Contes des sages mathématiciens et astucieux », de Jean-Yves Vincent. Zavez qu’à vous procurer le livre. C’est épatant et c’est paru au Seuil en 2021.

12.
Péril climatiques, virus en tous genres, guerre en Europe aux répercussions mondiales : le monde s’emballe (dans la tête).

13.
« Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
Font un bruit d’assassins postés se concertant. »
(Verlaine, « Dans les bois »)

Paranoïa liquide.

14.
« Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois. »
(Verlaine, « Sagesse », III, XVII)

Tournicoti-tournicota-tournicoton, hein Zut, qu’ils sont bons et bien tournés, dis, ces vers…

15.
28 juillet 2022. On apprend qu’un élu local pompier volontaire depuis trois ans qu’il fichait le feu dans les environs de sa commune. Ça en fait des hectares brûlés.  Le monde crame, et les z’humains y mettent tout leur cœur, les cons.

Patrice Houzeau
Malo, le 29 juillet 2022.

19 juillet 2022

TIENS VOILA QU'IL S'ENTRETUE MAINTENANT LE COGITANS ERGO EST

TIENS VOILA QU'IL S'ENTRETUE MAINTENANT LE COGITANS ERGO EST

1.

« […] l'homme moderne, lui, existe. C'est un animal solitaire », qu'il a écrit Bernanos, et même que quand il est pas assez solitaire, l'outrecuidant à deux pattes, il s’entre-tue.

2.

« seulement juxtaposés » paraît qu'il a écrit Henri Guillemin sur les histoires qui tissent le Monsieur Ouine à Bernanos... idem les histoires des spectres croisés nos pommes... du juxtaposé, du c'est pas nos affaires, on a raison... après, une armée de politiques, de sociologues, de philosophes pour la radio, de psychotrucs, de psychamachins machinent les liens... les explications des barbaries civilisationnelles...

3.

De « l'attirance pour le mystère », qu'il aurait Steeny, l'adolescent du Monsieur Ouine à Bernanos, i dit Pierre-Robert Leclercq... d'l'inconnu au château... ma caboche cinoche vite de longs couloirs très hantés... des pièces condamnées... soupirs et spectral... Suspiria...

J'en profite pour rappeler que l’extraordinaire « Suspiria » de Dario Argento n'est pas un film interdit aux moins de 18 ans dont l'héroïne serait une certaine Piria.

4.

Le mot « château » : ma caboche cinoche vite des hantises en la demeure... ai revu l'autre nuit, d'un œil, l'autre aux fraises des brumes, « La Nuit des traquées », de Jean Rollin... Epatant naveton...y a Brigitte Lahaie dedans, - culte !... l'anarchie du grotesque...

5.

« pu lui valoir l'amitié d'un prêtre » que je lis de Pierre-Robert Leclercq sur Steeny qu'a pas eu d'éducation religieuse... « l'amitié d'un prêtre »... étrange pour mézigue... faut dire, chuis pas bien doué pour l'amitié non plus... mais quand même , un prêtre...

6.

Ça commence par du refus... du « Non ! Non ! », qu'il « s'écrie » Steeny... le verbe « s'écrier », le connaissent-ils encore les apprenants connectés de nos heures modernes ?... chaipas... quoi qu'il refuse le môme ? « comme s'il allait vomir » écrit Bernanos...

7.

De ces effets dans les phrases qu'on lit... voyez ce « aussi souple qu'une bête, avec son immense chevelure qui flambe »... C'est que la Miss s'empare du môme Steeny... « que ce secret-là reste entre eux... ». Le roman, faut qu'ça vaille l'énigme... sinon, on relit pas.

8.

De quoi qu'ça cause de « cette expérience profonde des êtres » qu'elle aurait l'autre... le réel caché des gens... tu parles... du violent, du remous, du trouble, du refoulé, du pacte ... le réel caché des gens, quelle dégoûtation ! Le réel, quel seau à...

9.

« Que peut-elle contre... »... le roman met en scène le contraire, l'adversaire... pas de texte sans son démon... les démons à pattes de mouche... même naturalistes, les romans grouillent « d'êtres menaçants liés entre eux par on ne sait quel pacte »... Bernanos contre le Mal...

10.

On a beau les expliquer, les déterminismes... sociologiser les misères... psychanalyser le social... dénoncer les « décadents libéraux » qui corrompent... excuser les crimes de Poutine par la raison d'Etat... le Mal reste inexpugnable et surpeuplé...

 

Patrice Houzeau

Malo, le 19 juillet 2022.

22 juin 2022

LE REEL A DES YEUX PARTOUT

LE REEL A DES YEUX PARTOUT

 

1.

« Elle n'avait plus à faire de plans, à laisser aller son imagination ; dans quelques heures elle atteindrait la simplicité des faits. »

(Borges, « Emma Zunz »)

Dans « Emma Zunz », de Borges, « elle n'avait plus à faire de plans ». Il ne s'agit pas de Zut. Zut laisse aller son imagination. Elle ne découpait pas de viande dans une usine. Le personnage de Borges non plus.

Qu'on en fait des plans sur la comète ! Et sur la choucroute ? Zut ne fait pas de plans sur la choucroute. Elle sait aussi que certains se servent du chou et des saucisses pour se remplir carnet de commandes, portefeuille, estomac.

Zut laisse aller son imagination. Elle veille à ne pas laisser l'imagination en plan sur la comète. Zut ira-t-elle jusqu'à laisser son imagination chercher des poux dans la tête du réel ?

«... la simplicité des faits » dit la phrase de Borges. La simplicité des faits n'est pas dans les livres hermétiques. La simplicité des faits n'est pas née dans un lac. On lit que dans certains lacs il y aurait des monstres.

2.

« Dans les livres hermétiques il est écrit que ce qui qu'il y a en bas est identique à ce qu'il y a en haut, et ce qu'il y a en haut, identique à ce qu'il y a en bas »

(Borges, « Les théologiens »)

Je ne sais pas si « ce qu'il y a en bas est identique à ce qu'il y a en haut ». Zut comparant les deux pièces constata que ce « qu'il y a en haut est identique à ce qu'il y a en bas ». Chaque pièce de la bibliothèque ressemble à chaque pièce de la bibliothèque.

3.

« Je peux répéter encore de nombreux hexamètres de ce poème profond intitulé Tse Yang, peintre de tigres, qui est comme rayé de tigres, comme chargé et traversé de tigres transversaux et silencieux. »

(Borges, « Deutches requiem » [Le narrateur])

Zut, à la manière d'un narrateur borgésien, peut répéter encore de nombreux hexamètres. Zut, à la manière d'un narrateur borgésien, peut répéter encore de nombreux. Zut, à la manière d'un narrateur borgésien peut répéter encore, répéter encore, répéter encore.

Les livres disent toujours la même chose. Surtout quand on les relit.

On trouve dans une nouvelle de Borges la mention d'un poème intitulé Tse Yang, peintre de tigres. Quand bien même il n’existerait pas, je dois bien avouer que je ne l'ai pas lu.

Le narrateur borgésien évoque un poème «comme rayé de tigres, comme chargé et traversé de tigres transversaux et silencieux. » Zut se demande s'il y a parfois des pluies de tigres. La pluie fait du bruit. Zut se demande s'il arrive que neigent des tigres.

4.

Wittgenstein note que « l'idée est placée comme des lunettes sur notre nez ». Zut ne porte pas de lunettes. Zut sait qu'elle ne voit pas le réel tel qu'il est. Zut porte des lunettes.

5.

Peut-on concevoir la proposition, ainsi que l'écrit Wittgenstein, comme « fonction des expressions contenues en elle » ? Zut est un être propositionnel. Zut déverse des propositions variées et déterminées. En dehors de cette détermination, il n'y a point de Zut.

6.

Selon une note de bas de page, « Corbière vise le côté ritournelle de ce morceau ». Zut reprend un morceau de bœuf. Zut aime la viande. Zut aime écouter de la guitare en mangeant du bœuf. Ça lui rappelle les neiges d'antan.

7.

Ainsi que le note Tristan Corbière, « L’œil tué n'est point mort », encore qu'il soit secoué de tics de langage. Pourtant, l’œil n'a pas de langue. Zut connaît des gens qui parlent avec les yeux. Zut se demande s'ils ont ou pas leur langue dans la poche, là, sous leurs yeux.

Je n'en suis pas si sûr mais il me semble que ce n'est que dans les lieux dépourvus de réel que l'on rencontre des yeux pourvus de langue. Zut ne connaît pas d’yeux polyglottes. Le réel a des yeux partout. C'est comme ça qu'il se reconnaît.

8.

Le monde déborde de pauvreté. Ne peut-on jamais que limiter les dégâts ? Ne peut-on jamais que limiter les dégâts que toute organisation sociale d'une humanité de plus en plus nombreuse engendre ? A quoi servent le covid, la guerre en Ukraine, la récession mondiale ?

9.

« Je suis le fou de Pampelune,

J'ai peur du rire de la Lune,

Cafarde, avec son crêpe noir...

Horreur ! tout est donc sous un éteignoir ? »

(Tristan Corbière, « Heures »)

Zut ne vit pas à Pampelune. Elle n'est donc pas la folle de Pampelune d'un monde parallèle au poème de Corbière. Zut ne vivant à peu près nulle part, elle n'est donc la folle d'aucun lieu. D'ailleurs, Zut préfère le bœuf et ne mange jamais de cheval.

Zut ne vit pas à Pampelune et n'a pas « peur du rire de la Lune ». Zut lit parfois Tristan Corbière et le « rire de la Lune ». Zut n'est pas une lectrice de rires. Même quand Zut scrute les grimaces des peinturlurés du carnaval à populace, Zut ne lit pas sur les lèvres de la Lune.

Quand Zut a le cafard, elle imagine qu'elle assassine. Sa boîte à regrets se peuple très vite de cadavres dont Zut connaît chaque nom.

Patrice Houzeau

Malo, le 22 juin 2022.

18 février 2022

COMME JE PRIS LE LIVRE ELLE CROQUAIT DES POMMES

COMME JE PRIS LE LIVRE ELLE CROQUAIT DES POMMES

1.
Citation : « Certains de ses amis, quand il les avait bien exaspérés, prétendaient que le détective [Hercule Poirot] préférait le mensonge à la vérité et qu'il n'aimait rien tant que de parvenir à ses fins par des voies détournées, en utilisant des dépositions mensongères, soigneusement mises au point. »
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons »)

S'il s'avère exact que selon Agatha Christie, Hercule Poirot parvenait « à ses fins en utilisant des déposition mensongères, soigneusement mises au point », il est donc légitime de douter de la culpabilité des coupables désignés par le célèbre détective belge.
Les enquêtes d'Hercule Poirot apparaîtraient dès lors comme une succession de machinations ourdie par le détective. Je demande une enquête parlementaire.

A l'âge de douze-treize ans, je découvris les romans d'Agatha Christie. « Le Crime du golf » fut le premier émerveillement devant un monde obstinément fictif, désuet, insolite et fécond. C'est ainsi je crois que les univers parallèles se manifestent.

2.
« les yeux grands ouverts, longtemps, très longtemps. »
(Agatha Christie)

Comme je contemplais le Sphinx, il resta les yeux grands ouverts, longtemps, très longtemps. Comme je contemplais le Sphinx, je me mis à penser à Zut. Comme je pensais à Zut, Zut m'apparut. Il y eut bataille d'énigmes parfaitement absconses.

3.
« - C'est même la seule chose qui me passionne dans les affaires dont je »
(Agatha Christie [Hercule Poirot])

Comme il contemplait le Sphinx, il murmura : « Le retour de l'énigme. La seule chose qui me passionne dans les affaires dont je... » ; il tira une bouffée de sa pipe, parce que défois, il jouait à Sherlock Holmes, surtout quand un chien hurlait dans la lande.

4.
« Il allait enfin voir de ses yeux l'endroit où le drame s'était passé. »
(Agatha Christie)

Il me semblait être sur le point de découvrir la vérité sur un point qui pourtant m'échappait. J'avançais dans les ombres, y reconnaissant parfois un visage, d'autres m'étant inconnus. Je me disais cependant que j'allais enfin voir de mes yeux l'endroit où le drame s'était noué.

Cependant que je me disais que j'allais enfin voir de mes yeux l'endroit où le drame s'était noué, je me demandais de quoi il était question. J'interrogeai Zut qui me répondit qu'elle aussi avait conscience de sa propre impuissance.

5.
Contemplant le Sphinx, il pensa qu'il avait un air à la Vladimir Poutine. La radio évoqua le 17 février 2022 un bombardement dans le Donbass. L'énigme des commencements se reposait. Qui ? Où ? Dans quel but ? Je pensai au crâne sur le bureau.

6.
« Nous n'étions pas dans le même collège, mais nous nous retrouvions régulièrement aux vacances. »
(Agatha Christie, [Philip Blake])

C'est le genre de phrase propre à servir d’exemple de grammaire que j'affectionne. Passe-partout, elle ne mange pas de pain, me dis-je. A ce moment, Zut apparut, dévorant un petit pain au chocolat, parce qu'elle était du Nord.

Dérivons : « Nous n'étions pas dans le même collège, mais nous nous retrouvions régulièrement pour hanter le même manoir ».
« Nous n'étions pas dans le même collège, mais nous nous retrouvions régulièrement à la même ligne de la même page du même roman. »
« Nous n'étions pas dans le même collège, d'ailleurs nous ne nous sommes régulièrement jamais rencontrés. »
« Comme nous nous retrouvions régulièrement aux vacances, nous n'étions pas du même collège. D'ailleurs, nous étions tous deux fort poutres en logique. »
« Nous n'étions pas du même collège, mais notre sœur s'appelle Mélanie (Zettaufray ajoute l'un consternant l'autre) ».

7.
« Tout en bavardant, elle croquait des pommes. »
(Agatha Christie)

Onze syllabes. En manque une pour faire l’alexandrin. Remédions :
« Tout en assassinant, elle croquait des pommes. »
« Tout en conjecturant, elle croquait des pommes. »
« Tout en se grattouillant, elle croquait des pommes. »
« Tout en s'évaporant, elle croquait des pommes. »
« Tout en clavecinant, elle croquait des pommes. »
« Tout en soliloquant, elle croquait des pommes,
S'étouffa, trépassa, alors on l'enterra. »

8.
« … et qui ne nous surprendraient pas si, ces gens, nous les connaissions mieux. »
(Agatha Christie, [Angela Warren])

Comme je me trouvais dans le couloir avec la jeune femme aux cheveux courts et son amie lycéenne, quelqu'un sortit de la salle, « L’examinateur s'est suicidé », annonça-t-il blême et paniqué. Nous eûmes des soupçons.

A l'annonce du suicide de l’examinateur, nous soupçonnâmes le candidat. Le célèbre détective à imper, pipe, sandwich, bière, l'interrogeait à voix basse. Nous n'entendîmes qu'un bout de réplique sur les gens que nous ne connaissons jamais vraiment.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 février 2022.

13 février 2022

PASSAGE

PASSAGE

 

Je me trouvai dans une page de Philip K. Dick et le télépathe me répondit : « Je ne peux plus lire dans les esprits ». Vaguement désolé, je me dis moi pareil, pouvais plus lire dans les esprits. Ma table tournante m'avait lâché et je ne devinais plus.

Je m'aperçus que je n'étais pas seul et que je passais un examen. Mon examinateur, lui aussi du Philip K. Dick, d'une voix sourde observa : « A mon avis, vous avez le goût de l'échec. » Je lui trouvai un air d'acteur américain et fus honteux de ma négligence.

Je lui trouvai un air d'acteur américain, dont le nom ne me revenait pas, et honteux de mon ignorance, restai cloué sur ma chaise. Dans le couloir, j'y étais tout à l'heure - je m'en souvenais maintenant - avec la jeune femme aux cheveux courts et son amie lycéenne.

Dans le couloir, la jeune jeune femme aux cheveux courts disait à la lycéenne au visage lisse que c'était à cause de la réforme qu'il y avait tant de canards étonnés dans le couloir. C'est sur cet étonnement que je fondai la raison de leur silence.

Je finis pour moi-même la citation (citer du Philip K. Dick en songe n'est certes pas la pire chose) : « On ne peut rien y changer, même dans les circonstances présentes. » Je vis le temps changer. Un vent à faire valser les bœufs.

Que pouvais-je faire ? Dehors le vent m'empêchait de sortir (je vis quand même passer des gens dans ce vent) et l’examinateur semblait attendre des réponses que j'étais incapable de lui donner. Il y avait du silence, bientôt saturé par le souffle du vent de plus en plus puissant.

L’examinateur, avançant ses yeux et son visage, me demanda de lui dire la vérité. A ce mot, j'entendis rire dans le couloir et pensai que la jeune femme aux cheveux courts se moquait de moi. Des canards cancanèrent.

« La vérité », c'est ce qu'il faut dire, me dis-je, même quand on ment, puisque nous mentons pour sauver ce que nous pensons être notre vérité. L'homme qui ment à sa femme sur un assassinat. Les mensonges que nous faisons à nous-mêmes.

Je me dis que ce que je me disais, c'est ce que je devais lui dire, à l’examinateur, mais au moment où j'ouvris la bouche, il avait disparu.

A sa place, il n'y avait plus que des yeux s'enfonçant « comme des grains de raisin ratatinés ». Je reconnus cette comparaison ; elle était de Philip K. Dick et me demandai pourquoi il y avait tant de phrases sorties de « Ubik » partout.

« Non tu n'es pas là », me dit la jeune femme aux cheveux courts et j'étais revenu dans le couloir dans lequel le vent s'engouffrait, faisant flotter une succession de rideaux blancs.

« Non tu n'es pas là. » Je tentai de protester de ma présence mais elle ne m'écoutait pas, continuant à citer l'auteur de « Le Maître du Haut Château ». Je pensai que ce vent dans le couloir n'était pas ordinaire, peut-être le souffle d'une explosion ? Nous étions debout pourtant.

Dans le couloir, la jeune femme aux cheveux courts continuait à citer du Philip K. Dick : « L'enchaînement de formes qui normalement se déroule... cet enchaînement a été interrompu. » La lycéenne au visage lisse applaudissait.

La lycéenne au visage lisse applaudissait et moi, tout vieux, que faisais-je dans cette bibliothèque ? A la place des livres convoités, je trouvai un cercueil, dont je m'approchai me disant : « Ah, « Les Mémoires d'outre-tombe ! ».

Comme je me penchai sur le cercueil, j'y vis un « crâne couleur de parchemin » et une citation de Philip K. Dick, où il était question « d'ossements roussis et desséchés », de « regard torve » (je pensai à mon examinateur), de « grains de raisin ratatinés ».

Comme retentit l’explosion, je compris qu'on frappait à ma porte. Avant de me laisser au réel, la jeune femme aux cheveux courts me dit dans un souffle : « Elle n'a pas – je dis bien elle n'a pas – cherché à utiliser son pouvoir après l’explosion. »

Pourquoi toujours Philip K. Dick ?, me dis-je ouvrant mes yeux sur le da-sein.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 février 2022.

23 janvier 2022

LA MULTIPLICATION DES PINS (Sur une phrase de François Mauriac)

LA MULTIPLICATION DES PINS (sur une phrase de François Mauriac)

 

« Comme si ce n'eût pas été assez des pins innombrables, la pluie ininterrompue multipliait autour de la sombre maison ses millions de barreaux mouvants. »
(François Mauriac, « Thérèse Desqueyroux »)

« ses millions de barreaux mouvants. Lorsque »
François Mauriac écrit ce bout de phrase & qui
fait une ligne dans mon édition de poche c'est
de la pluie qu'il parle c'est la narratrice je
crois qui les compare ces traits de la pluie à
une multiplication ininterrompue de barreaux à
une prison donc qu'elle est comparée la maison
sur laquelle tombe des millions de barreaux la
pluie qui n'en finit pas tombe sur la maison &
ça fait prison cette maison sous la pluie sous
la multiplication des traits ça fait prison ça
fait ténèbres me rappelle du Baudelaire ça dit
« Bientôt nous plongerons dans les froides té-
- Ah flûte i s'case pas le bel alexandrin dans
la mesure justifiée bon zavez saisi le sens et
la maison où se trouve Thérèse autour des pins
partout des pins car ce sont les Landes à pins
même qu'elle dit qu'ils sont les pins tous ces
pins tous ces pins partout innombrables & pins
et plic ploc ploc plouc les pins la flotte les
pins la pluie qu'ça cesse pas ténèbres et qu'à
une prison qu'ils assignent Thérèse que défois
l’existence ça fait comme une prison alors moi
je sais pas mais y a plus rigolant dans la vie
mais c'est sûr Thérèse Desqueyroux pas comique
dans le genre roman j'avais bien aimé quand je
l'étudiais en Première c'est du très bon roman
à étudier au lycée Parfait Mauriac pour le bac
l'étudiais en Première je fus bien rêveur hein
l'étudiais en Première je contemplais la pluie
l'étudiais en Première tomber sur les arbres &
les filles qui passaient entre les bâtiments &
les filles elles se pressaient à cause du vent
l'étudiais en Première rêveur rêveur rêvasseur
l'étudiais en Première bien mélancolique aussi
l'étudiais en Première l'ai relu ensuite et je
devrais l'relire avant d'être obligé d'partir.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 janvier 2022.

28 décembre 2021

TOUT DEPEND DU DIABLE QUI PRESIDE

TOUT DEPEND DU DIABLE QUI PRESIDE
(En parcourant « Pour Belinda », de Charles Exbrayat)

1.
« - Prenez garde. On ne vous aime pas dans ce coin. Vous savez pourquoi.
- Je m'en fous. »
(Exbrayat, « Pour Belinda » [des personnages])

Magnifique. Le genre de réponse dont je rêve.

2.
« - Oh ! celui-là, soupira Johnny, il devait y avoir du venin de serpent-minute dans le lait qu'il a tété. »
(Exbrayat)

Serpent-minute : Il est petit (le latin « minutus » signifie « petit ») et la rumeur dit qu'il tuerait dans la minute. Paraît qu'c'est pas vrai.

3.
"Je devinais qu'une question lui brûlait les lèvres"
(Exbrayat, [le narrateur])

En bonne absurdie, la suite voudrait qu'une flamme lui dévorât la bouche. On voit ça dans les rêves et les activités secrètes du surréalisme.

4.
Selon le sociologue Michel Wieviorka que j'entends sur France Inter, Martine Aubry avait jadis initié un « laboratoire des idées » que François Hollande, une fois qu'il fut venu à la présidence pour recruter Macron, aurait supprimé.

5.
L'Etat, c'est la multiplication des lois et des réglementations ; la libre entreprise, c'est celle des petites et grandes magouilles. La démocratie libérale, la cohabitation des deux. Tant qu'il y a des sous, ça peut tenir. Sinon, ça peut vite virer vinaigre.

6.
« - Nous sommes venus vous chercher.
- Me chercher ? »
(Exbrayat [des personnages])

Ce sera par une aube (pas forcément froide et grise) et ce sera quand l'absurdie du surnombre aura mis fin à la démocratie.

7.
« Clive, quand on a choisi un métier c'est comme quand on a choisi une femme, que cela vous plaise ou non, on doit aller jusqu'au bout du chemin... »
(Exbrayat [Saltfleet])

Vieille morale que la modernité libérale a fait voler en éclats, pour le meilleur comme pour le pire.

8.
On trouve dans le roman « Pour Belinda » de Charles Exbrayat, cette description du scrapple : « un mélange de gelée de porc et de viande que l'on sert avec de la bouillie de maïs refroidie, découpée en tranches passées à la friture. »
Le traducteur automatique de Google donne « ferraille » pour « scrapple ».

9.
« La bonne éducation, les ambitions longuement mijotées s'effacent souvent devant un solide paquet de dollars. »
(Exbrayat, [le narrateur])

Lucide. Et lorsque ces biens éduqués très diplômés deviennent des politiques en place et des experts reconnus, ça peut défois s'avérer désastreux.

10.
« L'ennemi que j'avais dans cette pièce s'affirmait d'un machiavélisme qui me déconcertait. »
(Exbrayat [Le narrateur])

Il arrive ainsi que celui qui va vous planter prenne d'abord votre défense. Tout dépend du diable qui préside au théâtre.

11.
« Ce que vous pouvez m'embêter tous avec vos histoires sentimentales ! »
(Exbrayat, « Pour Belinda » [Sutton])

C'est là l'origine de bien des romans et d'emmerdements.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 décembre 2021.

 

13 septembre 2021

LA LANGUE C'EST DU C'EST-A-DIRE

LA LANGUE C'EST DU C'EST-A-DIRE

1.
« L'orage assombrit ma fenêtre. J'ai envie de Notre-Dame sous le ciel noir. »
(Patrick Grainville, « Les Anges et les faucons »)

L'orage : les anges artilleurs à l’exercice. L'orage
Assombrit l'paysage lequel est tissé de sourires de clowns
Ma musique que j'préfère c'est quand même ce bon vieux rock progressif (Pink Floyd, Gong, The Residents, Gentle Giant & tutti planeries, quand ils sont pas emphatiques & tocs, sont réconfortants les bidouilleurs d'sons là, & même marrants défois dans le genre humour des lunes) Ma
Fenêtre n'est point bleue car il fait jour ; dehors c'est façon fait pas beau, blanc, gris, avec des airs à pleuvoir pour un rien.

J'ai envie d'une bière car j'aime bien la bière mais faut pas qu'j'ai
Envie d'une bière car faut qu'j'écrive et si j'commence à liquider
De la bière j'écrirais pas assez pour être content quand même
Notre-Dame des Sobriétés passez-moi s't'envie d'binouze
Sous ton balcon j'irai pas ce soir chanter Je suis sous sous sous ton balcon
Le temps passe moi j'écris y en a qui sauvent des vies moi j'écris Le
Ciel s'en fiche y a personne dedans (sauf peut-être de lointains cousins)
Noir est l'espace on dit avec des trous noirs dedans paraît.

2.
« car celui que vise un sort, c'est le chef de famille, c'est-à-dire celui qui marque cette famille de son nom. »
(Jeanne Favret-Saada, « Les Mots, la mort, les sorts »)

Car qui m'fait penser à « Yes baby you can drive my car »
Celui qui m'fait penser à « ou comme cestuy-là qui conquit la toison »
Que me dites, que me dites-vous là ? Des sottises, des sottiiiiiiiiiiiizzz sans nul doute - Un p'tit coup du Daevid Allen Weird Quartet, « The Latest Curfew Craze » ça s'appelle, gouleyant dans l'genre déjanté -
Vise un peu cette fille-là, elle est terrible me dis-je à mon Johnny fantôme et portatif (çui-là qu'j'ai sous les tifs)
Un fantôme c'est bien utile quand on est seul on peut lui causer mais défois faut l'apprivoiser défois c'est pas si facile Un
Sort c'est jamais à soi-même qu'on le jette, qu'on s’ensorcelle, s'envoûte
C'est la rentrée des classes, faut s'reconnecter au réel à Blanquer, étrange contrée, on navigue dans les confins à « chef d’œuvre » (on en rit dans les salles de profs, y a qu'Blanquer pour pas s'en douter)
Le Blanquer, depuis que Buzyn a été mise en examen, i doit s'poser des questions dans sa tête, Mister Tout-Va-Bien-C'est-Sur-La-Table (rengaine impopulaire) Le
Chef c'est le Chef et quand ça va pas, c'est le Chef qui doit, sinon, qu'il aille faire le Roi de Pologne dans une pièce de Jarry.
C'est-à-dire : j'aime bien ça, le « c'est-à-dire » qui ne dit pas autre chose que le langage est quelque chose à dire et c'est
Celui qui dit qui est comme on dit quand on dit déjà des choses
Qui sait comment qu'ça va tourner tout ça bah je n'ai plus qu'à m'occuper de mes affaires et laisser s'embourber les prétentieux Elle disait un
« Marque-ta-page » pour « marque-page », mignon.
« Cette fille là, mon vieux, elle est terrible » ah toujours mon fantôme de Johnny qui agite un peu d'rock n' roll (çui-là qu'j'ai sous les tifs) Ma
Famille, j'l'ai bien perdue, seul que j'reste avec mon chien dedans.
De ma désinvolte écriture que j'm'occupe, tout l'monde s'en fout, ça m'va très bien.
Son prénom ? Melody. Son
Nom ? Nelson. C'est dans un album de Serge Gainsbourg que j'aime bien.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 septembre 2021.

 

6 août 2021

AUSSI MORT QU'UN DIEU

AUSSI MORT QU'UN DIEU

1.
Parce qu'il est plus coercitif qu'autre chose, le Pass Sanitaire est infantilisant et humiliant, voire inquiétant. Je comprends les personnes vaccinées qui, à partir de lundi, n'iront plus au café, ni au restaurant, ni au cinéma.

2.
« Je les vois dès maintenant (encore qu'au travers du médium) »
(Wittgenstein, « Investigations philosophiques, 102)

« Je les vois dès maintenant »... c'est ce que suppose l'emploi du verbe « voir »... Si l'on emploie le verbe « voir » au sens de « prévoir », le « dès maintenant » se charge d'évidence spéculative.

3.
« Car elle [la philosophie] ne saurait non plus le fonder [l'usage réel du langage] »
(Wittgenstein, « Investigations philosophiques, 124)

« Car [la philosophie] ne saurait fonder [l'usage réel du langage] »... Les concepts n'abolissent pas la langue courante... la langue des évidences journalières... et qui n'use que des concepts pour penser se fait le roi d'un royaume ridicule.

Une philosophie qui prétend régenter l'usage réel du langage, et qui, allant au-delà de la déconstruction, prétend fonder une sorte d'éthique de la langue, est bien prête de sombrer dans la censure et l'ordre moral pour, in fine, en arriver à la novlangue des efficacités redoutables.

4.
« personne ne sache si autrui n'a pas également ceci ou quelque chose d'autre. »
(Wittgenstein, « Investigations philosophiques », 272)

« personne ne sache si autrui n'a pas également ceci ou »... ce qu'il a, autrui, ce qu'il voit et sent réellement, on ne peut le... Le sait-il lui-même ?... de parfaits inconnus parlant à de parfaits inconnus une langue raisonnable... la convention sociale, une ignorance radicale.

5.
Dieu nous a laissé nous débrouiller... nous a laissé nos fils ô pantins... qu'on s'emberlificote, s'étrangle avec...

6.
« on s'imagine telle heure, ou telle autre, et enfin on s'en tient »
(Wittgenstein, « Investigations philosophiques », 607)

« on s'imagine telle heure, ou telle autre »... en l'absence de montre, y a doute... l'humain est imaginatif, d'où ses erreurs... « et enfin, on s'en tient »... faut bien prendre un parti... le camp de telle heure... et le Temps étant une convention, ontologiquement, on erre, incertain.

7.
« quel est l'objet de la peinture (le tableau qui représente l'image »
(Wittgenstein, « Investigations philosophiques », 518)

Quel est l'objet de la peinture (le tableau qui représente l'image », c'est entendu depuis longtemps... le réel de la peinture est la peinture... Oui, mais pourquoi avons-nous tant besoin de ce rapport au réel que nous nommons « fiction » ?

Le réel de la peinture, du cinéma, de la littérature n'est pas seulement la peinture, le cinéma, la littérature, mais le réel des fantômes qui s'y agitent... le réel est aussi mort qu'un dieu... et très puissantes ses manifestations.

8.
« c'est la nature des signes essentiellement nécessaires qui énonce d'elle-même. »
(Wittgenstein, « Tractatus logico-philosophicus », 6.124)

Nous croyons décider de ce que nous disons, et ne faisons que débiter un programme induit par « la nature des signes essentiellement nécessaires »... animaux grammaticaux...

9.
Si j'étais encore plus de mauvaise foi, j'écrirais : Conte de fée... un méchant poison parcourt la planète... Vous mourrez tous !... mais heureusement, deux (ou trois) piqûres d'un antidote puissant et le poison ne vous fera rien... Vous y croyez, vous ? Bin moi, j'y crois quand même même si tout d'même hein...

10.
« Et si les choses se comportaient tout autrement qu'elles se comportent effectivement »
(Wittgenstein, « Investigations philosophiques », 142)

« L'effectivement », c'est ce que je perçois... Mais les choses se comportent-elles réellement de la manière dont je le perçois ? Parce que nous pensons que cela a du sens, nous en concluons un peu vite à leur réalité... d'où les utopies politiques... et les machiavélismes...

11.
Je n'oublie jamais que « 1984 » est un roman pessimiste, voire désespérant.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 août 2021.

22 mai 2021

J'AIME BIEN ASTRID ET RAPHAELLE ET DEUX AUTRES

J’AIME BIEN ASTRID ET RAPHAELLE ET DEUX AUTRES

1.
J’aime bien car chu content y a une deuxième saison ah
Bien de la série Astrid et Raphaëlle que c’est policier même que
Astrid c’est une autiste archiviste du coup elle sonne bizarre
Et faut toujours que tout soit prévu sinon elle peut paniquer et
Raphaëlle c’est un commandant de police.

J’aime bien Astrid et Raphaëlle car c’est
Bien Astrid elle voit « les couleurs pas le paysage »
Astrid elle dit que c’est car elle est autiste ils disent
Et c’est policier comme série genre curieux à énigmes
Raphaëlle et Astrid doivent résoudre des mystères impénétrables.

J’aime les mystères de la série Astrid et Raphaëlle c’est
Bien genre étrange l’homme tué devant plein de monde & personne n’a rien vu
Astrid comme elle est autiste elle résout plein de puzzles
Et ça épate tout le monde qu’on dirait qu’elle se souvient de tout
Raphaëlle elle aime bien Astrid et c’est un commandant de police.

2.
« C’est le moment qu’ont choisi quatre majestueuses hirondelles pour surgir d’un cerisier en fleur. »
(Bernard Weber, « Les Fourmis »)

C’est dur la culture me dis-je en dardant un film de Godard
Le film à Godard, compliqué qu’j’ai rien pigé m’suis endormi A un
Moment m’suis réveillé cause mon chat Miou-Miou miaou-miaula Mais
Qu’ont-ils les meow-meowlants à miou-miouler dès potron-minet ? L’a bien
Choisi son moment la matoute pour m’seriner Ramona-a-faim après que
Quatre majestueuses
Majestueuses hein ça dit tout qu’c’étaient pas des
Hirondelles (d’ailleurs pourquoi des hirondelles ?)
Pour sûr qu’c’étaient des reines des reines des abeilles qu’j’avions en songe
Surgir qu’j’ai ai les vues surgir
D’un cerisier se sont envolées pffflououout ! D’un
Cerisier j’vous dis, même que j’ai bien rêvé qu’il était
En fleur longue longue immaculées toute blanche ou en
Fleur perlé de rose genre que moi j’en ai pas d’cerisier.

3.
«…ou le hurlement qui retentissait à la fin d’un des classiques de Suspense intitulé You Died Last Night. »
(Stephen King, « Anatomie de l’Horreur »)

Ou défois ça hurlait Ouh Ouh qu’ça
Le hurlement on dit qu’ça glace les sangs, le
Hurlement, qu’vous avez les sangs qui font clac-clac
Qui font clac-clac je répète car j’aime bien le son clac-clac qui
Retentissait dans les nuits anciennes
A la maison où je vécus avant d’être là.
La maison pleine d’ailleurs perdue dans le passé, à la
Fin d’chaipakoi pis spatio-temporel, à la fin
D’un film que j’ai pas vu mais qui me hante,
Des films j’en ai vu des tas comme tout le monde des
Classiques des nanars des spectaculaires des ennuyeux à thèse
De quoi s’en rappeler des scènes mémorables, des répliques cultes,
Suspense et cetera, qu’vous avez les sangs qui font clac-clac dans un  
Intitulé « You Died Last Night » que t’as saisi hein
« You – c’est bien de toi qu’on cause
Died – c’est bien toi qu’est mort
Last – et t’es mort quand tu te demandes, eh bien « last
Night », c’est-y pas flippant hein dis.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mai 2021.

4 mars 2021

TRESORS LES MOTS DES TRESORS ENGLOUTIS

TRESORS LES MOTS DES TRESORS ENGLOUTIS

 

« La mort en tablier qui rentre ses moissons

repliant les messieurs, les dames, les oiseaux,

la mort n'écoute pas nos discours de poissons,

les mots que nous disons restent au fond des eaux. »

(Claude Roy, « A regret »)

 

Claude Roy dans son poème « A regret »

que moi itou j'en regrette des trucs &

même si je sais qu'il y a un lutin qui

squatte ma caboche & qui fait tant pis

tant à l'insu d'mon plein gré qu'c'est

l'inconscient que ça s'appelle y a que

j'en regrette quand même des trucs Bon

alors Claude Roy dans son poème il dit

qu'la mort qui « rentre ses moissons »

elle porte un tablier qu'si on pouvait

voir son allure à la mort un squelette

avec un tablier d'ssus ses osses qu'on

verrait Ensuite il met une jolie image

Claude Roy La camarde « repliant » les

passés (« messieurs dames oiseaux ») &

ça fait façon qu'les êtres ce sont des

silhouettes de papier qu'on replie pis

qu'on range dans la boîte à images pis

comme un jeu d'enfant alors la mort et

que la mort c'est du pourrissant qu'ça

vient défois après longues souffrances

la mort mais on est dans l'ironie dans

ses vers à Claude Roy l'ironie douce &

qui dit que « la mort n'écoute pas » &

moi ça ne m'étonne pas qu'la mort elle

n'écoute pas qu'on sait même pas si la

Faucheuse elle en a des oreilles qu'en

tout cas si la mort avait des oreilles

les anges du Bon Dieu pourraient tirer

ses oreilles à la mort et que ce n'est

pas le cas Ça se saurait Y aurait d'la

légende d'saint qu'a tiré les oreilles

de la mort et j'crois pas qu'il y en a

Du coup Mort n'a point d'oreilles Donc

« la mort n'écoute pas nos discours de

poissons » précise Claude Roy que nous

chez les vivants derrière la vitre pis

c'est vrai qu'si la mort elle porte un

tablier elle doit avoir des yeux (même

que les yeux de la mort terrible qu'ça

doit être) et doit nous voir la gueule

qui s'ouvre s'ferme et s'ouvre s'ferme

qu'aucun son ne parvient à ses ouïes à

la mort pis que nous derrière la vitre

restés parmi les vivants on est pareil

à des poissons que le destin pêche car

le destin est le roi pêcheur de toutes

les vies qu'il y a sur terre & logique

donc que comme dit le poète « les mots

que nous disons » les mots ça n'existe

que si on les dit sinon ils se perdent

dans le grand syllabaire de la nuit et

bruissent avec les feuilles ou bien au

fond des eaux qu'ils restent comme des

trésors les mots des trésors engloutis

 

Patrice Houzeau

Malo, le 4 mars 2021.

 

3 mars 2021

NOTES SUR HUIT VERS DE PIERRE-JEAN JOUVE

NOTES SUR HUIT VERS DE PIERRE-JEAN JOUVE

 

1.

« Justement car tant d'or s'éloigne

de nos âmes » joli alexandrin On le

doit à Pierre-Jean Jouve Il me fait

penser que plus on s'approche de la

grande faucheuse des corps plus les

choses s'éloigneraient d'nos âmes &

qu'on en aurait moins des désirs de

tout ça qu'on croit si important et

s'qui n'est qu'illusion s'éloigne &

défois très vite façon foudre qu'ça

s'éloigne de s'qui n'existe pas que

tout ça c'est psycho pis biochimie.

 

2.

Après si l' « or s'éloigne de nos âmes »

et que le « sang s'écaille » c'est qu'il

y eut sans doute des massacres au soleil

de la grande vallée des vivants que j'me

demande de quoi parle le poète Jouve que

le champ lexical de la strophe (on y lit

les mots « mensonge » « larmes » & l'nom

Hécate qu'est l'nom d'une ténébreuse pis

divinité sorcière on dit) montre que ses

vers à Jouve c'est pas de la ritournelle

à rigoler que donc d'après Jouve si l'or

« s'éloigne de nos âmes » & qu'le « sang

s'écaille » et qu'le « mensonge paraît »

(qu'le mensonge apparaît donc dans toute

sa menterie) alors « moribonde » qu'elle

est l'Hécate & « vieux Commandement » il

ajoute Jouve que je n'sais pas à quoi ça

s'réfère à la Bible ou à l'armée ? Jouve

y flanque trois fois l'adverbe justement

dans les 8 vers de ses deux strophes que

je vous dis ça c'est juste pour dire que

je suis bien content d'avoir un peu pigé

d'quoi causent un peu peut-être les vers

à Pierre-Jean Jouve pendant que dans les

airs circule le dragon invisible et même

qu'il est en train de le flanquer le feu

partout dans s'monde arrêté & stupéfait.

 

 

3.

Dans la strophe suivante il est question

de « bras doux » pis de « l'aube » aussi

d'espace enchanté & de « l'esprit sain »

qu'le « chagrin » s'envole littéralement

qu'il dit cela Pierre-Jean Jouve je vous

l'cite :« Tant de chagrin s'élance alors

d'une aile chaude » pis qu'après ce sera

la « Résurrection calme » rien qu'ça pis

« des corps enfantins » puisque n'est-il

pas qu'nous sommes les enfants de Dieu &

qu'il ne faut pas prendre les enfants du

Bon Dieu pour des canards sauvages comme

l'a justement rappelé Michel Audiard pis

même qu'c'est le titre d'un de ses films

 

4.

« Justement car tel bras doux traverse l'aube »

écrit le poète Jouve que j'me vois dans la tête

un bras passer doucement dans le ciel tout bleu

des Résurrections Y a des anges à trompinette i

flottent dans le ciel traversé d'éclairs mais i

sont tout silencieux ces éclairs & i foudroient

pas du tout c'est plutôt des éclairs d'lucidité

ou des éclairs de génie le génie des cieux itou

des éclairs de joie On entend aussi des psaumes

Un calme de vache aux champs règne sur la Terre

c'est beau comme dans un tableau du dimanche et

bon cépatouça mais faut que j'me mette en route

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mars 2021.

 

10 avril 2023

LE MOT ANGLAIS SPLEEN SIGNIFIE RATE

LE MOT ANGLAIS SPLEEN SIGNIFIE RATE

1.
« MÉNON : J'avais déjà ouï dire, Socrate, avant que de converser avec toi, que tu ne faisais autre chose que de t'embarrasser toi-même, et embarrasser les autres... »
(Platon traduit par Victor Cousin, « Ménon »)

De sorte que Socrate étant mortel et s'embarrassant soi-même, et les autres étant, eux aussi mortels, Socrate embarrasse aussi les autres. Quant au chat, à la voix active, il mange la souris.

2.
Pour changer de tête plusieurs fois par jour, il faut avoir au moins une tête ; car si vous n'avez pas de tête, vous passez votre temps à chercher où vous avez bien pu les mettre, toutes vos têtes. Bien sûr, vous vous entêtez, et ça devient vite un véritable casse-tête.

Moi, par exemple, je n'ai pas beaucoup de têtes de rechange (ce qui fait que je fais souvent une même et monotone tête de circonstances). Par contre, je sais parfaitement où j'ai rangé toutes les mains tendues que j'ai tranchées.

3.
« Spleen » en anglais signifie « rate ». La « mélancolie » ou « bile noire » passait pour la sécrétion de la rate, selon la théorie hippocratique des humeurs. »
(Analyse des « Fleurs du mal », par Georges Bonneville, Hatier, coll. « Profil d'une œuvre »).

Le « spleen », souvent, moi, je ne sais pas quoi en faire. Si je le mets en bouteille, le spleen se met à me taquiner. Quand il boit, le spleen commence toujours par se moquer de moi, gentiment, puis très vite, il me harcèle, jusqu'à ce que je le libère, et une fois la bouteille ouverte...

Le spleen ne s'abandonne pas dans la rue, comme un vulgaire député, il vous suit comme une ombre. Je pense même qu'il est notre ombre. C'est pour ça que je coupe de plus en plus souvent France Info et toutes les idioties de ce monde.

4.
« Il peut leur arriver d'aller sur la plage et de regarder les falaises d'un air renfrogné comme s'ils contemplaient une exposition de tableaux à mourir d'ennui. »
(Tracey Chevalier traduit par Anouk Neuhoff, « Prodigieuses créatures »)

Je me demande si être assidu aux différentes expositions et salons qui animent nos provinces et excitent les peintres du dimanche est un moyen si sûr que cela de se suicider.

C'est sans doute pour cela que certains « renfrognés » préfèrent aller sur la plage et « regarder les falaises ». On ne sait jamais, il pourrait y avoir quelque animation fatale.

5.
« Paraissez ; et bientôt sans attendre mes coups,
Ces flots tumultueux s'ouvriront devant vous. »
(Racine, « Iphigénie », V,2 [Achille à Iphigénie])

Donc, si je comprends bien, pour Achille, il suffit de frapper la mer pour qu'elle s'ouvre. Biblique.

6.
J'ai longtemps cru que le dalaï lama était une espèce protégée de camélidé herbivore et sentencieux.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2023.

30 janvier 2021

NUIT DU 30 JANVIER 2021

NUIT DU 30 JANVIER 2021

 

 

Je suis assez content car on n'sera

Pas pour l'instant reconfiné Castex

L'a dit hier mais comme le Covid et

Ses variants galopent à mon avis on

Le sera peut-être bien quand même &

J'ai envie d'écrire donc allons-y à

La machine à rêver les vers J'écris

Houellebecq compare quelque part un

J'entends parler de Gertrud Stein à

La radio de chien et de rose j'bois

Du café car plus envie de dormir et

Amour brisé à un effondrement & qui

Fut parfois amoureux sait qu'défois

Amour qui s'brise à un effondrement

J'aime le café quand j'ai soif j'ai

Vraiment beaucoup de choses à faire

Je lis un peu de Houellebecq je lis

Ces mots « cadavre appréciateur » à

Çui D'une maison par exemple que ça

Ressemble ou bien & hop osons sotte

Comparaison que l'amour qui s'brise

A un gouvernement s'effondrant peut

Faire penser ça l'amour qui s'brise

Les Nuits de France Culture parfois

J'aime bien écouter ça les échos du

Passé les voix revenantes il y en a

Ça flanque un peu de nostalgie dans

Le citron Claude-Jean Philippe dans

Ses émissions sur le cinéma Jacques

Bergier disant d'étranges choses et

Le Mystère de la Chambre Jaune vrai

Bijou des années 80 le violon jazzy

Du générique & la jolie voix disant

Le presbytère n'a rien perdu de son

Charme ni le jardin de son éclat et

Les Nuits Magnétiques et les Papoux

Mais pour aimer un politique faut-i

Être sot sot aussi sot que Blanquer

Que je devrais arrêter de l'évoquer

Le Blanquer pas de mon monde stilal

Qu'en vérité j'en ai rien à faire &

M'en bats le coquillard de Blanquer

De sa réforme & d'tout ce qu'il dit

Je feuillette un recueil d'Artaud y

Lis ceci « rejoindre le Cinéma avec

la réalité intime du cerveau » même

Que le mot « cerveau me fait penser

Au mot « veau » et du coup à « cerf

-volant » et du coup à « plage » et

Du coup à la mer immense je pense &

Du coup je vois que je m'éloigne du

Sens que je ne saisis pas de ce que

J'ai cité d'Artaud plus haut & faut

Que je songe à tout ça qu'il faudra

Faire tout à l'heure & qui m'ennuie

Fortement fatalement infiniment que

La vie d'l'infini problématique que

C'est la vie qu'il y a vraiment pas

Moyen d'être tranquille surtout les

gens comme moi qui s'noient dans un

Verre d'eau & pas que Le truc c'est

Qu'il faudrait avoir le goût de les

Régler ses soucis tracas petites et

Moins petites misères qui nous font

Une vie C'est une sorte de sport si

On y songe que d'la passer sa vie à

Les régler ses problèmes Y en a des

Champions as & épées virtuoses d'la

Quotidienne problématique là que je

Me demande souvent comment font les

Gens que moi y a pas j'y arrive pas

Que j'crois que et pis non qu'c'est

Pas ça qu'ça va pas et j'me demande

Pourquoi Fantômas a-t-il éprouvé le

Besoin de créer Souvestre et Allain

C'est bête ce que je vais dire mais

Je me dis pourquoi Alexandre Astier

A autant de talent et moi pas notez

Que je ne suis pas jaloux je me dis

C'est comme ça épicétou On peut pas

Tous avoir le talent d'la comédie &

Du dialogue du texte & d'la musique

Comme l'a Alexandre Astier s'talent

Si grand que vous en vivez même que

Les gens vous admirent Moi mon truc

C'est de débiter des vers justifiés

Qu'c'est même pas moi qui ai trouvé

Ce style C'est le grand Lucien Suel

Les vers justifiés cor' une machine

A esquiver le réel que j'ai trouvée

Pour pas les affronter mes soucis &

Tout ça du réel qui m'ennuie et que

Tout le monde s'en fout de mes vers

Justifiés mais j'm'en tape cause en

Composer des Justifications cela me

Plaît un peu de Houellebecq j'y lis

« écrasement » « circonstances » et

Là faut que j'fasse une pause hein.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 30 janvier 2021.

 

 

 

 

 

19 février 2023

L'ÂNE LE LABYRINTHE ET LA CHEVRE

L'ÂNE LE LABYRINTHE ET LA CHEVRE

1.
« Non ; c'est un âne hypothétique, un être de raison, une fiction d'âne. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XIII, « Le passage d'âne »)

Non, ce n'est pas seulement « Ma faim, Anne, Anne ! Fuis sur ton âne » à Rimbaud,
C'est une autre chanson aussi,
Un air pour un
Âne législatif, la valse de la reprise
Hypothétique, la ritournelle des réélus,
Un tango du député sans cerveau, pis qui sourit pis qui sourit pis qui sourit. Quel
Être vous pique ? Quel fantôme
De la liberté vous frôle ? Quelle
Raison sans raison vous remue ?
Une réforme, une autre, une autre encore,
Fiction de vérité cousue d'éléments de langage
D'âne évident, qui a bien appris sa leçon à l'Ecole Nationale des Ânes.

2.
« … et représentant les détours du labyrinthe de Crète »
(Paul Arène, « la Chèvre d'or », ch. XIV, « La fête de l'Emir »)

Et voilà que l'abbé Sèbe, c'est l'abbé du roman,
Représentant le bon dieu dans ce pays pris par la fièvre de la légende,
Les explications qu'il donne au narrateur sur la danse des gaillards, tours, tours et
Détours du « quadrille guerrier »,
Du Dédale au Minotaure qu'il cause alors, l'abbé, qu'ça évoque le
Labyrinthe assassin du mythe, ste gigue là, venue
De la Méditerranée antique, du temps de la
Crète, d'où Icare s'envola pour retomber.

3.
« C'est à croire positivement que la chèvre existe. »
(Paul Arène, « la Chèvre d'or », ch. XVII , « Les chasses du curé »)

C'est qu'il y en a des gens qui croient aux OVNI, ou
A quelque dieu de miséricorde, à moins qu'il soit vengeur, à
Croire au Grand Complot International du Covid satanique.
Positivement (l'adverbe est admirable) ils sont fascinés.
Que le réel soit tel qu'il a l'air d'être, des milliards de gens qui essaient d'avoir moins dure
La vie, ils n'en reviennent pas ; leur faut de la
Chèvre d'or, du grand secret, de la manipulation mondiale, qu'ça
Existe pour de vrai, le Belphégor planètaire, le Fantômas atlantiste, la Clique du Grand Cric qui croque tout.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 février 2023.

11 février 2022

COMME JE ME SENTIS FANTÔME JE ME REVEILLAI

COMME JE ME SENTAIS FANTÔME JE ME REVEILLAI

 J'ouvre un album de Hermann et je me souviens d'un rêve.

Des mômes jetant des cailloux, lapidant le vagabond pendant que poursuivant leur route, sur leurs chevaux, dans la fiction, l'un des personnages demande à l'autre « Comprenez-vous le grec ? » Je ne l'ouvris pas.

Je ne l'ouvris pas pour la condamner. Des mômes lapidant le vagabond. Soif de la clameur du feu. Le vent, pas qu'il fasse si froid mais le vent. Au loin de la palissade qu'il jetait sa vue, aussi loin que, attendant le fendant les flots.

La mer embarcadère mouettes goélands comme dans ce film idiot où l'un dit à l'autre On ne doit plus être loin de Mâcon et qu'un goëland apparaît sur leur moto pendant l’exode, les Français sur les routes et les troupes déchirées.

C'était sur les routes, l’exode, les gens à pied, les soldats à pied, tout ça mêlé comme dans un roman de Claude Simon ; mon père y perdit son père d'une attaque de stuka. Dans le fossé, blessé, mortellement. On ne mourait pas que de mort naturelle. Il n'en parlait jamais.

C'est étrange les rêves. Quelle était cette bibliothèque où j'allais comme si elle m'était assez familière ? Des livres et des jeunes gens. Il faudrait que je fasse des fiches. C'est pour ça que j'y allais. Des jeunes gens, des lycéens, et moi tout vieux.

Quelle était cette bibliothèque où soudain je ne retrouvai pas mes livres, les livres que je cherchai, et cette jeune femme aux cheveux courts qui s'avança, j'eus le pressentiment quelle faisait partie du personnel, elle dit : Qu'est-ce qui se passe ?

J'y allais comme si elle m'était familière, dans cette bibliothèque pleine des visages lisses des lycéennes, je me disais je suis tout vieux avec mon cartable d'enseignant et les livres mes livres je ne les trouvai plus, à cause des préparatifs d'un Salon du Livre.

Je compris que c'était à cause d'un Salon du Livre en cherchant mes livres, les voyant, ces autres livres, rossignols très chers et cette tête moustachue et rigolarde (je crus qu'il moquait ma pomme, là, moi, tout vieux comme un vieux da-sein).

Cette tête moustachue, il me sembla la reconnaître mais me vient pas d'emblée, peut-être cet étudiant instituteur? Elle ne se moquait pas de moi. La jeune femme aux cheveux courts ne s'adressait pas à moi non plus, mais à la jeune fille assise et pâle.

« Alors qu'est-ce se passe ? Pourquoi éprouves-tu le besoin de m'appeler « belle-mère » ? (je retranscris fidèlement la parole du songe), puis elle l'embrassa, la jeune fille. Sur la bouche. Comme je me sentis fantôme, je me réveillai.

Ceci n'a rien à voir avec le récit du Capitaine Hastings : les formateurs qui expliquent aux enseignants qu'il ne faut pas expliquer le lexique aux élèves cause qu'ils doivent retrouver le sens par rapport au contexte n'ont jamais lu Wittgenstein, je pense.

La réforme Blanquer prend le rance de toute part. Paraît que Pierre Mathiot lui-même reconnaît « quelques » erreurs. Avouez-le, Messieurs, vous vous êtes fourvoyés dans la haute gourance, et voilà.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 février 2022.

16 janvier 2022

ECLATS ET BANCALES COCASSERIES

ECLATS ET BANCALES COCASSERIES

 


  1. Je ne connais rien aux légumes et Mary me traite

    comme une ignorante en légumes et jette toute la
    journée sur ma pomme trognons d'chou épluchures.


  2. aille, parce que vous savez comment sont les gens

    faut toujours qu'ils aient un avis sur tout alors
    valait mieux qu'elle parte & laisser mariner les.


  3. la maison en courant et s'accrocha à moi des deux

    tentacules qu'elle avait car sa nature de pieuvre
    avait pris malgré elle le dessus & elle paniquait


  4. dissimulée. Il s'approcha en souriant et fut un peu

    assassiné car la miss était si dissimulée qu'il vit
    soudain avec épouvante qu'elle était une assassine.


  5. je dis à tout le monde. Mais la situation n'en était
    pas moins alarmante et le ciel se tachait de plus en
    plus de petits points étranges statiques persistants


  6. « Lune mi-lune miaule
    Adieu rhododendrons »
    (Georges-Emmanuel Clancier)
    Lune mi-lune miaule
    Adieu rhododendrons
    Défois quand miaule
    Lune mi-lune allons
    Disparaissent & les
    Rhododendrons & les
    Souris d'la piaule.


  7. ne nous a jamais autorisées à recevoir des visites à
    cette heure-ci de la nuit surtout quand il s'agit de
    visiteurs d'un autre monde & de leurs yeux globuleux


  8. écrites dans cette lettre étaient des mensonges

    car il ne fut jamais question que des visiteurs
    d'un autre monde fussent invités à la maison de
    tante Agatha laquelle ne supportait déjà pas la
    présence du cousin Herbert & de sa sotte épouse


  9. au bonheur et au malheur d'autrui, et, pour parler

    comme on dit quand on dit des sottises chacun sa &
    les moustaches seront bien gardées dans leur boîte

  10.  
    Etrangement, la jeune Alma
    préférait le camembert aux
    symphonies de Schubert bin
    ça va pas le faire pour sa
    légende à l'époustouflante

  11.  
    « -Mais n'êtes-vous pas vraiment quelqu'un ?
    répliquai-je, amusé » dit le narrateur de la
    page d'un roman d'Agatha Christie puis je me
    dis que si ses bras reprenaient leur forme &
    que tout à trac c'étaient des tentacules qui
    se mettaient à s'agiter autour de la caboche
    rousse d'un roux de dans le temps quand il y
    a longtemps ils furent roux les Visiteurs de
    ce monde que l'on dit autre et qui pourtant.

  12.  
    Il rêva que les pierres du jeu de go
    s'élançaient du goban & se mettaient
    à tournoyer autour de lui en essaims
    de plus en plus denses denses denses
    que bientôt il serait pris au piège.


  13. Lorsque l’œil dans l'assiette cligna
    il comprit où était passée la moitié
    de son poulet alors reprenant du vin


  14. se cassent la gueule les choses qu'on
    sait pas pourquoi que la mécanique de
    l'invisible actionne des rouages très
    subtils dans l'art d'vous dégringoler
    des tuiles sur la distraction fatale.


  15. J'ai perdu mes lunettes j'ai perdu
    mes yeux le réel se joue en-dehors
    j'ai perdu mon ombre j'ai perdu ma
    Zut et je ne ris plus à ma comédie


  16. collier et une seconde laisse. Qu'est-ce que ça si-
    lence le silence se fit et le grand rideau disparut
    dans un vloufff de fumée & le décor se mit à aboyer

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 janvier 2022.

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