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26 août 2023

MEIRIEU BLANQUER MACRON QUELLE EDUCATION ?

MEIRIEU BLANQUER MACRON QUELLE EDUCATION ?

1.
Ce que peut maintenant écrire Philippe Meirieu aura désormais peu d'importance. La gauche pédante ne reviendra pas au pouvoir de sitôt, et la présidence Macron a clairement fait le choix de l'apprentissage (même si on aurait pu se passer de la sotte réforme Blanquer). Donc, à moins que Philippe Meirieu ressente la nécessité d'apprendre aux employeurs comment ils doivent former leurs apprentis (avec les « scientifiques de l'éducation », il faut s'attendre à tout), je ne pense pas que l'influence de Meirieu sera aussi grande que dans le passé (sauf sur France Inter, et encore...).

2.
Lorsqu'en 1995, Philippe Meirieu écrit (je cite son fil twitter) : « L'enfant apprend en étant actif mais l'activité n'est pas le bricolage, c'est l’existence d'un conflit socio-cognitif dont l'efficacité dépend de notre capacité à prendre en compte les représentations initiales et son niveau de développement pour se situer dans sa « zone proximale de développement » (fin de citation), pensez-vous qu'il
- sait ce qu'il dit et sait donc que ce qu'il dit ne veut rien dire ?
- sait que ce qu'il écrit est pédant, boursouflé, prétentieux et vide de sens mais il l'écrit quand même parce que ça épate zozos et trissotins ?
- ne sait pas ce qu'il dit et que ce genre de phrase tend à prouver son imposture subventionnée ?

3.
23 août 2023. Bah Macron fait comme d'habitude, il parle de l'éducation comme s'il y connaissait quelque chose. Il a fait pareil avec la Défense, avec le covid et sans doute d'autres domaines encore. Il pérore, mais il n'y connaît rien ; il y va au chiqué, du flan tout ça.

4.
Si Darmanin était réellement candidat aux présidentielles 2027 et était élu, Darmanin serait-il :
- Le pion de Sarkozy à l'Elysée ?
- Un ersatz de Marine Le Pen ?
- Une preuve de plus que la France est un pays de droite, qui vote parfois à gauche mais avec de moins en moins de conviction ?

5.
Je me demande ce qu'est devenu Jean-Michel Blanquer ?
- Afin de gagner beaucoup d'sous et retrouver quelque pouvoir continue-t-il, the Blanquer, à travailler dur (« comme un bœuf » qu'il a dit un jour le chroniqueur Bock-Côté sur Cnews et parlant de l'homme de la réforme) ?
- A-t-il, le Blanquer, écrit à Darmanin pour lui faire savoir qu'en cas de victoire aux présidentielles 2027, il se portait volontaire pour redevenir Ministre de l'Education nationale ?
- Devenu frère Jean-Michel dans quelque monastère apprenant, se repent-il bien de sa sotte réforme, allez, tout en s'occupant du jardin et discourant avec les petits oiseaux ?

6.
Se pourrait-il que la décision de Elon Musk de bloquer le blocage sur Twitter soit en fait un coup de semonce à l'intention des promoteurs du Digital Services Act ? Le signal serait clair : ne me cassez pas les pieds sinon je débloque tout et ça sera ingérable...
Cela s'appelle un bras-de-fer. Dommage que ce soient les rédacteurs de contenus qui pourraient en faire les frais...

7.
Comment font les musiciens pour ne pas faire de couacs et enthousiasmer le public ? Comment font les comédiens pour avoir l'air de ne plus faire qu'un avec leur rôle ? Comment font les footballeurs pour étonner par leurs performances sur le terrain ?
Ils répètent. Ils répètent. Ils répètent. Pourquoi voulez-vous que cela soit différent pour les élèves ? C'est par la répétition des exercices, la répétition des formules, la répétition des automatismes à acquérir pour maîtriser les bases d'une discipline que l'on apprend.
C'est sans doute ennuyeux, oui, mais salutaire.
Aussi serait-il judicieux de ne pas alourdir inutilement les programmes et de ne pas encombrer le temps de l'apprentissage par une trop grande hétérogénéité des activités et des matières, et encore moins par des projets pseudo-culturels.

8.
25 août 2023 : un tweet daté du 22 août et signé des Jeunes Socialistes de Côte d'Or est retwitté, avec bien des moqueries, ah la la, car ces jeunes étourdis ont ainsi libellé leur appel :
« Le Campus socialiste Nous y seront ».
Se pourrait-il que les socialistes en soient à publier en toute conscience des fautes d'orthographe, afin d'attirer l'attention, de faire parler d’eux, en vertu du « On ne sait pas... sur un malentendu, ça peut marcher... faut pas se décourager... » ?

9.
Certes, il n'y a jamais eu de réforme Meirieu. Mais cet expert renommé a souvent été consulté et on le crédite d'un certain nombre d'innovations (les heures « modules », les IUFM, les TPE (« Travaux Personnels Encadrés)...).
Certes, il n'y a jamais eu de réforme Meirieu et pour ce qui concerne le naufrage actuel de l'Education nationale (il est que Blanquer, l'inventeur de « l'école apprenante » - eh oui, fallait oser - par la sottise de sa réforme, en a accéléré le processus), Philippe Meirieu a beau jeu de dire qu'on lui prête un pouvoir et un poids qu'il n'a pas eus. On peut en douter.
En effet, s'il n'en est pas directement responsable, il n'en reste pas moins vrai que Meirieu aurait du mal à nier que bien des formateurs, des professeurs, des inspecteurs, des administratifs, d'autres experts encore, sans compter idéologues et politiques, dont certains furent décisionnaires, se sont inspirés de ses idées et de son enseignement pour tenter, selon l'inquiétant slogan des « Cahiers Pédagogiques » de « changer l'école pour changer la société, changer la société pour changer l'école ».
D'où, depuis plus de 30 ans, la mise en place de « modules » (ou d'heures d'AP) et de projets dans tous les sens, d'où la coûteuse et contre-productive massification de l'enseignement supérieur, d'où les abus de l'école inclusive, la mise en place du contrôle continu, la succession des réformes et contre-réformes, le bricolage quoi, puis le naufrage.
Mais encore une fois, il n'y a jamais eu de réforme Meirieu. Non, il y eut un homme qui a beaucoup influencé, que l'on a vu partout, qu'on l'on invitait, et que l'on invite toujours, à s’exprimer dans les médias, un homme écouté (même, et c'est heureux, s'il ne fut pas entendu sur tout) et qui, maintenant, ayant empoché traitements, postes et honneurs, se dédouane, voire s'en lave les mains, voire encore nie l'ampleur des dégâts. C'est pas moi, c'est l'autre. Refrain connu.

10.
Stupeur et fromage blanc ! Ségolène Royal (ah, mais c'est qu'elle s'accroche, hein!) pourrait conduire une liste d'union de LFI avec elle-même aux européennes de 2024 et Sarkozy voudrait placer Darmanin sur le trône à Macron aux présidentielles de 2027. C'est le retour des têtes à couacs ! La fête à coin-coin !

Patrice Houzeau
Malo, le 26 août 2023.

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11 juin 2023

IL Y A DES CHOSES SI SI IL Y EN A

IL Y A DES CHOSES SI SI IL Y EN A

1.
Il y a des choses que l'on ne dit pas avec des gens derrière. Pourraient vous entendre, voire vous écouter. Et pas la peine de penser à les décoller. Après, les murs seraient obscènes, comme ça tout nus.

2.
I.A … I.A ?... C'est pas ce que disent les ânes, ça, I.A ?

3.
Certains zôtres sont une consolation. Plus cons qu’eux, tu meurs. Et je suis encore vivant.

4.
Certains zôtres réussissent le tour de force d'être à la fois des trous du c.. et des petits c.... Zont tout pour aller se faire ramoner de tous les côtés.

5.
Comme le souvenir lui revenait, il prit son parapluie. Ce n'était pas la peine d'en rajouter.

6.
Chaque fois qu'il levait les yeux, il finissait par ne plus les croire. C'est ainsi qu'il passa du scepticisme à l'athéisme.
Et que désertant l'église, il n'alla plus voter.

7.
Avez-vous remarqué qu'en vieillissant, au fil des années, on passe parfois de la paresse insouciante à la neurasthénie casanière ?

8.
Le hasard, parfois, il fait si bien les choses que l'on se demande s'il ne le fait pas exprès. En tout cas, quand les frites rencontrent la mayonnaise, j'en suis fort aise, ne vous en déplaise, mon cher Blaise et toutes ces sortes de choses qui se mangent.

9.
Y en a qui disent que si les Russes utilisent relativement peu leurs avions sur le terrain, c’est que les systèmes de défense sol-air sont devenus si performants que les avions tomberaient comme des mouches. Suffirait donc de beaucoup de systèmes sol-air et moins d’avions hein. Et donc, finis les bombardiers, les avions de chasse, les hélicoptères de combat ? Etrange.

10.
Je ne vais que rarement au spectacle. C'est-à-dire que je n'y vais que quand j'y suis invité (c'est rare) et que je me décide. Défois qu'on me demanderait de payer, voire d'apprécier.

11.
Quand on porte une veste rapiécée, si elle se met à chantonner en broken english, c'est pas si grave, j'aime bien l'album de Marianne Faithfull quand même.

12.
Je me demande quelle est l'espérance de vie moyenne d'un tromboniste wagnérien ? Bon, supérieure à celle d'un gansta rapeur, c'est sûr, mais ça ne prouve rien.

13.
Comme la tête lui tournait, il loupa le coin de la rue et se retrouva dans une ambiance à serpent, indien dans le désert et guitare qui lancine genre les Doors sont passés par là, ont tiré la bobinette et la chevillette a chu.

14.
J'aime bien la musique mais j'évite, surtout l'ample, la lyrique, avec des chœurs, des taratata-taratati cuivrés et la jolie mélodie chantante et rythmée qui vous entraînerait à se dire qu'on aime les gens et autres incongruités.

15.
Non, je n'irai pas voir monter « Dom Juan » par une troupe de drag queens. D'ailleurs, je n'irai pas voir Dom Juan du tout. Je n'aime pas les comédiens, et ce que j'aime dans Dom Juan, c'est le texte, le reste, je m'en bats la bienveillance.

16.
Quand les gens me parlent, je n'oublie jamais que ce qui les motive, c'est toujours et avant tout la nécessité de se remplir l'estomac. Le reste, c'est le spectacle de l'humanité qui se prend pour ce qu'elle ne sera jamais.

17.
Ah tiens, les USA ont sorti la diversion OVNI (conférence de la NASA, vidéos curieuses, témoignages hallucinés et faux lanceur d'alerte). Quelque chose serait-il en cours ? En Europe, vous croyez ?

18.
La résilience (poil à la panse), c'est quand vot' moral finit par tricoter des chaussettes.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 juin 2023.

 

26 décembre 2022

LA MACHINE QUEL MACHIN TOUT DE MÊME

LA MACHINE QUEL MACHIN TOUT DE MÊME

Nietzsche traduit par Henri Albert revu par Kremer-Marietti. « Réaction contre la civilisation des machines. » in « Le Voyageur et son ombre ». La « machine », « produit de la plus haute capacité intellectuelle ». La machine, quel machin tout de même, qu'on en machine à tour de bras.

La machine ne met pas forcément « en mouvement » le meilleur de l'humain. Exemple : Internet, outil fabuleux de connaissance et terrain de manœuvres des pires complotismes.

La machine ne serait-elle jamais qu'au service de « forces inférieures et irréfléchies » ? (« die niederen, gedankenlosen Kräfte »).

« Une somme de forces énormes » écrit Nietzsche à propos de l'influence, de l'action, du travail sur le réel qu'opèrent les machines. Une somme qui, sans la machine, « demeurerait endormie », où n’existerait pas, ou resterait à la marge.

Nietzsche, dans ce fragment (le 220 de « Le Voyageur et son ombre ») oppose l'artiste, l'humain se réalisant, à la machine qui met à notre disposition une réalité performante.

Cette réalité efficace, comme toutes les réalités dont nous ne sommes pas les créateurs, finit par produire un « ennui désespéré ». Elle contamine « l'âme », en fait la proie d'une « oisiveté mouvementée ». « Mouvementée » est bien le mot, comme le montre l’exemple des périls encourus par les utilisateurs imprudents des réseaux sociaux.

Le vingt-et-unième siècle sera machinal. Ce qu'a tenté Daech, et ce que tente maintenant Poutine dans sa sale guerre en Ukraine : faire des âmes des machines à tuer. Pour cela, il faut les programmer, les convaincre que la haine est préférable à la bienveillance, que la guerre est préférable à la paix, et que si les agressés résistent, c'est que ce sont eux les vrais fauteurs de guerre.

Le vingt-et-unième siècle sera machinal. La production sera automatisée et les personnels au service de l'automatisation, de la connexion universelle, du contrôle permanent de tous par tous. Pour cela, il faut convaincre que la machine protège l'humain, alors qu'elle l'étouffe dans le même mouvement qu'elle le libère des tâches ingrates, des travaux périlleux, et lui fait miroiter l'accès infini à l'arbre de la connaissance.

Nietzsche. « Der Wanderer und sein Schatten ». 220.

« Reaktion gegen die Maschinen-Kultur. - Die Maschine, selber ein Erzeugnis der höchsten Denkkräfte, setzt bei den Personen, welche sie bedienen, fast nur die niederen, gedankenlosen Kräfte in Bewegung. Sie entfesselt dabei eine Unmasse Kraft überhaupt, die sonst schlafen läge, das ist wahr, aber sie gibt nicht den Antrieb zum Höhersteigen, zum Bessermachen, zum Künstlerwerden. Sie macht tätig und einförmig – das erzeugt aber auf die Dauer eine Gegenwirkung, eine verzweifelte langeweile der Seele, welche durch sie nach wechselvollem Müssiggange dürsten lernt. »
(Nietzsche, « Der Wanderer und sein Schatten », 220).

Patrice Houzeau
Malo, le 26 décembre 2022.

19 août 2022

OU LES DIEUX SONT-ILS PASSES ?

OU LES DIEUX SONT-ILS PASSES ?

 

1.

« J'ignore d'ailleurs où se cachent ces deux ou trois dieux des théologiens, dont tu m'écris qu'ils me sont bien peu favorables. »

(Lettre d'Erasme à Dorpius)

 

Il écrit qu'il ignore où se cachent les dieux.

Je me demande où est passée Zut.

Est-elle partie en Alsace chercher un chien, sans nulle ironie puisque Zut est réellement partie en Alsace chercher un chien.

Les dieux se cachent-ils ?

Les dieux sont-ils d'autant mieux cachés qu'ils n’existent pas ?

Ou est-ce parce qu'ils existent qu'ils se tiennent loin des regards des créatures ?

Le chien que Zut est partie chercher en Alsace existe sans doute puisque Zut est partie le chercher.

Cependant tant que Zut ne l'a pas vu, ce chien existe et ce chien n’existe pas.

Schrödinger (né le 12 août 1887 et mort le 4 janvier 1961) n'était pas alsacien puisqu'il était autrichien.

Comme Zut n'a jamais rencontré ce chien, n'a jamais partagé avec ce chien ni viande ni promenade, pour l'instant, elle doit se contenter de l'être de ce chien, qu'elle a cependant vu en photo.

Il n’existe pas, à ma connaissance, d'élevage de dieux.

Ça doit être parce que les dieux sont difficiles à attraper.

2.

« Il en déduisit que la Sainte Trinité se trouve tout entière figurée dans le rudiment des grammairiens, et que les figures mathématiques ne représenteraient pas ce mystère avec plus de clarté. »

(Erasme, « Eloge de la folie »)

 

Les dieux se cachent-ils dans la logique ?

Quand je dis : « Je m'appelle Pinocchio et mon nez va s'allonger parce que je vais mentir », est-ce que je suggère que la nature des dieux est paradoxale ?

De même pour « Credo quia absurdum » (« J'y crois parce que c'est absurde »).

Je sais qu'un dieu ne peut pas dire : J’existe parce que je suis.

Il ne suffit pas d'être pour exister. Sinon, le monde grouillerait de dragons, de sirènes et d'une multitude de dieux tarabiscotés.

Zut me dit souvent : « Je suis là, j’existe bien, et tu n'es qu'un empoté. »

Quand Zut ne pourra plus dire qu'elle est dans l'être-là (le Dasein, dis donc), c'est qu'elle sera soit absente à elle-même, soit morte.

Dieu aurait bien du mal à dire qu'il est dans le Dasein (on écarquillerait les yeux et on n'en croirait pas nos oreilles).

C'est parce que dieu ne peut pas dire qu'il est dans l'être-là, qu'on dit – comme c'est commode ! - qu'il est partout.

Par définition, un dieu ne peut être absent à lui-même, ni mourir.

Ou alors c'est que dieu est un absent infiniment regretté.

Nos langages sont-ils basés sur la description grammaticale des dieux ?

Est-ce dieu que je jacte ?

Et quand je calcule combien j'ai dépensé ce mois-ci, est-ce qu'en fait je ne calcule pas la valeur des dieux ?

Est-ce dieu que je compte ?

En tout cas, c'est sur dieu que je jacte, et très humainement, c'est sur dieu que je compte, ou que je feins de compter.

Car je sais aussi que ce n'est pas dieu qui abat l'ennemi, mais la maîtrise que j'ai de mon arme.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 19 août 2022.

20 février 2023

LE DISTIQUE LE SORCIER ET LE PRÉ BLEU

LE DISTIQUE LE SORCIER ET LE PRÉ BLEU

1.
« C'était, paraît-il, un distique, obscur dans son latin barbare comme une centurie de Nostradamus, et qui parlait d'ombre et de trésor. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XVIII, « L'ermitage »)

En poésie française, le mot « distique » désigne un couple de deux vers sémantiquement autonome. On ne saurait le confondre avec le mille-feuille, ni avec le mille-pattes, ni le mildiou, lesquels ne parlent pas latin, fût-il « barbare », et n'ont jamais lu Nostradamus.

Du reste, tous les distiques ne parlent pas latin et n'ont pas lu Nostradamus. Le distique évoqué dans l'intéressant, quoique désuet, roman « La Chèvre d'or », qu'il soit « obscur dans son latin barbare » ne prouve en aucun cas qu'il ait lu les prophéties de Nostradamus.

Mais il parle « d'ombre et de trésor », et ça c'est intéressant comme un mille-feuille quand on a envie d'un mille-feuille.

2.
« Est-ce que Peu-Parle, en sa qualité de sorcier, aurait vu des choses que je n'ai point vues ? Est-ce que, sans que je m'en doute, par caprice, Mlle Norette m'aimerait ? »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XXIII, « Un bouquet » [le narrateur])

Dans les romans du 19ème siècle, ici, dans une Provence mystérieuse comme un coucou suisse qui se mettrait à parler russe, il arrive qu'un personnage, par exemple un berger taciturne, passe parfois aux yeux de l'habitus qui sous-tend la société évoquée, pour un sorcier. Le récit n'en devient pas forcément plus gothique pour autant. C'est que le « sorcier » supposé y a sa place, de même que le « bandit d'honneur ». Du reste, si le roman de Paul Arène est plein d'une atmosphère de légende, nulle sorcellerie y jette ses cœurs piqués.

Pour ce qui est de Norette, elle ne m'aime point, puisque je ne suis pas le narrateur et que, d'ailleurs, je ne connais pas de Norette. Par contre, j'aime bien les mille-feuilles.

3.
« - Qu'est-ce que c'est que ce grand pré bleu ? Saladine me dit : - C'est la mer. - Et les moutons blancs qui sont dessus ? - Ce sont des barques et leurs voiles. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XXIV, « Les oursins du patron Ruf » [Norette]).

Parlant d'elle-même, Norette se décrit comme une « petite sauvagesse qui n'a jamais vu que des montagnes ». D'où la naïveté poétique de ses questions à Saladine lorsqu'elle découvrit la Méditerranée. Quelqu'un a-t-il jamais posé ces questions là, pour de vrai, dans ce monde que nous appelons « réel » parce que si on l'appelait « concert des Rolling Stones », il faudrait payer l'entrée.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

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19 novembre 2023

J'AI BIEN CONNU UN HARENG-SAUR MAIS IL NE DONNAIT PAS L'HEURE

J'AI BIEN CONNU UN HARENG-SAUR MAIS IL NE DONNAIT PAS L'HEURE

« Vous connaissez cette bête ?...
- Je ne l'ai jamais vue...
- Sans doute un chien de bateau... »
(Simenon, « Le Chien jaune », chapitre 1)

Au chapitre 1 du roman « Le Chien jaune », de Simenon, on trouve l'évocation de Concarneau « désert » parce qu'il est tard. « Le Chien jaune » a été publié en 1931 (en moins 20 donc avant la naissance de JLM, le Grand Insoumis). Est-ce que je me demande si aujourd'hui Concarneau est désert aussi parce qu'il est tard ? Non.

Ensuite, il y a du bateau. Avec des « poulies » qui « grincent » et un « foc mal cargué qui claque au vent ». Moi, ça ne me dit rien, parce que je ne suis jamais monté sur un bateau et que je suis veau en vocabulaire marin. J'ai pris une fois le ferry. C'était il y a longtemps et moi-même, voyez, je m'en fous.

Puis peut-être qu'il y aurait « un bruit étranger à la tempête ». Comme « Le Chien jaune » est un roman policier, voilà qui met la puce à l'oreille. Ça va-t-y saigner ? La Mort assassine est-elle au rendez-vous ? Et si Nina Hagen avait été un garçon, se serait-il appelé Nino Hagen, dans le pop/rock là ?

L'auteur évoque un « ordre chronologique rigoureux ». C'est bien utile, ça, un ordre chronologique rigoureux. Ça empêche de mettre la charrue avant les bœufs, les résultats des examens avant que les candidats œuvrent et composent, le zéro avant l'infini (j'ai le vague sentiment que ce que je viens d'écrire n'a pas plus de sens que le soliloque d'une plaquette de beurre dans un frigidaire).

Comme « tout le monde a reconnu le blessé », le blessé n'est pas un inconnu. On ne peut pas se tromper sur ce point. A moins que les apparences soient trompeuses – un masque ? Comme dans Fantômas ? - et que les Beatles étaient cinq alors qu'ils étaient quatre. Mais alors, comment ont-ils fait pour qu'on les surnomme les « Fab Four » ?
La preuve de ce que j'avance ? Voici : contrairement à ce que l'on a colporté il y a quelques années, Paul McCartney n'est pas mort en 1966. Il y avait donc John, George, Ringo, Paul vivant et Paul pas mort. Alors quoi. Je dirai même plus : comme John et George ne sont maintenant plus de ce monde, les Beatles sont donc trois. Et le fait que le groupe se soit dissous en 1970 ne change rien à l'affaire. Vous 'avez qu'à demander à Lady Madonna.

Une « fille de salle éclate d'un rire nerveux ». C'est que le réel devient ridiculement absurde aussi. Du reste, vous remarquerez que le réel des fictions n'est pas moins absurde que le réel où qu'on patauge. Ah ça, t'as pas fini de te détériorer le système, la fille de salle, avec toutes ces incongruités meurtrières là.

Apparition du « chien jaune ». Comme personne ne le connaît, personne ne le salue. D'ailleurs, il ne répond pas. Il ne fume même pas la pipe. Un étranger quoi.

Plus tard, ce fut un autre chapitre. Un jeune inspecteur attire l'attention de Maigret sur la nécessité des « empreintes ». Maigret fume la pipe. Tout le monde le sait. Et, bien sûr, si Maigret avait sucé des sucettes, comme Kojak, dans la série policière éponyme du début des années 70 qu'on regardait à la télé en mangeant des gaufres quand ma mère faisait des gaufres, eh bien, la fameuse atmosphère à la Simenon aurait été assez différente.

Le pharmacien évoque aussi la nécessité « d'analyser le contenu de toutes les bouteilles ». Ce qui n'arrange pas le patron. C'est que les gens boivent aussi. Y en a même qui surtout boivent. J'ai bien connu un hareng-saur mais il ne donnait pas l'heure.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 novembre 2023.

8 octobre 2023

LE CONTRAIRE SERAIT TOUT AUSSI INQUIETANT

LE CONTRAIRE SERAIT TOUT AUSSI INQUIETANT

1.
« Je sais bien que c'est un livre en collaboration, mais ce sont les dessins qui le feront vendre. Ils vous font rire, ils vous obsèdent... vous terrifient. »
(Patricia Highsmith traduit par Michel-Courtois Fourcy, « Une Créature de rêve » [une jeune femme à Mr Sutherland])

Cette phrase signifie-t-elle que :
- il y a des dessins dont la puissance est telle que les plongeurs acrobates ne font pas fatalement songer aux électriciens de l'air ?
- Certains livres ne se vendent que par la qualité des dessins qui les illustrent ?
- Dans le théâtre classique, demander que son propre sang ne soit point épargné est le prélude à bien des tirades ?
- Je regrette de n'avoir pas tenté ma chance dans le dessin. Si cela avait marché, sans doute aurais-je été plus tranquille qu'à essayer d'enseigner (ce qui est en soi moyennement intéressant et de plus en plus contraignant) ?
- Toutes celles que l'on jette dans des cachots ne se sont pas rendues en d'autres provinces pour ramener des plantes à poison.

2.
« En fait, elle semblait éviter ses yeux et aurait pu tout aussi bien boire son verre sans lui. La lumière jaunâtre qui arrivait de derrière le bar tombait sur la large bretelle qui barrait de blanc son épaule. »
(Patricia Highsmith, « Une Créature de rêve »)

Ce qui est décrit dans cette phrase signifie-t-il que :la personne en question (le pronom « elle ») aime boire seule ?
- Cette personne est mal à l'aise, ou indifférente, ou méfiante et qu'elle ne tient pas à converser avec celui qui l'accompagne ?
- Quand les ducs manœuvrent avec une habileté de diable champion, il se peut que les reines n'aient pas tout à fait tort ?
- « la lumière jaunâtre qui arrivait de derrière le bar » se prépare à la dévorer ?
- qu'il n'est pas nécessaire que dans les parages traîne un dragon pour avoir envie d'aller porter ses pénates ailleurs. Il se pourrait aussi que le dragon fût partout ?
- Si j'étais elle, j'éviterais d'être un personnage dans un roman policier. Ça porte malheur.

3.
« Et bizarrement, il en était de même pour lui qui, après avoir travaillé jusqu'à deux heures du matin, décidait brusquement, s'il avait faim, d'aller manger un hamburger dans un bistrot du coin, ouvert toute la nuit. »
(Patricia Highsmith, « Une Créature de rêve »)

Le personnage évoqué dans cette phrase est-il :
- omnivore, noctambule, impulsif ?
- Obsédé par les hamburgers ?
- Workaholique ?
- Pas plus anormal que les autres anormaux qui constituent cette normalité des gens ordinaires que l'on appelle « société » ?
- Moustachu mais seulement dans des clips vidéos mexicains avec trompettes ?

4.
« - J'y pense brusquement.. Sur quelle sorte de flic risque de tomber Elsie ? Elle peut s'entendre dire que c'est elle qui provoque le vieux bonhomme. »
(Patricia Highsmith, « Une Créature de rêve » [Jack])

Cette phrase signifie-t-elle que :
- certains policiers ne prêteraient pas assez l'attention à ce que disent les femmes qui se sentent épiées, espionnées, voire harcelées par le « vieux bonhomme » ?
- qu'il faut se méfier, surtout si on est une jolie fille, du « vieux bonhomme », et surtout s'il a l'air d'un jeune ?
- Lorsque le prince retourne en ses Etats, on licencie les troupes. Dès lors, on doit se fier au renseignement. Et surveiller les soldats désœuvrés.

5.
« Puisque Dieu lève la patte, tout est pour le mieux du monde dans le meilleur des mondes, pensait Ralph Linderman, alors qu'il atteignait le coin de Grove Street et de Bleecker Street. »
(Patricia Highsmith, « Une Créature de rêve »)

Cette phrase signifie-t-elle que :
- l'auteur joue de la paronymie « God/Dog » et plaisante ainsi sur « le meilleur des mondes possibles » - « die beste aller möglichen Welten », comme l'écrivit Leibniz - dans lequel les chiens font ce qu'ils ont à faire ?
- Il est sans doute nécessaire que le nom signifie le destin pour que le destin s'accomplisse, mais bien sûr, d'une manière qui peut s'avérer cruellement ironique.
- L'auteur aime à plaisanter, y compris lorsqu'elle compose des romans policiers, et honni soit qui mal y pense ?
- L'action se passe à New York (Grove Street et Bleecker Street étant des rues new-yorkaises) ?
- Prendre le prétexte d'une rupture avec la Russie pour lever de nouveaux impôts, voilà qui en France va de soi. Le contraire serait d'ailleurs inquiétant.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 octobre 2023.

6 février 2024

LES ANGES NE MANGENT NI CASSOULET NI PORTE-AVIONS

LES ANGES NE MANGENT NI CASSOULET NI PORTE-AVIONS

1.
« Voici le soir charmant, ami du criminel »
(Baudelaire, « Le crépuscule du soir »)

Voici un parapluie, c'est utile quand il pleut,
Le parapluie, et si c'est le
Soir qu'il pleut, eh bien si l'on sort, on a certainement alors plus besoin d'un parapluie que d'un dictionnaire de rimes. Bien sûr, c'est
Charmant, un dictionnaire de rimes qu'on dirait que vous êtes poète, chansonnier et autres activités à passer le temps même que, parfois, il y en a, des paroliers pour les chansons là, ils arrivent à en vivre, dit-on, de leurs rimes, mais
Ami, soyons honnêtes, quand il pleut, un parapluie est infiniment plus utile qu'un dictionnaire de rimes, hein, dites, quand il tombe
Du ciel des chats et des chiens, comme, dit-on, disent les Anglais, que je ne sais pas si les Anglais le disent réellement ça, « It's raining cats and dogs » qu'on ne nous apprend pas à se méfier de tout, comme dit Brel dans sa chanson. Quant au
Criminel, bien sûr que, s'il pleut vraiment très fort, lui aussi va se munir d'un parapluie, voire d'un dictionnaire de rimes, mais c'est moins sûr.

2.
« Comme un Ange cruel qui fouette des soleils »
(Baudelaire, « Le Voyage »)

Comme je me demandais à quoi faisait référence le vers de Baudelaire que voici : « Comme un Ange cruel qui fouette des soleils », je me dis :
Un porte-avions, c'est bien ça pour mener des avions près de zones de combat qu'alors les avions peuvent aller faire leur travail d'avions de combat et ensuite rentrer sur leur base militaire mobile et marine là manger leur cassoulet, aucun
Ange ne vint du ciel me dire quoi que ce soit à propos des porte-avions parce que je ne crois pas que les anges viennent du ciel pour discuter avec les humains de porte-avions, ni de cassoulet ; il est d'ailleurs assez
Cruel pour notre orgueil à deux pattes et moustache de constater que les anges ne s'intéressent ni aux porte-avions ni au cassoulet et donc, je pose la question : A quoi donc s'intéressent les anges s'ils ne s'intéressent ni aux porte-avions ni au cassoulet ?
Qui peut répondre à cette question, ah, certes le cassoulet ne le
Fouette pas, parce que je n'ai jamais vu de cassoulet, fût-il en boîte, muni d'un fouet.
Des anges non plus d'ailleurs, à moins que ce fussent des anges cruels et baudelairiens, mais alors, sont-ce vraiment des anges ? Je m'interroge, surtout depuis que je sais que les dits « anges » ne s'intéressent ni aux porte-avions ni au cassoulet. Les
Soleils non plus, c'est à noter, et pourtant, ils sont plusieurs, ce qui quand même étonne.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 février 2024.

4 janvier 2024

AUSSI NETTEMENT QU'UN CRACHAT SUR UN MIROIR

AUSSI NETTEMENT QU'UN CRACHAT SUR UN MIROIR

1.
« Le Capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau »
(Titre français d'un livre de Charles Bukowski)

Le Capitaine est parti. Est-il au bistrot le
Capitaine qui
Est parti ? Et s'il est
Parti, c'est peut-être qu'il est ivre, tout chaloupant, le Capitaine (moi j'écoute le « Tyranny And Mutation », drôlerie hard rock du Blue Öyster Cult de 1973, un bon remède au cafard, ça, le rock et toutes ces sortes de blues) ou alors c'est qu'il est parti
Déjeuner (moi aussi j'ai faim, mais je ne suis pas à bord d'un bateau, aussi je ne me pose pas la question de savoir où donc est-il parti déjeuner, le Capitaine
Et pour être tout à fait franc, je m'en tamponne le coquillard avec la patte d'un crocodile et les considérations de Poutine sur l'avenir du monde).

Les marins, qu'ont-ils fait les
Marins ? Ont-ils joué à Jacquou le Croquant, à Jacques-a-dit, à joints et bédeaux, à si j'aurais su j'aurais pas, à Ginette et Jeannot, à jus de chaussette, à Jojo dit l’Affreux, ou alors ils
Se sont emparés de la cargaison cause qu'ils se
Sont dit qu'ils la revendraient eux-mêmes et ailleurs, que
Du coup, sont devenus pirates tout-à-fait, les marins. Quant au
Bateau, je sais pas j'étais pas là c'est pas moi même que c'est jamais qu'un mot dans un titre d'un bouquin de Charles Bukoswki que je n'ai pas lu.

2.
« Une vision quelque peu effrayante, cette corrosion, cette douleur, cette fuite du temps soudain révélée dans leur nudité. »
(John Updike traduit par Maurice Rambaud, « Les Sorcières d'Eastwick »)

Une berlue que j'aurai eue... Quoi ? Ma vie. Possédé de la
Vision qu'on est, mythonné de l'illusion, ahuri d'humanité, confit dans l'humanisme, très crétins, nous autres. Ainsi,
Quelque scormofieux à mélenchonneries contestatrices ayant tenté l'époustoufle à ressorts pour me chronophager, j'eus
Peu de regrets en le dégageant de tous mes mondes.

Effrayante l'actualité. On dirait du mauvais cinoche pour adolescents attardés.
Cette propension à s'entre-tuer qu'ils ont, les humains, à entretenir la
Corrosion des espérances, la pourriture et la corruption.
Cette mauvais foi qu'ils ont à invoquer des dieux qui n’existent pas pour justifier leurs turpitudes, ça en fait, de la
Douleur partout, et quand ce ne sont pas des dieux, ce sont des idées, des idéaux, des résiliences, comme ils disent, ces grenouilles aussi connes que les bœufs qu'elles veulent singer (mazette, quelle zoologie!).

Cette fois, je n'y reviendrai pas que je me dis dans ma
Fuite c'est qu'à force je vais finir par m'attirer des conneries et désagréments
Du diable si j'y remets les pieds et le gosier Le
Temps faut que je me le garde pour ce bon vieux rock n' roll (j'ai tant de fabuloseries électriques que je n'ai pas encore entendues)
Soudain la vérité lui apparut aussi nettement qu'un crachat sur un miroir
Révélée qu'elle est la signifiance de tout s'nada
Dans quelques années décharné désossé dépulpé déconfit réduit en poudre
Leur avis aux autres que t'importe et la
Nudité face à la Reine à la faux voilà qui oh et puis zut me dis-je et j'envoyai paître la vache à spéculations.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 janvier 2024

27 novembre 2023

DES MILLE FACES DU MALEFICE

DES MILLE FACES DU MALEFICE

1.
Paru aux éditions du Masque en 1997, « Le Château des poisons », de Serge Brussolo, est un roman noir dans un moyen-âge d'aventures. Pour ma part, je l'ai lu avec plaisir, - c'est-à-dire que j'ai fini par me laisser prendre par l'intrigue (qui vaut ce qu'elle vaut et peu m'importe) mais surtout par une langue de conteur habile. Pas de la grande littérature, mais du bon travail de romancier de genre, du travail de professionnel.

2.
« Pourtant, ils se contentèrent de grignoter, travaillés par une sourde angoisse. »
(Serge Brussolo, « Le Château des poisons »)

Je comprends ça. Moi aussi ça me fait pareil quand je sais que si je ne fais pas ce que je dois faire (et que je ne fais pas), je risque bien que l'on finisse par savoir que je n'ai pas fait ce que je devais faire (et que je n'ai pas fait), tout en sachant que ce que je dois faire (et que je ne fais pas), je finirai quand même par le faire (ou pas).

3.
« A présent, on emmenait les moutons et les vaches paître beaucoup plus loin, avec l'espoir que la bête méhaignée se contenterait de multiplier ses bouffonneries mortelles loin de la cité. »
(Serge Brussolo, « Le Château des poisons »)

Il ne faut pas initier les bêtes méhaignées à l'art de l'hypnose. Elles exercent ensuite leur talent sur les moutons, les vaches et quoi encore et ça vous fait des résultats catastrophiques aux élections.

4.
Dans « Le Château des poisons », de Serge Brussolo, il est question d'un « en ces temps-là, il portait un autre nom : Jehan. » La première forme verbale du roman qui lui est attribuée est « il rêvait ».
Il est question aussi de « la peau verte de la plaine » que « charges et contre-charges » avait arrachée. C'est qu'on s'y bataille because qu'on est lisant une histoire qui se passe au moyen-âge. Je note que cette « peau de la plaine », on la retrouve au chapitre 10 dans le discours d'un « illuminé » qui disait qu'il « avait vu une armée de moines fantômes sortir de la forêt pour creuser des tombes (…) tout autour de la ville. »
Il est question d'un jeune et d'un vieux routier, de noces sans aucun doute fatales pour la mariée, noces maudites d'un ladre dit-on (comprenez « lépreux ») et d'une pucelle de quinze ans, d'un moine antipathique, sournois et ambitieux, de reliques et de fausses reliques, d'un « secret » qui est « comme une maladie », c'est la « trobairitz » qui dit cela. Elle s'appelle Irana. Aussi d'un « problème » à « étudier calmement comme lorsqu'on joue aux tables ou aux échecs »  même qu'en consultant internet, j'apprends qu'il il y eut, au moyen-âge des jeux de tables qui s'appelaient « Quinze Tables », « Douze Chiens » ou « Douze Frères », « Doublet », « La Faille », « Toutes Tables », « Paume carie », et « Baralie », et « Mylis »... Aussi d'une langue clouée, d'un « mystère de la statue disparue, d'un ermite envolé », de « loups » qui « n'ont pas cessé de tourner autour de la colline toute la nuit », d'un empoisonnement lors d'un banquet, d'un « Tanquam Magister » (y en a, i doutent de rien), d'un « Ipse venena bibas » (« Bois toi-même tes poisons ! »), d'un perroquet accusé de meurtre, d'une consultation d'alchimiste, d'une malédiction sur le bûcher (ce qui rappelle la malédiction qui aurait été lancée par le dernier grand maître de l'ordre du Temple, Jacques de Molay, le 19 mars 1314, même que c'est écrit dans « Les Rois maudits », la saga médiévalesque à Maurice Druon), d'une bête morte et qui revient « torte », pis qui parle, de quantités de morts subites, d'un mal invisible, d'une « maison mystérieuse » pleine de tentations, d'un amoureux transi, d'une ordalie, d'une femme d'une « grande beauté », d'une chasse à la « bête méhaignée sortie des enfers », d'un complot, de tourments et d’aveux, d'un suicide (quel dommage et quel gâchis), d'un amour impossible, d'un « père rouquin », d'une vengeance, de désillusions, et de style car, ce n'est pas la première fois que je le dis : Serge Brussolo sait écrire, sait vraiment écrire.

Citation :
« Vous et moi, qui avons beaucoup tué, et dans des conditions effroyables, savons bien qu'à force de combattre le dragon, le plus gentil des preux devient dragon lui-même. »
(Serge Brussolo, « le Château des poisons », chapitre 14, [un chevalier]).

Patrice Houzeau
26 novembre 2023.

24 novembre 2023

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE
(En feuilletant une « grammaire anglaise » de poche, collectif, Nathan, 1992)

1.
« He has known the Martins for several years. »
C'est-à-dire qu'il croyait connaître les Martin depuis plusieurs années, jusqu'à ce que...

2.
« You are not to tell him. »
Non, tu ne dois pas le lui dire. Surtout, depuis qu'il s'est procuré une hache.

3.
Juxtaposés, les deux exemples de grammaire « an ugly long dress » et « a large french house » vous font un croquis amusant, qui pourrait figurer quelque impression fugace dans la tête d'un personnage.

4.
« Look at that tall girl ! »
Je me demande la tête qu'elle a.

5.
« There were two people in the room. »
C'était Toto. Toto pas mort et Toto mort. En effet, Toto, ayant viré fada, se prenait pour le chat de Schrödinger.

6.
« He saw Sonia enter the house »
Notons qu'il ne sait pas du tout qui est Sonia et je me demande bien quel sens a pour lui le mot « maison ».
Quant aux raisons pour lesquelles Sonia a éprouvé le besoin d'enterrer la maison, je pense qu'elles sont principalement d'ordre linguistiques.

7.
« He's been following me since the station . »
Il me suit depuis la gare. Je l'ai bien reconnu, allez, même s'il a changé plusieurs fois de tête, de vêtements, et qu'il s'est laissé pousser la barbe en changeant de robe.

8.
« Tom has been painting the door, that's why there's paint all over the place. »
Je me demande pourquoi les auteurs d'une « grammaire anglaise de poche » ont demandé à ce grand maladroit de Tom de repeindre la porte.

9.
« He couldn't tell me the time. He had lost his watch. »
Il ne pouvait pas me donner l'heure. Il avait perdu sa montre, à laquelle il manquait le bras. Quant à sa jambe de bois, qu'en avait-il fait ? Pour ce qui est de sa tête, n'en parlons pas.

10.
« John said/thought/knew/was sure/felt that Mary was displeased. »
Il était donc clair pour John que Mary était mécontente. Du reste, elle s'était procuré une hache.

11.
« It is a portrait he is very proud of. »
Mais je pense qu'il sera déçu par les réactions des visiteurs lorsqu'ils poseront les yeux sur ce portrait de l'homme invisible sur fond de champ de neige.

12.
« Nobody ever understood why she decided to go to the United States. »
Surtout pour enseigner le néerlandais à Coudekerque-Branche.

13.
« The other three days were rainy. »
Les trois autres jours ont été pluvieux. Au quatrième, nous coassâmes.

14.
« Brahm's First Concerto, which we heard in London, was composed in 1858. »
Si vous vous imaginez que, pour justifier un exemple de grammaire, je vais aller à Londres écouter le Premier Concerto de Brahms, faut quand même pas pousser la garagluche dans les pissenlits (c'est une image). D'ailleurs, c'est comme moi, la semaine dernière, j'ai fait un coq au vin. Mais ce n'était pas la première fois.

15.
« There must have been a lot of fog... »
Ce fut la première pensée qui lui vint à l'esprit à la vue de tous ces nuages blancs sur lesquels de petits êtres ailés gambadaient en sifflotant des cantiques.

16.
« This crossroads is dangerous. »
Ce carrefour est dangereux. Surtout depuis que certaines nuits la Dame Blanche vient s'y promener comme un politique dans l'honnêteté.

17.
Si lundi matin, un ou une collègue m'accueille en me demandant : « Have you ever eaten fried grasshoppers ? », je commencerai sérieusement à m'interroger sur les vertus divinatoires des grammaires anglaises de poche à l'usage de moi-même.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

20 septembre 2023

QUE LA PLUME SOIT PLUS FORTE QUE L'EPEE JE SAIS PAS TROP

QUE LA PLUME SOIT PLUS FORTE QUE L'EPEE JE SAIS PAS TROP

1.
« S'il a froid, il pense aussitôt qu'il pense avoir froid, puis il se voit penser qu'il pense qu'il a froid ; à peine s'est-il émerveillé de se voir penser toute cette série qu'aussitôt il se voit s'en émerveiller, »
(Henri Michaux, « L'Ether »)

Ce début d'une phrase de Henri Michaux  :
- relève-t-il de l'habileté, de la virtuosité et de l'art de savoir faire du café ?
- Annonce-t-il le début d'un jeu de cons ?
- Est-il l'application d'une stricte discipline de l'esprit ?
- Va-t-il s'ouvrir en deux et qu'en jaillisse un diablotin monté sur ressorts ?
- Prépare-t-il le spectacle de la conscience se voyant « s’émerveiller de voir qu'[elle] pense qu'[elle] se voit penser qu'[elle] a froid » ?

2.
« Ici, le poulpe devenu homme avec ses yeux trop profonds. »
(Henri Michaux, « Dessins commentés »)

L'auteur, par ce « poulpe devenu homme » évoque-t-il :
- un homme politique très connu pour ses opinions qui sentent le rance et le moisi des époques maréchales ?
- Un performeur de musique électronique-nique-nique à faire guincher zozos, zozottes, hallucinogènes zazous  ?
- Un philosophe de « l'école de la Seiche », dite aussi école « Sépia », dite aussi mais seulement quand on agite la bouche.

3.
« Depuis trois mois, je subis une défaite continue : ennemis sans visage ; de la racine, de la véritable racine d'ennemis. »
(Henri Michaux, « Persécution »)

Le narrateur est ici en proie à :
- la multiplication des poulpes « devenus hommes avec leurs yeux trop profonds » ?
- l'apparition du « Schizoid Man » du 21ème siècle ?
- Une crise de paranoïa ?
- La radicalité de la violence ?
- Un abus de café et, du coup, grands yeux ouverts dans la nuit à compter les poulpes qui passent au plafond ?

4.
« On s'enfuit alors, on est des milliers à s'enfuir. De tous côtés, à la nage ; on était donc si nombreux ! »
(Henri Michaux, « La nuit remue »)

Qui donc est ce « on » ?
- les si nombreux rats qui quittent les si nombreux navires ?
- Les si nombreux cadavres qui s'enfuient des si nombreux placards ?
- Les poulpes qui, s'étant rassemblés au plafond, soudain foncent, fondent, s'effondrent en une nuée d’yeux profonds ?
- Les politiques fuyant leurs responsabilités ?

5.
« J'écrase mon crâne et l'étale devant moi aussi loin que possible et quand c'est bien plat, je sors ma cavalerie. »
(Henri Michaux, « Au lit »)

Voilà ce qui arrive, quand on... :
- quand on est, tel le narrateur du poème en prose de Michaux, en proie à l'ennui ?
- quand on laisse les mots vous galoper dedans la tête qu'alors on écrit des choses de plus en plus bizarres, étranges, saugrenues ?
- Quand on ne fait pas attention à soi et qu'on se néglige ?
- Quand on est bien obligé de la sortir de temps en temps, sa cavalerie, puisqu'on en a, de la cavalerie,
- Quand on se fie un peu trop au proverbe allemand qui dit : « Die Feder ist mächtiger als das Schwert » (« La plume est plus forte que l'épée »).

Patrice Houzeau
Malo, le 20 septembre 2023.

7 septembre 2023

LA PERSISTANCE DU VIVANT DANS UN MONDE EN TRAIN DE CREVER

LA PERSISTANCE DU VIVANT DANS UN MONDE EN TRAIN DE CREVER

1.
« Bon ! je le sais, que la vie est malsaine.
Je sais qu'elle est la grande mère des coups.
Oui, je le sais, qu'on crève dans la Seine,
faute d'amour, faute, des fois, de sous.
(Jacques Audiberti, « Essai chanteur »)

Diriez-vous que ce quatrain est :
- Lucide ?
- Pessimiste ?
- Aquoiboniste ?
- Résilient ?
- Désormais ?
- Apprenant ?
- Distingué ?
- Carillonnant ?
- Caritatif ?
- Carnassier ?
- Naturaliste ?
- Flûtiste ?

2.
« Pour mettre des ronds dans la ronde
la blonde, aussi vieille que blonde,
n'a qu'un seul disque, noir comme un puits »
(Audiberti, « Le port d'Anvers »)

Ces vers évoquent-ils :
- la répétition du son « on » dans ce qu'on dit défois qu'on dit ?
- une aussi « vieille » que « blonde », mais est-elle aussi « vieille » que « blonde », ou cette aussi « vieille » que « blonde » serait-elle un archétype (ou alors une vieille patronne de bar) ?
- La profondeur des voix du blues qu'on entend dans les disques ?
- Un recueil de poèmes de Georges Fourest ?

3.
« Le ciel pèse. Et je vois près d'un fleuve, le Var,
les temps s'entremêler jusqu'avant que – quand est-ce ?
éclose ma nature où je me reconnaisse
dans les divers états de l'enfant au vieillard »
(Audiberti, « Messie »)

Le narrateur de ce quatrain, que lui arrive-t-il ?
- Traverse-t-il une expérience spatio-temporelle ? (La vie est-elle une expérience spatio-temporelle?)
- Est-il sous le charme d'une féerie varoise ?
- Revoit-il toute sa vie, comme on dit qu'on fait quand on va basculer de l'autre côté du Fleuve ?
- Quand un bavard du Var rencontre un bavard de Bavière, vont-ils bavarder en buvant une bière, ou bien boivent-ils du pastis ?

4.
« Son cœur battait, pan pan, vaillant petit tambour. »
(Audiberti, évoquant une « haute comme une tarte aux pommes » dans « Bismarck »)

Cet alexandrin est-il remarquable par :
- Le gazouillis de la « haute comme une tarte aux pommes », que je copie, dis, Audiberti ?
- Son rythme binaire qui évoque les battements du cœur ?
- L'onomatopée pan pan, comme si quelqu'un avait tiré un coup de revolver à cheveux blancs et sur le chemin des écoliers ?
- La persistance du vivant dans un monde en train de crever ?

5.
« … où la solidarité des parties est telle que j'évite de lire Sartre, par exemple, de peur d'y trouver ce que je pense où d'avoir à penser ce que j'y trouverai. »
(Audiberti, « Miroir »)
Ecrivant cela, Audiberti affirme-t-il que :
- lire des critiques lucides peut vous gêner dans votre propre écriture ?
- Sartre n'était pas le plus grand architecte de son temps ?
- Sartre, c'est bien, mais San-Antonio, c'est plus rigolo ?
- il vaut mieux composer un livre même si Sartre aurait pu le disséquer lucide féroce, mais comme le philosophe ne fait plus partie des apparences du vivant, autant l'écrire, ce bouquin, et ne pas trop se poser de questions, sinon on n'en finit plus ?
- à chaque minute, nous constatons que la différence radicale entre l'être et le néant réside dans l'agitation ?

Patrice Houzeau
Malo, le 7 septembre 2023.

24 août 2023

A FORCE DE CONSOMMER ON FINIT PAR S'FAIRE BOUFFER

A FORCE DE CONSOMMER ON FINIT PAR S'FAIRE BOUFFER

1.
Dans son ouvrage « La Société de consommation », Jean Baudrillard affirme que « La 'Révolution du Bien-Être' est l'héritière, l’exécutrice testamentaire de la Révolution Bourgeoise ou simplement de toute révolution qui érige en principe ... » :
- le « Mais qu'est-ce t'as, doudou, dis donc » carlossiste, (et dans ce cas, que signifie 'carlossiste' ») ?
- le « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » jean-yannesque (et dans ce cas, y a qu'à zouquer) ?
- que Dieu reconnaîtra les autres ?
- « l'égalité des hommes, sans pouvoir (ou sans vouloir) la réaliser » ?

2.
Dans « La Société de consommation », Jean Baudrillard écrit que « le savoir et la culture ne sont, pour ceux qui n'en ont pas la clef, c'est-à-dire le code qui en permet l'usage légitime, rationnel et efficace, ... :
- qu'un moyen d'accéder à un poste correctement payé dans la fonction publique mais va falloir bosser dis, pour les passer, les concours, que donc il en faut du savoir là, et d'la culture aussi hein ?
- que l'occasion de pouvoir se la jouer, draguer minettes, minets, mignons, mignonnes, pis ramener sa fraise dans un syndicat étudiant et, qui sait, devenir député LFI, passque sur un malentendu, ça peut marcher hein ?
- qu'une perte de temps, cause que les gens ils ont plus besoin d'un plombier que d'un sociologue ?
- qu'une autre réponse est possible, mais je ne vais pas vous la donner, zavez qu'à faire comme moi, jeter de temps à autre un coup d’œil dans les livres à Baudrillard, histoire de pouvoir dire que vous savez d'quoi ça cause ?

3.
Jean Baudrillard dans « La Société de consommation », écrit : « Nous traquons, sous un gigantesque appareil de production, les signes de la pauvreté et de la rareté », cela pourrait-il signifier que :
- nos sociétés libérales sont riches mais y en a d'la misère, savez ?
- nos sociétés libérales sont riches parce que nous, nous sommes pauvres ?
- nos sociétés libérales sont riches, mais ça ne durera pas, la grande crise du capitalisme mondialiste précédant le Grand Soir des Peuples précédant le petit matin ardent où on grillera tous comme des saucisses ?
Il vaut mieux faire envie que pitié ?
- Daria porte une veste verte, une jupe plissée noire, des lunettes énormes et sur le monde un regard désabusé d'adolescente de dessin animé américain ?

4.
Ecrivant sur le 'Pop Art', Jean Baudrillard écrit que « le Pop veut être l'art du banal […] : mais qu'est-ce que le banal, sinon une catégorie métaphysique, version moderne de la catégorie du sublime ? » Cela voudrait-il dire que :
- Le Pop Art est tellement banal lui-même qu'en fait on s'en fiche, qu'on préfère les bandes dessinées, les romans policiers et les disques de rock ?
- Le Pop Art est plein de charme défois, même qu'il a influencé la mode de la fin des années 60, et c'était bien joli qu'on voit ça dans l'émission « DIM DAM DOM » qui fut diffusée entre 1965 et 1971 ?
- que « la réussite du Pop » est de nous montrer l'objet contemporain non plus comme un simple outil mais comme un « signe » ? (Ne me demandez pas de quoi, j'en sais rien et m'en tamponne).

5.
« L'idéologie d'une société qui prend continuellement soin de vous culmine dans l'idéologie d'une société qui vous soigne, et très précisément comme malade virtuel. »
(Jean Baudrillard, « La Société de consommation », folio essais n°35, p.265)
Cette phrase peut-elle s'appliquer :
- à la gestion de la crise du covid-19 (confinement, pass sanitaire, ...) par le président Macron et ses gens ?
- à l'idéologie du « care » et plus généralement, à la médicalisation des comportements ?
- aux abus du politique qui considère que la société est malade et que son devoir est de la soigner par un contrôle social toujours plus grand ?

Patrice Houzeau
Malo, le 24 août 2023.

4 août 2023

L'INFINI EST-IL UN OPTIMISME ?

L'INFINI EST-IL UN OPTIMISME ?

1.
« Science avec patience,
Le supplice est sûr. »
(Rimbaud, « L'éternité »)

« Patience dans l'azur ! »
(Valéry, « Palme »)

Et donc : « Patience dans l'azur / Le supplice est sûr ».

2.
A : « - L'infini est une flèche.
B : L'infini n'est pas une flèche.
A : Oui, on peut aussi le dire ainsi. »

Note : le mot « infini » remplace ici le mot « être » du witz original.

3.
Peut-on définir l'infini comme ce qui est toujours plus infini (ou moins fini) que lui-même? Le verbe définir me pose ici problème, mais je ne sais pas pourquoi.
L'infini est-il un « toujours plus » ? Une expansion « à l'infini » ? Une suite de 9 derrière le 0 et sa virgule , suite qui est aussi 1 ? Le réel est-il toujours plus que lui-même ?

4.
L'infini est-il l'ensemble de tout ce qui est (les étants autant que les existants?). Autrement dit, l'infini est-il en grande partie le fruit de notre imagination ?

5.
Si je décide d’exclure de ma définition de l'infini l'ensemble des étants dont l’existence n'est pas prouvée ou indémontrable, est-ce vraiment l'infini que je définis ou seulement le champ des connaissances humaines ? Autrement dit, l'infini ne serait-il jamais qu'une encyclopédie à laquelle l'humain ajoute toujours plus d'informations ?
Qu'une vie d'humain ne permette pas de tout savoir prouve seulement notre incompétence, et non pas l’existence d'un savoir infini à expliciter.
Exclure d'une définition de l'infini l'ensemble de ce qui n'est pas prouvé ou indémontrable ne revient-il pas à fermer la porte et à rester enfermé dans la demeure des certitudes, et si jamais ces certitudes s'écroulaient, que resterait-il de ma maison ?

6.
Je suis un piètre joueur d'échecs parce que je ne connais pas assez les tactiques qu'un bon joueur emploie pour pouvoir remporter la partie. Si je connaissais ces règles, serais-je un meilleur joueur ? Intuitivement, pédagogiquement, on serait tenté de répondre par l'affirmative. J'ai plutôt l'impression que ce n'est absolument pas prouvé et qu'il y a autant de chances que je sois un meilleur joueur que de risques que je ne sois pas un meilleur joueur. D'autres paramètres entrent en jeu, qui tiennent sans doute à ce que nous appelons généralement l'inconscient et donc les déterminismes.
L'ultra-pédagogisme envisagera dès lors de changer les conditions des déterminismes (« changer la société pour changer l'école ») afin que la connaissance ne soit pas parasitée. Dès lors, le projet pédagogique devient politique, singulièrement politique, voire intrusif, voire non-démocratique, et repose sur l'idée qu'il y aurait des conditions sociales et sociétales qui permettraient presque à coup sûr que le bon élève devienne un bon étudiant qui lui-même deviendrait un professionnel efficace et un humain formidable. Mais les changements jugés nécessaires à ces évolutions reposant eux-mêmes sur des déterminismes et des mécanismes inconscients, on voit bien que le serpent se mord la queue, d'où la tentation de faire de la pédagogie une science, c'est-à-dire de tenter de faire abstraction des déterminismes et de poser sottement qu'améliorer la forme de la transmission en permettant une meilleure acquisition du contenu pourrait suffire à la réussite du projet pédagogique réel : « changer la société ».

7.
Extrapolons : est-ce que parce que les humains comprennent de mieux en mieux l'univers dans lequel ils s'agitent qu'ils seront meilleurs et réussiront à régler les problèmes de telle sorte que l'humanité sera, quelque jour, lointain, heureuse, rationnelle et pacifiée ? Les humanistes diront que oui. Je pense au contraire que ce n'est absolument pas prouvé. Que l'humain soit toujours plus savant, c'est une évidence ; qu'il soit plus sage, l'honnêteté nous oblige à reconnaître que non.
Certains diront que l'humain ne peut être plus sage tant que le problème de la rareté naturelle ne sera pas résolu, et que c'est donc une question politique.
D'autres diront que c'est dans le transhumanisme que l'humain trouvera son salut.
Mais il se pourrait aussi que la suffisance des biens et l'amélioration des capacités individuelles (« l'humanité augmentée », revue et corrigée) ne soient que de simples améliorations techniques qui n'empêcheraient en rien ni les conflits ni les bêtises, non pas que telle soit notre nature, mais parce que telle est notre diversité. Disons qu'un monde heureux qui, à condition que le Ciel ne nous tombe pas sur la tête, adviendrait fatalement, comme le résultat logique de nos progrès scientifiques et politiques, n'est absolument pas prouvé.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 août 2023.

31 juillet 2023

PARI MORTEL URBAIN

PARI MORTEL URBAIN

De la fantaisie, cet album, « La Martingale céleste » (éd. Vaisseau d'Argent, 1989) de Christian Godard pour le texte et Julio Ribera pour le dessin, assisté de Claude Plumail pour les décors et de Jean-Jacques Chagnaud pour la mise en couleurs. C'est le tome 17 de la série « Le Vagabond des limbes ». Moi, j'adore ça. Autant les romans de science-fiction m'ennuient vite (sauf ceux de Philip K. Dick, mais là on est dans le génial), autant le Vagabond des limbes m'épate (à gaufres).

J'apprécie beaucoup la fantaisie de cette série, à commencer par l'étrange personnage de Musky, tantôt adolescent, tantôt adolescente, et dont les jurons étonnent, amusent, font sourire : « Putentrailles », « Merdachiott », « Foutrenflak », « Foutrekon », « Fentaskouss », pour n'en citer que quelques-uns et noter qu'en voilà un drôle de vocabulaire pour une jeune fille, fût-elle un jeune homme.

Musky, c'est le compagnon du personnage central de la série, Axle Munshine, pour des raisons que j'oublie régulièrement (parce qu'à vrai dire, ça ne change rien au plaisir que je prends à lire ses aventures), il se promène d'un monde l'autre, de planètes bizarroïdes en improbables zones à soucis, univers parallèles et autres coins et recoins du cosmos des farfelus.

Donc, à la recherche de son père (ah tiens...), voilà le Munshine sur la planète Stardup, et en pleine « ludocratie », dis, que je vous démonte un pneu (comme disait Coluche, je crois), qu'à votre avis, le mot « ludocratie » désigne :
- un système politique qui prévoit que seuls les membres de la dynastie des Ludi peuvent régner et donc tous de s'appeler Ludovic, ou, le cas échéant, Ludivine ?
- un « système social très élaboré dans lequel tous les actes de la vie courante, de la naissance à la mort, sont régis par les lois de la chance et du jeu » ?
- un système chougnafol fort propre à chougnaler les chougnafous et autres choucrates ?

Je ne vous raconterai pas l'histoire, parce que peu importe : sachez cependant qu'il y est beaucoup question de jeu, et même de jeu dangereux, voire mortel, tel que le P.M.U, « Pari Mortel Urbain », course de 3000 mètres dans laquelle sont engagées des coureuses qui « doivent rejoindre la porte du Bronkse, où sera jugée l'arrivée », en passant par le « no man's land, où les attendent les skinnes » et le risque d'être violée, voire égorgée... On comprend dès lors que dans un univers pareil, faut surtout pas « faire les marioles » avec les « commissaires de course ».

Il y a aussi des paris sur les feux de forêt, mais paraît qu'les paris sont truqués. Et l'album de se terminer par l’événement considérable d'une partie « d'échecs-coinchés », présentée par « Ze-Trône, le roi des présentateurs de Télévid ».

Citation : « Je suis book clandestin assermenté, avec une fausse carte de la préfecture en bonne et due forme... »
(pl. 22, [un bookmaker]).

Patrice Houzeau
Malo, le 31 juillet 2023.

31 juillet 2023

NOTE SUR L'HOMME DE HARLEM DE GUIDO CREPAX

NOTE SUR L'HOMME DE HARLEM DE GUIDO CREPAX

Guido Crépax. « L'Homme de Harlem » (Dargaud, 1979). C'est du polar, assez noir, bien qu'en couleurs, d'un humanisme lucide aussi. L'intrigue est assez mince, mais on s'en fiche. Ça commence symboliquement par un match de boxe : le 19 juin 1946, le combat entre le blanc Billy Conn et le noir Joe Louis, et ça se poursuit dans une atmosphère de clubs de jazz et de règlements de comptes entre gangsters. Au milieu de tout ça, le contrebassiste Little Johnny Lincoln (pas un hasard, ce nom) va tenter de protéger Polly, dont la vie est menacée depuis qu'elle a été témoin d'un meurtre. Il est noir et jazzman ; elle est blanche et prostituée. Tout va donc devenir très vite compliqué.

Ce qui fait l'intérêt de l'album, ce n'est pas tant l'histoire que le travail du dessinateur Guido Crépax : par exemple, le haut de la planche 3 (page 7) : C''est dans un trapèze rectangle que Joe Louis met Billy Conn KO au 8ème round, mettant ainsi en évidence la vitesse, la puissance de la « bombe noire » Joe Louis, l'ascendant pris sur Billy Conn qui, dans la case suivante, est horizontal de tout son long cependant que l'arbitre égrène le décompte.

Découpage des planches rapide, rappelle les films policiers ; beaucoup de plans resserrés : ainsi, le corps de Polly aux pages 26 et 27 ; en contrepoint, un strip vertical de cinq cases en noir et blanc, un saxophoniste jouant ironiquement « Lover Man ».

Contrepoint est le mot. En parallèle des scènes d'action liées à l'intrigue, des planches entières montrent la formation de jazz dans laquelle travaille Litlle Johnny Lincoln. Traits parfois très vifs et cadrages expriment l'intensité du jeu, donnent le rythme, l'accompagnement musical du drame, les titres des morceaux sont d'ailleurs donnés comme autant de références pour l'amateur de jazz hot. L'album commence par un match de boxe et se finit par un concert de jazz. Entre les deux, des gens sont morts. La vie est violente.

Note : j'écris plus haut que l'intrigue de « L'Homme de Harlem » est assez mince. Personnellement, j'aime autant. J'apprécie peu d'être obligé de me creuser la cervelle pour essayer de piger une histoire dont je me fiche assez royalement. Je lis moins les bédés pour les histoires que pour la virtuosité du trait, l'intelligence et l'humour des répliques, l'atmosphère qui se dégage des planches. Je reconnais du talent à beaucoup de mangakas, mais souvent que j'y pige que couic (vous me direz, c'est parce que je ne suis pas très futé non plus, c'est possible, et peu m'importe).

Patrice Houzeau
Malo, le 31 juillet 2023.

29 juillet 2023

IPHIGENIE EST-ELLE UNE TRUITE UNE VACHE UN ANDROGYNE ?

IPHIGENIE EST-ELLE UNE TRUITE UNE VACHE UN ANDROGYNE ?

1.
Lacome et Marcelé. « Iphigénie » in « Un Après-midi au cirque » (Dargaud, coll. Pilote, 1982). C'est une histoire courte, 21 planches.

C'est de la sorcellerie, et ce n'en est pas puisque c'est de la bande dessinée. Des vaches, du gris, des ombres, des trognes, et « là... il y avait une drôle de dame !... » Y a le « bon dieu » des jurons et le « diable » des mauvaises choses, des qu'on n’explique pas ; il y a le crucifix dans la chambre à coucher, et « Par sainte Eulalie, faites que je ne sois pas prise ».

Il y a des mots qu'on n'entend pas dans nos villes hyper-connectées, en voie de macronisation : on parle de vaches « amouillantes », de « guérisseux », de « panseux », de « désempommeux », de « désensorceleuse », toutes activités qui existent toujours, en dépit de la zététique. Et jusque dans les centres de nos villes que ça magnétise, que ça hypnotise...

Ça n'empêche pas les drôles de dames.

Que faire quand tout commence à aller mal : les vaches ne donnent plus de lait, la maladie frappe les bêtes comme les gens. « C'est de l'eau, de la terre et de la lune... c'est de la nuit ! », dit la vieille femme.
Alors quoi, le couteau planté dans le cœur de bœuf ?
Ça n'empêche pas les drôles de dames et la sécheresse.
Il faut donc avoir recours à « l'homme de la vallée », celui dont on ne dit pas le nom.
Trognes, trognes et chat, le chat qui renverse le bol. Les dames dansent.
Viendra l'épreuve ultime. Iphigénie est-elle une truite ou une vache ? » du vivant va passer et tout rentrera dans l'ordre. « C'est rien... c'est des vérités qu'on sait... ».

D'ailleurs, on ne voit plus les drôles de dames.

2.
Avec la deuxième histoire de l'album, « Un après-midi au cirque », le dessinateur Marcelé passe à la couleur qu'on dirait bien du pinceau. Les trois premières planches en sont superbes, parade fantasque d'un cirque en ville : nains à tambourins, attelage à bœuf monté par une écuyère rousse, longues femmes dédaigneuses montrant parfois un sein, basse-cour, cochon rose, tête de bélier, bêtes d'une élégance de fable folle, parées de guirlandes et de plumes, escargot.

Ce n'est pas tout à fait un cirque, c'est un bordel, un bordel ambulant, avec son nain mystique qui cite les Écritures et s'appelle Gabriel. Trognes et monstruosités. On pense aux tableaux et affiches de Toulouse-Lautrec, version féroce, lorgnant sur le grotesque de James Ensor. Il y en a pour tous les goûts, il y en a pour tous les vices.

Au milieu de tout ça, il y a Marie, l'hermaphrodite (« L'ange pur, la toujours vierge, la Marie-Janus ! », clame la mère maquerelle), Marie qui rêve d'avoir un enfant... Impossible, et pourtant... mais chut... Le miracle aura peut-être lieu, mais comme tout est truqué, évidemment. D'autant que le nain Gabriel avait prévenu : « Marie, tu seras mère, mais que de douleurs... Oh ! Non, la douleur, c'est plus tard... Tu recevras et tu perdras... »

Restent les hommes, les hommes et leur mépris, les hommes, les singes et les porcs.

Patrice Houzeau
Malo, le 29 juillet 2023.

25 juillet 2023

MOULE A GAUFRES ET AUTRES QUESTIONS

MOULE A GAUFRES ET AUTRES QUESTIONS

1.
« Moule à gaufres » est-il :
- une des insultes favorites du capitaine Haddock ?
- ce à quoi je pense quand je fais des crêpes ?
- l’expression qui déclenchera l'invasion des rhubarbes vengeresses ?

2.
La distance de la Terre à la Lune est-elle :
- de 3,14 ?
- de 384 467 km ?
- d'accord avec les thèses platistes ?

3.
« Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur » est-il :
- un vers de Racine (Phèdre, IV, 2 [Hippolyte]) ?
- un vers tiré d'une chanson de Didier Barbelivien ?
- une formule magique qu'en tête l'on se dit en boucle pour éloigner les moustiques qui vous empêchent de dormir la nuit ?

4.
Quand je dis « Les morts ne savent pas ce qu'ils perdent », je veux dire :
- La dette publique de la France se monte en 2023 à 3000 milliards d'euros et des brouettes ?
- La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a ?
- « Careful With That Axe, Eugene » ? (c'est le titre d'une pièce de Pink Floyd mais on n'y trouve pas de sandwich au thon).

5.
Le journal pour lequel, au début de sa carrière, travaille le célèbre journaliste Tintin est-il ;
- L'Echo des savanes ?
- Le Petit Vingtième ?
- Valeurs Actuelles ?

6.
Soit un mur. Qu'il y a-t-il derrière ?
- L'administration fiscale ?
- La Macronie ?
- L'âge du capitaine ?

7.
2 + 2 = 4 est-il :
- une proposition vraie dans l'absolu ?
- une évidence ?
- un mensonge de plus du Nouvel Ordre Mondial et de ses suppôts ?

8.
« She was named after her grandmother » est une expression anglaise qui signifie :
- Ce n'est pas en sifflant que l'on appelle sa grand-mère ?
- Elle a le même prénom que sa grand-mère ?
- Elle ne faisait pas beaucoup de vélo, ma grand-mère ?

9.
Mona Lisa était-elle :
- sourde ?
- muette ?
- transgenre ?

10.
Le rouble (monnaie russe) en 2023 (dictature Poutine) est-il :
- une monnaie forte qui remplacera bientôt le dollar des suppôts de Satan transgenres satanistes ukronazis vampires et associés ?
- une monnaie de singe ?
- une belle occasion de perdre son argent ?

11.
En 2027, Marine Le Pen sera-t-elle élue présidente de la République :
- avec tambours, trompettes et grand triomphe ébaubi ?
- qu'à condition que le président Macron ne change pas la constitution pour pouvoir faire un troisième mandat ?- qu'à condition qu'elle le veuille, et il y a justement une hypothèse qui dit que Marine Le Pen ne voudrait en fait pas accéder au pouvoir ?

12.
Emmanuel Macron est-il le président d'une France qui :
- n’existe que dans sa tête ?
- est en proie à des émeutes récurrentes ?
- est un pays de droite qui vote parfois à gauche ?

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juillet 2023.

15 juillet 2023

A POSSE AD ESSE NON VALET CONSEQUENTIA

A POSSE AD ESSE NON VALET CONSEQUENTIA

1.
Le couple Alpha est le couple qui dirige la meute de loups. Le groupe Iron Maiden est un groupe de heavy metal britannique qui s'est formé en 1975. Le groupe Iron Maiden n'est pas une meute. Le groupe Iron Maiden est une entreprise commerciale, comme Phildar, mais Phildar ne fait pas de heavy metal.

Que le groupe Iron Maiden soit une entreprise commerciale – j'aime bien le morceau « Phantom of the Opera » - ne l'empêche pas d'avoir du talent (j'aime bien aussi « La Clé de verre », mais ce n'est pas Iron Maiden qui l'a enregistré parce que c'est Dashiell Hammett qui l'a écrit).

J'achète des chaussettes. Il n'y a pas de chaussettes spécifiques pour les muets. Donc, comme j'achète des chaussettes, on ne peut pas savoir si je suis muet ou pas. Entendez-moi bien, je ne suis pas muet. Que j'achète des chaussettes n'a aucune influence sur ce que je pense de Iron Maiden et ce que je ne sais pas de l'intrication quantique.

2.
Au lycée, je n'attendais pas avec impatience les cours de physique. Je n'attendais avec impatience aucun cours. Je n'attendais pas avec impatience le nouveau disque des Beatles (le groupe n’existait plus). Je ne sais pas ce que j'attendais avec impatience mais ça me donnait soif.

3.
C'est dans la nuit du 23 au 24 février 2022 que les forces russes se sont lancées dans un tentative d'invasion de l'Ukraine. La tentative d'invasion de l'Ukraine par les forces russes a été un échec. Cet échec s'est accompagné de nombreux crimes de guerre : il n'y a que les cailloux et les collabos pro-Poutine pour le nier. Je n'aime pas Poutine. Je préfère les chips. Je pense que pour moi Poutine a moins de valeur qu'un paquet de chips.

J'aime bien les chips. Je préfère mon chat. Ceci dit, je ne mangerai pas mon chat.

Le président Macron a-t-il plus de valeur pour moi qu'un paquet de chips ? Oui, quand même.

Le président Macron est très utile et dure plus longtemps qu'un paquet de chips.

Tout dépend de l'usage qu'on en fait. Un président Macron est plus rare qu'un paquet de chips. C'est plus difficile, plus long et plus coûteux à produire. Il y faut une grande École. La France produit chaque année 15 000 tonnes de chips. On ne produit pas 15 000 tonnes de président Macron par an. D'ailleurs, on ne saurait pas quoi en faire.

Ce que dit Mélenchon a-t-il plus de valeur pour moi qu'un morceau de fromage ? La question ne se pose pas, j'aime trop la raclette.

5.
N'ayant pas inventé le paludisme, je n'ai aucune raison d'en chercher le remède. C'est, je pense, la manière dont, habituellement, nous pensons notre être au monde.

6.
« A posse ad esse non valet consequentia ». Wikipédia me pull-marine que « de la possibilité d'une chose on ne doit pas conclure à son existence ». La chanson « Yesterday » enregistrée par les Beatles et composée par Paul McCartney ne propose aucun commentaire de la maxime latine « a posse ad esse non valet consequentia ». Je n'ai pas eu l'occasion d'assister à la manifestation d'un poltergeist qui dans les murs murmurerait la chanson « Yesterday ».

Patrice Houzeau
Malo, le 15 juillet 2023

10 juillet 2023

FLEUVES IMPASSIBLES (FUMENT LA PIPE)

FLEUVES IMPASSIBLES (FUMENT LA PIPE)

A force de « descendre des fleuves impassibles », ça va finir que vous serez englouti par les plaintes.

A la première ligne du conte « Les souliers usés par la danse », des frères Jakob et Wilhelm Grimm, nous apprenons « qu'il était une fois [il est toujours une fois, c'est un fait que la conscience humaine ne peut réfuter, et s'il ne fut pas une fois, c'est que cela ne fut pas], il était une fois donc un roi qui avait douze filles toutes plus belles les unes que les autres ». le conte est une
Force, qui donne du sens à la farce. (Je dis ça juste pour la paronymie, sinon, je m'en fous).
De plus, lire des contes ne vous empêche pas d'aimer les gaufres, ni de
Descendre de l'échelle, ce qui vous évitera le destin du fou dégringolé avec son pinceau.
Des frères Grimm, je ne sais pas grand chose, sinon qu'ils étaient de langue allemande, qu'ils vécurent au 19ème siècle et collectèrent des contes. Je sais aussi, car Wikipédia me l'a wikipédié, qu'ils étaient nés tous deux à Hanau (Land de Hesse) et moururent à Berlin (mais plus tard). On peut aussi descendre des
Fleuves, et si on est plongé dans« Le bateau ivre », de Rimbaud, il se peut que ces fleuves soient aussi
Impassibles que des coquilles de moules.
Ça vous renseigne, n'est-ce pas, sur le caractère politique de l'affaire, et si ça ne vous
Va pas, vous n'avez qu'à aller voir si vos haleurs ne serviraient pas de cibles des fois à des Peaux-Rouges criards, « les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs ». (Soudain, la dimension bondage-sado-maso de ces vers me saute à la lanterne ; je l'avions jamais remarqué, surtout que de ça itou, je m'en fous). Pour
Finir, je vous dirai
Que les douze filles du conte « Les souliers usés par la danse » dormaient toutes dans la même salle et que chaque nuit, « on avait soin (…) de bien fermer les portes avec un triple verrou ». Pourtant, chaque matin, quoi qu'on constatait ? Qu'ils étaient allés danser, les souliers des filles (ah les coquins, zétaient bien fatigués, allez !).
Vous vous dites que vous vous en fichez. Zavez raison. D'ailleurs, nous sommes légion. « Que
Serez-vous demain, mes pauvres enfants ? », se disait le pauvre homme. (C'était un bûcheron débordé par la surpopulation domestique),
« Englouti sans doute par les flots de la misère ». (C'était un bûcheron, pas un homme de lettres). Soudain, une idée
Par la tête lui passa. « Je vas aller tous
Les perdre, dans la parfonde forêt, tous, du grand couillon au Petit Poucet, comme ça, finies les
Plaintes et les misérabilismes ; et puis après, je formerai un parti politique, « La Forêt Insoumise », et nous nous battrons et contesterons jusqu'à ce que nous ne gagnons jamais les élections, mais que j'me fasse plein d'ronds ». De cette histoire sans queue ni trompette, je vous épargne la moralité, vous voyez bien que je n'en ai pas de trop.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 juillet 2023.

5 juillet 2023

UNE GRANDE VAGUE DE SENTIMENT ET PLOUF

UNE GRANDE VAGUE DE SENTIMENT ET PLOUF

Je n'en parle pour ainsi dire jamais, mais l'un des auteurs que je mets très haut dans la liste des auteurs que je mets très hauts, est Francis Scott Fitzgerald. Je viens d'achever la lecture de « L'Envers du paradis » (« This Side of Paradise », 1920), premier et drôle de roman de l'auteur de « Tendre est la nuit », lecture finie donc avec dans les oreilles l'infernale fanfare, la parade sauvage qui clôt le dernier épisode de la série de Bruno Dumont, « Coincoin et les Z'inhumains » (2018), à penser que, comme on le sait depuis Bernanos, c'est dans la langue française et le vent du Nord que le Diable a élevé ses clochers. Tiens, puisqu'elle revenue, « la chanteuse qui chantait des chansons, puis qu'elle avait été dévorée par les cochons », je me demande si la suite des aventures de Coincoin, elle s'appellerait pas défois « Le Retour d'ches morts-vivants ».
Vous me direz : quel est le rapport avec Fizgerald ?, que je vous répondrai que là où il y a de la bonne littérature, le diable n'est jamais très loin, tant on fait des livres plus avec l'ironie des virtuoses qu'avec la girouette des bons sentiments.

Citation :
« Pendant quinze jours, Amory et Rosalind furent profondément, passionnément amoureux. L'esprit critique qui leur avait gâté une douzaine d'idylles à chacun était balayé par la grande vague de sentiment qui les emportait.
- C'est peut-être une aventure déraisonnable, disait-elle à sa mère alarmée, mais ce n'est pas une aventure idiote. »
(F. Scott Fitzgerald traduit par Suzanne Mayoux, « L'Envers du paradis », Gallimard, coll. l'Imaginaire, p. 197).

« L'Envers du paradis » est un roman d'initiation, avec beaucoup d'échecs et de lucidité, comme le souligne l'emploi récurrent du terme « égotiste » que l'auteur emploie pour qualifier le personnage d'Amory Baine, dont les exégètes disent qu'il aurait plus d'un point commun avec l'auteur.
Échecs sentimentaux, échecs universitaires, évocation parfois dérisoire, parfois profonde, amusante ou tragique de l'Amérique de la jeunesse dorée de l'université de Princeton au début du 20ème siècle (flirts, conversations oiseuses, virées alcoolisées, incidents divers...), la chronique se situant au moment où la première guerre mondiale déchire le continent européen, c'est surtout par sa fantaisie, sa désinvolture inquiète, son amertume blasée, les fragments de poèmes qui le ponctuent, et ce ton si particulier d'adolescent sur la défensive, qui annonce certains coups de griffe du célèbre « Attrape-coeur » de Salinger (1951), que le texte nous retient.

Citation d'une étonnante lucidité si l'on se souvient que le roman a été publié en 1920 :
« - La vie moderne, reprit Amory, ne se modifie plus d'un siècle sur l'autre, mais d'une année sur l'autre, dix fois plus vite qu'elle ne l'a jamais fait – les populations doublent, les civilisations s'unissent plus étroitement à d'autres civilisations ; il y a l'interdépendance économique, les questions raciales ; et... » (p.280).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juillet 2023.

21 juin 2023

ODE AUX CERISIERS DE L'AVENIR

ODE AUX CERISIERS DE L'AVENIR

1.
Ucer denei tida safer inex (allonzy rimons stupide mais en -ex)
Létroa (ah ça, je l'ai toujours dit qu'il est trop « annexes », il en met trop des annexes,
Lama, j'allais quand même pas l'appeler Lamex, non, hein, ça chante pas, Lamex,
Lacan (Jacques, 1901-1981, psychanalyste, moi non plus, j'y pige que couic mais j'en fais pas un complexe) par contre, Jacques Lacan, ça ça sonne, Lacan, à Carcassonne, à Montigny-en-Gohelle, à Strasbourg comme à Montauban, Lacan, ça sonne, aussi Lastex, Castex, Tex-mex...
Lédeuza (les deux A, sont-ce les deux -ex de la Miss ? Même qu'ils s'appellent tous les deux Alex, parce que j'ai pas trouvé d'autre prénom de gars en -ex, et puis, c'est très bien, Alex.

2.
Inédé quepa uaucer (je confirme il n'est pas du tout « hue au cerf », pas très favorable à la chasse)
(Ça n'a rien à voir, mais j'en profite pour dire que j'ai toujours cru que Judith Butler était une chanteuse de pop/rock des Amériques. En fait non, c'est la femme du crémier d'en bas d'chez moi qu'c'est plus chez moi depuis que j'ai déménagé ; ce que le monde est petit...)

3.
L'anhan (du verbe « anhanner » qui signifie à peu près « rire de se voir si belle en ce miroir », expression genrée donc, et alors là attention!)
Dessa, delà et
Pas de deux (ah la danse, ça me fait penser à Céline qu'aimait tant les danseuses, dit-on, ah le cochon).

4.
Ledo ahan lapla (de lentilles)
Endan (et là, voyez, j'ai envie de mettre un coup de gong, là, voyez, un bon bong de gong, avec le son qui se prolonge, plein de mystère et de frissons)

5.
Unoifé arriva la première (elle renaît de ses cendres)
Unoimé arriva la deuxième (elle était pleine de faim et de dents)
Unoi-en-pro arriva la troisième (elle avait de tout petits petons qu'on l'appelait Valentine)
Et Nédoi (ainsi nommé en raison de l'étroit rapport que ses doigts entretenaient avec son nez), eh bien, Nédoi arriva aussi ;
Traco urèg leo delapla (quant aux hauts de l'aplat, que voulez-vous que je vous dise, essayez de vous imaginer, parce que moi hein, c'est pas écrit « Universel Macron » sur mon front hein).

6.
Enba ! (là, y a des percussions)
Unau plusquan (Plusquan ! Plusquan ! Plusquan et la transe commence!)
Dré (Drrrrrrrrrrrrrré ! Ah oui, ça, faut mettre des « r », faut qu'ça roule, les tambours!)
Vraap à haies ouah ! (tiens, un chien aboie, doit y avoir une caravane quelque part)
(J'en profite pour dire que je viens d'entendre à la radio que « le mystère, c'est Paissy ». Je suis désolé, mais je connais très bien Jeannot Paissy, et il est aussi mystérieux qu'une patate à l'eau ; alors hein, faut arrêter de dire n'importe quoi aussi, si vous voulez qu'on continue à ne pas vous croire)
Ede pluba danlébra (« ob-la-di ob-la-da life goes on bra » qu'ils chantassent (de thé) les Beatles que j'me suis toujours demandé ce que ça voulait dire, « bra »)
Plo (et Roplo, forcé qu'ils vont par deux, non?)
Rep cohodi quifu dalanu du jus (ah ça je confirme que c'est du pur jus d'ânerie que j'écris là, mais c'est pour le son qu'ça fait dans ma tête, ah, oui, ah oui-oui-oui).

7.
Cahon vida ce gras greux (les greux, quand ils deviennent trop gras, faut les vider, à l’exemple de Cahon (dit « cahin-caha » les jours de grand vent) sinon, ils continuent à engraisser et ça finit par faire de grands greux d'un air de moins en moins sympathique ; c'est bien simple, on dirait qu'ils vont se mettre à parler)
Saint Dema (il est peu connu, je l'en trouve d'autant plus aimable qu'il est mon saint à moi, mon « Personal Jesus », ce saint aussi unique que l’œil du Cyclope)
Poco se fa peu (ah ça oui-da qu'on fa s'qu'on peut)
Soha ouah ! (tiens, la caravane repasse...)
Ouho éfa (« Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song) », ça vous dit rien, c'est une chanson de Otis Redding en 1966)
Ceci leco élevoi (Ce qui prouve que Ceci n'avait pas son œil dans la poche oùsqu'il ne met pas sa langue non plus).

8.
Inesso pagra (il y a un poème de Henri Michaux)
Ineti paà haie plugra (que dans ce poème Henri Michaux)
Inano plube (non, monsieur Houzeau, ce n'est pas celui de la jument)
Isso àla haulu-delau (il écrit Henri Michaux, « qu'il savent qu'ils vivent dans les cerises »)
Ceneceu papru noplu (et je finirai donc cette séance en vous citant cette jolie énigme du poète Henri Michaux tirée de "Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki" :
« l'hiver les entoure sans les toucher encore
sans lever la tête
ils savent qu'ils vivent dans les cerises »
Et qui vit dans les cerises, sinon les cerisiers, les cerisiers de l'avenir, qui sont déjà dans l'nayau, comme les pommiers sont dans les pommes, les herbes dans les herbiers, les fumiers dans les fumes et les vergers dans les.

PS. J'évoque quelque part un « bon bong de gong ». On me dit que les gongs ne font pas bong mais bang comme les avions, les gangs, et le début de l'Univers. Les plus discrets font même « flûte et crotte de bique », mais on ne les prend pas au sérieux.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2023.

17 juin 2023

AU LAC DE TES YEUX ET AUTRES SOTTISES

AU LAC DE TES YEUX ET AUTRES SOTTISES

« Au lac de tes yeux très profond
Mon pauvre cœur se noie et fond
Là le défont
Dans l'eau d'amour et de folie
Souvenir et Mélancolie »
(Apollinaire, « Poèmes à Lou », V)

Au lac je ne vais pas au
Lac non je ne vais pas je préfère écouter la foudre souple
De la batterie d'Art Blakey – défois quand j'écoute les batteurs, je pense à un tonnerre, à un tonnerre élastique, un tonnerre élastique aux éclairs élégants -
Tes yeux , paumées les mirettes dans une trompette, tes
Yeux errent dans un saxophone non ce lac
Très profond trop
Profond pour ma pomme, ce lac je l'évite.

Mon pauvre cœur dirais-je si j'étais sentimental n'est
Pauvre que parce qu'il sait être sec (et là je dis que le mieux pour moi avec le hareng fumé, c'est quand même les pommes de terre, avec du beurre) Le
Cœur éponge ça fait de mauvaises farces flaques et claques
Se noie pas mon cœur ou alors se
Noie une heure ou deux dans quelques bières
Et après il s'occupe de ses affaires et se fond
Dans l'énigme des poèmes, abscons carambars, et les intrigues policières.

Là il est bien mon cœur Bientôt
Le sommeil prend son hôte et je m'endors tandis que se
Défont les figures d'Hercule Poirot ou des Poèmes à Lou.

Dans l'eau je ne me regarde pas
L'eau je la mets dans mon whisky
D'amour voyez je ne me soucie
Et je suis assez heureux comme ça.

De vous Zut je fus parfois zélé parfois oublieux La
Folie à passions, la chamade à mourir, violons et soupirs, bah ce n'est pas pour moi.

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? Ai-je bien coupé le gaz
Et vidé la baignoire ? Ai-je bien rempli la gamelle de
Mélancolie, la chatte qui n'aime pas rester seule ? Là, je raconte n'importe quoi, parce que je n'ai pas de chat qui s'appelle Mélancolie, ce qui serait sottise d'appeler mon chat Mélancolie, parce que de chat je n'en ai pas, mais que j'ai un peu de mélancolie, parfois, quand je songe que je pourrais avoir un chat que j'appellerais Bonaventure, comme tout le monde.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 juin 2023

13 juin 2023

LE PACTE A PAP N DIAYE : ON COMMENCE A Y VOIR PLUS CLAIR

LE PACTE A PAP N DIAYE : ON COMMENCE A Y VOIR PLUS CLAIR

1.
Sortant d'une assemblée générale portant sur le Pacte et la transformation du Lycée professionnel, j'ai dans la tête autant de questions que de réponses.
J'ai bien compris, et suis d'accord avec ce point de vue, que le Pacte avait pour but de répondre aux difficultés évidentes et nombreuses que rencontrent les LP.

2.
Pour ce qui est du Pacte, comme je le pressentais, il n'y a évidemment pas autant de pactes que d'enseignants. Autrement dit, ce sont les enseignants qui ont déjà l'habitude de s'investir depuis plusieurs années dans des missions et projets divers et variés qui signeront, considérant, à juste titre, qu'ils seront alors rémunérés pour le nombre d'heures, souvent très grand, qu'ils auront effectuées.

En outre, une mission n'évince pas forcément le candidat qui se sent légitimé par l’expérience. Autrement dit, ce n'est pas parce que quelqu'un va se positionner sur une mission qu'il n'a jamais remplie auparavant qu'un collègue expérimenté va se voir piquer sa place. Certaines missions demandent effectivement non pas un, ni deux, mais parfois plusieurs collègues travaillant éventuellement sur plusieurs établissements. Et le nombre de missions proposées, et donc d'heures à remplir, est conséquent.

3.
Le souci est bien entendu le caractère insécable de la brique. Or, un enseignant peut être tout à fait à l'aise dans une mission de coordination (quelle qu'elle soit, et le champ est large) ou de maintenance, et peu goûter aux joies du remplacement de courte durée. Tout sera donc dans la souplesse et l'intelligence des personnels de direction (pour certains, travailler avec eux va être un plaisir ; pour d'autres, pitié, Seigneur!)

4.
J'ai noté un certain flou tout de même dans le contenu des missions. Il serait possible, d'après ce que j'ai compris, qu'entre dans le cadre des missions du Pacte la mise en place d'heures d'option. On a même parlé d'heures de philosophie (!!!???). Et là, ça m'étonnerait grandement que le ministère accepte sans sourciller de payer longtemps des heures de pseudo-philosophie (bin oui) en LP à 68 euros l'unité pour une poignée d'élèves plus ou moins « volontaires ». Et si cette philosophie-là passe, pourquoi pas le yoga, l'histoire de la cuisine japonaise, l'apprentissage d'une langue exotique, et tous les ateliers possibles (théâtre, poésie, danse de salon, pâte à crêpe, avec évidemment venue d'intervenants extérieurs lesquels se feront payer, ce qui nous donne un coût horaire amusant et me donne à penser que ce n'est pas de son vivant que le président Macron compte faire baisser le montant étonnant quand même de la dette publique).

5.
Il semblerait aussi que les heures de « renforcement français/maths » (vieux serpent de mer retourné dans tous les sens qu'on dirait plus un scoubidou tourmenté qu'un monstre effrayant les moines du Loch Ness) puissent rentrer aussi dans les missions, les briques, le mur (on dirait un jeu pour adolescents de l'espèce moderne appelée « geek ») alors que ces heures peuvent aussi être payées en HSE. Question : Est-ce que cela signifie qu'à terme les heures HSE vont disparaître au profit des heures missionnées, dont je pense qu'elles ne resteront pas ad vitam à 68 euros (1 euro 13 la minute quand même) sans que le ministère finisse par sortir de son chapeau à grosse tête un lapin sachant compter, réguler, et faire qu'avec a + b tu obtiens – c (la comptabilité publique a de ces mystères !) ? On nous dit que pas pour l'instant. Logique : on ne sait pas si le Pacte a réellement un avenir ; autant assurer ses arrières.

6.
Rien qu'avec ces quatre premiers points, je vois déjà se profiler les différences d'appréciation et de mise en œuvre qui ne manqueront pas de se produire selon le chef d'établissement (le perdir qui propose de socler, oui, oui, c'est bien de la novlangue) et les enseignants concernés. Entre le psycho-rigide, scrutant à la loupe chaque virgule du texte et l'appliquant scrupuleusement jusqu'à l'absurde et Kafka avait donc raison, et le bienveillant qui demandera à un(e) tel(le) d'avoir l'obligeance de, que si c'est pas possible, eh bien, on va demander à Machin, ou on va pas l'faire, bah, je pressens quelques bidouillages, quelques arrangements, quelques abus.

7.
En ce qui concerne la transformation du Lycée professionnel et la « gratification » accordée aux élèves en stage, personnellement, je m'en félicite (parce que dans certaines filières, certains stagiaires effectuent, quand bien même ils sont en formation, un travail réel ; parce que le paupérisme existe, parce que ça peut motiver et aider les jeunes majeurs...), mais quand j'apprends que cette gratification pourrait être supprimée si on juge par ailleurs l'élève absentéiste, je m'interroge. La gratification est-elle la reconnaissance d'un droit de l'élève en formation ou la récompense d'un comportement jugé correct par l'institution ? Est-elle de nature juridique ou de nature morale ? Il se pourrait que les tribunaux administratifs aient à trancher bientôt la question.

8.
Dernier point : les dispositifs « Tout droits ouverts » et « Ambition emploi » qui s'adresse, pour le premier, aux élèves décrocheurs qui pourraient bénéficier du maintien de leurs droits s'ils ne démissionnent pas et acceptent de travailler sur des solutions alternatives que le Lycée lui proposerait (c'est flou, et j'y vois surtout une manière administrative d'empêcher la marginalisation des élèves les plus en délicatesse avec le système scolaire).

Le second (« Ambition emploi ») s'adresse aux élèves qui ont échoué au CAP et au Bac Pro deux fois (ah oui, quand même). Les établissements auraient à charge de trouver une solution en lien avec des partenaires extérieurs. Seront-ils toujours dans les bases du lycée ? Je me demande qui va s'en occuper. Le Bureau des Entreprises ? Des professeurs ayant l'âme de travailleurs sociaux ? La commission « Ambition emploi » ? C'est tout de même curieux : je croyais que c'était là le travail des missions locales et de Pôle Emploi. Me serais-je gouré ?

9.
Je m'arrête là et j'ajoute que si j'ai mal compris, tant pis. Mais si j'ai bien compris et à peu près bien transcrit ce que j'ai entendu, alors je crois que le Pacte à Pap Ndiaye va être assez compliqué à mettre en place, que ça va coûter bonbon, et que les enseignants vont très vite vraiment travailler beaucoup plus, tout en s'éloignant de plus en plus nettement de leur cœur de métier : transmettre un savoir disciplinaire.

Je pense aussi qu'il sera nécessaire de veiller à qui signe le Pacte. Certains voudront signer qui, en fin de compte, ne supporteront pas la charge de travail supplémentaire et finiront par être en arrêt, laissant en plan projets, préparation aux examens, obligations de service. En outre, la quantité n'étant pas toujours une garantie de qualité, attention au vertige des moyens.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2023.

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