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BREFS ET AUTRES

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20 juin 2026

LES FRITES S'EN RELEVERONT-ELLES ?

LES FRITES S'EN RELEVERONT-ELLES ?

 

1.
« En souplesse, le tambour-major réalisa un coup de pied à la lune, avec demi-tonneau arrière et, à la seconde précise où il toucha le sol, le tuba lâcha une grosse note d'ouverture qui se mit à voltiger gracieusement. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Le tuba est un instrument récent car il a été mis au point au XIXème siècle en Allemagne vers 1835 par Wilhelm Friedrich Wieprecht et Johann Gottfried Moritz. Avant, on soufflait dans les serpents et les ophicléides. On ne trouve trace ni du serpent ni de l'ophicléide dans la discographie des Pink Floyd, lesquels utilisèrent bien des sons et bruits divers. Je suis moi-même parfaitement démuni du moindre tuba, car je ne saurais quoi en faire. J'ai cependant quelques disques des Pink Floyd, que je finirai par ne plus écouter, en particulier quand je serai mort.

 

2.
« Le saladier tomba sur le sol et se réduisit en poussière blanche crissante, avec une note aiguë. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Parfois, on ne se sent guère plus utile que le tréma sur le e final de « aiguë ». Pareil pour la ciguë qui, dit-on, tua Socrate. C'est que des fois, nos efforts semblent aussi vains qu'une leçon de piano à un canard. Et je dis piano, comme je dirais accordéon, harmonica, ophicléide ou vilebrequin. Et je dis canard comme je dirais coin-coin, coin-coin et encore coin-coin.

 

3.
« Lazuli se mit à grelotter, le froid de la vie lui gelait le cœur. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Défois, quand le froid de la vie vous gèle le cœur, comme l'a écrit Boris Vian dans « L'Herbe rouge », c'est que vous pourriez tomber tout dépressif. Le temps alors ne passe plus. Plus rien ne passe et vous perdez l'envie de vous y remettre, à la petite mécanique des jours. Vous perdez le sommeil ; vous perdez l'appétit. Vous buvez de la bière en fumant cigarette sur cigarette. Et dire que vous n'avez composé ni opéra, ni aucun traité de philosophie fort propre à occuper les gens qui vont à l'opéra après avoir donné des cours de philosophie dans des établissements étudiés pour.

 

4.
« Dans l'air du crépuscule, ils distinguèrent la silhouette grise et velue du sénateur Dupont que la bonne venait de lâcher et qui accourait les rejoindre en miaulant à tue-tête. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Tous les sénateurs ne s'appellent pas Dupont.
Tous les sénateurs ne miaulent pas à tue-tête.
Tous les sénateurs qui s’appellent Dupont ne miaulent pas à tue-tête.
Certains se contentent d'aboyer. D'autres dorment. D'autres ronronnent. D'autres ruminent et machinent, ruminent et machinent et intriguent. Tous sont aussi loin de moi qu'igloos et grizzlis. Je m'en félicite.

 

5.
« La maison trembla sur sa base comme si un poing formidable venait de s'abattre sur le toit. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

On dit qu'avec le réchauffement climatique, il y aura de plus en plus de tempêtes, de plus en plus de pluies, de vent, de grêle, de tonnerre, d'éclairs, d'orages. Il y aura aussi des migrations de bestioles, dont des inquiétantes. Les concerts en plein air en seront-ils affectés ? Les prix de l'alimentation monteront-ils en flèche ? Les jambes des filles seront-elles de plus en plus souvent nues ? Les sourcils des censeurs zélés en seront-ils plus froncés ? Les démocraties soupireront-elles encore ? Y aura-t-il encore du boudin blanc à Noël, et du crémant, et du coq au vin ? Les frites s'en relèveront-elles ? 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juin 2026.

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20 juin 2026

BUCCA BOCCA EUT'BOUQUE

BUCCA BOCCA EUT'BOUQUE

 

1.
« J'entendis quelqu'un frapper à la porte, mais décidai que cela ne valait pas la peine d'aller voir qui c'était. »
(Paul Auster traduit par Christine Le Bœuf, « Moon Palace », [le narrateur])

 

En latin, le mot « porta » désignait la porte d'une ville ou d'un monument. Dès l'ancien français, la porte désigne un accès à un lieu fermé. En français moderne, nous pouvons « être entre deux portes », « prendre la porte », « claquer la porte », et, comme le font bien des politiques, « enfoncer des portes ouvertes ». On s'accorde généralement pour considérer qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Sinon, comme je l'ai déjà dit, il y a malaise dans la porte, laquelle pourrait très bien en faire une dépression. 

 

2.
« Après tant de mois à l'écoute d'Effing, je m'étais peu à peu figuré son œuvre, et je me rendais compte à présent de ma réticence à laisser quoi que ce fût troubler les beaux fantômes que j'avais créés. »
(Paul Auster, « Moon Palace, [le narrateur])

 

Le mot « fantôme » vient du grec ionien « phantagma » et le latin « phantasma », » d'où « phantauma », par altération massaliote », dit le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), ce qui donne à songer. Enfin, pas tout le temps, parce que lorsque je vais acheter une boîte de sardines et des yaourts à la supérette du coin, je songe rarement à l'altération massaliote, et, à vrai dire, n'y songe jamais, à l'altération massaliote, quand j'y vais, hein, à la supérette du coin. Les vendeuses sont bien gentilles. 

 

3.
« La pluie dura jusqu'à l'aube, avec des accalmies parfois, et parfois des explosions, des éclats monumentaux – bataillons hurlants de chats et de chiens, colère pure tombant des nuages. »
(Paul Auster, « Moon Palace », [le narrateur])

 

Le mot « colère » viendrait du latin « cholera », qui signifie « bile », voire déjà « colère » mais il est rentré tardivement dans la langue. En outre, je ne sais pas si l'on peut parler de généalogie de la colère comme le philosophe parle de « généalogie de la morale. » Cela n'a donc rien à voir ni avec le saxophone (inventé en 1840), ni avec Catherine II de Russie (1729-1796).

 

4.
« Pendant un instant, je me suis réellement demandé si un ventriloque n'était pas caché quelque part dans la pièce. »
(Paul Auster, « Moon Palace », [le narrateur])

 

« Ventriloque » vient de « ventriloquus », de « venter » (ventre) et « loqui » (parler). Ce n'est pas comme le mot mannequin qui vient du wallon « maniké », du néerlandais « manneken », de « mannekijn » tandis que le mot « vilebrequin » vient lui aussi du moyen néerlandais « wimmelkijn ».
Il est vraisemblable de rencontrer un mannequin ventriloque se déplaçant avec un vilebrequin. Cela signifierait que cette personne saurait amuser le public en prêtant sa voix à quelque marionnette tout étant intéressée par la mécanique (à moins qu'on lui ait demandé de se munir d'un vilebrequin, sans qu'elle sache ni quoi, ni qu'est-ce). 
On dit « ventriloquie », « mannequinat », et moule à gaufres.

 

5.
« Parce que ses yeux étaient invisibles derrière les verres sombres, j'avais toutes les peines du monde à détourner les miens de sa bouche. »  
(Paul Auster, « Moon Palace », [le narrateur])

 

En latin, la bucca, c'était la joue. En français, la bouche, c'est là où il y a la langue et les dents. En italien, on dit « bocca », et en picard, ce qu'on conseille de fermer, c'est la « eut'bouque ». 
En latin, pour désigner la bouche, on disait « os, génitif oris », et chacun sait que sac d'ossements n'est guère causant.
Je ne sais pas ce que dit la bouche d'ombre à Victor Hugo, mais je me doute que cela doit être passionnant, peut-être pas aussi passionnant qu'un roman de James Hadley Chase, mais tout de même assez. Après, on peut quand même se faire des frites, si on a des œufs pour l'omelette.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juin 2026.

14 juin 2026

DES LANGUES D’OS DANS DES SACS DE CHAIR

DES LANGUES D’OS DANS DES SACS DE CHAIR

 

1.
14.06.2026. Donald Trump est né le 14 juin 1946. Ce 14 juin 2026, POTUS Trump a donc 80 ans. Il se dit en France que sa côte de popularité est basse cependant que beaucoup pensent que, d’une manière ou d’une autre, Nero Trump va tenter, d’une manière ou d’une autre et quoi qu’il nous en coûte, de se maintenir au pouvoir. 
D’une manière ou d’une autre : Trump ne pouvant se représenter en 2028, sans doute espère-t-il qu’une de ses âmes damnées lui succède. JD Vance ? 

 

2.
14.06.2026. Vue l’ampleur de la déculottée, la question se pose : Trump a-t-il réellement fait la guerre aux Gardiens de la Révolution iraniens ou a-t-il organisé un semblant de guerre dont le but réel est en fait de renforcer l’axe Pékin-Téhéran-Moscou ?

 

3.
L’assassinat de la petite Lyannah par un dépravé notoire a permis à certains commentateurs de critiquer sévèrement le logiciel Cassiopée, dont les bugs seraient nombreux, très nombreux, et le coût insensé (il serait passé de 4,4 millions d’euros en 2006 à 142 millions en 2018).

 

4.
L’affaire Lyannah a mis en lumière ce que nous savons déjà : la Justice fonctionne mal en France (par manque de moyens et de compétences dit-on). C’est aussi l’une des nombreuses affaires qui font craquer le trop-plein du sac des dossiers mal gérés par la démocratie bisounours, à moins qu’elle soit désinvolte, paresseuse ou corrompue.
Il semble de plus en plus clair que les présidentielles 2027 pourraient être marquées par la victoire assez nette d’une coalition entre RN et droite parlementaire.

 

5.
Le monde à venir ? inquiétant. La situation de la France ? douteuse, endettée, fracturée socialement, en perte d’influence. Pourtant, vu le nombre élevé de candidats potentiels aux présidentielles 2027, on ne peut s’empêcher de penser que la soupe doit être bonne.

 

6.
14 juin 2026. La question revient, lancinante : POTUS Trump est-il du côté des démocraties libérales ou a-t-il, depuis longtemps peut-être, choisi le camp des régimes autoritaires et s’apprête-t-il à arrimer Washington à l’axe Pékin-Moscou-Téhéran ?

 

7.
Juin 2026. La désinformation OVNI bat son plein : les USA font diversion. Le mauvais « Disclosure Day » de Spielberg est-il l’un des éléments de cette campagne massive d’intoxication des opinions ?

 

8.
L’une des meilleures séries satiriques tout autant que politiques vue récemment est « The Great », (USA, 2020-2021-2023, réalisée par Tony McNamara) : fantaisie plaisante, déjantée et très réfléchie sur le destin de Catherine II de Russie. 
Humour noir, à la limite de l’absurde, réflexions intéressantes sur le pouvoir, la Russie, le poids de la religion, la guerre, l’éthique et toutes ces sortes. On pense à Trump, à Poutine, à la Russie actuelle… Politique, je vous dis.
 

 

9.
« Les gens du village défont leurs déguisements, échangent des poignées de mains.
Pour qui est cette longue boîte blanche sous les arbres, qu’ont-ils donc accompli, pourquoi ai-je si froid. »
(Sylvia Plath traduit par Valérie Rouzeau, « L’assemblée aux abeilles »)

Théâtre au village. La mort au village. L’enterrement. Les yeux. Les témoins et ce qu’on en dit. 

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 juin 2026

9 juin 2026

EN ATTENDANT IL PLEUT

EN ATTENDANT IL PLEUT

 

1.
« (il faisait beau maintenant : le soleil déclinant de la fin d’été étincelait sur l’herbe, sur les feuilles encore vertes des arbres, une brume bleutée estompait au loin les collines aux courbes molles) »
(Claude Simon, « L’Acacia »)

 

Le mot « brume » vient du latin classique « bruma » qui désignait le jour le plus court de l’année, le solstice d’hiver, l’hiver. C’est au XVIème siècle que le mot « brume » prend le sens de brouillard. Si la brume est « bleutée », ce n’est pas à cause des cheveux bleus, de Nina Hagen, des corbeaux, des nouilles car
Ni Nina Hagen, ni cheveux bleus, ni corbeaux noirs, ni yeux, pneus, nœuds, pas plus que nouilles et escargouilles ne rendent bleue la brume. 

 

2.
« 15 h 00. Lecture de pièce théâtreuse.
Première de « la ».
Au menu de la distribution mirobolante :
Bibi dans le rôle de Merzonio. »
(Louise Renisson traduit par Catherine Gibert, « Bouquet final en forme d’hilaritude » [la narratrice])

 

L'adjectif « mirobolant » est une plaisanterie. Je lis que le mot vient du nom d'un personnage de théâtre nommé « Mirobolan » dans « Crispin médecin », de Hauteroche (1680) dérivé du terme « myrobolan », fruit séché qui fut utilisé en pharmacie mais aussi en tannerie. Le mot comme on voit n'a rien à voir avec quelque malvoyant déboulant on ne sait où, on ne sait quand, pour on ne sait quoi.

 

3.
« Why don't we go back into the café and wait for it to stop ? » I said. I wanted another of those banana splits. They were gorgeous. »
(Roald Dahl, « The Umbrella Man »)

 

C'est parce qu'il pleuvait. Dans le banana split, il y a de la banane coupée en deux, de la crème glacée, nappée de chocolat fondant chaud et de la crème chantilly. C'est un dessert américain. L'homme au parapluie n'est pas un homme-parapluie. Ce n'est pas parce qu'il pleut que l'on a envie de banana split et pas non plus parce que l'on entend une ritournelle énervée. Mais c'est parce que la narratrice a douze ans et qu'en conséquence elle est une petite fille. Retourner au salon de thé et avaler un autre banana split en attendant que la pluie cesse est certainement une manière de passer le temps et éventuellement d'être un peu écœurée, vaguement écœurée, oui quand même écœurée. En attendant, il pleut. 

 

4.
« Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve,
        Sur l'oreiller désaltéré 
Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve
        Avec l'avidité d'un pré. »
(Baudelaire, « Une martyre, dessin d'un maître inconnu »)

 

L'oreiller, c'est là où l'on couche ses oreilles, et le reste de sa tête aussi. Défois, il n'y a plus de tête. C'est que l'on a affaire à un cadavre sans tête, comme on en trouve dans le poème de Baudelaire, les films d'épouvante et les polars violents. J'ai toujours trouvé assez bizarre l'adjectif « désaltéré » accolé au mot « oreiller » dans le poème à Baudelaire. Les oreillers ont-ils aussi soif que les humains quand ils se croient des dieux de vengeance ? Les oreillers ont-ils des âmes vampiriques ?

 

5.
Zut se dit que parfois il faut se faire violence.
Dans le poème « La Béatrice », 
« Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J'aiguisais lentement sur mon cœur le poignard, »
dit-il, le narrateur baudelairien.
Tarabiscotée l'image, la pensée est un poignard que l'on aiguise lentement sur son cœur. Mais c'est beau quand même parce que c'est un genre de musique.

 

6.
La démocratie, tyrannie de l'incompétence ? Trump, je pense, aura largement répondu par l'affirmative à cette question.

 

7.
Il ne faut pas oublier le chien de la veille, des fois qu'il reviendrait – Celui qui était en Chine, s'il est revenu, c'est qu'il n'est plus en Chine. Parfois, il est bon pour l'intérêt général de se demander s'il n'aurait pas mieux fait d'y rester.

 

8.
Si vous ne connaissez pas le groupe Messer Chups et si vous aimez le rock n' roll dans ce qu'il a de plus pur, alors, écoutez les. Moi, j'appelle cela de la virtuosité. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2026

25 mai 2026

C’EST QU’ON EN FAIT DES CHOSES

C’EST QU’ON EN FAIT DES CHOSES

 

1.
« A son tour un cri : « l’empreinte, l’empreinte, je ne vois plus l’empreinte. A la fin, je ne puis plus compter sur vous ! »
(Paul Eluard, « Nul »)

 

Le mot « empreinte » vient du verbe « empreindre », du latin « imprimere », appuyer sur. Dans les romans policiers, il est parfois question d’empreintes. C’est qu’on en fait des choses avec les doigts. 

 

2.
« Alors il recommença à se faire retors et de plus en plus indécis, prétextant son horreur des contrats qui vous lient, sa hantise de la chicane et son besoin d’indépendance. »
(Blaise Cendrars, « Rapsodies gitanes »)

 

Chicaner, c’est ergoter sur des détails et enquiquiner le monde pour des broutilles. Ça peut relever du caractère comme de la stratégie juridique. Je lis que le verbe « chicaner » viendrait du verbe « ricaner » et de l’onomatopée « tchic » pour signifier le riquiqui (cf le personnage de Chicanneau dans « Les Plaideurs », de Racine et aussi les mots « chiche, chichi, chicot et non chicon dont on fait des gratins). Comme quoi, chicaner, c’est se moquer du monde. 
Dans « Rapsodies gitanes », in « L’homme foudroyé », Cendrars évoque la personnalité de l’auteur de romans populaires Gustave Le Rouge (1867-1938) que je n’ai pas lu mais dont j’ai entendu parler et pas forcément en mangeant des pâtes au jambon parce que des fois c’est des endives au jambon, ou alors des œufs au jambon, ou même des frites avec du jambon, avec de la mayonnaise pour les frites et avec ou sans jambon.

 

3.
« - Kyklôps, tu me demandes mon nom illustre. Je te le dirai, et tu me feras le présent hospitalier que tu m’as promis. Mon nom est Personne. Mon père et ma mère et tous mes compagnons me nomment Personne. »
(Homère traduit par Leconte de Lisle, « Odyssée » [Ulysse])

 

Y en a des fois, ils s’appellent Personne, mais c’est quelqu’un. Ou pas d’ailleurs. Parfois, quelqu’un quelconque qu’il est. Le Cyclope, lui, n’a qu’un œil mais c’est un géant qui forge la foudre. Le cyclope de l’Odyssée n’est pas un forgeron, c’est un cyclope pasteur parce qu’il a des troupeaux et puis il est anthropophage. A mon avis, quand les Cyclopes archaïques forgeaient la foudre et frappaient le fer, ça devait faire de l’épouvantable fracas, un genre de dark metal avec des voix caverneuses et grondantes.

 

4.
« Le poignard au fil étroit lui servit à façonner dans un morceau de corne ce qu’on nomme un bouquin. Il s’agit d’une embouchure de pipe. »
(Orlando de Rudder, « Le Traité des traités »)

 

Le bouquin au sens de « partie d’une pipe adaptée au tuyau et que le fumeur porte à la bouche » (on lit ça dans le dictionnaire de l’Académie française) viendrait de « bouque », « forme normanno-picarde de « bouche ». Avec la bouche on dit des choses parce qu’on a une langue dedans, même qu’on dit qu’il faut savoir la tourner sept fois dans la bouche, sa langue, avant d’en dire des. 
Sherlock Holmes fume la pipe et joue du violon. Maigret fume la pipe et boit de la bière, mais pas Hercule Poirot qui boit du chocolat. Popeye mange des épinards. Les chevaliers de la Table ronde ne fument pas la pipe parce que Christophe Colomb n’avait pas encore découvert l’Amérique. D’ailleurs, c’est chevalier au lion qu’on dit, et pas chevalier à la pipe. Il y a aussi le chevalier à la charrette et la tarte aux abricots.     
Il y a de moins en moins de gens qui fument la pipe et de plus en plus qui vapotent. Le président Macron, qui tant pipeau joua, n’aime pas que les Français fument parce que ça coûte des sous à l’Assurance maladie. Donc, régulièrement, le gouvernement fait augmenter les prix du tabac et prend des mesures pour en limiter l’usage. Le résultat est que le trafic augmente, et plus les prix monteront, plus le trafic s’intensifiera et il va finir par y avoir des morts dans des règlements de compte et des braquages. Donc, que ce soit de cancer ou de plombage du buffet, le tabac n’a pas fini de tuer.

 

5.
« Faut que je te fasse rigoler. Du moins j’espère. Au lieu de prostrer dans les amertumes de ce coup fourré, ne voilà-t-il pas que je phosphore à nouveau ? »
(San-Antonio, « Meurs pas, on a du monde »)

 

Quand on phosphore, c’est que l’on cogite. Phosphorer, cela ne veut pas dire que l’on pense forcément au poisson, parce que saumon, truite arc-en-ciel, éperlan, sardine, cabillaud, flétan c’est plein de phosphore et donc, c’est bon, à ce qu’il paraît qu’on dit qu’on lit, bon pour les os, les dents, les muscles, les nerfs, les reins, l’endurance. 
On peut phosphorer sur toutes sortes de choses : comment Trump s’enrichit-il personnellement tout en plantant l’hyperpuissance américaine, l’IA va-t-elle nous bouffer tout cru, le mystère des OVNI-UFO-PAN et leur rapport avec le haut fonctionnaire Alain Juillet, les lumières mystérieuses de Hessdalen (c’est en Norvège), les disparitions des deuxièmes chaussettes, la sottise programmée de la plupart des réformes de l’éducation nationale, la multiplication des technocrates et le masque du concombre.
Je me demande aussi si les phrases « Faut que je te fasse rigoler. Du moins j’espère. » ne révèlent pas quelque chose de l’auteur qui, pour que ses bouquins se vendent en grand nombre, se force à toujours trouver de quoi gondoler le lecteur. C’est que c’est un métier.

 

6.
Un jour, Trump ne sera plus POTUS. Si son successeur est républicain, ses méfaits et délits resteront impunis. Si son successeur est démocrate, ses méfaits et délits resteront impunis aussi, par peur de la guerre civile. On appelle cela le déclin de l’empire américain.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mai 2026.

 

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24 mai 2026

CELA DEMANDE REFLEXION ; HAUSSONS LES EPAULES

CELA DEMANDE REFLEXION ; HAUSSONS LES EPAULES

 

1.
L'affaire Trump finira mal : corruption, népotisme, délit d'initié, affairisme, complaisances en faveur de Poutine et Xi Jinping, fausse guerre en Iran et vraie magouille dans le détroit d'Ormuz, complaisances en faveur d'Epstein et son réseau, pressions diverses et abus de pouvoir, soupçons d'abus sexuels, soupçons d'intelligence avec une puissance étrangère (l'affaire krasnov). Quel sera le politique américain assez intègre et puissant pour arrêter Trump dans sa destruction systématique des valeurs républicaines et démocratiques des Etats-Unis ?

 

2.
« A la fin des tragédies de l'ancienne Grèce le maître du chœur répète la formule rituelle : A l'inattendu les dieux livrent passage. »
(Pascal Quignard, « Abîmes »)

 

Le mot « tragédie » vient du grec « tragôidia », de « tragos », bouc, et « ôidé », chant et donc signifie originellement « le chant du bouc » et on ne sait pas vraiment pourquoi et je ne vois pas le rapport avec l’album « Goats Head Soup », des Rolling Stones parce qu’il paraît que le titre « Goats Head Soup » fait référence à un plat jamaïcain appelé « Mannish water » et pas à des tragédies grecques. 
Les Rolling Stones sont un groupe de musique qui fait du bruit mais avec talent (contrairement à beaucoup d’autres donc qui font du bruit avec du vent). Ils sont britanniques parce que cela arrive. Ils sont très connus et beaucoup de leurs chansons aussi, comme « Satisfaction », « Gimme Shelter », « Wild Horses » et tant d’autres encore mais sans pâté-cornichons parce que ce n’est pas facile de jouer de la guitare avec les doigts pleins de pâté-cornichons. 

 

3.
Le 23 mai 2026, dans la soirée, POTUS Trump annonce un accord avec l’Iran concernant le détroit d’Ormuz. On ne sait pas trop en quoi consiste cet accord, mais Dingo Trump a tout l’air de s’être bien planté dans sa guerre contre les Gardiens de la Révolution islamique. 

 

On n’est pas très loin de penser en Europe que POTUS Trump après avoir trahi les Afghans, trahi les Ukrainiens, est maintenant en passe de trahir Israël. Quel est son but ? Passer des accords financiers avec les gangsters des Gardiens de la Révolution ? Transformer l’axe Pékin-Moscou-Téhéran en axe Washington-Pékin-Moscou-Téhéran et puis mener une guerre hybride à l’Europe des démocraties ? Improbable ? Pure fiction ? Surinterprétation ? Spéculation fumeuse ? On verra.  

 

24 mai 2026. Si je comprends bien, ce fameux accord avec l’Iran, dont se vante Trump, est juste une promesse de mémorandum en vue de négociations plus solides afin, d’ici « 30 à 60 » jours, signer un accord final. En conséquence, je n’ai pas l’impression que la circulation dans le détroit d’Ormuz sera aussi libre qu’on l’espère avant quelques semaines encore. Possible que les Gardiens de la Révolution décident de faire tourner en bourrique un Trump dont l’incompétence devient criminelle. 

 

4.
« Il y a même des personnes qui, en toute leur vie, n'aperçoivent rien comme il faut pour en bien juger. »
(Descartes, « Les principes de la philosophie »)

 

On les appelle des trumps.

 

Le verbe « juger » vient du latin « judicare » qui signifie « rendre un jugement ». En français, on rend un jugement comme on rend des comptes. Si Albert aime le camembert, cela ne change rien à l’affaire. Je n’ai à mon service ni âne ni personal Jesus mais des épaules que je hausse. 
« Personal Jesus » est une chanson du groupe Depeche Mode. Elle a été interprétée par Johnny Cash en 2002 et Nina Hagen en 2010. On y entend ces deux vers : 
« Flesh and bone by the telephone
Lift up the receiver, i’ll make you a believer ».
Je ne sais pas si la chanson a un rapport avec Elvis, mais c’est du rock quand même. 

 

5.
« En effet lorsque la belle Mme de la Carlière ne présenta plus que son squelette, le propos de la commisération se mêla à celui du blâme. »
(Diderot, « Madame de la Carlière »)

 

Le mot « squelette » vient du grec ancien « skeletos », passé dans le latin sous la forme « sceletus » et signifiait alors « corps desséché », « momie ». Les squelettes prouvent qu’il y eut des gens avant nous. Il y a aussi les fossiles et les ossements des bêtes immenses. Certains doutent que ces bêtes immenses aient existé parce qu’ils croient que l’humain a été créé par un coup de baguette magique. 
Une baguette de pain, une boîte de sardines et un peu de beurre et voilà ce qu’on mange en regardant la pluie tomber quand il pleut et ne pas tomber quand il ne pleut pas. On écoute aussi les nouvelles du monde où beaucoup s’acharnent à transformer le plus vite possible leurs contemporains en squelettes, en poudre, en cendres. 
La proposition, que je lis dans Diderot, « lorsque la belle Mme de la Carlière ne présenta plus que son squelette, » est ironique. Je ne sais pas si l’on peut dire qu’une boîte de sardines est ironique. Les choses en elles-mêmes ne sont pas ironiques. A moins que l’on considère le monde comme la plus grande des ironies. Ça demande réflexion ; haussons les épaules.

 

6.
« - Dernièrement, maître Chaucer m'avait demandé de copier un livre, que je n'avais jamais vu auparavant, narrant les hauts faits du roi Arthur. Ou, pour être plus précis, les aventures de sire Gauvain. »
(Margaret Frazer traduit par Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque » [Le père Philip])

 

Y a des fois des voix à la radio, elles sont énervantes. C’est pour cela aussi que j’aime les livres. On ne les entend pas. Le roi Arthur est un roi légendaire, dont les hauts faits, la Table ronde, Excalibur, Merlin, La Dame du Lac et tout ça tissent des aventures qui furent, il y a longtemps ah oui quand même, composées en vers comme en prose. Certains y voient un mythe fondateur de la psyché occidentale mais moi je ne sais pas parce que j’ai du mal à faire le lien entre les assotés qui gigotent et bavassent dans les étranges lucarnes partout aussi et la geste arthurienne.
J’ai quand même du mal à imaginer qu’on puisse entamer des études de lettres sans lire et étudier, quelque peu, au moins un roman de Chrétien de Troyes. Cela me semble aussi nécessaire que le théâtre de Molière et les romans de Flaubert. C’est donc quand même que ces histoires d’épée fabuleuse, de machines merveilleuses, de chevaliers errants guettés par la folie, de tourments, de trahisons, de monstres et de batailles ont quelque chose à voir avec nous. Je ne pense pas que POTUS Trump soit une sorte de roi Arthur, surtout quand je regarde un concombre, ou une basse-cour.

 

7.
« Mais le lendemain, comme si, profitant de nos sommeils, la maison avait miraculeusement voyagé, je m'éveillais par un temps différent, sous un autre climat. »
(Proust, « La Prisonnière » [Le narrateur]) 

 

Proust, il avait l’imaginaire débordant du citron. Faut le faire pour faire d’un monde qui en soi n’intéresse guère que quelques historiens un lieu d’aventures poétiques, une ontologie, une phénoménologie. J’ai d’autres grands mots comme ça en réserve mais après ça me donne mal à la tête.

 

Patrice Houzeau
Malo-Hondeghem, le 24 mai 2026.

 

19 mai 2026

RONCHON EN TOUTE SAISON

RONCHON EN TOUTE SAISON

 

1.

« L'idée m'avait déjà effleuré une fois ou deux. James Conklin, l'enquêteur des morts. Ou peut-être, l'enquêteur auprès des morts. Je ne m'étais pas encore décidé. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [Le narrateur])

 

Quand j'étais lycéen (aux temps anciens où déjà je ne savais rien), j'avais un professeur qui, en guise d'exemples et symptômes de la dégradation de la culture occidentale, nous avait cité Stephen King et les Rolling Stones. Bon, à mon avis, il s'est un peu trompé. Même si tous les romans de Stephen King ne sont pas des chefs d’œuvre et que certains disques des Stones ne sont pas si bons non plus, il y a quand même une flopée d’excellences chez l'écrivain horrifique (« Carrie », « The Shining », « Ça »,...) comme chez les chevelus électriques (« Aftermath », « Beggars Banquet », « Sticky Fingers »,...). Ce qui n'empêche pas d'apprécier la Neuvième de Beethoven, Flaubert et Rimbaud. J'aime bien aussi les pâtes au jambon et le coq au vin mais je mange plus souvent de pâtes que de coq. En hiver, je mange du boudin blanc, et en été de la crème glacée à la pistache. Je ronchonne en toute saison.

 

2.

« Mais enfin j'aurais pu être sorti et passer dans la rue à l'heure où Albertine m'aurait dit, ce soir (ne m'ayant pas vu), qu'elle avait fait quelques pas avec la dame. »
(Proust, « La Prisonnière »)

 

Proust, c'était quand même un compliqué. En tout cas, le narrateur proustien, il est quand même compliqué. Ce qui est compliqué vient du verbe latin « complicare » qui signifiait « plier ensemble, lier ensemble », le préfixe « com- » voulant dire « ensemble », « avec », et le radical « plicare » venant du grec « plékô » (« tresser, entrelacer »), d'où l'idée d'un bidule tout emmêlé, alambiqué, machiné complexe.
Les aventures de Placid et Muzo sont plus faciles à lire que les œuvres de Marcel Proust, mais elles sont pour les enfants, tandis que pour lire Marcel Proust, il faut connaître beaucoup de mots et s'intéresser beaucoup au style. Sinon, des fois c'est long. Mais on peut sauter des paragraphes, voire des pages, et quand on a assez lu, soit on dort (c'est la nuit), soit on se fait des pâtes au jambon (parce qu'il est midi).   

 

3.

« Elle ignorait ce qu'elle cherchait à savoir mais, à force de poser des questions, quelqu'un pourrait révéler un détail important. »
(Margaret Frazer traduit par Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

Quand on ignore ce qu'on cherche à savoir, c'est qu'on ne sait vraiment pas grand chose. Est-ce comme ça que débutent beaucoup d'enquêtes ? Je ne sais pas. Et je ne sais pas si avoir vu plusieurs fois certains épisodes de la série Columbo, avec Peter Falk et son imperméable, est de nature à me renseigner. Tout ça pour dire que j'aime bien les romans policiers. Quand je serai à la retraite, je n'en lirai pas plein parce que je sais que je n'en lirai pas plein, mais ça ne fait rien, je mangerai de la purée et du steak haché en regardant de vieux épisodes de Columbo, avec Peter Falk, son imperméable, sa voiture qui fume et son chien basset.

 

4.

« Tant vaut l'homme, tant vaut le métier ; et réciproquement, à la fin, tant vaut le métier, tant vaut l'homme. On fait donc valoir le métier tant qu'on peut. »
(Diderot, « Le Neveu de Rameau » [Lui])

 

Le mot « métier » vient du latin « ministerium » qui désignait un service au sens de fonction, et plus particulièrement une fonction religieuse. Il vaut mieux avoir un métier parce que sinon on a le ventre vide et on ne sait plus quoi faire de ses dix doigts. 
En théorie, on va à l'école pour apprendre un métier, mais ça ne marche pas toujours très bien. Les raisons de ce dysfonctionnement institutionnel sont multiples et sociétales. Beaucoup de têtes pensantes, de technocrates et de politiques plus ou moins sots y réfléchissent et pondent régulièrement des réformes de plus en plus folkloriques. Mais ça ne va pas mieux. On dirait même que ça empire. 
Citation : « Homme sans métier n'est plus apte à exercer une activité professionnelle. »
(Urgan, l'Homme Gougeon, in « Kaamelott », d’Alexandre Astier)

 

5.

Mai 2026. Trump traîne tellement de casseroles que j'ai du mal à croire qu'il acceptera si facilement d'être battu aux élections et de renoncer à un pouvoir qui le protège. Qu'il soit vaincu ou vainqueur aux midterms de novembre ne changera peut-être pas grand chose. Ce qui est inquiétant, c'est l'après-midterms, dans les deux années qui le sépareront des présidentielles de 2028. Certes, il ne pourra plus s'y présenter. Comment va-t-il envisager cette échéance qui pourrait lui être judiciairement fatale ? Mystère. Mais vu la malignité du bonhomme, tout le monde a intérêt à se méfier.

 

6.

En 2026, POTUS Trump a 79 ans et beaucoup de casseroles. Parce qu'il est né le 14 juin 1946 et qu'il a fait pas mal de choses pas très nettes dans sa vie. Beaucoup se demandent si Trump n'arrive pas dans cet âge de la vieillesse où on commence, peu à peu, à se détacher des choses, ce qui expliquerait son manque d'intérêt pour l'avenir des Etats-Unis et du monde qui sont au bord d'une récession économique mahousse parce que Trump a planté l'hyperpuissance américaine dans le détroit d'Ormuz. 
 

7.

Paraît que ce 19 mai, POTUS Trump devait reprendre ses bombardements massifs sur l'Iran des mollahs assassins mais qu'il a y renoncé sur demande de certains pays du Golfe. Je ne sais pas si c'est vrai mais on commence à avoir l'habitude : ces derniers jours, Trump menaçait l'Iran des mollahs assassins de frappes hyper, ultra, méga massives. En général, quand il promet l'Apocalypse, Trump, c'est qu'il ne va rien faire (ou pas grand chose). Et pourquoi ça ? Il se dit qu'il ne peut vaincre l'Iran des mollahs assassins sans bombarder leurs infrastructures énergétiques (ce qui pourrait mécontenter Xi Jinping qui a besoin du pétrole iranien) et débarquer des troupes au sol (ce qui ferait des morts chez les soldats américains, et ça ce n'est pas bon pour le parti républicain). Possible aussi que l'armée américaine ait besoin d'un peu de temps pour affiner on ne sait quel coup fumant qui va foudroyer l'Iran des mollahs assassins. Possible aussi que Trump n'y comprenne plus grand chose et se demande comment il va bien pouvoir sortir de ce merdier où son incompétence l'a mené. En attendant, il promet des révélations sur les extra-terrestres et leurs drôles d'engins volants (auxquels seuls les sots et Alain Juillet croient ou font semblant).  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mai 2026. 

17 mai 2026

QUI N'EXISTE PAS MAIS QUI EST LA QUAND MEME

QUI N'EXISTE PAS MAIS QUI EST LA QUAND MEME

 

1.
« … Cinquante deuxième jour de traversée... Cette nuit, comme chaque nuit, le professeur Nox jette un mystérieux objet à la mer... »
(Wininger, « Evergreen » [Le journal de Vaucanson])

 

Parfois, je vais voir la mer, qui n’existe pas mais qui est là quand même. Je n'y mange pas forcément des moules-frites car en fait je n'y mange que rarement des moules-frites. La mer ne me fait penser à rien de particulier mais je suis bien content qu'elle soit là quand même. Ça change des installations industrielles, des immeubles et du surnombre imbécile qui se répand partout, partout, partout.

 

2.
« Joseph Rouletabille avait une grande admiration pour le célèbre policier. Je n'avais jamais vu, moi, Frédéric Larsan, mais je le connaissais beaucoup de réputation. »
(Gaston Leroux, « Le Mystère de la chambre jaune » [Le narrateur]) 

 

Le mot « réputation » vient du latin impérial « reputatio » (compte, réflexion, considération) et Frédéric Larsan, c'est un personnage de fiction qui apparaît dans le roman « Le Mystère de la chambre jaune », de Gaston Leroux (publié en 1907). Ce roman policier à énigme (la porte était fermée de l'intérieur, et pourtant) sera suivi en 1908 d'une suite : « Le Parfum de la dame en noir ». Le cinéaste Bruno Podalydès en fit en 2003 et 2005 deux adaptations cinématographique épatantes. Tout cela est fort distrayant et nous change des leçons de morale de Macron et des imbécillités de Trump.

 

3.
« - Une Hollandaise oxygénée, dit-il. Une blonde nommée Austrian, la femme d'un toubib de Bay City. Un type qui cavale toute la nuit pour empêcher une bande de ringards de l'écran de se taper des éléphants roses pour leur breakfast. »
(Raymond Chandler traduit par Henri Robillot, « Bay City Blues »)

 

Il y a trois types d'éléphants dans le monde : En Afrique, il y a l'éléphant de savane et l'éléphant des forêts. En Asie, il y a l'éléphant d'Asie et en France, du temps où le parti socialiste était puissant, on parlait des « éléphants du PS » alors que beaucoup étaient en fait des ânes, dont un était même un bouc (ne riez pas, il a failli être président). Aux Etats-Unis, l’emblème du parti républicain est l'éléphant, tandis que celui du parti démocrate est l'âne. Quand les éléphants sont roses, c'est que vous avez fini par attraper une araignée au plafond. 

 

4.
En 2026, il apparaît de plus en plus évident que le POTUS Trump est un homme malsain, stupide et nuisible.
POTUS est un acronyme signifiant « President of the United States ». Le POTUS actuel, c'est Trump dont on se demande s'il est, ou non, le pire président que les Etats-Unis ont eu. Pour l'instant, Trump a réussi à planter l'hyperpuissance américaine dans le détroit d'Ormuz et est en passe de provoquer un choc pétrolier qui va fiche l'Occident dans la mouise. On ne sait pas trop s'il s'en rend compte, s'il s'en fout ou s'il le fait exprès. Toujours est-il qu'on attend tous avec impatience que Trump se ramasse aux élections et retourne se justifier devant les tribunaux parce qu'en plus il passe pour un malhonnête.    

 

5.
Mai 2026, voilà qu'on évoque le retour du chômage de masse en France. C'est qu'avec le Covid en 2020, le déclenchement en 2022 de la sale guerre de Poutine en Ukraine puis en 2024 de la guerre totale menée par Israël contre le Hamas, le Hezbollah et maintenant l'Iran et la crise actuelle des blocus du détroit d'Ormuz, il y a comme des incertitudes quant à l'avenir, de la moumoute dans la soupe à l'oignon, du suspicieux dans la perspective. Que voulez-vous que le président Macron y puisse ? N'empêche son orgueil et la haute opinion qu'il a de lui-même en ont pris un sacré coup dans l'urne. 

 

6.
La France métropolitaine fait  547 030 km². Elle est donc plus grande que la Belgique (30 689 km²) mais moins grande que la Russie (17 millions de km²). La France est une démocratie libérale, c'est-à-dire que l'on y laisse à peu près librement les gens faire ce qu'ils peuvent, contrairement à la Russie où les gens font ce qu'ils peuvent aussi mais avec le risque de tomber par la fenêtre. Dans une grande partie de la France, on mange des frites et on boit de la bière, comme en Belgique. Les frites, c'est bon. La bière aussi. Il y aussi les moules, qu'on mange avec des frites. 
La Belgique a un roi constitutionnel et représentatif, c'est le roi Philippe de Belgique. Il est marié à la reine Mathilde. La France a encore quelques temps Macron pour président. Ce n'est pas qu'il a échoué, mais enfin ça n'a pas très bien marché. On doit au président Macron la fin de la taxe d'habitation (c'est bien) et l'impôt à la source (c'est bien aussi) et l'idée salutaire que la France doit se réarmer et se réindustrialiser parce que sinon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mai 2026.

17 mai 2026

PAS D'AUTRE ENIGME

PAS D'AUTRE ENIGME

 

« A plusieurs reprises je m'étais dit qu'il n'y a pas d'autre énigme que le temps, cette trame sans fin du passé, du présent, de l'avenir, du toujours et du jamais. »
(Borges, « There are more things »)

 

A tout à l'heure lui dis-je Comme elles étaient
Plusieurs elle n'était pas toute seule Je ne sais combien de
Reprises il y a de cette chanson
Je lui ai dit A tout à l'heure Je
M'étais dit aussi que je ne la reverrai pas Voilà ce que je m'étais
Dit aussi je me demandais combien de reprises il y a de cette chanson
Qu'il soit là ou ailleurs peu importe Il
N'y a pas d'autre alternative soit il est là soit ailleurs Il n'y
A pas d'autre possibilité soit là soit ailleurs (la chanson elle dans ma tête)
Pas possible qu'il en soit autrement
D'autre part j'avais envie de tarte aux abricots il y avait aussi cette
Enigme que je n'arrivais pas à résoudre parce 
Que c'est une énigme et je suis nul en résolution d'énigmes et celle-là d'énigme je ne sais même plus de quoi elle causait c'est comme la chanson je n'ai jamais su de quoi elle parlait parce qu'elle était dans une langue que je ne connaissais pas
Le truc c'est que je n'ai pas de mémoire Le 
Temps que je perds à tenter de me rappeler si j'étais là ou ailleurs quand il m'a dit A tout à l'heure mais je ne l'ai jamais revu
Cette fois j'étais bien sûr que je lui avais dit Il y avait pourtant bien une
Trame à cette histoire et pourtant elle est
Sans queue ni tête cette histoire A la
Fin je me suis demandé que s'est-il passé et où est passée la chanson
Du film je n'avais rien pigé Il y avait du
Passé mais aussi
Du présent et on ne comprenait pas toujours le rapport entre le
Présent (c'est quoi ces lumières mystérieuses de Hessdalen, - c'est en Norvège) et le passé (quelqu'un en noir et blanc chantait une chanson absurde je ne sais où mais tout le monde riait) ; quant à ce qu'il en est
De l'avenir, je me disais que je mangerais bien une part de tarte aux abricots, à
L'avenir A tout à l'heure lui avais-je dit
Du piano, non je n'en joue pas
Toujours je me dis que j'aurais aimé savoir jouer du piano, pas 
Du violon par exemple
Jamais je n'ai eu envie de jouer du violon, jamais jamais jamais.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mai 2026.

17 mai 2026

ÇA VOUS REGARDE-T-IL ?

ÇA VOUS REGARDE-T-IL ?

 

1.
« Il y eut d'abord un silence où le sifflet du marchand de tripes et la corne du tramway firent résonner l'air à des octaves différentes, comme un accordeur de piano aveugle. »
(Marcel Proust, « La Prisonnière »)

 

J'ignore pourquoi il faut que l'accordeur de piano soit ici plus aveugle qu'à l'ordinaire. Le mot « piano » vient de l'italien « pianoforte » qui signifie « doux et fort ». On ne joue pas du piano comme on joue du chapeau. Du chapeau, on peut sortir un lapin, un candidat plus ou moins intéressant que l'on présentera aux élections pour rappeler aux Français qu'il ne faut surtout pas qu'ils élisent un extrémiste de droite ou de gauche. J'ignorais que les marchands de tripes étaient munis d'un sifflet.

 

2.
« Longtemps le centre est resté en ruine, les belles épiceries d'avant-guerre campaient dans des baraquements jaunes. »
(Annie Ernaux, « La Place »)

 

Le mot « épicerie » apparaît au XIIIème siècle. Il désignait l'ensemble des épices dont on faisait commerce mais aussi l'endroit où on les emmagasinait et vendait. Jadis, il y avait des épiceries un peu partout tandis que maintenant on va dans les grands magasins, qu'on appelle supermarchés. C'est pour acheter des choses. Une fois qu'on les a achetées, on les ramène chez soi et on les consomme. C'est pour cela que l'on parle de société de consommation. 
Il n'y a plus beaucoup d'épiceries dans les quartiers et je pense que beaucoup d'épiciers et d'épicières sont maintenant dans le grand ailleurs dont on ne revient pas, sauf dans les films de revenants, mais on n'y croit pas car on fait semblant et on se raconte des histoires de fantômes pour passer le temps.

 

3.
« Une chose qui ne l'intéressait pas cessait purement et simplement d’exister à ses yeux. » 
(Philip K. Dick, « Coulez mes larmes, dit le policier »)

 

Il vaut mieux s'intéresser à quelque chose, sinon on finit par s'ennuyer et à force de s'ennuyer, on finit par penser que l'on n’existe pas vraiment. C'est alors que la fantômie vous guette. Et ça peut vous mener à errer de ça, de là, pareil à la feuille morte, sauf que vous avez deux jambes pour marcher et une cervelle pour vous imaginer un violon. Les gens ne vous passent pas encore à travers, mais vous ne vous sentez pas aussi vivant que ça, qui se tient là et qui vous regarde passer avec ses grands yeux verts, ses moustaches et son poil noir. 
Dans le même paragraphe, je lis la phrase suivante : « La réalité qu'on refuse revient vous hanter ». Vous voyez comme le danger est grand. Vous voyez comme le lapin est blanc. Vous voyez comme c'est très agaçant, très agaçant, très agaçant.

 

4.
« Et nous appellerons ces choses indéfinies plutôt qu'infinies, afin de réserver à Dieu seul le nom d'infini ; […]).
(Descartes, « Les Principes de la philosophie »)

 

Dieu est et infiniment. La boîte de thon n'est pas infinie. Le temps qu'on passe à persister dans l'être n'est pas infini non plus, parce qu'un jour, on continue à persister dans l'être mais on n’existe plus. Cela ne dure pas longtemps : on persiste encore un peu vaguement (les gens se souviennent que vous étiez comme ci, comme ça, très gentil mais con comme une table, très méchant mais con comme une table, très sot mais vous saviez faire des tartes) et puis, un jour vous n'êtes plus du tout, vous n'êtes plus qu'un mort, dans l'anonymat infini des morts. On appelle cela le passé. Et oui, c'est votre avenir.

 

5.
« A plusieurs reprises je m'étais dit qu'il n'y a pas d'autre énigme que le temps, cette trame sans fin du passé, du présent, de l'avenir, du toujours et du jamais. »
(Borges, « There are more things »)

 

Le mot « énigme » vient du grec ancien « ainigma » qui signifiait « parole obscure » et peut-être bien même « équivoque ». Le réel est de nature énigmatique. Il y a, par exemple, l'énigme de la deuxième chaussette étonnamment disparue, l'énigme du manuscrit de Voynich qu'on sait pas d'quoi ça cause, l'énigme des lumières de Hessdalen (c'est en Norvège), l'énigme des OVNI qu'en fait c'est des prototypes militaires mais on fait comme si et on dit c'est des OVNI comme c'est énigmatique ! Les gens aiment bien les énigmes, c'est pour ça qu'ils lisent des romans policiers à énigmes. Moi aussi j'aime bien les romans policiers à énigmes mais j'en lis rarement, parce que j'ai d'autres livres à lire que je ne lis pas. 
Les autres réels sont eux aussi de nature énigmatique, mais c'est surtout parce qu'on les regarde, parce que si vous ne les regardez pas, si vous n'y pensez pas, si vous ne vous mettez pas à patauger dans l'ontologie comme une saucisse dans la choucroute, vous verrez que ces grands énigmatiques là ne sont jamais que des tubes digestifs, mobiles, perspicaces et dotés de mâchoires avec ou sans dentier. Quand on y pense, ça fait peur. C'est pour ça qu'on a inventé l'humanisme. Pour avoir moins peur. Mais ça ne marche pas très bien. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 mai 2026.

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