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BREFS ET AUTRES

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12 avril 2026

EN ATTENDANT LA DEFAITE DE VIKTOR ORBAN

EN ATTENDANT LA DEFAITE DE VIKTOR ORBAN

 

1.
Il est faux de dire que les politiques n'en fichent pas une. En fait, les politiques (en tout cas, la plupart) travaillent beaucoup, énormément. Et c'est là le plus fascinant. Travailler autant pour dire et faire autant d'âneries, cela relève du prodige.

 

2.
Beaucoup de gens vont voter Bardella en 2027 parce qu'ils s'imaginent que Bardella va bouter Mohamed hors de France. Ils ne réfléchissent pas au fait que ce n'est pas Bardella qui leur préparera leur kebab quand ils vont manger un kebab et pas Bardella non plus qui sera sur les chantiers à construire leur maison. Justement, me disent-ils, nous, on préférerait que ce soit Kevin qui nous prépare le kebab et Théo qui nous construise la maison. Sans blague, et vous croyez réellement qu'il y aura autant de kebabs et de maçons quand, dans un premier temps, Bardella va bouter Mohamed hors de France ?
Du reste, je n'y crois pas. Bardella fera comme Georgia Meloni en Italie. D'abord, il expulsera puis, devant les demandes, qui ne manqueront pas d'être insistantes, des grandes entreprises, il en fera venir des étrangers et Mohamed reviendra parce que les sous-traitants auront besoin de main d’œuvre et que le capitalisme ne peut se passer du travail clandestin.

 

3.
La gauche est une manière d'accommoder la soumission du citoyen aux nécessités de l’État.
La droite est une manière d'accommoder la soumission du citoyen aux nécessités de la production.
La démocratie libérale est une manière d'accommoder des règles acceptables (ou qui paraissent comme telles) qui fixent les degrés de soumission du citoyen aux nécessités de l’État comme aux nécessités de la production.
C'est le « en même temps » du président Macron.
Y a-t-il une autre solution ?
Non, les autres systèmes, de gauche comme de droite, tombant invariablement dans l'autoritarisme et la dictature.
Est-ce désespérant ? Même pas, les crétins ne comprenant pas ce qui leur arrive et les gens intelligents se débrouillant soit pour contrôler le politique, soit pour en subir le moins possible les conséquences.

 

4.
12 avril 2026. Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine et l'économie russe n'est vraiment pas au beau fixe. Trump va perdre les midterms et la glauque affaire Epstein pourrait quelque jour l'envoyer pour longtemps en prison. Netanyahou finira par être désavoué et devra sans doute répondre de bien des errements devant la justice. On dit que Orban pourrait être battu aux élections de ce jour. Quatre hommes puissants et très très riches qui vont finir dans les poubelles de l'Histoire. Pourquoi ? Parce que quoique puissants et très très riches, ce sont avant tout des bandits, des corrompus, des voyous, voire des pervers et qu'ils sont en plus d'une bêtise crasse, vraiment crasse.

 

5.
12.04.2026. LCI est formidable. Pendant des semaines, certains experts de plateau s'interrogeaient sur les atermoiements de Trump face au régime des mollahs, nous expliquant que l'hyperpuissance américaine ne ferait qu'une bouchée de l'Iran incapable de se défendre (peu de missiles en bon état de fonctionnement, ai-je même entendu dire) et maintenant que le détroit d'Ormuz est bloqué et que les forces iraniennes se sont montrées capables de frapper durement et dans la durée bien des pays du Golfe et Israël lui-même, les mêmes experts en appellent aux négociations et parlent de l'hyperpuissance américaine comme d'un mythe, une illusion. Le plus étonnant étant l'inénarrable Gérard Araud, citant à l'appui de ses arguments diplomatiques les affirmations de Tulsi Gabbard, qui passe partout pour l'une des figures de l'administration Trump des plus influencées par Poutine et sa propagande.

 

6.
12 avril 2026. Voilà ce qu'il en coûte de confier à Trump les clés de l'hyperpuissance américaine ; il finit par frapper l'Iran comme un sourd mais sans réelle efficacité : pas de changement de régime, pas de levée en masse de la population, et même pas de soulèvement armé dans les provinces séparatistes. Il le fait exprès ou il est réellement d'une incompétence abyssale ? 

 

7.
12 avril 2026. Sur le papier, vu d'Occident, avant même la proclamation des résultats, Orban est battu face à Peter Magyar. Oui, mais qui sait quel est l'état d'esprit de l'électorat des campagnes ? Quel est le niveau des fraudes électorales ? Des achats de votes ? Des accords locaux avec des notables puissants et influents ? Et quand bien même, Orban acceptera-t-il si facilement sa défaite ? Ne va-t-il pas être tenté par un coup de force, quitte à demander l'aide de Poutine et des forces armées russes ? 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.

 

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12 avril 2026

LE THE LA GRECE ET LES GENS ORDINAIRES

LE THE LA GRECE ET LES GENS ORDINAIRES

 

1.
« C'est une salle nue, sans calligraphie ni ustensile, aussi nous contenterons-nous de thé en ce soir d'inauguration. »
(Yasushi Inoué, « Le Maître de thé », [Monsieur Uraku])

 

Je lis que parmi les légendes sur l'origine du thé, il y en a une qui dit qu'un moine bouddhiste se serait endormi après avoir médité neuf ans devant un mur. Méditait-il devant un mur et sur le mur ou méditait-il devant un mur sur tout autre chose (la sottise et les inconséquences de nos politiciens par exemple) ? Au réveil, de dépit, il se coupa les paupières pour ne plus s'endormir. Les paupières tombées sur le sol y donnèrent naissance au théier. C'est que le thé, comme le café, empêche de dormir. On ne sait pas ce que le thé et le café font quand nous ne dormons pas. Peut-être nous observent-ils et parient sur l'affolement de nos pensées ?

 

2.
« She came from Greece she had a thirst for knowledge
She studied sculpture at Saint Martin's College »
(Jarvis Cocker, « Common People » [le narrateur])

 

La Grèce a une superficie de 131 957 km² et compte moins de 11 millions d'habitants. C'est le pays des mers (mer Adriatique, mer Ionienne, Méditerranée, mer Egée, Homère). 
Je suppose qu'il fait très chaud en Grèce et que la plupart des Grecs ont les cheveux bruns.
Je n'en sais pas plus parce que je ne suis jamais allé en Grèce et n'irai jamais.
Ce que je sais de la Grèce est très mince, voire illusoire, et relève de mes souvenirs de collège et de lycée (la Grèce antique, les statues, la mort de Socrate, quelques éléments de géométrie, un tout petit peu de Platon, Cassandre et le théâtre).
Je n'ai pas appris la langue grecque et ne l'apprendrai jamais.
Je pense rarement à la Grèce.
La Grèce fait partie du monde extérieur et lointain qui ne fait pas partie du réel que je fréquente parce qu'il faut bien vivre et pour vivre, il faut aller au boulot.
Quand je ne suis pas au boulot, j'entends que Poutine continue à massacrer des Ukrainiens, que Netanyahou continue à massacrer des Palestiniens, ou des Libanais, et que Trump bombarde l'Iran pour éviter que les gens s'intéressent de trop près à la glauque affaire Epstein. Sinon, je vais acheter du thon en boîte et du café lyophilisé, ou j'écoute des chansons des années 70-80. D'une manière générale, je vieillis et m'estompe gentiment.

 

3.
La chanson « Common People » de Pulp est un exercice d'ironie et de lucidité. Elle a été publiée en 1995 et se moque de la façon dont certains jeunes gens de bonne famille idéalisent la vie des gens ordinaires. Elle contient ces paroles acerbes :
« Laugh along with the common people,
Laugh along even though they're laughing at you,
And the stupid things you do,
Because you think that poor is cool ». 
(Jarvis Cocker, « Common People »)

 

La plupart des chansons que nous entendons relève de ce que l'on appelle la « pop culture ». La pop culture n'est pas forcément une contre-culture. Elle l'est même rarement car elle est soumise au lois du marché, aux règles du marketing, aux nécessités éditoriales. La pop culture propose des produits très souvent éphémères mais il y a des exceptions et cela ne l'empêche pas d'être parfois d'une grande lucidité, franchise et honnêteté.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.

11 avril 2026

COMME UN POISSON DANS UNE SALADE suivi de CINQ BREFS DONT UN AVEC CONCOMBRE

COMME UN POISSON DANS UNE SALADE suivi de CINQ BREFS DONT UN AVEC CONCOMBRE

 

1.
« - Oui, et il faut à présent que vous le sachiez. Avais-je l'air très bizarre ? »
(Henry James, « Le Tour d'écrou » [La narratrice]) 

 

Oui il y a des fois où l'on se sent comme un poisson dans une salade
Et quand je dis comme un poisson dans une salade
Il y a bien d'autres expressions qui me viennent à l'esprit, un scaphandrier dans un couloir, un visage sans reflet, un jeu aux règles perdues, une langue sans traduction, un marteau sans maître, une vache sans Espagne, et donc il
Faut bien, poisson dans une salade qu'on se sent, continuer 
A marcher, à fonctionner, à interagir, être
Présent, jouer son rôle d'être là parce qu'il faut que quelqu'un soit là.

 

Que dites-vous ? Comme un poisson dans une salade, un bœuf dans la vinaigrette, un plat à tarte dans le ciel.
Vous ne croyez pas si bien dire que l'humain ne cesse de jouer à la métaphore, à l'épithète, à l'hyperbole, à l'anacoluthe.
Le style, voilà bien l'habit et il faut que vous le
Sachiez (de riz), l'on n'est jamais que figures.

 

Avais-je le choix dit le poisson à la salade.
Je ne crois pas répond la salade. Vous aviez 
L'air de ces êtres qui se laissent fasciner par les salades.
Très facile de vous attirer et vous avez beau vous sentir
Bizarre bizarre bizarre vous étiez voué à la salade comme le hareng saur à la ficelle le long du mur blanc blanc blanc et qui se balance toujours toujours toujours.

 

2.
Y en a qui disent que bientôt avec les IA et tous les robots là, il y aura tellement moins de travail effectué par les humains qu'on va vers une société sans boulots. Peut-être mais à mon avis, faudrait éviter : au temps des travailleurs pourrait succéder le temps des assassins.

 

3.
Je ne connais pas la date exacte de la composition de la chanson « Strawberry Fields Forever », attribuée à John Lennon. On dit qu'elle a été enregistrée en novembre 1966. Ce jour-là, les Beatles ont-ils mangé des fraises ? Je l'ignore.

 

4.
L’Iran est un pays d'Asie de l'Ouest qui est appelé officiellement « Iran » depuis le 21 mars 1935. Auparavant, l'Iran était appelé Perse. L'Iran actuel est plein de mollahs barbus et anti-occidentaux. Les États-Unis et Israël procèdent régulièrement à des bombardements du territoire iranien et tuent ainsi un certain nombre de barbus anti-occidentaux. On ne sait pas où cela va mener. Personnellement, vue l'intensité des propagandes de partout, je préfère ne plus avoir d'avis sur la question et je pense à la bière bien fraîche quand il fait chaud et au gratin dauphinois quand il fait froid.

 

5.
Le concombre est une plante à fleurs de la famille des cucurbitacées. S'il est masqué, c'est par la fantaisie du dessinateur Nikita Mandryka. On l'appelle alors le Concombre masqué. Sinon, le concombre est aussi vert qu'un schtroumpf caché dans une salade.

 

6.
La Tour Eiffel est un des monuments les plus célèbres de Paris et donc du Monde. C'est une « tour autoportante de fer puddlé ». Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je l'ai lu sur Wikipédia. La Tour Eiffel attire les touristes mais ne fume pas la pipe. Ni la cigarette. Elle ne vapote pas non plus. Elle n'en est pas pour autant membre d'une ligue anti-tabac. Je ne pense pas qu'on ait vue la Tour Eiffel à une réunion d'un club de philatélistes, d’haltérophiles ou de cruciverbistes. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 11 avril 2026.

7 avril 2026

DES GENS ET DES PAS suivi de QUELQUES TACHES DE SON

DES GENS ET DES PAS suivi de QUELQUES TACHES DE SON

 

« Non, par Zeus, pour ma part, je n'ai jamais fréquenté l'un de ces individus ! »
(Platon, « Ménon », traduit par Monique Canto-Sperber, [Anytos])

 

Non, je n'ai vraiment pas envie de parler des pas dans l'escalier.
Par je ne sais quelle hallucination, je les ai entendus ces pas dans l'escalier avec personne dedans.
Zeus ah en voilà de l'être antique ! 
Pour ce qui est des pas dans l'escalier, ils n'étaient pas antiques mais il n'y avait pas plus quelqu'un dans l'escalier que de Zeus dans la maison.
Ma bouteille de rhum en est témoin, je les ai bien entendus, ces pas dans l'escalier avec personne dedans. A
Part ça, nous sommes le 7 avril 2026, Trump fait la guerre, Poutine fait la guerre, Netanyahou fait la guerre, des gens meurent et les spéculateurs s'en mettent plein les poches.

 

Je l'ai déjà expliqué, ça, le coup des pas dans l'escalier avec personne dedans. Je
N'ai jamais cru aux fantômes pourtant, mais ces pas dans l'escalier avec personne dedans, ils étaient aussi réels que des champignons. A propos de champignons, entendu une drôle d'histoire sur des champignons d'Asie qui donneraient ce que l'on appelle des hallucinations lilliputiennes (les gens voient nains et lutins, farfadets, korrigans...). 
Jamais plus d'ailleurs, je ne les ai entendus, ces pas, jamais. L'a
Fréquenté qu'une fois faut croire...

 

L'un, dis, mais dis « manche » et je rajoute « de pelle ».
De l'humour, il en faut bien un peu (sinon je ne me supporte pas). En tout cas,
Ces pas dans l'escalier avec personne dedans, je vous le dis, à vous tous,
Individus des plus divers, ces pas, je les ai entendus, et Zut aussi. 

 

QUELQUES TACHES DE SON 

 

« Quelques taches de son sur les pommettes. L'air intelligent et malicieux. »
(Raymond Jean, « La Lectrice », [la narratrice])

 

Quelques pages, quelques
Taches d'encre, bricoles et sottises, voilà ce que
De ma pâle existence, il ne restera qu'à peine. Du
Son, du son, voilà ce qui plaît, du gros son, bien rythmique, bien baveux, mais je n'ai pas eu ce talent, ou cette tare, de faire du son, du bruit, du buzz. 
Sur mon écran, j'aligne parfois encore quelques pages, quelques taches d'encre, bricoles et amusettes.
Les phrases que je bricole ne font rire que moi je crois et les filles aux jolies
Pommettes, aux yeux vifs, ne se soucient pas plus de moi que d'une patte d'alligator ou de la morale élastique du président Macron.
L'air de rien, j'aurai vécu assez longtemps (quel étonnement!).
Intelligent sans doute mais pas tant que ça (sinon, je n'aurais pas fini ma carrière à Coudekerque-Branche)
Et talentueux un peu, mais assez peu en fait.
Malicieux ? Parfois, quand j'oublie d'être lourd.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 7 avril 2026.

31 mars 2026

LE SCAPHANDRIER POLYGLOTTE

LE SCAPHANDRIER POLYGLOTTE

 

« Lui, quand elle arrive, il sait qu'elle ne vient pas seule. »
(Nathalie Sarraute, « Portrait d'un inconnu »)

 

Lui, je sais bien qu'il n'a rien à voir avec le scaphandrier polyglotte.
Quand je parle du scaphandrier, j'évoque bien sûr le scaphandrier des bandes dessinées qui descend dans les verdâtres et amers gouffres à la recherche de trésors engloutis et quand je dis que le scaphandrier est polyglotte, c'est qu'il pourrait tout aussi bien être saxophone, ce scaphandrier, s'il connaît la musique. 
Elle est pleine de trésors, dit-on, la mer, de trésors engloutis parce que la mer, ça engloutit et cela
Arrive, dit-on, que le scaphandrier polyglotte découvre un trésor englouti.
Il doit être bien content alors le scaphandrier polyglotte,
Sait qu'il a gagné sa journée le scaphandrier polyglotte.
Qu'elle soit pleine de trésors engloutis, la mer, c'est qu'elle est dangereuse aussi car la mer 
Ne se laisse pas si facilement farfouiller les tréfonds ; alors
Vient le requin ou le monstre à tentacules ou encore le rival plongeur à couteau tranchant Ah ça
Pas si facile d'être un scaphandrier polyglotte, ou pas, à la recherche de trésors engloutis et si
Seule elle ne vient pas c'est qu'elle est plusieurs (ou quelque chose comme ça).

 

Post-scriptum.
A Paris récemment, ai mangé tout à fait correctement au Café La Chaufferie, près de la Gare du Nord (rue de Denain), accueil sympathique et frites dorées-rousses (il y a tant de brasseries qui vous servent des frites jaunasses, voire quasi blanches!) ; prix abordables.
A L'Athénée, vu la représentation de « No no Nanette », version française de la comédie musicale américaine du même nom (1925, musique de Vincent Youmans, paroles de Irving Caesar et Otto Harbach), célèbre pour l'air « Tea for two » : jouissif, plaisant, amusant, swing, tonique, et talentueux (mise en scène d’Emily Wilson et Jos Houben). Jusqu'au 5 avril 2026.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 31 mars 2026

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26 mars 2026

LA MISS ET LES CORNICHONS

LA MISS ET LES CORNICHONS

 

« Pop ôte le cigare de sa bouche et le regarde d’un drôle d’air :
-    Comment voulez-vous que je sache ce qu’elle a de tatoué sur elle ? »
(Charles Williams traduit par Marcel Duhamel, « Fantasia chez les ploucs »)

 

Pop – il y a défois où je songe aux cornichons, du genre qu’on
Ôte le cornichon d’un bocal.
Le bocal de cornichons, c’est quelque chose. Le
Cigare aussi, c’est quelque chose. Tout moderne et civilisationnel. Le cornichon ne se fume pas.
De sa bouche, on peut l’ôter, le cigare, tandis que le cornichon, après qu’on l’a croqué, dans
Sa bouche qu’il reste. Remarquez que dans sa
Bouche, il y a la langue, laquelle est utile au langage
Et c’est important, la langue, surtout si on veut savoir où se trouve 
Le rayon des cornichons qu’on demande ça à l’employé(e) du supermarché qui vous répond aimablement, comme il se doit. Je
Regarde ce cornichon et me dis qu’il me rappelle quelqu’un.
D’un cornichon qui vous rappelle quelqu’un, on glisse très vite au politique, et c’est moins
Drôle que ça en a l’air, vu que les politiques, qui ne manquent généralement pas
D’air, se débrouillent pour se rendre indispensables (et ça coûte des sous).

 

Comment ils font, les politiques, pour se rendre aussi indispensables, à nous autres, pauvres pommes,
Voulez-vous bien ouvrir les mirettes et
Vous verrez qu’à force de voter lois et règlements et réformes et contre-réformes, y a pas moyen, on est obligé d’en passer par eux et
Que bien sûr qu’ils nous prennent pour des jambons, avec ou sans cornichons.
Je ne sais pas, vous, mais moi j’aime autant pas voter, bien que je
Sache ce qu’il en a coûté à nos aïeux, le combat pour la démocratie, morts et barricades, tout ça,
Ce que l’on apprend à l’école, la République une et indivisible, liberté égalité fraternité, mais bon on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’on vote souvent pour des gens qui s’en mettent plein les fouilles en nous roulant joyeusement dans la farine et
Qu’elle a bon dos, la République, ah oui, qu’elle
A bon dos, la République, qu’il y en a, ça se voit qu’ils nous en préparent, des saloperies, tout ça bien législatif, constitutionnel ou à peu près.

 

De ce fait, que je constate et qui m’agace, je vois itou que je me suis éloigné des cornichons. Quant à ce qu’elle a de
Tatoué sur elle, Miss Caroline Tchou-Tchou, laquelle est ravissante (« une vraie poupée », dit-on) et vadrouille presque nue dans une fiction épatante de Charles Williams même que
Sur « un de ses… euh… »,
Elle aurait, Miss Caroline Tchou-tchou, « un liseron », dis, de tatoué, je n’en dirai pas plus, zavez qu’à lire le livre.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 mars 2026.

 

25 mars 2026

LA MAISON AU CAMEMBERT suivi de NI NOS ZUT AU MIROIR

LA MAISON AU CAMEMBERT suivi de NI NOS ZUT AU MIROIR

 

« Cela faisait longtemps, si longtemps, soupirait Lorine, égarée dans l'infini de l'air. »
(Katherine E. Quenot, « Blanc comme la nuit »)

 

Cela ne vaut pas le camembert, me dis-je en contemplant quoi donc que je contemplais, je ne sais plus. Cela
Faisait longtemps aussi que je n'avais pas mangé de camembert,
Longtemps, car il est somme toute assez rare que j'achète un camembert pourquoi je ne sais pas.
Si j'aime le camembert ? Bien sûr que j'aime le camembert, avec du pain frais et du beurre, c'est très bon, le camembert mais le fait est que cela faisait
Longtemps que je n'avais pas mangé de camembert. Zut
Soupirait tandis que je soliloquais sur le camembert.
Lorine aussi soupirait. Mais, à vrai dire, je ne connais pas de Lorine et je pense qu'en l’occurrence, Lorine n'était pas là.
Egarée, la Lorine, dis-je en me coupant un morceau de camembert. Ce qui fit hausser les épaules de Zut qui, je pense, ne connaissait pas plus que moi Lorine, d'autant qu'elle n'était pas là. Zut non plus n'était pas là. 
Dans la maison, j'étais donc seul, seul avec mon camembert. Seul dans
L'infini de la maison qui se prolongeait sans cesse en couloirs labyrinthiques que je feignais d'ignorer parce que cela me flanquait la trouille.
De ce camembert, maintenant il ne reste plus rien, et la maison, en
L'air qu'elle est, évaporée, dissoute, disparue et cela fait longtemps maintenant, si longtemps que je flotte dans des couloirs aux murs évanescents qui se prolongent sans cesse à l'infini tandis que je songe au goût perdu du camembert et d'autres choses aussi.

 

NI NOS ZUT AU MIROIR

 

« Le miroir avait brisé tous ses sujets. On ne frète pas le vent ni ne descend le cours de la tempête. »
(René Char, « Récit écourté »)

 

Le miroir étant absent, Zut ne se voyait plus. Zut ! se dit Zut constatant l'absence du
Miroir, lequel, démarré, était apparemment parti mirer ailleurs. Il y
Avait pourtant bien un miroir ici, se dit Zut, déconfite, défaite, suspicieuse. Je ne l'ai pourtant point
Brisé car cela fait longtemps que je ne brise plus les miroirs.
Tous les autres meubles sont pourtant là. Rien n'a changé, sauf que le miroir a disparu. C'est incongru, se dit Zut qui pourtant s'était bien vue et reconnue, elle et tous
Ses membres (bras, jambes, fesses et seins) pas plus tard qu'hier dans ce miroir maintenant disparu. Parmi tous les
Sujets qui occupèrent l'esprit de Zut ce jour-là (le souci des chaussettes à sécher, celui des livres à ranger, des girafes à peigner, des violons à accorder, et d'autres aussi), celui du miroir évanoui l'occupa obscurément mais obstinément.

 

On ne ne sait pas ce qu'il est advenu du miroir. Nul
Ne peut le dire, ce qu'il est advenu du miroir. Un miroir ne se
Frète pas comme on frète un navire, un canon, un conflit.
Pas plus que le vent, le miroir ne se frète. Il ne se fripe pas non plus, pas plus qu'on l'épluche ou qu'on en fait des frites.

 

Le temps que Zut considère tout ceci - que je viens d'écrire -, le
Vent se mit à souffler très fort et comme j'avais changé de sujet,
Ni le miroir disparu ni les soucis de Zut ne m'occupèrent plus longtemps l'esprit.
Ne vous en étonnez pas car de même que l'escalier 
Descend à la cave, de même je me mis à penser illico que
Le temps passe et nous rapproche du moment où nous n'aurons plus
Cours et, dès lors, dissous dans l'air, nous n'aurons pas plus 
De conscience qu'une boîte de camembert.
La gigote ne nous concernera plus, ni folie, ni raison, et la
Tempête continuera de souffler sans nous, ni nos apparences, ni nos Zut, ni nos miroirs, ni nos Zut au miroir.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mars 2026.

15 mars 2026

DANS LA PLAINE QUOI QUI S'PASSE ?

DANS LA PLAINE QUOI QUI S'PASSE ?

 

1.
« Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame 
Comme une âme
Qu'une flamme 
Toujours suit. »
(Victor Hugo, « Les djinns »)
Cette strophe du grand Totor signifie-t-elle que :

 

- La nuit devrait se brosser les dents plus souvent ?
- Que l'âme brame quand cherre la chevillette ?
- Qu'il s'en passe des choses dans la plaine, qu'on croit qu'on sait mais qu'on sait pas ?

 

2.
« L'un des jeux rend l'écho d'une manière si aérienne, que l'on suit l'écho dans les lointains, et qu'il se perd dans l'espace. »
(Vivant Denon cité par Philippe Sollers dans « Le Cavalier du Louvre »)
Qu'est-ce donc qui est ici évoqué ?

 

- Le turlututu du chapeau pointu dans les luminescences azurées ?
- Le flux et le reflux des mers virides s'agitant dans des sonorités rimbaldiennes ? 
- La discographie de Pink Floyd, ou serait-ce des échos du morceau « Awaken » du disque « Going for the One », du groupe Yes ?

 

3.
« L'infini humain périt à tout moment. Qui n'atteint la superficie immense ou l'éphémère pelouse sur laquelle a lieu sa dislocation ? »
(René Char, « Scène de Moustiers »)
Si « l'infini humain périt à tout moment », cela signifie-t-il que :

 

- Aucune guerre n'est jamais vraiment gagnée et donc le président Trump peut aller se brosser ; il ne vaincra jamais réellement le régime des mollahs iraniens qu'on va se taper un choc pétrolier direct au stomach ?
- Aucune guerre n'est jamais vraiment perdue et donc le président Trump pourra continuer longtemps de porter sa casquette USA et de jouer au golf le week-end tandis que des choses et des gens exploseront éclatés démembrés de ci de là ?
- L'éphémère pelouse grouille de remuants.

 

4.
« Non, la peste n'avait rien à voir avec les grandes images exaltantes qui avaient poursuivi le docteur Rieux au début de l'épidémie. »
(Albert Camus, « La Peste »)
Pourquoi la peste n'avait-elle rien à voir ?

 

- Parce que la peste est aveugle et frappe donc aveuglément.
- Parce qu'il n'y avait rien à la téloche que des rediffusions de vieilles séries policières qui plombent les paupières.
- Parce que les « grandes images exaltantes », le docteur Rieux les avait chutées, déchirées, charcutées, répudiées, jetées.  
 

 

5.
« Seemed almost as if it knew we were here », said he. »
(Conan Doyle, « When the World Screamed »)
Quoi donc qu'ça dit ?

 

- Coin-coin épicétou.
- Que des fois dans les choses  il y a on ne sait quoi qu'on dirait que ce on ne sait quoi sait parfaitement qu'on est là comme c'est étrange.
- Que la Terre hurle hurle hurle n'est qu'un long hurlement dans les espaces infinis qui s'en tamponnent, oreille sourde et chair triste.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 mars 2026.

27 février 2026

EMILE, DANA, L’AUTRE    

EMILE, DANA, L’AUTRE    

 

1.
Au chapitre 11 de « Courir », rappelant les difficultés rencontrées par Emil Zatopek pour participer à certaines compétitions, Jean Echenoz nous rappelle que les autorités du Bloc Est se méfiaient du Bloc Ouest au point de craindre que leurs sportifs (mais aussi leurs artistes) participant à des compétitions ou des concerts au-delà du « rideau de fer » fassent défection et demandent l’asile politique. Bon des fois, ils étaient un peu poussés vers la sortie, les artistes (mais pas les sportifs) et c’est ainsi que Nina Hagen devint Nina Hagen.

 

2.
Si Emile avait fait défection et avait profité d’une compétition à l’Ouest pour demander l’asile politique, aurait-il été : 

-    Un déserteur et c’était vu par le Bloc Est comme pas beau vraiment, affreux ?
-    Un dissident et c’était vu par le Bloc Est comme très vilain ?
-    Un transfuge et c’était vu par le Bloc Est comme pas à faire ?
-    Un réfugié politique et c’était vu par le Bloc Est comme pas du tout recommandé ?
-    Un fourvoyé parce qu’il fallait drôlement se fourvoyer pour quitter le « paradis socialiste » où la Sécurité d’Etat veillait à ce que vous ne vous fourvoyiez pas tandis qu’à l’Ouest, vous pouviez vivre sans que personne ne se soucie de vous, et libre donc d’aller vous fourvoyer là où vous voulez vous fourvoyer ?

 

3.
« Il [Emil Zatopek] devient le premier homme dans l’histoire universelle à courir plus de vingt kilomètres en une heure. »
(Jean Echenoz, « Courir », ch. 11)

 

Dans l’expression « l’histoire universelle », le mot « universelle » a-t-il pour nature et fonction : 

-    Adjectif qualificatif attribut du nom « histoire » (et qui a tri-bu tri- boira) ?
-    Adjectif d’universalité épithète du nom « histoire » ?
-    Adjectif qualificatif épithète du nom « histoire » ?

 

4.
Il y a, au chapitre 11 du « Courir », de Jean Echenoz, un paragraphe qui évoquant l’élimination des opposants au régime du président Gottwald, soutenu par l’URSS (cf les Procès de Prague, (1952)) a recours au champ lexical du théâtre (« grand spectacle » ; « dramaturgie » ; « décors et costumes » ; « public » ; « rôles » ; « livret de mise en scène » ; « progression dramatique » ; « applaudissements nourris, nombreux rappels »).
Tous acteurs, y compris les accusés, d’une comédie macabre qui finit par la pendaison des condamnés. L’Histoire, un théâtre où l’on assassine pour de bon. Et ce qui concerne les dictatures concerne aussi les démocraties. Mise en scène et dialogues diffèrent mais le résultat est le même : les salauds gagnent et les innocents sont sacrifiés. Un exemple en 2026 ? l’affaire Epstein. La politique est une saloperie.
 

 

5.
« Ce qui représente une forte quantité d’entretiens préalables, de questionnaires, de formulaires à remplir en plusieurs exemplaires, de signatures et de tampons.
(Jean Echenoz, « Courir », ch.11) 

 

Par quel nom désigne-t-on l’ensemble des démarches administratives, qui, lorsqu’elles sont très nombreuses, visent à décourager ou à freiner les demandes ? 
-    La méritocratie et tout ce qui s’ensuit et le mot prête à rire surtout quand il s’agit de faire la promotion de cette usine à technocrates crétins que sont les différentes officines Sciences Po ?
-    La bureaucratie et tout ce qui s’ennuie et le mot prête à rire surtout lorsqu’on voit la manière dont, via Parcours Sup, on envoie les bacheliers se faire frire un œuf dans des formations qu’ils n’ont même pas demandées ?
-    La technocratie et tout ce qui s’enfuit et le mot prête à rire surtout lorsque l’on voit les efforts déployés par le ministère de l’Education Nationale pour justifier nos miraculeux taux de réussite au baccalauréat, - ah si je vous assure, ça tient du miracle, laïque peut-être, mais miracle tout de même.

 

6.
27 février 2026. J’entends ce matin que la France pourrait manquer d’assistantes maternelles et d’agriculteurs (l’élevage se porte mal). Je note que, grâce à la massification de l’enseignement supérieur, la France ne manque en tout cas pas de sociologues pour nous expliquer pourquoi nous manquons de médecins, de magistrats, d’enseignants, d’assistantes maternelles et d’agriculteurs, et que votre fille est muette, cela va de soi, puisqu’elle ne parle pas.

 

7.
Que pensez-vous de la vie d’Emile telle qu’elle est racontée par sa compagne Dana à « l’envoyé spécial » qui a enfin obtenu toutes les autorisations nécessaires lui permettant d’interviewer Emile (le double fictionnel d’Emil Zatopek dans le roman « Courir », de Jean Echenoz ») même qu’Emile n’est pas là, mais Dana, secondée par une joviale et soudaine colocataire « attentive, attentionnée, prévenante et qui ne la quitte jamais », va se faire un plaisir de tout lui raconter, à l’envoyé spécial, de la vie quotidienne d’Emile. ? 
-    C’est une vie exemplaire telle qu’on en voit à la télé ou dans les livres genre la vie de Jack Lang présentée et commentée par Jack Lang ?
-    C’est une vie fabriquée telle qu’on en voit à la télé ou dans les livres sur Jack Lang écrits par Jack Lang ?
-    C’est une vie impossible mais, comme chacun sait, pour un homme comme Jack Lang, l’impossible n’est que fiction et entre la réalité et la fiction, qu’y a-t-il, sinon Jack Lang lui-même ?

 

8.
Comment caractériser l’état d’esprit de « l’envoyé spécial » du chapitre 11 du roman « Courir », de Jean Echenoz ?
-    Lunaire, car l’envoyé spécial est sur la Lune (et cela bien avant les Américains) ?
-    Les termes « ravi, enchanté, enthousiaste » montrent que l’envoyé spécial est très content d’avoir toutes ces informations sur le très populaire Emile (dans son jardin aussi il a des salades) ?
-    Ce journaliste semble très naïf car cette vie quotidienne d’Emile est peut-être trop belle pour être absolument vraie ?
-    En vrai, il s’en fiche (d’ailleurs, ça ne l’a pas empêché de mourir) ?

 

9.
Les Jeux olympiques d’Helsinki eurent lieu : 
-    En 1968, et furent organisés par le très jeune et brillant Donald Trump ?
-    En 1952, et furent organisés par la grand-mère de Donald Trump ?
-    N’ont jamais eu lieu mais Donald Trump y songe sérieusement (à condition qu’il puisse avoir une médaille d’or, peu importe la discipline, il n’est pas difficile) ?

 

10.
Le dernier paragraphe du chapitre 11 du « Courir », de Jean Echenoz, nous apprend qu’il faut toujours se méfier de tout, que l’habit ne fait pas l’enseignante en école ménagère, qu’au début des années 50, les agents de la Sécurité d’Etat tchécoslovaque roulaient en Talraplan T600 bleu nuit et que ceux qui pensent que l’Etat tout puissant est une solution préparent les dictatures à venir.

 

11.
Quel sens donnez-vous au mot « autre » employé par l’auteur (Jean Echenoz) dans les phrases « Dana se tourne vers l’autre » et « l’autre ôte ses masques d’enseignante et de colocataire » ? 

 

-    L’autre désigne ici celle qui reste étrangère à la vie d’Emile et de Dana (d’ailleurs, l’autre est tellement autre que plus autre qu’elle, cela s’appelle une rencontre du troisième type) ?
-    L’autre désigne ici celle qui est « autre » que ce qu’elle paraît être (et même dans un miroir elle ne se reconnaît que lorsqu’elle porte un masque) ?
-    L’autre est une espionne, un agent de renseignement au service de la Sécurité d’Etat et donc est autrement que tout le monde ; elle est inéluctablement différente (mais elle finira bien par disparaître, allez) ?

 

12.
C’est entendu, l’Etat Macron, les soc-déms, tout ça c’est de la démocratie formelle et nos libertés sont souvent illusoires, mais Mélenchon et Bardella, ce serait encore plus formel que donc :
Salariés, si vous voulez travailler toujours plus pour gagner moins et toujours moins de droits, alors votez Bardella.
Salariés, si vous voulez travailler toujours plus pour gagner un argent qui aura de moins en moins de valeur et toujours moins de libertés, votez Mélenchon. 
La différence entre « moins de droits » et moins de libertés », c’est qu’avec l’extrême-droite, vos droits seront contestés, voire supprimés au profit d’un haut patronat ultra-libéral économiquement et néo-conservateur socialement cependant qu’avec l’extrême-gauche, vos libertés seront officiellement garanties mais en fait étonnamment restreintes en raison des nécessités d’une raison d’Etat omnipotent, omniscient, omniprésent. 

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 février 2026.

 

22 février 2026

PLANTE SPHINGE SOPHIE

PLANTE SPHINGE SOPHIE
Notes de lecture sur les pages 166-167 de « Sophie, la mer et la nuit », de Jacques Sternberg (Le Livre de poche 5074, 1978).

 

A la page 166, il est question de quelqu'un qui « bougeait si peu » qu'elle pouvait même « observer une totale immobilité ». J'ai pensé à une féline, une fauve, une féroce impassible, une sphinge parce que j'aime bien le mot sphinge, qui est le féminin de sphinx, qu'on le trouve dans Apollinaire, je crois bien, le mot « sphinge » et le mot « sphingerie » aussi je crois. 
Après le narrateur, il dit qu'il a l'impression d'être « souterrainement aspiré vers elle » et je me suis pensé (car je me pense beaucoup) qu'être « souterrainement aspiré vers » une sphinge, à tous les coups on était dans un roman d'heroîc-fantasy et que le magicien n'allait pas tarder à jaillir dans le texte avec ses occultes imprécations, son bâton qu'il change en serpent, et tout un tas d'êtres aussi difformes qu'inquiétants et pleins de dents.
D'ailleurs, la sphinge s'appelle Sophie et elle lui demande après si, des fois, - elle parle  au narrateur -, il n'a toujours pas peur d'elle que moi, si quelqu'un me disait cela, je m'enfuirais en courant avec mes jambes et mes bras, surtout si c'est une sphinge. Mais le narrateur, il pense que non et en profite pour que l'auteur glisse un petit paragraphe poétique, je cite :
« C'était non. Le vent, cette nuit, me faisait toujours plus peur. Il me paraissait plus réel que l'hypothèse, trop poétique pour être nette, d'une Sophie dangereusement végétale. »
La sphinge serait donc une plante.
Une belle plante qui parle.
Après, dans le reste de la page, il est question de vaches, et voilà.

 

A la page 167, le narrateur s'est endormi et l'on pense que c'est la sphinge qui l'a endormi avec quelque parole magique. Je crois, elle lui a parlé de cinéma d'art et d'essai.
Le narrateur donc se réveille et la chambre est vide parce que le narrateur y est tout seul.
Et ça, c'est parce que la sphinge est au bord de la plage. Le sable est « noir ». Les vagues sont « noires ». Le ciel est « noir ». Il y a une métaphore parce que les vagues mordent le sable car elles ont « d'immenses mâchoires blafardes d'écume ». Alors, le professeur est content et il dit que c'est bien écrit.
Le narrateur, il est assez étonné car dans ce paysage de « cauchemar », qu'on dirait une gravure fantastique à la Dürer, parce que dans ces cas-là, c'est toujours Dürer qu'on dit, même si on n'a pas regardé sur l'ordinateur à quoi ça ressemble une gravure de Dürer, la plante-sphinge qui s'appelle Sophie est tout à fait « détendue », « souriante », à l'aise malgré qu'elle soit « détrempée » à attraper la mauvaise soupe, et à voilpé dis donc comme dans un magazine de charme.
Après, à la fin de la page, Sophie dit qu'elle a « été assez loin ».
Je pense, Sophie, elle doit être du Nord-Pas-de-Calais, parce que c'est surtout dans le Nord-Pas-de-Calais qu'on dit « J'ai été » pour « Je suis allé ».
Heureusement, Hercule Poirot n'était pas là, car sinon, il en aurait bourré sa pipe à Maigret.

 

Patrice Houzeau,
Malo, le 22 février 2026.

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