EN ATTENDANT LA DEFAITE DE VIKTOR ORBAN
EN ATTENDANT LA DEFAITE DE VIKTOR ORBAN
1.
Il est faux de dire que les politiques n'en fichent pas une. En fait, les politiques (en tout cas, la plupart) travaillent beaucoup, énormément. Et c'est là le plus fascinant. Travailler autant pour dire et faire autant d'âneries, cela relève du prodige.
2.
Beaucoup de gens vont voter Bardella en 2027 parce qu'ils s'imaginent que Bardella va bouter Mohamed hors de France. Ils ne réfléchissent pas au fait que ce n'est pas Bardella qui leur préparera leur kebab quand ils vont manger un kebab et pas Bardella non plus qui sera sur les chantiers à construire leur maison. Justement, me disent-ils, nous, on préférerait que ce soit Kevin qui nous prépare le kebab et Théo qui nous construise la maison. Sans blague, et vous croyez réellement qu'il y aura autant de kebabs et de maçons quand, dans un premier temps, Bardella va bouter Mohamed hors de France ?
Du reste, je n'y crois pas. Bardella fera comme Georgia Meloni en Italie. D'abord, il expulsera puis, devant les demandes, qui ne manqueront pas d'être insistantes, des grandes entreprises, il en fera venir des étrangers et Mohamed reviendra parce que les sous-traitants auront besoin de main d’œuvre et que le capitalisme ne peut se passer du travail clandestin.
3.
La gauche est une manière d'accommoder la soumission du citoyen aux nécessités de l’État.
La droite est une manière d'accommoder la soumission du citoyen aux nécessités de la production.
La démocratie libérale est une manière d'accommoder des règles acceptables (ou qui paraissent comme telles) qui fixent les degrés de soumission du citoyen aux nécessités de l’État comme aux nécessités de la production.
C'est le « en même temps » du président Macron.
Y a-t-il une autre solution ?
Non, les autres systèmes, de gauche comme de droite, tombant invariablement dans l'autoritarisme et la dictature.
Est-ce désespérant ? Même pas, les crétins ne comprenant pas ce qui leur arrive et les gens intelligents se débrouillant soit pour contrôler le politique, soit pour en subir le moins possible les conséquences.
4.
12 avril 2026. Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine et l'économie russe n'est vraiment pas au beau fixe. Trump va perdre les midterms et la glauque affaire Epstein pourrait quelque jour l'envoyer pour longtemps en prison. Netanyahou finira par être désavoué et devra sans doute répondre de bien des errements devant la justice. On dit que Orban pourrait être battu aux élections de ce jour. Quatre hommes puissants et très très riches qui vont finir dans les poubelles de l'Histoire. Pourquoi ? Parce que quoique puissants et très très riches, ce sont avant tout des bandits, des corrompus, des voyous, voire des pervers et qu'ils sont en plus d'une bêtise crasse, vraiment crasse.
5.
12.04.2026. LCI est formidable. Pendant des semaines, certains experts de plateau s'interrogeaient sur les atermoiements de Trump face au régime des mollahs, nous expliquant que l'hyperpuissance américaine ne ferait qu'une bouchée de l'Iran incapable de se défendre (peu de missiles en bon état de fonctionnement, ai-je même entendu dire) et maintenant que le détroit d'Ormuz est bloqué et que les forces iraniennes se sont montrées capables de frapper durement et dans la durée bien des pays du Golfe et Israël lui-même, les mêmes experts en appellent aux négociations et parlent de l'hyperpuissance américaine comme d'un mythe, une illusion. Le plus étonnant étant l'inénarrable Gérard Araud, citant à l'appui de ses arguments diplomatiques les affirmations de Tulsi Gabbard, qui passe partout pour l'une des figures de l'administration Trump des plus influencées par Poutine et sa propagande.
6.
12 avril 2026. Voilà ce qu'il en coûte de confier à Trump les clés de l'hyperpuissance américaine ; il finit par frapper l'Iran comme un sourd mais sans réelle efficacité : pas de changement de régime, pas de levée en masse de la population, et même pas de soulèvement armé dans les provinces séparatistes. Il le fait exprès ou il est réellement d'une incompétence abyssale ?
7.
12 avril 2026. Sur le papier, vu d'Occident, avant même la proclamation des résultats, Orban est battu face à Peter Magyar. Oui, mais qui sait quel est l'état d'esprit de l'électorat des campagnes ? Quel est le niveau des fraudes électorales ? Des achats de votes ? Des accords locaux avec des notables puissants et influents ? Et quand bien même, Orban acceptera-t-il si facilement sa défaite ? Ne va-t-il pas être tenté par un coup de force, quitte à demander l'aide de Poutine et des forces armées russes ?
Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.