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BREFS ET AUTRES

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3 mai 2026

POINTE CHAPEAU NUAGES PYRAMIDES MOUSTACHE

POINTE CHAPEAU NUAGES PYRAMIDES MOUSTACHE

 

1.
« Les injonctions d'une pointe acérée contraignirent l'homme à obéir. »
(Agatha Christie traduit par Janine Alexandre, « Associés contre le crime »)

 

Une pointe acérée, sûr que ça peut blesser. On n'obtient pas le même effet avec un concombre. Le concombre acéré, par ici, ça ne se fait pas.

 

2.
« Et le soleil ride ta peau
Merci du conseil, chapeau !... 
Tu vois, le moine, je fais des rimes ! »
(Michel Schetter, « La Société du sablier » [Romain])

 

Le chapeau se met sur la tête parce qu’aux pieds on met des chaussures.

 

3.
« Et le nuage ? dit une voix de femme.
- Lequel ? dit l'homme sans lever la tête, mais en arrêtant de se frotter les mains.
- Qui avait la forme d'un cheval.
- Je ne sais pas », dit l'homme. »
(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)

 

Les nuages ont des noms mais en général, du côté du péquin ordinaire, on ne les connaît pas. Ils n'ont pas de prénom. C'est que les nuages ont peu de raisons de s'interpeller. Ils se suivent, les nuages, tout autour du monde, selon un ordre que nous tentons de prévoir.

 

4.
« - Où est passé Horus ?
- Parti visiter les pyramides... »
(Enki Bilal, « La Femme piège », [Jill à Nikopol])

 

Les pyramides, c'est des monuments très anciens, bout pointu, très énigmatiques. Je ne crois pas qu'elles soient des centrales électriques. Mais y en a ils disent que ça a un rapport avec les extra-terrestres mais c'est juste des mots.
Les pyramides, elles existent parce que j'ai vu des photos et des films et on m'en a parlé dans les cours mais je ne les ai jamais vues et ne les verrai jamais et donc les pyramides pour moi, c'est juste des mots.
Les pyramides, elles sont en Égypte. Je n'irai jamais en Égypte mais en Égypte il y a des Égyptiens, 120 000 000, mais comme je n'irai jamais en Égypte, pour moi, c'est juste un nombre, un nombre lointain.
La boîte de thon devant moi est plus réelle et pourtant elle a moins d'influence sur le réel que les pyramides et 120 000 000 d'habitants.
Les Égyptiens, les boîtes de thon et les pyramides ont comme point commun d’exister même que quand je serai mort, il n'y aura plus ni de pour moi, ni de boîtes de thon, ni d’Égyptiens, ni de pyramides.  Des boîtes de thon, il y en a beaucoup aussi.   

 

5.
«- Ma chère Caroline, déclarai-je, je n'ai aucun doute sur la profession qu’exerce notre voisin. C'est un coiffeur à la retraite, il n'y a qu'à voir sa moustache. »
(Agatha Christie traduit par Françoise Jamoul, [le narrateur])  

 

Les coiffeurs, ils coupent les cheveux, que ça vous embellit la tête d’œuf. Il y a souvent des coiffeuses jeunes dans les salons des chaînes de coiffure qui coupent pour pas trop cher et c'est agréable. 
Quand j'étais beaucoup plus jeune, j'ai encore connu des coiffeurs qui fumaient des gitanes (c'étaient des clopes) et écoutaient RTL mais ça c'était quand j'étais beaucoup plus jeune et le narrateur, il confond un célèbre détective belge qui n’existe pas avec un coiffeur à la retraite mais cela arrive des fois que moi, voyez, mes voisins, ce sont des professeurs à la retraite et même pas des professeurs de coiffure, voyez.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mai 2026.

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21 avril 2026

IRAN USA : UN DOUTE PLANE

IRAN USA : UN DOUTE PLANE

 

1.
Le régime des mollahs iraniens est en lui-même un crime contre l'humanité. On ne négocie pas avec un crime contre l'humanité. On le condamne. 

 

2.
Pas plus tard qu'hier (19 avril 2026), ai entendu sur LCI Luc Ferry débiter une ânerie (une de plus, décidément, ce philosophe raisonne comme une casserole) à propos de l'Afghanistan. Luc Ferry s'en prenait, avec raison, à ceux qui veulent la mort d’Israël en tant qu’État (ah si, je vous assure que certains chez LFI, comme dans l’extrême-droite la plus rance, aspirent à une disparition d’Israël) lorsqu'il fit cette incise périlleuse, et je cite de mémoire que ce n'est pas comme l'Afghanistan, dont tout le monde serait bien content d'être débarrassé ou quelque chose dans ce genre. Fichtre, voilà notre professeur qui confond État et régime. Que je sache, personne ne nie la légitimité de l'Etat afghan, par contre, il est clair que l'éradication du régime des Talibans nous paraît, à nous occidentaux, un objectif plus que souhaitable, eu égard à ce que ce régime fait subir à la population afghane. Quant à la mort de l'Afghanistan, non, personne ne la souhaite. 

 

3.
Bien des commentateurs l'ont souligné : l'Occident a sous-estimé les capacités militaires de la république islamique d'Iran. Il apparaît donc que l'Iran est loin d'être la dernière roue du carrosse de l’axe Pékin-Téhéran-Moscou. Raison de plus pour travailler à contre-carrer le plus possible le régime des mollahs. 

 

4.
21 avril 2026. L'issue des négociations entre  le régime des mollahs iraniens et les représentants de l'administration Trump est incertaine. Si elles se concluent par un arrêt des hostilités, c'est que Trump aura estimé qu'il a gagné la partie, mais peut-il estimer gagner la partie sans l'abandon par l'Iran de son  uranium enrichi, sans réouverture du détroit d'Ormuz, sans garanties sérieuses pour Israël d'un désarmement du Hezbollah ? Va-t-on vers un jeu de dupes, avec un Trump auto-satisfait mais en fin de compte battu et une république islamique très affaiblie mais toujours menaçante et soutenue par Xi Jinping et Poutine ?

 

5.
21 avril 2026. La sale guerre de Poutine en Ukraine n'a pas déclenché la WW3.
Le conflit entre le régime des mollahs iraniens et les USA pourrait-il dégénérer en guerre mondiale ? Il semble que chacun travaille à éviter cette issue fatale.
Et qu'en sera-t-il de l'invasion programmée, dit-on, de Taïwan par les forces armées chinoises ? 
Rareté naturelle, surpopulation et tensions sur les matières premières aidant, il n'y a guère de doutes que cette WW3 finira par éclater, à moins que démocraties libérales, Russie, Chine, Corée du Nord et Inde réussissent à s'entendre pour le partage du contrôle des territoires producteurs de matières premières et riches en ressources naturelles. L'Afrique et l'Amérique du Sud n'ont pas fini de souffrir. Et l'Europe de se réarmer. D'urgence.

 

6.
21 avril 2026. Face aux déboires de Trump dans le Golfe persique et les retombées de la  très glauque affaire Epstein, l'administration Trump ressort le Grand Guignol des OVNI. Disparitions mystérieuses... onze scientifiques depuis trois ans... pensez l'émoi... On va enquêter, tout vous dire... Bah, si l'on considère les morts naturelles, les suicides, les disparitions volontaires, il doit bien rester quelques cas « étranges ». Sauf si l'on considère, comme ma pomme, que les OVNI, quand ils ne sont pas des erreurs d'interprétation et des illusions d'optique, sont probablement des prototypes de l'armée américaine, et qu'en conséquence, vaut mieux pas  trop bavarder sur ce que l'on sait et ne pas fréquenter de gens qui pourraient avoir des sympathies pour des régimes genre Russie, Chine et autres affreux.

 

7.
Malheureux le pays riche en matières premières qui n'a ni armée redoutable ni Constitution solide pour le défendre, il est voué à n'être qu'une proie pour les grands donneurs de leçons de ce monde.

 

8.
21 avril 2026. Certes, Trump et l'économie mondiale sont sous pression mais l'Occident reste prospère tandis que l'économie iranienne s'effondre. Chaque jour qui passe plonge la République islamique d'Iran dans une récession dont elle ne sortira pas de sitôt.

 

9.
21 avril 2026. Midi. Les autorités iraniennes laissent planer le doute sur la poursuite des négociations avec les représentants de l'administration Trump. Simple tactique ou bien les Gardiens de la révolution veulent-ils absolument une reprise suicidaire des hostilités ?

 

10.
Cela ne se négocie même pas : il faut limiter le nombre de puissances disposant de l'arme nucléaire. Sinon on va droit à l'apocalypse. Déjà comme ça qu'on n'est pas si tranquille. 

 

11.
Pour Trump, une défaite face à l'Iran + retombées de la très glauque affaire Epstein + exactions de l'ICE + soupçons de plus en plus lourds d'affairisme et de délit d'initié = débâcle électorale à venir et suites judiciaires innombrables.

 

12.
21 avril 2026. Le président Macron doit être bien contrarié. Si la tension ne redescend pas dans le Golfe, si les négociations entre le régime des mollahs et l'administration Trump échouent, si la guerre reprend et perdure, alors le prix des carburants pourrait de nouveau s'envoler et cette nouvelle crise de l'énergie profitera autant à Bardella qu'à Mélenchon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 avril 2026.

19 avril 2026

ET PLEIN DE PASSÉ REMONTANT

ET PLEIN DE PASSÉ REMONTANT

 

1.
Van Gulik, « Le Collier de la princesse » (10/18, coll. « Grands détectives », n°1688). Toujours aussi agréable à lire. Il y est question du perspicace Juge Ti, d'une rencontre avec un presque double, de ce qu'un guerrier peut faire avec des béquilles, d'une demoiselle nommée Fougère et de la Troisième Princesse, d'intrigues et d'eunuques, de la prise d'un poisson. Il y a des illustrations de la main de Van Gulik lui-même et une note de la traductrice (Anne Krief) nous précise que dans la Chine du Juge Ti (de l'an 630 à l'an  700), « le rouge était la couleur traditionnellement réservée à la cérémonie du mariage, « l'affaire rouge », comme le blanc était la couleur du deuil et de la mort, « l'affaire blanche ». 

 

2.
Fred Vargas, « Sous les vents de Neptune » (J'aiLu » n°8175). C'est curieux, cette manie chez les enquêteurs de Fred Vargas de faire des phrases. Adamsberg et Danglard discutent littérature, philosophie, musique, histoire, linguistique, et toutes ces sortes de choses, à un niveau tel qu'on se demande bien pourquoi ils en sont venus à enquêter sur de sordides et invraisemblables affaires policières plutôt que d'aller enseigner à la Sorbonne et d'écrire des traités d'érudition. C'est plein de passé remontant et il y est question d'alcool (c'est pour ça, aussi), d'un spectre serial killer, tueur à trident, de Mah-Jong, et du Québec où les enquêteurs de là-bas parlent comme si Fred Vargas avait avalé un lexique du québécois courant à l'usage des auteurs de romans policiers français (je cite : « C'est un bon chum mais quand il blague, vaut mieux rire et se barrer les mâchoires. Je veux dire, provoque-le pas. Parce que quand le boss se met en beau calvaire, il ferait trembler les arbres », c'est Sanscartier qui dit cela à Adamsberg au chapitre XIX, et je ne me demande pas si les policiers québécois parlent réellement comme cela parce que je lis un roman et que je sais depuis longtemps que les romans ne disent pas forcément la vérité sur le réel, car, à vrai dire, ce n'est pas leur fonction, en outre que je m'en tamponne, sachant que je n'irai jamais visiter le Québec). 
A la page 177, il est question d'un « lac vivant sur un lac mort » et il y a cette phrase prononcée par Adamsberg : « Et dedans flotte cette antique poiscaille héritée des temps marins. » Mais à vrai dire, je ne suis pas sûr que cela soit lié à ces dragons de couleurs.

 

3.
James Hadley Chase : « Eva », traduit par J. Robert Vidal, « Carré Noir » n°95. Ça n'a pas l'air d'un roman policier, plutôt de l'histoire d'une fascination amoureuse, celle d'un écrivain qui est aussi le narrateur ; c'est donc un écrivain qui écrit un bon livre sur un mauvais auteur qui doit ses succès grâce à une imposture initiale, qui se croit fort mais ne l'est pas et qui préfère s'encanailler plutôt que de travailler. Beaucoup de whisky dans cette histoire et aussi un fantôme. On le croirait pas, mais il y a souvent des fantômes dans les romans policiers. C'est qu'aussi le roman policier, c'est très souvent la généalogie d'un crime, et parfois, c'est compliqué.
Page 195, le verbe « embobeliner », synonyme de « embobiner » dans la phrase, je cite : « […] ; vous avez été assez faible et assez bête pour vous laisser embobeliner ; cela suffit pour démontrer votre veulerie et votre déchéance. » C'est le producteur de cinéma (ça se passe à Hollywood) Rex   Gold qui dit cela au narrateur. 
Épatant aussi dans les traductions de certains polars, c'est ce truc qu'ils ont les narrateurs buveurs de whisky, coureurs de jupons, distributeurs de châtaignes, de parler comme dans les romans « bien écrits » de la première moitié du XXème siècle, genre, je cite : « Je ne crois pas que Carol ait rien deviné ; j'en suis même sûr, bien que je surprisse maintes fois son regard triste et inquiet. »
Dans ce roman, le narrateur est aussi l'enquêteur. C'est là son talent, d'enquêter sur Eva. C'est là aussi son malheur. Puisque cette enquête va le mener à sa perte. Rédemption tout de même : par l'écriture, celle de cette fascination et de cette enquête, le narrateur, d'une certaine manière, rachète son imposture initiale et les dégâts causés. Du grand roman.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 avril 2026.

 

18 avril 2026

MUSK ET LES IA TRUMP ET L'IRAN

MUSK ET LES IA TRUMP ET L'IRAN

 

1.
Dans un post daté du 17 avril 2026, Elon Musk en appelle à un « revenu universel élevé via des chèques émis par le gouvernement fédéral ». Ce qui, selon lui, justifierait cette mesure, c'est l'augmentation du chômage « causé par l'IA ». 
Ce qui est vraiment intéressant, c'est la suite du post. En effet, Elon Musk prédit que « l'IA/robotique produira des biens et services bien au-delà de l'augmentation de la masse monétaire. » Autrement dit, selon Elon Musk, l'humanité, grâce aux IA et à la robotique, serait au seuil d'une période de prospérité et de production telle qu'elle n'en a jamais connue (et qui s'apparente au but ultime du libéralisme économique : la fin de la rareté naturelle grâce à l'augmentation continue de la production).
Ce qui m'inspire trois réflexions :
- Premièrement, si Elon Musk a raison, je suis né bien trop tôt et ne profiterai sans doute pas de cette manne productiviste (d'autant que je suis français) ;
- deuxièmement, cette prospérité infinie à venir, cette corne d'abondance réussira-t-elle à empêcher les humains de se surpeupler et de s'entr'égorger pour le contrôle des matières premières nécessaires à ce productivisme exponentiel, ou Elon Musk considère-t-il que seul le peuple élu des Américains serait digne d'en profiter ?  
- Enfin, sachant que la plus sûre façon de tuer quelqu'un, c'est de le payer à ne rien faire, je me demande si l'on ne se dirige pas vers une sorte de « meilleur des mondes » où les gens seraient fatalement heureux parce que sous camisole chimique, étant donnés que, sinon, ils pourraient faire des bêtises, avec tout ce temps vide là à remplir. Elon Musk me répondrait sans doute que ce serait là une phase transitoire et que l'humanité, bien vite, retrouverait ses esprits et saurait occuper son temps libre à de nobles causes (arts et culture, associations d'utilité publique, etc...). Bon, de toute façon, je ne serai plus là pour le voir, alors hein.

 

2.
Nous vivons dans un monde où dans le même temps qu'un homme comme Elon Musk travaille à une société d'abondance universelle, prédisant même la fin de la rareté naturelle (ce n'est tout de même pas gagné), il y a en Russie une bande de salopards qui chaque nuit envoie des drones tuer des civils ukrainiens. 

 

3.
17 avril 2026. Les autorités iraniennes rouvrent le détroit d'Ormuz à la navigation. Pressions de la Chine, de la Russie ? Dissensions entre radicaux et pragmatiques au sommet du régime islamique ? En tout cas, pour l'instant, c'est une victoire pour Trump.

 

4.
17 avril 2026. Va-t-on dans l'Iran des mollahs vers une confrontation armée entre tenants du radicalisme (et donc d'une sorte de guerre totale suicidaire) et les tenants du pragmatisme (des négociations avec Trump pour sauver ce qui reste du régime) ?

 

5.
17 avril 2026. Bilan : Israël a cassé les reins du Hamas ; le Hezbollah est très affaibli, le régime des mollahs iraniens ne tient plus qu'à un fil. Je n’apprécie ni Trump, ni Netanyahou mais force est de constater que ce sont de redoutables chefs de guerre.

 

6.
17 avril 2026. Jusqu'à preuve du contraire, les Etats-Unis ne sont pas nos « amis » (pourquoi le seraient-ils?) mais nos alliés. Montebourg devrait comprendre qu'on ne fait pas de politique à mi-temps.

 

7.
17 avril 2026. Selon toute apparence, le régime des mollahs assassins iraniens est au bord du gouffre. Ce qui les maintient au pouvoir, c'est leur fameux stock d'uranium, lequel finira peut-être par être confié à Poutine ou à Xi Jinping.
Ce qui, soyons honnêtes, ne garantira ni la survie du régime des mollahs et encore moins la survie de la plupart des dirigeants actuels de ce régime meurtrier et corrompu.

 

8.
D'un point de vue strictement stratégique, l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a été une immense erreur. Les 1200 victimes et les 251 otages israéliens ont eu pour effet l'intervention massive de Tsahal, la destruction de Gaza, la fin du Hamas, et surtout le renforcement de l'alliance entre les Etats-Unis de Trump et l'Israël de Netanyahou qui sont en passe de mettre à bas le régime des mollahs iraniens et d'affaiblir considérablement le Hezbollah tout en rétablissant les liens entre le Liban et Israël.
Si « l’axe de la résistance » chiite comptait sur l'intervention de la Russie et de la Chine, et sur une levée en masse des opinions occidentales en leur faveur, ils savent maintenant à quoi s'en tenir.

 

9.
18 avril 2026. On dit que les autorités iraniennes menaceraient de refermer le détroit d'Ormuz si le blocus des ports iraniens par l'hyperpuissance américaine perdurait. 
D'autre part, contrairement à ce qu'a déclaré le POTUS Trump, la question de  l'uranium enrichi ne serait pas non plus réglée.
Quitte à provoquer une nouvelle série de bombardements massifs qui pourrait faire sombrer l'Iran dans le chaos, les radicaux du régime des mollahs parient-ils sur la volonté de Trump d'en finir au plus vite avec une guerre coûteuse autant que périlleuse et qui pourrait durer plus longtemps qu'il le pensait ?
Si Trump n'arrivait pas à rétablir la libre circulation dans le détroit d'Ormuz, n'arrivait pas, d'une manière ou d'une autre, à neutraliser la menace que représente le stock d'uranium enrichi iranien, et laissait l'Iran aux mains des éléments les plus radicaux du régime, l'opinion publique considérerait que les Etats-Unis n'ont pas atteint leurs objectifs, ce qui équivaudrait à une sorte de défaite.  
Les Etats-Unis sortiraient de ce conflit singulièrement affaiblis.

 

10.
Que les IA et l'automatisation parviennent à fournir une société d'une quantité de biens et de services telle qu'elle induirait une déflation et une prospérité inédite, c'est ce qu'a déclaré hier Elon Musk.
C'est très possible et envisageable au niveau d'une société, à condition que cette société (les Etats-Unis) puisse contrôler l'ensemble des marchés des matières premières.
D'autre part, si cette abondance de biens et de services est en théorie infinie,  elle ne pourra se pérenniser qu'à un certain niveau de ressources naturelles disponible. Autrement dit, cet âge d'or de l'IA et de l'automatisation ne profitera pas à l'ensemble d'un. monde surpeuplé et en grande partie en retard de développement.
Cet âge d'or productiviste à venir pourrait être l'un des paramètres principaux d'une nouvelle bipolarisation du monde. D'un côté, les sociétés hyper-développées, hyper-automatisées, hyper-connectées face à un monde toujours plus spolié de ses matières premières et voué à n'être que le marché destiné à éponger les surproductions des sociétés maîtresses.
Il se pourrait que le monde à venir ne soit pas aussi pacifique qu'on pourrait l'imaginer...

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 avril 2026.

17 avril 2026

EN ATTENDANT QUE TRUMP MARCHE SUR LES FLOTS

EN ATTENDANT QUE TRUMP MARCHE SUR LES FLOTS

 

1.
16 avril 2026. Concernant l'Iran et son régime de mollahs assassins, on ne sait plus quoi penser. Si l'on considère qu'une grande partie de l'opinion occidentale, indignée par les massacres et les exactions commis par les  Gardiens de la Révolution,  appelait à une intervention américaine dans le but d'en finir avec le régime des mollahs, alors sans doute faudrait-il poursuivre la guerre dans ce but. Il ne semble pas que ce soit l'intention du POTUS Trump (mais qui peut dire ce que Trump a dans le ciboulot?). 
D'autre part, faire chuter les mollahs, certes, mais pour les remplacer par quoi ? C'est que  que l'idée même de démocratie recule un peu partout dans le monde. Poutine a tourné depuis longtemps le dos à la démocratie pour un pouvoir oligarchique et autoritaire. Les Etats-Unis de Trump prennent le même chemin et l'Israël de Netanyahou s'est lancé dans un messianisme guerrier et inquiétant. Il n'y a guère plus de démocratie libérale qu'en Europe et dans quelques pays d'Asie (Japon, Corée du Sud, Taïwan). 
Faire chuter Poutine, Trump et Netanyahou ? Ce ne sera peut-être pas si facile.   

 

2.
16 avril 2026. Il semble que l'administration Trump s'enfonce de plus en plus profondément dans le ridicule, la bêtise, l'ignorance, l'incompétence, l'irresponsabilité, la corruption, le sordide et le mensonge. Et si cela ne suffisait pas, il se pourrait que Trump soit en passe de se faire rouler dans la farine par Xi Jinping et les mollahs assassins iraniens.

 

3.
17 avril 2026. On dit que le blocus du détroit d'Ormuz par l'hyperpuissance américaine semble plus efficace que les bombardements massifs. Ce qui est primordial, c'est qu'il évite les victimes collatérales et permet à la société civile iranienne de reprendre son souffle tout en affaiblissant toujours plus le corps des Gardiens de la Révolution, l'armée iranienne et le gouvernement des mollahs en les frappant au portefeuille. Ceci dit, ce blocus freinant la croissance mondiale, difficile d'imaginer quelles pourraient en être les conséquences économiques et politiques non seulement sur le Moyen-Orient mais sur le monde.

 

4.
Drôle de type décidément que ce POTUS Trump : soupçonné d'avoir cherché à protéger les délinquants sexuels puissants et influents du réseau Epstein, soupçonné de délit d'initié, de favoritisme, voire de corruption, soupçonné de tendances autoritaires et de vouloir faire de la démocratie américaine un outil à son seul profit, Trump est aussi l'homme qui ose prendre le taureau par les cornes et s'en prendre à une théocratie qui, les événements récents l'ont montré, se renforçait militairement de façon inquiétante, exerçait une influence mortifère au Liban comme à Gaza, sans parler des liens avec Poutine et Xi Jinping.

 

5.
Cela fait maintenant plus de quatre ans que Poutine a lancé son opération spéciale de trois semaines visant à détruire l'Ukraine. L'Ukraine est toujours debout, soutenue par ses forces et par l'ensemble du Monde Libre. Quant à la Russie, peu à peu, elle s'éteint. 

 

6.
17 avril 2026. On dit qu'une partie des chaînes de production industrielle américaine pourrait passer du civil au militaire. En Europe, les budgets de défense augmentent significativement. On dit que Russie et Chine augmentent elles aussi leurs capacités de production d'armes. Retour à la course aux armements et à la Guerre froide. A prévoir donc : tensions sur les matières premières, politiques d'austérité dans certains secteurs (social, éducation, justice, santé, culture...), promotion des ingénieries, enrichissement des marchands d'armes, agitations internationales et coups fourrés de partout. 
A moins que Trump se mette à marcher sur les flots, à changer l'eau en vin et à multiplier universellement pains et poissons. Mais ça, ça m'étonnerait.

 

7.
Vus l'augmentation des budgets de défense et l'état des relations internationales, en bonne logique, en France, on devrait voir bientôt, et même assez vite, surgir une énième réforme de l'éducation nationale visant à renforcer les enseignements en mathématiques et en sciences. C'est qu'il va falloir en former, des ingénieurs et des techniciens supérieurs pour les mettre au point, les armes et les IA de demain.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 avril 2026.

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16 avril 2026

VERLAINE ET AUTRES

VERLAINE ET AUTRES

 

« Verlaine et les poètes symbolistes », Classiques Larousse. J'aime bien ces  fascicules anciens à l'usage des scolaires qui permettent de redécouvrir quelques vers fameux et d'autres d'auteurs souvent délaissés. Cela commence par Verlaine, et sa musique, souple et légère, ritournelle,  ballerine :

 

« Les sanglots longs
    Des violons
    De l'automne
Blessent mon cœur
    D'une langueur 
    Monotone. »
(« Chanson d'automne »)

 

Fantaisie des « Fêtes galantes » et mélancolie à virtuosité des « Romances sans paroles » :

 

« Pierrot, qui n'a rien d'un Clitandre,
Vide un flacon sans plus attendre,
Et, pratique, entame un pâté.
(« Pantomime »)

 

« L'abbé divague – Et toi, marquis,
Tu mets de travers ta perruque.
- Ce vieux vin de Chypre est exquis,
- Moins, Camargo, que votre nuque. »
(« Sur l'herbe »)

 

« O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
O le chant de la pluie ! » 
(« Il pleure dans mon cœur »)

 

« Quoi donc se sent ?
L'avoine siffle ;
Un buisson gifle
L’œil au passant. »
(« Charleroi »)

 

Et ce bijou du recueil « Sagesse » : « Le ciel est par dessus le toit... » :

 

« Le ciel est par-dessus le toit
    Si bleu, si calme !
Un arbre par-dessus le toit
    Berce sa palme. »

 

Cette leçon aussi :

 

« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »
(« Art poétique »)

 

Virtuosité des assonances :

 

« C'est à cause du clair de lune
Que j'assume ce masque nocturne
Et de Saturne penchant son urne
Et de ces lunes l'une après l'une. »
(« A la manière de Paul Verlaine »)

 

Tout aussi virtuose, et plus influent sur ce que sera la poésie du vingtième siècle, Rimbaud : 

 

« Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou. »
(« Ma bohème »)

 

Et l’extraordinaire sonnet des « Voyelles » :

 

« Golfes d'ombres ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes. »

 

Quant à Mallarmé, parfois, des éclats :

 

« Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux. » 
(« L'azur »)

 

« Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change »
(« Le tombeau d'Edgar Poe »)

 

« Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne »
(« Le vierge, le vivace et le bel... »)

 

Auto-dérision de Laforgue :

 

« Ah ! qu'est-ce que je fais, ici, dans cette chambre !
Des vers. Et puis, après ! ô sordide limace !
Quoi ! la vie est unique, et toi, sous ce scaphandre,
Tu te racontes sans fin, et tu te ressasses !
Seras-tu donc toujours un qui garde la chambre ? »
(« Complainte d'un autre dimanche »)

 

Le lillois Albert Samain :

 

« Mon enfance captive a vécu dans les pierres,
Dans la ville où, sans fin, vomissant le charbon,
L'usine en feu dévore un peuple moribond : 
Et pour voir des jardins je fermais les paupières... »
(« Mon enfance captive... »)

 

Autre virtuose : Henri de Régnier.

 

« La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu
Sur le jardin frais et dormant ; »
(« Le jardin mouillé »)

 

« Elle est sans souvenirs de sa vie immobile,
Elle n'a ni grandeur, ni gloire, ni beauté ;
Elle n'est à jamais qu'une petite ville,
Elle sera pareille à ce qu'elle a été. »
(« Ville de France »)

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 avril 2026.

15 avril 2026

TRUMP VA-T-IL PROVOQUER UNE RECESSION MONDIALE ?

TRUMP VA-T-IL PROVOQUER UNE RECESSION MONDIALE ?

 

1.
14 avril 2026. Je songe aux étudiants torturés et assassinés par les Gardiens de la Révolution et je ne peux m'empêcher de penser que Trump n'est pas venu à leurs secours. Non, définitivement non. Trump n'est qu'un gangster qui a voulu s'accaparer du pétrole iranien. Mais comme il est con comme une table, il a envoyé l'hyperpuissance américaine dans le mur (et ça coûte des sous, beaucoup de sous).

 

2.
On dit que JD Vance est très cultivé. S'il en est réellement ainsi, JD Vance devrait expliquer au POTUS Trump ce que nous appelons en France une « victoire à la Pyrrhus ». Je crois que le sens du mot « victoire » n'est pas très clair dans l'esprit du POTUS Trump. 

 

3.
Je n'aime pas que l'on m'oblige. J'ai plus de 60 berges et personne ne m'a jamais vraiment obligé à. Sauf le président Macron. Je n'apprécie pas. Pas du tout.

 

4.
Que le POTUS Trump fiche la paix au Pape Léon XIV. Que je sache, le Pape n'est pas suspecté d'avoir violé une gamine de quatorze ans et n'a jamais fricoté avec cette ordure d'Epstein.

 

5.
La misère de ce monde : la monnaie de notre pièce. A qui devons-nous cette dette ? En tout cas, quelque chose me dit que nous sommes loin d'avoir fini de la payer.

 

6.
La surpopulation est la mère des guerres à venir.

 

7.
Ce ne sont pas les dieux qui ont soif, ce sont les hommes. Et leur soif est inextinguible et les conduit à leur perte. 

 

8.
Pour nous, l'Occident, le pays de l'avenir, grâce au président Zelensky, c'est l'Ukraine. En conséquence, nous devons tout mettre en œuvre pour aider l'Ukraine à vaincre les forces armées russes et contenir l'expansionnisme poutinien. Cela passera par un plan Marshall qui fera de l'Ukraine non seulement un allié fiable mais aussi un partenaire commercial. 

 

9.
Ce n'est pas parce que je n'aime guère les bourgeois, que je ne vote pas,   préfère Aragon à Sarkozy, que je suis prêt à avaler toutes les couleuvres que les zélateurs des BRICS et autres assolés poutiniens voudraient me faire avaler. 

 

10.
Chose vue à Dunkerque : un très vieux militant de l'OCI (tout le monde le sait et tout le monde s'en fout) aidant à marcher un aussi vieux que lui et ne cachant guère ses sympathies pour le RN. Difficile d'imaginer que ces deux  -là puissent se mettre sur la figure. Et pourtant, c'est ce que voudraient certains politiques...

 

11.
15 avril 2026. Par son blocus du détroit d'Ormuz, Trump cherche-t-il à asphyxier le régime des mollahs ? Cette pression a-t-elle pour but d'obliger l'Iran à revenir à la table des négociations ? Trump envisage-t-il de mettre en  place un péage pour tout navire iranien passant le détroit ?
Il ne faudrait pas que le blocus du détroit d'Ormuz par l'hyperpuissance américaine dure trop longtemps. Les prix des carburants s'envolant, cela pourrait entraîner une hausse générale des prix, une baisse de la production, une hausse du chômage et, pour ce qui est relations internationales, des conséquences néfastes et incalculables. Quelle sera dans les prochains jours la position de la Chine, principal et quasi unique importateur de pétrole iranien ? 

 

12.
Le monde est surpeuplé sauf la Russie qui, faute de main d’œuvre, peine à se développer (d'autant que Poutine s'est lancé dans une politique expansionniste et une sale guerre en Ukraine qui coûtent les yeux de la tête aux Russes). Et on ne peut pas dire que ça se bouscule au portillon pour y aller vivre, au pays de Poutine.

 

13.
WW3 2026. Il y a actuellement trois conflits majeurs en cours (j'entends par « majeurs » des conflits qui ont une influence sur les relations internationales, l'équilibre des forces, l'économie du monde) :
- la sale guerre de Poutine en Ukraine
- le conflit entre Israël et ses ennemis déclarés (Hamas, Hezbollah, Iran)
- le conflit entre l'hyperpuissance américaine et la République Islamique d'Iran.
Ces trois conflits sont-ils en fait les épisodes d'une guerre mondiale en cours ? C'est ce que je me demande.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 avril 2026.

15 avril 2026

DU MOT CARPE EN KOBAÏEN

DU MOT CARPE EN KOBAÏEN

 

« Et j'ai alors la très nette impression qu'il connaît le mot « carpe » dans toutes les langues qui se parlent sur cette terre,... »
(Richard Brautigan, « Le temple de la carpe » in « Tokyo-Montana Express ») 

 

La phrase de Richard Brautigan, je parle ici de sa traduction française par Robert Pépin car je ne sais pas que « carpe » se dit « carp » en anglais, cependant que je ne doute pas que l'anglais « carp » soit aussi utilisé en américain que la poêle à frire est utilisée par tous ceux qui se font des œufs sur le plat (qu'ils soient français, anglais ou américains), 

 

cette phrase où le narrateur évoque la connaissance du mot « carpe » « dans toutes les langues » (sauf celles qui n’existent pas, celles qui sont parlées par les êtres parlants des autres planètes, si ces êtres parlent des langues que l'on parle avec la langue, et le kobaïen, langue-musique de Magma) évoque aussi le « pays des Esquimos » 

 

en soulignant qu'il n'y a pas de carpes au pays des Esquimos « mais seulement des icebergs et autres trucs de ce genre » et je ne sais pas ce que Brautigan veut dire par « autres trucs de ce genre », c'est-à-dire du genre des icebergs 

 

car il est clair que les phoques et les ours polaires ne sont pas des icebergs, ni les igloos, ni les lunettes fumées, ni les saumons fumés, ni les saucisses fumées, ni aucune fumée de ce monde voué à disparaître en fumée, et je ne parle pas non plus des juments blanches.

 

Note : J'ignore s'il existe un lexique kobaïen traduisible en français et il se pourrait que cette langue fonctionnât comme un ensemble de signes sans référents, un solfège de syllabes, une langue-musique donc, dont la fonction serait purement orchestrale, partition vocale (existe-t-il une pièce a cappella  en kobaïen?) induite par les nécessités rythmiques des compositions.
Selon l'entrée « Kobaïen » de Wikipédia, la syntaxe du kobaïen « demeure largement incomplète et son lexique toujours en cours d'élaboration ». La note 3 de l'entrée reprend des propos de Christian Vander, batteur et compositeur du groupe de rock progressif Magma, qui précisent, je cite : « Le kobaïen ne prétend pas être une langue nouvelle, structurée comme l'espéranto. Ses mots me viennent à chaque fois que je compose. Elle renaît un peu d'un morceau à l'autre. » (« Sud Ouest, 1er novembre 20217, propos recueillis par Christophe Loubes).
Impossible de savoir comment se traduit le mot « carpe » en kobaïen.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 avril 2026.

14 avril 2026

SANS EVOQUER LE SAXOPHONE HANTÉ

SANS EVOQUER LE SAXOPHONE HANTÉ   

 

1.

« A la droite de Pognel et d'Objat se devinent les traces d'un kiosque à musique fantôme. »
(Jean Echenoz, « Envoyée spéciale »)

 

A cette heure-ci, je ne vois pas pourquoi j'évoquerais le saxophone hanté.
La musique appelée jazz me plaît bien mais depuis que je suis sourd, à quoi bon ? A la
Droite du saxophone hanté ne se tient pas la statue du Commandeur, ni aucune jeune fille en short moulant et à la langue passant lentement sur ses lèvres, ni spectre d'opéra.
De ce saxophone hanté, à la fin, que voulez-vous que je vous dise ? 
Pognel, non, je ne le connais pas
Et celui qui répond (ou plutôt ne répond pas) au nom
D'Objat, je ne le connais pas plus. Ce sont des personnages d'un roman de Jean Echenoz intitulé « Envoyée spéciale » et dont j'ai lu quelques pages et quelques pages encore parce que je ne le trouve guère palpitant bien que riche en informations, si riche en informations que cela pourrait en devenir fascinant (il suffit pour cela de se laisser fasciner, les romans et les jolies filles s'y entendent assez à ce jeu de la fascination). Les dictionnaires eux aussi sont riches en informations et je ne m'y intéresse pas plus qu'à « Envoyée spéciale », de Jean Echenoz, dont j'ai trouvé excellent le « Courir », fiction vivace dont le personnage central, Emile, est le double fictionnel du coureur légendaire Emil Zatopek. 
Se trouve aussi que « Courir » figure dans la liste des œuvres qu'un enseignant de lycée professionnel en lettres-histoire peut, cette année et en 2026-2027 encore, faire étudier à ses classes de terminale dans le cadre du programme dit « limitatif » et portant sur la problématique suivante : « Rythmes et cadences de la vie moderne : quel temps pour soi ? ». Que se
Devinent encore des traces, cela regarde les enquêteurs, les historiens, les fétichistes de la trace. 
Les traces ici devinées n'ont aucun rapport avec le saxophone hanté, la statue du Commandeur, la jeune fille en short moulant dont le spectre d'opéra murmure le prénom, la nuit, dans le long couloir et de longs soupirs, pour faire peur, comme dans un film de Dario Argento. Ces
Traces, ce sont peut-être juste les lignes qui émergent de la structure
D'un objet couvert de brume, un
Kiosque par exemple, une statue de Commandeur, un opéra
A spectres vengeurs, bref, quelque chose dont la
Musique est absente,
Fantôme tout à fait. 

 

2.

Défois je les regarde et ils existent. Je tourne l’œil et ils n’existent plus. C'est ce que je crois, qu'ils n’existent plus. Mais je sais que quand même qu'ils existent.

 

3.

« Des romances sans paroles ont,
D'un accord discord ensemble et frais,
Agacé ce cœur fadasse exprès ;
O le son, le frisson qu'elles ont ! »
(Verlaine, « A la manière de Paul Verlaine »)

 

Le son parfois fait frissonner. Les thrillers, par exemple, sont des œuvres de fiction qui distillent suspense et appréhension, même que le lecteur ou le spectateur, il va jusqu'au bout du roman ou du film pour voir si vraiment elle va s'en sortir, la jeune fille innocente en proie au Mal incarné, au serial killer hyper-vivace, au sans scrupules assassin. Dans les thrillers de cinoche, il y a souvent des musiques angoissantes, des soupirs dans la nuit, des murmures étranges. Verlaine n'écrivait pas de thrillers ; il écrivait des poésies. Il a eu bien des tourments, Verlaine. Était-ce un type bien ? Je ne crois pas. Un pauvre type ? Peut-être bien. Il écrivait des poésies.

 

4.

Le roman « Envoyée spéciale », de Jean Echenoz, me fait penser à un recueil de miscellanées reliées par un fil narratif à la vraisemblance relative. Du « Nouveau roman » avec moins d'obsessions et plus d'humour.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 avril 2026.

 

12 avril 2026

DEDANS PARMI SOI DANS LE PASSÉ ET L'ETRANGE 

DEDANS PARMI SOI DANS LE PASSÉ ET L'ETRANGE 

 

1.
« Vous allez vers l'eau, Mademoiselle ? Vous pensez qu'elle est dedans ? »
(Henry James, « Le Tour d'écrou » [Mrs Grose à la narratrice])

 

« Dedans » est une préposition. Dedans les choses il y a d'autres choses, et dedans ces autres choses, il y a encore d'autres choses et cela jusqu'à l'infiniment petit.
Parfois les personnages de romans vont vers l'eau. Dans « Le Tour d'écrou », de Henry James, c'est inquiétant. Sinon, les gens vont vers l'eau pour se baigner, contempler la mer, la mer toujours recommencée, ou prendre l'air du bord de mer, ou vérifier quelque chose au bord du lac.
Dedans la mer, comme dedans le lac, il y a des choses, il y a des êtres. Il y a même une Dame du Lac laquelle, - je le sais grâce au Kaamelott d’Alexandre Astier, apparaît au Roi Arthur pour lui confier des missions, ses doutes et ses mécontentements, et lui a même une fois offert « un genre de cake », qui n'était pas magique, juste pour la route. Seul le Roi Arthur peut voir et entendre La Dame du Lac, ce qui épate et étonne bien des chevaliers dits de la Table Ronde. 

 

2.
Dans une traduction du roman « Témoin indésirable » (« Ordeal by Innocence », 1958), d'Agatha Christie, je trouve cette plaisante coquille : 
« -Je suis heureuse que vous soyez parmi vous. Du moins peut-on parler de certaines choses », dit au chapitre XVIII Hester à Philip.
Ah, certes, être parmi soi permet de multiplier les sujets.
Quant au personnage de Philip, il confirme son statut de pilote accidenté par cet épatant propos, je cite : « Oui. Là-haut, très haut, planant sur le monde, comme un plateau à thé dans le ciel ! ».

 

3.
2026. La chanson « White Feather Hawk Tail Deer Hunter », de Lana Del Rey est certainement une des plus étranges chansons du moment. On pense à certaines pièces de l'immense Kate Bush, à certaines expérimentations psychédéliques, à la musique des péplums des années 50. On y entend les paroles suivantes :
« I've just baking, waitin' on a spirit hunter
I got a nicotine patch for the summer
Yeah, I'm a ghost, doesn't mean I feel nothin' ».
Le clip qui l'illustre est assez curieux lui aussi. Il y est question de « chasseur de cerfs », de « plume blanche », de « queue de faucon », de four, d'été et de neige. Étrange. Intéressant. Beau.

 

4.
Je suppose que c'était un sérieux, ce grand diabolo menthe et glaçons qu'une demoiselle commanda dans un café de Maubeuge (en 1992, je pense, à la terrasse du Mabuse). Il faisait très chaud. Caniculaire.
Je songe – ah mélancolie – que la demoiselle de 1992 doit avoir la cinquantaine maintenant. Les canicules reviennent ; les demoiselles aussi, nouvelles, buvant de grands diabolos menthe et vouées à passer.

 

5.
Notation du mois de mars 2026. Ciel blanc. Brume dans les rues proches de la mer. A 16 heures et des brouettes, ça étonne. On se demande si cela vient de l'océan ou de la pollution. Dunkerque.
L'élève a dormi une bonne partie du cours. Quand il s'est réveillé, il s'est plaint d''avoir mal à la tête.
Quelques jours plus tard, des élèves se sont plaint de maux de ventre. Gastro ? Quelques collègues évoquent régulièrement des maux de tête. Ordinateurs ? Pollen ? 12 avril 2026. Vacances de printemps. J'entends sur France Inter « White Feather Hawk Tail Deer Hunter » de Lana Del Rey, et je m'épate.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.

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