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BREFS ET AUTRES

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30 juin 2026

BINGO S'ECRIA LE CORSAIRE

BINGO S'ECRIA LE CORSAIRE

 

1.
On ne fait pas du feu avec de la tarte au citron. Le citron est originaire de l’Asie du Sud-Est. La fraise d’un peu partout, pourvu que ce soit tempéré. 
Le détective à énigmes biscornues vient du Royaume-Uni.
Je ne sais pas si le président Macron apprécie la tarte au citron. Je n’apprécie guère le président Macron mais j’aime bien la tarte au citron, et la démocratie. Le président Macron est un démocrate. Le SNU était une ânerie.

 

2.
La rue barbe mais le rat taffia.

 

3.
La canicule rend laconique l’auteur le plus bavard. Du reste, la Laconie n’est-il pas le pays aux paroles rares ?

 

4.
Je ne parle pas plus l’anglais que je monte à cheval. Je ne joue pas de saxophone non plus. Je mange du lapin.

 

5.
« Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertus que les âmes communes ; mais celles seulement qui ont de plus grands desseins. »
(La Rochefoucauld)

 

Il n’est pas nécessaire de prendre sa grande âme pour aller jouer Merluche III au PMU du coin. En général, elle vient d’elle-même. En sifflotant.

 

6.
« Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. »
(La Rochefoucauld)

 

Ce n’est pas parce que la vertu déclame des alexandrins raciniens qu’elle en est pour autant abonnée à des chaînes payantes.

 

7.
Aux présidentielles 2027, une chaise m’a prédit qu’une défaite de Bardella induira une défaite de Mélenchon.

 

8.
J’aime beaucoup les chansons et la voix de Nina Hagen. Je mange des gaufres. Les gaufres ne parlent pas l’allemand.

 

9.
« Lorsque je serai mort depuis plusieurs années,
Et que dans le brouillard les cabs se heurteront, »
(Valéry Larbaud, « Vœux du poète »)

 

Si vos cabs, vos câbles et vos cabinets se heurtent dans le brouillard, il est temps de vous demander où sont vos ministres.

 

10.
« (huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice »
(Valéry Larbaud, « Ode »)

 

Je ne vois pas l’intérêt d’attirer une cantatrice avec de la gelée de groseilles. Ça fait des éclats partout, sans compter les miettes.

 

11.
L’IA la plus sophistiquée ne saura même pas qu’elle est une IA. Comme dans le film, ce beau film avec une acrobate foudroyée.

 

12.
Tito est une commune italienne située dans la province de Potenza. Il fait chaud en Italie. Je suppose qu’il fait chaud en Italie. Je n’en sais rien car je ne suis jamais allé en Italie. Les planches de bois où je pourris depuis l’éternité sans moi m’en empêchent à jamais.

 

13.
Le temps sans le temps s’appelle le néant. Cela ressemble à un passant ordinaire avec des idées stupides dans la tête. Un électeur.

 

14.
Il ne suffit pas d’agiter ses doigts pour attraper une guitare.

 

15.
On ne s’abonne pas à la mandoline comme on s’abonne au camembert ; l'un est coulant, l'autre est légère. J'imagine cependant que l'on peut mélancoliser la mandoline tout aussi bien que l'on électrifie le camembert.

 

16.
J'ai bien aimé Suzanne de Beacque, acide à souhait, dans le rôle de Marie-Louise d’Orléans, La Grande Mademoiselle, dans le film « Les Caprices de l’Enfant Roi », que je n'ai pas aimé (plutôt nunuche).

 

17. 
C'est à la fin du bal que l'on enterre les musiciens.

 

18.
Bingo ! s'écria le corsaire tandis que son œil de verre tombait dans la pâte à crêpes.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 30 juin 2026

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27 juin 2026

LE MOU DURE ET LA MOUE TARDE

LE MOU DURE ET LA MOUE TARDE

 

1.
« L'orage assombrit ma fenêtre. J'ai envie de Notre-Dame sous le ciel noir. »
(Patrick Grainville, « Les Anges et les faucons »)

 

On n’attrape pas le ciel noir avec un filet à papillons. Il y faut aussi du cafard.

 

2.
« car celui que vise un sort, c'est le chef de famille, c'est-à-dire celui qui marque cette famille de son nom. »
(Jeanne Favret-Saada, « Les Mots, la mort, les sorts »)

 

Je ne marque pas de mon nom chaque boîte de thon que j’ouvre. Du reste, si le mou dure, la moue tarde rarement.

 

3.
« - Est-ce qu'en fait l’expression « plus fort que soi-même » n'est pas une expression ridicule ? Car celui qui est plus fort que lui-même serait le même de quelque manière que celui qui est plus faible que lui-même, et celui qui serait plus faible serait aussi le même que celui qui est plus fort. C'est au même « soi » qu'on réfère dans toutes ces expressions.
(Platon traduit par Georges Leroux, « La République »)

 

La lune ne suit pas l’avis du conseil des nuages. La lune se réfère à elle-même, en toutes circonstances, même quand elle fume la pipe.

 

4.
« CHANSON DU MOUTON

 

Agnelet feuillets d'or ciel innocence
Pies et poules blanches de l'enfance.
S'il n'est de fumée sans feu
S'il n'est de panier sans anse
Le médiéval nous balance
Un dimanche d'enluminures bleues. »
(Georges-Emmanuel Clancier, « Quatre chansons sur porcelaine »)

 

Je n’aime pas les dimanches médiévaux. Il n’y a pas de ces boissons gazeuses  qu’on sert avec des glaçons quand la canicule nous fait bafouiller, cafouiller, cahoté.

 

5.
« Celui qui ne dissout pas celui qui vient à lui, un Sphinx s'y forme et c'est de Sphinx que l'on meurt. »
(Henri Michaux, « Les Sphinx »)

 

Mourir de sphinx ne concerne pas l’enclume. Elle observe les chevaux et se fait pousser des cornes.

 

6.
« Ou bien nous demeurons encore trop vivants pour être morts, ou bien nous sommes trop morts pour être encore en vie. »
(Ghelderode, « La Balade du Grand Macabre » [Videbolle])

 

Entre la mort et la vie, il y a tout un tas de trous. Le chat de Schrödinger est peut-être bien et en même temps une des formes de Dieu, lequel est polymorphe comme le savent toutes les bêtes à cornes.

 

7.
« My name is Alice, so please your Majesty, » said Alice very politely ; but she added, to herself, « Why, they're only a pack of cards, after all. I needn't be afraid of them ! »
(Lewis Carroll, «Alice's Adventures in Wonderland »)

 

« - Je m'appelle Alice, n'en déplaise à Votre Majesté », répondit Alice très poliment ; mais elle ajouta, à part soi : « C'est vrai, ces gens-là ne sont, après tout, qu'un jeu de cartes. Je n'ai pas besoin d'avoir peur d’eux. »
(traduction : Magali Merle)

 

Pas besoin d’avoir peur pour avoir peur. C’est la leçon des éclairs. Le chat revient dans la pièce principale ; quelques fragments de toile d’araignée témoignent de sa défiance. 

 

8.
« A la fin, juste avant l'agonie terminale,
Un bref apaisement parcourut sa poitrine.
Il sourit en disant : « Je baigne dans mon urine »,
Et puis il s'éteignit avec un léger râle. »
(Michel Houellebecq, « Non réconcilié »)

 

Quand j’en serai à l’agonie terminale, je saurai qui est le coupable. Restera à récupérer ma moustache.

 

9.
« les diverses religions, ces métaphysiques à l'usage du peuple »
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)

 

Je ne prends jamais de religieux au petit déjeuner : ils commencent par vous peser sur l’estomac avant de vous peser sur l’âme, et longuement.

 

10.
« Toute action, dont la fin dernière est le bien ou le mal de l'agent, s'appelle égoïste ».
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « le Fondement de la morale »)

 

On a toujours besoin d’un petit schopenhauer de poche. On ne sait jamais sur quelle belle âme on peut tomber.

 

11.
« Nous nous sommes regardés dans le miroir de la mort. Nous nous sommes regardés dans le miroir du sceau insulté, du sang qui coule, de l'élan décapité, dans le miroir charbonneux. »
(Henri Michaux, « La Lettre »)

 

Si le miroir finit par vous cracher dessus, c’est qu’il est largement temps de procéder à un examen de conscience.

 

12.
« Une et la vraie, la dévorante, la furieuse, l'impitoyable. Elle avance, majestueuse ; elle descend sur la ville, comme un bélier de feu, prêt à foncer. Je triomphe ! »
(Ghelderode, « La Balade du Grand Macabre » [Nekrozotar])

 

Un bélier de feu, une girafe de flammes, un oiseau flamboyant qui gueule Léon. Et pourquoi pas un moule à gaufres ?

 

13.
« ça va bien faire la dixième fois que nous partons pour je ne sais où à travers l'Allemagne... à travers plaines, c'est-à-dire genre de steppes, ou sous des tunnels, fours à suie... »
(Céline, « Rigodon »)

 

Ne laissez pas les steppes continuer plus longtemps à vous courir sur le haricot ; on ne sait jamais où elles vont s’arrêter, les steppes, les steppes et leurs harmonicas déments.

 

14.
« Pourtant, Seigneur – et certes, ce que j'en dis,
Ce n'est pas pour élever ma voix contre l’Éternel.
Plutôt contre moi et pour remâcher ma folie
Dont le goût dans ma bouche qui s'édente est amer. »
(Jean- Paul de Dadelsen, « Jonas »)

 

Le moulin n’a pas besoin de l’estime de sa bouche. Je l’ai compris au regard des orties.

 

15.
« Toute valeur est une grandeur mesurable, et par suite sujette à un double rapport : elle est relative, en ce qu'elle s'applique à un objet ; et elle est comparative, en ce qu'elle résulte d'une comparaison entre cet objet et un autre. »
(Schopenhauer, « Le Fondement de la morale »)

 

Toute mesure étant relative autant que comparative, je décidai de reprendre des pâtes au jambon.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juin 2026.

 

22 juin 2026

INQUIETANT ITOU C'EST BIEN CE QUE JE DIS

INQUIETANT ITOU C'EST BIEN CE QUE JE DIS

 

1.
« Cette sincérité sans doute est peu discrète ;
Mais toujours de mon cœur ma bouche est l'interprète. »
(Racine, « Britannicus », II,3 [Junie])

 

Le mot « interprète » vient du latin « interpres, interpretis », qui désignait « l'agent entre deux parties, l'intermédiaire, celui qui explique » (cf CNRTL). Je me demande si les gens qu'on dit « compliqués » ont besoin d'un interprète pour dialoguer avec eux-mêmes. Portent-ils un masque ? Le masque du théâtre antique s'appelait « persona », parce que l'on y déclamait à travers. Il n'est pas nécessaire de porter un masque pour déclamer du Racine. Cela ne se fait plus guère. Peut-être « Phèdre ». Même pas sûr.

 

2.
« Quoi ! tu ne vois donc pas jusqu'où l'on me ravale,
Albine ? C'est à moi qu'on donne une rivale. »
(Racine, « Britannicus », III, 4 [Agrippine])

 

Le mot « rival » vient du latin « rivalis » qui désignait le « riverain autorisé à faire usage d'un cours d'eau », d'où la rivalité pour la possession et l'usage, la rivalité amoureuse, professionnelle, politique, yaourtine (ce qui est moins courant). 
Je pense à la cartographie, mais je ne sais pas pourquoi. Et de la cartographie, je passe à la carte au trésor, aux romans mêlant marins, pirates et naufragés. Il y a aussi « la marque noire » du roman de Stevenson, tellement redoutée. Je n'ai pas de jambe de bois, ni de perroquet.

 

3.
« Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste
A redoublé pour moi ses soins officieux »
(Racine, « Britannicus », IV, 4 [Narcisse])

 

Locuste fut, dit-on, une empoisonneuse fameuse dans la Rome antique. Elle usa de plantes et de champignons et c'est ainsi que, de façon professionnelle, elle dépeupla. Ce qui fit des histoires. 
Depuis, en matière de dépeuplement professionnel, on est passé à l'ère industrielle. On dépeuple par l'arme massive, la guerre, le virus, la bêtise, le chômage de masse, l'alcool, les stupéfiants, le tabac, la politique, la pollution, le nucléaire, la propagande, la guerre hybride, la spéculation, le réchauffement climatique et bientôt l'intelligence artificielle. 
Bref, l'humain ne cesse d'inventer mille astucieux moyens d'envoyer son prochain dans les racines et cela, bien entendu, pour les meilleures raisons de ce monde et la bénédiction de toutes les bigoteries possibles. 

 

4.
« Nos ennemis communs ne sont pas invincibles »
(Racine, « Britannicus », III, 5 [Britannicus])

 

L'adjectif « invincible » vient du latin « invincibilis » qui signifie « qu'on ne peut vaincre ». Ce qu'on ne peut vaincre, c'est la bêtise. Vous avez beau envoyer des générations entières sur les bancs des écoles jusqu'à ce que barbe pousse et ventre gonfle, la bêtise est toujours aussi présente, pressante, oppressante. Ce qui est fort utile au politique, souvent lui-même con comme une table mais assez malin et cupide pour profiter de l'incommensurable bêtise de ses contemporains. Je ne me fais pas exception. C'est bien ce que je dis.  

 

5.
« Qu'errant dans le palais sans suite et sans escorte »
(Racine, « Britannicus », I, 1 [Albine])

 

Le mot « escorte » vient de l'italien « scorta », « troupe armée accompagnant une personne ou un groupe » (cf CNRTL). Sans escorte, on est parfois tout seul. 
Défois, quand je suis tout seul, je me mets à errer vaguement dans la ville. J'emprunte des rues que je ne connais pas ou peu, et je m'enfonce dans d'autres rues. Je finis toujours par y revenir, d'où je viens, car je m'y attends.
Je ne pense pas à la cartographie car je pense à une boîte de sardines. C'est parce qu'il fait chaud, très chaud. Nous sommes le 22 juin 2026, et j'entends que dans certaines régions de France, il fait plus de quarante, genre caniculissime à bouilloire. Exceptionnel, surtout en juin. Inquiétant itou. Pommes cuites, nos pommes, tantôt. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2026. 

22 juin 2026

J'AIME BIEN LES CORNICHONS

J'AIME BIEN LES CORNICHONS

 

1.
« Mme Lorrimer les examina l'une après l'autre.
« Voici mon écriture. C'est la marque du troisième robre. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Cartes sur table ») 

 

Le « robre » appartient au vocabulaire du bridge. Rubber en anglais, ce qui évoque les Beatles mais ça ne fait rien. Je ne sais pas à quoi correspond le robre car je n'ai pas compris en plus que je m'en fiche. C'est une « marque du bridge » aussi appelée « bridge en partie libre ». Je ne sais pas jouer au bridge et n'ai nulle envie d'apprendre à y jouer. Déjà que je me fais battre aux échecs par l'ordinateur et que je ne suis pas de bonne humeur. D'ailleurs, zut.
 

 

2.
« - Il jouait fort bien le rôle de Satan ; au fond, ce n'était pas un démon... mais un sot. Il en est mort. »
(Agatha Christie, « Cartes sur table » [Poirot]) 

 

Satan a des cornes comme un casque de viking dans les bandes dessinées mais Satan n'est pas un viking. On ne sait pas trop d'où il tire son nom mais ça fait longtemps. Il incarne le Mal, le Mal absolu et c'est pour ça qu'on le trouve un peu partout, surtout dans les religions.
Satan, c'est le prince des démons, le Diable. Il faut une longue louche quand on s'apprête à manger la soupe avec cette satanée majesté là. Ce qui fait penser aux Rolling Stones mais ça n'a rien à voir car les Rolling Stones sont des musiciens ou apparentés. Ils furent chevelus et bruyants. Ce qui n'est pas rare. Mais ils n'ont rien de satanique. Ils ont gagné beaucoup de sous.

 

3.
« Des feuilles dactylographiées jonchaient le parquet, et Mme Oliver, les cheveux en désordre, se leva d'une chaise branlante. »
(Agatha Christie, « Cartes sur table »)

 

Les cheveux viennent du latin mais ça n'est pas obligé. On les a de toute façon sur la tête. Sinon, ce sont des poils. Dans les années 70, la plupart des musiciens de pop/rock étaient chevelus. A la fin des années 70, le punk coupa bien des cheveux et s'agita méchamment. Dans les années 80, les femmes américaines arboraient des crinières blondes et brunes et rousses, toutes gonflées avec des mèches partout. Cela fait longtemps que je n'ai pas goûté une bière rousse, vous savez, celle avec une tête de cheval.  

 

4.
« Plus rose que jamais, Rhoda suivit la bonne le long d'un couloir, tourna au coin, et une porte s'ouvrit. Nerveuse, elle entra dans ce qui lui parut être une forêt tropicale. »
(Agatha Christie, « Cartes sur table »)

 

Le mot « forêt » vient du latin « forestis » qui désignait une forêt, puis un territoire relevant de la cour de justice du roi. Je ne sais pas pourquoi dans le roman d'Agatha Christie, Rhoda est « plus rose que jamais ». Relisant cette phrase, on dirait une apparition surréaliste le long d'un couloir à la Magritte, puis, à la faveur d'une porte, hop la voilà dans une toile de Delvaux. 

 

5.
« En ce cas, il est fantastique qu'Hercule Poirot sache, mieux que vous, la façon dont vous avez commis ce crime. » 
(Agatha Christie, « Cartes sur table » [Poirot]) 

 

Fantastique vient de phantasticus. Hercule Poirot est fantastique parce qu'il finit toujours par résoudre l'énigme et ça c'est incroyable parce que l'énigme, c'est un être réel qui l'a inventée (même qu'elle s'appelait Agatha Christie) alors que Hercule Poirot n’existe même pas.
Hercule Poirot apparaît dans les romans où Miss Marple n'intervient pas. On ne sait pas s'ils se connaissaient. Je n'ai pas lu toutes les histoires avec Hercule Poirot parce qu'avec le temps. 
J'aime bien les cornichons, qui me fait penser au jambon, qui me fait penser aux frites, qui me fait penser qu'à chaque fois que j'entends parler de spiritualité sur France Inter, j'ai envie de boire de la bière rousse en écoutant les Rolling Stones. Je veux être bienveillant, mais de loin hein de loin.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2026.

22 juin 2026

AUJOURD'HUI LES CHIENS DEMAIN LES LOUPS

AUJOURD'HUI LES CHIENS DEMAIN LES LOUPS

 

1.
21 juin 2026. Que ce soit à Versailles que POTUS Trump ait signé l'accord consommant la défaite de l'Occident face aux bandits de la révolution iranienne n'est pas à l'honneur de Macron. 

 

2.
21 juin 2026. Il est clair que la sordide affaire Betharram a mis fin à la carrière politique de Bayrou, en tout cas au niveau national. Et si on ne parle pas de complicité, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a eu aveuglement, sinon complaisance.
Bayrou a toujours voulu passer pour quelqu'un d'intègre et de lucide. La sordide affaire Betharram le classe définitivement parmi les sots et les intellectuellement peu fiables.

 

3.
Maintenant que POTUS Trump a accordé le contrôle du détroit d'Ormuz aux bandits de la révolution iranienne et planté l'hyperpuissance américaine, Krasnov va-t-il se dépêcher de venir au secours d'un Poutine mis en difficulté par la résistance ukrainienne ?
A moins que POTUS Trump, avec l'Ukraine et Poutine, comme avec Israël et l'Iran, joue double jeu et voit avant tout l'intérêt de Trump ?

 

4.
Le temps n'est jamais que la conception humaine du temps. La cohérence de nos lois ne prouve pas la cohérence du réel. Sans cette cohérence purement humaine, il n'y a que de la matière, sans dieu ni temps, ni cohérence en soi. La seule chose que prouve la cohérence de nos lois, c'est que nous sommes réels. 
Il est bien trop facile, et dangereux, de répondre à la question « pourquoi l'étant plutôt que rien » par l’existence d'un dieu téléologique sans se demander si ce « pourquoi » a même un sens. 

 

5.
L'humain a créé le sens et le sens fait de l'humain ce qu'il ne cesse de devenir. Que l'on y mêle un dieu téléologique et voilà ce sens corrompu et, en fin de compte, se retournant contre l'humain.

 

6.
Certes, Trump et Poutine semblent singulièrement affaiblis mais la république islamique d'Iran redresse la tête et la Chine est devenue une hyperpuissance redoutable. En France, on annonce la victoire d'une coalition droite-extrême -droite aux présidentielles 2027. Allons-nous vers un monde dominé par les régimes illibéraux et les autoritarismes ?

 

7. 
La stratégie de Mélenchon est toujours la même : attendre que Bardella (ou Marine Le Pen) remporte les présidentielles 2027, éventuellement au sein d'une coalition avec une partie de la droite parlementaire en espérant que l'impopularité ultérieure de cette droite autoritaire provoquera une réaction de la gauche populaire et une situation pré-révolutionnaire du type Gilets Jaunes. La droite tombera-t-elle dans ce piège ? Pas sûr.

 

8.
La Russie, 17 millions de km² et 144 millions d'habitants. Impossible pour elle de se développer. Tant que les Russes n'auront pas réglé leur problème démographique, la Russie restera un danger pour la paix du monde. En clair, soit la Russie, de gré ou de force, se repeuple, soit elle se fissurera, se fragmentera, éclatera.

 

9.
21 juin 2026. On se moque du monde avec la « responsabilité collective » dans le meurtre de la petite Lyhanna. D'après ce que je comprends, la famille Barella était défavorablement connue des services et pourtant rien n'a été fait (plaintes sans suite ou enlisées, peu ou pas d'écoute des victimes, pas d'enquête sérieuse...). Plutôt que d'agiter des grands mots, on ferait mieux d'aller voir sur le terrain, au niveau local, et de vérifier qui connaît qui, qui est lié, d'une manière ou d'une autre, à la famille Barella, et, à vue de pays, cela ne m'étonnerait pas que l'on découvre erreurs de procédure calculées et complaisances diverses. Ceci dit, je peux me tromper, bien sûr, évidemment, bin tiens.

 

10.
Ras le bol de cette fameuse « responsabilité collective » qui dédouane les vrais coupables et ne sert que les appétits politiques de la caste législatrice. Le baccalauréat ne vaut plus un clou, responsabilité collective ? Non, volonté ministérielle et inflation des réformes. L'armée est à l'os, responsabilité collective ? Non, volonté gouvernementale et manque de courage politique, voire intelligence avec des puissances étrangères. L’extrême-droite est aux portes du pouvoir, responsabilité collective ? Non, erreurs à répétition de la technocratie, absence de maîtrise des flux migratoires. Une petite fille se fait assassiner par un pervers déjà signalé et connu des services de police, responsabilité collective ? Non, incompétence des gendarmes et des magistrats concernés.

 

11.
Pensant au meurtre de la petite Lyhanna, je ne peux m'empêcher de penser au gendarme Christian Jambert qui, dans l'affaire des disparues de l'Yonne, malgré les pressions, a tenu bon et a fini par envoyer Emile Louis en prison. Il s'est suicidé, Jambert, dit-on. Cela laisse un goût amer. Bordel de merde, si la petite Lyhanna est morte, ce n'est pas de la faute d'on ne sait quelle « responsabilité collective », c'est parce que, pour une raison ou une autre, les gendarmes et les magistrats concernés n'ont pas fait leur boulot.

 

12.
La politique, c'est aujourd'hui les chiens et demain les loups.

 

13.
21 juin 2026. Je ne sais pas ce qui se passe exactement en Italie et ne prétend pas en juger, mais, vu de France, il semble que Giorgia Meloni, pour l'heure, fait preuve, face à l'idiot Trump, de bien plus de dignité que notre un peu trop guili-guili président Macron. 

 

14.
Il ne faut pas croire l’extrême-droite pro-Poutine complètement stupide. Certains ont bien compris que Poutine tentait désespérément de reconstituer un empire russe à l'ouest chrétien car il craignait la démographie galopante des ethnies musulmanes. Vu d'occident et si l'on est chrétien ou simplement inquiet des avancées de l'Islam, cela peut se comprendre. Le souci est que la Russie poutinienne ne passe pas pour un modèle démocratique tandis que l'Ukraine est perçue comme une démocratie libérale occidentale en devenir.

 

15.
Vu de Trump, c'est sûr que sur le dossier iranien, il est allé plus loin que le frileux Obama : il a envoyé pourrir en enfer le « guide suprême » Khamenei, réduit son fils à l'état de plus ou moins légume, et pulvérisé bien des barbus malfaisants. Le souci, c'est qu'il s'est arrêté en chemin. Sans doute a-t-il pensé qu'un Iran hors contrôle serait pire qu'un Iran contrôlé par des voyous. A suivre. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2026.

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20 juin 2026

LES FRITES S'EN RELEVERONT-ELLES ?

LES FRITES S'EN RELEVERONT-ELLES ?

 

1.
« En souplesse, le tambour-major réalisa un coup de pied à la lune, avec demi-tonneau arrière et, à la seconde précise où il toucha le sol, le tuba lâcha une grosse note d'ouverture qui se mit à voltiger gracieusement. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Le tuba est un instrument récent car il a été mis au point au XIXème siècle en Allemagne vers 1835 par Wilhelm Friedrich Wieprecht et Johann Gottfried Moritz. Avant, on soufflait dans les serpents et les ophicléides. On ne trouve trace ni du serpent ni de l'ophicléide dans la discographie des Pink Floyd, lesquels utilisèrent bien des sons et bruits divers. Je suis moi-même parfaitement démuni du moindre tuba, car je ne saurais quoi en faire. J'ai cependant quelques disques des Pink Floyd, que je finirai par ne plus écouter, en particulier quand je serai mort.

 

2.
« Le saladier tomba sur le sol et se réduisit en poussière blanche crissante, avec une note aiguë. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Parfois, on ne se sent guère plus utile que le tréma sur le e final de « aiguë ». Pareil pour la ciguë qui, dit-on, tua Socrate. C'est que des fois, nos efforts semblent aussi vains qu'une leçon de piano à un canard. Et je dis piano, comme je dirais accordéon, harmonica, ophicléide ou vilebrequin. Et je dis canard comme je dirais coin-coin, coin-coin et encore coin-coin.

 

3.
« Lazuli se mit à grelotter, le froid de la vie lui gelait le cœur. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Défois, quand le froid de la vie vous gèle le cœur, comme l'a écrit Boris Vian dans « L'Herbe rouge », c'est que vous pourriez tomber tout dépressif. Le temps alors ne passe plus. Plus rien ne passe et vous perdez l'envie de vous y remettre, à la petite mécanique des jours. Vous perdez le sommeil ; vous perdez l'appétit. Vous buvez de la bière en fumant cigarette sur cigarette. Et dire que vous n'avez composé ni opéra, ni aucun traité de philosophie fort propre à occuper les gens qui vont à l'opéra après avoir donné des cours de philosophie dans des établissements étudiés pour.

 

4.
« Dans l'air du crépuscule, ils distinguèrent la silhouette grise et velue du sénateur Dupont que la bonne venait de lâcher et qui accourait les rejoindre en miaulant à tue-tête. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

Tous les sénateurs ne s'appellent pas Dupont.
Tous les sénateurs ne miaulent pas à tue-tête.
Tous les sénateurs qui s’appellent Dupont ne miaulent pas à tue-tête.
Certains se contentent d'aboyer. D'autres dorment. D'autres ronronnent. D'autres ruminent et machinent, ruminent et machinent et intriguent. Tous sont aussi loin de moi qu'igloos et grizzlis. Je m'en félicite.

 

5.
« La maison trembla sur sa base comme si un poing formidable venait de s'abattre sur le toit. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

On dit qu'avec le réchauffement climatique, il y aura de plus en plus de tempêtes, de plus en plus de pluies, de vent, de grêle, de tonnerre, d'éclairs, d'orages. Il y aura aussi des migrations de bestioles, dont des inquiétantes. Les concerts en plein air en seront-ils affectés ? Les prix de l'alimentation monteront-ils en flèche ? Les jambes des filles seront-elles de plus en plus souvent nues ? Les sourcils des censeurs zélés en seront-ils plus froncés ? Les démocraties soupireront-elles encore ? Y aura-t-il encore du boudin blanc à Noël, et du crémant, et du coq au vin ? Les frites s'en relèveront-elles ? 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juin 2026.

20 juin 2026

BUCCA BOCCA EUT'BOUQUE

BUCCA BOCCA EUT'BOUQUE

 

1.
« J'entendis quelqu'un frapper à la porte, mais décidai que cela ne valait pas la peine d'aller voir qui c'était. »
(Paul Auster traduit par Christine Le Bœuf, « Moon Palace », [le narrateur])

 

En latin, le mot « porta » désignait la porte d'une ville ou d'un monument. Dès l'ancien français, la porte désigne un accès à un lieu fermé. En français moderne, nous pouvons « être entre deux portes », « prendre la porte », « claquer la porte », et, comme le font bien des politiques, « enfoncer des portes ouvertes ». On s'accorde généralement pour considérer qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Sinon, comme je l'ai déjà dit, il y a malaise dans la porte, laquelle pourrait très bien en faire une dépression. 

 

2.
« Après tant de mois à l'écoute d'Effing, je m'étais peu à peu figuré son œuvre, et je me rendais compte à présent de ma réticence à laisser quoi que ce fût troubler les beaux fantômes que j'avais créés. »
(Paul Auster, « Moon Palace, [le narrateur])

 

Le mot « fantôme » vient du grec ionien « phantagma » et le latin « phantasma », » d'où « phantauma », par altération massaliote », dit le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), ce qui donne à songer. Enfin, pas tout le temps, parce que lorsque je vais acheter une boîte de sardines et des yaourts à la supérette du coin, je songe rarement à l'altération massaliote, et, à vrai dire, n'y songe jamais, à l'altération massaliote, quand j'y vais, hein, à la supérette du coin. Les vendeuses sont bien gentilles. 

 

3.
« La pluie dura jusqu'à l'aube, avec des accalmies parfois, et parfois des explosions, des éclats monumentaux – bataillons hurlants de chats et de chiens, colère pure tombant des nuages. »
(Paul Auster, « Moon Palace », [le narrateur])

 

Le mot « colère » viendrait du latin « cholera », qui signifie « bile », voire déjà « colère » mais il est rentré tardivement dans la langue. En outre, je ne sais pas si l'on peut parler de généalogie de la colère comme le philosophe parle de « généalogie de la morale. » Cela n'a donc rien à voir ni avec le saxophone (inventé en 1840), ni avec Catherine II de Russie (1729-1796).

 

4.
« Pendant un instant, je me suis réellement demandé si un ventriloque n'était pas caché quelque part dans la pièce. »
(Paul Auster, « Moon Palace », [le narrateur])

 

« Ventriloque » vient de « ventriloquus », de « venter » (ventre) et « loqui » (parler). Ce n'est pas comme le mot mannequin qui vient du wallon « maniké », du néerlandais « manneken », de « mannekijn » tandis que le mot « vilebrequin » vient lui aussi du moyen néerlandais « wimmelkijn ».
Il est vraisemblable de rencontrer un mannequin ventriloque se déplaçant avec un vilebrequin. Cela signifierait que cette personne saurait amuser le public en prêtant sa voix à quelque marionnette tout étant intéressée par la mécanique (à moins qu'on lui ait demandé de se munir d'un vilebrequin, sans qu'elle sache ni quoi, ni qu'est-ce). 
On dit « ventriloquie », « mannequinat », et moule à gaufres.

 

5.
« Parce que ses yeux étaient invisibles derrière les verres sombres, j'avais toutes les peines du monde à détourner les miens de sa bouche. »  
(Paul Auster, « Moon Palace », [le narrateur])

 

En latin, la bucca, c'était la joue. En français, la bouche, c'est là où il y a la langue et les dents. En italien, on dit « bocca », et en picard, ce qu'on conseille de fermer, c'est la « eut'bouque ». 
En latin, pour désigner la bouche, on disait « os, génitif oris », et chacun sait que sac d'ossements n'est guère causant.
Je ne sais pas ce que dit la bouche d'ombre à Victor Hugo, mais je me doute que cela doit être passionnant, peut-être pas aussi passionnant qu'un roman de James Hadley Chase, mais tout de même assez. Après, on peut quand même se faire des frites, si on a des œufs pour l'omelette.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juin 2026.

14 juin 2026

DES LANGUES D’OS DANS DES SACS DE CHAIR

DES LANGUES D’OS DANS DES SACS DE CHAIR

 

1.
14.06.2026. Donald Trump est né le 14 juin 1946. Ce 14 juin 2026, POTUS Trump a donc 80 ans. Il se dit en France que sa côte de popularité est basse cependant que beaucoup pensent que, d’une manière ou d’une autre, Nero Trump va tenter, d’une manière ou d’une autre et quoi qu’il nous en coûte, de se maintenir au pouvoir. 
D’une manière ou d’une autre : Trump ne pouvant se représenter en 2028, sans doute espère-t-il qu’une de ses âmes damnées lui succède. JD Vance ? 

 

2.
14.06.2026. Vue l’ampleur de la déculottée, la question se pose : Trump a-t-il réellement fait la guerre aux Gardiens de la Révolution iraniens ou a-t-il organisé un semblant de guerre dont le but réel est en fait de renforcer l’axe Pékin-Téhéran-Moscou ?

 

3.
L’assassinat de la petite Lyannah par un dépravé notoire a permis à certains commentateurs de critiquer sévèrement le logiciel Cassiopée, dont les bugs seraient nombreux, très nombreux, et le coût insensé (il serait passé de 4,4 millions d’euros en 2006 à 142 millions en 2018).

 

4.
L’affaire Lyannah a mis en lumière ce que nous savons déjà : la Justice fonctionne mal en France (par manque de moyens et de compétences dit-on). C’est aussi l’une des nombreuses affaires qui font craquer le trop-plein du sac des dossiers mal gérés par la démocratie bisounours, à moins qu’elle soit désinvolte, paresseuse ou corrompue.
Il semble de plus en plus clair que les présidentielles 2027 pourraient être marquées par la victoire assez nette d’une coalition entre RN et droite parlementaire.

 

5.
Le monde à venir ? inquiétant. La situation de la France ? douteuse, endettée, fracturée socialement, en perte d’influence. Pourtant, vu le nombre élevé de candidats potentiels aux présidentielles 2027, on ne peut s’empêcher de penser que la soupe doit être bonne.

 

6.
14 juin 2026. La question revient, lancinante : POTUS Trump est-il du côté des démocraties libérales ou a-t-il, depuis longtemps peut-être, choisi le camp des régimes autoritaires et s’apprête-t-il à arrimer Washington à l’axe Pékin-Moscou-Téhéran ?

 

7.
Juin 2026. La désinformation OVNI bat son plein : les USA font diversion. Le mauvais « Disclosure Day » de Spielberg est-il l’un des éléments de cette campagne massive d’intoxication des opinions ?

 

8.
L’une des meilleures séries satiriques tout autant que politiques vue récemment est « The Great », (USA, 2020-2021-2023, réalisée par Tony McNamara) : fantaisie plaisante, déjantée et très réfléchie sur le destin de Catherine II de Russie. 
Humour noir, à la limite de l’absurde, réflexions intéressantes sur le pouvoir, la Russie, le poids de la religion, la guerre, l’éthique et toutes ces sortes. On pense à Trump, à Poutine, à la Russie actuelle… Politique, je vous dis.
 

 

9.
« Les gens du village défont leurs déguisements, échangent des poignées de mains.
Pour qui est cette longue boîte blanche sous les arbres, qu’ont-ils donc accompli, pourquoi ai-je si froid. »
(Sylvia Plath traduit par Valérie Rouzeau, « L’assemblée aux abeilles »)

Théâtre au village. La mort au village. L’enterrement. Les yeux. Les témoins et ce qu’on en dit. 

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 juin 2026

9 juin 2026

EN ATTENDANT IL PLEUT

EN ATTENDANT IL PLEUT

 

1.
« (il faisait beau maintenant : le soleil déclinant de la fin d’été étincelait sur l’herbe, sur les feuilles encore vertes des arbres, une brume bleutée estompait au loin les collines aux courbes molles) »
(Claude Simon, « L’Acacia »)

 

Le mot « brume » vient du latin classique « bruma » qui désignait le jour le plus court de l’année, le solstice d’hiver, l’hiver. C’est au XVIème siècle que le mot « brume » prend le sens de brouillard. Si la brume est « bleutée », ce n’est pas à cause des cheveux bleus, de Nina Hagen, des corbeaux, des nouilles car
Ni Nina Hagen, ni cheveux bleus, ni corbeaux noirs, ni yeux, pneus, nœuds, pas plus que nouilles et escargouilles ne rendent bleue la brume. 

 

2.
« 15 h 00. Lecture de pièce théâtreuse.
Première de « la ».
Au menu de la distribution mirobolante :
Bibi dans le rôle de Merzonio. »
(Louise Renisson traduit par Catherine Gibert, « Bouquet final en forme d’hilaritude » [la narratrice])

 

L'adjectif « mirobolant » est une plaisanterie. Je lis que le mot vient du nom d'un personnage de théâtre nommé « Mirobolan » dans « Crispin médecin », de Hauteroche (1680) dérivé du terme « myrobolan », fruit séché qui fut utilisé en pharmacie mais aussi en tannerie. Le mot comme on voit n'a rien à voir avec quelque malvoyant déboulant on ne sait où, on ne sait quand, pour on ne sait quoi.

 

3.
« Why don't we go back into the café and wait for it to stop ? » I said. I wanted another of those banana splits. They were gorgeous. »
(Roald Dahl, « The Umbrella Man »)

 

C'est parce qu'il pleuvait. Dans le banana split, il y a de la banane coupée en deux, de la crème glacée, nappée de chocolat fondant chaud et de la crème chantilly. C'est un dessert américain. L'homme au parapluie n'est pas un homme-parapluie. Ce n'est pas parce qu'il pleut que l'on a envie de banana split et pas non plus parce que l'on entend une ritournelle énervée. Mais c'est parce que la narratrice a douze ans et qu'en conséquence elle est une petite fille. Retourner au salon de thé et avaler un autre banana split en attendant que la pluie cesse est certainement une manière de passer le temps et éventuellement d'être un peu écœurée, vaguement écœurée, oui quand même écœurée. En attendant, il pleut. 

 

4.
« Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve,
        Sur l'oreiller désaltéré 
Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve
        Avec l'avidité d'un pré. »
(Baudelaire, « Une martyre, dessin d'un maître inconnu »)

 

L'oreiller, c'est là où l'on couche ses oreilles, et le reste de sa tête aussi. Défois, il n'y a plus de tête. C'est que l'on a affaire à un cadavre sans tête, comme on en trouve dans le poème de Baudelaire, les films d'épouvante et les polars violents. J'ai toujours trouvé assez bizarre l'adjectif « désaltéré » accolé au mot « oreiller » dans le poème à Baudelaire. Les oreillers ont-ils aussi soif que les humains quand ils se croient des dieux de vengeance ? Les oreillers ont-ils des âmes vampiriques ?

 

5.
Zut se dit que parfois il faut se faire violence.
Dans le poème « La Béatrice », 
« Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J'aiguisais lentement sur mon cœur le poignard, »
dit-il, le narrateur baudelairien.
Tarabiscotée l'image, la pensée est un poignard que l'on aiguise lentement sur son cœur. Mais c'est beau quand même parce que c'est un genre de musique.

 

6.
La démocratie, tyrannie de l'incompétence ? Trump, je pense, aura largement répondu par l'affirmative à cette question.

 

7.
Il ne faut pas oublier le chien de la veille, des fois qu'il reviendrait – Celui qui était en Chine, s'il est revenu, c'est qu'il n'est plus en Chine. Parfois, il est bon pour l'intérêt général de se demander s'il n'aurait pas mieux fait d'y rester.

 

8.
Si vous ne connaissez pas le groupe Messer Chups et si vous aimez le rock n' roll dans ce qu'il a de plus pur, alors, écoutez les. Moi, j'appelle cela de la virtuosité. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2026

25 mai 2026

C’EST QU’ON EN FAIT DES CHOSES

C’EST QU’ON EN FAIT DES CHOSES

 

1.
« A son tour un cri : « l’empreinte, l’empreinte, je ne vois plus l’empreinte. A la fin, je ne puis plus compter sur vous ! »
(Paul Eluard, « Nul »)

 

Le mot « empreinte » vient du verbe « empreindre », du latin « imprimere », appuyer sur. Dans les romans policiers, il est parfois question d’empreintes. C’est qu’on en fait des choses avec les doigts. 

 

2.
« Alors il recommença à se faire retors et de plus en plus indécis, prétextant son horreur des contrats qui vous lient, sa hantise de la chicane et son besoin d’indépendance. »
(Blaise Cendrars, « Rapsodies gitanes »)

 

Chicaner, c’est ergoter sur des détails et enquiquiner le monde pour des broutilles. Ça peut relever du caractère comme de la stratégie juridique. Je lis que le verbe « chicaner » viendrait du verbe « ricaner » et de l’onomatopée « tchic » pour signifier le riquiqui (cf le personnage de Chicanneau dans « Les Plaideurs », de Racine et aussi les mots « chiche, chichi, chicot et non chicon dont on fait des gratins). Comme quoi, chicaner, c’est se moquer du monde. 
Dans « Rapsodies gitanes », in « L’homme foudroyé », Cendrars évoque la personnalité de l’auteur de romans populaires Gustave Le Rouge (1867-1938) que je n’ai pas lu mais dont j’ai entendu parler et pas forcément en mangeant des pâtes au jambon parce que des fois c’est des endives au jambon, ou alors des œufs au jambon, ou même des frites avec du jambon, avec de la mayonnaise pour les frites et avec ou sans jambon.

 

3.
« - Kyklôps, tu me demandes mon nom illustre. Je te le dirai, et tu me feras le présent hospitalier que tu m’as promis. Mon nom est Personne. Mon père et ma mère et tous mes compagnons me nomment Personne. »
(Homère traduit par Leconte de Lisle, « Odyssée » [Ulysse])

 

Y en a des fois, ils s’appellent Personne, mais c’est quelqu’un. Ou pas d’ailleurs. Parfois, quelqu’un quelconque qu’il est. Le Cyclope, lui, n’a qu’un œil mais c’est un géant qui forge la foudre. Le cyclope de l’Odyssée n’est pas un forgeron, c’est un cyclope pasteur parce qu’il a des troupeaux et puis il est anthropophage. A mon avis, quand les Cyclopes archaïques forgeaient la foudre et frappaient le fer, ça devait faire de l’épouvantable fracas, un genre de dark metal avec des voix caverneuses et grondantes.

 

4.
« Le poignard au fil étroit lui servit à façonner dans un morceau de corne ce qu’on nomme un bouquin. Il s’agit d’une embouchure de pipe. »
(Orlando de Rudder, « Le Traité des traités »)

 

Le bouquin au sens de « partie d’une pipe adaptée au tuyau et que le fumeur porte à la bouche » (on lit ça dans le dictionnaire de l’Académie française) viendrait de « bouque », « forme normanno-picarde de « bouche ». Avec la bouche on dit des choses parce qu’on a une langue dedans, même qu’on dit qu’il faut savoir la tourner sept fois dans la bouche, sa langue, avant d’en dire des. 
Sherlock Holmes fume la pipe et joue du violon. Maigret fume la pipe et boit de la bière, mais pas Hercule Poirot qui boit du chocolat. Popeye mange des épinards. Les chevaliers de la Table ronde ne fument pas la pipe parce que Christophe Colomb n’avait pas encore découvert l’Amérique. D’ailleurs, c’est chevalier au lion qu’on dit, et pas chevalier à la pipe. Il y a aussi le chevalier à la charrette et la tarte aux abricots.     
Il y a de moins en moins de gens qui fument la pipe et de plus en plus qui vapotent. Le président Macron, qui tant pipeau joua, n’aime pas que les Français fument parce que ça coûte des sous à l’Assurance maladie. Donc, régulièrement, le gouvernement fait augmenter les prix du tabac et prend des mesures pour en limiter l’usage. Le résultat est que le trafic augmente, et plus les prix monteront, plus le trafic s’intensifiera et il va finir par y avoir des morts dans des règlements de compte et des braquages. Donc, que ce soit de cancer ou de plombage du buffet, le tabac n’a pas fini de tuer.

 

5.
« Faut que je te fasse rigoler. Du moins j’espère. Au lieu de prostrer dans les amertumes de ce coup fourré, ne voilà-t-il pas que je phosphore à nouveau ? »
(San-Antonio, « Meurs pas, on a du monde »)

 

Quand on phosphore, c’est que l’on cogite. Phosphorer, cela ne veut pas dire que l’on pense forcément au poisson, parce que saumon, truite arc-en-ciel, éperlan, sardine, cabillaud, flétan c’est plein de phosphore et donc, c’est bon, à ce qu’il paraît qu’on dit qu’on lit, bon pour les os, les dents, les muscles, les nerfs, les reins, l’endurance. 
On peut phosphorer sur toutes sortes de choses : comment Trump s’enrichit-il personnellement tout en plantant l’hyperpuissance américaine, l’IA va-t-elle nous bouffer tout cru, le mystère des OVNI-UFO-PAN et leur rapport avec le haut fonctionnaire Alain Juillet, les lumières mystérieuses de Hessdalen (c’est en Norvège), les disparitions des deuxièmes chaussettes, la sottise programmée de la plupart des réformes de l’éducation nationale, la multiplication des technocrates et le masque du concombre.
Je me demande aussi si les phrases « Faut que je te fasse rigoler. Du moins j’espère. » ne révèlent pas quelque chose de l’auteur qui, pour que ses bouquins se vendent en grand nombre, se force à toujours trouver de quoi gondoler le lecteur. C’est que c’est un métier.

 

6.
Un jour, Trump ne sera plus POTUS. Si son successeur est républicain, ses méfaits et délits resteront impunis. Si son successeur est démocrate, ses méfaits et délits resteront impunis aussi, par peur de la guerre civile. On appelle cela le déclin de l’empire américain.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mai 2026.

 

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