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BREFS ET AUTRES

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27 décembre 2025

DANS LA PENOMBRE INCERTAINE suivi de TROIS PHRASES IDIOTES

DANS LA PENOMBRE INCERTAINE suivi de TROIS PHRASES IDIOTES

 

« Dans la pénombre incertaine, il ne put distinguer que les visages hilares de quelques gamins en train de pousser son âne par-derrière. »
(Van Gulik, « Le Collier de la princesse »)

 

Dans la vie il faut savoir s’adapter, c’est ce que font toutes les fenêtres.
La vie étant une question de point de vue, comment voulez-vous que je continue cette phrase si mal commencée ? Reste la
Pénombre, parce qu’il y a de la lune. Et même avec la lune, elle est bien
Incertaine tout de même, la pénombre. C’est parce que c’est la pénombre, parce qu’avec la tarte aux abricots on n’a pas le même effet, et si jamais cette tarte aux abricots vous semble incertaine, vous n’avez qu’à pas en manger épicétou.

 

Il fait clair, sec et froid. C’est l’hiver. Il
Ne tombe pas de neige parce qu’il ne tombe plus beaucoup de neige par ici. Comme il reculait, il ne
Put que tomber dans le vide. C’est ainsi que je me suis débarrassé de ce pronom. Dans la pénombre, il est difficile de
Distinguer les choses. On dit alors que la nuit tous les chats sont gris mais si les chats se mettent à aboyer alors vous vous demandez ce que font ces chiens sur les terrasses les murs les appuis de fenêtres, à moins 
Que ce fussent des Russes envahisseurs et parachutés qui imitent 
Les chiens pour vous faire croire qu’ils ne sont pas des chats. Leurs
Visages, de toute façon, vous ne les voyez pas et ce n’est pas en agitant une bouteille de vodka que vous les ferez ronronner. Les gens quand ils sont
Hilares c’est qu’ils rient alors on voit leurs dents et on pense au bœuf bourguignon.

 

De toute façon, il importe qu’une porte soit ouverte ou fermée et
Quelques portes fermées ne font pas une forêt ouverte. Les
Gamins ils font du bruit dans la rue défois. Les gamins c’est souvent
En train de faire du bruit dans la rue défois. D’ailleurs le
Train passe et les gamins continuent de faire du bruit dans la rue défois.
De faire du bruit dans la rue défois c’est le propre des gamins. A faire du bruit dans la rue défois les gamins quelquefois un forcené leur tire dessus pourtant les gamins qui font du bruit dans la rue défois n’ont pas cherché à le
Pousser au coup de folie le fou qui leur a tiré dessus.
Son coup de folie ça faisait longtemps sans doute qu’il mijotait dans sa caboche à l’autre pétardeur. Défois moi je prends mon
Âne et je ris dans ma tête mais ça ne se voit pas parce que c’est
Par-derrière et parfois même dans une pénombre rien moins qu’incertaine.

 

1.
On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir plumé prouve ma complète incompétence en ornithologie.

 

2.
Quand on vieillit vieillit vieillit et que les pommes de terre, vous avez l’impression qu’elles n’ont plus tout à fait le même goût, est-ce à cause de la sauce ou que bientôt les carottes seront plus cuites que vous le pensez.

 

3.
On ne vend pas une princesse pour s’acheter un collier ni même un cheval. Ça ne se fait pas et c’est même interdit par la loi.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2025.

 

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27 décembre 2025

ET QUI NE SE MEUT PAS suivi de DEUX PHRASES IDIOTES

ET QUI NE SE MEUT PAS suivi de DEUX PHRASES IDIOTES

 

« On peut présumer que non, puisque le ralenti donne un corps flottant entre les objets comme une algue, et qui ne se meut pas. »
(Maurice Merleau-Ponty, « L’œil et l’esprit »)

 

On se doute que la paix n’est pas facile à obtenir. On
Peut se dire que c’est l’humaine condition que le conflit. On peut
Présumer bien des choses. Peut-on présumer
Que la sardine puisse sortir de sa boîte et nous sauter à la gorge ?
Non.
Puisque nul saut de la sardine trépassée
Le surprendra ce passant immobile plongé dans son journal et qu’au
Ralenti s’examinent les évènements. Je
Donne à manger au chat. Il sort. Il rentre. Le chat est un animal sériel.
Un chat n’est jamais tout à fait semblable à un autre et pourtant ce ne sont jamais que des chats me dis-je tout en soupirant époussetant toussotant (car défois faut épousseter). De son
Corps on ne se sépare pas, rien ne prouvant qu’on puisse lui survivre.

 

Flottant, je m’aperçus que j’étais dans l’eau.
Entre le ciel et l’eau, il y a des humains sur des bateaux : ils vont pêcher la sardine et j’achète des boîtes de sardines.
Les sardines, c’est bon car moi je n’achète plus de raviolis en boîte depuis longtemps. Il y a des
Objets et je constate que nous passons entre eux parfois ils nous heurtent et ils peuvent se briser ou nous briser ou nous nous brisons tous les deux.

 

Comme je me disais ces choses et d’autres choses encore je me rendis compte que la plupart du temps c’est à moi-même que je parle.
Une lumière psychanalytique m’envahit (très verte) et je soupçonnai que lorsque nous parlons aux autres c’est aussi à nous-mêmes que nous causons même que défois je sais pas si on s’approuve toujours. La psychanalyse n’est pas une
Algue. Je dis ça parce que c’est le mot « algue » qui vient ensuite dans la citation si ce mot avait été « camembert » ou « grand-mère » ou « écuyère » ou « gruyère » vous me comprenez…

 

Et ensuite, nous continuons à vivre, nous persistons dans l’être. La condition à cela est de ne pas être tout à fait mort quoique
Qui est mort continue longtemps à être mort. Il
Ne revient pas, sauf dans les histoires de fantômes. Et s’il
Se manifeste, genre à donner des coups dans les murs ou s’il se
Meut tout vaporeux dans le couloir et un froid glacial, c’est qu’il y a un truc et s’il n’y en a
Pas, nous l’appellerons Arthur.

 

Phrase idiote 1 : « Après une nouvelle heure de chevauchée », il changea de monture car ses lunettes étaient décidément d’une vétusté indécente.

 

Phrase idiote 2 : Comme il laissa sa phrase en suspens, elle se carapata et personne jamais n’en entendit plus parler et on ne sut jamais quelle en était la suite et jamais il n’obtint de réponse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2025.

 
 

21 décembre 2025

J’AI MIS MON CHAPEAU AVEC MA TÊTE ET MON NEZ AU MILIEU DE LA FIGURE

J’AI MIS MON CHAPEAU AVEC MA TÊTE ET MON NEZ AU MILIEU DE LA FIGURE

 

1.
« Venise au visage de masque. » Cette épigraphe que cite Aloysius Bertrand avant que nos yeux lisent « La Chanson du masque » - nos yeux aiment à lire ; ce n’est pas le cas de tous les yeux ; certains préfèrent regarder des choses qu’ils comprennent plus ou moins ; d’autres encore préfèrent s’étonner ou se voiler ou se dérober ou se perdre ou se fermer – cette épigraphe est tirée d’un texte de Lord Byron, ce qui est une chose, et une chose chassant l’autre, voyez comme nous sommes avancés.

 

2.
« Ce n’est point avec le froc et le chapelet, c’est avec le tambour de basque et l’habit de fou que j’entreprends, moi, la vie, ce pèlerinage à la mort ! »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Qu’avons-nous là ? Un « tambour de basque et l’habit de fou ». Notons que ce n’est point là l’habit qu’il faut mettre quand on se rend à la supérette pour acheter un paquet de pâtes, du fromage râpé et de la sauce tomate industrielle. On risque des soucis. Peut-être en période de carnaval (on voit tant de choses).
Je note cependant que l’on peut tout à fait vivre avec dans la tête un tambour de basque et l’habit de fou étant donné qu’ils ne sont alors que qu’idées bigarrées et sonores (c’est drôle mais les sons aussi sonnent dans notre tête, tout à fait muets et pourtant là, musiques fantômes qui nous viennent et reviennent tandis que nous dormons) cependant que nous sommes parfaitement neutres et anonymes dans les vêtements que nous mettons lorsque quotidiennement nous tentons de justifier nos existences sociales.
Cette citation tirée du « cinquième livre des Fantaisies de Gaspard de la Nuit », d’Aloysius Bertrand, contient le mot « pèlerinage » lequel est de la famille du mot « pèlerin », lequel, dit-on, vient du latin, « per ager », qui signifie « à travers champs ». Je n’en doute qu’autant que je m’en tamponne et je remarque que lorsque je vais en pèlerinage à Sainte Supérette (là où se multiplient les boîtes de sardines), je ne traverse aucun champ, ni pâture, ni même vague terrain cependant que je croise d’autres pèlerins (il y en a de toutes sortes, et de très douteux parfois) qui circulent dans les rues comme de mauvais anges à la recherche de leur démon (certains ont même du poil au menton).

 

3.
« Notre troupe bruyante est accourue sur la place Saint-Marc, de l’hôtellerie du signor Arlecchino qui nous avait tous conviés à un régal de macaronis à l’huile et de polenta à l’ail. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

On ne donne de confiture à une troupe bruyante que si elle aime la confiture. N’en doutons pas, elle en mettra plein ses tartines. Si elle n’aime pas ça, cette troupe bruyante offrira toute cette confiture à un marchand de crêpes (ou de gaufres), qui en fera ses choux gras.

 

4.
« Marions nos mains, toi qui, monarque éphémère, ceins la couronne de papier doré, et vous, ses grotesques sujets, qui lui formez un cortège de vos manteaux de mille pièces, de vos barbes de filasse et de vos épées de bois. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Qui ceint la couronne de papier doré, c’est qu’il a mangé de la galette. De celui qui a mangé de la galette, nous dirons qu’il était vivant, en tout cas au moment où il mangea de la galette car si cette galette était empoisonnée, alors, couronne de papier doré ou pas, le roi est mort et certes un roi mort n’a plus guère de divertissements. Il n’est même plus un homme plein de misères, c’est vous dire.
C’est pour cela qu’on entend l’herbe pousser dans ses oreilles que si on a oublié sa chèvre de campagne. Et si vous ne voyez pas le rapport, c’est qu’il n’y en a pas.

 

5.
« Marions nos mains pour chanter et danser une ronde, oubliés de l’inquisiteur, à la splendeur magique des girandoles de cette nuit rieuse comme le jour. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

En effet, il vaut mieux se faire oublier de l’inquisiteur, et surtout ne pas enquiquiner l’inquisiteur, de même que qui veut chez un quincailler cueillir des jonquilles, voire des quilles si ce quidam est un incongru, doit s’attendre à des déconvenues, et dès qu’on venut, on vit que, pas plus que la marquise, le comte n’y était pas.
J’en profite pour rappeler qu’en latin, l’inquisitor est celui qui examine, recherche, enquête pour savoir qui c’est-y ce type Œdipe dont bruisse le théâtre grec même que depuis ça n’a pas cessé de bruisser et de froncer les sourcils.

 

6.
« Chantons et dansons, nous qui sommes joyeux, tandis que ces mélancoliques descendent le canal sur le banc des gondoliers, et pleurent en voyant pleurer les étoiles. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Défois, quand on voit pleurer les étoiles, c’est qu’on a un coup dans l’nez pis qu’on mélancolise. On n’est nullement obligé de descendre le canal sur le banc des gondoliers parce que c’est très difficile de descendre un canal, car c’est lourd un canal et que ça fuit de partout dès que vous tentez de le prendre dans vos mains. De plus, on ne voit pas pourquoi les gondoliers auraient besoin d’un canal dans leurs gondoles étant donné que les gondoles c’est fait pour gondoler sur les canaux et pas avec des canaux. 
Ainsi, on dit : « J’ai mis mon chapeau sur ma tête » et non pas « J’ai mis mon chapeau avec ma tête. » 
Vous constaterez aussi que si vous chassez l’absurde, il revient toujours par le canal dit pour cela « canal de l’absurde ». De la même façon, l’expression « chassez le chat, il revient au galop » est des plus idiotes, les chats ne galopant point. « Chassez la sardine, elle revient au galop » est tout aussi idiote, surtout si la sardine est en boîte. A la limite on peut chasser le thon qui vous revient au naturel, mais c’est vraiment si on n’a qu’ça qu’à faire.

 

7.
« Dansons et chantons, nous qui n’avons rien à perdre, et derrière le rideau où se dessine l’ennui de leurs fronts penchés, nos patriciens jouent d’un coup de cartes palais et maîtresses ! »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Cette fin du poème en prose « La Chanson du masque » oppose ceux qui n’ont rien et qui, au moment du carnaval, chantent et dansent, aux riches patriciens qui, dans les cercles de jeux, perdent fortunes et bonnes fortunes. J’entends dans la télé une sirène de voiture de police parce que c’est un film policier et ce n’est pas pour cela que si c’était un film de camembert, j’entendrais la sirène du camembert, laquelle ne se met en meugle que si le camembert est électrique. 
J’ajoute, et ce sera là ma conclusion que, outre que Tulsi Gabbard reprend assez systématiquement les éléments de langage poutiniens que c’est à se demander pour qui elle travaille réellement, qui pique le bic quadricolore d’un candidat au baccalauréat s’expose à un regard noir. Si ce candidat est une candidate, le regard sera tout aussi noir. Si vous éteignez la lumière, ce regard sera toujours tout aussi noir, car il n’y a rien à faire, noir c’est noir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 décembre 2025.

 

19 décembre 2025

DE LA VENGEANCE DE LA PELOUSE ET DE L'ORIGINE DE LA FISSURE

DE LA VENGEANCE DE LA PELOUSE ET DE L'ORIGINE DE LA FISSURE

 

1.
Au début du texte de Richard Brautigan intitulé « La vengeance de la pelouse » traduit par Marie-Christine Agosto, l'auteur évoque sa grand-mère dont il dit qu'elle « faisait la contrebande d'alcool ». Comme c'était au temps de la loi Volstead, c'était il y a longtemps. La loi Volstead (« Volstead Act »), c'était la loi américaine qui, dès 1920 et jusqu'en 1933, prohiba la consommation d'alcool et produisit un nombre conséquent de gangsters et d'alcooliques.
Selon le narrateur, cette femme imposante (1 mètre 80, 90 kilos) entretenait de très bons rapports avec le shérif du comté. Ce qui n'est pas le cas des bouilleurs de cru du célèbre « Fantasia chez les ploucs », de Charles Williams.
Que la grand-mère du narrateur entretienne de bons rapports avec le shérif, lui demandant des nouvelles de sa mère toussi-toussa, cela est intéressant si l'on s'intéresse aux aïeules des narrateurs qui évoquent l'Amérique d'un siècle qui n'est plus le nôtre. Je dois dire que cela nous change tout de même des histoires de boîtes de sardines et de couples en décomposition dans une époque marquée par les montées des extrémismes, l'agressivité de Poutine et les caprices de Trump.
Pour ce qui est de l'Amérique, c'est loin quand même.

 

2.
Ensuite, le narrateur évoque une pelouse. Ce qui est logique puisque le texte s'intitule « La vengeance de la pelouse ». Je me demande si l'on peut éprouver de la nostalgie en pensant à une pelouse. Plus sans doute qu'en évoquant une boîte de sardines car, personnellement, j'ai toujours eu du mal à m'attacher à une boîte de sardines. Elles finissent, mes boîtes de sardines, vidées sans pitié de leurs occupantes et à la poubelle. Ce qui renvoie à la question de la surconsommation, mais comme c'est ainsi que l'humanité a décidé de crever, que voulez-vous qu'on y fasse.   

 

3.
Le paragraphe suivant commence par une phrase que j'aime bien : « Jack maudissait la cour comme si c'était quelque chose de vivant. » Cette remarque de Richard Brautigan me donne à penser, c'est que je pense parfois entre les moments où je ne pense pas et m'agite comme un contemporain affairé à surmonter sa vie. Peut-on détester certaines choses comme si elles étaient vivantes ? Et les vivants que nous détestons, ne sont-ils pas parfois pour nous que choses et objets périlleux ?
Quant à ce « pays où les gens mangeaient des pommes et où il pleuvait sans cesse », il me fait penser à la Normandie, laquelle me fait penser à Arsène Lupin, lequel me fait penser que je n'ai pas le temps de lire et relire les livres de Maurice Leblanc, ce qui m'est assez agaçant.

 

4.
On apprend dans les paragraphes suivants que Jack ne s'était jamais occupé de la pelouse, laquelle mourut de sa mort de pelouse et que, pourtant, cette pelouse était peut-être magique. Ce qui relance le débat sur les pelouses hantées, car il ne manque pas de vidéos sur YouTube et autres fournisseurs d'images animées qui montrent voir des formes étranges, fantomatiques, plus ou moins vaporeuses, circulant la nuit, le soir, et même parfois le jour, sur de parfaites pelouses américaines. On peut se demander si ces hantises de pelouses ne sont pas, en France tout au moins, responsables de la disparition des nains de jardin et autres lutins de plâtre.
Accessoirement, le narrateur rappelle que la Première Guerre mondiale éclata le 28 juin 1914 (c'est le jour de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand ; c'était à Sarajevo).
On apprend aussi que le grand-père du narrateur faisait 1 mètre 50 et que selon cet homme qui fut si longtemps bloqué dans le temps, le fait d'être si près « de sa pelouse l'aiderait à prédire la date exacte à laquelle éclaterait la Première Guerre mondiale ». Ce qui implique que :
a) La pelouse avait les mots et une bouche pour les prononcer.
b) La distance télépathique idéale entre une pelouse et un bipède doit être égale ou inférieure à 1 mètre 50. Au-dessus de cette taille, on est trop grand, on est trop loin, on n'entend rien.

 

5.
On apprend ensuite l'origine d'une des fissures. Et là, je branche mon psychanalyste de poche car lorsque dans un texte apparaît le mot « fissure », c'est que peut-être le réel est atteint de ce trouble qui consiste à considérer toute « fissure » (qu'elle relève du mur ou de l'esprit) comme une porte d'accès à toutes sortes de bizarreries, jusqu’aux créatures les plus batraciennes.
Toujours est-il qu'il y est question de poires, de Jack, l'homme qui détestait la pelouse, de porte-feuille, de cigare et d'abeilles rusées.

 

6.
Comme le Jack de Richard Brautigan in « La vengeance de la pelouse » ne parlait qu'italien quand il parlait du garage, je suppose qu'il craignait peut-être, en utilisant l'anglais, d'en être un peu trop compris et comme on sait, - cela apparaît d'ailleurs dans bon nombre d'histoires horrifiques contemporaines – il faut se méfier des garages qui comprennent l'anglais et l'on pige mieux dès lors pourquoi, prudemment, Jack utilisait l'italien.

 

7.
La dernière partie de la nouvelle « La vengeance de la pelouse » exacerbe encore le grotesque. Saoulerie consternantes d'oies blanches qui, endormies, se font plumer par la grand-mère du narrateur ; c'est que, je cite : « Du haut de sa splendeur théâtrale, elle pensa qu'elles étaient toutes mortes. » Vous pouvez imaginer leur désespoir lorsqu'elles se réveillèrent et constatèrent leur nudité. Cet étrange spectacle fut à l'origine d'un accident dont Jack fut la victime parce que dans la nouvelle, il lui arrive pas mal de désagréments, au Jack.
Je repousse ici l'horrible soupçon qui ferait du texte de Brautigan un texte codé, masqué, maquillé, évoquant un couple de serial killers (une contrebandière d'alcool associée à un déclassé piquousé), bien que je n’exclue pas quelque parodie ou démarquage littéraire. 

 

8.
Le dernier paragraphe du texte « La vengeance de la pelouse », de Richard Brautigan évoque « le premier souvenir » de la vie du narrateur. Souvenir peu joyeux : Jack, c'est sans doute Jack, abat le poirier, l'arrose d'essence, y met le feu. 
Cette nouvelle évoque à sa manière les rapports entre la nature et les humains : la pelouse détestée, les abeilles rusées, les oies consternées, Jack piqué, blessé, détestant la pelouse et détruisant le poirier. Il est vrai que les arbres des cours s'abattent parfois sur les maisons. Quant au garage, si ça se trouve, il le comprenait très bien l'italien, aussi bien que l'anglais, ou que le caquetage des oies.
Pour ce qui est de la vengeance de la pelouse, elle se coiffe toujours de la même façon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 décembre 2025.

16 décembre 2025

SORTEZ LES SERPILLIERES

SORTEZ LES SERPILLIERES 

 

1.
Il ne faut pas tirer les pieds de l'Empire, ni lui tirer la barbe, ni les vers du nez car c'est son affaire. Par contre, si 'Empire s'étend, se répand, se gonfle et se démesure, alors sortez les serpillières. 

 

2.
Un spectacle stupéfiant s'offrit à nous. Il fallait des yeux pour le voir et nous en avions. Nous n'en crûmes pas nos oreilles, comme on dit au passé simple.

 

3.
C'est pas tellement que mais quand même ce serait mieux si. C'est neurasthénique et agaçant.

 

4.
En dépit du froid glacial, il ôta sa tête ce qui lui gela instantanément sa vie intérieure et son habituelle confusion des sardines. Sardines signifiant ici « sentiments », il ne faut plus s'étonner de sa sottise.

 

5.
Le président Macron portant des chaussettes, il est à penser qu'il a des pieds. Tout rapport entre les pieds du président Macron et certaines de ses réformes est bien évidemment purement arbitraire.

 

6.
Me demande si la prévention ne se heurte pas parfois à la surpopulation et une éventuelle sélection naturelle masquée par cette grande prétention que nous appelons culture..

 

7.
A quoi ça va nous mener tout ça, dit la cheffe de file des sardines en boîte avant de finir écrasée entre la fourchette, le pain et le beurre.

 

8.
Comme l'a dit un philosophe célèbre (forcément, sinon ce n'est pas un philosophe mais un auteur mineur, injustement oublié mais ce n'est pas grave, on ne le lira pas quand même), qui ne sait pas écouter le cri muet de la sardine ne sait pas de quoi il parle.

 

9.
Quand tu vas chez des gens, n'oublie pas qu'ils ont des mains. Cache donc ton violon, tes boîtes de thon, citrons, potirons, aussi tes biftons, et ne pars pas sans solides soupçons.

 

10.
Je n'irai pas sur Mars. Je laisse cela à Elon Musk. Moi je vais juste acheter quelques boîtes de sardines pour le mois. C'est en effet le mois des sardines, comme tous les mois, mais il y a que moi qui le sais. Et puis, il n'y a pas de sardines sur Mars.

 

11.
Les gens à la radio, ils utilisent tous les jours les mêmes mots mais pas dans le même ordre. Et ils parlent toujours des mêmes choses. Seuls les noms changent.

 

12.
Il est de plus en plus souvent demandé à l'enseignant de se mêler de ce qui ne le regarde pas pour, dit-on, tenter de comprendre pourquoi l'élève ne comprend pas (malgré les « cartes mentales » et autres merveilles étourdissantes).

 

13.
« Ton partir est un secret », a écrit quelque part René Char. Me demande si ton revenir sera une énigme et si tu me citeras les vers de la chanson qui parle de « déjeuner en paix ». Aurai-je encore un nez, je ne puis l'affirmer.

 

14.
« La nuit tous les chats sont gris » est une expression française qui m'a longtemps fait douter de la fameuse sobriété des chameaux.

 

15.
« Si vos épreuves, au lieu de vous dilater », ce début d'une phrase de Cioran me rappelle qu'en matière de dilatation, bon nombre de politiques sont experts. Ce qui m'évoque instantanément le goût du jambon-beurre que l'on avale avec un demi dans un roman de Simenon.

 

16.
Par association d'idées, le premier mot qui me vient à l'esprit quand je pense à Donald Trump, c'est « culbuto ».  

 

17.
Ô lecteur, mon semblable etc, toi qui me lis, ferme les yeux et médite ces paroles, et tu en saisiras l'irrémédiable sottise. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 décembre 2025.

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14 décembre 2025

SOPHIE MELANIE suivi de SANS BUT

SOPHIE MELANIE suivi de SANS BUT

 

« En lui répondant que le poireau, il fallait le cuire, même pour le manger froid en salade, je me demandai si oui ou non, elle se moquait de moi. »
(Jacques Sternberg, « Sophie, la mer et la nuit » [le narrateur])

 

En 2025, le massacre de l'Ukraine continua et cette année-là, Poutine eut un allié de poids en la personne du POTUS Trump, lequel est un homme bas et  méprisable.
Lui, Trump, il est de plus en plus impopulaire et toutes les personnes raisonnables se demandent comment il est possible qu'il puisse se maintenir au pouvoir alors que sa place est de toute évidence en prison (et pas qu'un peu).

 

Répondant que le poireau, il fallait le cuire, le narrateur du roman de Sternberg ne fait que dire ce 
Que chacun sait et il est tout de même curieux qu'un auteur comme Sternberg n'ait pas pensé à plus nous renseigner sur la question originelle qui est, comme chacun sait, pourquoi
Le poireau plutôt que rien ? Certes, si vous répondez à quelqu'un que le Poireau il faut le cuire, c'est sans doute que vous êtes dans une cuisine.
Il est vrai aussi que vous pouvez, et c'est tout naturel, évoquer l'ontologie du poireau dans une bibliothèque car il y
Fallait des livres, si on voulait causer poireau dans une bibliothèque, du temps où les gens lisaient encore de vrais livres au lieu de se bousiller la comprenette sur les réseaux sociaux et autres turlupineries.

 

Le fait est que nous sommes fin 2025 et que l'année 2026 s'annonce aussi mauvaise qu'à force on finira par envoyer les politiques se faire
Cuire un œuf ou autre chose. Et
Même si la personne avec laquelle vous discutez est en train d'éplucher des pommes de terre, je ne pense pas que vous soyez à la gare de Lens où vous attendez le train pour Hénin-Beaumont. 
Pour cela, je suis bien tranquille, vous êtes dans la cuisine.
Le poireau vinaigrette sans doute allez-vous le préparer.
Manger un poireau vinaigrette, c'est tout de même un petit plaisir de la vie (ça vous console de la tronche de premier de la classe de Macron). Après, que le
Froid soit une perception de l'esprit, c'est quelque chose que je dis défois car
En vrai le réel c'est une drôle de
Salade qu'on sait pas vraiment de quoi qu'elle est faite.

 

Je pense à la personne avec laquelle le narrateur dialogue et qui s'appelle Sophie et
Me demande s'il faut de Sophie se fier ou se défier et comme je me
Demandai si oui et comme je me demandai 
Si non je me dis que si cette personne s'appelait Mélanie - ce qui rend songeur rapport à quelque chose qu'il faut mettre dans le placard - c'est que
Oui si elle s'appelle Mélanie elle ne s'appelle pas Sophie
Ou alors et mille sabords 
Non si elle s’appelle Sophie
Elle ne s'appelle sans doute pas Mélanie et
Se faire plus chouette que la chouette et si elle se
Moquait du narrateur c'est pour faire avancer le roman et
De ce roman
Moi à vrai dire je ne sais pas quoi dire. Voilà.

 

« Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère !, sur le fleuve... »
(Jules Laforgue, « Dimanches »)

 

Le ciel, s'il pleut, le
Ciel, eh bien quoi, il ne faut pas s'en inquiéter, s'il
Pleut ou même s'il ne pleut pas. C'est si vous êtes
Sans parapluie et qu'il se met à fortement dracher que vous pourriez méditer sur le
But de tout cela le ciel qui pleut, les gens qui passent, les parapluies car
Sans parapluie vous pourriez vous mouiller.
Que cela vous serve de leçon si
Rien jamais sert de leçon à l'inconstant bipède. Il ne faut pas s'inquiéter si le ciel pleut et non plus s'il ne pleut pas ; il faut prévoir un parapluie. Par ailleurs que cela
L'émeuve, cela dépend de qui vous parlez.
Il y a des gens voyez qui s'émeuvent rarement Il
Pleut ils constatent qu'il pleut et continuent à manger leur tartine
Il ne pleut pas Ils constatent qu'il ne 
Pleut pas et mangent leur tartine Quant à la
Bergère si elle garde ses blancs moutons c'est que c'est dans la chanson.
Sur le temps qui passe sans doute médite-t-elle aussi
Le temps qui passe semblable au
Fleuve lourd de métaphores et de choses frappées d'obsolescence plus ou moins programmée. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 décembre 2025.

14 décembre 2025

COMME DIT LA CHEMISE

COMME DIT LA CHEMISE

 

« - Avec le temps, décidément, je m'embrouille tout le temps », fit remarquer Sophie sans attacher beaucoup d'importance à ce fait. »
(Jacques Sternberg, « Sophie, la mer et la nuit » [Sophie])

 

Avec, c'est bien utile car quand on veut faire, c'est souvent avec un outil, avec courage, avec a « little help from my friends » et c'est souvent avec que
Le schmilblick on le fait avancer, sinon « Avec le
Temps », c'est le titre d'une très belle chanson de Léo Ferré qui a écrit beaucoup de choses pompeuses et quelques chefs d’œuvre.

 

Décidément, c'est un adverbe, on peut le supprimer de la phrase ça ne l'empêchera pas de vous tirer la langue si la phrase a envie de vous tirer la langue.
Je fais un peu attention à la langue qu'elle tire la phrase parce que c'est ainsi qu'elle prouve qu'elle a une langue, la phrase de même que Napoléon avait un chapeau et Poutine n'a absolument aucune morale.

 

M'embrouille m'embrouille me dis-je souvent à moi-même car souvent que je m'embrouille m'embourbe m'emberlificote dans mes idées et points de vue sur le monde
Tout ça qui s'agite et se massacre en dépit des sottes et optimistes prédictions de Michel Serres et autres ravis philosophiques sans compter la résilience, le macronisme contondant, toussi-toussa.

 

Le temps, il passe c'est même à ça qu'on le reconnaît, le
Temps parce que hein vous ne pouvez pas l'arrêter comme ça dans la rue comme un vieux pote que vous n'avez pas vu depuis longtemps, parce qu'alors y a plus rien, plus rien qui avance. Ce qu'il
Fit alors, c'est qu'il prit un œuf et se le fit cuire. Vous me ferez 
Remarquer que pourquoi il arrive-là cet œuf, cheveu sur la soupe. Ah c'est qu'il faut toujours faire attention à sa moumoute quand on mange une soupe à l'oignon.

 

Sophie, je l'aime bien mais je ne la connais pas du tout car en vieillissant j'ai de moins en moins l'occasion de fréquenter Sophie, Marie-Sophie, Hélène ou Mignonne Allonvoirsilarose.

 

Sans œuf on ne peut pas faire d'omelette, comme s'il y a pas plus de gens en Russie on ne peut pas développer la Russie que c'est même pour ça qu'il fait la guerre Poutine pour gagner des territoires et annexer des populations dont il aura besoin pour le développer son plus grand pays du monde. Après, je pourrais
Attacher un hareng saur au mur pour qu'il pendouille et se balance pour tirer la langue au temps, j'appellerais ça « Hommage à Charles Cros » mais bien sûr le hareng ne serait pas un vrai hareng car il serait en plastoc parce qu'avec le temps, les harengs même saurs et très saurs, ils finissent par se décomposer comme s'est décomposé Napoléon et se décomposera Poutine.

 

Beaucoup aussi est un adverbe et comme la plupart des adverbes il monte parfois sur ses grands chevaux. Il ne faut pas y accorder trop
D'importance sauf s'il fonce sur vous avec un sabre.
A cela il faut répondre par un coup de pan-pan si l'on a sur soi l'outil à égaliser les destinées,
Ce qui ne va pas de soi car en théorie en France le contribuable de base n'est pas autorisé à se promener dans la rue en portant un pan-pan ou toute autre mécanique à relativiser le sens de la vie. C'est un
Fait et du reste ce qui est fait n'est plus à faire comme dit la chemise après s'être fait repasser.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 décembre 2025. 

27 novembre 2025

QUOI QU'IL FASSE COURT A SA PERTE

QUOI QU'IL FASSE COURT A SA PERTE

 

1.
Le « Parce que je suis né » en italiques et dès les premières lignes du recueil « De l'inconvénient d'être né », de Cioran, rappelle que le fait d'être né plonge le bipède fasciné dans l'univers des illusions qui déçoivent et le voue à la lourdeur du temps.

 

2.
« Depuis que je suis au monde » - ce depuis me paraît chargé d'une signification si effrayante qu'elle en devient insoutenable. »
(Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

 

Cioran utilise volontiers l'hyperbole existentielle. Que nous soyons inscrits dans une si minuscule durée située entre l'infini du passé et l'infini de l'avenir n'est éventuellement « insoutenable » que parce que l'on songe que c'est absurde et n'a de sens que pour nous. Cela nous empêche-t-il d'apprécier les moules-frites et de dénoncer l'injuste ? Certainement non et certainly notez le bien que manquerait plus que ça, que l'absurde nous contamine au point de renoncer à vivre.

 

3.
Dans le troisième fragment du recueil « De l'inconvénient d'être né », Cioran évoque ce qui met l'acteur à distance de l'acte aussi sûrement que le comédien joue parfaitement son rôle tout en pensant à autre chose. Ce déclencheur de distance, Cioran l'assimile à une « connaissance ». Une connaissance si « pure » et si puissante qu'elle désactive toute valeur de la plupart des actes dans lesquels nous nous engageons.
Notons que ce n'est pas du point de vue éthique que se place ici l'auteur, mais plutôt du point de vue du « hussard sur le toit » pour lequel le réel se traduit par une agitation urgente et périlleuse, fût-elle traversée par des apparences de grand calme. Dès lors, intervenir ou ne pas intervenir est tout un, et relevant plus de la nécessité que de la volonté. Pourquoi alors adhérer à ce qu'on fait ou ne fait pas puisque tout dépend des circonstances ? Relativisme dangereux sans doute. Et c'est pour cette raison que celui que Cioran appelle « le connaissant » prend bien soin de se tenir à distance, tellement à distance qu'il est à la fois « vivant et non-vivant », dans l'ailleurs des observateurs lointains, dans l'être et le « souvenir d'être », dans cette sécession invisible puisque le réel tout agité à se réguler comme il peut ne s'occupe de l'observateur que si celui-ci, d'une manière ou d'une autre, prend part à l'agitation commune.
Et puisque cette agitation est pérenne (l'humain croît, se multiplie et s'agite d'autant plus qu'il croît et se multiplie), tout acte s'inscrit dans la chaîne des actes dont l'observateur constate la funeste efficacité. L'à quoi bon devient dès lors l'alibi de la distance nécessaire et cette distance abolit toute valeur du présent en faisant de l'acte (eût-il des faux airs d’événement) un maillon d'une chaîne de causes stupides et de conséquences idiotes, tellement prévisible qu'elle apparaît déjà inscrite dans le temps, déjà passée comme si la seule vérité qui soit, c'est que l'humain, quoi qu'il fasse, court à sa perte.

 

4.
Cioran écrit souvent que la « catastrophe », ce n'est pas la mort mais la naissance, supposant même une « peur » originelle qui, dit-il, « remonte à notre premier instant ». Autrement dit, vivre, c'est apprendre à maîtriser cette fameuse peur liée, selon Cioran, à la constitution du réel dans la conscience du sujet.
Si la naissance est une « catastrophe », la « source de toutes les infirmités et de tous les désastres », les religions sont donc bien étranges et hostiles au bonheur humain. C'est vrai qu'en louant la naissance comme une bénédiction, la vieillesse comme une sagesse et la mort comme un passage, on a tout de même l'impression que prêtres et curés se fichent de nous.

 

5.
On peut se demander, lisant Cioran, si un absolu du Mal (l'absolu n'étant jamais qu'une fascination) qui, parce qu'il est tout aussi vivace et incarné que l'absolu du Bien (l'absolu n'étant jamais qu'une compensation), serait tout aussi efficace dans la manière dont les politiques (les démagogues) conduisent les peuples à leur perte nécessaire.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 27 novembre 2025.

26 novembre 2025

ON NOUS ANNONCE LE MIEUX PREVOYONS LE PIRE

ON NOUS ANNONCE LE MIEUX PREVOYONS LE PIRE

 

1.
L'art du politique est parfois de faire passer des décisions honteuses pour de généreuses libéralités. C'est donc la nécessité du cynisme qui caractérise bien des puissants de ce monde. Les plus cyniques étant souvent les plus autoritaires, les moins cyniques étant aussi les plus démocrates.

 

2.
La légalisation de certains stupéfiants est un problème difficilement soluble et sans doute un défi sociétal majeur. Quel produit autoriser ? Quel produit interdire ? La légalisation des uns empêchera-t-elle le commerce illégal des autres ? Je n'en suis pas certain. Le plus étonnant est que beaucoup de ces politiques si prompts à exiger des mesures très coercitives et punitives semblent ignorer que dans leur propre parti, voire parmi leurs proches, l'usage de ces produits est moins rare qu'ils le croient ou feignent de le croire.

 

3.
« On le voit déjà s'esquisser : l’expérience du virtuel va venir fusionner avec celle du réel. » Ce propos de Laurent Le Bon relevé dans un article du « Point », publié le jeudi 23 octobre 2025, sur l'avenir des musées (« C'est quoi, un musée du XXIème siècle ? ») m'agite la caboche d'images de science-fiction (réminiscences d'images de films ou de bandes dessinées). J'ai du mal à m'en réjouir car, bien que je sache qu'il y a là progrès certain dans le domaine de la culture comme dans celui de la médecine, je m'interroge sur les limites démocratiques de cette fusion annoncée qui, n'en doutons pas, concernera bien d'autres domaines. On nous annonce le mieux, prévoyons le pire.

 

4.
Une gauche humaniste est une illusion aussi puissante que le mirage d'une droite honnête. Seuls les individus sont capables d'agir moralement, pas les partis.

 

5.
L’expérience donna un résultat paradoxal.
Refaite et refaite, elle donne toujours le même résultat.
Ce résultat contredit ce que nous savons des lois.
Notre connaissance est donc incomplète.
Cependant, le résultat est si paradoxal qu'il revient à dire que de deux propositions contraires, l'une au moins est vraie (ou n'est pas fausse).
C'est ainsi que la somme des parties est plus grand que l'ensemble des parties.
C'est ainsi que se multiplient les infinis.
C'est ainsi que, tant que nous ne voyons pas le chat, nous ne savons pas si le chat est mort ou vivant et que, pour soi, dans les hypothèses que nous faisons sur l'état du chat, les deux états sont superposés : le chat est à la fois mort et vivant. Le chat invisible et mortel est un être fantôme.
Le chat pourrait-il être vivant ici et mort là-bas ?
Je sais que le chat est vivant ; mon cousin qui habite très loin, comment peut-il savoir que le chat est vivant ? (Après tout, il n'est pas obligé de me croire, d'autant qu'il peut aussi douter de mon existence). 
Et cependant, le regard de l'observateur semble influer sur le comportement de ce qui est et qui est à fois existant et non-existant.
Ce qui paradoxalement semble indiquer qu'il y a bien quelque chose plutôt que rien, ce quelque chose fût-il fantôme, fût-il indéterminé, ce quelque chose ne fût-il que langage ou code (ce n'est pas nous qui sommes codés, c'est nous qui codons).
L'arbitraire du signe est donc bien puissant. Le nom prouve l'être (le nom est le « nom de l'être ») et l'indétermination du référent. Le nom invente le réel, c'est-à-dire qu'il le trouve, le nomme, le spécule, le met en œuvre. Et vous voulez que cela ait un sens en soi ? Cela signifie, et c'est déjà immense.
Je vais laver mon linge.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 novembre 2025.

23 novembre 2025

ÇA S'DIT-I ÇA OU ÇA S'DIT-I PAS ?

ÇA S'DIT-I ÇA OU ÇA S'DIT-I PAS ?

 

1.
« Je vais d'abord me moucher, parce que j'en ai besoin ; et ensuite, puissamment aidé par ma main, je reprendrai le porte-plume que mes doigts avaient laissé tomber. »
(Isidore Ducasse, « Les Chants de Maldoror » [le narrateur])

 

Contrairement à l'oiseau que l'on nomme paon (et s'il a pris l'habitude de se tenir près d'un mur, on l'appelle le paon de mur), le porte-plume n'appelle ni Léon, ni Léone. Je note aussi que le fait de se moucher est tout à fait indépendant du geste de reprendre le porte-plume que les doigts du narrateur ont laissé tomber dans la phrase. 

 

2.
22.11.2025. Il y a quelques temps, POTUS Trump menaçait la Russie de sanctions lourdes et laissait planer la menace d'un nouvel apport d'armement à l'Ukraine puis maintenant, le « chien qui n'a pas aboyé » des fameux EpsteinFiles laisse jusqu'à jeudi au président Zelensky pour accepter que l'Ukraine se laisse dévorer toute crue par Poutine. C'est à douter sérieusement de la sincérité de Trump, et la question de nouveau se pose : Donald Trump n'est-il pas autre chose que la marionnette des services russes ?

 

3.
« […] il y a de même, eu égard à la meilleure constitution d'un État, des bornes à l'étendue qu'il peut avoir, afin qu'il ne soit ni trop grand pour pouvoir être bien gouverné, ni trop petit pour pouvoir se maintenir par lui-même. »
(Rousseau, « Du Contrat social », II,9)

 

2025. La situation actuelle de ces énormes pays que sont la Russie et les Etats-Unis semble donner raison à Jean-Jacques Rousseau.
L'immense Russie de Poutine est vide et tente donc par la force et la guerre hybride de pousser à l'Ouest dans l'espoir de se repeupler afin de pouvoir continuer à se développer et accéder au statut d'hyperpuissance.
L'hyperpuissance américaine est actuellement dirigée par un homme, Donald Trump, qui éprouve le plus grand mal à faire autre chose que de gouverner par la puissance du dollar. L’exemple démocratique américain pâlit au profit d'une oligarchie qui s’accommoderait fort bien d'un autoritarisme libéral économiquement, ultra-conservateur politiquement et entretenant de bons rapports (bizness oblige) avec les dictatures chinoise et russe. Dès lors, peut-on dire que les Etats-Unis sont bien gouvernés ? C'est que cette accession au pouvoir d'une oligarchie trumpienne s'apparente à un droit du plus fort, lequel ne peut, tôt ou tard, que rentrer en guerre contre aussi fort que lui qui  menacerait ses intérêts (bizness oblige). 

 

4.
« Sweeney trouva Dieu sur un banc – toujours le même. Il lui parut plus vieux, plus loqueteux que jamais. Peut-être était-ce dû au fait que lui, Sweeney, avait retrouvé un aspect correct. »
(Fredric Brown traduit par C. Grégoire, « La Belle et la bête »)

 

Je n'ai jamais trouvé Dieu sur un banc. Je ne pense pas – à Dieu ne plaise!- qu'un jour je trouverai Dieu sur un banc. Maintenant, Dieu pourrait être un clochard qui se fait appeler Dieu. C'est qu'il y en a beaucoup maintenant dans nos villes des qui font la manche.

 

5.
Vu récemment le film « Fallait pas », de Gérard Jugnot (1996). Comédie classique avec leçon d'humanisme et bons sentiments. Jean Yanne y est excellent en gourou escroc mystico-meurtrier assez dingo pour faire exploser une station-service sous prétexte qu'à la caisse l'employé refuse de lui donner le cadeau (c'est la nuit, la boutique est fermée) auquel la somme de ses points promos lui donne droit. 
Dans le genre comique, ai vu aussi « Elle voit des nains partout », de Jean-Claude Sussfeld (1982). Parodie assez acide des contes de fée avec plein de trouvailles frisant le surréalisme et Zabou en Blanche-Neige délurée. La multiplication par quelque fée maladroite des clones du Prince Charmant (interprété par Martin Lamotte), ah en voilà du cocasse gondolant ! 

 

6.
Heureusement que nous ne sommes pas hier car alors je serais encore plus en retard sur ce que je devais faire aujourd'hui et que je ne ferais peut-être pas demain non plus.

 

7.
Quand on s'aperçoit qu'on s'a gouré, il est inutile de se mettre le doigt dans l’œil. C'est dangereux qu'ça éborgne et fait mal. Ne vous couvrez pas non plus de cendres. C'est salissant. Dites-vous que vous vous avez gouré et, si c'est possible, passez à autre chose en allant vous faire cuire un œuf.

 

8.
« Et l'autre personne il y avait de ça des années qui surveillait le maître de sa fenêtre... »
(Robert Pinget, « Passacaille »)

 

Et l'autre qui n'était pas lui parce qu'il était autre
L'autre avec son masque sans masque son visage sans visage l'autre
Personne ne savait qui il était puisque tous connaissaient son nom.

 

Il avait d'ailleurs un nom difficile à oublier dont je ne me souviens pas Il
Y avait aussi des caramels mous mais nul ne s'en soucia Il y
Avait des romans que nul ne lisait plus et
De la marmelade maritime qui mollement marinait.

 

Ça s'dit-i ça ou ça s'dit-i pas ?
Des parapluies planent dans le ciel, des jeunes filles les attrapent et les
Années passent et les jeunes filles tombent en poudre.
Qui c'est qu'a dit qu'ça s'dit pas ? Et l'autre là qui
Surveillait ses saucisses que si jamais ses saucisses s'échappaient
Le temps qui n’existe pas ne saurait les rattraper.

 

Maître maître dit alors le muet affolé parce qu'il était sourd 
De quoi de quoi fit alors le maître de sa saucière d'où pendait une louche bien pendue
Sa fenêtre alors et sans rapport perdit les eaux et de sa
Fenêtre naquit une flottille de parapluies qui bientôt s'égailleront joyeux  joyeuses dans le ciel pluvieux. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 23 novembre 2025.  

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