VERLAINE ET AUTRES
VERLAINE ET AUTRES
« Verlaine et les poètes symbolistes », Classiques Larousse. J'aime bien ces fascicules anciens à l'usage des scolaires qui permettent de redécouvrir quelques vers fameux et d'autres d'auteurs souvent délaissés. Cela commence par Verlaine, et sa musique, souple et légère, ritournelle, ballerine :
« Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone. »
(« Chanson d'automne »)
Fantaisie des « Fêtes galantes » et mélancolie à virtuosité des « Romances sans paroles » :
« Pierrot, qui n'a rien d'un Clitandre,
Vide un flacon sans plus attendre,
Et, pratique, entame un pâté.
(« Pantomime »)
« L'abbé divague – Et toi, marquis,
Tu mets de travers ta perruque.
- Ce vieux vin de Chypre est exquis,
- Moins, Camargo, que votre nuque. »
(« Sur l'herbe »)
« O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
O le chant de la pluie ! »
(« Il pleure dans mon cœur »)
« Quoi donc se sent ?
L'avoine siffle ;
Un buisson gifle
L’œil au passant. »
(« Charleroi »)
Et ce bijou du recueil « Sagesse » : « Le ciel est par dessus le toit... » :
« Le ciel est par-dessus le toit
Si bleu, si calme !
Un arbre par-dessus le toit
Berce sa palme. »
Cette leçon aussi :
« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »
(« Art poétique »)
Virtuosité des assonances :
« C'est à cause du clair de lune
Que j'assume ce masque nocturne
Et de Saturne penchant son urne
Et de ces lunes l'une après l'une. »
(« A la manière de Paul Verlaine »)
Tout aussi virtuose, et plus influent sur ce que sera la poésie du vingtième siècle, Rimbaud :
« Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou. »
(« Ma bohème »)
Et l’extraordinaire sonnet des « Voyelles » :
« Golfes d'ombres ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes. »
Quant à Mallarmé, parfois, des éclats :
« Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux. »
(« L'azur »)
« Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change »
(« Le tombeau d'Edgar Poe »)
« Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne »
(« Le vierge, le vivace et le bel... »)
Auto-dérision de Laforgue :
« Ah ! qu'est-ce que je fais, ici, dans cette chambre !
Des vers. Et puis, après ! ô sordide limace !
Quoi ! la vie est unique, et toi, sous ce scaphandre,
Tu te racontes sans fin, et tu te ressasses !
Seras-tu donc toujours un qui garde la chambre ? »
(« Complainte d'un autre dimanche »)
Le lillois Albert Samain :
« Mon enfance captive a vécu dans les pierres,
Dans la ville où, sans fin, vomissant le charbon,
L'usine en feu dévore un peuple moribond :
Et pour voir des jardins je fermais les paupières... »
(« Mon enfance captive... »)
Autre virtuose : Henri de Régnier.
« La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu
Sur le jardin frais et dormant ; »
(« Le jardin mouillé »)
« Elle est sans souvenirs de sa vie immobile,
Elle n'a ni grandeur, ni gloire, ni beauté ;
Elle n'est à jamais qu'une petite ville,
Elle sera pareille à ce qu'elle a été. »
(« Ville de France »)
Patrice Houzeau
Malo, le 16 avril 2026.