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BREFS ET AUTRES

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16 avril 2026

VERLAINE ET AUTRES

VERLAINE ET AUTRES

 

« Verlaine et les poètes symbolistes », Classiques Larousse. J'aime bien ces  fascicules anciens à l'usage des scolaires qui permettent de redécouvrir quelques vers fameux et d'autres d'auteurs souvent délaissés. Cela commence par Verlaine, et sa musique, souple et légère, ritournelle,  ballerine :

 

« Les sanglots longs
    Des violons
    De l'automne
Blessent mon cœur
    D'une langueur 
    Monotone. »
(« Chanson d'automne »)

 

Fantaisie des « Fêtes galantes » et mélancolie à virtuosité des « Romances sans paroles » :

 

« Pierrot, qui n'a rien d'un Clitandre,
Vide un flacon sans plus attendre,
Et, pratique, entame un pâté.
(« Pantomime »)

 

« L'abbé divague – Et toi, marquis,
Tu mets de travers ta perruque.
- Ce vieux vin de Chypre est exquis,
- Moins, Camargo, que votre nuque. »
(« Sur l'herbe »)

 

« O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
O le chant de la pluie ! » 
(« Il pleure dans mon cœur »)

 

« Quoi donc se sent ?
L'avoine siffle ;
Un buisson gifle
L’œil au passant. »
(« Charleroi »)

 

Et ce bijou du recueil « Sagesse » : « Le ciel est par dessus le toit... » :

 

« Le ciel est par-dessus le toit
    Si bleu, si calme !
Un arbre par-dessus le toit
    Berce sa palme. »

 

Cette leçon aussi :

 

« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »
(« Art poétique »)

 

Virtuosité des assonances :

 

« C'est à cause du clair de lune
Que j'assume ce masque nocturne
Et de Saturne penchant son urne
Et de ces lunes l'une après l'une. »
(« A la manière de Paul Verlaine »)

 

Tout aussi virtuose, et plus influent sur ce que sera la poésie du vingtième siècle, Rimbaud : 

 

« Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou. »
(« Ma bohème »)

 

Et l’extraordinaire sonnet des « Voyelles » :

 

« Golfes d'ombres ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes. »

 

Quant à Mallarmé, parfois, des éclats :

 

« Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux. » 
(« L'azur »)

 

« Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change »
(« Le tombeau d'Edgar Poe »)

 

« Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne »
(« Le vierge, le vivace et le bel... »)

 

Auto-dérision de Laforgue :

 

« Ah ! qu'est-ce que je fais, ici, dans cette chambre !
Des vers. Et puis, après ! ô sordide limace !
Quoi ! la vie est unique, et toi, sous ce scaphandre,
Tu te racontes sans fin, et tu te ressasses !
Seras-tu donc toujours un qui garde la chambre ? »
(« Complainte d'un autre dimanche »)

 

Le lillois Albert Samain :

 

« Mon enfance captive a vécu dans les pierres,
Dans la ville où, sans fin, vomissant le charbon,
L'usine en feu dévore un peuple moribond : 
Et pour voir des jardins je fermais les paupières... »
(« Mon enfance captive... »)

 

Autre virtuose : Henri de Régnier.

 

« La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu
Sur le jardin frais et dormant ; »
(« Le jardin mouillé »)

 

« Elle est sans souvenirs de sa vie immobile,
Elle n'a ni grandeur, ni gloire, ni beauté ;
Elle n'est à jamais qu'une petite ville,
Elle sera pareille à ce qu'elle a été. »
(« Ville de France »)

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 avril 2026.

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15 avril 2026

TRUMP VA-T-IL PROVOQUER UNE RECESSION MONDIALE ?

TRUMP VA-T-IL PROVOQUER UNE RECESSION MONDIALE ?

 

1.
14 avril 2026. Je songe aux étudiants torturés et assassinés par les Gardiens de la Révolution et je ne peux m'empêcher de penser que Trump n'est pas venu à leurs secours. Non, définitivement non. Trump n'est qu'un gangster qui a voulu s'accaparer du pétrole iranien. Mais comme il est con comme une table, il a envoyé l'hyperpuissance américaine dans le mur (et ça coûte des sous, beaucoup de sous).

 

2.
On dit que JD Vance est très cultivé. S'il en est réellement ainsi, JD Vance devrait expliquer au POTUS Trump ce que nous appelons en France une « victoire à la Pyrrhus ». Je crois que le sens du mot « victoire » n'est pas très clair dans l'esprit du POTUS Trump. 

 

3.
Je n'aime pas que l'on m'oblige. J'ai plus de 60 berges et personne ne m'a jamais vraiment obligé à. Sauf le président Macron. Je n'apprécie pas. Pas du tout.

 

4.
Que le POTUS Trump fiche la paix au Pape Léon XIV. Que je sache, le Pape n'est pas suspecté d'avoir violé une gamine de quatorze ans et n'a jamais fricoté avec cette ordure d'Epstein.

 

5.
La misère de ce monde : la monnaie de notre pièce. A qui devons-nous cette dette ? En tout cas, quelque chose me dit que nous sommes loin d'avoir fini de la payer.

 

6.
La surpopulation est la mère des guerres à venir.

 

7.
Ce ne sont pas les dieux qui ont soif, ce sont les hommes. Et leur soif est inextinguible et les conduit à leur perte. 

 

8.
Pour nous, l'Occident, le pays de l'avenir, grâce au président Zelensky, c'est l'Ukraine. En conséquence, nous devons tout mettre en œuvre pour aider l'Ukraine à vaincre les forces armées russes et contenir l'expansionnisme poutinien. Cela passera par un plan Marshall qui fera de l'Ukraine non seulement un allié fiable mais aussi un partenaire commercial. 

 

9.
Ce n'est pas parce que je n'aime guère les bourgeois, que je ne vote pas,   préfère Aragon à Sarkozy, que je suis prêt à avaler toutes les couleuvres que les zélateurs des BRICS et autres assolés poutiniens voudraient me faire avaler. 

 

10.
Chose vue à Dunkerque : un très vieux militant de l'OCI (tout le monde le sait et tout le monde s'en fout) aidant à marcher un aussi vieux que lui et ne cachant guère ses sympathies pour le RN. Difficile d'imaginer que ces deux  -là puissent se mettre sur la figure. Et pourtant, c'est ce que voudraient certains politiques...

 

11.
15 avril 2026. Par son blocus du détroit d'Ormuz, Trump cherche-t-il à asphyxier le régime des mollahs ? Cette pression a-t-elle pour but d'obliger l'Iran à revenir à la table des négociations ? Trump envisage-t-il de mettre en  place un péage pour tout navire iranien passant le détroit ?
Il ne faudrait pas que le blocus du détroit d'Ormuz par l'hyperpuissance américaine dure trop longtemps. Les prix des carburants s'envolant, cela pourrait entraîner une hausse générale des prix, une baisse de la production, une hausse du chômage et, pour ce qui est relations internationales, des conséquences néfastes et incalculables. Quelle sera dans les prochains jours la position de la Chine, principal et quasi unique importateur de pétrole iranien ? 

 

12.
Le monde est surpeuplé sauf la Russie qui, faute de main d’œuvre, peine à se développer (d'autant que Poutine s'est lancé dans une politique expansionniste et une sale guerre en Ukraine qui coûtent les yeux de la tête aux Russes). Et on ne peut pas dire que ça se bouscule au portillon pour y aller vivre, au pays de Poutine.

 

13.
WW3 2026. Il y a actuellement trois conflits majeurs en cours (j'entends par « majeurs » des conflits qui ont une influence sur les relations internationales, l'équilibre des forces, l'économie du monde) :
- la sale guerre de Poutine en Ukraine
- le conflit entre Israël et ses ennemis déclarés (Hamas, Hezbollah, Iran)
- le conflit entre l'hyperpuissance américaine et la République Islamique d'Iran.
Ces trois conflits sont-ils en fait les épisodes d'une guerre mondiale en cours ? C'est ce que je me demande.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 avril 2026.

15 avril 2026

DU MOT CARPE EN KOBAÏEN

DU MOT CARPE EN KOBAÏEN

 

« Et j'ai alors la très nette impression qu'il connaît le mot « carpe » dans toutes les langues qui se parlent sur cette terre,... »
(Richard Brautigan, « Le temple de la carpe » in « Tokyo-Montana Express ») 

 

La phrase de Richard Brautigan, je parle ici de sa traduction française par Robert Pépin car je ne sais pas que « carpe » se dit « carp » en anglais, cependant que je ne doute pas que l'anglais « carp » soit aussi utilisé en américain que la poêle à frire est utilisée par tous ceux qui se font des œufs sur le plat (qu'ils soient français, anglais ou américains), 

 

cette phrase où le narrateur évoque la connaissance du mot « carpe » « dans toutes les langues » (sauf celles qui n’existent pas, celles qui sont parlées par les êtres parlants des autres planètes, si ces êtres parlent des langues que l'on parle avec la langue, et le kobaïen, langue-musique de Magma) évoque aussi le « pays des Esquimos » 

 

en soulignant qu'il n'y a pas de carpes au pays des Esquimos « mais seulement des icebergs et autres trucs de ce genre » et je ne sais pas ce que Brautigan veut dire par « autres trucs de ce genre », c'est-à-dire du genre des icebergs 

 

car il est clair que les phoques et les ours polaires ne sont pas des icebergs, ni les igloos, ni les lunettes fumées, ni les saumons fumés, ni les saucisses fumées, ni aucune fumée de ce monde voué à disparaître en fumée, et je ne parle pas non plus des juments blanches.

 

Note : J'ignore s'il existe un lexique kobaïen traduisible en français et il se pourrait que cette langue fonctionnât comme un ensemble de signes sans référents, un solfège de syllabes, une langue-musique donc, dont la fonction serait purement orchestrale, partition vocale (existe-t-il une pièce a cappella  en kobaïen?) induite par les nécessités rythmiques des compositions.
Selon l'entrée « Kobaïen » de Wikipédia, la syntaxe du kobaïen « demeure largement incomplète et son lexique toujours en cours d'élaboration ». La note 3 de l'entrée reprend des propos de Christian Vander, batteur et compositeur du groupe de rock progressif Magma, qui précisent, je cite : « Le kobaïen ne prétend pas être une langue nouvelle, structurée comme l'espéranto. Ses mots me viennent à chaque fois que je compose. Elle renaît un peu d'un morceau à l'autre. » (« Sud Ouest, 1er novembre 20217, propos recueillis par Christophe Loubes).
Impossible de savoir comment se traduit le mot « carpe » en kobaïen.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 avril 2026.

14 avril 2026

SANS EVOQUER LE SAXOPHONE HANTÉ

SANS EVOQUER LE SAXOPHONE HANTÉ   

 

1.

« A la droite de Pognel et d'Objat se devinent les traces d'un kiosque à musique fantôme. »
(Jean Echenoz, « Envoyée spéciale »)

 

A cette heure-ci, je ne vois pas pourquoi j'évoquerais le saxophone hanté.
La musique appelée jazz me plaît bien mais depuis que je suis sourd, à quoi bon ? A la
Droite du saxophone hanté ne se tient pas la statue du Commandeur, ni aucune jeune fille en short moulant et à la langue passant lentement sur ses lèvres, ni spectre d'opéra.
De ce saxophone hanté, à la fin, que voulez-vous que je vous dise ? 
Pognel, non, je ne le connais pas
Et celui qui répond (ou plutôt ne répond pas) au nom
D'Objat, je ne le connais pas plus. Ce sont des personnages d'un roman de Jean Echenoz intitulé « Envoyée spéciale » et dont j'ai lu quelques pages et quelques pages encore parce que je ne le trouve guère palpitant bien que riche en informations, si riche en informations que cela pourrait en devenir fascinant (il suffit pour cela de se laisser fasciner, les romans et les jolies filles s'y entendent assez à ce jeu de la fascination). Les dictionnaires eux aussi sont riches en informations et je ne m'y intéresse pas plus qu'à « Envoyée spéciale », de Jean Echenoz, dont j'ai trouvé excellent le « Courir », fiction vivace dont le personnage central, Emile, est le double fictionnel du coureur légendaire Emil Zatopek. 
Se trouve aussi que « Courir » figure dans la liste des œuvres qu'un enseignant de lycée professionnel en lettres-histoire peut, cette année et en 2026-2027 encore, faire étudier à ses classes de terminale dans le cadre du programme dit « limitatif » et portant sur la problématique suivante : « Rythmes et cadences de la vie moderne : quel temps pour soi ? ». Que se
Devinent encore des traces, cela regarde les enquêteurs, les historiens, les fétichistes de la trace. 
Les traces ici devinées n'ont aucun rapport avec le saxophone hanté, la statue du Commandeur, la jeune fille en short moulant dont le spectre d'opéra murmure le prénom, la nuit, dans le long couloir et de longs soupirs, pour faire peur, comme dans un film de Dario Argento. Ces
Traces, ce sont peut-être juste les lignes qui émergent de la structure
D'un objet couvert de brume, un
Kiosque par exemple, une statue de Commandeur, un opéra
A spectres vengeurs, bref, quelque chose dont la
Musique est absente,
Fantôme tout à fait. 

 

2.

Défois je les regarde et ils existent. Je tourne l’œil et ils n’existent plus. C'est ce que je crois, qu'ils n’existent plus. Mais je sais que quand même qu'ils existent.

 

3.

« Des romances sans paroles ont,
D'un accord discord ensemble et frais,
Agacé ce cœur fadasse exprès ;
O le son, le frisson qu'elles ont ! »
(Verlaine, « A la manière de Paul Verlaine »)

 

Le son parfois fait frissonner. Les thrillers, par exemple, sont des œuvres de fiction qui distillent suspense et appréhension, même que le lecteur ou le spectateur, il va jusqu'au bout du roman ou du film pour voir si vraiment elle va s'en sortir, la jeune fille innocente en proie au Mal incarné, au serial killer hyper-vivace, au sans scrupules assassin. Dans les thrillers de cinoche, il y a souvent des musiques angoissantes, des soupirs dans la nuit, des murmures étranges. Verlaine n'écrivait pas de thrillers ; il écrivait des poésies. Il a eu bien des tourments, Verlaine. Était-ce un type bien ? Je ne crois pas. Un pauvre type ? Peut-être bien. Il écrivait des poésies.

 

4.

Le roman « Envoyée spéciale », de Jean Echenoz, me fait penser à un recueil de miscellanées reliées par un fil narratif à la vraisemblance relative. Du « Nouveau roman » avec moins d'obsessions et plus d'humour.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 avril 2026.

 

12 avril 2026

DEDANS PARMI SOI DANS LE PASSÉ ET L'ETRANGE 

DEDANS PARMI SOI DANS LE PASSÉ ET L'ETRANGE 

 

1.
« Vous allez vers l'eau, Mademoiselle ? Vous pensez qu'elle est dedans ? »
(Henry James, « Le Tour d'écrou » [Mrs Grose à la narratrice])

 

« Dedans » est une préposition. Dedans les choses il y a d'autres choses, et dedans ces autres choses, il y a encore d'autres choses et cela jusqu'à l'infiniment petit.
Parfois les personnages de romans vont vers l'eau. Dans « Le Tour d'écrou », de Henry James, c'est inquiétant. Sinon, les gens vont vers l'eau pour se baigner, contempler la mer, la mer toujours recommencée, ou prendre l'air du bord de mer, ou vérifier quelque chose au bord du lac.
Dedans la mer, comme dedans le lac, il y a des choses, il y a des êtres. Il y a même une Dame du Lac laquelle, - je le sais grâce au Kaamelott d’Alexandre Astier, apparaît au Roi Arthur pour lui confier des missions, ses doutes et ses mécontentements, et lui a même une fois offert « un genre de cake », qui n'était pas magique, juste pour la route. Seul le Roi Arthur peut voir et entendre La Dame du Lac, ce qui épate et étonne bien des chevaliers dits de la Table Ronde. 

 

2.
Dans une traduction du roman « Témoin indésirable » (« Ordeal by Innocence », 1958), d'Agatha Christie, je trouve cette plaisante coquille : 
« -Je suis heureuse que vous soyez parmi vous. Du moins peut-on parler de certaines choses », dit au chapitre XVIII Hester à Philip.
Ah, certes, être parmi soi permet de multiplier les sujets.
Quant au personnage de Philip, il confirme son statut de pilote accidenté par cet épatant propos, je cite : « Oui. Là-haut, très haut, planant sur le monde, comme un plateau à thé dans le ciel ! ».

 

3.
2026. La chanson « White Feather Hawk Tail Deer Hunter », de Lana Del Rey est certainement une des plus étranges chansons du moment. On pense à certaines pièces de l'immense Kate Bush, à certaines expérimentations psychédéliques, à la musique des péplums des années 50. On y entend les paroles suivantes :
« I've just baking, waitin' on a spirit hunter
I got a nicotine patch for the summer
Yeah, I'm a ghost, doesn't mean I feel nothin' ».
Le clip qui l'illustre est assez curieux lui aussi. Il y est question de « chasseur de cerfs », de « plume blanche », de « queue de faucon », de four, d'été et de neige. Étrange. Intéressant. Beau.

 

4.
Je suppose que c'était un sérieux, ce grand diabolo menthe et glaçons qu'une demoiselle commanda dans un café de Maubeuge (en 1992, je pense, à la terrasse du Mabuse). Il faisait très chaud. Caniculaire.
Je songe – ah mélancolie – que la demoiselle de 1992 doit avoir la cinquantaine maintenant. Les canicules reviennent ; les demoiselles aussi, nouvelles, buvant de grands diabolos menthe et vouées à passer.

 

5.
Notation du mois de mars 2026. Ciel blanc. Brume dans les rues proches de la mer. A 16 heures et des brouettes, ça étonne. On se demande si cela vient de l'océan ou de la pollution. Dunkerque.
L'élève a dormi une bonne partie du cours. Quand il s'est réveillé, il s'est plaint d''avoir mal à la tête.
Quelques jours plus tard, des élèves se sont plaint de maux de ventre. Gastro ? Quelques collègues évoquent régulièrement des maux de tête. Ordinateurs ? Pollen ? 12 avril 2026. Vacances de printemps. J'entends sur France Inter « White Feather Hawk Tail Deer Hunter » de Lana Del Rey, et je m'épate.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.

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12 avril 2026

EN ATTENDANT LA DEFAITE DE VIKTOR ORBAN

EN ATTENDANT LA DEFAITE DE VIKTOR ORBAN

 

1.
Il est faux de dire que les politiques n'en fichent pas une. En fait, les politiques (en tout cas, la plupart) travaillent beaucoup, énormément. Et c'est là le plus fascinant. Travailler autant pour dire et faire autant d'âneries, cela relève du prodige.

 

2.
Beaucoup de gens vont voter Bardella en 2027 parce qu'ils s'imaginent que Bardella va bouter Mohamed hors de France. Ils ne réfléchissent pas au fait que ce n'est pas Bardella qui leur préparera leur kebab quand ils vont manger un kebab et pas Bardella non plus qui sera sur les chantiers à construire leur maison. Justement, me disent-ils, nous, on préférerait que ce soit Kevin qui nous prépare le kebab et Théo qui nous construise la maison. Sans blague, et vous croyez réellement qu'il y aura autant de kebabs et de maçons quand, dans un premier temps, Bardella va bouter Mohamed hors de France ?
Du reste, je n'y crois pas. Bardella fera comme Georgia Meloni en Italie. D'abord, il expulsera puis, devant les demandes, qui ne manqueront pas d'être insistantes, des grandes entreprises, il en fera venir des étrangers et Mohamed reviendra parce que les sous-traitants auront besoin de main d’œuvre et que le capitalisme ne peut se passer du travail clandestin.

 

3.
La gauche est une manière d'accommoder la soumission du citoyen aux nécessités de l’État.
La droite est une manière d'accommoder la soumission du citoyen aux nécessités de la production.
La démocratie libérale est une manière d'accommoder des règles acceptables (ou qui paraissent comme telles) qui fixent les degrés de soumission du citoyen aux nécessités de l’État comme aux nécessités de la production.
C'est le « en même temps » du président Macron.
Y a-t-il une autre solution ?
Non, les autres systèmes, de gauche comme de droite, tombant invariablement dans l'autoritarisme et la dictature.
Est-ce désespérant ? Même pas, les crétins ne comprenant pas ce qui leur arrive et les gens intelligents se débrouillant soit pour contrôler le politique, soit pour en subir le moins possible les conséquences.

 

4.
12 avril 2026. Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine et l'économie russe n'est vraiment pas au beau fixe. Trump va perdre les midterms et la glauque affaire Epstein pourrait quelque jour l'envoyer pour longtemps en prison. Netanyahou finira par être désavoué et devra sans doute répondre de bien des errements devant la justice. On dit que Orban pourrait être battu aux élections de ce jour. Quatre hommes puissants et très très riches qui vont finir dans les poubelles de l'Histoire. Pourquoi ? Parce que quoique puissants et très très riches, ce sont avant tout des bandits, des corrompus, des voyous, voire des pervers et qu'ils sont en plus d'une bêtise crasse, vraiment crasse.

 

5.
12.04.2026. LCI est formidable. Pendant des semaines, certains experts de plateau s'interrogeaient sur les atermoiements de Trump face au régime des mollahs, nous expliquant que l'hyperpuissance américaine ne ferait qu'une bouchée de l'Iran incapable de se défendre (peu de missiles en bon état de fonctionnement, ai-je même entendu dire) et maintenant que le détroit d'Ormuz est bloqué et que les forces iraniennes se sont montrées capables de frapper durement et dans la durée bien des pays du Golfe et Israël lui-même, les mêmes experts en appellent aux négociations et parlent de l'hyperpuissance américaine comme d'un mythe, une illusion. Le plus étonnant étant l'inénarrable Gérard Araud, citant à l'appui de ses arguments diplomatiques les affirmations de Tulsi Gabbard, qui passe partout pour l'une des figures de l'administration Trump des plus influencées par Poutine et sa propagande.

 

6.
12 avril 2026. Voilà ce qu'il en coûte de confier à Trump les clés de l'hyperpuissance américaine ; il finit par frapper l'Iran comme un sourd mais sans réelle efficacité : pas de changement de régime, pas de levée en masse de la population, et même pas de soulèvement armé dans les provinces séparatistes. Il le fait exprès ou il est réellement d'une incompétence abyssale ? 

 

7.
12 avril 2026. Sur le papier, vu d'Occident, avant même la proclamation des résultats, Orban est battu face à Peter Magyar. Oui, mais qui sait quel est l'état d'esprit de l'électorat des campagnes ? Quel est le niveau des fraudes électorales ? Des achats de votes ? Des accords locaux avec des notables puissants et influents ? Et quand bien même, Orban acceptera-t-il si facilement sa défaite ? Ne va-t-il pas être tenté par un coup de force, quitte à demander l'aide de Poutine et des forces armées russes ? 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.

 

12 avril 2026

LE THE LA GRECE ET LES GENS ORDINAIRES

LE THE LA GRECE ET LES GENS ORDINAIRES

 

1.
« C'est une salle nue, sans calligraphie ni ustensile, aussi nous contenterons-nous de thé en ce soir d'inauguration. »
(Yasushi Inoué, « Le Maître de thé », [Monsieur Uraku])

 

Je lis que parmi les légendes sur l'origine du thé, il y en a une qui dit qu'un moine bouddhiste se serait endormi après avoir médité neuf ans devant un mur. Méditait-il devant un mur et sur le mur ou méditait-il devant un mur sur tout autre chose (la sottise et les inconséquences de nos politiciens par exemple) ? Au réveil, de dépit, il se coupa les paupières pour ne plus s'endormir. Les paupières tombées sur le sol y donnèrent naissance au théier. C'est que le thé, comme le café, empêche de dormir. On ne sait pas ce que le thé et le café font quand nous ne dormons pas. Peut-être nous observent-ils et parient sur l'affolement de nos pensées ?

 

2.
« She came from Greece she had a thirst for knowledge
She studied sculpture at Saint Martin's College »
(Jarvis Cocker, « Common People » [le narrateur])

 

La Grèce a une superficie de 131 957 km² et compte moins de 11 millions d'habitants. C'est le pays des mers (mer Adriatique, mer Ionienne, Méditerranée, mer Egée, Homère). 
Je suppose qu'il fait très chaud en Grèce et que la plupart des Grecs ont les cheveux bruns.
Je n'en sais pas plus parce que je ne suis jamais allé en Grèce et n'irai jamais.
Ce que je sais de la Grèce est très mince, voire illusoire, et relève de mes souvenirs de collège et de lycée (la Grèce antique, les statues, la mort de Socrate, quelques éléments de géométrie, un tout petit peu de Platon, Cassandre et le théâtre).
Je n'ai pas appris la langue grecque et ne l'apprendrai jamais.
Je pense rarement à la Grèce.
La Grèce fait partie du monde extérieur et lointain qui ne fait pas partie du réel que je fréquente parce qu'il faut bien vivre et pour vivre, il faut aller au boulot.
Quand je ne suis pas au boulot, j'entends que Poutine continue à massacrer des Ukrainiens, que Netanyahou continue à massacrer des Palestiniens, ou des Libanais, et que Trump bombarde l'Iran pour éviter que les gens s'intéressent de trop près à la glauque affaire Epstein. Sinon, je vais acheter du thon en boîte et du café lyophilisé, ou j'écoute des chansons des années 70-80. D'une manière générale, je vieillis et m'estompe gentiment.

 

3.
La chanson « Common People » de Pulp est un exercice d'ironie et de lucidité. Elle a été publiée en 1995 et se moque de la façon dont certains jeunes gens de bonne famille idéalisent la vie des gens ordinaires. Elle contient ces paroles acerbes :
« Laugh along with the common people,
Laugh along even though they're laughing at you,
And the stupid things you do,
Because you think that poor is cool ». 
(Jarvis Cocker, « Common People »)

 

La plupart des chansons que nous entendons relève de ce que l'on appelle la « pop culture ». La pop culture n'est pas forcément une contre-culture. Elle l'est même rarement car elle est soumise au lois du marché, aux règles du marketing, aux nécessités éditoriales. La pop culture propose des produits très souvent éphémères mais il y a des exceptions et cela ne l'empêche pas d'être parfois d'une grande lucidité, franchise et honnêteté.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2026.

11 avril 2026

COMME UN POISSON DANS UNE SALADE suivi de CINQ BREFS DONT UN AVEC CONCOMBRE

COMME UN POISSON DANS UNE SALADE suivi de CINQ BREFS DONT UN AVEC CONCOMBRE

 

1.
« - Oui, et il faut à présent que vous le sachiez. Avais-je l'air très bizarre ? »
(Henry James, « Le Tour d'écrou » [La narratrice]) 

 

Oui il y a des fois où l'on se sent comme un poisson dans une salade
Et quand je dis comme un poisson dans une salade
Il y a bien d'autres expressions qui me viennent à l'esprit, un scaphandrier dans un couloir, un visage sans reflet, un jeu aux règles perdues, une langue sans traduction, un marteau sans maître, une vache sans Espagne, et donc il
Faut bien, poisson dans une salade qu'on se sent, continuer 
A marcher, à fonctionner, à interagir, être
Présent, jouer son rôle d'être là parce qu'il faut que quelqu'un soit là.

 

Que dites-vous ? Comme un poisson dans une salade, un bœuf dans la vinaigrette, un plat à tarte dans le ciel.
Vous ne croyez pas si bien dire que l'humain ne cesse de jouer à la métaphore, à l'épithète, à l'hyperbole, à l'anacoluthe.
Le style, voilà bien l'habit et il faut que vous le
Sachiez (de riz), l'on n'est jamais que figures.

 

Avais-je le choix dit le poisson à la salade.
Je ne crois pas répond la salade. Vous aviez 
L'air de ces êtres qui se laissent fasciner par les salades.
Très facile de vous attirer et vous avez beau vous sentir
Bizarre bizarre bizarre vous étiez voué à la salade comme le hareng saur à la ficelle le long du mur blanc blanc blanc et qui se balance toujours toujours toujours.

 

2.
Y en a qui disent que bientôt avec les IA et tous les robots là, il y aura tellement moins de travail effectué par les humains qu'on va vers une société sans boulots. Peut-être mais à mon avis, faudrait éviter : au temps des travailleurs pourrait succéder le temps des assassins.

 

3.
Je ne connais pas la date exacte de la composition de la chanson « Strawberry Fields Forever », attribuée à John Lennon. On dit qu'elle a été enregistrée en novembre 1966. Ce jour-là, les Beatles ont-ils mangé des fraises ? Je l'ignore.

 

4.
L’Iran est un pays d'Asie de l'Ouest qui est appelé officiellement « Iran » depuis le 21 mars 1935. Auparavant, l'Iran était appelé Perse. L'Iran actuel est plein de mollahs barbus et anti-occidentaux. Les États-Unis et Israël procèdent régulièrement à des bombardements du territoire iranien et tuent ainsi un certain nombre de barbus anti-occidentaux. On ne sait pas où cela va mener. Personnellement, vue l'intensité des propagandes de partout, je préfère ne plus avoir d'avis sur la question et je pense à la bière bien fraîche quand il fait chaud et au gratin dauphinois quand il fait froid.

 

5.
Le concombre est une plante à fleurs de la famille des cucurbitacées. S'il est masqué, c'est par la fantaisie du dessinateur Nikita Mandryka. On l'appelle alors le Concombre masqué. Sinon, le concombre est aussi vert qu'un schtroumpf caché dans une salade.

 

6.
La Tour Eiffel est un des monuments les plus célèbres de Paris et donc du Monde. C'est une « tour autoportante de fer puddlé ». Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je l'ai lu sur Wikipédia. La Tour Eiffel attire les touristes mais ne fume pas la pipe. Ni la cigarette. Elle ne vapote pas non plus. Elle n'en est pas pour autant membre d'une ligue anti-tabac. Je ne pense pas qu'on ait vue la Tour Eiffel à une réunion d'un club de philatélistes, d’haltérophiles ou de cruciverbistes. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 11 avril 2026.

7 avril 2026

DES GENS ET DES PAS suivi de QUELQUES TACHES DE SON

DES GENS ET DES PAS suivi de QUELQUES TACHES DE SON

 

« Non, par Zeus, pour ma part, je n'ai jamais fréquenté l'un de ces individus ! »
(Platon, « Ménon », traduit par Monique Canto-Sperber, [Anytos])

 

Non, je n'ai vraiment pas envie de parler des pas dans l'escalier.
Par je ne sais quelle hallucination, je les ai entendus ces pas dans l'escalier avec personne dedans.
Zeus ah en voilà de l'être antique ! 
Pour ce qui est des pas dans l'escalier, ils n'étaient pas antiques mais il n'y avait pas plus quelqu'un dans l'escalier que de Zeus dans la maison.
Ma bouteille de rhum en est témoin, je les ai bien entendus, ces pas dans l'escalier avec personne dedans. A
Part ça, nous sommes le 7 avril 2026, Trump fait la guerre, Poutine fait la guerre, Netanyahou fait la guerre, des gens meurent et les spéculateurs s'en mettent plein les poches.

 

Je l'ai déjà expliqué, ça, le coup des pas dans l'escalier avec personne dedans. Je
N'ai jamais cru aux fantômes pourtant, mais ces pas dans l'escalier avec personne dedans, ils étaient aussi réels que des champignons. A propos de champignons, entendu une drôle d'histoire sur des champignons d'Asie qui donneraient ce que l'on appelle des hallucinations lilliputiennes (les gens voient nains et lutins, farfadets, korrigans...). 
Jamais plus d'ailleurs, je ne les ai entendus, ces pas, jamais. L'a
Fréquenté qu'une fois faut croire...

 

L'un, dis, mais dis « manche » et je rajoute « de pelle ».
De l'humour, il en faut bien un peu (sinon je ne me supporte pas). En tout cas,
Ces pas dans l'escalier avec personne dedans, je vous le dis, à vous tous,
Individus des plus divers, ces pas, je les ai entendus, et Zut aussi. 

 

QUELQUES TACHES DE SON 

 

« Quelques taches de son sur les pommettes. L'air intelligent et malicieux. »
(Raymond Jean, « La Lectrice », [la narratrice])

 

Quelques pages, quelques
Taches d'encre, bricoles et sottises, voilà ce que
De ma pâle existence, il ne restera qu'à peine. Du
Son, du son, voilà ce qui plaît, du gros son, bien rythmique, bien baveux, mais je n'ai pas eu ce talent, ou cette tare, de faire du son, du bruit, du buzz. 
Sur mon écran, j'aligne parfois encore quelques pages, quelques taches d'encre, bricoles et amusettes.
Les phrases que je bricole ne font rire que moi je crois et les filles aux jolies
Pommettes, aux yeux vifs, ne se soucient pas plus de moi que d'une patte d'alligator ou de la morale élastique du président Macron.
L'air de rien, j'aurai vécu assez longtemps (quel étonnement!).
Intelligent sans doute mais pas tant que ça (sinon, je n'aurais pas fini ma carrière à Coudekerque-Branche)
Et talentueux un peu, mais assez peu en fait.
Malicieux ? Parfois, quand j'oublie d'être lourd.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 7 avril 2026.

31 mars 2026

LE SCAPHANDRIER POLYGLOTTE

LE SCAPHANDRIER POLYGLOTTE

 

« Lui, quand elle arrive, il sait qu'elle ne vient pas seule. »
(Nathalie Sarraute, « Portrait d'un inconnu »)

 

Lui, je sais bien qu'il n'a rien à voir avec le scaphandrier polyglotte.
Quand je parle du scaphandrier, j'évoque bien sûr le scaphandrier des bandes dessinées qui descend dans les verdâtres et amers gouffres à la recherche de trésors engloutis et quand je dis que le scaphandrier est polyglotte, c'est qu'il pourrait tout aussi bien être saxophone, ce scaphandrier, s'il connaît la musique. 
Elle est pleine de trésors, dit-on, la mer, de trésors engloutis parce que la mer, ça engloutit et cela
Arrive, dit-on, que le scaphandrier polyglotte découvre un trésor englouti.
Il doit être bien content alors le scaphandrier polyglotte,
Sait qu'il a gagné sa journée le scaphandrier polyglotte.
Qu'elle soit pleine de trésors engloutis, la mer, c'est qu'elle est dangereuse aussi car la mer 
Ne se laisse pas si facilement farfouiller les tréfonds ; alors
Vient le requin ou le monstre à tentacules ou encore le rival plongeur à couteau tranchant Ah ça
Pas si facile d'être un scaphandrier polyglotte, ou pas, à la recherche de trésors engloutis et si
Seule elle ne vient pas c'est qu'elle est plusieurs (ou quelque chose comme ça).

 

Post-scriptum.
A Paris récemment, ai mangé tout à fait correctement au Café La Chaufferie, près de la Gare du Nord (rue de Denain), accueil sympathique et frites dorées-rousses (il y a tant de brasseries qui vous servent des frites jaunasses, voire quasi blanches!) ; prix abordables.
A L'Athénée, vu la représentation de « No no Nanette », version française de la comédie musicale américaine du même nom (1925, musique de Vincent Youmans, paroles de Irving Caesar et Otto Harbach), célèbre pour l'air « Tea for two » : jouissif, plaisant, amusant, swing, tonique, et talentueux (mise en scène d’Emily Wilson et Jos Houben). Jusqu'au 5 avril 2026.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 31 mars 2026

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