J’AI MIS MON CHAPEAU AVEC MA TÊTE ET MON NEZ AU MILIEU DE LA FIGURE
1.
« Venise au visage de masque. » Cette épigraphe que cite Aloysius Bertrand avant que nos yeux lisent « La Chanson du masque » - nos yeux aiment à lire ; ce n’est pas le cas de tous les yeux ; certains préfèrent regarder des choses qu’ils comprennent plus ou moins ; d’autres encore préfèrent s’étonner ou se voiler ou se dérober ou se perdre ou se fermer – cette épigraphe est tirée d’un texte de Lord Byron, ce qui est une chose, et une chose chassant l’autre, voyez comme nous sommes avancés.
2.
« Ce n’est point avec le froc et le chapelet, c’est avec le tambour de basque et l’habit de fou que j’entreprends, moi, la vie, ce pèlerinage à la mort ! »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)
Qu’avons-nous là ? Un « tambour de basque et l’habit de fou ». Notons que ce n’est point là l’habit qu’il faut mettre quand on se rend à la supérette pour acheter un paquet de pâtes, du fromage râpé et de la sauce tomate industrielle. On risque des soucis. Peut-être en période de carnaval (on voit tant de choses).
Je note cependant que l’on peut tout à fait vivre avec dans la tête un tambour de basque et l’habit de fou étant donné qu’ils ne sont alors que qu’idées bigarrées et sonores (c’est drôle mais les sons aussi sonnent dans notre tête, tout à fait muets et pourtant là, musiques fantômes qui nous viennent et reviennent tandis que nous dormons) cependant que nous sommes parfaitement neutres et anonymes dans les vêtements que nous mettons lorsque quotidiennement nous tentons de justifier nos existences sociales.
Cette citation tirée du « cinquième livre des Fantaisies de Gaspard de la Nuit », d’Aloysius Bertrand, contient le mot « pèlerinage » lequel est de la famille du mot « pèlerin », lequel, dit-on, vient du latin, « per ager », qui signifie « à travers champs ». Je n’en doute qu’autant que je m’en tamponne et je remarque que lorsque je vais en pèlerinage à Sainte Supérette (là où se multiplient les boîtes de sardines), je ne traverse aucun champ, ni pâture, ni même vague terrain cependant que je croise d’autres pèlerins (il y en a de toutes sortes, et de très douteux parfois) qui circulent dans les rues comme de mauvais anges à la recherche de leur démon (certains ont même du poil au menton).
3.
« Notre troupe bruyante est accourue sur la place Saint-Marc, de l’hôtellerie du signor Arlecchino qui nous avait tous conviés à un régal de macaronis à l’huile et de polenta à l’ail. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)
On ne donne de confiture à une troupe bruyante que si elle aime la confiture. N’en doutons pas, elle en mettra plein ses tartines. Si elle n’aime pas ça, cette troupe bruyante offrira toute cette confiture à un marchand de crêpes (ou de gaufres), qui en fera ses choux gras.
4.
« Marions nos mains, toi qui, monarque éphémère, ceins la couronne de papier doré, et vous, ses grotesques sujets, qui lui formez un cortège de vos manteaux de mille pièces, de vos barbes de filasse et de vos épées de bois. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)
Qui ceint la couronne de papier doré, c’est qu’il a mangé de la galette. De celui qui a mangé de la galette, nous dirons qu’il était vivant, en tout cas au moment où il mangea de la galette car si cette galette était empoisonnée, alors, couronne de papier doré ou pas, le roi est mort et certes un roi mort n’a plus guère de divertissements. Il n’est même plus un homme plein de misères, c’est vous dire.
C’est pour cela qu’on entend l’herbe pousser dans ses oreilles que si on a oublié sa chèvre de campagne. Et si vous ne voyez pas le rapport, c’est qu’il n’y en a pas.
5.
« Marions nos mains pour chanter et danser une ronde, oubliés de l’inquisiteur, à la splendeur magique des girandoles de cette nuit rieuse comme le jour. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)
En effet, il vaut mieux se faire oublier de l’inquisiteur, et surtout ne pas enquiquiner l’inquisiteur, de même que qui veut chez un quincailler cueillir des jonquilles, voire des quilles si ce quidam est un incongru, doit s’attendre à des déconvenues, et dès qu’on venut, on vit que, pas plus que la marquise, le comte n’y était pas.
J’en profite pour rappeler qu’en latin, l’inquisitor est celui qui examine, recherche, enquête pour savoir qui c’est-y ce type Œdipe dont bruisse le théâtre grec même que depuis ça n’a pas cessé de bruisser et de froncer les sourcils.
6.
« Chantons et dansons, nous qui sommes joyeux, tandis que ces mélancoliques descendent le canal sur le banc des gondoliers, et pleurent en voyant pleurer les étoiles. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)
Défois, quand on voit pleurer les étoiles, c’est qu’on a un coup dans l’nez pis qu’on mélancolise. On n’est nullement obligé de descendre le canal sur le banc des gondoliers parce que c’est très difficile de descendre un canal, car c’est lourd un canal et que ça fuit de partout dès que vous tentez de le prendre dans vos mains. De plus, on ne voit pas pourquoi les gondoliers auraient besoin d’un canal dans leurs gondoles étant donné que les gondoles c’est fait pour gondoler sur les canaux et pas avec des canaux.
Ainsi, on dit : « J’ai mis mon chapeau sur ma tête » et non pas « J’ai mis mon chapeau avec ma tête. »
Vous constaterez aussi que si vous chassez l’absurde, il revient toujours par le canal dit pour cela « canal de l’absurde ». De la même façon, l’expression « chassez le chat, il revient au galop » est des plus idiotes, les chats ne galopant point. « Chassez la sardine, elle revient au galop » est tout aussi idiote, surtout si la sardine est en boîte. A la limite on peut chasser le thon qui vous revient au naturel, mais c’est vraiment si on n’a qu’ça qu’à faire.
7.
« Dansons et chantons, nous qui n’avons rien à perdre, et derrière le rideau où se dessine l’ennui de leurs fronts penchés, nos patriciens jouent d’un coup de cartes palais et maîtresses ! »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)
Cette fin du poème en prose « La Chanson du masque » oppose ceux qui n’ont rien et qui, au moment du carnaval, chantent et dansent, aux riches patriciens qui, dans les cercles de jeux, perdent fortunes et bonnes fortunes. J’entends dans la télé une sirène de voiture de police parce que c’est un film policier et ce n’est pas pour cela que si c’était un film de camembert, j’entendrais la sirène du camembert, laquelle ne se met en meugle que si le camembert est électrique.
J’ajoute, et ce sera là ma conclusion que, outre que Tulsi Gabbard reprend assez systématiquement les éléments de langage poutiniens que c’est à se demander pour qui elle travaille réellement, qui pique le bic quadricolore d’un candidat au baccalauréat s’expose à un regard noir. Si ce candidat est une candidate, le regard sera tout aussi noir. Si vous éteignez la lumière, ce regard sera toujours tout aussi noir, car il n’y a rien à faire, noir c’est noir.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 décembre 2025.