Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

BREFS ET AUTRES

Publicité
26 juillet 2024

QUELQUES MOTS SUR LE SPECTACLE D’OUVERTURE DES JEUX OLYMPIQUES

QUELQUES MOTS SUR LE SPECTACLE D’OUVERTURE DES JEUX OLYMPIQUES

 

1.
26 Juillet 2024 : spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques, ah tiens, Lady Gaga en Zizi Jeanmaire, - « Mon truc en ploumes » pampamtaditadilalalala. Du coup, elle est blonde !

 

2.
26 Juillet 2024 : spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques, évocation de la Révolution française, « Ah ça ira, ça ira, ça ira », coups de canon, heavy metal rock, Carmen, rock symphonique, je songe à la vieille expression « furia francese »…

 

3.
Spectacle d’ouverture des JO: « La Marseillaise »… L’émotion de l’hymne et l’évocation de quelques françaises d’exception : Olympe de Gouges, Alice Milliat, Gisèle Halimi, Paulette Nardal, Jeanne Barret, Christine de Pizan, Louise Michel, la réalisatrice Alice Guy, Simone Veil… 
Les Jeux Olympiques sont politiques en ce qu’ils permettent aussi à une nation d’affirmer des valeurs : considérer Louise Michel, Paulette Nardal, Gisèle Halimi et Simone Veil comme des figures d’exception est significatif.

 

4.
26 juillet 2024. Il est clair que le spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris a été voulu insolent (tableau de Marie-Antoinette portant sa tête tranchée, « drag queens »), libéral, multiculturel, populaire (bande-son aux allures de hit-parade), et mémoriel (navigation sur la Seine, Notre-Dame, évocation de quelques Françaises d’exception,…). Impressionnant parti-pris qui change de la pompe nationaliste à laquelle on aurait pu s’attendre. 

 

5.
26 juillet 2024. Une cavalière en armure stylisée pour porter le drapeau olympique. Symbolique étrange. Jeanne d’Arc ? Marianne sur le pied de guerre ? Personnification de l’art martial du sport ? Heureusement qu’avant la chevauchée, Juliette Armanet avait interprété le pacifique « Imagine », de John Lennon.
Je note que le « Imagine » de John Lennon a d’ailleurs été interprété sur un « radeau à la dérive », comme l’écrit « Le Parisien ». La paix à la dérive et le drapeau olympique porté par une guerrière ? Prémonition de la WW3 ?

 

6.
Iconique cavalière en armure remontant la Seine sur son cheval mécanique autant que spectral… d’une beauté de peinture surréaliste.

 

7.
Et le spectacle se termine par Céline Dion interprétant magistralement « L’hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Puis la flamme olympique s’envole… 

 

8.
Aux rageux et aux aigris : j’admire votre patience à regarder un spectacle, en l’occurrence celui de l’ouverture des Jeux Olympiques, que vous trouvez nul, honteux, ennuyeux, choquant pour le seul plaisir de donner votre avis, que nul ne vous demande d’ailleurs, sur twitter.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 juillet 2024.

 

Publicité
25 juillet 2024

L'AUTRE EST UNE LEGENDE

L'AUTRE EST UNE LEGENDE

 

« Dites donc, Wilson, donnez-moi votre avis : pourquoi Lupin était-il dans ce restaurant ? »
Wilson n'hésita pas.
« Pour manger.
Wilson, plus nous travaillons ensemble, et plus je m'aperçois de la continuité de vos progrès. Ma parole, vous devenez étonnant. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Holmès et Wilson])

 

1.
« - Il est donc évident qu'ils n'ont pu être remis à leur place que par une personne pour qui la place de chacun de ces objets était familière. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Ganimard])
Sans doute faut-il être familier du réel pour rendre au réel sa vraisemblance.

 

2.
« Or, je me fais fort de vous démontrer que tout ce qu'elle vous a raconté sur elle, sur son passé, sur ses relations, est absolument faux, que Mme Blanche de Réal n’existait pas avant de vous avoir rencontrée, et qu'elle n’existe plus à l'heure actuelle. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Ganimard])
L'autre est un mensonge. Nous nous illusionnons sur son passé, sur son présent et sur son avenir. Cet être avec lequel nous sommes en affaire n’existait pas avant que nous le rencontrions, et n’existera plus une fois que l'affaire sera réglée. L'autre est une légende. Aussi imprévisible qu'une mythologie.
La politique est aussi l'art de donner à la légende assez de vraisemblance pour que les électeurs y croient. Arrive-t-il qu'assener publiquement des horreurs soit exigé par la légende qu'il faut entretenir ? C'est parfois la question que je me pose, avant de hausser les épaules et de manger du poulet froid et sa mayonnaise.

 

3.
« - Comment, encore végétarien ?
- De plus en plus, affirma Lupin.
- Par goût ? par croyance ? par habitude ?
- Par hygiène. 
- Et jamais d'infraction ?
- Oh ! si... quand je vais dans le monde... pour ne pas me singulariser. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
J'apprends par ce bref dialogue qu'Arsène Lupin était végétarien (sans l'être tout à fait cependant). Je ne le savions point. Amusant.
Et si je remplace le mot « végétarien » par « honnête », c'est encore plus amusant.

 

4.
« Arsène Lupin je suis, Arsène Lupin je reste. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Lupin])
Fidélité du comédien à son art, ou paradoxe du menteur. C'est que sous ses masques et travestissements, Arsène Lupin, comme on voit, reste fidèle à lui-même.

 

 

5.
« Oui, en toute évidence, c'était lui, mais c'était un autre homme aussi, qui ressemblait à Arsène Lupin par certains points, et qui pourtant gardait son individualité distincte, ses traits personnels, son regard, sa couleur de cheveux... »  
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
Arsène Lupin, c'est celui que l'on reconnaît sans pourtant pouvoir tout à fait l'identifier. C'est celui qui apparaît dans les traits d'un autre. C'est l'humain, tel qu'en lui-même et pourtant toujours différent. C'est l'acteur dont on se dit qu'il joue bien. Dans le réel, c'est le politique, ou le prédateur insoupçonné.
La mort n'est jamais inexplicable qu'autant que l'enquêteur est dans l'illusion.

 

6.
« comme si elle accomplissait bien en réalité l'acte qu'elle semblait accomplir »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
Ainsi agit souvent le politique, qui fait comme s'il accomplissait bien l'acte qu'il semble accomplir, et, en fait, fait tout autre chose.

 

7.
« Par les maisons contiguës, par les toits, par telle issue convenablement préparée, il avait dû s'évader, et une fois de plus, c'est l'ombre seule de Lupin qu'on allait étreindre. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
Lupin, c'est la vérité qui s'échappe, l’explication qui s'évanouit, le réel qui nous file entre les doigts. Et la fiction d'ironiser : « Ah tu croyais me saisir, s'emparer de moi et m'enfermer dans une signification, vois comme je vole... ».

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juillet 2024.

25 juillet 2024

LA LANGUE EST UN VIVRE-ENSEMBLE

LA LANGUE EST UN VIVRE-ENSEMBLE

 

1.
« The public not unnaturraly goes on the principle that he who would heal others must himself be whole, and looks askance at the curative powers of the man whose own case is beyond the reach of his drugs. »
(Conan Doyle, « The Stock-Broker's Clerk » [Watson])
Ainsi, certains croient-ils que le pouvoir aurait ce pouvoir curatif de rendre meilleur, de « sublimer », le démagogue à casseroles qui a réussi à tromper la nation au point de se faire élire. Trump et Poutine sont des voyous mais qu'importe, puisqu'ils promettent une Amérique toujours plus forte et une Russie toujours plus puissante. Leur malignité serait la preuve de leur capacité. Leurre mortifère, qui ne peut conduire qu'à la violence, la guerre, le conflit perpétuel.
Accessoirement, notons que la nouvelle de la candidature de Kamala Harris aux présidentielles américaines est une mauvaise nouvelle pour Poutine et, espérons le, une bonne nouvelle pour l'Ukraine et les démocraties libérales.

 

2.
« It is no use our being at all before our time, » said our client. « He only comes there to see me, apparently, for the place is deserted up to the very hour he names. »
(Conan Doyle, « The Stock-Broker's Clerk » [Hall Pycroft]) 
Le réel nous attend à son heure. Ça tombe bien, c'est aussi la nôtre, même si on se goure.

 

3.
« I shrugged my shoulders. « I must confess that I am out of my depths, » said I.
« Oh surely if you consider the events at first they can only point to one conclusion. »  
(Conan Doyle, « The Stock-Broker's Clerk » [Watson et Holmes])
Qu'on est désemparé devant l'énigme (les autres, la politique, notre propre destin, la disparition de la deuxième chaussette,...). Heureusement qu'il y a Sherlock Holmes. Ceci dit, Holmes est une fiction. Reste le texte. 

 

4.
« But why should this man pretend to be his own brother ? ». « Mais pourquoi  cet homme a-t-il prétendu être son propre frère ? », demande-t-on à Sherlock Holmes. C'est là le grand mystère des humains qui se croient frères et sœurs, alors qu'ils ne sont, les uns pour les autres, qu'irréductibles étrangers.
La langue est un vivre-ensemble. Mais on peut mentir.
Il est vrai aussi que le semblable n'est pas fatalement mon frère.

 

5.
« I could see that Holmes was extremely pleased, for he chuckled and rubbed his hands together. » 
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
Ce qui réjouit Sherlock Holmes, c'est sa propre puissance de déduction. Et cette puissance ne se révèle que dans la résolution d'énigmes alambiquées par l'auteur Conan Doyle. Rien de moins réaliste que les enquêtes et aventures de Sherlock Holmes, et c'est en cela qu'elles sont précieuses : purs jeux de langage et de logique. Ce sont des parties d'échecs que Conan Doyle joue avec lui-même. Le vraisemblable contre le réel. Le vraisemblable l'emporte toujours. Cela rassure le lecteur, car, voyez-vous, le réel et sa  rareté naturelle est autrement effrayant.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juillet 2024.

23 juillet 2024

PERTES ET FRACAS

PERTES ET FRACAS

 

1.
19 juillet 2024. Les médias se font l'écho d'une panne géante de Microsoft qui perturbe des aéroports, des chaînes de télévision, des entreprises et des banques dans le monde entier. Panne ? Guerre hybride ? Avant-goût d'un collapsus annoncé ? Test ?
Nous avons su dès le lendemain que ces incidents étaient dus à un problème survenu lors d'une mise à jour de je ne sais quoi en rapport avec la sécurité. Dont acte.

 

2.
Je dis ça en passant, mais euh, la France est-elle sûre que ses stocks stratégiques de masques et ses hôpitaux pourraient maintenant être en mesure de faire face à un nouveau virus façon covid venu des profondeurs de l'Asie ? La France est-elle sûre que ses systèmes informatiques pourraient maintenant faire face à une panne mondiale, voire à un hacking de grande ampleur. C'est que c'est pas le moment d'être désinvolte-perlimpinpin avec la sécurité et le début des Jeux Olympiques.

 

3.
Le problème est moins celui de la surpopulation que de la rareté naturelle. Si le réel n'était qu'abondance pour tous, les problèmes seraient tout autres et l'humain pourrait enfin devenir ce qu'il est... ou pas.

 

4.
France. Ni Mélenchon, ni la LFI ne remporteront les présidentielles 2027.
Ni Marine Le Pen, ni le RN ne remporteront les présidentielles 2027.
C'est impossible.
La démocratie libérale travaille et prépare ses candidats. Et si elle ne le fait pas, elle devrait le faire.

 

5.
Mélenchon et la LFI : L'âne, la carotte et le bâton.
L'âne ? - L'électeur.
La carotte ? - Le pouvoir, les postes, les revanches, les places au soleil de la Révolution.
Le bâton ? - L’exclusion et le dénigrement pour qui s'oppose au Chef. 
L'objectif ? - La défaite.

 

6.
22 juillet 2024. Les échos indiquent que l'offensive russe en Ukraine, quoique très lente et très sanglante, est en passe de réussir. L'Ukraine pourrait perdre une partie de son territoire, voire s'effondrer face au rouleau compresseur de l'armée de Poutine. Où sont les F-16 ? Les chars promis ? Les munitions ? L'Occident va-t-il laisser tomber le président Zelensky et la nation ukrainienne comme il a laissé tomber l'Afghanistan ? Si c'est le cas, devant un tel aveu de faiblesse, je ne vois pas ce qui pourrait empêcher la Chine de s'emparer de Taïwan, la Corée du Nord d'intensifier ses pressions sur la Corée du Sud, et l'Iran de défier nos démocraties. Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher Poutine de continuer à déstabiliser l'UE et les États-Unis. Je ne vois pas pourquoi je continuerais à accorder ma confiance aux politiques, quels qu'ils soient.

 

7.
Ah non, je m'inscris en faux contre ceux qui prétendent que les fresques de Pompéi ont été peintes à la Renaissance. Non, les fresques de Pompéi sont vraiment très anciennes et les « pizzas » dont ces gens parlent sont en fait des aéronefs (UFO) et les « ananas » sont en vrai des représentations, certes naïves, des combinaisons spatiales portées par les Anciens Astronautes qui visitèrent la Terre il y a bien longtemps que la télé elle existait même pas. Si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à écouter les chansons de Maître Gims en les passant à l'envers, et vous verrez, ça dit tout ! Conseil : en les écoutant, baissez le son, ça rend sourd.

 

8.
France. Mélenchon et la LFI ne pourront gagner les présidentielles 2027 sans une nouvelle « union de la gauche ». Le PS, les écologistes et le PC se sont déjà fait avoir deux fois (avec la NUPES et le NFP). Quelque chose me dit qu'à moins d'être une grande sottise, ou d'une très lâche complaisance, la prochaine fois, PS, écologistes et PC enverront balader Mélenchon et ses courtisans. Et Mélenchon doit tout de même se rendre compte que le programme de la LFI ne pourrait être appliqué sans provoquer troubles récurrents et soucis persistants dans le pays.
La position du RN est un peu différente. Marine Le Pen tentera-t-elle de lisser toujours plus l'image de son parti, au risque de ne n'être bientôt plus qu'un parti de droite républicaine, élu pour un programme de droite libérale classique, se coupant ainsi de son électorat le plus radical, qui pourrait alors rejoindre Zemmour, ou tout autre agité à la droite de la droite ? Et je suppose que Marine Le Pen est très consciente qu'un programme trop radicalement à droite ne pourrait être appliqué sans provoquer troubles récurrents et soucis persistants dans le pays.

 

9.
23 juillet 2024. Annonce par Mathilde Panot (LFI) d'une proposition de loi visant à abroger la réforme des retraites décidée par Macron et Borne et imposée par 49.3. Même si elle n'est examinée que d'ici plusieurs semaines, voire plusieurs mois, elle pourrait rallier tous les partis de gauche et si le RN se joint à ce vote, le principe de la retraite à 64 ans serait abandonné : ce serait une défaite cuisante pour le président Macron, et un point marqué par la LFI.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juillet 2024.

23 juillet 2024

POURQUOI SOMMES NOUS SI BAVARDS ?

POURQUOI SOMMES NOUS SI BAVARDS ?

 

1.
« I was not surprised. Indeed, my only wonder was that he [Holmes] had not already been mixed up in this extraordinary case, which was the one topic of conversation through the length and breadth of England. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
L'étrange, l’extraordinaire, le bizarre, voilà qui sollicite. Que l'on jette un œil sur le réel, et le voilà happé, l’œil, dans un tourbillon que forment les pièces d'un puzzle soufflé par le vent de l'invisible. Le premier politicien venu, médiocre, affairé et généralement ahuri, comme la plupart des politiciens, devient une énigme insondable.

 

2.
« When, therefore, he suddenly announced his intention of setting out for the scene of the drama it was only what I had both expected and hoped for. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
L'ami et l'humour ont comme point commun d'être tous deux des « quand même ». Ce qui n'a rien à voir avec la citation, mais je l'écris tout de même, na. Pour le reste, il y a du théâtre, parce qu'il y a mystère (la disparition d'un cheval et le meurtre de son entraîneur) et que le social fait de ses drames un spectacle, le tragique revisité par les médias, limite grand guignol parfois ; jusqu'à en perturber les enquêtes elles-mêmes. D'ailleurs, je pense, et je ne suis pas le seul, que la plupart des criminels désignés, « preuves à l'appui », par les fictions d'Agatha Christie et de Conan Doyle ne sont pas les vrais coupables, et que la fiction, bien souvent, recule devant des vérités bien plus perturbantes.

 

3.
« At least I have got a grip of the essential facts of the case. I shall enumerate them to you, for nothing clears up a case so much as stating it to another person,... »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Sherlock Holmes])
Et voilà pourquoi nous sommes si bavards et si bavards encore. Ce n'est pas aux autres que nous nous adressons, c'est à nous mêmes. Et nous avons besoin des autres pour cela (sinon, nous allons fumer la pipe ou jouer du violon). Qu'ils ne nous comprennent pas importe peu, pourvu qu'ils nous laissent soliloquer. Considérons que bien des politiques et bien des décideurs de toutes les tailles font de même. Résultat, nous avons l'impression qu'ils disent n'importe quoi et décident n'importe comment.

 

4.
« Though most of the facts were familiar to me, I had not sufficiently appreciated their relative importance, nor their connection to each other. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
Le réel est constitué de connections entre des disparates que l'on fait parce que sinon, on comprend rien. Or, l'humain cherche à comprendre. C'est ainsi qu'il produit du réel comme l'araignée sa toile. De temps en temps, il se mouche.

 

5.
« It is what we call a cataract knife, » said I.
« I thought so. A very delicate blade devised for very delicate work. A strange thing for a man to carry with him upon a rough expedition, especially as it would not shut in his pocket. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson et Holmes]) 
L'élément étrange est celui qui ne semble pas à sa place dans l'ordre apparent du réel. L’explication de sa présence aide à élucider. Il peut tout aussi bien être un leurre. Dans ce cas, sa présence n'a pas d'autre but que de paraître étrange et de lancer l'enquêteur sur une fausse piste. Certaines des énigmes composées par Agatha Christie reposent sur cette astuce (je songe à « A.B.C contre Poirot »). Quelques affaires du passé pourraient bien avoir cette caractéristique, notamment lorsque l'on donne à penser aux  médias qu'une mort inexplicable pourrait être liée à un événement prétendument paranormal (spectre vengeur, OVNI, combustion spontanée,...).

 

6.
« The dog did nothing in the night-time. »
« That was the curious incident, » remarked Sherlock Holmes. »
[...]
« Hum ! » said Holmes. « Somebody knows something, that is clear. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze »)
Que cherche Sherlock Holmes, sinon à accumuler, énigme après énigme, les indices d'un point de singularité.
Le point de singularité va-t-il résoudre le réel ? Dissoudre le réel ? Serons-nous les fantômes de la machine ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juillet 2024.

Publicité
22 juillet 2024

RIMBAUD QUEL NOIR DRAPEAU STILAL !

RIMBAUD QUEL NOIR DRAPEAU STILAL !

 

1.
« L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance,
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ; 
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;»
(Rimbaud, « Mémoire »)
Ces vers de Rimbaud, j'y reviens souvent. Je laisse aux universitaires l'os de leur signification. Leur hermétisme gracieux suffit à ma fascination. Je note la clarté, la blancheur associée à la pureté : (« l'eau claire » ; « lys pur » ; « pucelle »). Pictural sans doute. Jeanne d'Arc ? (mais elle était plutôt à l'attaque, non?). Jeanne Hachette, qui défendit, hache à la main, les remparts de Beauvais assiégé par les Bourguignons de Charles le Téméraire ? Peu importe. La musique me suffit.

 

2.
« Le ciel est joli comme un ange.
L'azur et l'onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse. »
(Rimbaud, « Bannières de mai »)
Je songe qu'Apollinaire aurait pu composer ces vers. 
De la nature fantomatique des narrateurs, qu'un rayon de soleil suffit à dissiper.

 

3.
« Banc vert où chante au paradis d'orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis de la salle à manger guyanaise
Bavardage des enfants et des cages. »
(Rimbaud, « Plates-bandes d'amarante... »)
J'aime bien cette évocation du fouillis que révèle le jeu des associations d'idées. C'est curieusement pop, cette « blanche Irlandaise » à la guitare. M'évoque les pochettes de disques des années 60-70. Je songe à Kiki Dee, bien que je ne pense pas qu'elle soit irlandaise et que je ne sais pas si elle joue de la guitare. Quant au « bavardage des enfants et des cages », pinkfloydien sans doute. Rimbaud psychédélique ? 

 

4.
« Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n'en finirais pas de me revoir dans ce passé. »
(Rimbaud, « Mauvais sang »)
Une partie de la nation française au début du XXIème siècle. Mais pas si dupe, le narrateur rimbaldien (celui-là, quel noir drapeau!) qui s'interroge et constate : « quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, - représentants du Christ. » C'est qu'il est républicain tout de même, et n'oublie pas l'histoire, la féodalité et le droit prétendument divin et pas plus naturel que l'affinage du camembert.

 

5.
« C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron. - La calèche du cousin crie sur le sable. - Le petit frère – (il est aux Indes!) là, devant le couchant, sur le pré d’œillets. »
(Rimbaud, « Enfance, II »)
On dirait la bande-annonce d'un film fantastique. D'où Rimbaud sort-il ces phrases ? D'un roman populaire peut-être ? De l'hypermnésie dont je le soupçonne ? Fascinant.

 

6.
« Le jeune homme dont l’œil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu'eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu »
(Rimbaud, « Les sœurs de charité »)
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir... » ou le retour des tartuffes à propos d'une grande photo d'un fessier féminin en maillot de bain exposée dans une vitrine et qui choqua certains internautes. Et ces vers de Rimbaud, en sont-ils froissés ?
Choqués ? Bah... Considérez ceci :
Les corps des militaires sont objectivés.
Les corps des athlètes sont objectivés. 
Les corps des gens du spectacle sont objectivés (acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses, danseurs, danseuses,..).
Je ne sais plus quel pédagogue de l'Antiquité grecque donnait ses cours en se dissimulant, dit-on, derrière un rideau, afin que les élèves ne soient pas distraits par sa gestuelle, ses mimiques, sa beauté (ou sa laideur), et se concentrent le plus possible sur ses propos.
La société repose aussi sur l'objectivation et le spectacle des corps.
Non, les humains ne cesseront pas de se reluquer les uns les autres.
Non, les humains ne cesseront pas de manger de la viande.
Non, les humains ne cesseront pas de boire, de fumer, et la prohibition de l'alcool et du tabac ne pourrait que nourrir trafics et bars clandestins.
Aussi bien, ils mettent beaucoup d'ingéniosité à se trouver des addictions nouvelles.
Non, les humains ne cesseront pas de se faire la guerre.
Non, les humains ne sont pas gentils, ni solidaires. Certains le sont, d'autres non. Certains le sont parfois, d'autres jamais.
Après, tout est question d'éducation, cette photo dans une vitrine d'un fessier féminin en maillot de bain doit être prise pour ce qu'elle est : une publicité  vulgaire ; une vulgaire publicité.
Soit vous vous choquez, et vous êtes hypocrite, ou très prude. 
Soit vous vous fascinez, et il n'y a pas de quoi.
Soit vous regardez ailleurs, et haussez les épaules, parce que, franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
Maintenant, vous pouvez toujours rêver d'une société végétarienne, aux corps cachés, aux yeux baissés, sans addictions ni conflits, mais ce genre de société ne serait pas une société humaine, et certainement pas une société de libertés. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juillet 2024

 

21 juillet 2024

JE SENS QUE JE PUIS N'AVOIR POINT ETE

JE SENS QUE JE PUIS N'AVOIR POINT ETE

 

1.
« Ainsi il avait une double pensée, l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son état véritable et que ce n'était que le hasard qui l'avait mis en la place où il était. »
(Blaise Pascal, « Trois discours sur la condition des Grands »)
Ce roi là est bien sage, qui sait que sa légitimité n'est jamais que fruit du hasard. En nos temps troublés où le moindre petit chef de service, sous prétexte qu'il est né en France et qu'il a été baptisé, estime qu'il est la France incarnée, ou encore que le moindre petit étudiant, sous prétexte qu'il a lu  les sociologues et qu'il vient d'un milieu modeste, estime qu'il est légitime d'aller  casser des vitrines et d'incendier des voitures, cette sagesse manque cruellement.

 

2.
« Un bout de capuchon arme 25 000 moines. »
(Pascal)
Puissance des religions capable de lever des armées, de déclencher des attentats, de légitimer massacres et assassinats pour la simple raison que les uns croient et les autres non.
Reste à savoir manier la rareté naturelle, et le politique est en mesure de faire croire n'importe quoi à ceux qui abandonnent leur esprit critique pour le plaisir d'entendre ce qu'ils veulent entendre.

 

3.
« La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie. »
(Pascal)
Lucidité de Blaise Pascal et cynisme du politique.

 

4.
« Vanité.
La cause et les effets de l'amour.
Cléopâtre. »
(Pascal)
Les notes prises par Pascal confinent parfois à la modernité poétique. Réjouissant.

 

5.
« Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »
(Pascal)
Le réel est décevant. Surtout quand nous sommes rassasiés. Le manque excite le désir. C'est là le secret de l’exception, et la source de nos frustrations. 

 

6.
« Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous ? Est-ce la main, est-ce le bras, est-ce la chair, est-ce le sang ? On verra qu'il faut que ce soit quelque chose d'immatériel. »
(Pascal)
Le plaisir est une activité nerveuse. Aussi l’anxiété. Est-ce le travail des nerfs que Pascal suppose être immatériel ? Est-ce la « cause » des  physiologies ? L'origine des corps ? A force de mettre dieu partout, on finit par le rendre indécent.
Notons le rythme.

 

7.
« Qu'est-ce que nos principes naturels sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants ceux qu'ils ont reçu de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux. » 
(Pascal)
On ne peut mieux dire qu'il n'y a que fort peu de nature en l'humain, et que ce l'on appelle « droit naturel » n'est jamais qu'une vaste blague. Aussi nos sociétés sont-elles nécessairement violentes. Et le but du droit et de la politique ne sont pas d'annihiler cette violence, mais de la légiférer afin que par ses excès, elle n'aboutisse pas à la dissolution de la nation. Du reste, en cas de nécessité, l'Etat sait parfaitement recourir à cette violence qu'il estime légitime (cela va des tirs de LBD (Lanceurs de balles de défense) qui éborgnent à l'envoi de troupes dans des opérations extérieures).
Note : LBD = Lanceur de balles de défense.

 

8.
« Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé ; donc je ne suis point un être nécessaire. »
(Pascal)
Cogito. Réflexivité.
Certes, l'individu n'est pas un être nécessaire. C'est l'humain qui, si l'on veut, serait nécessaire. A quoi ? Bah, mis à part chercher une vérité et toujours à s'améliorer, on peut considérer que l'humain n'est pas plus nécessaire que la matière, dont on peut considérer qu'elle aurait pu aussi ne pas être. Aussi n'est-elle que parce que l'humain la nomme, l'observe, l’explore.
Ce n'est pas parce qu'il y a quelque chose que ce quelque chose existe. Ce qui est, c'est le « il y a » (le « da-sein », le « es gibt »). L'aviateur désorienté ou en proie à la dissociation, n'est pas victime de l'OVNI qu'il croit voir, qu'il affirme voir (et pour lui cet OVNI est aussi réel que l'avion qu'il pilote) mais victime de l'illusion que son esprit perturbé entretient. (cf sur YouTube l’excellente vidéo sur l'affaire Valentich publiée par la chaîne Sylartichot ce 20 juillet 2024).
De même que « de deux propositions contraires, l'une au moins n'est pas fausse » ne prouve pas que tout est vrai et équivalent, mais que deux propositions contraires peuvent être aussi illusoires l'une que l'autre.
La vérité ne serait-elle jamais que celle de l'humain et la morale qu'une condition de l'humain ?
Désespérant, dites-vous ? - Haussons les épaules.
De toute façon, pour tenter de le rendre acceptable, les humains flanquent du dieu partout dans le réel, à un point tel qu'un candidat aux présidentielles américaines, ayant échappé à une tentative d'assassinat, crie au miracle et ne se prive pas de se faire acclamer par ses électeurs comme s'il était un élu de Dieu, un protégé du Christ.
Ainsi se rend-il nécessaire. Et c'est justement là qu'est le danger, qu'un politique élu par le peuple, qu'un républicain, finisse par se convaincre qu'il est aussi nécessaire qu'un roi s'estimant de droit divin. 
En 2024, sincères ou pas, il semble que Trump et Poutine cultivent ce mensonge.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juillet 2024.

20 juillet 2024

CORTO ERICA KLINGSOR

CORTO ERICA KLINGSOR
En lisant « Les Helvétique », de Hugo Pratt (Ed. Casterman, traduction de l'italien revue et corrigée par Céline Frigau, 2015)

 

1.
« La curiosité, Corto, rien que la curiosité. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Jeremiah Steiner])
Ce qui me rappelle aussitôt l’expression anglaise : « Curiosity killed the cat ». Mais l'on verra que dans cet album, contrairement à d'autres, nul ne meurt et tout le monde rêve.

 

2.
« - Dites-moi, Klingsor, quel âge avez-vous ?
- Quatre ans. Mais je pourrais aussi en avoir sept cent treize. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Corto Maltese et l'enfant « Klingsor »])
Le temps, déjà qu'en soi, s'il existe, il n'est certainement pas ce qu'on croit, alors dans l'imaginaire, le temps, vous pensez bien qu'il fait ce qu'il veut de nos conventions humaines.

 

3.
Page 15 de l'album « Les Helvétiques », de Hugo Pratt, le mur où s'alignaient les figurines peintes représentant des personnages des légendes de la Suisse avant qu'elle soit la Suisse, est maintenant vide, et pourtant, Corto Maltese vient juste de converser (durant quatre planches) avec deux d'entre elles : l'enfant Klingsor avant qu'il devienne chevalier et Ulrich von Zazikofen.

 

4.
J'aime beaucoup la page 20 de l'album, la planche dans laquelle la jeune  Erica se dépêche d'enfiler la robe couleur « Rose de Thuringe » (comme l'appelle Corto) et que le marin des aventures vient de lui offrir. Ce qui est amusant, c'est que Erica est une adolescente de quinze ans, une « petite jeune fille » si l'on veut, mais pas encore une jeune femme ; elle est assez planche à pain et pas vraiment mignonne, sans être laide cependant qu'elle louche un chouïa, et qu'au centre de la planche, lorsqu'elle vient se présenter dans sa joliesse nouvelle, elle semble danser un pas de folklore ; amusante et sympathique donc, cette   jeune Erica qui souhaite la bonne nuit à Corto et le remercie de son cadeau.

 

5.
Les planches 26 et 27 sont bien belles aussi : le souple Corto échappant à la tache noire du manteau de la Mort et à la faux avec laquelle la Mort moissonne âmes et corps. Bien sûr qu'il échappe à la Mort, Corto Maltese ; puisqu'il n’existe pas. Corto Maltese, c'est de l'être fictionnel, de l'imaginaire et s'il peut être oublié, réduit à une note savante dans un ouvrage universitaire, il peut aussi devenir mythique et hanter songes et pensées longtemps après que l'humain qui l'a créé est mort et enterré.

 

6.
Cela ne m'intéresse pas d'analyser l'album, et même de le commenter. Les professionnels de la bande dessinée le font bien mieux que je pourrais le faire (je suis assez ignorant, savez-vous?). Ce qui m'intéresse, c'est de m'y plonger, de tenter d'y retrouver cet enthousiasme que j'avais enfant puis adolescent en découvrant les vignettes colorées des magazines Spirou, Tintin et Pilote. Pas de glose donc sur l'apparition d'Erica, la tête en bas, louchant plus encore, en costume de magicienne d'illustration, mais je note tout de même cette allitération qui m'amuse :
« Je suis pucelle et magicienne, et avec mes servantes nous façonnons des rêves fabuleux, fantastiques, fatals et funestes pour faire prisonniers ces chevaliers du Saint-Graal chastes et assommants. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Erica/Kundry]) 

 

7.
Les pages 45 à 47 sont parmi mes préférées de l'album : Corto, que les corbeaux et maintenant les squelettes musiciens confondent avec l'épouvantail de la page 23, doit, pour atteindre « la rose alchimique »,   traverser un barrage de flammes. Aussi les squelettes lui demandent s'il est venu « danser [sa] danse de paille. » L'ironie macabre vient de ce que pour atteindre « la rose alchimique », Corto doit traverser un barrage de flammes. Bref, Corto, en compagnie des quatre tout-en-os, danse un « branle » appelé « La Délurée du couvent ». C'est rythmique et ça fait comme un entracte, mais peut-être qu'il y a là quelque allusion ésotérique, ou quelque référence érudite. Je n'en sais rien. 

 

8.
Et bien sûr, j'apprécie beaucoup l'humour des démons et du Grand Bouc que Corto finit par croiser, maintenant qu'il a cueilli « La Rose alchimique ». « Ne commençons pas à dire saint Ceci et saint Cela. , dit un démon et le Grand Bouc, n'est-il pas cocasse avec son « saint calice contenant... je n'ai jamais bien compris quoi. » ? Du reste, la scène du « Tribunal infernal » devant lequel Corto comparaît, accusé par le Diable lui-même de ne pas respecter « le pacte de la sainte allégresse qui impose l'appartenance à [son] infernale confrérie à quiconque fait usage de la source et du calice », est d'un grand comique. On y trouve aussi quelques éléments de philosophie du droit, énoncés par le chevalier Klingsor, et c'est intéressant.

 

9.
Enfin, et fort heureusement, Corto Maltese est acquitté et libre de retourner dans le réel, où il se réveille au « Tock ! Tock ! Tock ! Tock ! » frappés par la très réelle Erica à la porte de la chambre du rêveur. Et c'est normal, puisque la jeune fille lui apporte son café du matin et que cette chambre est une des chambres de la pension « Morphée », tenue par les parents d'Erica. Comme on le voit, rien d'ésotérique, rien de mystérieux. 
Que Corto soit libre de retourner dans le réel est une ironie de la fiction. C'est que les aventures de Corto ressemblent souvent à des rêves aux significations énigmatiques (enfant lecteur, je n'y comprenais rien mais déjà ces cases en noir et blanc, où apparaissaient des personnages tantôt menaçants, tantôt bienveillants, ou excentriques, me fascinaient). 

 

10.
« Même le lecteur qui nous découvrira demain peut être né de notre imagination ! »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [le chevalier Klingsor])
La légende nous rêve et nous nous réveillons à peine.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2024.

20 juillet 2024

JE PREVOIS DONC JE ME TROMPE

JE PREVOIS DONC JE ME TROMPE
Notes sur « Regards sur le monde actuel », de Paul Valéry.

 

1.
« Je prévois, donc je me trompe. »
(Paul Valéry)

 

2.
« Mais si générale et si présente qu'elle soit, il est remarquable qu'elle se raccorde fort mal avec la petite portion du monde réel où vit chacun de nous. »
(Paul Valéry, « Réflexions mêlées »)
Évoquant « cette image du monde » que politiques, médias et opinion publique entretiennent, Paul Valéry fait remarquer qu'elle est assez loin de la réalité subjective du quotidien, cependant que politiques, médias et opinion publique façonnent cette réalité et la travaillent en y intervenant par des lois, des règles, des codes. Nous avons tellement conscience de cette différence entre l'ordinaire de la vie de tous les jours et lointains législatifs que le commentaire favori des Français sur leur personnel politique se résume souvent au très clair : « Ah les cons ! ».

 

3.
« Il faut être infiniment sot ou infiniment ignorant pour oser avoir un avis sur la plupart des problèmes que la politique pose. »
(Paul Valéry, « Des partis »)
Aussi la politique est-elle un métier. Le problème étant que le peuple choisit assez souvent des représentants aussi infiniment sots et aussi infiniment ignorants qu'il peut l'être lui-même. Et s'ils ne sont ni sots, ni ignorants, ils sont parfois d'un cynisme consternant. L'avantage de la démocratie, c'est qu'ils n'y sont jamais que provisoires, voire étonnamment éphémères. Ce qui les oblige à une certaine retenue.

 

4.
19 juillet 2024. Entendu un journaliste évoquer le manque de confiance dans la démocratie représentative qu’exprimeraient de plus en plus souvent certains écologistes radicaux. Que les démocraties libérales se montrent assez impuissantes à régler bien des problèmes de protection de l'environnement, et surtout à faire face à des problèmes aussi cruciaux que ceux du changement climatique, du gaspillage énergétique et de la gestion des ressources naturelles (à commencer par l'eau) est une évidence. Et je pense assez que la démocratie n'est jamais qu'un moyen de réguler les appétits des ogres qui nous gouvernent. Mais, si corrompue soit-elle par les intérêts des marchands, remplacer la démocratie représentative par on ne sait quelle « dictature éthique » est une chimère dangereuse. Ce serait se jeter dans la gueule d'un loup, dont les premières proies seraient justement les naïfs qui, par amour des humains et des animaux, l'auraient amené au pouvoir.
Enfin, il y a, hélas, entre la démocratie représentative et la dictature, un moyen auquel les humains, assez souvent en fin de compte, recourent pour trancher dans le vif un certain nombre de questions (à commencer par celle de la rareté naturelle) et qui consiste à éliminer une partie de la population au profit d'une autre. Cela s'appelle la guerre.

 

5.
« La guerre économique n'est qu'une des formes de la guerre naturelle des êtres ; je ne dis pas des hommes, car on peut douter si l'homme n'est pas encore à l'état de projet... »
(Paul Valéry, « Souvenir actuel »)
Ce qui est en jeu, c'est toujours la rareté naturelle. Si le réel n'était qu'abondance pour tous, les problèmes posés au politique seraient tout autres. C'est alors que l'humain pourrait peut-être devenir ce qu'il est... ou pas.

 

6.
« Le fabuleux est dans le commerce. La fabrication de machines à merveilles fait vivre des milliers d'individus. »
(Paul Valéry, « Propos sur le progrès »)
En 2024, nous pouvons affirmer que la « fabrication de machines à merveilles fait vivre » non pas des « milliers » mais des millions d'individus. La société du spectacle fournit chaque jour à l'humain de quoi se fasciner. L'humain a créé les dieux et les ordinateurs. Et je me demande si les machines ne vont pas finir par prendre le pas sur les êtres abstraits.

 

7.
« … le problème le plus difficile de la politique du monde actuel, qui en sera demain l'un des plus graves. Ce problème est celui des rapports des Européens (et assimilés) avec les autres habitants du globe,... »
(Paul Valéry, « Introduction à un dialogue sur l'art »)
Le Nord contre le Sud. La Triade contre les BRICS. Les Etats-Unis contre la Russie. L'Europe et ses démocraties libérales contre les autoritarismes. Les  séquelles des décolonisations. Paul Valéry avait vu juste. 

 

8.
« L'homme a recherché dans la nature tout ce qu'il faut de moyens et de puissance pour rendre les choses autour de lui aussi promptes, aussi instables, aussi mobiles que lui-même, aussi admirables, aussi absurdes, aussi déconcertantes et prodigieuses que son propre esprit. »
(Paul Valéry, « Notre destin et les lettres »)
Ce n'est donc point la pure raison qui nous fit travailler la nature et la dominer de toute la complexité de nos cultures, mais la nécessité d'humaniser l'étrangeté radicale en rendant admirable, absurde, déconcertant et prodigieux ce qui est en soi ni prompt ni lent, ni stable ni instable, ni mobile ni immobile. 

 

9.
« Il faut que tout ce que l'on peut en dire n'en puisse épuiser la notion. »
(Paul Valéry, « Fonction et mystère de l'Académie »)
Aussitôt cette phrase lue, me vint à l'esprit la dernière proposition du « Tractatus logico-philosophicus », de Wittgenstein : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut se taire. »
Or, justement, ce dont nous parlons, c'est « ce dont on ne peut parler », qui devient, puisque nous en parlons, ce dont on peut parler. Le reste n’existe pas encore.

 

10.
Paul Valéry : « Regards sur le monde actuel ». Je m'étonne toujours qu'un esprit si vif et lucide et si doué pour la raison et l'analyse ait écrit des vers si sottement alambiqués. Mais si je n'apprécie que très moyennement la poésie de Paul Valéry, ses réflexions m'intéressent souvent. On y trouve des formules épatantes comme « Le fabuleux est dans le commerce » , « L'évidence excite le doute ».ou encore « Je prévois, donc je me trompe. ».

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2024.

19 juillet 2024

VERS UN GOUVERNEMENT DE CENTRE-DROIT ?

VERS UN GOUVERNEMENT DE CENTRE-DROIT ?

 

1.
Se demandera-t-on bientôt si le président Macron ne fut pas autre chose qu'un touriste en politique ? - La France est la 7ème puissance mondiale. On dit que les services publics y fonctionnent de plus en plus mal. La France est la 7ème puissance mondiale.

 

2.
On dit que le conflit en Ukraine pourrait bien se solder par une partition du pays. Cette solution me paraît très avantageuse pour la Russie. En fait, Poutine aurait gagné et atteint son objectif. Lui resterait ensuite à déstabiliser la partie de l'Ukraine restée indépendante, - et nous commençons à comprendre avec ce qui se passe aux Etats-Unis (le retour de plus en plus prévisible de Donald Trump au pouvoir) et en France (rendue ingouvernable du fait du poids qu'y ont pris les partis extrémistes et en partie sous influence russe, RN et LFI), que la guerre hybride de Guerassimov est, en fin de compte, très efficace. La seule solution pour éviter un tel scénario serait d'intégrer, après partition mais le plus rapidement possible, l'Ukraine indépendante dans l'OTAN. Vu les oppositions prévisibles, quelque chose me dit que cela ne sera pas facile du tout. 

 

3.
Juillet 2024. LFI et RN étant considérés comme persona non grata d'une éventuelle cohabitation, il semble que l'on s'achemine lentement mais sûrement vers un gouvernement de centre-droit (Macronie + LR). Sinon, euh, la France, elle risque de patauger encore longtemps. A moins que le PS envoie balader Mélenchon et négocie un gouvernement de centre-gauche.

 

4.
Les experts nous prédisaient que Poutine n'arriverait pas à affaiblir l'Occident.
Les experts nous prédisaient que, vues ses casseroles judiciaires, Trump ne reviendrait pas au pouvoir.
Juillet 2024 : la France patauge et le très trouble Trump sera probablement réélu président de la première puissance mondiale.
Conclusion : vous savez ce que je leur dis, aux experts ?

 

5.
Non, la France, état très centralisé, et les institutions de la Vème république ne peuvent rester longtemps sans gouvernement. Les comparaisons avec la Belgique, l'Allemagne et l'Italie sont vaines, les cultures politiques et les institutions y sont différentes.

 

6.
19 juillet 2024. France. Yaël Braun-Pivet réélue présidente de l'Assemblée nationale. La Macronie marque un point. Preuve aussi que LR et Renaissance sont certainement plus proches l'un de l'autre que le PS l'est de la LFI.

 

7.
19 juillet 2024. Yaël Braun-Pivet ayant été réélue, le NFP est furieux car la présidence de l'Assemblée nationale lui a échappé. A quoi est due cette défaite de la gauche ?
- Au manque d'unité de la coalition de gauche, dont les différentes parties ne réussissent pas à s'entendre, laissant imaginer ce que serait un gouvernement « Nouveau Front Populaire » dont les ministres passeraient leur temps à se tirer dans les pattes ?
- A l'intransigeance de la LFI qui feint de prétendre qu'elle veut dominer le NFP afin de faire appliquer un programme que Mélenchon sait sans doute parfaitement inapplicable (en tout cas dans le cadre d'une démocratie libérale et des institutions de la Vème République) ?
- A l'ignorance de certains à gauche de ce qu'est réellement un régime basé sur la proportionnelle, un législatif fort, la culture du compromis et le jeu des coalitions qui en sont la caractéristique ? (il est vrai que si la LFI arrivait au pouvoir, on verrait rapidement l’exécutif devenir bien plus vertical encore, étant donné qu'il devrait très vite faire face à des frondes, troubles, mouvements et oppositions des plus divers). 
- Au jeu normal de la démocratie parlementaire (alliances entre partis, négociations en coulisses, envois et renvois d'ascenseur...) ?
- A la volonté de ne pas laisser un communiste (André Chassaigne) accéder au perchoir ?

 

8.
19 juillet 2024. Les législatives précipitées sont-elles sur le point de se conclure par une coalition Macronie/LR, laissant présager un gouvernement de centre-droit, voire de droite. Le président Macron gagnera-t-il en fin de compte son pari ?
Dans ce cas, je dois dire qu'il se sera montré d'une rare habilité politique. Quant à l'attitude de Mélenchon, je ne sais qu'en penser.

 

9.
19 juillet 2024. France. A la perspective d'un gouvernement de centre-droit (Macronie + LR), certains à gauche en appellent à la censure. Certes, mais cela ne pourrait passer qu'avec l'appui du RN.
(Rappel : actuellement, NFP = 178 sièges ; Ensemble (Macronie) = 150 ; RN et ses alliés = 143 ; LR = 39).

 

10.
Juillet 2024. Franchement, je ne pense pas que se préparer à prendre des responsabilités en avançant à reculons soit une bonne stratégie politique.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juillet 2024.

Publicité
BREFS ET AUTRES
  • Blogs de brefs, ça cause humeur du jour, ironie et politique, littérature parfois, un peu de tout en fait en tirant la langue aux grands pompeux et à leurs mots trombones, et puis zut alors!
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité