Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

BREFS ET AUTRES

Publicité
18 octobre 2024

COMME UNE PÂTE A TARTINER

COMME UNE PÂTE A TARTINER

 

1.
Quand on l'a, le petit rire sec, il ne faut pas se mélanger les gâteaux.

 

2.
D'une manière générale, j'ai des cheveux. Si je n'ai pas répondu à votre question, allez vous faire brosser chez la cantatrice chauve et son caniche nain.  

 

3.
Les preuves de ma non-existence sont si nombreuses que j'en suis parfaitement pillé et par pillé.

 

4.
La place que j'ai devant les yeux – elle s'étale comme une pâte à tartiner – n’existe que par les circonstances. Soyons francs, si j'étais ailleurs, je doute d'avoir assez de talent pour la susciter, la penser, la faire résonner.

 

5.
Il ne faut pas prendre le premier ministre de la France pour un poisson stupide.

 

6.
On dit chocolatine parce qu'il y a du chocolat dedans ; de même que dans la saucisse, il n'y a ni sot, ni sotte, ni saumon.

 

7.
Je ne pense pas, je bzzzzzzzzzeute. C'est cérébral.

 

8.
En général, il vaut mieux ne pas mourir. Ce n'est guère recommandé pour la santé.

 

9.
On ne met pas toutes ses poches sous les yeux dans la même valise.

 

10.
Ayant une fois attrapé les pissenlits par la racine, il ne s'en remit jamais.

 

11.
Le temps passe, je m'efface, et m'épate même qu'aussi c'est pareil, je mange pâtes et patates.

 

12.
On ne demande pas à un képi s'il a une tête.

 

13.
Je ne m'apprécie que très moyennement. Je me supporte souvent. Parfois, ça s'aggrave. C'est, je crois, une affaire de tempérament, et de flair.

 

14.
Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir plumé est un proverbe stupide.

 

15.
Parfois, font des têtes à la grosse vache, et du museau façon nez d'boeuf ; C'est qu'il en faut pour toutes les cloches.

 

16.
Je me demande si Schrödinger avait un chat et s'il avait appelé Paradoxe. 

 

17.
« - Je ne connais personne de ce nom, dit Margaret. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

Moi non plus, je ne connais pas de Margaret. Je n'ai même jamais essayé.

 

18.
« - Il est fort coûteux de rompre un contrat. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [un personnage])

 

On ne rompt pas un contrat avec un aspirateur. Enfin, je pense. Ou alors, il faut être méticuleux et bien aspirer tous les termes.

 

19.
On ne fait pas d'omelette sans casser de sbires est une proposition comme une autre. Après, qu'elle mange des gaufres ou pas, ça, je n'en sais rien. 

20.
« Rod se dirigea à son tour vers l'alcôve, transportant sa petite trousse noire. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [un personnage])

 

Je crois n'avoir jamais lu cette phrase sans tomber sur la « petite trousse noire ». C'est étonnant que, depuis le temps, personne ne la lui a encore volée. 

 

21.
La question est : peut-on assassiner quelqu'un avec un roman policier ? Quelque chose me dit que oui, mais, étant moi-même assez paresseux, je ne développerai pas.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2024.

Publicité
13 octobre 2024

JONQUE FEROCE

JONQUE FEROCE

 

1.
La planche 21 de l'album « Le Moine fou », de Vink compte 9 cases dont une  divisée en deux (la case 4) parce qu'il y a lutte dans le sombre. C'est qu'on se bat sur la jonque.

 

2.
Il pleut dans la planche et il pleut sur la jonque. Une silhouette joue de la flûte sous cette pluie battante.

 

3.
Le flûtiste mystérieux, on ne voit pas son visage, mais les autres visages, celui de He Pao (c’est la jeune fille), celui de Yu Kong (c’est le fou furieux), et les visages des Sœurs et des combattants, on les voit bien qu’ils sont très expressifs.

 

4.
Dans cette planche, il y a un fou qui poursuit une jeune fille, laquelle brandit un sabre (« Je vais lui trancher les jambes », qu'elle crie la jeune fille, qui s'appelle He Pao). Pour trancher les jambes d'un fou furieux, il vaut mieux un sabre qu'une chocolatine, d'autant qu'il n'est nullement question de chocolatine dans cet album de Vink dont le titre est « Le Moine fou ».

 

5.
Il y a lutte sur la jonque que c'est pas clair à cause aussi des couleurs que c'est fait exprès tout ce mauve sombre dans lequel frappe la pluie. He Pao n'arrive pas à trancher les jambes du fou furieux qui l'agresse, même que le fou la blesse.

 

6.
He Pao, c’est le nom de la jeune fille. On apprend à la planche 28 de l’album que He Pao, ça signifie « le joyau du fleuve », que je pense que ça doit être vrai parce que l’album a l’air sérieux mais si ça se trouve c’est pas ça que ça veut dire.

 

7.
« Tu ne délires pas. Effectivement quelqu'un joue de la flûte. Sans doute donne-t-il l'ordre de retraite aux brigands. »
(Vink, « Le Moine fou », pl. 21, case 7 [Sœur Esprit Limpide à He Pao])

 

He Pao, blessée, est allongée et elle a mal qu’elle croit qu’elle entend « de la flûte », mais elle n’hallucine pas des oreilles que, comme je l’ai déjà dit, il y a une silhouette sous cette pluie battante et cette silhouette joue de la flûte.

 

Sœur Esprit Limpide donne des pilules à He Pao parce qu’elle dit que ça va la soulager. C’est sûr que des pilules efficaces, c’est bien quand c’est efficace, sinon on voit pas pourquoi. Et ce n’est pas comme la chocolatine.

 

En général, il n'est pas conseillé de délirer. Le délire nuit à la bonne marche des chameaux, des flûtiaux, des chapeaux, ces derniers se mettant alors à travailler furieusement tout en s'agitant du bocal.

 

Si, effectivement, quelqu'un joue de la flûte, n'y voyez pas malice. C'est qu'il s'agit d'un flûtiste. Si vous éprouvez de la haine pour les flûtistes, que voulez-vous que je vous dise. En tout cas, évitez de tirer sur le pianiste, cela fait mauvais genre.

 

Ce n'est pas parce que l'on joue de la flûte que l'on donne forcément l'ordre de retraite aux brigands. A la saison des amours, il se pourrait que s'intensifie la soufflerie flûtiste. De même pour les cornistes, les corniauds et les coreligionnaires.

 

8.
Il y a deux sœurs dans la jonque en proie au féroce (que je dirai, pour qualifier cette planche, que c’est une planche féroce), il y a Sœur Esprit Limpide et il y a Grande Sœur et Grande Sœur elle dit qu’il « serait sage de lever l’ancre » cause que la flûte affole les fous, les « fous et drogués », qu’elle dit que la flûte affole et « les incite à un combat suicidaire ». 

 

9.
J’aime bien cette planche sur la jonque. Elle est très mouvementée et j’aime bien l’album « Le Moine fou », de Vink, qui est un auteur belge de bande dessinée. Je ne sais pas si c’est parce qu’il est d’origine vietnamienne que l’on peut dire que les albums de la série « Le Moine fou » sont sérieux parce qu’ils se déroulent en Asie d’il y a longtemps, comme dans les films qu’on voit défois avec des guerriers, des sabres, des monastères et aussi que ça me rappelle les romans de van Gulik, le juge Ti, les mystères, les fantômes et les labyrinthes. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 13 octobre 2024.

 

6 octobre 2024

A PROPOS DE TANTE MARGOT

A PROPOS DE TANTE MARGOT

 

« Il y avait ceux qui n'étaient pas loin de considérer Tante Margot comme une fée ou comme une sorcière, incarnée dans un corps d'animal ; (...) ».
(Pierre Boulle, « La Baleine des Malouines »)

 

Il y a la clarté de l’expression – c'est important, ça, la clarté de l’expression -, il
Y a aussi de bonnes histoires et quand l'auteur sait écrire clairement et conte une bonne histoire, ça peut donner un roman qui vous intéresse, voire vous fascine. Je ne sais pas si « La Baleine des Malouines », de Pierre Boulle, peut fasciner, mais c'est du bon roman. Il y 
Avait aussi des choux à la crème, mais cela n'a rien à voir avec ce que je raconte, pas plus que le proverbe anglais « All good things must come to an end », et pas plus que le proverbe allemand « Es ist nicht alles gold, was glanzt ».

 

Ceux qui pensent que j'écris n'importe quoi ont raison. Que voulez-vous que je vous dise : il y a tant de bêtise aussi crasse qu'assassine en ce monde que j'aime autant la douce provocation de l'écriture du non-sens. « Ceux 
Qui n'étaient pas loin de considérer Tante Margot » - car il y en avait qui 
N'étaient pas loin de considérer Tante Margot – c'est le surnom de la baleine bleue – une « longueur moyenne de 25 à 27 mètres pour une masse de 130 tonnes » quand même que je lis sur Wikipédia – que donc, il y en avait, des soldats, des marins, 
Pas loin qu'ils étaient de considérer la baleine salvatrice, « détectant les mines magnétiques [et] les amenant à la portée des canons » - c'est qu'ils étaient 
Loin, les Britanniques, dans l'Atlantique sud, du côté des Malouines à reconquérir, là-bas, en 1982, et
De considérer la baleine – c'est ce que découvrent « les deux jeunes filles de la censure », Betsy et Joan – (il y a censure car il y a guerre, « la guerre des Malouines », dis), et de la
Considérer, cette baleine bleue, surnommée
Tante Margot, parce que c'est affectif, Tante
Margot, que s'ils l'avait appelée Vladimir Poutine – outre l'anachronisme -, cela aurait été moins sympathique, d'autant que Poutine tient plus du cancrelat que de la baleine.

 

Comme une fée, dis, qu'ils n'étaient pas loin de la considérer, la baleine bleue, - 
Une fée : ah, ce n'est pas rien, une fée, - la 
Fée bleue des mers du sud, voyez un peu ;
Ou comme une sorcière, non plus qu'ils n'étaient pas loin de la considérer, hein, la baleine bleue,
Comme une sorcière, une envoûtante marine, 
Une aquatique jeteuse de sorts, Calypso protectrice,
Sorcière des azurs et des gouffres amers,
Incarnée because qu'on dit que si ça se trouve que défois, on se réincarne en bestiole après qu'on fut humain, qu'alors son âme, son âme à soi, elle rentre
Dans un corps d'animal comme si elle était chez elle, là, dans
Un corps d'animal et pourquoi un
Corps d'animal et pas une boîte de petits pois, un étui de violoncelle, une poupée qu'après ça vous fait des légendes de poupée maléfique, un miroir qu'après ça vous fait des histoires de miroir hanté, que quand même un corps
D'animal, c'est plus pratique pour circuler dans l'Atlantique sud d'un roman de Pierre Boulle.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 octobre 2024.

6 octobre 2024

ET PUIS MERDE

ET PUIS MERDE

 

« Les soldats s'en vont lentement
Dans la nuit trouble de la ville »
(Apollinaire, « La mésange »)

 

Les soldats – c'est qu'il y en a des tas maintenant qui se battent de par le triste monde, des soldats, en Ukraine, en Israël, à Gaza, au Liban, et dans bien des Afriques, des 
Soldats, des soldats, des soldats qui 
S'en vont et viennent et meurent pour des drapeaux, des marchands de canons, des politiques et des voyous, des langues, des libertés et des dieux morts depuis longtemps. C'est qu'il y en a des tas, de soldats, de soldats, de soldats qui s'en
Vont pour ne jamais revenir, des âmes qui s'éteignent
Lentement, de petites flammes 
Dans la nuit des mondes qui s'effondrent qu'il y en a des gens sur la Terre, - 8 milliards, dis, qu'on dit qu'on sera 10 milliards en 2050, - ah ça en promet des massacres, des massacres, des massacres dans
La nuit des missiles, des drones et des machines à pulvériser qu'on fignole puisqu'il est si perfectionniste, l'humain ; la
Nuit trouble genre qu'on est le 6 octobre 2024 et qu'il y aura un an demain, un an qu'a eu lieu le pogrom commis par les assassins du Hamas le 7 octobre 2023. Qu'y a gagné le Hamas, à massacrer de pauvres gens qui dansaient ? Rien. Ses dirigeants sont désormais des « morts qui marchent ». Et la Palestine des Palestiniens est en passe de disparaître. Honte au Hamas, oui, sans doute, bien sûr, et puis gerbons. Un grand
Trouble court le monde. Que faut-il penser
De l'humanité ? Qu'elle court au gouffre ? Quelle évidence, dis, que la stupidité des bipèdes.

 

La ville défile parce que le train y passe et dis un peu que je cite Apollinaire, cet autre soldat parmi tant de soldats, de soldats, de soldats, et qui écrivit jadis, il y a si longtemps, si longtemps qu'entre temps bien des gens ont été assassinés :
« Ses yeux c'était tes jolis yeux
Son plumage ta chevelure
Son chant les mots mystérieux
Qu'à mes oreilles on susurre
Quand nous sommes bien seuls tous deux » 
(Guillaume Apollinaire, « La mésange » in « Poèmes à Lou »)
Et puis merde.  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 octobre 2024.

5 octobre 2024

ENIGME DANS LA SALLE DE BAIN

ENIGME DANS LA SALLE DE BAIN

 

« Mme MARTIN. - Ce matin, quand tu t'es regardé dans la glace tu ne t'es pas vu.

 

MARTIN. - C'est parce que je n'étais pas encore là... »
(Ionesco, « La Cantatrice chauve », scène IX)

 

Mme MARTIN dit quelque chose parce qu'il faut bien dire quelque chose quand on est un personnage d'une pièce de théâtre et qu'on est sur la scène donc Mme
MARTIN dit quelque chose ; elle fait même une remarque, Mme MARTIN concernant l'absence de M. MARTIN 
Ce matin dans la glace de la salle de bain (je suppose que c'était dans la salle de bain parce que Mme MARTIN précise que c'était ce matin. Or, nous savons que M. MARTIN, le 
Matin, n'a pas pour habitude de fréquenter d'autres miroirs que celui de la salle de bain. Après tout dépend de ce que l'on appelle « matin »).

 

Quand donc, lorsque M. MARTIN, ce matin, s'est regardé dans la glace, il ne s'est pas vu.
« Tu ne t'es pas vu », lui fait remarquer Mme MARTIN, parce qu'elle a le sens de l'observation. « Tu
T'es regardé dans la glace ; tu ne t'es pas vu », insiste Mme MARTIN, parce qu'elle a le sens de la répétition. Et certes, lorsqu'il s'est
Regardé dans la glace, ce matin, M. MARTIN ne s'est pas vu, là,
Dans la glace, oùsqu'il s'est visionné, M. MARTIN, là, dans
La glace, que c'est même pas qu'il n'en a pas cru ses yeux, que c'est que, là, dans la
Glace, ce matin, M. MARTIN, eh bin, il ne s'est pas vu.

 

Tu le crois ça, dis, tu le crois que lorsque M. MARTIN s'est considéré, ce matin, dans la glace, qu'il
Ne s'est pas vu pas pris pas cru pas dit. Dis,
T'es tout de même pas assez pour le croire ça, hein, dis moi
Pas que hein, dis, qu'il n'y a pas une explication logique au fait que M. MARTIN ce matin, dans la glace, il ne se soye pas
Vu, vu comme on dit, ah tiens, je l'avais pas vu.

 

M. MARTIN (j'ai connu un M. MARTIN ; c'était un instituteur ; c'était il y a longtemps, et pourtant j'étais né). M.
MARTIN, lui, il le sait bien pourquoi que ce matin, dans la glace, il ne s'est pas vu, que c'est lui-même qui va vous le dire, pourquoi, que moi, pendant ce temps, j'écoute le morceau « High and Dry », des Rolling Stones, sur l'album « Aftermath », que je vous en cite un bout de cette pièce country-blues, même que ça dit à un moment : 
« It's lucky that I didn't have any love towards her
Next time I'll make sure that the girl'll be much poorer
High and dry oh, what a way to go
She left me standing here just high and dry », que moi ce « high and dry », ça me fait penser au hareng saur pendouillant à la ficelle du poème de Charles Cros.

 

C'est que, qu'il explique M. MARTIN, s'il ne s'a pas vu, ce matin, dans la glace, c'est
Parce que, mais ce n'est pas parce que nous sommes en octobre 2024 et en fin de compte, on peut se demander si les gilets jaunes auraient pas eu raison des fois de Macron (poil au menton), cause que tant de violences, de gens matraqués, édentés, éborgnés, pis des procès pour en arriver à ça : un président impuissant (poil aux dents) et débordé (poil au nez) par la droite conservatrice (poil à la nourrice). A vomir. Honte à vous, président Macron, et je pèse mes cornichons et c'est parce
Que je n'étais pas là non plus qu'il dit, M. MARTIN,
Je ne me suis pas vu parce que je
N'étais (et ce n'est pas non plus parce que l'on pourrait dire Mélenchon, je te méprise. En acceptant de pactiser avec l'islamo-gauchisme, tu as tué la gauche française, et tu le sais, parce que M. MARTIN est un personnage d'une pièce de théâtre de Ionesco et qu'il ne fait de politique que par coïncidence). Non, et M. MARTIN le dit très bien, c'est parce que je n'étais, nous dit M. MARTIN,
Pas encore (poil au corps, poil aux nichons, poil aux cornichons), pas 
Encore, puisqu'il n'était pas
Là, et c'est tout ça que voilà. 

 

Note : on me demande ce que vient faire la citation d'une chanson des Rolling Stones dans cette histoire de Mme et M. MARTIN. C'est que certains n'ont pas encore remarqué que je pratiquais l'art du n'importe quoi parce que je ne prends pas grand chose au sérieux (mais j'aime beaucoup les Stones). 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 octobre 2024.

Publicité
5 octobre 2024

JE VOUS DIS ÇA C'EST POUR LE SON

JE VOUS DIS ÇA C'EST POUR LE SON

 

« Elle recomposa un numéro et, lorsqu'elle obtint une réponse, elle prit une petite voix essoufflée pour chuchoter : »
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, « A l'hôtel Bertram »)

 

Elle – est-elle une aventurière, une détective (c'est rare, mais défois ça arrive dans les romans), une écuyère, une guitariste ? Elle
Recomposa un numéro (et ça c'est parce qu'elle téléphone, parce qu'une guitare n'est pas un téléphone).
Un numéro donc qu'elle recomposa et nul ne sait quel est ce 
Numéro parce qu'en fait, on s'en fiche
Et, lorsqu'elle obtint une réponse,

 

Lorsqu'elle se rendit compte que le coupable qu'on disait qu'il était coupable n'était pas forcément le vrai coupable because que le vrai coupable, je ne sais pas qui c'est because que j'ai pas lu le roman, elle se dit à quoi ça sert d'avoir des romans partout chez soi si on les lit pas. Alors, elle se rendit à la poste d'hier où elle télégraphia (ce qui est tout à fait surréaliste ; d'ailleurs il pleuvait des cœurs fendus). Je ne sais pas ce qu'elle
Obtint, que si elle avait fait des crêpes, elle aurait obtenu des crêpes, mais comme elle n'a pas fait de crêpes, elle n'obtint pas de crêpes mais 
Une réponse (comme quoi défois on téléphone puis y a pas personne qui répond) et cause qu'elle avait obtenu une
Réponse, elle prit une petite voix ; une petite voix
Elle prit parce que si elle avait pris le train, y aurait eu plus personne au bout du fil, et c'est pour ça qu'elle
Prit une petite voix, le genre de petite voix qu'on sait pas ce que c'est 
Une petite voix – faut-il comprendre une voix de fillette ou de 
Petite jeune fille, ou d'adolescente apeurée ? Qu'en tout cas, sa petite 
Voix là, elle était essoufflée, toute essoufflaye qu'elle estaye, que je vous dis ça c'est pour le son.

 

Essoufflée donc, genre qu'elle a couru, la petite voix, qu'elle vient d'arriver en toute urgence, panique, la petite voix, et même que c'était
Pour chuchoter, comme si elle était surveillée, la petite voix, pour
Chuchoter et je ne dirai pas quoi, zavez qu'à lire le roman. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 octobre 2024.

 

5 octobre 2024

AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE

AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE

 

« LA FOLLE
Où mène cet escalier ?

 

L'EGOUTIER
Nulle part. Après soixante-six marches, on trouve un carrefour en étoile dont chaque chemin aboutit à une impasse. »
(Jean Giraudoux, « La Folle de Chaillot »)

 

Où mène cet escalier demande-t-elle et où qu'on va donc dis que ça nous
Mène où tous ces emberlitifricotages réformatifs là dis ?

 

Cet oiseau là, voyez, c'est un ministre, un suceur assurément dans cet
Escalier, un qui se croit utile, un travailleur du règlement, un homme d'ordre, un forçat du la loi c'est la loi, un enquiquineur du brave péquin.

 

Nulle république sans la Loi. C'est la loi. D'une 
Part, parce qu'il faut  bien servir à quelque chose, et que donc, puisque l'on a fait des études, du léna et sciencepo hein, manquerait plus que ça qu'on aurait pas le droit de décider pour les autres ce qui est bon pour nous ; d'autre part,
Après tant de siècles d'Histoire et d'âneries sanglantes dans tous les coins, faut bien continuer, qu'ça ait un sens hein quand même le sens de l'Histoire qu'on a appris ça dis au Lycée que l'Histoire, elle a un sens, elle commence par une hache et finit par le grand soir, l'Histoire, passqu'à peu près qu'ça rime, et si c'est pas le grand soir, on fera comme si : ah ça les cornichons ne passeront pas. Les oignons non plus. Les andouilles nous plus. Mangeons crêpes et gaufres.

 

Soixante-six : j'l'ai est pas encore. Tu
Marches, encore, vieille fabrique à sentiments.
On marche, on marche, on fonctionne, on
Trouve toujours un moyen de s'arranger avec sa pomme ; sinon qu'on dégringole. 

 

Un jour après l'autre, comme disait ma mère, et le
Carrefour sera bien gardé. Bon, quand même que je constate qu'avec les groupes de besoin là, il y a comme du technocratique à tableau excell  à l’œuvre, genre allez, on émiette bien les emplois du temps que ça nous fait des heures en classe entière, puis des heures en groupe, puis des heures en groupes de besoin (dont on doit changer régulièrement la composition, sinon ça fait pas sérieux) puis des heures en co-intervention (tous les quinze jours), puis des heures en « soutien au parcours » (ah le nom, dis, bien pompeux, prétentieux, tous les quinze jours aussi), que ça devient difficile d'accorder les violons, que ça pourrait nous emmener vite au décalage bien concret ça, entre les élèves et nos pommes.
En tout cas, l'éducation nationale n'en finit plus de réformer dans le sens de plus ça va, plus ça va être difficile au service public d'assurer ses missions et donc les technocrates n'ont plus qu'à attendre qu'on se plante pour nous déclarer caducs, obsolètes, has been, dérisoires et si coûteux que vaudrait mieux privatiser le mammouth, tout cela avec la complicité plus ou moins en dépit de leur plein gré de l'encadrement (chefs d'établissement, inspecteurs, zélés divers des services divers) tout ça qui fonctionne parce qu'il est payé pour.

 

Etoile, étoile, ma bonne étoile,
Dont je sais que tu te fiches bien de ma poire, à
Chaque jour suffit sa peine, dis-tu, et qu'il est long, le
Chemin – les gens me saoulent ; les collègues me saoulent ; les élèves me saoulent, les politiques me donnent la nausée – qu'ça
Aboutit à quoi, je vous démonte un pneu ou c'est pour manger tout de suite ?
A quoi, à qui, à qui, à qui, que, quoi, dont, où, lesquels, comme chacun sait, sont des pronoms relatifs, à
Une impasse, dis, c'est forcé, une
Impasse avec tout là-bas, là-bas, au bout d'la longue rue qui descend, une affiche avec dessus un clown qui s'agite.

 

Conclusion : Dans l'éducation nationale, comme ailleurs, le technocrate moderne a l'art de se rendre indispensable et cela au détriment du service public, bien entendu.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 octobre 2024.

28 septembre 2024

L'ARAIGNEE DANS LE RIDEAU

L'ARAIGNEE DANS LE RIDEAU

 

1.
J'aime bien le début du roman « L'insoupçonnable Grandison », de Charlotte Armstrong, je cite: « - Combien de masques rencontrons-nous dans une journée ? ».

 

2.
Il y a parfois des personnes dont on se demande si elles avaient « des raisons de souhaiter mourir ». Il y a aussi des créatures perfides. 
Citation : 
« - Méfiez-vous, s'écria Jane, inquiète, c'est une créature perfide. Elle vous ensorcellera et vous mènera par le bout du nez. »
(Charlotte Armstrong traduit par Ishbel du Cazalet et Edwige Champoury, « L'insoupçonnable Grandison »).
Les créatures perfides, ces araignées du réel.

 

3.
Hier, une élève s'est inquiétée d'une araignée dans le rideau.

 

4.
Aujourd'hui, le 27 septembre 2024, on dit sur France Inter que des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth visaient le quartier général du Hezbollah.

 

5.
Dans le roman de Charlotte Armstrong, il est question d'un « sac de coûteux chocolats hollandais enveloppés de papiers brillants. » C'est peut-être un détail.
Dans les romans policiers, les chocolats, défois, ça évoque le poison, ça défois, les chocolats... le bouillon de onze heures... Je me demande d'où ça vient, cette expression de « bouillon de onze heures ». Paraît que ça viendrait des empoisonnements concoctés par La Brinvilliers, celle-là de « l'affaire des poisons », au 17ème siècle.

 

6.
Il y a, à chaque instant, quelqu'un qui s'apprête « à quitter la bibliothèque », et tant qu'il y aura des bibliothèques, il y aura, à chaque instant, quelqu'un qui s'apprêtera à quitter la bibliothèque, puisque, aussi bien, il y eut une quantité énorme de gens qui, à chaque instant, se sont apprêtés « à quitter la bibliothèque ».
Citation : « Grandy, la main sur la poignée de la porte, s'apprêtait à quitter la bibliothèque. »
(Charlotte Armstrong, « L'insoupçonnable Grandison »).

 

7.
« Elle se reconnut, mais l'image ne lui rappelait aucun souvenir. »
(Charlotte Armstrong, « L'insoupçonnable Grandison »).

 

Elle, - s'agit de Mathilda -,
Se reconnut, c'est-à-dire que l'image qu'on lui présentait d'elle-même était conforme à la représentation qu'elle se faisait d'elle-même. C'est ainsi que le réel procède pour reconnaître les vivants. Et, comme elle se
Reconnut, elle vit qu'elle n'était pas une autre, qu'elle ne serait jamais cette autre fille qu'elle croyait qu'elle était.
Mais alors, si elle n'était pas cette autre fille qu'elle croyait qu'elle était, qui était réellement cette personne dont elle reconnaissait
L'image – c'était elle-même – mais qui
Ne lui rappelait aucun souvenir, ne
Lui évoquait aucun passé où elle aurait pu être, ne lui
Évoquait rien, comme si elle avait été tout autre que cette fille sur la photographie qui lui ressemblait pourtant copie conforme, jumelle, elle tout craché, ne lui évoquait
Aucun (alors à ce moment un élève dit que si l'araignée se décrochait du rideau et lui rentrait dans le nez, il pourrait mourir. Ce à quoi je rétorquai qu'il serait fort étonnant que l'araignée du rideau se mette à calculer qui avait le plus gros nez de la classe pour aller s'y fourrer) et donc Mathilda , la photographie ne lui évoquait aucun
Souvenir que peut-être cette Mathilda là, la Mathilda de la photographie, était soit une fausse Mathilda, une autre fille déguisée en Mathilda, soit comme c'est écrit dans le roman, « qu'elle avait pu, en effet, perdre la mémoire. » 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 28 septembre 2024.

22 septembre 2024

LES REVES DONT LES CHOSES SONT FAITES

LES REVES DONT LES CHOSES SONT FAITES

 

1.
« Elle ne peut tout de même pas nous poursuivre tout autour du globe. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Mort sur le Nil » [Simon Doyle])

 

Certes, non, elle ne peut tout de même pas nous poursuivre tout autour du globe.
Sauf si elle est la Mort.
La Mort n'est pas un chou à la crème.
Dans certaines conditions, un chou à la crème peut être mortel.
Dans certaines conditions.
La Mort n’est pas non plus une actrice de cinéma.
Une actrice de cinéma peut tout aussi bien que n’importe qui assassiner quelqu’un.
Dans certaines conditions.
Vous n’avez qu’à demander à l’inspecteur Colombo.

 

2.
« Enfin, quelle importance, voilà ce que je dis toujours, ça reviendra, ça que je trouve si merveilleux, tout revient. »
(Samuel Beckett, « Oh les beaux jours ! » [Winnie])

 

Je ne sais pas si les choses reviennent comme quand on dit « ça reviendra », « tout revient ».
Je ne sais pas si les choses elles-mêmes savent si elles reviennent ou pas.
Les choses qui reviennent sont-elles elles-mêmes ou les échos d'autres échos ?
Je regarde les dominos. Les dominos ne me tirent pas la langue. Ils ne haussent pas les épaules. Mais tout de même, je le sens bien qu'ils se moquent de moi.

 

3.
« You Really Got Me » est un titre des Kinks sorti en 1964.
Le groupe Van Halen en a publié une version fameuse en 1978. On y entend de la guitare électrique dont on dit qu'elle est virtuose. Je ne sais pas si elle est virtuose.
Mon âne ne sait pas ce que c'est que la virtuosité.

 

« Yeah, you really got me now
You got me so I can't sleep at night »
(Ray Davies, « You Really Got Me »)
J'aime bien citer les chansons, surtout celles en anglais.
Dois-je me justifier de citer les chansons, surtout celles en anglais ?
Certes, vous avez le droit de ne pas aimer les chansons, surtout celles en anglais.
Mais moi, j'aime citer les chansons, surtout celles en anglais.

 

4.
« Je me retournai vers Rayna. Elle avait déjà désactivé son hologramme de camouflage humanoïde. Je fis de même. L’heure était venue. »
(Martin Winckler, « Le mensonge est ici » [le narrateur])

 

Je me demande si le réel ne grouille pas de camouflages humanoïdes.
Et si le réel réellement grouille de camouflages humanoïdes, je me demande ce qui se cache derrière ces camouflages humanoïdes.
Un solo de Jimi Hendrix ?
Une équation d’Albert Einstein ?
Les rêves dont les choses sont faites ?

 

5.
J’écoute un disque de Yma Sumac.
J’aime beaucoup la voix de Yma Sumac.
J’aime beaucoup le mystère et la science des chansons de Yma Sumac.
Je me dis que Yma Sumac est peut-être la plus grande chanteuse pop qui ait jamais existé.
Comme elles me semblent fades, les voix des midinettes à ritournelles actuelles que l’on nous vend comme de la nouveauté.
« Nous avons perdu en exigence », me dit ma collègue de philosophie à Aire-sur-la-Lys.

 

Je ne fonderai pas de société secrète vouée au culte de Yma Sumac.
Mais tout de même, j’aime beaucoup la voix de Yma Sumac.

 

Comme j’aime beaucoup la guitare de Jimi Hendrix,
Comme j’aime beaucoup l’inventivité des Beatles,
Comme j’aime beaucoup la poésie de Leonard Cohen,
J’aime beaucoup la voix de Yma Sumac.

 

6.
Je ne lirai pas de Dostoïevski aujourd’hui.
Je n’écouterai pas « Dans les steppes de l’Asie centrale » aujourd’hui.
Je ne boirai pas de vodka aujourd’hui.
Je regarde des trissotins disserter sur Macron et sur Barnier.
Je bois un whisky et j’écoute du blues.
Comme tous ceux qui boivent du whisky et écoutent du blues.
Peut-être plus tard j’aurai envie de vomir.
Ça passera.
Bah en vérité, je suis dans un rade en basse-ville et je bois de la bibine qui fait pisser en compagnie d’un crétin de base qui me raconte que Poutine c’est sa belle-sœur.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 septembre 2024.

 

14 septembre 2024

POUR NE PAS FINIR TOUT A FAIT BILLE

POUR NE PAS FINIR TOUT A FAIT BILLE

 

« Le soleil était encore au-dessus de l’horizon (non pas le soleil ; l’apparence du soleil ; c’était cet instant où il s’est déjà couché, ou bien va se coucher, et alors qu’on le voit là où il n’est pas).
(Adolfo Bioy Casares traduit par Armand Pierhal, « L’Invention de Morel »)

 

Le soleil, ô vieille tête tranchée qui n’est pas une tête tranchée puisqu’elle est le
Soleil. Le soleil (et comme je regardais la jeune femme je vis qu’elle 
Était déjà vieille des années de son père, des nuits de sa mère et
Encore que l’on pouvait y discerner les traits de son visage d’enfant,
Au-dessus de ce temps transparaissant, passait l’ombre
De ce qui use le réel comme l’eau use la pierre), mais pourquoi vous parler de ce fantôme puisque ce qui importe ici, c’est
L’horizon, cette ligne sur laquelle roule le soleil
(Non pas le soleil ; une boule gonflée de sang ; non
Pas le soleil ; un panier d’âmes tourmentées ; non pas
Le soleil ; une tête de cheval tournoyante ; non pas le
Soleil ; une vieille tête tranchée qui n’est pas une tête tranchée puisqu’elle est le soleil).

 

L’apparence étant contre moi, je ne me fis plus aucune illusion.

 

Du soleil, il y a certainement tant de choses à dire, mais moi, du
Soleil, étant aussi ignorant qu’un sac de billes, je ne sais rien.

 

C’était une main. Elle galopait toute seule le long de 
Cet alentour, de cet environ, de cet
Instant, et elle disparut si vite que je crus avoir rêvé. Je me dis : « La main passe. »
Où donc est-elle passée, cette main ? Se peut-
Il que cette main ne soit pas une main mais un animal en forme de main ? S’est-il ce genre
Déjà produit dans la tête d’autres gens ? J’étais 
Couché et mes billes roulaient au plafond comme autant de petites étincelles indépendantes.

 

Ou alors je n’étais pas couché, et je regardais mes billes s’échapper de moi, sac ouvert. Ou
Bien je n’étais pas là et mes billes en profitaient pour jouer avec une de mes célèbres mains tendues que, jadis, je tranchais avec l’exactitude de celui qui 
Va comme il peut sans 
Se soucier des autres joueurs de billes (écoutons du rock ; écoutons la jeunesse du monde me dis-je en croquant un cornichon). Ou bien j’allais me
Coucher, ayant rassemblé mes billes et les ayant remises dans le sac dont j’ai fait mon corps.

 

Et comme j’écoutais la chanteuse de pop/rock moderne et les sons électroniques qui y esquissent des perspectives planantes,
Alors je l’imaginais en robe d’été, achetant des légumes au marché, poivrons, tomates, oignons, même
Qu’on en fait des plats parfumés, dis. Ça doit être
Le son si particulier de ce groupe, méditerranéen à mélopées et percussion du sable que le vent jette dans les herbes.
 

 

Voit-elle, la lune ? Non, la lune ne voit pas. D’ailleurs,
Là où on la voit, la lune, c’est
Où elle n’est que l’apparence de la lune. De même,
Il n’est pas là, le soleil, il
N’est pas là où on le voit. D’ailleurs, il n’y a 
Pas de lune, ni de soleil, il n’y a que des phénomènes auxquels je donne un nom pour ne pas finir tout à fait bille.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 septembre 2024.

 

Publicité
BREFS ET AUTRES
  • Blogs de brefs, ça cause humeur du jour, ironie et politique, littérature parfois, un peu de tout en fait en tirant la langue aux grands pompeux et à leurs mots trombones, et puis zut alors!
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité