NI LFI NI RN
1.
21 août 2024. France. Taxer les plus riches, dites-vous ? Rétablir l'ISF ? Bah, ça se fera sans doute, surtout si c'est pour mieux faire passer la pilule amère de l'austérité budgétaire, qui touchera tout le monde.
2.
21 août 2024. Les plafonds budgétaires revus et corrigés par le NFP ? Possible. Du reste, si une motion de censure ne les renvoie pas sur les bancs de l'opposition, que fera le NFP ? Retour de l'ISF ? Augmentation du SMIC, retraite à 62, voire 60 ans ? Recrutement massif de fonctionnaires et revalorisation des traitements ? Réformes fiscales ? Impôts et taxes dits de « transition écologique » ? Et d'ici 2027, la dette française aura battu des records et Marine Le Pen remportera les élections présidentielles.
Et je ne parle pas des embrouilles sociétales : retour du pédagogisme niais dans l'éducation nationale ? Laxisme migratoire ? Communautarisme larvé ? Relativité de plus en plus relative en matière judiciaire ? Ni des soucis géopolitiques quant au maintien de la France dans l'OTAN, les relations avec les Etats-Unis, la Russie, l'Ukraine, l'UE, et autres fantaisies qui pourraient advenir en particulier si la LFI arrivait à s'imposer à des ministères stratégiques.
3.
21 août 2024. En France, cette semaine, qui ne veut pas du pouvoir ne l'aura pas. Qui veut du pouvoir ne l'aura pas forcément, mais peut négocier, et surtout ruser.
4.
21 août 2024. Les députés LFI balancent trop d'âneries, de contre-vérités et font beaucoup trop de provocations (pour le compte de qui exactement, et je souligne exactement, car, pour certains, je me pose des questions) que le résultat ne se fera pas attendre longtemps : il est de moins en moins probable que le président Macron accepte la nomination d'un ministre LFI au sein d'un éventuel gouvernement NFP. A moins que le président Macron veuille jeter de l'huile sur le feu, et provoquer soit une motion de censure, soit des troubles dans l'opinion, soit les deux à la fois.
5.
22 août 2024. Paraît que certains, au NFP, s'amusent d'avoir choisi Lucie Castets comme représentante de la gauche lors des négociations avec le président Macron. « Ça fera chier le président qui la méprise » (sic) aurait dit, selon @paul_denton, « un ponte du PS ». Je ne sais pas si ce potin est vrai, mais s'il l'est, le propos de ce ponte est stupide, et prouve que certains au NFP ne sont pas à la hauteur de l'enjeu : diriger la sixième puissance mondiale à l'heure où les démocraties occidentales ont à faire face à une situation internationale particulièrement tendue marquée par deux conflits de haute intensité.
D'autant plus stupide, que si jamais le président Macron décide d’accéder à la demande du NFP et de nommer Lucie Castets chef du gouvernement à la condition que la LFI n'y soit pas représentée, que fera-t-elle ?
6.
22 août 2024. Que certains dans la classe politique française, mais aussi dans les médias nos institutions, soient corrompus (ou objets d'un kompromat, ou simplement fascistes par conviction) et défendent les intérêts de Poutine, est, je crois, un secret de polichinelle.
7.
Un gouvernement NFP sans la LFI prouverait que le NFP n'aura été que ce qu'il est : une alliance électorale sur un programme sur lequel personne n'est réellement d'accord.
Rien n'empêcherait, bien sûr, la LFI d'essayer de peser sur un éventuel gouvernement NFP en tentant de mobiliser la rue et les syndicats. Mais il n'est pas sûr que cela fonctionne. Nous ne sommes pas en 1936.
8.
22 août 2024. Pure fiction. Cela n'arrivera pas. Mais imaginez un gouvernement NFP où les ministères stratégiques seraient occupés par des personnes issues de la LFI. Vous imaginez la tête des créanciers à la France et des agences de notation ? Ça pourrait devenir rapidement problématique d'emprunter et d'attirer des investisseurs étrangers. Et c'est là le danger, puisque, après consultation forcée du peuple (c'est-à-dire les membres du Parti Mélenchonien Unifié), le PMU (Parti Mélenchonien Unifié) pourrait peut-être alors se tourner vers des pays comme la Russie et la Chine, et nous en deviendrions très vite les soutiens, sinon les alliés. Bien sûr, dans un premier temps, il y aurait la nationalisation du secteur bancaire, la sortie de l'OTAN, une renégociation des traités européens qui pourrait nous faire sortir de l'UE, voire de la zone euro, tant qu'on y est, et quant à la nouvelle monnaie populaire en lieu et place de « l'horrible euro néo-libéral », le très flottant Franc Mélenchon pourrait être utile à la constitution d'une monnaie bolivarienne basée sur une parité stable avec le rouble, la roupie, le yuan et le bouton de culotte vénézuélien.
9.
Beaucoup se demandent pourquoi la France et la Vème république sont-elles si rétives à l'idée de coalition (et donc de proportionnelle, de compromis entre partis de droite et de gauche, etc...). J'y vois au moins trois raisons :
- La France est un pays partagé entre des positions radicales héritées de la Révolution française. Tous républicains (ou presque), mais pas de la même manière, loin de là. Et les ombres de Robespierre et de Bonaparte planent encore, ah oui.
- La France a été un pays occupé par les nazis pendant cinq ans. D'où, de la gauche à la droite gaulliste, une grande méfiance envers ce qui rappellerait le pétainisme, la collaboration, l'antisémitisme. C'est ainsi que le RN, pourtant héritier du très antisémite FN, a gagné récemment des voix en se présentant comme un soutien d'Israël contre le Hamas. Mais c'est aussi la raison pour laquelle une partie des Français refuse et refusera l'arrivée de l’extrême-droite au pouvoir, et donc tout compromis ou coalition avec l’extrême-droite.
- La France est un ex-empire colonial, une puissance nucléaire, diplomatique, financière et un des grands marchands d'armes de la planète. Ces caractéristiques ne sont pas sans provoquer de très vifs débats dans l'opinion. Et en cas de crise, comme actuellement, ces débats se traduisent très vite dans la vie politique par une radicalisation des positions.
10.
23 août 2024. Au train où vont les choses, et si la France se voit dotée d'un gouvernement NFP la semaine prochaine, je pressens que, pour éviter des motions de censure de partout, la LFI sera priée de rester chez elle. C'est peut-être ce qu'elle veut.
Et puis, c'est tellement plus confortable de continuer à faire le cirque dans l'hémicycle, et cela aux frais du contribuable, en se débrouillant par des provocations incessantes à n'avoir jamais à prendre aucune responsabilité. La LFI est une imposture.
11.
23 août 2024. D'après ce que je lis et ce que j'entends : en l'état actuel des négociations, Lucie Castets ne serait pas nommée premier ministre la semaine prochaine. Ça semble cuit pour le NFP. Le poids de la LFI y est trop important. La gauche va-t-elle d'ici quelques jours appeler à des grèves et à des manifestations, ou va-t-elle attendre patiemment pour mieux réagir aux premières décisions du futur gouvernement ?
12.
La politique est un métier. Sa légitimité est de servir la nation. Refuser, sous prétexte que l'on n'a peu de sympathie pour le président Macron, une coalition avec un bloc centriste afin de faire barrage à la LFI et le RN est une faute professionnelle.
Patric Houzeau
Malo, le 24 août 2024.