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BREFS ET AUTRES

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22 juillet 2024

RIMBAUD QUEL NOIR DRAPEAU STILAL !

RIMBAUD QUEL NOIR DRAPEAU STILAL !

 

1.
« L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance,
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ; 
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;»
(Rimbaud, « Mémoire »)
Ces vers de Rimbaud, j'y reviens souvent. Je laisse aux universitaires l'os de leur signification. Leur hermétisme gracieux suffit à ma fascination. Je note la clarté, la blancheur associée à la pureté : (« l'eau claire » ; « lys pur » ; « pucelle »). Pictural sans doute. Jeanne d'Arc ? (mais elle était plutôt à l'attaque, non?). Jeanne Hachette, qui défendit, hache à la main, les remparts de Beauvais assiégé par les Bourguignons de Charles le Téméraire ? Peu importe. La musique me suffit.

 

2.
« Le ciel est joli comme un ange.
L'azur et l'onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse. »
(Rimbaud, « Bannières de mai »)
Je songe qu'Apollinaire aurait pu composer ces vers. 
De la nature fantomatique des narrateurs, qu'un rayon de soleil suffit à dissiper.

 

3.
« Banc vert où chante au paradis d'orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis de la salle à manger guyanaise
Bavardage des enfants et des cages. »
(Rimbaud, « Plates-bandes d'amarante... »)
J'aime bien cette évocation du fouillis que révèle le jeu des associations d'idées. C'est curieusement pop, cette « blanche Irlandaise » à la guitare. M'évoque les pochettes de disques des années 60-70. Je songe à Kiki Dee, bien que je ne pense pas qu'elle soit irlandaise et que je ne sais pas si elle joue de la guitare. Quant au « bavardage des enfants et des cages », pinkfloydien sans doute. Rimbaud psychédélique ? 

 

4.
« Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n'en finirais pas de me revoir dans ce passé. »
(Rimbaud, « Mauvais sang »)
Une partie de la nation française au début du XXIème siècle. Mais pas si dupe, le narrateur rimbaldien (celui-là, quel noir drapeau!) qui s'interroge et constate : « quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, - représentants du Christ. » C'est qu'il est républicain tout de même, et n'oublie pas l'histoire, la féodalité et le droit prétendument divin et pas plus naturel que l'affinage du camembert.

 

5.
« C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron. - La calèche du cousin crie sur le sable. - Le petit frère – (il est aux Indes!) là, devant le couchant, sur le pré d’œillets. »
(Rimbaud, « Enfance, II »)
On dirait la bande-annonce d'un film fantastique. D'où Rimbaud sort-il ces phrases ? D'un roman populaire peut-être ? De l'hypermnésie dont je le soupçonne ? Fascinant.

 

6.
« Le jeune homme dont l’œil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu'eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu »
(Rimbaud, « Les sœurs de charité »)
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir... » ou le retour des tartuffes à propos d'une grande photo d'un fessier féminin en maillot de bain exposée dans une vitrine et qui choqua certains internautes. Et ces vers de Rimbaud, en sont-ils froissés ?
Choqués ? Bah... Considérez ceci :
Les corps des militaires sont objectivés.
Les corps des athlètes sont objectivés. 
Les corps des gens du spectacle sont objectivés (acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses, danseurs, danseuses,..).
Je ne sais plus quel pédagogue de l'Antiquité grecque donnait ses cours en se dissimulant, dit-on, derrière un rideau, afin que les élèves ne soient pas distraits par sa gestuelle, ses mimiques, sa beauté (ou sa laideur), et se concentrent le plus possible sur ses propos.
La société repose aussi sur l'objectivation et le spectacle des corps.
Non, les humains ne cesseront pas de se reluquer les uns les autres.
Non, les humains ne cesseront pas de manger de la viande.
Non, les humains ne cesseront pas de boire, de fumer, et la prohibition de l'alcool et du tabac ne pourrait que nourrir trafics et bars clandestins.
Aussi bien, ils mettent beaucoup d'ingéniosité à se trouver des addictions nouvelles.
Non, les humains ne cesseront pas de se faire la guerre.
Non, les humains ne sont pas gentils, ni solidaires. Certains le sont, d'autres non. Certains le sont parfois, d'autres jamais.
Après, tout est question d'éducation, cette photo dans une vitrine d'un fessier féminin en maillot de bain doit être prise pour ce qu'elle est : une publicité  vulgaire ; une vulgaire publicité.
Soit vous vous choquez, et vous êtes hypocrite, ou très prude. 
Soit vous vous fascinez, et il n'y a pas de quoi.
Soit vous regardez ailleurs, et haussez les épaules, parce que, franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
Maintenant, vous pouvez toujours rêver d'une société végétarienne, aux corps cachés, aux yeux baissés, sans addictions ni conflits, mais ce genre de société ne serait pas une société humaine, et certainement pas une société de libertés. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juillet 2024

 

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21 juillet 2024

JE SENS QUE JE PUIS N'AVOIR POINT ETE

JE SENS QUE JE PUIS N'AVOIR POINT ETE

 

1.
« Ainsi il avait une double pensée, l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son état véritable et que ce n'était que le hasard qui l'avait mis en la place où il était. »
(Blaise Pascal, « Trois discours sur la condition des Grands »)
Ce roi là est bien sage, qui sait que sa légitimité n'est jamais que fruit du hasard. En nos temps troublés où le moindre petit chef de service, sous prétexte qu'il est né en France et qu'il a été baptisé, estime qu'il est la France incarnée, ou encore que le moindre petit étudiant, sous prétexte qu'il a lu  les sociologues et qu'il vient d'un milieu modeste, estime qu'il est légitime d'aller  casser des vitrines et d'incendier des voitures, cette sagesse manque cruellement.

 

2.
« Un bout de capuchon arme 25 000 moines. »
(Pascal)
Puissance des religions capable de lever des armées, de déclencher des attentats, de légitimer massacres et assassinats pour la simple raison que les uns croient et les autres non.
Reste à savoir manier la rareté naturelle, et le politique est en mesure de faire croire n'importe quoi à ceux qui abandonnent leur esprit critique pour le plaisir d'entendre ce qu'ils veulent entendre.

 

3.
« La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie. »
(Pascal)
Lucidité de Blaise Pascal et cynisme du politique.

 

4.
« Vanité.
La cause et les effets de l'amour.
Cléopâtre. »
(Pascal)
Les notes prises par Pascal confinent parfois à la modernité poétique. Réjouissant.

 

5.
« Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »
(Pascal)
Le réel est décevant. Surtout quand nous sommes rassasiés. Le manque excite le désir. C'est là le secret de l’exception, et la source de nos frustrations. 

 

6.
« Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous ? Est-ce la main, est-ce le bras, est-ce la chair, est-ce le sang ? On verra qu'il faut que ce soit quelque chose d'immatériel. »
(Pascal)
Le plaisir est une activité nerveuse. Aussi l’anxiété. Est-ce le travail des nerfs que Pascal suppose être immatériel ? Est-ce la « cause » des  physiologies ? L'origine des corps ? A force de mettre dieu partout, on finit par le rendre indécent.
Notons le rythme.

 

7.
« Qu'est-ce que nos principes naturels sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants ceux qu'ils ont reçu de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux. » 
(Pascal)
On ne peut mieux dire qu'il n'y a que fort peu de nature en l'humain, et que ce l'on appelle « droit naturel » n'est jamais qu'une vaste blague. Aussi nos sociétés sont-elles nécessairement violentes. Et le but du droit et de la politique ne sont pas d'annihiler cette violence, mais de la légiférer afin que par ses excès, elle n'aboutisse pas à la dissolution de la nation. Du reste, en cas de nécessité, l'Etat sait parfaitement recourir à cette violence qu'il estime légitime (cela va des tirs de LBD (Lanceurs de balles de défense) qui éborgnent à l'envoi de troupes dans des opérations extérieures).
Note : LBD = Lanceur de balles de défense.

 

8.
« Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé ; donc je ne suis point un être nécessaire. »
(Pascal)
Cogito. Réflexivité.
Certes, l'individu n'est pas un être nécessaire. C'est l'humain qui, si l'on veut, serait nécessaire. A quoi ? Bah, mis à part chercher une vérité et toujours à s'améliorer, on peut considérer que l'humain n'est pas plus nécessaire que la matière, dont on peut considérer qu'elle aurait pu aussi ne pas être. Aussi n'est-elle que parce que l'humain la nomme, l'observe, l’explore.
Ce n'est pas parce qu'il y a quelque chose que ce quelque chose existe. Ce qui est, c'est le « il y a » (le « da-sein », le « es gibt »). L'aviateur désorienté ou en proie à la dissociation, n'est pas victime de l'OVNI qu'il croit voir, qu'il affirme voir (et pour lui cet OVNI est aussi réel que l'avion qu'il pilote) mais victime de l'illusion que son esprit perturbé entretient. (cf sur YouTube l’excellente vidéo sur l'affaire Valentich publiée par la chaîne Sylartichot ce 20 juillet 2024).
De même que « de deux propositions contraires, l'une au moins n'est pas fausse » ne prouve pas que tout est vrai et équivalent, mais que deux propositions contraires peuvent être aussi illusoires l'une que l'autre.
La vérité ne serait-elle jamais que celle de l'humain et la morale qu'une condition de l'humain ?
Désespérant, dites-vous ? - Haussons les épaules.
De toute façon, pour tenter de le rendre acceptable, les humains flanquent du dieu partout dans le réel, à un point tel qu'un candidat aux présidentielles américaines, ayant échappé à une tentative d'assassinat, crie au miracle et ne se prive pas de se faire acclamer par ses électeurs comme s'il était un élu de Dieu, un protégé du Christ.
Ainsi se rend-il nécessaire. Et c'est justement là qu'est le danger, qu'un politique élu par le peuple, qu'un républicain, finisse par se convaincre qu'il est aussi nécessaire qu'un roi s'estimant de droit divin. 
En 2024, sincères ou pas, il semble que Trump et Poutine cultivent ce mensonge.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juillet 2024.

20 juillet 2024

CORTO ERICA KLINGSOR

CORTO ERICA KLINGSOR
En lisant « Les Helvétique », de Hugo Pratt (Ed. Casterman, traduction de l'italien revue et corrigée par Céline Frigau, 2015)

 

1.
« La curiosité, Corto, rien que la curiosité. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Jeremiah Steiner])
Ce qui me rappelle aussitôt l’expression anglaise : « Curiosity killed the cat ». Mais l'on verra que dans cet album, contrairement à d'autres, nul ne meurt et tout le monde rêve.

 

2.
« - Dites-moi, Klingsor, quel âge avez-vous ?
- Quatre ans. Mais je pourrais aussi en avoir sept cent treize. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Corto Maltese et l'enfant « Klingsor »])
Le temps, déjà qu'en soi, s'il existe, il n'est certainement pas ce qu'on croit, alors dans l'imaginaire, le temps, vous pensez bien qu'il fait ce qu'il veut de nos conventions humaines.

 

3.
Page 15 de l'album « Les Helvétiques », de Hugo Pratt, le mur où s'alignaient les figurines peintes représentant des personnages des légendes de la Suisse avant qu'elle soit la Suisse, est maintenant vide, et pourtant, Corto Maltese vient juste de converser (durant quatre planches) avec deux d'entre elles : l'enfant Klingsor avant qu'il devienne chevalier et Ulrich von Zazikofen.

 

4.
J'aime beaucoup la page 20 de l'album, la planche dans laquelle la jeune  Erica se dépêche d'enfiler la robe couleur « Rose de Thuringe » (comme l'appelle Corto) et que le marin des aventures vient de lui offrir. Ce qui est amusant, c'est que Erica est une adolescente de quinze ans, une « petite jeune fille » si l'on veut, mais pas encore une jeune femme ; elle est assez planche à pain et pas vraiment mignonne, sans être laide cependant qu'elle louche un chouïa, et qu'au centre de la planche, lorsqu'elle vient se présenter dans sa joliesse nouvelle, elle semble danser un pas de folklore ; amusante et sympathique donc, cette   jeune Erica qui souhaite la bonne nuit à Corto et le remercie de son cadeau.

 

5.
Les planches 26 et 27 sont bien belles aussi : le souple Corto échappant à la tache noire du manteau de la Mort et à la faux avec laquelle la Mort moissonne âmes et corps. Bien sûr qu'il échappe à la Mort, Corto Maltese ; puisqu'il n’existe pas. Corto Maltese, c'est de l'être fictionnel, de l'imaginaire et s'il peut être oublié, réduit à une note savante dans un ouvrage universitaire, il peut aussi devenir mythique et hanter songes et pensées longtemps après que l'humain qui l'a créé est mort et enterré.

 

6.
Cela ne m'intéresse pas d'analyser l'album, et même de le commenter. Les professionnels de la bande dessinée le font bien mieux que je pourrais le faire (je suis assez ignorant, savez-vous?). Ce qui m'intéresse, c'est de m'y plonger, de tenter d'y retrouver cet enthousiasme que j'avais enfant puis adolescent en découvrant les vignettes colorées des magazines Spirou, Tintin et Pilote. Pas de glose donc sur l'apparition d'Erica, la tête en bas, louchant plus encore, en costume de magicienne d'illustration, mais je note tout de même cette allitération qui m'amuse :
« Je suis pucelle et magicienne, et avec mes servantes nous façonnons des rêves fabuleux, fantastiques, fatals et funestes pour faire prisonniers ces chevaliers du Saint-Graal chastes et assommants. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Erica/Kundry]) 

 

7.
Les pages 45 à 47 sont parmi mes préférées de l'album : Corto, que les corbeaux et maintenant les squelettes musiciens confondent avec l'épouvantail de la page 23, doit, pour atteindre « la rose alchimique »,   traverser un barrage de flammes. Aussi les squelettes lui demandent s'il est venu « danser [sa] danse de paille. » L'ironie macabre vient de ce que pour atteindre « la rose alchimique », Corto doit traverser un barrage de flammes. Bref, Corto, en compagnie des quatre tout-en-os, danse un « branle » appelé « La Délurée du couvent ». C'est rythmique et ça fait comme un entracte, mais peut-être qu'il y a là quelque allusion ésotérique, ou quelque référence érudite. Je n'en sais rien. 

 

8.
Et bien sûr, j'apprécie beaucoup l'humour des démons et du Grand Bouc que Corto finit par croiser, maintenant qu'il a cueilli « La Rose alchimique ». « Ne commençons pas à dire saint Ceci et saint Cela. , dit un démon et le Grand Bouc, n'est-il pas cocasse avec son « saint calice contenant... je n'ai jamais bien compris quoi. » ? Du reste, la scène du « Tribunal infernal » devant lequel Corto comparaît, accusé par le Diable lui-même de ne pas respecter « le pacte de la sainte allégresse qui impose l'appartenance à [son] infernale confrérie à quiconque fait usage de la source et du calice », est d'un grand comique. On y trouve aussi quelques éléments de philosophie du droit, énoncés par le chevalier Klingsor, et c'est intéressant.

 

9.
Enfin, et fort heureusement, Corto Maltese est acquitté et libre de retourner dans le réel, où il se réveille au « Tock ! Tock ! Tock ! Tock ! » frappés par la très réelle Erica à la porte de la chambre du rêveur. Et c'est normal, puisque la jeune fille lui apporte son café du matin et que cette chambre est une des chambres de la pension « Morphée », tenue par les parents d'Erica. Comme on le voit, rien d'ésotérique, rien de mystérieux. 
Que Corto soit libre de retourner dans le réel est une ironie de la fiction. C'est que les aventures de Corto ressemblent souvent à des rêves aux significations énigmatiques (enfant lecteur, je n'y comprenais rien mais déjà ces cases en noir et blanc, où apparaissaient des personnages tantôt menaçants, tantôt bienveillants, ou excentriques, me fascinaient). 

 

10.
« Même le lecteur qui nous découvrira demain peut être né de notre imagination ! »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [le chevalier Klingsor])
La légende nous rêve et nous nous réveillons à peine.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2024.

20 juillet 2024

JE PREVOIS DONC JE ME TROMPE

JE PREVOIS DONC JE ME TROMPE
Notes sur « Regards sur le monde actuel », de Paul Valéry.

 

1.
« Je prévois, donc je me trompe. »
(Paul Valéry)

 

2.
« Mais si générale et si présente qu'elle soit, il est remarquable qu'elle se raccorde fort mal avec la petite portion du monde réel où vit chacun de nous. »
(Paul Valéry, « Réflexions mêlées »)
Évoquant « cette image du monde » que politiques, médias et opinion publique entretiennent, Paul Valéry fait remarquer qu'elle est assez loin de la réalité subjective du quotidien, cependant que politiques, médias et opinion publique façonnent cette réalité et la travaillent en y intervenant par des lois, des règles, des codes. Nous avons tellement conscience de cette différence entre l'ordinaire de la vie de tous les jours et lointains législatifs que le commentaire favori des Français sur leur personnel politique se résume souvent au très clair : « Ah les cons ! ».

 

3.
« Il faut être infiniment sot ou infiniment ignorant pour oser avoir un avis sur la plupart des problèmes que la politique pose. »
(Paul Valéry, « Des partis »)
Aussi la politique est-elle un métier. Le problème étant que le peuple choisit assez souvent des représentants aussi infiniment sots et aussi infiniment ignorants qu'il peut l'être lui-même. Et s'ils ne sont ni sots, ni ignorants, ils sont parfois d'un cynisme consternant. L'avantage de la démocratie, c'est qu'ils n'y sont jamais que provisoires, voire étonnamment éphémères. Ce qui les oblige à une certaine retenue.

 

4.
19 juillet 2024. Entendu un journaliste évoquer le manque de confiance dans la démocratie représentative qu’exprimeraient de plus en plus souvent certains écologistes radicaux. Que les démocraties libérales se montrent assez impuissantes à régler bien des problèmes de protection de l'environnement, et surtout à faire face à des problèmes aussi cruciaux que ceux du changement climatique, du gaspillage énergétique et de la gestion des ressources naturelles (à commencer par l'eau) est une évidence. Et je pense assez que la démocratie n'est jamais qu'un moyen de réguler les appétits des ogres qui nous gouvernent. Mais, si corrompue soit-elle par les intérêts des marchands, remplacer la démocratie représentative par on ne sait quelle « dictature éthique » est une chimère dangereuse. Ce serait se jeter dans la gueule d'un loup, dont les premières proies seraient justement les naïfs qui, par amour des humains et des animaux, l'auraient amené au pouvoir.
Enfin, il y a, hélas, entre la démocratie représentative et la dictature, un moyen auquel les humains, assez souvent en fin de compte, recourent pour trancher dans le vif un certain nombre de questions (à commencer par celle de la rareté naturelle) et qui consiste à éliminer une partie de la population au profit d'une autre. Cela s'appelle la guerre.

 

5.
« La guerre économique n'est qu'une des formes de la guerre naturelle des êtres ; je ne dis pas des hommes, car on peut douter si l'homme n'est pas encore à l'état de projet... »
(Paul Valéry, « Souvenir actuel »)
Ce qui est en jeu, c'est toujours la rareté naturelle. Si le réel n'était qu'abondance pour tous, les problèmes posés au politique seraient tout autres. C'est alors que l'humain pourrait peut-être devenir ce qu'il est... ou pas.

 

6.
« Le fabuleux est dans le commerce. La fabrication de machines à merveilles fait vivre des milliers d'individus. »
(Paul Valéry, « Propos sur le progrès »)
En 2024, nous pouvons affirmer que la « fabrication de machines à merveilles fait vivre » non pas des « milliers » mais des millions d'individus. La société du spectacle fournit chaque jour à l'humain de quoi se fasciner. L'humain a créé les dieux et les ordinateurs. Et je me demande si les machines ne vont pas finir par prendre le pas sur les êtres abstraits.

 

7.
« … le problème le plus difficile de la politique du monde actuel, qui en sera demain l'un des plus graves. Ce problème est celui des rapports des Européens (et assimilés) avec les autres habitants du globe,... »
(Paul Valéry, « Introduction à un dialogue sur l'art »)
Le Nord contre le Sud. La Triade contre les BRICS. Les Etats-Unis contre la Russie. L'Europe et ses démocraties libérales contre les autoritarismes. Les  séquelles des décolonisations. Paul Valéry avait vu juste. 

 

8.
« L'homme a recherché dans la nature tout ce qu'il faut de moyens et de puissance pour rendre les choses autour de lui aussi promptes, aussi instables, aussi mobiles que lui-même, aussi admirables, aussi absurdes, aussi déconcertantes et prodigieuses que son propre esprit. »
(Paul Valéry, « Notre destin et les lettres »)
Ce n'est donc point la pure raison qui nous fit travailler la nature et la dominer de toute la complexité de nos cultures, mais la nécessité d'humaniser l'étrangeté radicale en rendant admirable, absurde, déconcertant et prodigieux ce qui est en soi ni prompt ni lent, ni stable ni instable, ni mobile ni immobile. 

 

9.
« Il faut que tout ce que l'on peut en dire n'en puisse épuiser la notion. »
(Paul Valéry, « Fonction et mystère de l'Académie »)
Aussitôt cette phrase lue, me vint à l'esprit la dernière proposition du « Tractatus logico-philosophicus », de Wittgenstein : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut se taire. »
Or, justement, ce dont nous parlons, c'est « ce dont on ne peut parler », qui devient, puisque nous en parlons, ce dont on peut parler. Le reste n’existe pas encore.

 

10.
Paul Valéry : « Regards sur le monde actuel ». Je m'étonne toujours qu'un esprit si vif et lucide et si doué pour la raison et l'analyse ait écrit des vers si sottement alambiqués. Mais si je n'apprécie que très moyennement la poésie de Paul Valéry, ses réflexions m'intéressent souvent. On y trouve des formules épatantes comme « Le fabuleux est dans le commerce » , « L'évidence excite le doute ».ou encore « Je prévois, donc je me trompe. ».

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2024.

19 juillet 2024

VERS UN GOUVERNEMENT DE CENTRE-DROIT ?

VERS UN GOUVERNEMENT DE CENTRE-DROIT ?

 

1.
Se demandera-t-on bientôt si le président Macron ne fut pas autre chose qu'un touriste en politique ? - La France est la 7ème puissance mondiale. On dit que les services publics y fonctionnent de plus en plus mal. La France est la 7ème puissance mondiale.

 

2.
On dit que le conflit en Ukraine pourrait bien se solder par une partition du pays. Cette solution me paraît très avantageuse pour la Russie. En fait, Poutine aurait gagné et atteint son objectif. Lui resterait ensuite à déstabiliser la partie de l'Ukraine restée indépendante, - et nous commençons à comprendre avec ce qui se passe aux Etats-Unis (le retour de plus en plus prévisible de Donald Trump au pouvoir) et en France (rendue ingouvernable du fait du poids qu'y ont pris les partis extrémistes et en partie sous influence russe, RN et LFI), que la guerre hybride de Guerassimov est, en fin de compte, très efficace. La seule solution pour éviter un tel scénario serait d'intégrer, après partition mais le plus rapidement possible, l'Ukraine indépendante dans l'OTAN. Vu les oppositions prévisibles, quelque chose me dit que cela ne sera pas facile du tout. 

 

3.
Juillet 2024. LFI et RN étant considérés comme persona non grata d'une éventuelle cohabitation, il semble que l'on s'achemine lentement mais sûrement vers un gouvernement de centre-droit (Macronie + LR). Sinon, euh, la France, elle risque de patauger encore longtemps. A moins que le PS envoie balader Mélenchon et négocie un gouvernement de centre-gauche.

 

4.
Les experts nous prédisaient que Poutine n'arriverait pas à affaiblir l'Occident.
Les experts nous prédisaient que, vues ses casseroles judiciaires, Trump ne reviendrait pas au pouvoir.
Juillet 2024 : la France patauge et le très trouble Trump sera probablement réélu président de la première puissance mondiale.
Conclusion : vous savez ce que je leur dis, aux experts ?

 

5.
Non, la France, état très centralisé, et les institutions de la Vème république ne peuvent rester longtemps sans gouvernement. Les comparaisons avec la Belgique, l'Allemagne et l'Italie sont vaines, les cultures politiques et les institutions y sont différentes.

 

6.
19 juillet 2024. France. Yaël Braun-Pivet réélue présidente de l'Assemblée nationale. La Macronie marque un point. Preuve aussi que LR et Renaissance sont certainement plus proches l'un de l'autre que le PS l'est de la LFI.

 

7.
19 juillet 2024. Yaël Braun-Pivet ayant été réélue, le NFP est furieux car la présidence de l'Assemblée nationale lui a échappé. A quoi est due cette défaite de la gauche ?
- Au manque d'unité de la coalition de gauche, dont les différentes parties ne réussissent pas à s'entendre, laissant imaginer ce que serait un gouvernement « Nouveau Front Populaire » dont les ministres passeraient leur temps à se tirer dans les pattes ?
- A l'intransigeance de la LFI qui feint de prétendre qu'elle veut dominer le NFP afin de faire appliquer un programme que Mélenchon sait sans doute parfaitement inapplicable (en tout cas dans le cadre d'une démocratie libérale et des institutions de la Vème République) ?
- A l'ignorance de certains à gauche de ce qu'est réellement un régime basé sur la proportionnelle, un législatif fort, la culture du compromis et le jeu des coalitions qui en sont la caractéristique ? (il est vrai que si la LFI arrivait au pouvoir, on verrait rapidement l’exécutif devenir bien plus vertical encore, étant donné qu'il devrait très vite faire face à des frondes, troubles, mouvements et oppositions des plus divers). 
- Au jeu normal de la démocratie parlementaire (alliances entre partis, négociations en coulisses, envois et renvois d'ascenseur...) ?
- A la volonté de ne pas laisser un communiste (André Chassaigne) accéder au perchoir ?

 

8.
19 juillet 2024. Les législatives précipitées sont-elles sur le point de se conclure par une coalition Macronie/LR, laissant présager un gouvernement de centre-droit, voire de droite. Le président Macron gagnera-t-il en fin de compte son pari ?
Dans ce cas, je dois dire qu'il se sera montré d'une rare habilité politique. Quant à l'attitude de Mélenchon, je ne sais qu'en penser.

 

9.
19 juillet 2024. France. A la perspective d'un gouvernement de centre-droit (Macronie + LR), certains à gauche en appellent à la censure. Certes, mais cela ne pourrait passer qu'avec l'appui du RN.
(Rappel : actuellement, NFP = 178 sièges ; Ensemble (Macronie) = 150 ; RN et ses alliés = 143 ; LR = 39).

 

10.
Juillet 2024. Franchement, je ne pense pas que se préparer à prendre des responsabilités en avançant à reculons soit une bonne stratégie politique.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juillet 2024.

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19 juillet 2024

LES YEUX NE DISPARURENT PAS

LES YEUX NE DISPARURENT PAS

 

1.
« Vous aurez beau bâtir des églises, jalonner les chemins de chapelles et de croix, vous n'empêcherez pas les dieux de l'ancienne Thessalie de réapparaître à travers les chants des poètes et les livres des savants. »
(Hawthorne cité par Jean Ray in « Malpertuis »). 
La culture est le vecteur des dieux anciens. Ils sont là, dans les romans, les films, les jeux vidéos, et je ne sais pas s'ils sont bienveillants... 

 

2.
« Il murmura une prière qu'il n'acheva pas dans ce monde. »
(Jean Ray, « Malpertuis »)
C'est le genre d'effet que cultive le style classique. Jean Ray fut certainement l'un des derniers maîtres d'une langue française variée, imagée, nuancée, fluide et allusive, élégante, efficace.

 

3.
« Sans mon excellent maître, le bon abbé Doucedame, qui m'obligea souvent à voir au lieu de regarder, je me serais détourné de la tâche entreprise. »
(Jean Ray, « Malpertuis », [Le narrateur Grandsire])
« voir au lieu de regarder » : c'est aussi la leçon de Sherlock Holmes, de la science et de la philosophie. Ah ça, il y faut de la cervelle. Sinon, zavez qu'à faire de la politique.

 

4.
« Le corps d'Euryale trépidait d'une vie méchante, ses mains se levaient, montaient à la hauteur de ce cou. »
(Jean Ray, « Malpertuis », [Le narrateur Grandsire]) 
Il est question aussi de « griffes féroces » et de « terribles yeux ». C'est presque comique, grotesque. Euryale, qui est, selon le narrateur Jean-Jacques Grandsire, prise de jalousie, est sur le point d'étrangler sa « rivale ». Mais les lois et les mystères de Malpertuis ne le permettent pas. 

 

5.
« Une longue lévite.... une barbe d'argent, de grands yeux sévères et en même temps infiniment tristes.
- Eisengott ! » 
(Jean Ray, « Malpertuis », [Le narrateur]) 
« Das Eisen », c'est le fer, si je ne me trompe. D'où les « yeux sévères » du serviteur de Dieu ; et leur infinie tristesse, vu que Malpertuis est plein de maléfices et de morts d'un genre pas naturel du tout : exemple, la tête clouée qui chante : « Je suis la rose de Saaron... », c'est pas courant tout de même hein.

 

6.
« Les trois dames Cormélon, réunies en une masse compacte de voiles, bondissaient à travers l'espace comme une grosse boule de brouillard noir où grouillaient d'indistinctes horreurs. »
(Jean Ray, « Malpertuis », [Le narrateur Grandsire]) 
Une des caractéristiques de l'épouvante littéraire : l'indescriptible. Le conteur de maléfices fixe lui-même les limites de ses évocations. Certes, le styliste pourrait prolonger, rentrer dans les détails, mais il s'y refuse, soit par humilité, soit, plus vraisemblablement, par souci d'efficacité. La description horrifique, en se prolongeant exagérément, pourrait vite ennuyer le lecteur. C'est la leçon des conteurs de métier ; celle aussi de Lovecraft, qui est sans doute un de ceux qui ont poussé la phrase d'épouvante au plus près de ce que l'on ne peut dire...

 

7.
« La spagirie, la nécromancie, la géomancie et autres sciences relevant de la magie noire, rouge et blanche, ont daigné faire confidence à mes veilles studieuses. »
(Jean Ray, « Malpertuis », [Doucedame-le-Vieil])
La spagirie, ou spagyrie, est une méthode de soin dérivée, dit-on, de recherches alchimiques. Paraît que ça existe encore et qu'il y en a qui y croient. Mwouais.
La nécromancie, c'est se renseigner sur l’avenir en interrogeant les morts. Chaipas comment ils font ; m'en tamponne.
La géomancie, c'est une méthode de divination qu'il y a des « points simples ou doubles », des « lancers de dés », des « cailloux ou des objets sur une surface plane » ; par contre, il n'y a pas le parapluie de mon oncle, et ça, c'est bizarre parce qu'en général, quand mon oncle prend son parapluie, c'est qu'il va pleuvoir. 
La « magie noire », c'est celle des ensorcellements, des envoûtements, des emprises, des malveillances.
La « magie rouge », c'est celle en rapport avec les sentiments, l'amour, le cœur et tout ça qui fait qu'on est cocu ou pas.
La « magie blanche », c'est la bienveillante.
Sinon, pour la méthode de dessalement des morues, vous pouvez vous adresser au Merlin de l’excellente série Kaamelott.

 

8.
« Les yeux ne disparurent pas : ils me fixaient à présent avec une douleur indescriptible, ils étaient dans l'urne de verre ! »
(Jean Ray, « Malpertuis », [Le narrateur Grandsire])
Le regard, ce révélateur d'humanité, qu'on sait comme ça que l'être qui se tient devant et s'apprête à vous vendre un aspirateur, n'est pas un androïde, mais un bipède perspicace, réflexif, généralement affectif et qui a fait un Bac Pro Commerce. Ceci dit, moi, dans les yeux des humains, j'y devine de l'archaïque, voire du féroce latent, mais je n'ai pas une bonne vue.

 

9.
« Mais cette foi ne se souffle pas comme une flamme de chandelle, elle s'allume, brûle, irradie et agonise. Les dieux vivent d'elle, lui empruntent leur force et leur pouvoir, sinon leur forme. »
(Jean Ray, « Malpertuis », [L'abbé Doucedame]) 
Les humains ont inventé les dieux et les ordinateurs.
Les humains existent ; les dieux sont ; les ordinateurs existent.
Les humains existent et utilisent et les dieux qui sont, et les ordinateurs qui existent.
Le point de singularité, sera-ce quand les ordinateurs à venir utiliseront et les dieux qui sont et les humains qui existent ?
 

 

10.
« J'ai perdu la foi, - parce que je suis distrait -...)
(Frédéric Sigrist, le 18 juillet 2024, sur France Inter, dans la chronique qui commence chacune de ses émissions (« Blockbusters »)) 

 

11.
« La voix, dans la nuit, suppliait : « Moïra, inspirez-moi ! »
(Jean Ray, « Malpertuis », [Père Euchère]) 
La Moïra est une loi mythologique qui impose aux humains d'accepter que leur existence soit partagée entre bonheur et malheur, fortune et infortune, vie et mort. Le Eisengott de Malpertuis, en demandant à la Moïra de l'inspirer, se détourne de la Bible et révèle un indice sur sa véritable nature. Qui, en effet, dans « l'Iliade », s'en remet à la Moïra en acceptant les morts d'Hector et de Sarpédon ?

 

12.
Jean Ray : « Malpertuis ». Une demeure mystérieuse. Un étrange testament. Des morts surnaturelles. Des références à la mythologie, au folklore, des citations, des allusions. « Malpertuis » est un de mes livres préférés ; un puzzle, ce livre ; on y pressent des vérités sur les hommes, les dieux et les lois qui les animent. Sur le temps, peut-être. Une fresque aussi, une suite d'images et d'énigmes.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juillet 2024. 

18 juillet 2024

J'ECRIS POUR CASSER LE TEMPS

J'ECRIS POUR CASSER LE TEMPS

 

1.
« J'écris pour casser le temps. »
(Poirot-Delpech, « L'été 36 » [Alexis])

 

2.
« Dans sa chambre du manoir était affiché un portrait de Mussolini »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Détail révélateur. C'est qu'il y en avait sans doute dans la France de 1936 à croire que la solution était le fascisme. D'autres croyaient au paradis soviétique. De la gourance quoi.
Aujourd'hui, c'est Poutine et Trump qui font bander les peu doués et les cyniques qui en profitent. Ça pue.

 

3.
« Marguerite avait perdu le goût, et jusqu'à l'idée, de chasser sa contemporaine. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
« Chasser sa contemporaine » (ou son contemporain) de son espace personnel, c'est assez difficile, surtout que défois, on en a besoin, de sa contemporaine, et même de son contemporain.

 

4.
« Elle était partagée entre la crainte que Gabin ne la convoite pas assez, et celle qu'il la désire trop. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Ah le dilemme, dis. Ah tiens, j'entends causer sur France Inter du « girl power » et de « sororité ». Quelqu'un dit que le terme « autrice » est maintenant accepté, et c'est heureux parce que le mot, s'il avait disparu des usages, n'en est pas moins attesté dans l'histoire de la langue. Non, le mot « autrice » n'est pas un barbarisme.

 

5.
«... des rayons morcelés allumaient sur la mer  des cerces dorés comme des cymbales. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
C'est aussi pour ce genre de trouvaille que je lis des romans. C'est pas grand chose, même pas toujours très signifiant, et même inutile.
Ah tiens, j''entends sur France Inter quelqu'un dire que « la résilience, c'est quand même un peu des conneries ». Enfin ! 

 

6.
« Seraient-ils encore là l'été suivant ? Par ces temps troublés, comment prévoir ? »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Dans la France de juillet 2024, on ne se pose pas encore ce genre de questions (en tout cas, pas pour des raisons politiques), mais cela, hélas, pourrait venir. Dire qu'il n'y a pas de tensions en France en ce moment serait mentir. Heureusement que Mélenchon fait tout pour éviter de prendre le pouvoir et que le RN en est pour l'instant écarté.

 

7.
« Il pensait que la foule française – elle l'avait prouvé en 1789 et à la Commune – était sanguinaire, dangereuse. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
A mon avis, y a pas que la « foule française » qui soit dangereuse. Les bipèdes, dès qu'ils sont en nombre et manipulés par la voyoucratie politique, se comportent souvent comme des salauds.

 

8.
« - O Xénia, ô étrangère, sais-tu au moins si la beauté est to tôn anthropôn ergon, l’œuvre des hommes, ou to tôn theôn dôron, ou un cadeau des dieux ? »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 » [Alexis])
C'est le genre de citations que j'affectionne pour leur côté baroque. Après, la question se pose : la beauté est-elle une production sociale, une subjectivité culturelle ou un en-soi ?

 

9.
« La bêtise ne rassure pas, dans ces affaires ; c'est un risque de plus. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Comme on le voit, les discours des démagogues actuels (LFI et RN), n'ont de cesse de flatter la bêtise et l'ignorance d'un certain nombre d'électeurs. Ce n'est pas nouveau, mais toujours dangereux. 

 

10.
« Victoire la disait bigote : elle se révélait farouchement anticléricale. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Les gens ne sont pas toujours ce que l'on imagine. Certains même masquent leurs vraies motivations et ce qu'ils pensent réellement. Il y a de ces messages produits par certaines figures de la LFI qui me font penser à des provocations dont le but réel serait, en fait, de ternir l'image de la LFI. Ceci dit, cela sert plutôt les intérêts de Mélenchon qui ne semble guère désireux d'accéder au pouvoir, se préparant sans doute à son inévitable défaite aux présidentielles 2027 (et si ce n'est lui, son successeur sera battu tout aussi bien).
Autre hypothèse (mais je n'ose y croire) : Mélenchon sait parfaitement qu'en France, l'accession au pouvoir de l’extrême-gauche est sinon impossible (pour des raisons de sécurité internationale), en tout cas non désirable car elle plongerait le pays dans des troubles et des crises à n'en plus finir. Il ferait donc comme Jean-Marie Le Pen en son temps, se débrouillerait pour surtout ne pas être en mesure de prendre le pouvoir et accomplirait un travail salutaire d'encadrement et de canalisation de tout un tas d'agités et autres zozos.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 juillet 2024.

18 juillet 2024

ET JE VEUX VOUS CONTER

ET JE VEUX VOUS CONTER
En parcourant « Poèmes à Lou » précédé de « Il y a », d'Apollinaire.

 

1.
« Et je veux vous conter » : donc le narrateur à Apollinaire, il se sent conteur. C'est son droit.

 

2.
« Prions qu'il tombe ailleurs », de quoi parle-t-il ? D'un obus, d'un éclair, d'un arbre, d'un dieu ? 

 

3.
Des valises avec « des formes très bizarres, des formes de perche par exemple » : cette formule n'a rien à voir avec Apollinaire ; je l'ai entendue ce matin sur France Inter à propos de l'arrivée des athlètes au village olympique.

 

4.
« aux fagnes désolées » : je note cela à cause du mot « fagnes » qui désigne un espace géographique commun à la France et à la Belgique, même qu'en wallon, le mot « fagne » désigne un « terrain marécageux » (du bas-francique « fanja » : boue).

 

5.
« Je crois qu'il se souvient » : vraiment ?

 

6.
« Personne cependant n'envisage la mort » : ça, je ne suis pas sûr. 

 

7.
Dans le poème « Agent de liaison », Apollinaire a cette image particulièrement originale : 
« Dans un bois de bouleaux de hêtres de noisetiers
Ensoleillé comme si un trusteur y avait jeté ses banques »
L'or de la monnaie se confond avec l'or de la lumière (la « monnaie du soleil », ai-je entendu ailleurs).

 

8.
« J'ai bien cru prendre toute ta beauté et je n'ai eu que ton corps »
(Apollinaire, « L'amour le dédain et l'espérance »)
Comme quoi, le désir est vraiment une illusion, un jeu de dupes, et ce que l'on appelle « amour » se situe ailleurs. Dans les travaux et les jours, la patience et la complicité, ou quelque chose dans ce goût.

 

9.
« Toutes les autres images du monde sont fausses », écrit-il, Apollinaire, dans « C'est ». 
Le réel est d'autant plus réel qu'il sonne souvent faux. L'illusion dénonce le réel : ce n'est pas comme cela que cela est, mais il n'en reste pas moins que cela est.

 

10.
Apollinaire, c'est aussi les mots rares, l'allusion érudite, les noms colorés, pittoresques. Blaise Cendrars avait aussi ce goût. 
« Ouïs l'oie oua-oua les singes hurlent les oiseaux cloches
Vagues du Prororoca l'immense mascaret
Le dieu de ces immensités les Andes les pampas » 
(Apollinaire, « Pressentiment d'Amérique »)
Quant aux « Vagues du Prororoca », elles sont mythiques, amazoniennes, géantes et mortelles.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 juillet 2024.

 

17 juillet 2024

LE CIEL EST PLEIN CE SOIR

LE CIEL EST PLEIN CE SOIR

 

1.
Et alors, le président Macron sortit de son grand chapeau le lapin magique de la dissolution.

 

2.
Y a beaucoup de pluie cette année, paraît que ce serait cause que l'année 2024 est une année à treize lunes moi chaipas ça m'étonne quand même parce que ça arrive tous les trois ans, cette histoire de treize lunes. Les années à treize lunes, ça fait science-fiction, fantastique et tout ça ; pourtant, il ne s'agit que d'arithmétique.

 

3.
« Non, l'on n'a point vu d'âme à manier si dure,
Ni d’accommodement plus pénible à conclure ; »
(Molière, « Le Misanthrope », IV, 1 [Philinte])
En français, on peut « manier une âme », c'est-à-dire l'influencer et la faire aller là où tout d'abord elle n'aurait peut-être pas voulu. Ainsi on pourrait dire que l'on n'a point vu de mélenchon à manier si dur, parce que le mélenchon, politiquement, n'est guère maniable. Quant à ceux qui diront que l'on n'a point vu de banane à manier si dure, ils devraient se méfier de ce qu'ils disent.

 

4.
Méfiez-vous des autres ; ils ne sont pas toujours aussi autres que vous croyez.

 

5.
Je suppose que l'on range son âme dans une âmoire, et sa peine dans un peignoir. 

 

6.
Les groupes pop, c'est pas pratique pour faire du café, même qu'après, il y a des poils dans la tasse, c'est dégoûtant.

 

7.
On n'épluche pas un saxophone, vous avez beau faire, vous ne trouverez pas la banane que vous pensez.

 

8.
En français, on dit « frapper comme un sourd » et non « frapper comme sur un sourd ».

 

9.
Il est très difficile d'emmener son château dans sa poche. Surtout qu'en plus, le donjon pourrait y faire un trou.

 

10.
Pensez-vous que le macron sera en solde cet hiver ? Il est très décoté en ce moment.

 

11.
Prenez un habit et essayez d'en faire un moine et vous verrez comme vous aurez l'air malin, tiens !

 

12.
Le conducteur du tapis volant qu'avait pris la blonde héroïne (elle avait les cheveux blonds) fut stoppé en plein vol par un funambule égaré. L'accident était inévitable.

 

13.
Vic-Vicky-Victoire posa ostensiblement sa tête sur l'épaule de son compagnon. Celui-ci s'en saisit délicatement et commença à la faire rebondir sur le sol, au grand plaisir de Wif-Waf-Wouf, le petit chien de nos trois amis, qui, une fois qu'il se furent bien amusés, rejoignirent tous les quatre la « Plage aux Pendus », dont le nom est une énigme.

 

14.
Ah tiens, une chanson ! Oh comme elle a l'air prétentieuse, ne l'écoutons pas, elle finira par passer.

 

15.
Notre amour est réglé comme du papier à java : je ne te vois pas ; tu ne me vois pas ; nous ne nous rencontrons pas et chacun rentre chez soi, sans autres soucis que ceux que nous avions avant de ne pas nous rencontrer. N'est-ce pas merveilleux ?

 

16.
Nous savons qu'en nous, il y a des organes. Si c'est physiologiquement passionnant (surtout si on s'y intéresse), du côté du mysticisme, de l'intériorité, tout ça, c'est quand même assez limité.

 

17.
Le ciel est plein ce soir. Il titube ; j'espère qu'il ne va pas se casser la margoulette, et se pêter des étoiles, voire même qu'il se mettrait à gerber partout tiens.

 

18.
« Chaque heure infiniment... Chaque heure infiniment... Chaque heure infiniment... » Oh vous êtes dépressif, vous, hein ? De la dépression répétitive, hein, c'est ça qu'vous avez, dites ?

 

19.
« Des soleils tour à tour se prennent à hennir »
(Apollinaire)

 

20.
En souvenir de toi, je t'oublierai parce que hein bon...

 

21.
« Là nous abreuve l’Amie qui n’a point d’heures et qui s’enorgueillit de nous. »
(René Char, « Vent tombé »)
De qui est-il question ?
- De la Madelon qui vient servir à boire ?
- On s'en fiche parce qu'on ne sait pas qui c'est, et que de toute façon, on comprend pas de quoi ça cause la phrase de René Char là, et en général à René Char, on pige que couic ?
- Une fontaine ? Une corne d'abondance ? Une gourde ? Une bouteille de bière ? Oui mais bon, gourdes et bouteilles de bière se vident, puis je vois pas pourquoi ma gourde s'enorgueillirait de ma pomme, et la jenlain, qu'elle s'en fiche bien de ma pomme, la jenlain, qu'elle attend juste que je la vide pour que j'en achète une autre : glouglou is bizness.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 juillet 2024.

17 juillet 2024

LA FRANCE PATAUGE

LA FRANCE PATAUGE

 

1.
« La nuit dernière encore, nous ne mentions pas à l’herbe ivoirine qui se givrait. »
(René Char, « Pacage de la Genestière »)
Que dit-elle, cette phrase ?
- Que « l’herbe ivoirine qui se givrait », c’est joli comme expression ?
- Que le narrateur s’est senti authentique tout à fait, comme c'est dit dans un cours de philo, alors qu’il parcourait dans sa mémoire l’herbe que l’amour du pays lui fit arpenter dans l’aube et l’histoire ?
- Qu’il ne faut jamais mentir à l’herbe, qu’elle est rancunière, l’herbe, et qu’elle peut finir par vous monter à la gorge, vous étouffer, vous étrangler défois la nuit hein ?

 

2.
16 juillet 2024. Qu'est-ce que j'entends sur France Info : paraît qu'il y aurait « augmentation de la consommation de cocaïne dans le monde du rugby » (sic) ? Tous des drogués, ces sportifs – J'ai acaté un poulet rôti, que j'vas manger froid avec la mayonnaise.  

 

3.
La France est en vacances ; la France va s'enthousiasmer pour les Jeux Olympiques et en septembre, gueule de bois – Bin oui, on peut aimer siffler l'apéro et écouter l'opéra – Où est le fantôme ? Dans le flou, avec le loup – Fog, bug, gong (j'aime bien les sons).

 

4.
16 juillet 2024 : des rumeurs sur le réseau X disent que Bruno Le Maire (ministre euh controversé) serait sur le point de s'installer en Suisse. Personnellement, je m'en fiche, Bruno Le Maire peut bien faire ce qu'il veut, mais ça sonne bizarre tout de même. 

 

5.
Fuite de capitaux ou bien de cerveaux ? Peur du Nouveau Front Populaire ? Comptes numérotés ? Y aurait-il de la moumoute dans la soupe à l'oignon ? - La France patauge, bafouille, balbutie ; ce pays est ivre ; il ne se console pas de sa puissance perdue. 

 

6.
Défois, les dieux vous crachent dans la bouche et quoi que vous disiez, zavez l'impression qu'on ne vous croit pas : c'est quoi ? Le syndrome de Cassandre ? - Le poulet rôti froid, et sa mayonnaise, voyez, ça m'étonnerait qu'ils me causent de l'avenir à Mélenchon.

 

7.
Mon peu d'empathie pour le genre humain me protège assez des connards qui pullulent comme ils ont toujours pullulé (je les évite) ; remarquez, il m'éloigne aussi des gens intelligents. Je pense aussi que beaucoup m'évitent.

 

8.
Il y en a qui disent que LFI est beaucoup plus dangereux que le RN ; moi, voyez ce sont les carottes, car je pense très sincèrement qu'il faut que les carottes soient bien cuites, mais pas les haricots, sinon, c'est leur fin, aux  haricots – J'aime bien le jeu de Go.

 

9.
Avez-vous remarqué qu'on ne met pas dans la même boîte haricots verts et sardines à l'huile ? Ça doit être parce que c'est pas pêché dans le même coin – C'est comme les gaufres, c'est pas les mêmes à Liège, à Bruxelles et pas non plus dans le film « Brooklyn Boogie ».

 

10.
Je soupçonne ma chaise de se fiche complètement de ce que pense, fait et dit Blanche Gardin. Quant au poulet rôti froid et sa mayonnaise, il ne m'a rien dit, mais ça se voit à son air – 16 juillet 2024 : Les petits trains touristiques s'ennuient sous la pluie de Dunkerque.

 

11.
On dit en France que Gabriel Attal, parce qu'il est jeune et dynamique, a un destin politique – Au début de l'album « Adèle et la Bête », de Jacques Tardi, y a un très gros œuf, à Paris, le 4 novembre 1911, au muséum d'Histoire naturelle du Jardin des Plantes et même qu'il est 23h 45.

 

12.
Ne me demandez pas ce que je faisais le 4 novembre 1911, je ne le sais pas moi-même (en tout cas, c'était pas moi dans le très gros œuf, ça m'aurait frappé) – Le premier Simenon que j'ai lu est « Les Gens d'en face » ; ce roman m'a fasciné. 

 

13.
On dit en France que persistent dans certaines cités, dans certains quartiers, voire dans certaines rues de centre-ville, des « zones de non-droit » - La Mondialisation a du plomb dans l'aile et les mesures protectionnistes pourraient se multiplier.

 

14.
Il paraît que la consommation de stupéfiants est devenue un immense problème de santé publique aux Etats-Unis : on sait donc ce qui nous attend en Europe si on ne prend pas réellement des mesures coercitives – Je ne sais pas où il le met, Dieu, son doigt. - 26 au carré font 676.

 

15.
Non, on ne met pas ses couilles dans le potage, fût-il froid ; ça fait mauvais genre – Le président Macron fait tout ce qu'il peut pour éviter que la gauche arrive au pouvoir et Mélenchon fait tout ce qu'il peut pour ne pas prendre le pouvoir.

 

16.
L'humanité est-elle soluble dans le surnombre ? - J'en ai ai marre d'entendre Attal répéter qu'il veut s'adresser aux Français, travailler pour les Français, agir pour les Français : foutez-nous la paix ; on ne vous a rien demandé. - Je n'ai qu'une chose à dire : coin-coin.

 

17.
Comment ça, « désormais la Seine est baisable » ? - Parfois, j'ai les esgourdes  ensablées – Je ne crois pas que cette année le président Macron sera « Person of the Year » du Time Magazine – Dans « Adèle et la Bête », de Tardi, il y a du ptérodactyle, tout rouge.

 

18.
Le monde sera-t-il bientôt partagé entre une zone d'influence Pékin-Moscou et une zone d'influence américaine ? Assistons-nous au début de la fin des démocraties occidentales au profit de régimes autoritaires ? - Marianne ne sera-t-elle bientôt plus qu'une figure folklorique ?

 

19.
Si l'Ukraine, par manque de soutien de l'Occident, est en fin de compte vaincue par Poutine, je ne croirai plus du tout en la politique – déjà que je n'y crois qu'à moitié - et au prêchi-prêcha citoyen dont on nous abreuve chaque jour (Macron ne fut d'ailleurs pas en reste dans ce rôle de Grand Moralisateur infantilisant, condescendant, méprisant, arrogant).

 

20.
« Marmots de la dérision, ô souvenirs controversés ! Se tenant cois jusqu’à la casse. Au rythme de la rose en lessive. »
(René Char, « Cruels assortiments »)
De quoi donc est-il ici question ?
- D’enfants fous et d’une allitération ?
- D’enfants fous et de querelles politiques ?
- De la rose rythmique que ça me fait penser à la rose alchimique, que je ne sais pas ce que c’est, ni non plus « la rose en lessive » ?
- De la volonté de la LFI de ne pas accepter la cohabitation d'un gouvernement de gauche avec le président Macron, afin sans doute de mieux préparer les présidentielles 2027 et la très prévisible défaite de Mélenchon ?
- De la voyoucratie politique ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 juillet 2024.

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