FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE
FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE
1.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, Maigret va « se camper », c'est qu'il se pose là, devant les choses et les êtres.
Maigret retient « par la manche ». Éviter que le réel s'échappe. Ce que Maigret retient, c'est le sens. Eviter sa dissolution, sa perte dans la lessiveuse.
Maigret « remarque ». C'est un œil. Un œil dans un corps massif.
2.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a une « fille de salle ». Elle s'appelle Emma. Elle « s'avance », pour prendre les commandes. Elle est dans sa fonction et inscrit le texte dans une réalité objective, visible par tous.
Emma a « vingt-quatre ans ». Au chapitre II du roman, l'auteur en dresse un portrait rapide. On trouve ainsi cette notation typique du vaguement glauque et du banalement humain qui imprègne la fameuse atmosphère Simenon, je cite :
« Elle était anémique. Sa poitrine plate n'était pas faite pour éveiller la sensualité. Néanmoins, elle attirait, par ce qu'il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif. »
3.
Je me demande si le génie de Simenon ne réside pas dans ce tour de force de présenter, de manière parfois assez behavioriste, une réalité objectivement glauque et, phrase après phrase, notation après notation, dans un style quasi journalistique, d'en faire jaillir une subjectivité transcendante.
4.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a un chien, « qui semble n'avoir pas de maître et que l'on rencontre à chaque nouveau malheur. » C'est ce que Maigret lit dans un journal local.
Le chien jaune « fait peur ». Au chapitre IV, des adolescents le blessent en lui lançant des pierres. Les romans de Simenon mettent en scène le mal dans sa quotidienneté. Les gens ne sont pas des monstres, mais peuvent être violents et irrationnels, jusqu'au meurtre. C'est cela qui est monstrueux. Et c'est ce que montre Simenon.
5.
« une tempête » ;« le vent » ; « Dans les rues, quelques parapluies, des cirés fuyant au ras des maisons ». Intempéries. L'action du roman se situe à Concarneau. Un temps pluvieux est donc de mise. Un temps de chien, et même de « chien jaune ».
Simenon est un auteur qui a l’œil, l’œil cinématographique. Au chapitre III, cette suite de traits : « Un vent violent balaie la rue. Éclairage glauque. Volets qui claquent. Tourbillons de poussière. Larges gouttes d'eau. »
Notons que le vent balaie imparfait et passé simple, temps privilégiés du narratif simenonien. Le vent est un présent, une actualisation du temps (cf l'incipit : « C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. »)
Le soleil pourtant n'est pas absent. Il accompagne parfois l'humeur de Maigret et la « magie du soleil », le « clair drapeau français », le « mur ruisselant de lumière » d'une gendarmerie évoquent soudain « une allégresse de 14 juillet. » Il est que le dénouement est proche.
6.
21 novembre 2023. Plus la sale guerre de Poutine en Ukraine s'enlise, plus je pense que l'Occident a été lâche. Si, dès le début, l'espace aérien ukrainien avait été décrété « no-fly zone », je pense que Poutine aurait rapidement reculé. Qu'auraient décidé Churchill et Kennedy (je pense à la crise de Cuba) ? Avons-nous eu peur d'une apocalypse nucléaire ? Avons-nous pensé que Poutine était assez fou pour ? Avons-nous craint que la Chine nous tombe sur la tête ?
N.B : Je me rends compte que j'ai un peu abusé du verbe « penser ». Ce qui me laisse songeur.
Patrice Houzeau
Malo, le 21 novembre 2023.