LES TROIS SINGES ONT RAISON
LES TROIS SINGES ONT RAISON
1.
« Il avait suffi de placer une arme entre ses mains pour que la jeune femme se transformât en un adversaire agressif. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)
Cette phrase nous apprend que :
- il ne faut jamais faire confiance aux jeunes femmes surtout si on leur met une arme entre les mains ?
- Qu'elle a des yeux revolvers ?
- Qu'Adela de Otero est une remarquable escrimeuse ?
- Qu'un bigoudi armé est moins dangereux qu'une femme fatale dans un roman de Arturo-Pérez Reverte ?
- Les heures allument les yeux. Avec une courtoisie glacée, elle sort son poignard. Elle ne s’excuse pas, mais reste polie et s’exécute.
2.
« - Je ne suis pas d'accord. En réalité, il n’existe aucun sujet dont on puisse parler longuement.
- Si, l'escrime. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime » [de Ayala et Astarloa])
Cet échange signifie-t-il que :
- la plupart des sujets de conversation sont ennuyeux surtout si on ne s'y intéresse pas ?
- Qu'on a vite fait le tour de la plupart des questions qui ne sont intéressantes que d'un point de vue technique ?
- L'escrime est un art tout autant qu'un sport de combat ?
- L'escrime est ici la métaphore de la politique, laquelle finit parfois en pugilat ?
- Si on n'y connaît rien en escrime, il y a tout de même des tas d'autres sujets dont on peut longuement parler, surtout si on radote, si on remet une tournée, si on digresse, si on s'embrouille et qu'on finit en garde à vue pour s'être battu dans un bistrot avec quelqu'un qui ne partageait pas votre point de vue sur l'intérêt des chicons au gratin ou l'influence du lambertisme au sein de l'éducation nationale.
3.
« The devil speaks truth much oftener than he's demmed. / He has an ignorant audience... »
(Byron cité par Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime » [Adela de Otero])
Cette citation de Lord Byron faite par Adela de Otero signifie-t-elle que :
- l'enfer est pavé de bonnes intentions, dont j'apprends par le Wiktionnaire qu'il s'agit d'un proverbe du 18ème siècle tiré d'une phrase attribuée à saint Bernard de Clairvaux : « l'enfer est plein de bonnes volontés...» ?
- Que ce n'est pas parce que l'on porte des cornes que l'on ne dit ni plus ni moins la vérité que la plupart des autres légendaires ?
- C'est justement parce que le diable dit parfois la vérité qu'il est radicalement dangereux ?
- Que le mieux, c'est de n'écouter ni diable ni dieu, d'envoyer paître leurs zélateurs, et de s'en remettre à la bonne vieille raison humaine qui ne fait pas de miracles mais qui a réussi pas mal de prodiges ?
- Que lorsque Mick Jagger chante dans « Sympathy for the Devil » :
"I've been around for a long, long year
Stole many a man's soul and faith
I was 'round when Jesus Christ
Had his moment of doubt and pain",
il énonce cette vérité que si le diable existe, ça fait une éternité qu'il hante les humains et que donc rien d'étonnant à ce qu'il ait vu le Christ douter et Ponce Pilate se laver les mains ?
4.
« Bien qu'il fût encore incapable de considérer l'ensemble de l'affaire dans ses plus fines implications, les premiers indices commençaient à révéler le rôle que lui-même y avait joué. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)
Ce constat signifie-t-il :
- qu'il vaut mieux pas, si peu que ce soit, se mêler de ce qui ne nous regarde pas, au risque de déclencher des catastrophes ou d'être accusé de déclencher des catastrophes ?
- Qu'on se croit maître de soi mais qu'on est surtout manipulé par ces puissances étrangères que l'on appelle « les autres » ?
- Qu'à petite cause, grands effets ?
- Que le diable se cache dans les détails comme le terroriste dans la foule ?
- Que si j'aurais su, j'aurais pas venu et que les trois singes ont raison ?
5.
« Suis-je suspect ? demanda-t-il.
Campillo cligna ses yeux de poisson.
- Lequel d'entre nous ne l'est pas, par les temps qui courent ? commenta-t-il d'un ton frivole. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)
Cette remarque implique-t-elle que :
- tout innocent est un coupable qui s'ignore ?
- Que toute démocratie est fragile et qu'il se pourrait bien que nos démocraties libérales soient de plus en plus souvent confrontées à des menaces existentielles ?
- Que toute démocratie est fragile et qu'il se pourrait bien que nos démocraties libérales soient maintenant obligées de lutter pour leur survie dans un monde qui décaroche complètement ?
- Que l'ennemi de la démocratie et des libertés n'est pas seulement extérieur mais qu'il a aussi été nourri, éduqué, protégé par notre bienveillance, qu'il vit parmi nous et qu'il s'apprête à nous frapper en plein cœur ?
- Que c'est le genre de situation qui nous attend si aux présidentielles 2027, les Français se laissent aller à élire un président ou une présidente extrémiste de droite ou de gauche ?
Patrice Houzeau
Malo, le 22 octobre 2023.