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BREFS ET AUTRES

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23 septembre 2023

L'IMPROBABLE ET POURTANT

L'IMPROBABLE ET POURTANT

1.
« Le bûcher, par mes mains détruit et renversé,
Dans le sang des bourreaux nagera dispersé »
(Racine, « Iphigénie », v.1607-08 [Achille])

De quoi donc qu'il cause, le bouillant là ?
- du bûcher des vanités ?
- Du bûcher des critiques ?
- Du bûcher des bûches de Noël les plus catastrophiques ?
- De « Barbara buche au boulot » mais, heureusement, voilà que dans la pub se pointe une bouteille de Badoit et donc Barbara boit au goulot.
- Du Pacte à Pap Ndiaye-Attal aux pompes bien cirées ? (Non, non, je ne le signerai pas.)
- De la France de demain, que Macron pourrait bien laisser aux chiens et aux loups ?

2.
« Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler ? »
(Racine, « Iphigénie », v.284 [Ulysse])

Ce vers est-il :
- Surprenant comme un cœur qui parle ?
- Hyperbolique comme la politique ?
- D'une belle et honnête simplicité ?

3.
« Une secrète voix m'ordonna de partir »
(Racine, « Iphigénie », v.516 [Eriphile])

Ce vers est-il :
- Joli comme un cœur qui parle (cf aussi du grand Racine : « Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler ? »)
- Hyperbolique comme une saucisse qui se mettrait à déclamer du Shakespeare ?
- Ah tiens, j'entends dans un documentaire sur Rameau citer les paroles d'un marrant canon : « Un cu- Deux cu- Trois curés ont voulu baiser ma mie Margot »
- C'est un bon vers que ce vers de Racine :« Une secrète voix m'ordonna de partir » et qui dit bien que nos actions sont décidées par quelque secret qui hante nos neurones et les syllabes qui les agitent.

4.
« Mais vous, qui me parlez d'une voix menaçante,
Oubliez-vous ici qui vous interrogez ? »
(Racine, « Iphigénie », v.1346-47)

Qui s’exprime ainsi ?
- Ramzan Kadyrov, dictateur tchétchène, à qui l'on demande s'il est oui ou non tout à fait mort ?
- Vladimir Poutine, dictateur russe, à qui l'on demande s'il a, oui ou non, conscience de ruiner l'économie de la Russie par sa sale guerre en Ukraine ?
- Régis Le Sommier, bavard français, à qui l'on demande si réellement il est pro-Poutine, pro-Bachar el-Assad, en bref, s'il ne serait pas, par ses prises de position en faveur de l'impérialisme russe, un peu compromis dans quelque chose de pas très propre (à moins qu'il ne soit pas tout à fait celui qu'on pourrait croire, bref, ça pue) ?
- Agamemnon parce qu'il s'agit d'une pièce de Racine et pas d'une coupure de presse tirée d'un journal que je n'achète pas parce que ça fait belle lurette que je n'achète plus de journaux ?

5.
Pensez-vous que, lorsqu'un drame se produit dans un milieu aisé genre universitaire, enseignant connu, respecté, qui se serait fait assassiner par sa femme elle-même universitaire, enseignante, connue et respectée, conseillère municipale, autrice... cela pourrait relever de :
- l'improbable et pourtant,
- on ne sait jamais ce qui se passe chez les gens une fois qu'ils ont refermé la porte,
- l'hybris,
- la sélection naturelle,
- l'horreur économique,
- on ne connaît jamais vraiment la personne avec qui l'on vit,
- la rareté naturelle et la violence qui en découle,
- des plaies rouvertes, des feux mal éteints,
- la raison d’État,
- le secret,
- la nécessité de se méfier de tous et de toutes, tout le temps et partout (poil aux genoux).

Patrice Houzeau
Malo, le 23 septembre 2023.

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23 septembre 2023

MOINEAU DANS LA MAIN COLOMBE SUR LE TOIT

MOINEAU DANS LA MAIN COLOMBE SUR LE TOIT

1.
« Et quoi de plus contraignant que d'avoir à paraître ce qu'on n'est pas ou peu, devant des gens qui, eux aussi, s'appliquent à donner d’eux-mêmes une idée non conforme à la vérité ? »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau »)

De ce constat, le narrateur tire la conclusion que :
- comme le dit Rousseau, « l'homme est naturellement bon et c'est la société qui le déprave » ?
- le savoir-vivre serait une hypocrisie et « haïssable », de même que l'éducation est nationale, le Pacte un piège, mystérieux le meurtre à Dunkerque et « le polygone irrégulier » ?
- l'humanité se joue une fichue comédie avec plein de bruit et de fureur dedans qu'on se demande même si être ou ne pas être et qu'est-ce que qu'on mange à midi ?

2.
« Et puis me voilà perdu dans des méandres sans fin, prisonnier de haies d’épineux, teigneuses et infranchissables. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau » [le narrateur])

Cette phrase de San-Antonio/Frédéric Dard, a-t-elle pour but de :
- nous interroger sur le destin de l'humain « perdu », « prisonnier », en proie au « teigneux » et à « l'infranchissable » ?
- faire part du désarroi du narrateur face à l'inflation galopante que Bruno Le Maire nous dit que ça va s'arranger et que ça, ça n'est pas si sûr.
- illustrer le proverbe allemand qui dit : « Besser ein Spatz in der Hand als eine Taube auf dem Dach » ? ce qui équivaut, ai-je lu sur la Toile, au français : « Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras » ?
- nous rappeler l'incroyable talent du commissaire San-Antonio, qui sait résoudre les énigmes les plus épineuses tout en fréquentant méditations, métaphysiques, des cartes et bars-tabacs ?

3.
« - Franchissez le radar, s'il vous plaît, enjoint ma guidesse.
J'obtempère. L'appareil module un tuuuuuuuuut désagréable. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau » [le narrateur])

Si l'appareil désagréablement tuuuuuuuuute, c'est que :
- la fiction pousse son bouchon un peu trop loin dans le réel, lequel s'alarme légitimement ?
- Le narrateur a sur lui quelque chose de métallique ?
- Comme dit le proverbe allemand, « Besser ein Spatz in der Hand als eine Taube auf dem Dach » ?
- l'année 2023-2024 va-t-elle être en France pleine de troubles comme le furent 2018-2019 ainsi que 2022-2023 (entre-temps, il y eut beaucoup de covid) ?
- Le narrateur n'est pas un être humain ? Mais alors qu'est-il donc ? (Nous nous interrogeons).

4.
« Pourquoi me laisse-t-on mijoter dans cet univers blafard et silencieux ? »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau » [le narrateur])
Bin oui, tiens, pourquoi ?

- parce qu'il faut bien raconter quelque chose, même que la prochaine fois, le narrateur se demandera pourquoi qu'on le laisse poireauter dans ce monde braillard et bigarré, si ce n'est devant une baraque à frites ?
- Parce que dans le meurtre mystérieux à Dunkerque, il semble que le coupable ne soit pas le clown Picolo ?
- Parce que c'est comme ça défois que l'on cuisine le poulet de fiction ?

5.
« C'est un très bel avion de la Té-double-vé-A (en anglais : Ti doble you É) Boeing rutilant, pomponné, avec du bourbon ambré et des hôtesses platinées comme on n'en trouve plus que sur les lignes américaines. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau »)

Je vous cite cette phrase d'un roman d'il y a longtemps maintenant parce que :
- la TWA n’existe plus cause qu'elle a fusionné avec « American Airlines » en 2001, donc nostalgie ?
- Le narrateur aime le « bourbon ambré » et les « hôtesses platinées » ?
- j'aime le style baroque, hétéroclite, amusant, coloré, rock n' roll même je trouve qu'il est, son style, à San-Antonio/Frédéric Dard,
- je n'ai jamais pris l'avion et ne le prendrai jamais ?
- Parce que je n'ai pas signé le Pacte et que je ne le signerai pas. Et pourquoi que je ne le signerai pas, le Pacte à Pap Ndiaye, pompes bien cirées à Attal ? Parce que je pressens qu'il pourrait être à terme imposé, le Pacte, et de moins en moins « avantageux », le Pacte.

6.
« Le bœuf branche la radio autant fort qu'il peut, à t'en faire craquer les étagères à mégots, le poste, et jusqu'à son tableau de bord. »
(San-Antonio, « Va donc m'attendre chez Plumeau »)

Cette phrase s'inscrit-elle dans le programme :
- Corned-beef et littérature ?
- Corned-beef, frites et littérature ?
- Corned-beef, frites, mayonnaise, bière blonde et littérature ?
- Castagne et littérature ?
- Pacte à Pap Ndiaye, pompes bien cirées à Attal, tronche à Macron et littérature ?
- Argot et littérature ?
- Hallucinations et littérature ?
- Rubettes et littérature ?
- Ecoutilles et littérature ?
- Meurtre mystérieux à Dunkerque et littérature ?

Patrice Houzeau
Malo, le 23 septembre 2023.

20 septembre 2023

QUE LA PLUME SOIT PLUS FORTE QUE L'EPEE JE SAIS PAS TROP

QUE LA PLUME SOIT PLUS FORTE QUE L'EPEE JE SAIS PAS TROP

1.
« S'il a froid, il pense aussitôt qu'il pense avoir froid, puis il se voit penser qu'il pense qu'il a froid ; à peine s'est-il émerveillé de se voir penser toute cette série qu'aussitôt il se voit s'en émerveiller, »
(Henri Michaux, « L'Ether »)

Ce début d'une phrase de Henri Michaux  :
- relève-t-il de l'habileté, de la virtuosité et de l'art de savoir faire du café ?
- Annonce-t-il le début d'un jeu de cons ?
- Est-il l'application d'une stricte discipline de l'esprit ?
- Va-t-il s'ouvrir en deux et qu'en jaillisse un diablotin monté sur ressorts ?
- Prépare-t-il le spectacle de la conscience se voyant « s’émerveiller de voir qu'[elle] pense qu'[elle] se voit penser qu'[elle] a froid » ?

2.
« Ici, le poulpe devenu homme avec ses yeux trop profonds. »
(Henri Michaux, « Dessins commentés »)

L'auteur, par ce « poulpe devenu homme » évoque-t-il :
- un homme politique très connu pour ses opinions qui sentent le rance et le moisi des époques maréchales ?
- Un performeur de musique électronique-nique-nique à faire guincher zozos, zozottes, hallucinogènes zazous  ?
- Un philosophe de « l'école de la Seiche », dite aussi école « Sépia », dite aussi mais seulement quand on agite la bouche.

3.
« Depuis trois mois, je subis une défaite continue : ennemis sans visage ; de la racine, de la véritable racine d'ennemis. »
(Henri Michaux, « Persécution »)

Le narrateur est ici en proie à :
- la multiplication des poulpes « devenus hommes avec leurs yeux trop profonds » ?
- l'apparition du « Schizoid Man » du 21ème siècle ?
- Une crise de paranoïa ?
- La radicalité de la violence ?
- Un abus de café et, du coup, grands yeux ouverts dans la nuit à compter les poulpes qui passent au plafond ?

4.
« On s'enfuit alors, on est des milliers à s'enfuir. De tous côtés, à la nage ; on était donc si nombreux ! »
(Henri Michaux, « La nuit remue »)

Qui donc est ce « on » ?
- les si nombreux rats qui quittent les si nombreux navires ?
- Les si nombreux cadavres qui s'enfuient des si nombreux placards ?
- Les poulpes qui, s'étant rassemblés au plafond, soudain foncent, fondent, s'effondrent en une nuée d’yeux profonds ?
- Les politiques fuyant leurs responsabilités ?

5.
« J'écrase mon crâne et l'étale devant moi aussi loin que possible et quand c'est bien plat, je sors ma cavalerie. »
(Henri Michaux, « Au lit »)

Voilà ce qui arrive, quand on... :
- quand on est, tel le narrateur du poème en prose de Michaux, en proie à l'ennui ?
- quand on laisse les mots vous galoper dedans la tête qu'alors on écrit des choses de plus en plus bizarres, étranges, saugrenues ?
- Quand on ne fait pas attention à soi et qu'on se néglige ?
- Quand on est bien obligé de la sortir de temps en temps, sa cavalerie, puisqu'on en a, de la cavalerie,
- Quand on se fie un peu trop au proverbe allemand qui dit : « Die Feder ist mächtiger als das Schwert » (« La plume est plus forte que l'épée »).

Patrice Houzeau
Malo, le 20 septembre 2023.

16 septembre 2023

AH CE BAUDELAIRE TOUT DE MÊME QUEL HEIN ?

AH CE BAUDELAIRE TOUT DE MÊME QUEL HEIN ?

1.
« Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorcière aux yeux alléchants, »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Dans ce quatrain, de qui le narrateur baudelairien fait-il le portrait ?
- d'une lointaine cousine, dont il ne se souvient que vaguement ; vu que c'était au 19ème siècle, plus personne ne sait qui c'est ?
- De sa voisine ?
- De son voisin ?
- De Perlimpinpin ou de Perlimpinpine ?
- d'Elisabeth Borne, de Marine Le Pen, de Médusa, de Margaret Coeur-de-Lion, de sa bouchère, de Marlène Schiappa, de Florian Philippot ?
- De la honte (le mot « honte » a été employé ce 16 septembre 2023 par le ministre Gabriel Attal, c'est pour ça que je me permets) qui devrait s'emparer du rédacteur de la lettre du rectorat de Versailles menaçant de poursuites judiciaires des parents qui, en désespoir de cause, menaçaient de porter plainte afin que cesse le harcélement dont était victime leur fils qui, quelques semaines après cette lettre, s'est suicidé.

2.
« Je t'adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Le narrateur de ce quatrain vous paraît-il :
- exalté comme un adolescent ?
- Frivole, zazou, zozo, zigoto très sot ?
- Mystique comme l'âne mystique du conte de l'âne mystique que je sais pas ce qu'il conte, ce conte-là, mais que ça doit être beau, j'en suis certain,
- naïf s'il s'imagine que les prêtres croient aux billevesées qu'ils sont bien obligés de raconter pour les faire tenir tranquilles, les gens ?

3.
« Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l'énigme et du secret. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Qui c'est-y donc qu'il évoque, Baudelaire ?
- une chanteuse africaine ?
- Un chanteur de reggae ?
- Un arbre à tresses ?
- Napoléon travesti ?
- Une sarkozette (comprenez une fan de Sarkozy qui porte des tresses) ?
- Le Sphinx de Gizeh ?
- La Sphinge de Gisors ?
- Alice en Jamaïque ?
- Le parapluie perdu de mon oncle ?
- Jean-Luc Mélenchon méditant sur le destin de la Révolution ?

4.
« Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Mais quelle est donc cette « nymphe ténébreuse » ?
- Une vouivre, Mélusine ou Morgane,
- Une louve, la féline ou un âne,
- La rivière, la saucisse ou la gaufre,
- La fille de l'énigme ; une lettre dans un coffre ?

5.
« Ah ! Les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts ! »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

Ce quatrain est-il :
- licencieux, obscène, inconvenant, olé-olé, tendancieux ?
- Joli mais quand même, ce Baudelaire, il exagère !
- Amusant, qu'on le mettrait bien en musique, avec de la flûte, un air léger, enlevé, hop-là !
- Si l'on compare avec tout ce qu'on voit maintenant, qu'on entend maintenant, qu'on sait maintenant, aucun doute que moi ce que je préfère avec mon steak, ce sont des frites, avec une bière.
- Mes élèves, parfois j'ai l'impression qu'ils n'ont pas ouvert un livre depuis trente ans. 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 septembre 2023.

16 septembre 2023

NOTHING IS REAL QU'IL DISAIT LE JOHN

NOTHING IS REAL QU'IL DISAIT LE JOHN

1.
« And Alice was so much frightened that she ran off at once in the direction it pointed to, without trying to explain the mistake that it had made. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4)

Pourquoi donc qu'elle a eu peur, Alice ?
- Parce que le Lapin (« White Rabbit ») l'a appelée Mary Ann et qu'Alice s'est cru dépossédée d'un nom de son identité ?
- Parce que le Lapin (« White Rabbit ») lui a parlé « in a angry tone » ? (« sur un ton d’exaspération », traduit Magali Merle).
- Parce que ce Lapin n'est pas vraiment un lapin, et qui sait comment peuvent réagir les lapins qui ne sont pas vraiment des lapins quand on les contrarie ?
- Parce qu'Alice s'est soudain souvenue qu'on l'avait envoyée acheter un éventail et une paire de gants (« a pair a gloves and a fan ») et que, distraite par des fantaisies, elle n'avait que trop perdu de temps.
- Parce qu'Alice vient d'entendre sur France Inter quelqu'un causer « d'Europe plus écologique et sociale », et qu'elle se dit que ça signifie bien des tracas et des turbulences à venir ça, et que, de toute façon, Alice, la politique, ça ne lui dit rien qui vaille, que ça lui flanquerait même la nausée, la politique...

2.
« There was no label this time with the words « DRINK ME, » but nevertheless she uncorked it and put it to her lips. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4)

Alice fait-elle preuve ici :
- d'imprudence, d'inconséquence et de légèreté en débouchant une bouteille qui ne lui a pas été présentée ?
- De corrélation, de coin-coin, de cornichonnerie biscornue ?
- De polydipsie, laquelle est une soif excessive ?
- D'effervescence fascinée ?

3.
« She hastily put down the bottle, saying to herself, « That's quite enough – I hope I sha'n't grow any more – As it is, I ca'n't get out at the door – I do wish I hadn't drunk quite so much ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4 [Alice])

Qu'arrive-t-il à Alice ?
- Elle ne peut plus passer par la porte tellement qu'elle titube tellement qu'elle a bu que c'en est une honte !
- Elle regrette d'avoir tant bu parce que, comme le dit Magali Merle dans une note de bas de page : « Alice agit d'abord, réfléchit et regrette ensuite. »
- Ce qu'Alice a bu la fait si vite grandir que, ainsi que l'écrit Lewis Carroll, « she found her head pressing against the ceiling, and had to stoop to save her neck from being broken. » (ce qui m'apprend que « to stoop » signifie « se pencher, se courber », ce qui me réjouit car j'aime apprendre quelque chose, même si je retiens peu, ayant la tête bien trop farcie de fantaisies diverses pour y ajouter tant que je pourrais en être plus savant que je ne le suis pas).

4.
« Now I can do no more, whatever happens. What will become of me ? »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4 [Alice])

Que continue-t-il à lui arriver, à Alice ?
- Les problèmes devenant de plus en plus aigus et les menaces se précisant singulièrement (réchauffement climatique, retour de la guerre froide, pandémie du covid...), il arrive à Alice ce qui arrive actuellement à l'humanité, elle est dans le « Now I can do no more, whatever what happens. »
- Paralysée par ce que Magali Merle note dans une note de bas de page comme une « inadéquation du corps à l'environnement », Alice devient trop grande pour la maison dans laquelle elle s'est introduite,
- petite fille, Alice commence à paniquer dans un réel qu'elle ne comprend pas,
- adolescente, Alice commence à paniquer dans un réel qu'elle n'arrive pas à comprendre,
- jeune femme, Alice commence à paniquer dans un réel qu'elle n'arrive pas à maîtriser,
- très âgée, Alice en a marre de paniquer et se demande, non sans fatalisme, « what will become of me ? »

5.
« When I used to read fairy tales, I fancied that kind of thing never happened, and now here I am in the middle of one ! There ought to be a book written about me, that there ought ! And when I grow up, I'll write one - »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 4 [Alice])

Quoi kassadit dans sa tête, à Alice ?
- Ça dit qu'Alice cogite vraiment beaucoup pis qu'elle en a des pépins dans le citron, Alice,
- Ça dit qu'Alice se rend compte de sa nature de personnage de fiction, et rêve de devenir maîtresse de sa destinée en écrivant elle-même ses propres aventures,
- Ça dit qu'Alice se rend compte de la nature réelle des contes de fées, - des cauchemars en réalité !
- Ça dit que la réalité qui n’existe pas dépasse souvent la fiction qui n'est jamais qu'une vision de l'esprit.
- Je me demande s'il n'y a pas quelque rapport entre les aventures d'Alice, toutes ses cogitations, la fantaisie quoi et ces paroles du « Strawberry Fields Forever », de John Lennon : « Let me take you down / « cause I'm going to Strawberry Fields / Nothing is real ».

Patrice Houzeau
Malo, le 16 septembre 2023.

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15 septembre 2023

QUAND LE CIEL QUAND LA TERRE ET LA PLUIE HEIN LA PLUIE

QUAND LE CIEL QUAND LA TERRE ET LA PLUIE HEIN LA PLUIE

1.
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; »
(Baudelaire, « Spleen »)

Bon alors, quoi qui s'passe « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » ?
- Le narrateur regrette d'avoir un peu trop picoli-picolo la veille ?
- Le narrateur regarde le monde et les zôtres qui le peuplent en se disant qu'il aurait mieux fait de rester couché ?
- Le narrateur y va ; je sais pas où mais il y va ?
- Le narrateur se dit : et le pire, c'est qu'ils se reproduisent, tous ces...
- Le narrateur fait une prière à Sainte Moraline afin qu'à l'image de Jean-Michel l'Apprenant et d'Emmanuel l’Ambidextre, elle lui donne le courage de positiver, résilier, bienveiller et de crier que tel est notre projet ?
- Le narrateur se dit qu'il pressent qu'il va encore se faire appeler Arthur ?
- Le lecteur referme le volume de vers et décide que pour ce midi, il va se faire un steak-frites ?

2.
« Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ; »
(Baudelaire, « Spleen »)

Et donc, quoi encore avec l'Espérance là ?
- L'auteur compare l'Espérance à une « chauve-souris », ce qui vaut toujours mieux que de la comparer à une hache, une tête de mort ou une fiole de poison, mais n'en reste pas moins assez peu festif ?
- L'auteur fait savoir à son proprio que son logement commence à virer insalubre, même que les plafonds, i sont tout pourris...
- Le lecteur remarque qu'il y a comme du déséquilibre à la césure du second vers de ce quatrain, genre qu'elle est toute perturbée la chauve-souris de l'Espérance là, à force de se cogner « la tête à des plafonds pourris »
- Le lecteur monte un peu le son parce que là, Lou Reed chante avec seulement une guitare pour l'accompagner, que donc je l'entends moins que ça va pas gêner les voisins, parce que c'est pas du tout trop fort le son quand même,
- Après la remarque ci-dessus, le lecteur se dit qu'à quasi 60 balais, il en est encore à composer des sottises la nuit en écoutant de la musique pop ah la la.

3.
« Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imitant les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux ; »
(Baudelaire, « Spleen »)

Et donc toujours dans la joie et la bonne humeur, quoi qu'ça dit, Charles ?
- Ça dit qu'il pleut
- Ça dit qu'il pleut et qu'ça salit les carreaux
- Ça dit qu'ça pleut et qu'il y a des araignées
- Ça dit qu'ces araignées sont « infâmes », voyez l'genre, des poilues gothiques quoi, des filantes à venin, même qu'elles sont tout un « peuple », qu'on s'en rend pas compte parce qu'elles ne le crient pas sur les toits mais quand même
- Ça dit qu'ces araignées, c'est des trapues, des trapues trappeuses, des crapuleuses qui vous y tendent leurs « filets au fond de nos cerveaux », qu'après on a les idées bien noires et à huit pattes pour mieux aller se cacher sous les meubles.

4.
« Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement. »
(Baudelaire, « Spleen »)

Et pourquoi donc que, tout à coup, des « cloches sautent avec furie » ?
- parce que c'est logique, les cloches après les trois coups de l'anaphore « Quand » (« Quand le ciel »/ « Quand la terre »/ « Quand la pluie »)
- parce que ces cloches sont fêlées furieuses, de vraies cinglées
- parce que ces cloches sont hantées « d'esprits errants et sans patrie » qui, lorsque le ciel, la terre et la pluie tout ça, ils se mettent, ces esprits, à seriner « opiniâtrement », : Où qu', où qu', où qu'je suis ?
- Parce que si Baudelaire avait écrit :
« Des vaches tout à coup sautent avec furie »,
cela aurait donné un drôle de tour à son poème.

5.
« - Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »
(Baudelaire, « Spleen »)

Quoi donc penser d'un pareil tableau ?
- que le « drapeau noir » planté sur son crâne a fini par le faire dérailler complètement, le Baudelaire ?
- Que tu vois où ça mène, hein d'aller faire le zazou dans les bars et de fumer les « étranges fleurs des étagères » ?
- Qu'il était sévèrement atteint quand même, le poète aux albatros ?
- Qu'on s'en fiche, qu'on n'aime que le rock et la bière ?
- Que c'est pas tout ça, mais qu'il est l'heure d'aller se coucher ?

Patrice Houzeau
Malo, le 15 septembre 2023.

15 septembre 2023

LES MOUSTACHES DE L'ARCHIDUCHESSE

LES MOUSTACHES DE L'ARCHIDUCHESSE

1.
« You are not attending ! » said the Mouse to Alice, severely. What are you thinking of ? »
« I beg your pardon, » said Alice very humbly : « you had got to the fifth bend, I think ? »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

A quoi peut bien penser Alice ?
- A des malices, sans doute qu'elle pense, Alice.
- Au fromage ? Aux pâtes ? Aux pâtes au fromage ?
- Aux ondulations que fait la queue de la Souris et aux rimes qui y onduleraient quelque rêverie ?
- A la sotte réforme Blanquer ?
- A l'histoire du loup dans la bergerie, et donc à celle du « missionnaire dans la blanchisserie », comme le chantait Charlélie Couture dans l'album « Poèmes rock » (1981) ?
- Au grand vide de tout ? Au grand tout tout vide ?
- Au sens de la vie, surtout s'il y a du gratin ?
- Aux moustaches de l'archiduchesse parce que, distraite, elle confond les mots « chaussettes » et « moustaches » et donc elle se demande, Alice, si les moustaches de l'archiduchesse sont sèches, archi-sèches et même qu'elle se répond, Alice, que certes, les moustaches de l'archiduchesse sont sèches, archi-sèches, et que tout ça vaut bien un hareng-saur sans doute.

2.
« Hold your tongue, Ma ! » said the young Crab, a little snappishly. « You're enough to try the patience of an oyster ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

Pourquoi qu'elle est pas trop contente, « la jeune Crabesse », c'est-y que :
- Elle est jalouse d'Alice, si jolie, si lisse, si anglaise ?
- Elle trouve saugrenue l'envie d'écouter les disques de Genesis quand on lit les aventures d'Alice, qu'elle, la jeune Crabesse, elle aurait plutôt envie d'écouter l'album « Lateratus » du groupe Tool, mais qu'après tout, chacun trouve sa mayonnaise là où il fait des frites.
- Pas plus agacée que ça, la jeune Crabesse, elle cause juste pour que Lewis Carroll puisse utiliser l'adverbe « snappishly » et que la traductrice Magali Merle puisse traduire « a little snappishly » par « sur un ton un peu pinçant ».

3.
« Dinah's our cat. And she's such a capital one for catching mice, you ca'n't think ! And oh, I wish you could see her after the birds ! Why, she'll eat a little bird as soon as look at it ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3 [Alice])

S'adressant ainsi au Canard, au Dodo, au Lori et à l'Aiglon, Alice fait-elle preuve :
- d'une infinie cruauté d'enfant ?
- D'une infinie cruauté d'être humain ?
- D'une sottise aussi sotte que la sotte réforme Blanquer ?
- D'une sottise si sotte que moi, voyez, j'ai longtemps cru que Bernard Arnault était un coureur cycliste...
- D'une maladresse de chaipas s'qui s'est passé, mais c'est tout cassé ?
- De pieds dans le plat ?
- De remets donc une pièce dans la musique, qu'on danse un peu ?
- De distraction ? (déjà qu'elle confond « moustaches » et « chaussettes », alors hein)
- D'apocalypse est pour demain ? (y a qu'à voir les tronches de nos politiques)
- D'humour noir ? D'une tendance à la provocation ? qu'Alice, un siècle plus tard, je vous le dis, elle aurait fini par chanter des insanités dans un groupe punk ?
- De « Strawberry Fields Forever » ?

Patrice Houzeau
Malo, le 14 septembre 2023.

13 septembre 2023

NE METTEZ PAS TOUS VOS OEUFS DANS LA MÊME BASKET

NE METTEZ PAS TOUS VOS OEUFS DANS LA MÊME BASKET

1.
« So she called softly after it, « Mouse dear ! Do come back again, and we wo'n't talk about cats or dogs either, if you don't like them ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 2 [Alice])

Alice demandant à la Souris de revenir, lui fait la promesse :
- de l'inviter à sa prochaine cheese party ?
- de ne plus parler politique ?
- de lui raconter une belle histoire ?
- de ne plus parler ni de chats, ni de chiens ?
- de voter pour le parti des Souris aux prochaines élections ?
- De lui prêter sa collection de disques de Genesis, parce que vous, je sais pas, mais moi, les aventures d'Alice, ça me donne envie défois d'écouter « Nursery Crime », « Foxtrot » et « Wind and Wuthering » ».

2.
« Alice led the way, and the whole party swam to the shore. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 2)

Cette phrase signifie-t-elle que :
- Alice prit la tête d'une drôle de troupe (« there were a Duck and a Dodo, a Lory and an Eaglet, and several other curious creatures ») afin de se livrer à moult farces et attrapes étonnantes ?
- Alice prit la tête d'une troupe étrange (« there were a Duck and a Dodo, a Lory and an Eaglet, and several other curious creatures ») afin de gagner le rivage de la mare des larmes ?
- Alice se fit des crêpes ?
- Alice et ses zoziaux fondèrent un parti politique, afin de se présenter aux présidentielles 2027 et de diviser un peu plus la droite, la gauche, le centre et la béchamel.

3.
"Indeed, she had quite a long argument with the Lory, who at last turned sulky, and would only say, « I'm older than you, and must know better"
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

Alice a une longue discussion avec le Lori : comment qu'ça finit ?
- Qu'ça finit que le Lori (qui est une sorte de perroquet, mais est-ce réellement un perroquet?) il se fâche de toutes les couleurs et qu'il la trouve très impertinente, cette jeune Alice.
- Qu'ça finit que le Lori (qui est une sorte de perroquet, mais est-ce réellement un perroquet?) finit par se faire tout boudeur (« sulky ») et fait remarquer à cette jeune Alice qu'étant plus âgé qu'elle, il en est donc plus avisé.
- Qu'ça finit qu'Alice se demande si le Lori est réellement une sorte de perroquet qu'en consultant Internet, on me dit que oui, même qu'il y a un site qui dit que « le lori est un oiseau extravagant qui a un grand sens du spectacle » (cf le site du Centre Aviaire Johanne Vaillancourt).

4.
« At last the Dodo said, « Everybody has won, and all must have prizes. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

Si, à la fin de la course, le Dodo déclare que tout le monde a gagné, c'est que :
- le Dodo se fiche royalement de cette course, comme il se fiche de tout en général, surtout depuis que les Européens, l'ayant découvert, entreprirent de le faire disparaître.
- La course s'est déroulée de telle façon (cf « they began running when they liked, and left off when they liked, so that it was not easy to know when the race was over ») que le Dodo ne peut que l'annuler ou déclarer tout le monde vainqueur.
- Le Dodo est adepte de la bienveillance pédagogique, quitte à laisser Alice se débrouiller avec la question des récompenses.
- Le Dodo est un démagogue et a des tendances politiques populistes.

5.
« Alice thought the whole thing very absurd, but they all looked so grave that she did not dare to laugh ; »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

La réaction d'Alice est-elle :
- pragmatique ?
- Stoïque ?
- Lucide ou translucide ?
- Logique ou caramelle ?
- Aussi sotte que la réforme Blanquer ?
- Prudente comme l'aube qui ne pointe qu'un œil ?
- Polie et réservée comme il sied à une jeune Anglaise bien élevée ?
- Hypocrite comme une députée ?
- Aussi ritualisée  qu'une cérémonie du dé ?
- Marrante car qu'est-ce qu'on se marre en sortant de la mare !
- Résiliente, bienveillante, audio-visuelle et politiquement correcte ?
- Alice, en fait, elle s'en fiche bien de tout ça, mais puisqu'elle est là, autant jouer le jeu absurde que ces curieuses créatures lui imposent, du moment que cela ne la met pas en danger.
- Que voulez-vous qu'elle fasse ? Elle n'allait tout de même pas leur lancer le dé à la figure, au risque de se faire becqueter ensuite par le Canard, le Dodo, le Lori, et l'Aiglon.
- Révélatrice de la vérité du proverbe qui dit : « Don't put all your eggs in one basket ? »

Patrice Houzeau
Malo, le 13 septembre 2023.

 

12 septembre 2023

PULL QUI S'DETRICOTE A L'OS

PULL QUI S'DETRICOTE A L'OS

1.
« Voici la seiche qui s'accoude d'un air de défi à la fenêtre »
(André Breton, « Premiers transparents »)

Si à votre fenêtre, « d'un air de défi » s'accoude une seiche, cela signifie-t-il :
- Que vous vivez sous la mer ?
- Que vous êtes une apparition dans un dessin de Victor Hugo ?
- Que les seiches sont de plus en plus insolentes, audacieuses, obscènes ?
- Que vous avez trop mangé de fondue au chester ?
- Qu'à force de lire des choses surréalistes, des choses surréalistes finissent par arriver ?
- Que vous vous demandez comment une seiche peut-elle « s'accouder » à la fenêtre, avec son chapeau, sa pipe et son imperméable et faire comme si elle vous observait ?
- La seiche « qui s'accoude d'un air de défi à la fenêtre » se desséchera- -t-elle si le soleil se met à faire suer ?
- Que vous vous dites que cela fait longtemps que vous n'avez pas mangé de « rouille », laquelle est un plat délicieux ?

2.
« Qu'on se représente, de la taille d'un aigle, un papillon bleu ciel sur lequel se lit en lettres blanches le mot PIGEON. »
(André Breton évoquant un tableau de Magritte, « L'inscription bi-ailée »)

Lisant cette phrase d'André Breton,
- Cela vous rappelle-t-il un tableau de Magritte et si oui, en connaissez-vous le titre ?
- Cela ne vous rappelle rien du tout, et d'ailleurs, moi, ce que je préfère, c'est le bon vieux rock n' roll ?
- Ce « papillon bleu ciel sur lequel se lit en lettre blanches le mot PIGEON » est-il une variante du célèbre « Ceci n'est pas une pipe » ?
- Eprouvez-vous l'envie de manger de la « rouille », laquelle est un plat délicieux ?

3.
« On touche au défaut de la conscience pourtant certains persistent à soutenir que le jour va naître »
(André Breton, « Guerre »)

Ici, ce « défaut de la conscience », dont parle André Breton, :
- est de croire que « le jour va naître » alors que « les pustules de la Bête » (laquelle est aussi le sujet du poème) « resplendissent de ces hécatombes de jeunes gens dont se gorge le Nombre » ?
- est de croire que « le jour va naître », alors que le jour ne naît jamais que pour augmenter le poids de la nuit ?
- est de croire qu'il existe une fin heureuse de l'Histoire, alors qu'il semble bien, qu'en 2023, avec la sale guerre de Poutine et ses formalismes hypocrites d'une part, et la technocratie triomphante d'autre part, que l'Histoire se met à jouer les idiotes sanglantes ?
- est de croire que, bien que rien de tout ça n'a de sens, l'humanité réside précisément en ce « défaut de la conscience » de persister « à soutenir que le jour va naître ».

4.
Puisque j'en suis aux fâcheries, pensez-vous que les discussions qui s'annoncent sur la régularisation des migrants va donner lieu à :
- un débat houleux entre gauche vent debout et droite mâchoire ouverte ?
- un nouveau pas vers le Grand Remplacement (lequel - c'est une question de démographie -, qu'on le veuille ou non, sera, à plus ou moins long terme, une réalité tangible et reproductrice) ?
- une manœuvre du patronat, voire de l'Etat lui-même, pour embaucher légalement plus de travailleurs étrangers et ainsi faire baisser les salaires et le niveau des revendications sociales ?
- un grand blabla national dans lequel le président Macron ne manquera pas d'user de son « en même temps » habituel qui aura pour effet de faire cocu à peu près tout le monde et préparera le terrain à une victoire de Marine Le Pen en 2027 ?
- une superbe occasion pour la Macronie d'envoyer paître son aile gauche au profit d'un rapprochement avec « Les Républicains »?
- une partie de jeu de dupes ?
- une péripétie de plus dans l'inéluctable ?

5.
« Toi qui ne parlais que de lier vois tout s'est délié »
(André Breton, « Ode à Charles Fourier »)

Si, comme le dit le narrateur du poème d'André Breton, « tout s'est délié », c'est :
- Que tout n'était jamais cousu que de fil blanc ?
- Que tout lien est illusoire ?
- Que le cuisinier a loupé sa sauce ?
- Que la mayonnaise n'a pas pris et que donc sur les frites on mettra du vinaigre ? Ou alors on les mangera, les frites, dans un œuf battu.
- Qu'il se détricote, le pull du réel, mettant à nu le squelette.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 septembre 2023.

11 septembre 2023

EN UN CERTAIN VILLAGE D'ECOSSE QUE JE NE HANTE PAS

EN UN CERTAIN VILLAGE D'ECOSSE QUE JE NE HANTE PAS

1.
« l'échiquier sali des fenêtres avec son enseigne HÔTEL DE BELGIQUE »
(Julio Cortazar traduit par Laure Guille-Bataillon, « Manuel d'instructions » in « Cronopes et Fameux » )

Ce bout de phrase donne-t-il à penser :
- Que Julio Cortazar a tenté d'écrire un roman de Simenon à la place de Simenon
- Que Julio Cortazar a tenté d'écrire un roman de Robbe-Grillet tentant d'écrire un roman de Simenon
- Que Julio Cortazar a décidé d'écrire une longue phrase qui se termine par l'emploi des mots « échiquier » et « Belgique », évoquant ainsi dans l'esprit du lecteur les échiquiers des toiles des peintres surréalistes belges, mais avec bien du temps qui a passé sous les ponts où nul tuba désormais ne joue plus pour la flamme des girafes ?

2.
« Et ce n'est pas si mal au fond que les choses nous retrouvent tous les jours et soient les mêmes. »
(Julio Cortazar, « Manuel d'instructions »)

Cette phrase est-elle :
- Fataliste et reconnaissante
- Fataliste et ingrate
- Fataliste et gratinée
- Consolante comme l'écoute d'un vieux disque de rock n' roll qu'on aimait tant, qu'on était môme
- Consolante comme un verre de bière ?

3.
La littérature est-elle :
- une explication du réel ?
- une invention du réel ?
- une élucidation du réel ?
- une élucubration du réel ?
- une contradiction du réel ?
- un trouble du langage ?
- une complication du réel ?
- une hyperbole du réel ?
- une simplification du réel ?
- une stylisation du réel ?
- une alchimie ironique ?
- une approche d'Almotasim ?
- un double du réel ?
- une consolation ?
- un « Ceci n'est pas une pipe » fumée par « Je est un autre » ?

4.
« Si vous entendez (mais cela ne se produira que plus tard) quelque chose comme un paysage plongé dans la peur, avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies,... »
(Julio Cortazar, « Instructions pour chanter »)

Ce début de phrase signifie-t-il :
- qu'on peut entendre un paysage comme on entend se révéler quelque chose ?
- qu'on peut entendre un paysage à la condition qu'il soit plongé dans « la peur, avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies » qu'on dirait une scène tirée du « Providence », d'Alain Resnais, ou de « Black Moon », de Louis Malle, ou de « Un Soir, un train », d'André Delvaux.
- Qu'on peut entendre un paysage, mais aussi, nous dit Cortazar : « une saveur de pain, un toucher de doigt, une ombre de cheval », un « fleuve », ce qui est moins angoissant.

5.
« En un certain village d’Écosse, on vend des livres avec une page blanche glissée au milieu des autres. Si un lecteur débouche sur cette page quand sonnent trois heures,... »
(Julio Cortazar, « Instructions-exemples sur la façon d'avoir peur »)

Qu'arrive-t-il alors au lecteur ?
- il se transforme en statue ?
- Il se met à aboyer « bien au-delà du dernier réverbère » ?
- une brosse à dents tombe amoureuse de lui, et c'est bien embêtant.
- Il s'effeuille ?
- Il est attaqué par un bracelet-montre surgi de nulle part ?
- Il s'interloque en apercevant, « dans la pénombre, sous le bureau, les jambes et les bas de femme » que porte son médecin ?
- Il meurt.
Remarque : Les lecteurs de Julio Cortazar reconnaîtront les emprunts et les détournements.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 septembre 2023.

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