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9 avril 2023

MIRLITONS A PÂQUES OU TU NE REVIENDRAS PAS

MIRLITONS A PÂQUES OU TU NE REVIENDRAS PAS

1.
Notre président s'appelle Emmanuel Macron
Je ne l'apprécie pas beaucoup
Mais les autres candidats ne valaient pas un clou
On se fait donc plus ou moins une raison.

2.
J'ai connu Orlando de Rudder c'était à Maubeuge
Ai bu avec lui quelques bières c'était à Saint-Omer
Et aussi à Maubeuge
J'apprécie beaucoup « Le Tempestaire »
A Arras je buvais de la Carlsberg
La semaine dernière on m'a offert « Howl » d'Allen Ginsberg.

3.
Pâques c'est le jour de la Résurrection
Et aussi des œufs des cloches et du chocolat
Je n'irai pas écouter le ratichon
Je resterai chez moi à écouter pousser mes bras.

4.
Mauvais lycéen
C'était à Lens au lycée Condorcet
En sciences je ne valais rien
En langues pas grand chose j'allais souvent au café.

5.
J'aimais bien une chanson de Louis Chedid
Qui disait
« Je me rappelle quand j'étais gosse
J'mettais des pièces dans le juke-box
Et j'écoutais du rock n' roll
Plutôt que d'aller à l'école »
Y avait aussi qui plaisait
une chanson de Lucid
Beausonge
Je n'ai pas lu « La Vie est un songe ».

6.
J'étais en cinquième lorsque je lus l'Iliade
Dans l'édition de La Pléiade
A Hénin-Beaumont ma mère achetait parfois des gâteaux
En forme de pingouin
Plus tard nous eûmes un piano
J'y cultivai quelques temps le n'importe coin-coin.

7.
Plus tard donc nous eûmes un piano
Ma mère s'étant persuadée que j'étais doué pour la musique
N'ayant aucune oreille ni disposition je jouais fort faux
J'écoutais les Stones et Led Zeppelin qu'ça soye électrique
Ma mère croyait aussi que je deviendrais un grand professeur
Ma mère rêvait beaucoup riait beaucoup et eut souvent mal au cœur.

8.
Je fus fort épaté la première fois
Que j'entendis des chansons de Robert Charlebois
« Tu reviendras à Pâques
Ou à la Trinité
Ou ne reviendras pas
Et ce sera l'été »
Qu'il chante, Charlebois,
Dans « Avril sur Mars ». Ah quel émoi
La première fois
Que j'entendis les chansons de Robert Charlebois,
Et « Deux Femmes en or »
J'ai trouvé ça très fort.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 avril 2023.

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9 avril 2023

MIRLITONS EN SE LEVANT BROUILLARD COTON BLANC

MIRLITONS EN SE LEVANT BROUILLARD COTON BLANC

1.
Je me suis levé ce matin car il faisait jour
Parfois j'écoute du blouze
Du pain, je n'en ai pas toujours,
N'ayant pas beaucoup de flouze.

2.
Cette nuit sur France Culture (j'aime beaucoup la radio
Et n'ai pas la télévision)
Ai entendu des archives en rediffusion
Des émissions sur François Rabelais
Cette histoire de sons et paroles dégelés
Voilà qui est loin d'être idiot.

3.
J'aime bien le mot « grenouille »
Et je sais que 26² est égal à 676
Il m'arrive de manger des nouilles
Dans quelques semaines il y aura des fraises.

4.
J'entends parfois ronfler
La mer
Des migrants s'y noient qui ayant tout quitté
Veulent se rendre en Angleterre.

5.
J'étais mauvais élève
C'était au lycée Condorcet de Lens
C'était le bon temps quand j'y pense
A la galette des Rois
C'est moi parfois
Qui avais la fève.

6.
Je joue parfois aux échecs contre l'ordinateur
Je n'ai pas eu de sœur
Ou au jeu de go
En écoutant je ne sais quoi à la radio.

7.
Je ne comprends pas grand chose
A ces histoires d'être et d'étant
Il m'est arrivé deux trois bricoles avec un revenant
Je sais qu'il y a un ballet intitulé Le Spectre de la rose.

8.
J'ai toujours bu beaucoup de café
J'ai toujours beaucoup fumé
Ce n'est pas bien je le sais
Sans doute je me ferai incinérer.

9.
Je me suis levé ce matin
J'écoute parfois du blouze
J'ai des biscottes tant mieux parce que je n'ai pas de pain
Mes parents aussi manquaient souvent de flouze.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 avril 2023.

8 avril 2023

CE SONT LES HUMAINS QUI MENTENT PAS LES MOTS

CE SONT LES HUMAINS QUI MENTENT PAS LES MOTS

« La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas »
(Paul Eluard)

« - Oui, je parle pour toi, mon pauvre Pinocchio, pour toi qui es assez bête pour croire que les écus peuvent être semés et récoltés dans les champs, comme les flageolets et les courges. »
(Collodi traduit par la comtesse de Gencé, « Les Aventures de Pinocchio » [Le Perroquet])

1.
Oui dit le Perroquet à Pinocchio
Je picore parfois des phrases dans les « Aventures de Pinocchio », les histoires à perroquet qui
Parle, aussi de fillette aux confins de la logique, ça m'amuse, et j'ai
Pour Collodi et Lewis Carroll beaucoup d'admiration. Donc le Perroquet dit à Pinocchio, « Oui, je parle pour
Toi, mon pauvre Pinocchio », confirmant ainsi qu'il était, le Perroquet, très moqueur.

2.
Mon goût des invraisemblables et des mots et merveilles me console de la
Pauvre humanité à massacres et injustices dans laquelle nous pataugeons. Les aventures de
Pinocchio, c'est une part d'enfance, c'est aussi
Pour les amateurs de fictions formidables, un trésor d'inventivité.
Toi, me dit Zut, tu n'es de ce monde que par convention, mais en fait, tes yeux sont ailleurs.

3.
Qui est ici un pronom relatif qui a pour antécédent le pronom « toi » qui se réfère à « Pinocchio ».
Es-tu un fantôme ?, demandai-je à la grammaire qui flottait dans la chambre ; il est
Assez commun, je pense, de voir des livres de grammaire flotter dans sa chambre, c'est même
Bête comme chou. Il suffit
Pour cela d'écrire qu'un manuel de grammaire flotte dans la chambre, d'y
Croire – ou de sembler le croire – pour que l'image s'inscrive dans la caboche du lecteur, voire dans quelque univers parallèle spongieux et amateur de bizarreries.

4.
Que j'ai faim dit la choucroute en avalant l'imprudent.
Les mots peuvent tout dire de ce qui est permis par les mots. Ainsi, que des
Ecus puissent être semés et récoltés, ou qu'un chat apparaisse et disparaisse bout de chat après bout de chat, constituent des propositions qui
Peuvent aussi bien que « La terre est bleue comme une orange » manifester cet
Être singulier que l'on appelle « imaginaire ». Pour ce qui est des écus
Semés, on n'y croit pas
Et pourtant, cela fait image. Et qu'ils soient
Récoltés, ces écus, peut servir de métaphore
Dans quelque fable moralisante.
Les mots explorent tous les
Champs de l’expérience humaine. Ils sont ce que nous sommes, et l'appauvrissement actuel (et peut-être voulu par une technocratie malveillante) de la langue française signifie un appauvrissement de notre humanité.

5.
Comme il est moqueur, le Perroquet du conte, il
Les compare, les écus semés et récoltés dans les champs, à des
Flageolets lesquels sont de petits haricots
Et aussi des instruments de musique, mais on ne fait pousser
Les flûtes que dans des auditoriums. Quant aux
Courges, grâce aux efforts des pédagogistes et au miracle de Sainte Apprenance la Bienveillante, elles vont maintenant à l'université, avec leurs amis les salsifis et autres dépendeurs d'andouilles.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 avril 2023.

8 avril 2023

ALORS LE MAJOR ARRÊTA SON RECIT

ALORS LE MAJOR ARRÊTA SON RECIT

«… comme le major, tenaillé par la faim, se décidait à suspendre un récit où grouillaient tigres du Bengale et serpents venimeux. »
(Stanislas-André Steeman, « L’Assassin habite au 21 »)

Comme on sait, il y a souvent dans
Le genre roman policier à énigme tarabiscotée un
Major à la retraite, lequel parfois parle trop, même que ce n’est que
Tenaillé par la faim, parce que s’il était tenaillé
Par l’envie de revoir sa Normandie, il parlerait de
La Normandie, le pays qui lui a donné le jour, tandis que la
Faim demande que l’on passe à table, et que lorsque l’on
Se remplit la bouche, on cause moins, surtout si on se régale. Alors il se
Décidait, le major narratif,
A moins soûler ses interlocuteurs et à
Suspendre son récit (pendant ce temps-là, un employé de maison balayait les ossements du soir et
Un chien aboyait au loin). Alors s’arrêta le
Récit du major affamé (il avait d’ailleurs commencé à ronger et son frein et sa pipe et à mâchouiller l’araignée du plafond), récit
Où grouillaient tombeaux hindous et des tombeaux qui
Grouillaient c’était quand même inquiétant grouillaient aussi des
Tigres des tigres
Du Bengale vu que des tigres en Normandie c’est moins courant qu’au
Bengale et les serpents grouillaient aussi
Et venimeux bien sûr les
Serpents bien que même s’ils ne sont pas
Venimeux on ne peut les confondre avec des camemberts que si on a reçu sur la tête quelque coup de gong.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 avril 2023.

8 avril 2023

DANS LE BOCAL LE POISSON PAS DANS LE POT DE FLEURS

DANS LE BOCAL LE POISSON PAS DANS LE POT DE FLEURS

1.
Les suspects dans les romans policiers ça vient souvent des
Apparences qui sont contre eux comme dans « l’Assassin habite au 21 » de Stanislas-André Steeman que les apparences contre « ce Collins » (« s’exclama le major ») qu’elles
Etaient les apparences
Contre « ce Collins » parce que
Lui, voyez, « il bégaie » alors que s’il avait eu quatre pattes des moustaches et qu’il avait servi dans un syllogisme sur la mortalité des philosophes grecs antiques (ils sont d’ailleurs tous morts sans exception), personne ne l’aurait suspecté des crimes de Mr Smith.

2.
Se livrant, parce que les personnages des romans policiers ils sont se
Livrant parfois et même que c’est
Inconsciemment qu’ils s’en rendent même pas compte qu’ils se livrent
A des mimiques parce que s’ils se livraient des pizzas à
La fin ils finiraient par grossir que par contre s’ils se livrent à la
Mimique d’un poisson rouge (je lis ça dans « Un Cadavre dans la bibliothèque » d’Agatha Christie) et pas à la mimique
D’un pot de fleurs sur un balcon parce qu’un
Poisson sur un balcon – qu’il soit
Rouge ou pas – s’il veut avoir la mimique d’un personnage
Dans un roman policier (lequel ne retrouve plus sa voiture) c’est dans
Un bocal qu’il doit être le poisson rouge dans un
Bocal et pas dans un pot de fleurs.

3.
Quoi qu’il s’exclame le personnage de Sylvain dans « Caméra Café »
Tu vois qui c’est Sylvain c’est la tête de turc dans la mini-série qui m’amusa tant « Tu
Sais lire dans les tickets de caisse ! » qu’il dit à Serge, le psychologue de la boîte parce qu’en tant que psychologue il sait
Lire dans les tickets de caisse car
Dans les tickets de caisse il en déduit des trucs sur
Les gens que leurs manières d’être au monde elles apparaissent dans les
Tickets de caisse, genre si tu achètes beaucoup de bretzels, c’est que tu aimes le sel, il dit Serge, tandis qu’il est difficile
De lire lorsque l’on est un abat-jour que ce soient des tickets de
Caisse Le Journal de Mickey ou des recueils de recettes de cuisine.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 avril 2023.

 

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7 avril 2023

ON FINIT PAR S'Y PERDRE

ON FINIT PAR S’Y PERDRE

1.
On finit par s'y perdre. C'est quand la prochaine grève contre la réforme des retraites et la tête à Macron, because, moi je manifeste pas (ah non alors), par contre, je reste chez moi à les entendre débiter sur France Info âneries et mensonges, les macronistes.

2.
J'aime bien Michka Assayas, mais ce que j'entends ce 3 avril 2023 dans « Very Good Trips » est tout sauf du rock. C'est quoi cette daube à synthétiseurs ?

Bon, y en a marre, je m'en vais sur You Tube m'écouter une bonne vieille galette des Stones.

3.
On a cru en Rimbaud, on a cru aux Stones, en Ferrat & Ferré, aux Beatles, en Mitterrand, en l'abolition de la peine de mort, aux 35 heures, au gaullisme version Chirac, à l'amitié entre les peuples, et maintenant on l'a dans l'cul et Macron pour nous le faire comprendre...

4.
A quasi 60 balais, je m'étonne que ni la brûlure de l'alcool, ni le tabac, ni le covid (je ne suis même pas vacciné) m'aient atteint. Bah, je suppose qu'un cancer fulgurant viendra un de ces jours et m'emportera en quelques semaines. Qui me regrettera ? Personne.

5.
Ah ça que j'ma froiduré ! Glacial, lame au cœur, savez non ? Bin j'm'en suis sorti, mais je sais ce que c'est que la « mort dans l'âme », le froid, ce seigneur réel. C'est d'la mort et du désir... d'la mort avec conscience... c'est l'humain tel qu'il est, obscène.

6.
Dis c’est quoi encore ? La Schiappa aurait bricolé-bricoli-bricola-bricolo avec l'argent à la France, comme un vulgaire Blanquer... Ah la la... Méritez-vous qu'on vote encore pour vous ? Méritez-vous encore qu'on vote ? Dans mon esprit, la réponse est non : ni dieu ni maître, ni Macron, ni Mélenchon.

7.
Et qu'ça saxophone et fait son planant à la guitare qu'on croirait du David Gilmour, non ? : c'est « Can't you hear me knocking » et ceux qui douteraient que les Stones soient un grand et vrai groupe de rock n'roll ouvrent leurs esgourdes et l'écoutent ce morceau.

8.
Aussi seul qu’un os. Un chien passant m’emporterait.

9.
Savez-vous pourquoi je suis de droite ? Parce que je n’aime pas les pauvres. Et savez-vous pourquoi je n’aime pas la pauvreté ? Car né dans les soucis financiers et ayant connu cela trop souvent, je sais de quoi nous sommes capables. Là-dessus, Macron a raison de se méfier.

Remarquez que je n’aime pas les riches non plus (surtout les fils et filles de) et moins encore que les pauvres bougres qui errent dans nos rues. Du coup, vous comprendrez que je n’ai pas beaucoup d’amis. Mais j’ai ma morale : ni dieu ni maître, et j’ai du mal à être contraint de.

10.
Sur You Tube, défois j’écoute de la disco. La disco, c’est pas de la musique, c’est juste du marketing, du boum-boum-boum en série avec de jolies filles qui dansent. Mais ça me rappelle le temps du juke-box dans les troquets, de la bière à 2 francs 70 (3 francs 40 la « spé », les brasseurs n’ayant pas encore trouvé le moyen d’assommer le travailleur avec des bières fortes). C’était à Lens, du temps de mon adolescence, ah la nostalgie, quel cornichon, quelle couillonnerie !

11.
Comment en est-on arrivé à une société où l’on a oublié l’élégance de Stéphane Grappelli et où des brutes comme Booba et consorts gagnent un pognon de dingue cependant que les professeurs démissionnent et que l’on manque de médecins et de personnel soignant ? Technocrate, je te méprise.

12.
7 avril 2023. Il se dit que Elisabeth Borne a compris que la société française est en plein désarroi face à des réformes brutales et parfois incompréhensibles (la réforme des retraites, la réforme Blanquer) cependant que Macron continue de planer dans les sphères d’une de plus en plus hypothétique transformation de la France en Start-Up Nation.

13.
Quelque chose me dit qu’investir dans la Russie à Poutine, c’est être assuré de perdre son argent, son temps et sa réputation. Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine. Jirnov le dit depuis longtemps : Poutine est un rien du tout, un minus habens.

L’euro à plus de 88 roubles. On ne peut pas dire que la pseudo-monnaie à Poutine se porte bien…

14.
Charlebois… ma première idole d’adolescent… même Brel et Ferré dans ma caboche pouvaient pas rivaliser… j’m’y retrouvais d’ma pomme d’alors : mélancolie (« Doux sauvage », ma chanson préférée de tous mes temps), surréalisme (« California »), électricité (« The Frog Song », « Wasichu »), ironie et humour (« Le Révolté », « Conception », « Fu Man Chu »), expérimentation (« Engagement », « Deux femmes en or » qui plut fort à Frank Zappa dit-on, et l’extraordinaire « Trop Belle pour mourir »)

« La ville a tout avalé mon lac et ma plage
Grignoté mes souvenirs
Doux sauvage
Et pendant que je brigande
J’entends mes rivières chanter qu’elles m’attendent
Tout au fond de ma bière »
(Robert Charlebois, « Doux Sauvage » et c’est magnifique).

15.
Je ne voterai jamais pour un parti qui accueille en son sein le pro-Poutine Thierry Mariani. Et si, par mauvaise aventure, ce parti arrivait au pouvoir et que Thierry Mariani rentrât au gouvernement, je rentrerais en résistance, sauf si d’ici là on apprend (il faut s’attendre à tout) que Mariani travaille en fait pour la CIA.

16.
On en est  là : la France, patrie de la Révolution s’attend à ce qu’après Macron, l’extrême-droite arrive au pouvoir. Moi, de droite, la tentation extrémiste, je la connais, mais désolé, je ne veux pas du retour de l’ordre moral, des grenouilles de bénitier et des pharisiens.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 avril 2023

6 avril 2023

DE LA NAISSANCE DU SCAT

DE LA NAISSANCE DU SCAT

« A ce moment précis, l'instant où Louis laissa tomber ce bout de papier et donna libre cours à son génie d'improvisation, marqua le début d'une mode musicale qui allait faire fureur et devenir partie intégrante de la culture américaine, au même titre que Mickey Mouse ou le Coca-cola. »
(Milton « Mezz » Mezzrow et Bernard Wolfe traduit par Marcel Duhamel et Madeleine Gautier « La Rage de vivre »)

L'instant dans la légende du jazz
Où Armstrong (je me demande qui encore écoute
Louis Armstrong et sa trompette et sa voix rocailleuse)
Laissa tomber ce bout de papier
Tomber les paroles écrites dessus – askip celles de « Heebies-Jeebies » pour
Ce moment de joyeuse grâce que l'on appelle « scat » ce
Bout de style où l'on oublie le sens
De la chanson et le sacro-saint
Papier des littératures
Et où on se lance dans le « Dee-dut-dee-dut-doo, dee-doo-dee-doo-dee-doo-dut », même qu'il
Donna alors Louis Armstrong
Libre cours (chaque fois que j'écris « libre cours » je pense aux chevaux), libre
Cours tagada-tagada-patacloc-clic-clac-taga-tagadoc
A son génie (y en a des comme ça, des humains de génie ; d'autres, ça fait
Son « nan mais le jazz, c'est d'la musique de vieux » ou « nan, mais c'est juste du style pour le style » ou ça fait d'la politique) Heureusement, le
Génie s'en moque des jaloux et des têtes creuses et poursuit son cours
D'improvisation et de langue tirée à l'esprit de sérieux « Salt Peanuts, Salt Peanuts » dans ma caboche qu'elle cadence Zut.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

6 avril 2023

ENVIE DE JAZZ DÉFOIS

ENVIE DE JAZZ DÉFOIS

« Hé ! qui vous dit, monsieur, que l'on ait cette envie,
Et que de vous enfin si fort on se soucie ? »
(Molière, « Les Femmes savantes », I,2 [Armande à Clitandre])

Hé ! Hé oui, hé, et même Oh ! Bravo ! quand j'entends Art Blakey à la batterie,
Qui c'est-y qui écoute encore Art Blakey and The Jazz Messengers, que vous
Vous hypnotisez au n'importe quoi de plus en plus démago et populacier de la téloche ? Ça c'est
Dit, fis-je à mon âne Hanouna, remarquez que moi,
Monsieur, j'en suis un autre, d'âne, bien sûr, pas d'homme invisible. Sinon, je ne m’ennuierais pas à donner des cours et j'écrirais des romans policiers tranchants et biscornus qui me rempliraient les poches.
Que je ne sois pas l'homme invisible, je trouve ça dommage ; que
L'on ait cette envie, je trouve ça fantasmant (passe-muraille, tu peux en faire, dis donc, en voler des sous quand tu es « invisible »), et qu'il y
Ait des auteurs assez habiles pour vous fasciner avec des histoires policières tranchantes et biscornues, et des batteurs virtuoses à la Art Blakey, je trouve ça réconfortant. Remarquez, il y a aussi les histoires drôles genre, c'est deux canards du côté de Marseille : ils marchent les canards sous le soleil brûlant, ils marchent.
Cette musique, le jazz, c'est quand même l'une des preuves de l’excellence américaine, le jazz, le jazz et le tango qui fait chialer (mais le tango c'est argentin).
Envie de jazz défois quand j'en ai marre d'entendre les exploits dans sa sale guerre en Ukraine de Poutine (dictateur russe dans le genre entreprenant et agressif, une plaie), envie de jazz
Et d'énigmes policières improbables
Que l'on trouvait jadis chez Conan Doyle et Agatha Christie
De ces détectives excentriques qui élucidaient des mystères comme on dispute des parties d'échecs
Vous voyez, de moins en moins à voir avec ce monde connecté et d'une barbarie qui se prétend rationnelle
Enfin, du passé, du fantôme dont les longs échos de loin se prolongent Mais
Si, tout de même, il y a encore des cerveaux pour écouter Art Blakey et se fasciner pour l'éclat particulier des énigmes, et pour les canards qui marchent en plein cagnard, mais tout à coup, un étang ! Si
Fort soit le crétinisme ambiant (hanounisme, pédagogime, macronisme, poutinisme,...), il y a toujours des amateurs de virtuosité, de maîtrise, d'art.
On dira donc que mélancoliser je devrais pas, qu'on
Se me le dise (ah oui, ça, faut oser), que faut pas que je m'en
Soucie du réel moderne et politique, il n'en vaut pas la peine, le gueux, cependant que voyez, mes canards du côté de Marseille, sous leur grand soleil, ils sont tous les deux dans l'étang rencontré maintenant. « Coin-coin » fait l'un, « Oh peuchère, j'allais le dire ! » fait l'autre.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

6 avril 2023

EN ECOUTANT BLACK SWAMP VILLAGE PAR THE SPEAKEASIES' SWING BAND!

EN ECOUTANT BLACK SWAMP VILLAGE PAR THE SPEAKEASIES' SWING BAND!

« mon cœur marge, limite, abrégé, index,
eh là, eh là, eh là, mon cœur bazar. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guibert, « Passage des heures » in « Poésies d'Avalro de Campos »)

Mon cœur, y compte pour du beurre, mon
Cœur, autant dire vous m'avez compris...
Marge, mon cœur, bin oui comme tout le monde, et
Limite (surtout quand je m'écoute me poser trop de questions) et
Abrégé, mon cœur, c'est que je fus été à l'école, ma pomme (j'y suis encore, faut bien payer son loyer, les sottises à Macron (homme politique dans le genre entreprenant et réformateur, une plaie) et son bif... euh ses pâtes au fromage râpé.
Index (l’index est aussi un doigt qui aurait un rapport avec ce qu'on appelle l'indice de Manning « donné par le calcul de rapport entre la longueur de l’index et celle de l'annulaire de la main droite posée à plat » nous boeuf-mirontonne Wikipédia Cela ne vous donne ni l'âge du capitaine ni le numéro de téléphone de Miss Gros-Lolos 2022 mais c'est quelque chose quand même.
Eh là, c'est du bon jazz, ça
Là, ça s'appelle « Black Swamp Village » par The Speakeasies' Swing Band!
Eh là, ça swingue, ça
Là, et puis ça vocalise trompettine tambourine
Eh là, dans le genre gothique amusant qu'ça violine et ironise, ça
Là que j'vous en cite un bout (d'os) : « I went to the cemetery / Where lies my dead wife / And believe me the graves were opened / And skulls and bones raised/ They said hey ho (HEY HO) / They said hey hey ho (HEY HEY HO) »
Mon cœur, revenons à nos moutons, c'est un fantôme, mon
Cœur, autant dire jamais qu'un être, qu'une chose dans le
Bazar de toutes les choses qui persistent à croire qu'elles existent.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

6 avril 2023

VOIR AILLEURS QU'ON N'Y EST PAS

VOIR AILLEURS QU'ON N'Y EST PAS

« Rencontrons-nous ce poète qu'on traîne si souvent et si prestement dans la proximité de la pensée pour l'étouffer tout aussitôt sous une couche de pensée irréfléchie ? »
(Heidegger traduit par Wolfgang Brockmeier, « Pourquoi des poètes ? » in « Chemins qui ne mènent nulle part », Gallimard, collection « Tel », p.329, 1994)

Rencontrons-nous le Jazz que ça me donne envie de rimer
Nous c'est ma pomme et pas souvent que je mets à rimer
Ce Mingus cet Ellington ah dis donc contrebasses pianos fontaines et batteries
Poète sous le grand soleil du Jazz n'est-ce pas que tu danses et tu ris
Qu'on danse et rie, voilà ce qu'il nous faut
Traîne la mort avec ses petits généraux et pis sa faux
Si tout l'temps qu'ça pleut des cadavres sur la terre
Souvent qu'ça tombe et quoi donc qu'on peut faire
Et quoi qu'on dise et s'émeuve
Si c'est pas là c'est ailleurs que rougit le fleuve
Prestement alors que j'ouvre mon petit cirque à clowns oh que
Dans c'te boîte à fantaisies j'y trouve des fantômes ils font les idiots que
La musique en est toute hantée comme dans le Foggy Day à Mingus Qu'à
Proximité de la pensée on traîne le poète qu'il dit Heidegger jusqu'à
De la pensée quoi donc en penser que je me dis aussi qu'c'est dur de danser sur du Mingus tandis que sur Ellington sûr qu'on peut les mouvoir en rythme nos osses et nos sourcils
La pensée c'est bien ça fait des philosophes dont on parle et que nul ne lit (ça fait aussi des politiques, mais eux ne pensent pas et tous en rient)
Pensée prends donc ta trompette et va les faire danser
Pour les siècles des siècles squelettes et trépassés
L'étouffer dans l’œuf à coups de biniou le scandale de la guerre
Tout ça me direz-vous, c'est que rêverie, mots en l'air
Aussitôt prononcés à peine dits qu'on ne les entend plus
Sous un grand tonnerre de tous les tambours qu'on ne les entend plus
Une couche qu'il en tient le wonderful dis ah quelle
Couche que voyez-là je me dis que je mangerais bien des tagliatelles
De ce monde à la fin qu'on est las et de la
Pensée de ce monde à la fin aussi qu'on est las
Irréfléchie qu'on s'dit qu'elle est la pensée de ce monde qu'on s'boirait bien un rhum coca, et qu'elle aille, la pensée de ce monde, voir ailleurs qu'on n'y est pas.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

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