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BREFS ET AUTRES

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22 février 2023

LE HARENG SAUR ET LES MARIONNETTES

LE HARENG SAUR ET LES MARIONNETTES

1.
« … des bassins où des poissons d'or glissaient comme des ombres rouge sang parmi les nénuphars »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.98)

Dans cette phrase, le rapprochement de l'or et du sang dans les lieux clos des « bassins » me donne à songer sur l'avenir des humains. Décoratif et intéressant si l'on s'intéresse aux poissons et aux bassins. Si l'on s'intéresse à la cornemuse ou à l’œuvre de Frank Zappa, l'intérêt est plus relatif. Les cornemuses évoluent très mal dans les bassins pleins d'eau, et Frank Zappa n'était pas un poisson.

2. « 
Faut pas croire : malgré mon air léger et désinvolte, j'ai un cœur. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.106 [Hugo])

En français, quand on dit « j'ai un cœur », cela veut dire que l'on éprouve des sentiments, que l'on est capable d'empathie. Si on dit « j'ai une araignée au plafond », cela veut dire que l'on flanche un peu côté raison. Je l'entends rarement. En général, ce sont les autres qui ont une « araignée au plafond » ; nos pommes, bien sûr, c'est un petit Kant, un petit Descartes que l'on a au plafond. En général, ils le repeignent, et souvent, nous leur ôtons l'échelle en leur recommandant de bien s'accrocher au pinceau.

3.
« Après ça la conversation est devenue métaphysique et ennuyeuse. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.115 [Sophie Tilling])

C'est pour ça qu'il ne faut jamais oublier son hareng saur quand on va en ville. Lorsque la conversation devient « métaphysique et ennuyeuse », mentalement, on prend son clou, son marteau, sa ficelle et hop, v'là le hareng qui se balance lentement dans votre tête, rythmant le temps, rythmant le temps, rythmant le temps pendant que les autres disent des choses, disent des choses, disent des choses, et que vous vieillissez autour d'un bol de chips et d'un verre de vin.

4.
« Quand qui a fait quoi ? répéta Cordélia. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.128)

Quand je pense que si j'étais un chien, je ne pourrais pas lire de romans,
Qui me distraient et m'intéressent plus que la plupart des activités auxquelles se livrent mes contemporains bien obligés de,
A ma maison, avec mes bouquins, que je préfère rester plutôt que d'être mêlé à qui
Fait quoi a fait quoi fera quoi et pour qui que quoi dont où, ce dont je me fiche réellement, cependant que dans la fiction, la détective se fascine pour le quand qui a fait
Quoi, même qu'elle
Répéta « Quand qui a fait quoi ? » la
Cordélia, - Sandwich ! J'vas l'bouffer ! Y a du fromage !

5.
« Elle hochait la tête comme une marionnette, faisant danser au soleil son pompon de couleur vive. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.157)

Parfois, quelqu'un, c'est « comme une marionnette », mais ce n'est pas une marionnette. On n'a jamais vu une marionnette inventer des dieux, des mythes, des recettes de cuisine, des façons d'assassiner son prochain. Cependant, les politiques prennent parfois les électeurs pour des marionnettes, et les capitaines d'industrie et de la haute finance, celle-là qu'est multinationale, prennent parfois les politiques pour des pantins. Ça donne du guignol qui finit invariablement par des coups sur la gueule : on appelle ça la guerre.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 février 2023.

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21 février 2023

TENTACULES POSSESSION PAYSAGE THEURGIE

TENTACULES POSSESSION PAYSAGE THEURGIE

1.
« Quelqu'un y avait taillé un passage, mais Miss Markland et Cordélia furent obligées de se baisser pour ne pas se prendre les cheveux dans l'enchevêtrement de tentacules épineuses. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 628, p.64)

J'imagine la case de bande dessinée : deux jeunes femmes, tombées par science-fiction sur une planète périlleuse, fuient d'hostiles perspicaces et, pénétrant dans un labyrinthe de haies agressives, sont « obligées de se baisser pour ne pas se prendre les cheveux dans l'enchevêtrement de tentacules épineuses ». En tête, le trait nerveux de Jean-Claude Forest et son époustouflante Barbarella.

Note :
Evidemment, les tentacules sont « épineux » car sinon ça voudrait dire que les tentacules portent des robes et se mettent du rouge à lèvres, alors que chacun sait que les tentacules portent la moustache et regardent des matchs en foot en pantalon et sans rouge à lèvres.

2.

« Établir des relations trop intimes avec un autre être humain est stupide. Et quand cet être humain est mort, cela peut être stupide et dangereux. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.70 [Miss Markland])

Miss Markland est de bon conseil. Se fier aux vivants amène souvent des désillusions, voire de terribles trafalgars. Alors, se fier aux morts, c'est des coups à se retrouver façon possédé à tourner au plafond en bavant.

3.
« Derrière lui, par la fenêtre ouverte, on découvrait un délicieux paysage en miniature. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.76)

Derrière moi, il y a le mur.
Lui, il ne bouge pas, et je ne pense pas qu'une main puisse en sortir pour m'agripper. J'ai confiance en lui.
Par contre, devant moi, il y a la fenêtre.
La fenêtre et moi, tout en ayant l'air d'être tous deux absorbés par nos activités quotidiennes, la
Fenêtre et moi, nous nous observons.
Ouverte, je me dis qu'elle pourrait bien m'aspirer dans le néant du dehors. Je me méfie.
On ne peut tout de même pas vivre avec une fenêtre continuellement fermée. Je l'ouvre donc avec précaution et suspicion. Lorsqu'elle
Découvrait des paysages charmants de prés, de collines, de vallons verdoyants s'étendant à l'infini, la fenêtre était mon amie ; mais hélas,
Un beau jour, après un long séjour à l’extérieur, le
Délicieux chemin bordé d'une haie de mûres, où sur son vélo, passait parfois, les jambes nues au vent léger, Paulette, ou Colette, ou Jeannette, ou même Ginette, délicieux
Paysage où j'ai passé tant de songes,
En rues, en murs, en devantures, et des voitures, et des voitures qu'il s'était changé, le paysage, avec plein de gens dedans,
Miniature d'un petit enfer qui avait pris possession de l'esprit de ma fenêtre.

4.
« La poésie garderait-elle sa théurgie si les lignes étaient imprimées comme de la prose ou la prose serait-elle aussi fascinante sans le dessin et l'accentuation de la ponctuation ? » (P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.95)

Cette pensée qui vient à Cordélia sous-entend une magie propre à la poésie (la théurgie étant une élévation spirituelle de l'esprit qui l'apparente alors à une puissance, sinon surnaturelle, du moins hors du commun des mortels). Franchement, je sais pas, dis-je à mon sandwich au thon avant de l'avaler.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 février 2023.

21 février 2023

TOURS ET DETOURS POUR UN HARENG SAUR

TOURS ET DETOURS POUR UN HARENG SAUR
(Etude de rythmes)

Je ne sais pas tours & détours je ne sais pas
Ce qui tours & détours ce qui se passe ce qui
Se passe tours & détours je ne sais pas s'qui
Se passe tours & détours où j'suis j'sais pas

Poussière mes pas tours & détours le fil faut
Pas le perdre tours & détours Soleil je tends
Le fil pas le perdre tours & détours je tends
J'attends brûlant tours & détours le fil faut

Pas perdre le fil tours & détours j'écoute ça
Racle au loin racle tours & détours où j'sais
Pas tours & détours racle au loin sueur c'est

Quoi pas le perdre le fil ma sœur tours tours
Détours mon cœur ma sœur le fil tours détours
Cornes mugit glaive fil coupé sang pis Zut ah

Zut alors l'est trop tragique ce sonnet j'vas
Y flanquer un hareng saur Donc chaipas ce qui
Arrive là tours & détours il me semble ce qui
Arrive là tours & stop j'm'arrête dis des pas

Qu'on dirait pis quelqu'un qui sifflote j'vas
Voir bon tant pis pour le fil l'autre cornu à
Masque de taureau l'a coupé après je sais pas
Il a disparu envolé le Minomachin je sais pas

S'qui s'a passa j'ai entendu un grand Zut pis
Comme une grande ombre vive sur le dédale pis
L'était plus là l'aut'mugissant bon je me dis

V'là aut'chose surtout que sur le mur blanc y
A maintenant une ficelle attachée à un clou y
A aussi au bout d'la ficelle un hareng saur y

S'balance le hareng lentement moi je sais pas
Mais à s'balancer comme ça ce hareng pendu là
L'a quand même bien l'air d'se fiche de nous.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 février 2023.

20 février 2023

LES MORTS PEUVENT PARLER D'AILLEURS ILS SE TAISENT

LES MORTS PEUVENT PARLER D'AILLEURS ILS SE TAISENT

1.
« - Mon père était un poète marxiste itinérant et un révolutionnaire amateur. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.34 [Cordélia Gray]).

Cela arrive parfois. Je ne sais pas ce que ça donne dans la vie réelle : une banquière, une cadre d'un parti de droite, une sœur au couvent, une professeure intransigeante, une chanteuse de blues... Dans le roman, une détective privée, - y aurait-il des choses à démêler ?

2.
« Elle [Sœur Mary Magdalena] trouvait plus intéressant de démontrer l'incompréhensibilité de l'Univers et l'impénétrabilité des lois divines que de révéler des principes scientifiques. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.37).

Le jeu de sens sur « démontrer » et « révéler » est amusant. Ce qui m'occupe parfois, c'est la démonstration de l'absurde, et ce n'est pas si facile, car l'absurde a toutes les apparences de l'intelligible. C'est un malin. Les politiques nous le prouvent régulièrement.

3.
« Les morts peuvent parler. Ils peuvent nous mener droit à l'assassin. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.46 [le commissaire Dalgliesh]).

Jeu macabre : les assassins font taire quelqu'un en le tuant ; aux enquêteurs alors de faire parler les morts.

4.
« L'organisation de Bernie avait toujours été méticuleuse et sans défaut ; c'était la réalité qui avait refusé d'y coller. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.55).

L'organisation – réminiscence du « Monte-plats », de Harold Pinter, les deux tueurs là attendant -,
De ça qu'il se tisse, le monde, d'organisations.
Bernie, c'est un détective du début du roman, il en
Avait de l'organisation, qu'elle se dit Cordélia Gray dans la tête de P.D. James,
Toujours, parce que sans organisation, il aurait
Été difficile de spéculer résoudre élucider, et puis
Méticuleuse, à ne pas oublier sa tête dans un placard,
Et ça faut jamais, parce que les têtes dans les placards, elles se conservent très mal ;
Sans compter que sans tête il est très difficile de passer inaperçu, et à
Défaut de tête, on finit par ne plus savoir où se mettre.
C'était ça le problème :
La garder, la tête ; empêcher la
Réalité de vous la prendre, la tête,
Qui a bien besoin de vous, comme vous avez besoin d'elle. Si elle
Refusait, la tête, de vous gérer la mouvance, la parlance, la cogitance, ou
D'y adhérer, le corps, aux projets de la tête, ah ce serait à vous
Coller devant la télé, à regarder s'agiter des chroniqueurs décérébrés.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

20 février 2023

LE CADAVRE LA SERVEUSE ET LE RHINOCEROS

LE CADAVRE LA SERVEUSE ET LE RHINOCEROS

1.
« Il devait y avoir eu une seconde de temps mesurable où il avait cessé d'être Bernie pour devenir cette masse insignifiante, mais horriblement lourde, de chair et d'os. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.15)

Cette phrase de P.D. James rappelle que le nom est attaché à la subjectivité, à la conscience réflexive. Mort, Bernie n'est plus Bernie mais le cadavre de Bernie.

2.
« Elle avait souvent souhaité que Bernie trouvât un bar plus proche, de préférence un bar doté d'une serveuse à la poitrine généreuse et au cœur d'or. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p.22)

On fantasme parfois sur la serveuse de bar « à la poitrine généreuse et au cœur d'or », et rien qu'à lire ces mots, des images de série télé américaine me viennent. Car il faut faire attention, il arrive, en effet que ces généreuses à mamelles ne soient que des apparences et qu'elles dissimulent derrière leurs yeux francs et leurs cheveux blonds des aliens avides de sépultures, de chair humaine et de contrôle des consciences. Ou alors ce sont des espionnes russes, ou chinoises débridées, avec des gadgets partout et des poignards à chaque coin de leur anatomie. D'ailleurs, le personnage de Cordélia Gray (devinez qui c'est) ne se fait guère d'illusions qui soupçonne que « ce genre de personnage » se rencontre « plus souvent dans les romans que dans la réalité. »

3.
« Bernie avait eu besoin d'être détective comme d'autres ont besoin de peindre, d'écrire, de boire ou de forniquer. »
(P.D. James, « La Proie pour l'ombre », p. 29)

Bernie (c'est un détective du début du roman),
Avait, comme tout le monde, deux jambes et une tête, et donc avait
Eu la possibilité de faire du vélo et des mots croisés.
Besoin comme un autre ça, le vélo, mais
D'être détective, c'est moins courant.
Détective, faut savoir observer, écouter, filocher, jugeotter, perspicacer.
Comme ça doit être difficile !
D'autres, y en a qui, que moi, ma corne de rhinocéros me trahit illico.
Ont pas d'corne de rhinocéros, euzôtres ; ils vont partout ; ont pas
Besoin de s'enfermer dans des théâtres absurdes,
De veiller à être le moins vu possible (les gens, par politesse et discrétion, ne font d'abord pas de remarques).
Peindre alors (c'est une activité de solitaire),
D'écrire aussi, des textes biscornus défois,
De picoler, c'est pas conseillé quand on est rhinocéros,
Boire peut vous faire foncer tête en avant dans des situations qui donnent mal au crâne,
Ou bien vous faire oublier qui vous êtes exactement et gare aux accidents !
De rêver, ça vous avez le droit. Quant à
Forniquer, restons discrets.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

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20 février 2023

BIDEN A KIEV, POUTINE AUX ENFERS

BIDEN A KIEV, POUTINE AUX ENFERS

1.
Il aura fallu presqu'un an pour que le président Macron comprenne qu'on ne peut accorder aucun crédit à la parole de Poutine. Mieux vaut tard que jamais. L'essentiel est maintenant de ne pas faillir, soutenir l'Ukraine et faire échouer la Russie poutinienne dans ses projets.

2.
Il y a un an, poutinolâtres et agents d'influence tentaient de nous persuader d'un problème ukrainien à régler. Un an plus tard, il apparaît nettement qu'en effet, le monde a un problème urgent à régler et que ce problème s'appelle Vladimir Poutine.

3.
La réforme des retraites étant mal engagée. La situation de l'éducation nationale, depuis la stupide réforme Blanquer, laissant à désirer, j'espère que le président Macron a bien conscience que s'il ne soutient pas réellement et pleinement l'Ukraine, il perdra le peu de crédit que les Français lui accordent encore.

4.
Pour faire écho à ce que j'entends sur France culture ce dimanche 19 février 2023 (émission « L'esprit public »), je pense, moi aussi, qu'il n'y a pas en France que des « idiots utiles » qui servent la soupe à Poutine, mais aussi des gens corrompus par les gazoroubles ou pris dans un « kompromat ». Il faudra bien éclaircir les motivations réelles de quelques prises de positions et d'intérêts dans la nébuleuse des communicants et personnalités pro-Poutine.

5.
Paraît que dans les étranges lucarnes russes y a un zozo qui a raconté que l'armée russe pouvait mettre la Pologne « à genoux en une heure ». Bin tiens, au bout d'un an, les soldats russes meurent par milliers dans le Donbass et lui, il rêve de conquérir l'Europe.

6.
En passant du FN au RN, le parti de Marine Le Pen s'est professionnalisé. Je pense assez que certains jeunes gens aux dents longues choisissent le RN comme jadis d'autres jeunes gens aux dents longues avaient choisi le PS, par pur opportunisme.

7.
La déstabilisation de la Moldavie par la Russie poutinienne s’accélère-t-elle ? On évoque ce 19 février 2023 une manifestation antigouvernementale à Chisinau, manifestation qui serait téléguidée par le Kremlin.

8.
20 février 2023. Le mafieux Poutine a peur d'être assassiné par l'un de ses nombreux « amis » (les chiens entre eux) et se terre. Le président Biden lui, n'hésite pas à venir rencontrer le président Zelensky dans une Ukraine bombardée.

9.
A quand une taxe exceptionnelle sur les sociétés européennes qui continuent leurs activités en Russie et s'enrichissent avec un argent russe de plus en plus taché de sang ?

10.
Je ne comprends pas ce que dit le président Macron quand il parle de « vaincre la Russie » sans « l'écraser ». Il ne s'agit pas d'envahir la Russie, il s'agit d'assurer l'indépendance territoriale et politique de l'Ukraine. Or, comme Poutine ni ne négociera, ni ne lâchera sa sale guerre en Ukraine, il faut donc infliger à l'économie de la Russie et à son armée des sanctions et des pertes telles que la défaite et la chute de Poutine seraient quasi inéluctables.

11.
Vus le nombre et l'horreur des crimes commis par l'armée russe en Ukraine, lorsque Poutine descendra aux Enfers, il y constatera sans doute que l'on y parle russe aussi bien qu'à Moscou. En bon apôtre du « Lebensraum », Poutine en tirera peut-être la conclusion que les Enfers devraient être annexés à la Russie.

12.
20 février 2023. Russie. Paraît que Choïgou vient de féliciter ses officiers supérieurs et les a remerciés pour leur « performance exemplaire ». C'est vrai que le trajet Donbass-Kiev-Donbass en un an avec plus de 100 000 soldats de la glorieuse armée russe hors de combat est un genre de performance.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

20 février 2023

LE DISTIQUE LE SORCIER ET LE PRÉ BLEU

LE DISTIQUE LE SORCIER ET LE PRÉ BLEU

1.
« C'était, paraît-il, un distique, obscur dans son latin barbare comme une centurie de Nostradamus, et qui parlait d'ombre et de trésor. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XVIII, « L'ermitage »)

En poésie française, le mot « distique » désigne un couple de deux vers sémantiquement autonome. On ne saurait le confondre avec le mille-feuille, ni avec le mille-pattes, ni le mildiou, lesquels ne parlent pas latin, fût-il « barbare », et n'ont jamais lu Nostradamus.

Du reste, tous les distiques ne parlent pas latin et n'ont pas lu Nostradamus. Le distique évoqué dans l'intéressant, quoique désuet, roman « La Chèvre d'or », qu'il soit « obscur dans son latin barbare » ne prouve en aucun cas qu'il ait lu les prophéties de Nostradamus.

Mais il parle « d'ombre et de trésor », et ça c'est intéressant comme un mille-feuille quand on a envie d'un mille-feuille.

2.
« Est-ce que Peu-Parle, en sa qualité de sorcier, aurait vu des choses que je n'ai point vues ? Est-ce que, sans que je m'en doute, par caprice, Mlle Norette m'aimerait ? »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XXIII, « Un bouquet » [le narrateur])

Dans les romans du 19ème siècle, ici, dans une Provence mystérieuse comme un coucou suisse qui se mettrait à parler russe, il arrive qu'un personnage, par exemple un berger taciturne, passe parfois aux yeux de l'habitus qui sous-tend la société évoquée, pour un sorcier. Le récit n'en devient pas forcément plus gothique pour autant. C'est que le « sorcier » supposé y a sa place, de même que le « bandit d'honneur ». Du reste, si le roman de Paul Arène est plein d'une atmosphère de légende, nulle sorcellerie y jette ses cœurs piqués.

Pour ce qui est de Norette, elle ne m'aime point, puisque je ne suis pas le narrateur et que, d'ailleurs, je ne connais pas de Norette. Par contre, j'aime bien les mille-feuilles.

3.
« - Qu'est-ce que c'est que ce grand pré bleu ? Saladine me dit : - C'est la mer. - Et les moutons blancs qui sont dessus ? - Ce sont des barques et leurs voiles. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XXIV, « Les oursins du patron Ruf » [Norette]).

Parlant d'elle-même, Norette se décrit comme une « petite sauvagesse qui n'a jamais vu que des montagnes ». D'où la naïveté poétique de ses questions à Saladine lorsqu'elle découvrit la Méditerranée. Quelqu'un a-t-il jamais posé ces questions là, pour de vrai, dans ce monde que nous appelons « réel » parce que si on l'appelait « concert des Rolling Stones », il faudrait payer l'entrée.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 février 2023.

19 février 2023

L'ÂNE LE LABYRINTHE ET LA CHEVRE

L'ÂNE LE LABYRINTHE ET LA CHEVRE

1.
« Non ; c'est un âne hypothétique, un être de raison, une fiction d'âne. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XIII, « Le passage d'âne »)

Non, ce n'est pas seulement « Ma faim, Anne, Anne ! Fuis sur ton âne » à Rimbaud,
C'est une autre chanson aussi,
Un air pour un
Âne législatif, la valse de la reprise
Hypothétique, la ritournelle des réélus,
Un tango du député sans cerveau, pis qui sourit pis qui sourit pis qui sourit. Quel
Être vous pique ? Quel fantôme
De la liberté vous frôle ? Quelle
Raison sans raison vous remue ?
Une réforme, une autre, une autre encore,
Fiction de vérité cousue d'éléments de langage
D'âne évident, qui a bien appris sa leçon à l'Ecole Nationale des Ânes.

2.
« … et représentant les détours du labyrinthe de Crète »
(Paul Arène, « la Chèvre d'or », ch. XIV, « La fête de l'Emir »)

Et voilà que l'abbé Sèbe, c'est l'abbé du roman,
Représentant le bon dieu dans ce pays pris par la fièvre de la légende,
Les explications qu'il donne au narrateur sur la danse des gaillards, tours, tours et
Détours du « quadrille guerrier »,
Du Dédale au Minotaure qu'il cause alors, l'abbé, qu'ça évoque le
Labyrinthe assassin du mythe, ste gigue là, venue
De la Méditerranée antique, du temps de la
Crète, d'où Icare s'envola pour retomber.

3.
« C'est à croire positivement que la chèvre existe. »
(Paul Arène, « la Chèvre d'or », ch. XVII , « Les chasses du curé »)

C'est qu'il y en a des gens qui croient aux OVNI, ou
A quelque dieu de miséricorde, à moins qu'il soit vengeur, à
Croire au Grand Complot International du Covid satanique.
Positivement (l'adverbe est admirable) ils sont fascinés.
Que le réel soit tel qu'il a l'air d'être, des milliards de gens qui essaient d'avoir moins dure
La vie, ils n'en reviennent pas ; leur faut de la
Chèvre d'or, du grand secret, de la manipulation mondiale, qu'ça
Existe pour de vrai, le Belphégor planètaire, le Fantômas atlantiste, la Clique du Grand Cric qui croque tout.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 février 2023.

19 février 2023

CLAVETTE CLOCHETTE MUSETTE SUIVI D'UN OEUF

CLAVETTE CLOCHETTE MUSETTE SUIVI D'UN OEUF

1.
« Voilà bien maintenant la clavette, mais c'est la clochette qu'il faudrait. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. X, « Clavette et clochette » [Saladine au narrateur])

Voilà une citation avec le mot « clavette ».
Bien me dis-je car j'aime bien les rimes en vinaigrette.
Maintenant, j'ai l'embarras du choix : chouette, chaussette, pâquerette, castagnettes, chouquette, amusette, y en a plein la musette,
« La Chèvre d'or » étant le titre du roman, pourquoi pas biquette ?
Clavette, c'est ici la « clavette de sonnaille » que le narrateur du roman évoque ainsi : « en forme de demi-croissant dont les bergers se servent pour boucler le collier de bois que les chèvres portent au cou. » Donc, biquette.
Mais qui dit clavette, dit clochette ;
C'est justement la clochette
La manquante, l'absente – et on la regrette, « une clochette en argent, monsieur, que, depuis des cent et cent ans, les Gazan ont dans leur famille », dit Saladine. Clochette,
Clochette, sors donc de ta cachette ! (on dirait une comptine, une ritournelle pour fillettes) ; c'est la clochette
Qu'il n'y a pas et on ne peut la remplacer par une casquette, ni une arbalète, encore moins une muette, et je ne vois pas comment on pourrait faire avec des castagnettes.
Faudrait la r'trouver, qu'en attendant dis, je m'en vas manger des rillettes, boire une canette, en rêvant de gigolette et de bal musette.

2.
« - L’œuf, répond Norette, avec le plus grand sérieux, est pour qu'elle fasse un heureux mariage et pour qu'elle ait beaucoup d'enfants ! »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch. XI, « Panier de souhaits »)

L’œuf, moi je l'aime bien dur, froid avec de la mayonnaise. L’œuf ne
Répond que s'il sert de tête d’œuf ; alors, il vous expose les réformes – vous gave de chiffres et de dates – ; cela ne l'empêche nullement de se planter.
Norette est un personnage de « La Chèvre d'or », de Paul Arène (il date de 1889, ce roman). Est-ce un diminutif de Nora ?
Avec ça (l'œuf mayo), eh bien, des asperges, des tomates, tout
Le prélude des repas de famille, avant le rosbif et ses pommes de terre sautées,
Plus la salade, les fromages, les tartes. Un
Grand temps, mangeant, je pense à la chèvre d'or qui fascine le narrateur.
Sérieux je suis, tandis que le vin coule dans les verres et que l'on rit.
Est-elle farce, ma mère, avec ses souvenirs de robe cousue à l'envers, – les moutons pattes en l'air -.
Pour aujourd'hui, assez de café, de sucre et de tabac. Pour demain, je verrai bien.
Qu'elle vienne la saison des fortunes, ça me changerait, tiens, que je
Fasse un repas d’œuf mayo, d'asperges, de tomates, de poulet, de vin, une part de flan aux abricots.
Un café, deux cafés, trois cafés, je suis chez moi à contempler une escadrille de poulets rôtis qui passe dans le
ciel.
Heureux suis-je ; je lis, j'écris. Pourvu qu'ça dure et pas de
Mariage (ça risque plus).
Pour aujourd'hui, je n'ai pas fini « La Chèvre d'or » et
Qu'elle m'appelle, ça risque pas non plus, elle voit quelqu'un. Pour qu'elle
Ait beaucoup d'enfants, paraît que c'est pour ça qu'il y a un œuf dans le « panier à souhaits » qu'on lui « apporta », explique Norette, alors qu'elle était « âgée d'un jour » (« Un œuf, un grain de sel, un morceau de pain bis et un petit bâton portant un brin de laine au bout » ; c'est écrit dans le roman).
Beaucoup d'enfants... Beaucoup
D'enfants, je vous demande un peu.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 février 2023.

 

19 février 2023

AU JEU SUIVI DE UNE INTERRUPTION DE L'INVISIBLE

AU JEU SUIVI DE UNE INTERRUPTION DE L'INVISIBLE

1.
« Piqué au jeu, intéressé par le mystère, je me mis à courir aussi, sans trop buter : pourtant maintenant nous suivions une manière de chemin. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch.V, « Dans le vallon » [le narrateur])

Piqué : en français, on peut être piqué par quelque chose, une épingle, une remarque, et donc « piqué au vif ». Quand on s'est piqué
Au jeu, c'est qu'on se fascine pour quelque activité qui pourrait bien aussi se jouer de vous. Et quand il s'agit du grand
Jeu, alors faites bien attention à la douceur des choses, ainsi qu'au poignard que la rose, surtout si elle est borgne, mignonne, en noir et blanc et joliment dessinée, dissimule dans sa botte.

Intéressé : en français, on peut être intéressé par quelque chose ou par quelqu'un. On peut aussi ne pas être intéressé. Dans ce dernier cas, on dit : « Cause toujours tu m'intéresses ». On dit ça à quelqu'un. Pas à quelque chose. La réponse peut être variée, voire contondante. Quelque chose peut alors vous arriver. Si vous êtes intéressé
Par une chèvre d'or, c'est que vous êtes le narrateur du roman « La Chèvre d'or » de Paul Arène (1843-1896).
Le roman peut aussi vous intéresser, mais ce n'est pas un
Mystère, c'est juste un roman, un peu désuet, et très oublié.

2.
« Un « Monsieur ! hé ! Monsieur ! » interrompt mes réflexions archéologiques. »
(Paul Arène, « La Chèvre d'or », ch.IX , « Installation dans la tour » [le narrateur]).

Un bruit de pas derrière vous. Vous regardez. Personne. Si vous poursuivez votre chemin, et que le bruit de pas recommence, alors,
Monsieur, c'est que l'homme (ou la femme) invisible vous suit.
Hé oui, l'homme (ou la femme) invisible... Vous n'y croyez pas,
Monsieur ? C'est que l'homme (ou la femme) invisible ne s'est pas emparé de vous, sinon vous ne seriez pas là pour en rire. C'est qu'elle
Interrompt, cette Saladine (c'est un personnage du roman « La Chèvre d'or » de Paul Arène (1843-1896)), interrompt
Mes réflexions à propos du roman, et aussi mes autres
Réflexions, celles sur tout un tas de choses, les jambes et les roses, les poils, les épines, les poignards que les roses, surtout si elles sont borgnes, mignonnes, en noir et blanc et joliment dessinées, dissimulent dans leur botte. Qu'à la fin de la citation, il y ait l'adjectif
« Archéologiques » ne doit point nous troubler, car c'est au fond d'une poche, parfois, qu'on retrouve un peu de monnaie.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 février 2023.

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