LE HARENG SAUR ET LES MARIONNETTES
LE HARENG SAUR ET LES MARIONNETTES
1.
« … des bassins où des poissons d'or glissaient comme des ombres rouge sang parmi les nénuphars »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.98)
Dans cette phrase, le rapprochement de l'or et du sang dans les lieux clos des « bassins » me donne à songer sur l'avenir des humains. Décoratif et intéressant si l'on s'intéresse aux poissons et aux bassins. Si l'on s'intéresse à la cornemuse ou à l’œuvre de Frank Zappa, l'intérêt est plus relatif. Les cornemuses évoluent très mal dans les bassins pleins d'eau, et Frank Zappa n'était pas un poisson.
2. «
Faut pas croire : malgré mon air léger et désinvolte, j'ai un cœur. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.106 [Hugo])
En français, quand on dit « j'ai un cœur », cela veut dire que l'on éprouve des sentiments, que l'on est capable d'empathie. Si on dit « j'ai une araignée au plafond », cela veut dire que l'on flanche un peu côté raison. Je l'entends rarement. En général, ce sont les autres qui ont une « araignée au plafond » ; nos pommes, bien sûr, c'est un petit Kant, un petit Descartes que l'on a au plafond. En général, ils le repeignent, et souvent, nous leur ôtons l'échelle en leur recommandant de bien s'accrocher au pinceau.
3.
« Après ça la conversation est devenue métaphysique et ennuyeuse. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.115 [Sophie Tilling])
C'est pour ça qu'il ne faut jamais oublier son hareng saur quand on va en ville. Lorsque la conversation devient « métaphysique et ennuyeuse », mentalement, on prend son clou, son marteau, sa ficelle et hop, v'là le hareng qui se balance lentement dans votre tête, rythmant le temps, rythmant le temps, rythmant le temps pendant que les autres disent des choses, disent des choses, disent des choses, et que vous vieillissez autour d'un bol de chips et d'un verre de vin.
4.
« Quand qui a fait quoi ? répéta Cordélia. »
(P.D. James, « La proie pour l'ombre », p.128)
Quand je pense que si j'étais un chien, je ne pourrais pas lire de romans,
Qui me distraient et m'intéressent plus que la plupart des activités auxquelles se livrent mes contemporains bien obligés de,
A ma maison, avec mes bouquins, que je préfère rester plutôt que d'être mêlé à qui
Fait quoi a fait quoi fera quoi et pour qui que quoi dont où, ce dont je me fiche réellement, cependant que dans la fiction, la détective se fascine pour le quand qui a fait
Quoi, même qu'elle
Répéta « Quand qui a fait quoi ? » la
Cordélia, - Sandwich ! J'vas l'bouffer ! Y a du fromage !
5.
« Elle hochait la tête comme une marionnette, faisant danser au soleil son pompon de couleur vive. »
(P.D. James traduit par Lisa Rosenbaum, « La Proie pour l'ombre », Le Livre de poche 6287, p.157)
Parfois, quelqu'un, c'est « comme une marionnette », mais ce n'est pas une marionnette. On n'a jamais vu une marionnette inventer des dieux, des mythes, des recettes de cuisine, des façons d'assassiner son prochain. Cependant, les politiques prennent parfois les électeurs pour des marionnettes, et les capitaines d'industrie et de la haute finance, celle-là qu'est multinationale, prennent parfois les politiques pour des pantins. Ça donne du guignol qui finit invariablement par des coups sur la gueule : on appelle ça la guerre.
Patrice Houzeau
Malo, le 22 février 2023.