Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

BREFS ET AUTRES

Publicité
16 avril 2023

LUNDI MACRON CAUSE LUNDI JE SERAI SOURD

LUNDI MACRON CAUSE LUNDI JE SERAI SOURD

1.
J’entends parler de crise sociale pendant que je prépare mon repas, crise sociale qui virerait à la crise politique. La crise sociale ne se mangeant pas en salade, je vais manger les crépinettes que Zut m’a achetées. Quant à la crise politique, il reste du chèvre, ça devrait aller.

2.
Le président Macron, c’est un peu « après moi, le déluge ». Prenant des mesures qui détournent les Français des partis démocratiques, et ne pouvant constitutionnellement pas se représenter en 2027, il laisse donc la voie libre à une possible victoire de l’extrême-droite.

J’entends dire que même si Marine Le Pen profite d’une bonne image dans une partie de l’opinion, le RN ne serait pas en mesure de remporter des législatives. Est-on sûr qu’une minorité au Parlement pourrait faire renoncer l’extrême-droite à l’exercice du pouvoir si celui-ci était à portée de main, ou de fusil ?

3.
Blanquer a rempli sa mission : il a rendu largement inefficace le service public de l’éducation nationale (il faut dire que le terrain avait été depuis longtemps préparé par les pédagogistes), le but étant de promouvoir le modèle privé, au risque d’aboutir à une école à deux vitesses.

4.
« Les droits naturels de l’humain » : quels droits naturels ? En quoi le fait d’être né donne-t-il en soi des droits ? J’en profite pour dire que Jean Rolin avait parfaitement le droit de réaliser ses films raviolis. C’est parce que l’individu s’inscrit dans une généalogie sociale (une culture) que des droits lui sont accordés, et non en vertu de sa seule appartenance à l’espèce humaine.

Mon chat a quatre pattes et n’en est pas moins mortel. A-t-il, pour autant, des droits naturels ? Non. Si je m’en occupe, de mon chat, c’est parce que j’aime les chats et que j’apprécie leur compagnie et le son du violoncelle (mais sa maïeutique reste très sommaire). Ceux qui croient en la religion des droits naturels sont de doux rêveurs tant qu’ils ne font qu’en parler, et des gens dangereux quand ils se mettent en tête d’aller faire la morale à des peuples qui ne leur ont rien demandé.

Ce qui ne m’empêche pas de penser que la république islamique des mollahs est un archaïsme auquel il doit être mis fin, puisqu’il est clair qu’une grande partie du peuple iranien aspire à la démocratie tandis que les mollahs n’apportent que misère, dictature et malheurs.

5.
Entendu dire que certains BTS seraient dans les années à venir majoritairement réservés aux bacs pros et les bacheliers des filières technologiques et générales seraient dès lors affectés à l’université ou dans les IUT. Autrement dit, certains BTS auraient d’ici quelques temps le niveau des Bac Pros d’il y a quelques années et les Bacs pros actuels auraient un niveau relativement proche de celui des BEP d’antan.

6.
Si ça se trouve, ce n’est pas tant pour des considérations démographiques que par manque de main d’œuvre que le président Macron a décidé de reculer l’âge de la retraite. Si ça se trouve, c’était la retraite à 64 ans ou un recours massif à l’immigration…

Pendant ce temps-là les universités sont pleines à craquer, et la réforme Blanquer tourne, comme c’était prévu, à la farce.

Ceci dit, m’étonnerait pas que l’on ait les deux : recours à la main d’œuvre étrangère pour palier les difficultés de recrutement (enseignement, hôpital, transports…) et recul de l’âge de la retraite pour que ce recours à l’immigration ne soit pas trop « évident ». Tout serait-il déjà prévu ?

7.
En France, le débat politique se situe essentiellement entre libéraux et conservateurs. La gauche étatiste reste minoritaire et les électeurs hésitent sans cesse entre un marché libre aux mœurs évolutives et un conservatisme aux relents pétainistes récurrents.

8.
16 avril 2023. Je note que si le rouble continue de s’effriter (1 euro = près de 90 roubles ; 1 dollar = plus de 80 roubles), la bourse de Moscou semble reprendre un peu de vigueur. Dernières cartouches ou stratégie concertée ? La Russie laisse-t-elle sa monnaie flotter ?

Patrice Houzeau
Malo, le 16 avril 2023.

Publicité
15 avril 2023

TEMPS PLUVIEUX CHOUCROUTE ET OVNIFICATION D'AGATHA

TEMPS PLUVIEUX CHOUCROUTE ET OVNIFICATION D’AGATHA

1.
« Le commissaire commençait à s’impatienter quand, à sept heures moins une minute, il entendit enfin des pas »
(Simenon, « Les Scrupules de Maigret »)

Le temps était pluvieux et le
Commissaire aussi. Il
Commençait à pleuvoir
A pleuvoir sur la ville, de plus en plus souvent et on commençait à
S’impatienter Certains voulaient même en changer
Quand on en parlait sous les parapluies
A huit heures il n’était pas
Sept heures et à sept
Heures on attendit
Moins une minute A l’heure relative (les horloges rouillaient)
Une nouvelle parcourut la ville A la
Minute où le commissaire n’était plus qu’une flaque
Il fut décidé de la nomination d’une grande wassingue On
Entendit parler d’une brigade de seaux
Enfin on allait changer de temps C’en était fini
Des noyades au commissariat et des
Pas étanches que jamais jamais l’on ne retrouvait.

2.
« Son calme et sa réserve à exposer la raison de sa venue avaient quelque chose d’inquiétant. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « la Maison du péril » [le narrateur])

Son art de l’oubli était proverbial dans la famille. Il était par ailleurs
Calme et ne se laissait pas facilement désarçonner
Et lorsqu’il oubliait son parapluie
Sa dignité d’homme tranquille et sa
Réserve naturelle lui fit souvent
A ses contemporains préférer la compagnie des chats.
Exposer les causes de l’oubli récurrent de son parapluie alors que
La pluie ne cessait plus de tomber (tout un troupeau là-haut) serait sans
Raison car
De cela vous ne pourriez déduire pourquoi
Sa fourchette lui était
Venue à la main suivie de son couteau et tous deux
Avaient attaqué
Quelque choucroute et cette restauration avait quelque
Chose – si on songe que cela aurait pu être un steak-frites – quelque chose
D’inquiétant – frissonnons, et si c’étaient des endives au jambon ?

3.
Dans la « Maison du péril », révélée par Agatha Christie, quelqu’un demande à Nick quand elle aura son « Moth ». Et si ce mot était codé ? Et si ce mot renvoyait à quelque objet occulte, à quelque nom dont la prononciation serait interdite ? Serait-ce le nom réel de la terrible Saucisse Tueuse ? Un objet de quelque culte secret peut-être ; serait-ce le fascinant et souple canard qui joue les premières notes de « Hey You » de Pink Floyd, utilisé, comme on sait, dans les cérémonies à ce culte qui exige la nudité du principal participant, souvent seul et confronté à la puissance du dieu Savon, et cela dans la salle dite « de Bain » (quel esprit supérieur et secret se cache sous ce nom ?). Et si le mot « Moth renvoie à un « avion de tourisme », comme nous le dit une note de bas de page (cf « Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Maison du péril » Club des Masques, 1976, p.84), s’agit-il réellement d’un avion tel que nous les connaissons ? Ou plutôt, et plus probablement, comme nous avons – oh bien des raisons d’y songer - d’une soucoupe volante (et si cette soucoupe volante est en forme de chaussette bleu-blanc-rouge, alors l’une de mes chaussettes républicaines sait certainement où est passée sa solidarité).

D’ailleurs, lors de sa « mystérieuse disparition » du 3 décembre 1926, je pense (et croyez-moi, je n’ai pas besoin d’un grand cerveau pour cela, et je ne suis pas le seul à le penser puisque je le pense aussi) que la romancière (ou devrais-je dire la « messagère » ?) Agatha Christie a été l’objet d’une abduction. Elle a été ovnifiée et, n’en doutons pas, ce sont les extra-terrestres qui, année après année, lui ont télépathé (la télépathie c’est épatant, c’est le leitmotiv de tous les télépathes) les enquêtes codées d’Hercule Poirot (ce prénom qui renvoie aux énigmes frisées de l’Antiquité n’est évidemment pas un hasard, sinon l’étrange détective belge se serait appelé Sherlock comme tout le monde).

Patrice Houzeau
Malo, le 15 avril 2023.  

13 avril 2023

SOCRATE EST CELEBRE POUR N’AVOIR PAS ETE UN CHAT

SOCRATE EST CELEBRE POUR N’AVOIR PAS ETE UN CHAT

« SOCRATE. Ne pourrait-on pas faire un espace double de celui-ci, et tout semblable, ayant comme lui toutes ses lignes égales ? »*(Platon, « Ménon » traduit par Victor Cousin)

1.
Socrate est célèbre pour n'avoir pas été un chat, et pour certaines choses qu'il aurait dites. D’ailleurs, la plupart des humains disent des choses. Les gens sont si bavards. Les chats aussi, remarquez, mais pas tout le temps.

2.
Ne doutez pas de ma mauvaise foi ; je la cultive depuis que j'ai compris. Sinon, ne vous inquiétez pas pour dimanche, on invitera des frites.

3.
Pourrait-on dire que Socrate était bavard ? Je n'irai pas jusque-là, bien que je n'aie pas souvent l'occasion de converser avec Socrate (il se dit qu'il a mauvaise réputation). Sinon, pourrait-on avoir le silence au moment des informations ? C’est au tour des autres clowns de parler.

4.
On ne sait jamais ce dont les humains sont capables et qu'ils aient tout de même le nez au milieu de la figure. Certains s'étonnent. S'étonnent de quoi ? (celui qui répond « tonnes de hareng » subira un mauvais sort). Comme si on ne savait pas que si leur nez changeait tout le temps de place, les gens auraient de sérieux problèmes respiratoires.

5.
Faire le clown n'a de sens que si on prend la clownerie et les harengs-saurs   au sérieux. Sinon, ce n'est pas la peine d'adopter un hareng-saur, et de rendre une bête malheureuse.

6.
Un clown est une manière d'être au monde. Le saumon aussi. Le saucisson aussi. Le tromblon aussi. A la différence du saumon, du saucisson et du tromblon, le clown a conscience d'être au monde. Saumon, saucisson et tromblon font comme tout le monde, ils contemplent la télévision.

7.
« Espace » est un mot plus pratique lorsqu'on évoque les étoiles que quand on parle des raviolis. De plus, on ne peut guère l'utiliser pour ouvrir une boîte : le mot « espace » est en effet un très mauvais ouvre-boîte.

8.
Double ration de rhum ! ordonna Barbessanpoil le Pirate avant de s'écraser contre le bus qu'il tentait de prendre à l'abordage.

9.
De tous les humains, Socrate n'en était pas moins mortel. Je n'ai jamais entendu dire qu'il avait un chat.

10.
Celui-ci de chat ne s'appelle pas Socrate. S'il joue du violoncelle, c'est qu'il aime faire son intéressant. D'ailleurs, sa maïeutique est très sommaire.

11.
Et bien entendu, quand viendra le moment de passer à tout autre chose, vous serez pris au dépourvu, et vous vous retrouverez à vous balancer le pendule, grotesquement accroché à une ficelle dans un poème de Charles Cros. Désespérant.

12.
« Tout condamné à mort aura la tête tranchée » n'est pas le titre le plus joyeux de l'histoire de la chanson française.

13.
Semblable est parfois notre destin à çui du pain. Défois en miettes qu'on finit,  défois vieux croûton. Quant au boulanger, ça fait longtemps qu’il n’est plus artisan. C’est tout d’l’industriel maint’nant.

14.
Ayant considéré mon destin, je repris du pâté.
Comme je reprenais du pâté, je pensais que les maisons, c’est bon, avec de petits bipèdes bien croquants dedans.

15.
Lui, je ne sais pas ce qu’il pense. Moi, je pense qu’il n’existe pas.

16.
Toutes les filles qui font de la philosophie ne s’appellent pas Socrate. Et même des Marie-Socrate, ou des Jeannette-Socrate, je n’en connais pas. Socrate lui-même ne s’appelait ni Marie, ni Jeannette. Ou alors, on nous bien l’a caché.

Je ne connais pas non plus de Jean-Edouard-Socrate. Quant au chat que Socrate n’avait pas, s’appelait-il Sullogismos ? Je l’ignore.

17.
Ses chansons à Socrate, je ne les pas entendues. Est-ce lui qui a écrit : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée » ? Par contre, « Cogito Ergo Sum », « L’existence précède l’essence » et «Comment vas-tu-yau de poêle », c’est pas de lui, ça, c’est pas de lui…

18.
« Lignes » est un mot que l’on a beaucoup aligné. Certains vont d’ailleurs les pêcher on ne sait où, leurs lignes, même que parfois, ils ne ramènent que des poissons très vilains, voire de féroces créatures.

19.
« Egales sont les âmes aux pommes » est une phrase que l’on n’emploie guère que sommé par un pommier de justice (assermenté du jus de pomme bien entendu) de prendre position sur la répartition des droits et des tartines de beurre dans cette vallée de vergers et de larmes.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 avril 2023.

13 avril 2023

SI MON ONCLE AVAIT EU SON PARAPLUIE

SI MON ONCLE AVAIT EU SON PARAPLUIE

1.
On ne met pas de frites dans un cornet acoustique sans risquer un malentendu.

2.
« Si Ellen écoutait à la porte, elle disparut rapidement, car je ne vis personne. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Maison du péril » [le narrateur])

Si mon oncle avait eu son parapluie,
Ellen est un prénom anglais. En Angleterre, il y a beaucoup de pluie.
Ecoutait-elle à la porte, Ellen, tandis qu’il pleut dehors ?
A verse qu’il pleut dehors, très fort.
La fille, - je ne sais pas si elle écoutait à la
Porte (je n’ai pas trouvé son oreille)
Elle n’avait peut-être pas beaucoup d’oreille, la fille qui
Disparut mais si elle écoutait à la porte (c’était un jour de pluie) ce fut
Rapidement que mon oncle sans parapluie revint sur ses pas,
Car mon oncle avait, ce jour-là, oublié son parapluie.
Je sais que si la fille écoutait à la porte, il  
Ne fait aucun doute que mon oncle aurait trouvé son oreille ; je
Vis qu’il avait oublié son parapluie ; il n’y avait
Personne dessous.

3.
Etant dit que les canards sont des étants dans l'étang, son coin-coin est donc l’onomatopée que nous utilisons pour évoquer l’être cancaneur de l’étant de l’étang.

4.
On ne dit pas : « Elle est libre comme un oiseau », mais « elle ne sait pas quoi faire de son temps ».

5.
« - Que de « Oh ! » et de « Ah ! », me dit Poirot en se penchant vers moi. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Maison du péril » [le narrateur])

Que de temps passe-t-on à attendre !
De temps passé à faire des
Oh ! lorsque l’on pige soudain que l’on attend pour pas grand chose.
Et il y a aussi le temps
De se dire
Ah bin tiens, voilà aut’ chose ! Vous
Me direz, ceci n’est pas ce que vous a
Dit Hercule (même quand il avance, Hercule est son prénom et
Poirot son nom), et vous dites vrai car
En tout état de cause, je n’ai jamais rencontré de parapluie
Se nommant Hercule Poirot qui aurait pu, en se
Penchant, me faire des confidences tandis que je me dirige
Vers mon arrêt de bus
Moi et mon parapluie aussi anonyme et dénué de conversation qu’un parapluie ordinaire.

6.
Bien que les deux mots fassent rime, je ne vois pas dans quel poème épique un du ciel descendu et terrible dragon pourrait très goulûment gober un cornichon, à moinsse qu’il fust chevalier.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 avril 2023.

12 avril 2023

DE L'ÂNE POETIQUE

DE L’ÂNE POETIQUE

1.
J'évoquai Leslie Nielsen tantôt. Revois ce matin l’extrait de « L'Exorciste en folie » appelé aussi « Y a-t-il un exorciste pour sauver le monde ? » (1990) où le prêtre (interprété par Nielsen) se prépare de façon drolatique (punching-ball sur un poulet prêt à cuire, série virtuose de signes de croix...) à ce « curieux match de catch entre un curé de choc et le démon » interprété par Linda Blair elle-même, la « Regan » de « L’Exorciste » de William Friedkin (1973). Seigneur, mais que c'est drôle...

2.
« Les situations peuvent être décrites, non nommées. (Les noms sont comme des points, les propositions comme des flèches, elles ont un sens.)
(Wittgenstein traduit par Gilles-Gaston Granger, « Tractatus logico-philosophicus, 3.144).

Les noms relèvent de la synchronie (ce sont les pièces du jeu rangées dans leur boîte) ; les situations sont des diachronies (les parties disputées).

Les lexiques sont des recueils de synchronies. Les grammaires décrivent des diachronies.

Un roman met en œuvre une diachronie (ne serait-ce que celle du temps pris pour le lire). Quand bien même le roman serait parodique, la pièce « absurde », le poème farouchement hermétique et la chanson moqueuse, il n'en reste pas moins que comédie, satire, humour, parodie, non-sens prennent sens dès leur publication. Se poser la question « la diachronie a-t-elle un sens ? » revient donc à se demander : « L'histoire a-t-elle un sens ? ».

Intuitivement, nous répondons oui : le sens que prend ce roman dans l'histoire de la littérature, des idées, dans notre propre vie... On dit aussi communément : « Les mots ont un sens ». Ce à quoi s'attache la philosophie, c'est peut être à la démonstration de cette intuition : l'Histoire a un sens et nous allons d'un point x à un point z. Le plus curieux étant qu'il semble (mais là aussi, ce n'est que de l'intuition) que ce fameux « sens de l'Histoire » ne nous prépare pas à une « fin » heureuse, mais à une disparition prématurée de l'espèce humaine.

3.
« Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond »
(Baudelaire, « La Chevelure »)

Image (originale) de la toile bleue d'une tente pour signifier une chevelure, « pavillon de ténèbres tendues », écrit Baudelaire. Ce mot au sens de « tente » viendrait de l'ancien français « paveillun » et du latin « papillo » (« papillon »). Certaines tentes médiévales pouvaient être assez somptueuses, d'où l'analogie avec la beauté des ailes de papillon, nous asymptote Wikipédia. Évidemment, la rime qui me vient, c'est « saucisson ». « carillon » serait meilleur, mais je ne vois pas bien ce que la muse aux cheveux bleus ferait d'un carillon dans une tente.

Cheveux. Fasciné par les cheveux, Baudelaire ?
Bleus. Baudelaire eut une fois, dit-on, les cheveux verts.
Pavillon rime avec carillon, saucisson, canasson, cornichon et président Macron ; sinon, pouvez aller voir sur Wikipédia le rapport entre papillon et tente médiévale.
De politique j'écrirai moins ; elle nous détourne de l’important, qu’elle s'acharne à pourrir pour qu'on parle d'elle, pour que les parasites se rendent indispensables, défois qu’on enverrait promener leurs sourires faux et leurs réformes à n'en plus finir d'emmerder les Français.
Ténèbres. Il fait encore nuit. On voit les étoiles. On a dû nous piquer la tente pendant qu'on dormait (vieille blague, recyclée avec talent par Pascal Thomas dans une de ses adaptations d’Agatha Christie).
Tendues, les ténèbres (doivent boire trop de café).
Vous regardez les politiques à la télévision, et vous vous dites, quelle bande de… C’est pour ça que je ne les regarde pas. Je les écoute vaguement à la radio en mangeant des pâtes.
Me direz que la société s’compliquant tout l’temps, logique qu’on multiplie lois et réformes. J’entends ça depuis que ma mère l’entendait déjà que je n’étais même pas né ; ce qui s’arrange d’un côté se détériore de l’autre, et ça n’a pas l’air du tout d’aller aussi bien que les ministres le content.
« Rendez-vous aux Champs-Elysees / Leave Paris in the morning with the T.E.E / Trans-Europe Express / Trans-Europe Express /… » vous vous souvenez c’était Kraftwerk, les débuts de la musique électronique de consommation.
« L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! » qu’il écrivit l’autre hanté des hermétismes.
Du flan (c’est ça que j’ai mangé en dessert). Le
Ciel, je le vois pas. Volets baissés. Le ciel
« immense » écrit Baudelaire
Et qu’il soit immense ne prouve pas qu’il soit
« rond », lequel rime avec « il est l’heure : dormons. »

4.
N’ayant pas encore trouvé de trésor sous mon sabot
Faut qu’j’aille au boulot.
C’est pas qu’ça m’amuse d’aller au turbin,
Mais faut bien que j’gagne mon pain.
Y en a qui font de la politique
Certains s’y font pas mal de fric
Moi je garde mes deux bonnets : le guignol pédagogique
Pis çui de l’âne poétique.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 avril 2023.

Publicité
11 avril 2023

PAR ACQUIS DE CONCOMBRE

PAR ACQUIS DE CONCOMBRE

1.
« Puisque la chose est « mathématiquement » possible, pourquoi ne la serait-elle pas « humainement » !... Mais si la chose est « humainement » possible, l'affaire est formidable ! »
(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune » [Rouletabille])

Des rapports entre les possibles et probables des équations et des conditions humaines. Ça finit défois par de grands boums.

2.
« Les concierges sont donc en liberté, maintenant ? » demandai-je. »
Gaston Leroux, « Le Mystère de la chambre jaune » [Sainclair]

Cette phrase, prise dans un sens absolu, est délicieusement absurde.

3.
« - Ça n'est pas possible !, m'écriai-je, et quel événement peut être plus mystérieux que le mystère de la « Chambre jaune » ? »
(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre jaune » [Sainclair])

Moi, ce qui me turlupine parfois, c'est le mystère de la deuxième chaussette disparue.

Le mot « mystère » n'a en lui-même rien de mystérieux. On en connaît toutes les lettres et l'on sait d'où il vient. Du latin, comme beaucoup, et du grec ancien, comme autant, d'autres, certains. Comme rime à « mystère », ce qui me vient c'est « mousquetaire », puis « pomme de terre », - réminiscence rimbaldienne :

« Surtout, rime une version
Sur le mal des pommes de terre !
- Et, pour la composition
De poèmes pleins de mystère »
(Rimbaud, « Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs »).

Au bivouac, le mousquetaire fit cuire quelques pommes de terre. Il était silencieux et, de tout le jour, n'avait pas quitté sa tête de mystère...

Le mot « bivouac », d'après ce que charlemagne Wikipédia (le verbe « dire » me semble si monotone ; d'ailleurs, on en dit toujours trop) est aussi utilisé en anglais depuis les guerres napoléoniennes. Il viendrait de l'allemand médiéval (serait-il arrivé à cheval?) « biwacht » (en allemand moderne, on trouve le participe passé « bewacht » (de « bewachen ») : gardé, surveillé, protégé...

Le mot « bivouac » me semble aller comme un gant à « Cyrano de Bergerac ». En trouve-t-on la rime chez Edmond Rostand ? Je ne pense pas, mais faudrait vérifier, par acquis de concombre (j'ai oublié le mot approprié parce que je suis un cornichon, du coup j'emploie le mot « concombre », il me semble que ce n'est guère éloigné).

4.
Entendu sur France Culture cette phrase : « Les guerres napoléoniennes ont absorbé beaucoup de chevaux. » Ai pensé illico que les guerres à Napoléon furent de monstrueuses éponges pleines de sang. Ai pensé aussi à Fabrice à Waterloo et à cette phrase :

« Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres : le sang coulait dans la boue. »
(Stendhal, « La Chartreuse de Parme »)

5.
« J'ai vu sa tête... ai-je bien vu sa tête ?... »
(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune » [Rouletabille])

Ce que l'on voit et ce que l'on croit voir. On dit que, le 5 mai 1821, les derniers mots de l'Empereur furent : « tête... armée ». Puis tel qu'en lui-même sa légende le changea.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 avril 2023.

10 avril 2023

EVERY MOTORIST MUST HAVE TOOLS HANDY

EVERY MOTORIST MUST HAVE TOOLS HANDY

1.
« Les yeux gris de Louise demeurèrent stupides et ne cillèrent pas. « Qu'est-ce que c'est, si ce n'est pas un crocodile ?
- Une créature qui n’existe plus. »
(Tracy Chevalier traduit par Anouk Neuhoff, « Prodigieuses créatures » [la narratrice])

Le mot « créature » rime avec « peinture ». C'est que la peinture sert à peindre des créatures. Aucune n’existe mais certaines ont un référent dans le réel.

La vache réelle est la référente de la vache peinte qui, elle, n’existe pas en tant que vache.

Certains disent que la peinture révèle l'être des créatures. Je ne suis pas d'accord avec cette façon de regarder les vaches. Je pense que la peinture révèle surtout l'être de la peinture, et le talent éventuel du peintre.

2.
Je me demande s'il existe des fantômes de châteaux de cartes. Des spectres de joueurs malchanceux peut-être. Pour ce qui est des châteaux en Espagne, il doit s'agir d'esprits rêveurs, ou d'ectoplasmes désillusionnés.

3.
Étant d'un caractère porté à la mélancolie, vous ne serez pas étonnée, Élodie, que mes films préférés, et de loin, soient des comédies. Cela va des Marx Brothers à Pascal Thomas et Patrice Leconte, en passant par Mel Brooks et l'art de la parodie à l'américaine façon Leslie Nielsen.

Le mieux, c'est quand ces comédies sont à la fois drôles et poétiques, comme savaient en faire Jacques Tati et Jerry Lewis.

Bref, contrairement à ce que peuvent dire des critiques grincheux et parfois de mauvaise foi, je pense que l'acteur Louis de Funès a fait plus de bien à ses contemporains que bien des films dits « sérieux », « profonds », « engagés » et toutes ces sortes de choses.

4.
« J'ai lu aujourd'hui près de deux pages
du livre d'un poète mystique,
et j'ai ri comme qui a beaucoup pleuré. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guibert, « Le Gardeur de troupeaux »)

Le mot « mystique » vient du latin « mysticus » qui signifie « relatif aux mystères » dont regorgent les religions. Le mot « mystique » rime avec moustique. Qu'un moustique fût mystique, voilà qui m'époustouflerait. On peut, bien sûr, faire rimer « mystique » avec « élastique », surtout si l'on considère que certains religieux font parfois preuve d'une morale singulièrement élastique.

Ceci dit, il doit bien arriver qu'un mystique soit enquiquiné pis piqué par un moustique...

5.
« Every motorist must have tools handy in case of a breakdown. »

J'affectionne les exemples de grammaire. Ceci dit, je ne sais pas trop quoi en faire, n'allant jamais ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni nulle part où il me serait impossible de me réveiller dans mon lit puis d'écouter du jazz en feuilletant quelques-uns des livres accumulés. Je considère grammairiens et lexicographes comme autant de collectionneurs d’exemples et en ce sens, ils me sont précieux.

« Chaque automobiliste doit avoir des outils à portée de main en cas de panne » ; cela est sans doute très juste mais ne m'est pas d'un grand secours si je veux composer une tragédie en vers intitulée « Iphigénie ». Outre que je me suis demandé si « in case of breakdown » n'était pas plus usité et que le grand Racine m'a devancé en 1674 (je n'étais même pas né, quel manque de fair-play !), il est très difficile de faire rentrer le mot « automobiliste » dans un alexandrin évoquant la noble figure d'une princesse grecque de l'Antiquité. Peut-être quelque chose dans les prédictions de Calchas, du genre :

« Vous armez contre Troie une puissance vaine, »
[C'est de Racine], mais les dieux en sortant
De leurs desseins m'ont laissé une liste.
Il y est inscrit que chaque automobiliste
Doit avoir des outils à portée de main en
Cas de panne. Ce sont les dieux, on ne comprend
Pas toujours tout... Pour ce qui est de votre peine
A démarrer vaisseaux et guerriers, y a bin
Kekchoz, mais ça va pas vous plaire, je le crains.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2023.

 

10 avril 2023

LE MOT ANGLAIS SPLEEN SIGNIFIE RATE

LE MOT ANGLAIS SPLEEN SIGNIFIE RATE

1.
« MÉNON : J'avais déjà ouï dire, Socrate, avant que de converser avec toi, que tu ne faisais autre chose que de t'embarrasser toi-même, et embarrasser les autres... »
(Platon traduit par Victor Cousin, « Ménon »)

De sorte que Socrate étant mortel et s'embarrassant soi-même, et les autres étant, eux aussi mortels, Socrate embarrasse aussi les autres. Quant au chat, à la voix active, il mange la souris.

2.
Pour changer de tête plusieurs fois par jour, il faut avoir au moins une tête ; car si vous n'avez pas de tête, vous passez votre temps à chercher où vous avez bien pu les mettre, toutes vos têtes. Bien sûr, vous vous entêtez, et ça devient vite un véritable casse-tête.

Moi, par exemple, je n'ai pas beaucoup de têtes de rechange (ce qui fait que je fais souvent une même et monotone tête de circonstances). Par contre, je sais parfaitement où j'ai rangé toutes les mains tendues que j'ai tranchées.

3.
« Spleen » en anglais signifie « rate ». La « mélancolie » ou « bile noire » passait pour la sécrétion de la rate, selon la théorie hippocratique des humeurs. »
(Analyse des « Fleurs du mal », par Georges Bonneville, Hatier, coll. « Profil d'une œuvre »).

Le « spleen », souvent, moi, je ne sais pas quoi en faire. Si je le mets en bouteille, le spleen se met à me taquiner. Quand il boit, le spleen commence toujours par se moquer de moi, gentiment, puis très vite, il me harcèle, jusqu'à ce que je le libère, et une fois la bouteille ouverte...

Le spleen ne s'abandonne pas dans la rue, comme un vulgaire député, il vous suit comme une ombre. Je pense même qu'il est notre ombre. C'est pour ça que je coupe de plus en plus souvent France Info et toutes les idioties de ce monde.

4.
« Il peut leur arriver d'aller sur la plage et de regarder les falaises d'un air renfrogné comme s'ils contemplaient une exposition de tableaux à mourir d'ennui. »
(Tracey Chevalier traduit par Anouk Neuhoff, « Prodigieuses créatures »)

Je me demande si être assidu aux différentes expositions et salons qui animent nos provinces et excitent les peintres du dimanche est un moyen si sûr que cela de se suicider.

C'est sans doute pour cela que certains « renfrognés » préfèrent aller sur la plage et « regarder les falaises ». On ne sait jamais, il pourrait y avoir quelque animation fatale.

5.
« Paraissez ; et bientôt sans attendre mes coups,
Ces flots tumultueux s'ouvriront devant vous. »
(Racine, « Iphigénie », V,2 [Achille à Iphigénie])

Donc, si je comprends bien, pour Achille, il suffit de frapper la mer pour qu'elle s'ouvre. Biblique.

6.
J'ai longtemps cru que le dalaï lama était une espèce protégée de camélidé herbivore et sentencieux.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2023.

10 avril 2023

A MIDI J'AI MANGÉ DE LA SALADE RUSSE

A MIDI J'AI MANGÉ DE LA SALADE RUSSE

1.
« Les Aventures de Pinocchio », de Collodi commencent par
« Il y avait une fois un morceau de bois ».
Un éclair isolé, sans coup de tonnerre, s'appelle un « épars ».
Il y a un film qui a pour titre « Le Cri de la soie ».

2.
Si votre chapeau se met à blatérer, c'est que vous avez fait une faute de frappe.

3.
« Aimez-vous Brahms ? » est un roman de Françoise Sagan.
Brahms ou pas, j'aime les tomates.
Quelquefois avec une boîte de thon, je me fais des patates
Sautées. J'aime bien « Un Château en Suède », qui est aussi de Françoise Sagan.

4.
On n'attrape pas des saxophones avec un plat de spaghettis. Avec les spaghettis, on attrape du ventre. Pour les saxophones, faut des virtuoses ; certains jazzmen y excellent.

5.
A midi, me suis régalé de salade russe.
Recette donnée à Zut par un compositeur ukrainien exilé en France.
J'aime aussi la tarte au riz, qui ne se fait guère en France
Et qui est une spécialité de Liège. Je ne connaissais pas la salade russe.
C'est bon, la salade russe. Au dessert, il y avait du gâteau
De Pâques italien. Délicieux, ça aussi le gâteau de Pâques italien.
J'en ai encore au frigo.
Je ne l'ai pas promené, n'ayant pas de chien.

6.
La tarte au riz, ça rappelle les fraises
Que l'on mange avec du riz au lait et de la chantilly
Jamais trouvé d'oreille coupée dans un pot de confiture
De fraises
Cela aurait été une méchante aventure
Je suis quelqu'un de plus organisé qu'on le dit.

7.
Si votre assiette vous fait soudain un clin d’œil, c'est que votre veau froid est moins froid que vous le pensez.

8.
Je suis assez régulièrement les cours du rouble
Le rouble ça ne vaut plus un kopeck
Il en faut beaucoup de roubles chez nous pour se payer un bifteck
Nous nous avons l'euro, paraît qu'il y en a qu'ça trouble
Pis qu'i s'énervent et s'agacent ; pourtant leur bifteck
C'est en euros qu'ils le payent, non,
Pas en ronds d'saucisson.

9.
Si vous avez accompli votre devoir de citoyen et que vous êtes allé voter, et qu'un veau se retrouve à la présidence, c'est que vos hauts fonctionnaires sont mal élevés et vos vaches particulièrement mal gardées.

10.
Quand j'ai bien mangé, j'ai du mal à écrire.
Je bois du café mais j'ai quand même envie de dormir.
Au boulot, j'évite la cantoche
Peux plus arquer quand j'ai trop d'barbaque dans la bidoche.

11.
Il est très difficile de capturer un fantôme avec un rideau. En général, il s'enfuit avec ; c'est avec ça qu'il remplit sa garde-robe.

12.
J'ai de moins en moins envie d'écouter la radio
Ai envie de relire quelques enquêtes d'Hercule Poirot
J'en ai marre de tous ces idiots
Dans le genre Poutine et autres envahisseurs
Détrousseurs massacreurs
Je joue aux échecs avec mon ordinateur.

13.
Depuis que je joue aux échecs avec mon ordinateur, mes trajets en diagonale sont bien meilleurs. Par contre, je n'arrive plus du tout à passer dans certaines rues. Ça me complique singulièrement la vie.

14.
Ai revu « La Folie des grandeurs », de Gérard Oury.
Avec Louis de Funès et Yves Montand. Et j'ai ri.
Puis je mets la radio et sur France Inter
J'entends parler des néo-réactionnaires.

15.
Le temps c'est du
Cinéma on voit quelqu'un passer qui n’existe pas. A la du-, à la du-,
A la ducasse j'allais parfois m'acheter une gaufre de Bruxelles J'ai
Dû arrêter d'aller à la chasse aux crétins Faut s'calmer et
Vous répéter que le crétin est une espèce protégée J'ai dû me
Familiariser avec le nouveau statut des crétins. Je fume
Avec dans ma tête des idées crétines qui m'passent sous l'chapeau
Nos gens mangent aussi des gaufres de Bruxelles et ont des
Méthodes assez brutales pour les faire porter les chapeaux.

16.
Il est plus facile de passer à table que de passer à la postérité, me dis-je en dévorant un coq au vin.

17.
Quand on tire son coup pour tuer le temps, on finit par s'ennuyer.

18.
Non, monsieur Houzeau, « le crétin » ne donne pas au pluriel « décréta ». De plus, je vous prie de noter que pour former un gouvernement, il en faut plusieurs.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2023.

9 avril 2023

REMINISCENCES ET MIRLITONS

REMINISCENCES ET MIRLITONS

1.
Quand j'étais tiot j'étais paraît-il fort remuant
Mon grand-père, disait ma mère, m'appelait « l'anarchiste »
Plus tard je suis devenu fainéant
Et rapidement je n'ai plus cru au christ.

2.
Je me souviens de mon grand et long chat
Nous l'avions appelé Poussy et il était tout noir
Il n'avait plus qu'un bout de queue, ce chat
Et il pointait souvent, le bout rose de sa langue, sur son masque noir.

3.
Mon professeur d'anglais au collège nous donnait des listes
De verbes irréguliers à apprendre
Il avait écrit sur mon bulletin – il avait de l'humour à revendre-
« Devrait venir avec un appareil-photo, aurait encore plus l'air d'un touriste ».
Il m'avait prédit un avenir de barman.
Il m'aimait bien quand même car j'aimais Stravinsky et qu'il était mélomane.

4.
Ma mère me disait « ne cherche pas la misère, va ! »
Que l'on puisse priver quelqu'un de son gagne-pain, elle ne le comprenait pas.
Elle me reprocha un rapport que je fis sur un collègue que je dus remplacer
Qui n'avait pas fait son boulot
S'était fichu de ma gueule et m'avait pris de haut.
Ma mère je l'ai toujours connue à souvent se tracasser
S'inquiéter s'angoisser stresser
Et à boire du café.

5.
Je me mis à remplir des feuilles de détails, j'avais quatorze-quinze ans
A la plume et au bleu de Prusse que ça me prenait des heures
Ces yeux ces corps, ces formes bizarre, oui, des heures,
Ces centaines de petits ronds avec un point dedans
Mes parents étaient épatés mais effrayés
A l'idée que j'eusse voulu en faire mon métier
Je fus donc un piètre étudiant
Puis un médiocre enseignant
En ai vendus
Quelques-uns quand même de mes dessins
Je n'en ai même plus, sont tout éparpillés, perdus paumés jetés sans doute, mes dessins.

6.
Lorsque môme je découvris
Corto Maltese dans Pif Gadget
Je n'y ai rien compris
Mais fasciné je les rouvrais tout le temps les Pif Gadget
Contemplant d'un œil rond les courses des guerriers dans
Le labyrinthe des cases pleines d'onomatopées de noirs et de blancs.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 avril 2023.

Publicité
BREFS ET AUTRES
  • Blogs de brefs, ça cause humeur du jour, ironie et politique, littérature parfois, un peu de tout en fait en tirant la langue aux grands pompeux et à leurs mots trombones, et puis zut alors!
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité