COMME UNE VACHE PEINTE LE DIMANCHE
COMME UNE VACHE PEINTE LE DIMANCHE
1.
« Nous avancions tranquillement sous les étoiles ;
La lune oblique errait autour du vaisseau clair,
Et l'étagement blanc des vergues et des voiles
Projetait sa grande ombre au large sur la mer. »
(Émile Verhaeren, « Le navire »)
- Toute errante ainsi, « oblique », « autour du vaisseau clair », la lune chercherait-elle un moyen de se glisser à l'intérieur des cervelles des marins afin de les rendre lunatiques ?
- Connaissez-vous le sens du mot « vergues » ou vous en fichez-vous comme la corne de brume se fiche du cocu ?
- Avoir une « grande ombre » est-il un avantage dans la vie de tous les jours ou alors est-ce que, défois, ses ailes de géant l'empêcheraient-il de marcher et qu'il n'y a plus de confiture ?
2.
« La froide pureté de la nuit embrasée
Scintillait dans l'espace et frissonnait sur l'eau ;
On voyait circuler la grande Ourse et Persée
Comme en des cirques d'ombre éclatante, là-haut. »
(Émile Verhaeren, « Le navire »)
- Pourquoi la grande Ourse et Persée circulent-elles ainsi ? Se chercheraient-elles dans le vaste infini des trucs qui n'en finissent pas ?
- Les cirques d'ombre emploient-ils des écuyères occultes ?
- Les gens sont-ils les frères des sœurs qu'ils n'ont pas ?
3.
« Dans le mât d'artimon et le mât de misaine,
De l'arrière à l'avant où se dardaient les feux,
Des ordres, nets et continus comme des chaînes,
Se transmettaient soudain et se nouaient entre eux. »
(Émile Verhaeren, « Le navire »)
Possédez-vous de l'artimon ? Avez-vous de la misaine ? Vous souvenez-vous de ce titre de film « Êtes-vous fiancé à un marin grec ou à un pilote de ligne ? » et l'avez-vous vu, ou ne l'avez-vous pas, ou vous en fichez-vous comme l'écuyère occulte se fiche du déchiffreur d'oursins ?
4.
« Chaque geste servait à quelque autre plus large
Et lui vouait l’instant de son utile ardeur,
Et la vague portant la carène et sa charge
Leur donnait pour support sa lucide splendeur. »
(Émile Verhaeren, « Le navire »)
- L'ardeur dont vous usez habituellement vous semble-t-elle utile ou avez-vous l'impression de perdre votre temps à pisser dans un violon égaré dans le désert ?
- Pensez-vous que l'on puisse lire ces vers désuets en ignorant le sens du mot « carène » ou ne ferait-on pas mieux de se faire des crêpes ? Pensez-vous parfois que Carine était bien jolie ?
- La splendeur peut-elle rester lucide ou est-elle vouée à rire sottement en se voyant si belle en ce miroir ?
5.
« La belle immensité exaltait la gabarre
Dont l'étrave marquait les flots d'un long chemin ;
L'homme, qui maintenait à contre-vent la barre,
Sentait vibrer tout le navire entre ses mains. »
(Émile Verhaeren, « Le navire »)
- Serait-il possible que ces vers désuets soient en fait la description d'une machine à remonter le temps (une « gabarre », c'est-à-dire une embarcation, naviguant sur les flots du temps comme un chat sur un piano et vibrant entre les mains du pilote parce que, défois, passer le temps, ça fait vibrer ; ça dépend de ce que l'on fait) ?
- Dès lors, Émile Verhaeren fut-il un initié ? Est-il mentionné sur une des fausses listes des membres du Prieuré de Sion ? Fut-il agité de la Saucerful of Secrets ? Collectionnait-il les photos des chanteuses lyriques que l'on trouvait dans les boîtes de chocolat Poulain ?
- A force d’exalter la gabarre, ne risque-t-on pas d'outre-cuider, voire de dérailler et de finir dans le fossé, ou contre un platane, bien que les platanes de mer soient rares en cette saison ?
6.
« Il tanguait sur l'effroi, la mort et les abîmes,
D'accord avec chaque astre et chaque volonté,
Et maîtrisant ainsi les forces unanimes,
Semblait dompter et s'asservir l'éternité. »
(Émile Verhaeren, « Le navire »)
- Ce navire du poème de Verhaeren, n'est-il pas étrange que l'on dirait qu'il va parler, ou vous chanter Ramona comme une vache peinte le dimanche ?
- Certains poètes du XIXème siècle arrivaient parfois à composer des vers désuets tout en évitant d'être totalement ridicules. Ils trombonnent souvent.
- Plutôt que les pompeux « Et maîtrisant ainsi les forces unanimes, / Semblait dompter et s'asservir l'éternité », auriez-vous préféré cette fin alternative :
« Et maîtrisant ainsi ses forces unanimes,
Il finit son potage et alla se coucher. ?
Patrice Houzeau
Malo, le 13 avril 2025