QUESTIONS SOTTES ET VIRELANGUES AUSSI
QUESTIONS SOTTES ET VIRELANGUES AUSSI
1.
« La Pythie exhalant la flamme
De naseaux durcis par l'encens,
Haletante, ivre, hurle !... l'âme
Affreuse, et les flancs mugissants ! »
(Paul Valéry, « La Pythie »)
Cékoidonc une Pythie ? C'est-y une poêle à frire, une manière d'appeler les gallinacées, une antique pipelette ? Est-il vrai que, comme je l'ai lu dans un illustré pour la jeunesse du temps où il y avait des illustrés pour, que « la Pythie vient en mangeant » ? Et l'abus d'encens durcit-il réellement pifs et naseaux ? Et pourquoi qu'elle « hurle », la Pythie ? Et si c'est cause qu'elle est « ivre », ça veut-y dire que la Pythie est alcoolique ? Avait-elle vraiment « l'âme affreuse » ? Faisait-elle de la politique ?
2.
« Pâle, profondément mordue,
Et la prunelle suspendue
Au point le plus haut de l'horreur,
Le regard qui manque à son masque
S'arrache vivant à la vasque,
A la fumée, à la fureur ! »
(Paul Valéry, « La Pythie »)
Pourquoi qu'elle est « pâle », la Pythie ? Aurait-elle investi dans les cryptomonnaies et paumé beaucoup d'sous dans le dernier crypto crash ? Et pis c'est quoi, ce « regard qui manque à son masque » ? Miraude, la Pythie ? Voit-elle pas plus loin que sa vasque, sa vasque, sa vasqu'ça ? Et cétyquoi une vasque ? Fontaine à fumée, à fureur, friteuse ? Fait-elle des frites, la Pythie ? Tient-elle une friterie ? Est-elle pleine de graisse ? Cause-t-elle l'antique patois des féroces de l'Iliade et des hallucinés de l'Odyssée ? Ah tant de questions, tant de questions, et des violons, des jambons, des poissons petits et grands, des cornichons.
3.
« Sur le mur, son ombre démente » suce des pastilles de menthe. Je pense que ce sont des pastilles de menthe. En tout cas, ce ne sont pas des ailes de poulet. Ça se verrait.
(d'après Paul Valéry)
4.
« Son ombre démente », y « domine un démon » glouton, et c'est pour ça qu'elle a beaucoup grossi depuis l'Antiquité.
(d'après Paul Valéry)
5.
« Parmi l'odorante tourmente » des baraques à frites et saucisses, son ombre « prodigue un fantôme nageur », spectre aquatique d'un homme-grenouille qui n'en est jamais revenu.
(d'après Paul Valéry)
6.
« Si la folle tarde à hennir », c'est qu'elle n'est pas un cheval. Les métaphores, parfois, content n'importe quoi.
(d'après Paul Valéry)
Si je dis si, c'est que je dis si car si je ne dis pas si qu'est-ce que je dis ?
La folle, j'ignore si elle est folle ou si elle joue la folle, la
Folle, mais selon ce que je lis dans Paul Valéry, la folle
Tarde et si elle tarde, la folle, est-ce parce qu'elle est partie acheter de la moutarde, chasser l'outarde, s'enlever une écharde ?
A Hennir, je n'irai pas, car je n'ai nulle envie d'aller à
Hennir que je ne sais même pas où c'est-y qu'c'est ça, Hennir.
7.
Végétarien, le violon vibre, valse, virevolte en virtuose mais n'avale ni viande ni vivant.
8.
Le pâté ne parle pas patois ni ne tutoie, et puisque le pâté n'a ni palais, ni dents, ni langue, en conséquence le pâté se tait.
9.
La moule ne se moud pas, ni ne se coud, ni se mouche : la moule s'engouffre, avec des frites.
10.
Tonton s'est-il tu ?
Oui, tonton s'est tu.
Et pourquoi tonton s'est-il tu ?
Parce que tonton, il est mouru.
11.
Les poules du couvent couvent, surtout si ce sont des poules, car si les poules du couvent couvent mais ne sont pas des poules alors je me demande ce que les poules du couvent sont.
12.
Alors Nini dit : « Finie, Nini, y a plus ni Nini, ni Ninon, ni nana, ni nichons, ni chignons, ni endives au jambon, car je m'en vais à la chasse aux papillons. »
Patrice Houzeau
Malo, le 11 mars 2025.