LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?
LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?
1.
« Les morts sont obligés de dire la vérité, ce qui tombe très bien quand on a besoin d'une réponse. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Comme quoi la vie est bien faite.
2.
« Je suis monté avec elle, évitant de froncer le nez en reniflant l'odeur de tabac froid que le petit sapin parfumé accroché au rétroviseur n'arrivait pas à masquer. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, on trouve un « petit sapin parfumé accroché au rétroviseur ».
On ne trouvera aucune minuscule Zut parfumée accrochée au rétroviseur.
Zut est bien trop peu minuscule pour se retrouver accrochée au rétroviseur.
De plus, Zut, si peu minuscule , pourrait briser le rétroviseur.
A la radio, on parle de livres et de gens, de gens dans les livres et de gens qui écrivent des livres. Je ne connais ni les uns ni les autres.
Je ne connais pas non plus Stephen King et je ne sais pas si j'ai déjà lu intégralement un de ses livres.
3.
« Par contre, j'ai passé sous silence l'instant où je l'avais vu derrière moi, à côté de la voiture de Liz, assez proche pour pouvoir m'attraper par le bras.... si tant est qu'un mort puisse attraper quoi que ce soit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Il est très difficile de jouer au basket avec un mort.
Les morts n'arrivent pas toujours à saisir le ballon.
Les morts sont infiniment plus maladroits qu'on le pense.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a guère de morts dans les équipes de basket.
Pour le basket, le foot, le volley, les morts, c'est mort.
Et si vous assistez à une course de chevaux aux jockeys invisibles, c'est certainement un tiercé fantôme.
4.
« Simple prétexte : j'avais surtout besoin d'un délai pour me convaincre que mon plan était bon et pour préparer soigneusement mon récit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Que le narrateur ait besoin de temps pour « préparer soigneusement » son « récit » traduit l'idée que mettre au point un récit, ça ne se fait pas en mangeant une banane.
Si votre récit est bancal, on ne fera même pas semblant d'y croire, comme on le fait habituellement avec la plupart des récits que l'on nous raconte.
Si votre récit est par trop pipeauté, vous vous ferez siffler.
Cela ne sert à rien de mettre un fromage dans le bec du corbeau si votre fromage ressemble plus à un rossignol en papier mâché à qu'un camembert de bonne tenue. Le renard rira, et rira bien qui rit le dernier.
5.
« Les pilotes kamikazes se portaient des toasts et en portaient aussi à la photo de leurs cibles avec un saké réputé magique. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le professeur Burkett])
Le professeur Burkett a dit au narrateur, et donc au lecteur, quelque chose sur les pilotes kamikazes.
Je ne sais pas si l'on peut croire ce que dit le professeur Burkett, qui n'est jamais qu'un personnage de roman.
Généralement, je ne me fie guère à ce que racontent les personnages des romans.
Les vérités des personnages de romans sont avant tout des fictions.
Les personnages des romans ne disent pas plus la vérité que les gens que l'on croise dans le réel.
En tout cas, je ne crois pas au « saké magique ».
Je ne sais pas si les « pilotes kamikazes » croyaient au saké magique.
Je ne sais pas si l'on faisait boire aux pilotes kamikazes du saké magique.
6.
« - Je peux savoir qui c'est, le mort à qui je dois parler aujourd'hui ? »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, il faut savoir à qui parler et il arrive qu'on ne le sache pas.
On ne sait jamais, c'est peut-être un mort.
7.
« C'était déjà bien suffisant de voir briller cette lumière sans couleur qui jaillissait de la glace comme une éruption solaire.
La lumière-morte. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Si l'on voit « briller cette lumière sans couleur », cette lumière-là, je suppose que ce n'est pas bon signe.
Les lumières sans couleur, je suppose qu'elles finissent toujours par vous rattraper et vous emporter dans le monde des lumières sans couleur, qui n'est pas de ce monde, je le pressens.
Ce qui me fait songer que.
Quand je serai que bientôt je mourrirai, la peau et les os, que j'dirai Ma mère pourquoi donc ai-je tant bu et fumé que me v'là tout cancéré hein ? Après j'mourriro p't'être comme le chorégraphe de All That Jazz, d'un cardiaque patatrac.
8.
Je laisse la mayonnaise au poulet froid
Je laisse l'alchimie s'illusionner du verbe
Je laisse carottes et petits pois Je laisse son cousin au roi
Faut dire que j'ai un peu oublié la ballade des proverbes.
Patrice Houzeau
Malo, le 4 avril 2025.