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BREFS ET AUTRES

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4 avril 2025

LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?

LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?

 

1.
« Les morts sont obligés de dire la vérité, ce qui tombe très bien quand on a besoin d'une réponse. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Comme quoi la vie est bien faite.

 

2.
« Je suis monté avec elle, évitant de froncer le nez en reniflant l'odeur de tabac froid que le petit sapin parfumé accroché au rétroviseur n'arrivait pas à masquer. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, on trouve un « petit sapin parfumé accroché au rétroviseur ». 
On ne trouvera aucune minuscule Zut parfumée accrochée au rétroviseur.
Zut est bien trop peu minuscule pour se retrouver accrochée au rétroviseur.
De plus, Zut, si peu minuscule , pourrait briser le rétroviseur.
A la radio, on parle de livres et de gens, de gens dans les livres et de gens qui écrivent des livres. Je ne connais ni les uns ni les autres.
Je ne connais pas non plus Stephen King et je ne sais pas si j'ai déjà lu intégralement un de ses livres.

 

3.
« Par contre, j'ai passé sous silence l'instant où je l'avais vu derrière moi, à côté de la voiture de Liz, assez proche pour pouvoir m'attraper par le bras.... si tant est qu'un mort puisse attraper quoi que ce soit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Il est très difficile de jouer au basket avec un mort.
Les morts n'arrivent pas toujours à saisir le ballon.
Les morts sont infiniment plus maladroits qu'on le pense.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a guère de morts dans les équipes de basket.
Pour le basket, le foot, le volley, les morts, c'est mort.
Et si vous assistez à une course de chevaux aux jockeys invisibles, c'est certainement un tiercé fantôme.

 

4.
« Simple prétexte : j'avais surtout besoin d'un délai pour me convaincre que mon plan était bon et pour préparer soigneusement mon récit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Que le narrateur ait besoin de temps pour « préparer soigneusement » son « récit » traduit l'idée que mettre au point un récit, ça ne se fait pas en mangeant une banane.
Si votre récit est bancal, on ne fera même pas semblant d'y croire, comme on le fait habituellement avec la plupart des récits que l'on nous raconte.
Si votre récit est par trop pipeauté, vous vous ferez siffler.
Cela ne sert à rien de mettre un fromage dans le bec du corbeau si votre fromage ressemble plus à un rossignol en papier mâché à qu'un camembert de bonne tenue. Le renard rira, et rira bien qui rit le dernier.

 

5.
« Les pilotes kamikazes se portaient des toasts et en portaient aussi à la photo de leurs cibles avec un saké réputé magique. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le professeur Burkett])
Le professeur Burkett a dit au narrateur, et donc au lecteur, quelque chose sur les pilotes kamikazes.
Je ne sais pas si l'on peut croire ce que dit le professeur Burkett, qui n'est jamais qu'un personnage de roman.
Généralement, je ne me fie guère à ce que racontent les personnages des romans. 
Les vérités des personnages de romans sont avant tout des fictions.
Les personnages des romans ne disent pas plus la vérité que les gens que l'on croise dans le réel.
En tout cas, je ne crois pas au « saké magique ».
Je ne sais pas si les « pilotes kamikazes » croyaient au saké magique.
Je ne sais pas si l'on faisait boire aux pilotes kamikazes du saké magique.

 

6.
« - Je peux savoir qui c'est, le mort à qui je dois parler aujourd'hui ? » 
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, il faut savoir à qui parler et il arrive qu'on ne le sache pas.
On ne sait jamais, c'est peut-être un mort.

 

7.
« C'était déjà bien suffisant de voir briller cette lumière sans couleur qui jaillissait de la glace comme une éruption solaire.
La lumière-morte. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Si l'on voit « briller cette lumière sans couleur », cette lumière-là, je suppose que ce n'est pas bon signe.
Les lumières sans couleur, je suppose qu'elles finissent toujours par vous rattraper et vous emporter dans le monde des lumières sans couleur, qui n'est pas de ce monde, je le pressens.
Ce qui me fait songer que. 
Quand je serai que bientôt je mourrirai, la peau et les os, que j'dirai Ma mère pourquoi donc ai-je tant bu et fumé que me v'là tout cancéré hein ? Après j'mourriro p't'être comme le chorégraphe de All That Jazz, d'un cardiaque patatrac.

 

8.
Je laisse la mayonnaise au poulet froid
Je laisse l'alchimie s'illusionner du verbe
Je laisse carottes et petits pois Je laisse son cousin au roi
Faut dire que j'ai un peu oublié la ballade des proverbes.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 4 avril 2025.

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4 avril 2025

L'ATTAQUE DU BOEUF FROID 

L'ATTAQUE DU BOEUF FROID 

 

1.
« Le plan servirait peut-être à quelque chose, remarqua quelqu'un, si nous savions où nous nous trouvons. »
(Jerome K. Jerome traduit par Philippe Rouard, « Trois hommes dans un bateau »)
Les plans ne servent pas à manger des bananes pendant que le temps  passe en dodelinant.
Je ne sais pas, à vrai dire, si le temps dodeline. Passons.
Je ne sais pas non plus si nous savons bien où nous nous trouvons et si même nous avons réellement un plan.
J'ai des doutes. 
Les doutes, c'est comme les puces, ça tend à se multiplier.
On remarquera que le verbe « tendre » est ici suivi de la préposition « à », de même que dans la phrase « les plans ne servent pas à manger des bananes », on peut remplacer « bananes » par « sorbets à la fraise », ou même « cornichons » (mais, bien sûr, ça n'a pas le même goût).

 

2.
« Le vent coupait comme un rasoir. »
(Jerome K. Jerome)
Cette phrase tirée de « Trois hommes dans un bateau » est probablement une hyperbole.
Sinon, le narrateur n'aurait pas manqué de signaler les passants sans tête croisés ce jour-là.
Ce sont des choses que l'on remarque.

 

3.
« La lune avait disparu. Laissant, en la seule compagnie des étoiles, la terre apaisée, dont (sauf moi) tous les enfants dormaient. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Parfois, la lune disparaît. C'est bien son droit.
On ne sait pas trop ce qu'elle fait pendant ce temps-là qu'elle disparaît, la lune.
Se refait-elle une beauté d'astre de nuit ?
Se fait-elle des crêpes ?
Lit-elle des romans policiers ?
Compose-t-elle des mélodies pour Pierrot ?
Se pourrait-elle qu'elle dorme ?
Parfois, la lune n'illune plus, la lune s'éclipse.
Cela pousse les auteurs contemplatifs à disserter, avec, quelquefois, une pointe d'ironie, jusque dans le secret de leurs propositions relatives.

 

4.
« En attaquant le bœuf froid, nous découvrîmes que nous avions oublié d'emporter de la moutarde. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Il est assez pénible d'attaquer le bœuf froid sans moutarde.
Tous les conquérants de bœuf froid le savent.
On peut toujours employer le passé simple « découvrîmes », la tâche n'en demeure pas moins  décevante. Surtout si l'on aime la moutarde.
Si l'on n'aime ni la moutarde, ni le bœuf froid, on se demandera pourquoi on s'est soudain mis en tête d'attaquer le bœuf froid.
On aurait très bien pu attaquer le jambon, la rosette de Lyon, les éclairs au café.
Par contre, pour la mayonnaise, faut pas la laisser traîner qu'elle tourne alors bizarre et pourrait vous envoyer tenir compagnie au bœuf froid, celui dont l’œil vous fixe, là, dans les ténèbres. 

 

5.
« Nous lui demandâmes le nom de cette couleur, mais il l'ignorait. Il ne pensait d'ailleurs pas qu'elle en eût un. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Quand on demande le nom de cette couleur, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle réponde. En effet, les couleurs qui n'ont pas de nom n'ont pas plus de langue que les couleurs qui ont un nom.
De plus, on peut se demander si une couleur qui n'a pas de nom existe  réellement en soi, sauf si on la reconnaît comme « la couleur qui n'a pas de nom. » 
Et comme nous ignorons la nature exacte de ce que nous voyons, nous sommes bien obligés d'admettre que l'implicite de tout ce que nous voyons, de la fourmi fourmillante à l'éléphant barrissant, n'est jamais que ce que nous voyons et qui n'a pas d'autre nom que le nom que nous lui donnons.
Vous me direz : nous voilà bien avancés qu'en plus, hein, déjà qu'on a attaqué le bœuf froid sans moutarde...

 

Patrice Houzeau
Malo, le 27 mars 2025.  

26 mars 2025

LE RACONTA N'EST PAS UN FROMAGE BAVARD

LE RACONTA N'EST PAS UN FROMAGE BAVARD

 

1.
« Si vous vous régalez de pâté, de sardines et de chocolat au milieu de la nuit, vous êtes malades le lendemain. »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »[Mme Rey])
Dans le roman, ce sont les jeunes filles d'un pensionnat qui se sont ainsi régalées, et qui, de ce fait, sont malades le lendemain parce que dans un roman de Enid Blyton, les abus sont toujours punis. Et c'est ainsi que les goulafres en jupons sont obligées d'avaler les médicaments de Mme Rey (l'infirmière du pensionnat), lesquels « avaient toujours très mauvais goût. » De plus, Mme Rey, « leur en distribua une bonne dose et les obligea à lécher la cuiller. » Dégoûtant.

 

2.
« Que ces bicyclettes grincent ! chuchota Margaret. Partons vite ! »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »)
Il arrive que ça grince, les bicyclettes. Par contre, les bicyclettes ne chuchotent pas. Ce sont les jeunes filles du roman qui chuchotent. Elles chuchotent parce qu'elles filent à l'anglaise (car ces jeunes filles chuchotantes sont tout à fait britanniques dans un roman composé par une autrice née et morte à Londres). Si jamais les bicyclettes se mettent à chuchoter, c'est que ce ne sont pas des bicyclettes. Si les bicyclettes se mettent à jouer du saxophone, c'est que ce ne sont pas des bicyclettes non plus. D'ailleurs, on ne peut pas souffler dans un instrument où l'on souffle et chuchoter en même temps, et il n'est pas conseillé de jouer du saxophone en roulant à bicyclette, surtout dans un roman anglais pour la jeunesse. On notera que le point d’exclamation semble en contradiction avec la discrétion requise pour le chuchotis. C'est que ces demoiselles ont le sens du self contrôle. C'est évident. On n'est pas chez les beatniks. 

 

3.
« Elles entrèrent dans la classe et s'assirent devant leurs pupitres. »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »)
Lorsque l'on veut s'asseoir devant un pupitre, il est parfois nécessaire de rentrer dans une classe. En effet, on ne peut pas manger la classe, ni roucouler la classe, ni repeindre la classe (sauf si votre fonction consiste à repeindre les salles de classe), et comme votre pupitre ne viendra pas à vous si vous le sifflez dans le couloir, - le pauvre, comment voulez-vous ? - vous voilà bien obligée (le pensionnat du roman n'est pas mixte ; on n'est pas chez les beatniks), si vous voulez vraiment vous asseoir devant un pupitre (ce qui est en soi une idée curieuse, sauf dans un roman pour la jeunesse de Enid Blyton), vous voilà assurément obligée de rentrer dans la classe.
Accessoirement, si votre pupitre est un saxophone, et si vous savez en jouer, (sinon à quoi bon avoir un pupitre), eh bien, vous épaterez vos petites camarades avec un air joyeux et entraînant.
Si votre pupitre est un tapis, vous pourrez le battre comme on le fait ordinairement avec les politiques.

 

4.
« Pat raconta ce qui s'était passé. »
(Enid Blyton)
Le raconta n'est pas un fromage bavard.
On ne peut faire confiance au raconta que s'il est manié par le personnage au passé simple appelé Pat.
Pat est un personnage du roman pour la jeunesse « Deux jumelles en pension », de Enid Blyton.
En conséquence, tout le monde, ou presque, se moque de ce que peut raconter le raconta de la Pat du roman.
Pat aime sans doute beaucoup le fromage ; ce n'est pas une raison pour  écrire n'importe quoi.

 

5.
« Une activité fiévreuse régnait dans le pensionnat. »
(Enid Blyton)
On ne soigne pas une activité fiévreuse à coups de gourdin.
C'est par la psychologie que l'on pallie les excès d'une activité fiévreuse.
On peut trouver de la psychologie à peu près n'importe où mais défois il faut bien chercher.
La psychologie se vend souvent en salades.
On peut y ajouter du raconta en petits cubes si l'on désire un peu de conversation.
La psychologie se vend aussi en effervescents fascinants.
On fera attention avec les effervescents fascinants ; parfois, ils assomment. Comme les gourdins, voyez, mais c'est de la psychologie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 mars 2025. 

25 mars 2025

PARFOIS QUAND ON S'EN REND COMPTE IL EST TROP TARD

PARFOIS QUAND ON S'EN REND COMPTE IL EST TROP TARD

 

1.
« La vache, remarque, oui, j’imagine qu’il faut plus que des jurons pour tuer des monstres. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Parfois, on est surpris. C’est que le réel est parfois surprenant. En fait, le réel est sans cesse surprenant, mais nous ne voyons ni ne saisissons, ni ne pigeons tout ça de s’qui s’passe là.
Et parfois, quand on s'en rend compte du, il est trop tard.
Dans la bande dessinée « Angle mort », la détective privée Jessica Jones est impressionnée par le nombre d’armes que possède Elsa Bloodstone.
Elsa Bloodstone est une « chasseuse de monstres. Si Lovecraft avait su que Elsa Bloodstone existait, je ne crois pas qu’il l’aurait utilisée pour chasser les divinités qui machinent des extravagances dans les murs, les greniers, les murs et les fondations, sinon, il n’y aurait pas eu d’œuvre de Lovecraft ou alors une œuvre de Lovecraft qui serait sans doute assez différente de l’œuvre de Lovecraft que nous connaissons.

 

2.
Dans la bande dessinée « Angle mort », de Thompson et De Iulis, Jessica Jones pose cette question à Elsa Bloodstone, la chasseuse de monstres :
« Quand tu dis « dans l’Hudson », tu ne parles pas littéralement de dans l’Hudson, hein ? » 
C’est que Elsa Bloodstone « ne plaisante jamais sur les monstres marins ». Du reste, être dans la mouise ne veut pas dire que l’on est visite dans la région de la Mouise mais que l’on ne sait plus trop comment faire pour s’en tirer. La préposition « dans » couvre des perspectives aussi vastes que variées.

 

3.
« C'était plutôt la classe, ça, un de mes dix meilleurs atterrissages. Peut-être que je m'améliore. Est-ce possible ? » 
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Tout dépend de ce que l'on appelle « atterrissage », ce qui n'a rien à voir avec le quatrain crétin ci-dessous que je me suis composé dans la caboche hier soir, en m'endormant.
Quand le saxophone il dit des blagues à la 
Souris, la souris rit et la souris rira
Tant qu'le saxophone en dira des blagues à
La souris On verra qu'il dit alors le chat.

 

4.
« Eh bien, les pouvoirs de Dia, et donc les tiens et ceux de « l'autre Jared », semblent manipuler la réalité. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Les habitants du réel, ceux qui sont bipèdes, perspicaces et véloces, sont tous différents, dotés de pouvoirs et interdépendants. Ils manipulent la réalité et s'emploient à devenir invisibles. Ils finissent toujours par y parvenir. On dit alors qu'ils sont morts.

 

5.
« Mais ça n'est pas comme ça que le monde fonctionne. Il n'y a pas d'issue magique. Tu ne peux pas devenir quelqu'un de bien par magie. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Les habitants du réel font fonctionner le monde. Cette phrase n'est guère jolie à entendre.
Je ne puis dire que les habitants du réel sont les fonctions de ce monde sans que l'on y voie je ne sais quelle nécessité, je ne sais quel droit naturel, je ne sais quel dieu des fonctions, je ne sais quelle essentialité barbue. Aussi, je ne le dirai pas, même à une trompette bouchée. 
Que l'humain fonctionne, il n'y a que pour lui que cela a du sens. Demandez un peu à des canards si l'ensemble des valeurs dont les humains tirent prétexte pour se faire la guerre ont un sens en soi. Si vos canards vous répondent d'aller vous brosser avec vos valeurs, c'est que vos canards n'en sont pas. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mars 2025.

22 mars 2025

PETITE NOTE SUR LE ROI DANSE

PETITE NOTE SUR LE ROI DANSE

 

Hier soir, j'ai vu « Le Roi Danse », de Gérard Corbiau (2000). C'est un beau film sur la musique, la danse, le caractère tourmenté et difficile de Lully, et les exigences de l'Etat. J'ai pensé qu'il y avait des longueurs. Mais je pense souvent qu'il y a des longueurs dans les films.
Ceci dit, Théky Karyo est épatant dans le rôle de Molière. Toujours aussi sympathique, Molière ; il m'arrive de me demander si le véritable Molière était aussi sympathique que nos fictions le représentent. C'est ainsi, Corneille est le discret et le sage ; Molière, le sympathique et si lucide ; Racine, l'intrigant de génie.
Benoît Magimel est très bon dans le rôle de Louis XIV, le roi danseur, le roi soleil, le roi spectacle, le roi bâtisseur, le roi conquérant, le roi homme d'Etat.
Boris Terral compose un Lully complexe et tourmenté, dont la jalousie et la peur du déclassement pourraient expliquer un comportement tantôt imbuvable, tantôt frôlant la folie, l'hybris, l'orgueil démesuré.
Et puis, la beauté, celle de la danse, de la musique de Lully, de Versailles, de Madeleine, l'épouse de Lully, interprétée par Cécile Bois et de Julie, la nièce de Madeleine, interprétée par Claire Keim, la beauté des costumes, des espérances et de l'illusion.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mars 2025. 

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22 mars 2025

I WAS ALONE WITH MY STUPIDITY

I WAS ALONE WITH MY STUPIDITY

 

1.
« Mince, ça paraissait plus intelligent dans la ma tête que dans ma bouche. »
C'est Spider-man qui dit cela dans « La Peur », une aventure de Jessica Jones (scénario : Brian Michael Bendis, dessin : Michael Gaydos). 
Spider-man se rend compte qu'il dit parfois des sottises. Si Spiderman avait dit que ça paraissait plus intelligent dans sa cafetière que dans sa bavarde, je ne m'en serais pas étonné ni offusqué ni contrefait. Je ne sais pas si Spiderman joue du saxophone, ou s'il écoute du jazz. On ne sait pas tout des super-héros de chez Marvel.

 

2.
« Je suis Jessica Jones », dit Jessica Jones. « Vous me trouverez sur vos ordinateurs. J'ai des références au S.H.I.E.L.D. » (in « La Peur », Bendis et Gaydos).
Si Jessica Jones dit qu'elle est Jessica Jones, alors c'est qu'elle est Jessica Jones. Mais pour cela il faut que Jessica Jones puisse parler. Or, Jessica Jones, cette Jessica Jones là est un personnage de bande dessinée, une figurine. Elle ne parle jamais que dans notre imaginaire. C'est même à notre imaginaire qu'elle s'adresse. Sinon, les auteurs s'adressent aux éditeurs et leur disent : Voyez comme les aventures de Jessica Jones sont intéressantes et plairont aux lecteurs qui veulent un peu plus de complexité et d'humanité dans les histoires de super-héros de chez Marvel.

 

3.
« Le truc, quand on est détective privé... c'est que ça change votre façon de voir. Ça n'est pas un super-pouvoir avec lequel je suis née, c'est quelque chose que j'ai appris. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Détective privé ou pas, on en apprend toujours des choses. En théorie, plus on apprend de choses, plus on devait maîtriser le réel. C'est pas toujours le cas. Ce n'est parce que j'en apprends beaucoup sur le goût de la bière que je maîtrise mieux le réel. A force d’expérimenter, c'est même le contraire : le réel se méfie de moi, je le sens bien, - peut-être pense-t-il que j'en sais trop -, et il se met à me déstabiliser en tanguant de plus en plus fortement, puis soudain il fuit et je me demande alors où est passée la détective privée, celle dont je lisais les aventures.

 

4.
« Et il y a la question lancinante de qui a pu me tirer dessus et de pourquoi je ne suis pas restée morte. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
La question lancinante qu'elle s'est longtemps posée, Zut, ou Natacha, ou Paméla n'en a toujours pas la réponse. 
On ne se pose pas de question lancinante si l'on ne veut pas d'ennuis avec soi-même. 
Parfois, même si on ne se pose pas de question lancinante, on sait tout de même que, comme je le lis dans un manuel d'anglais, il dit, Pete : « We always have fresh fish at home. » 
Avoir toujours du poisson frais à la maison vaut mieux que d'avoir de vieux cadavres dans le placard et des questions lancinantes dans la cafetière.
Remarquez qu'il doit bien y avoir des gens qui ont à la fois et toujours du poisson frais à la maison, de vieux cadavres dans le placard et des questions lancinantes dans la cafetière. 
Et parmi ceux-là il doit bien y avoir des détectives privés que l'on a tenté de flinguer et qui se demandent pourquoi elles ne sont pas restées mortes. 
Je ne pense pas qu'elles s'appellent toutes Jessica Jones.

 

5.
« Merde, comment il peut y avoir autant de gens pour photographier des boules de viande ? Ils n'ont que ça à faire? »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Photographier des boules de viande est une activité un peu vaine s'il s'agit de photographier des boulettes de viande, de celles que j'aime bien manger avec des carottes, des pommes de terre, de la sauce.
Si c'est pour photographier des êtres vivants, c'est peut-être journalistique ou purement commémoratif, ou si c'est autre chose, je ne sais pas, qu'en tout cas, la détective privée Jessica Jones constate qu'il y en a beaucoup, des gens qui en mettent en ligne, des photographies de boules de viande. C'est peut-être en lien avec le culte du « Flying Spaghetti Monster ». 
Je ne sais pas si le culte du Grand Spaghetti Volant flanqué de ses boulettes de viande est en pleine expansion.
Je ne crois pas que Donald Trump soit un adepte du culte du « Flying Spaghetti Monster ».
Il y a très peu de probabilités pour que Donald Trump soit un adepte du culte du « Flying Spaghetti Monster ».
On trouve sur You Tube une animation intitulée « Flying Spaghetti Monster », et qui est signée Noam Raby. La musique est agréable et les paroles  de la chanson éclairantes qui commencent par l'universel « I was alone with my stupidity ». 
Le culte du « Flying Spaghetti Monster » est l'élément central de la religion que l'on appelle pastafarisme. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mars 2025. 

21 mars 2025

JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES

JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES

 

1.
« Mon cœur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton »
(Apollinaire, « Salomé »)

 

Je suppose que c'est Salomé (la fille d'Hérodiade, celle qui fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste) qui cause dans ce quatrain.
Il arrive que les cœurs des Salomés battent battent très fort en écoutant les visionnaires. Comme on sait, ça finit parfois mal, surtout si en plus elles sont danseuses (têtes tranchées et autres épouvantes bibliques).
J'aime bien le lys, - ô pureté ! ô royauté ! ô purée ! ô poisson pané ! - mais je n'en ai jamais, n'en achète jamais, n'y pense que lorsque je tombe sur sa mention dans un texte.
Et ce n'est pas moi qui irai raconter des visions à une danseuse fascinée. Zut ne danse pas. Zut ne se fascine pas. Zut tire la langue. Et c'est ainsi que les têtes restent sur les épaules et les vaches aussi (ce que je viens d'écrire, n'ayant aucun sens, il vaut mieux en rire).

 

2.
« Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre
Maternel qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel »
(Apollinaire, « Merlin et la vieille femme »)

 

A chaque fois que je lis ce quatrain d'Apollinaire, je me dis : « Mais qu'est-ce qu'il raconte ? ». La poésie, parfois, on a du mal à la comprendre. La poésie, parfois, on se dit qu'en fait, on s'en fiche. Ceci dit, la musique des vers est jolie. Moi, quand je vois des nuages, je me demande s'il va pleuvoir. Aujourd'hui, le temps est doux, si le ciel est couvert. Il ne va pas pleuvoir. Je vais me faire des pommes de terre sautées. La musique des vers est jolie. Hier, on m'a demandé si je n'avais pas eu la main arrachée. Non, j'ai encore mes deux mains. Je vais me faire des pommes de terre sautées. Je ne sais pas quoi dire de ce quatrain de Guillaume Apollinaire.

 

3.
« Le soleil en dansant remuait son nombril »
(Apollinaire)

 

Le soleil est une étoile de type « naine jaune ». Le
Soleil, on est bien content quand il y en a parce qu'alors il fait bon, le ciel est bleu et les filles jolies.
En tout cas, dans le nord de la France, on est bien content quand il y a du soleil. Je ne dirais pas que c'est en
Dansant que l'on manifeste son contentement du retour du soleil. Dans le vers d'Apollinaire, c'est le soleil qui « en dansant 
Remuait » ; et ça c'est tout de même étrange de voir danser le soleil, de voir le soleil remuer
son nombril comme s'il était à la noce avec les danseuses du ventre là. Je note que le mot
Nombril se dit en anglais « navel » et « Nabel » en allemand, le nombril, qui se dit « nombril » en français, comme hareng se dit « hareng » et saur se dit « saur ».

 

4.
« Or les hommes ayant des masques de théâtre
Et les femmes ayant des colliers où pendait
La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre
Parlaient entre eux le langage de la Chaldée »
(Apollinaire, « Le larron »[l'Acteur])

 

C'est surtout dans les scènes qui sont censées se passer dans l'Antiquité que des hommes portent des masques de théâtre. Définissez l'Antiquité et traduisez la en allemand.
Le vers « Or les hommes ayant des masques de théâtre » est un alexandrin d'Apollinaire qui me fait penser au film « Satyricon » de Fellini. Apollinaire savait écrire des alexandrins et que dans l'Antiquité des hommes portaient des masques de théâtre. A mon avis, c'est surtout pour jouer des pièces de théâtre que dans l'Antiquité, des hommes portaient des masques de théâtre. Ce n'est pas pour jouer dans des films de Fellini. Vous résumerez l'action du film « Satyricon » de Fellini et vous le traduirez en allemand.
Si les hommes de l'Antiquité portaient des masques de théâtre, les femmes avaient des colliers « où pendait / La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre ». C'est comme aujourd'hui : les hommes portent des têtes de circonstances, ou de cocu, ou de couillon, et les femmes portent des colliers, mais qui n'ont généralement aucun rapport avec les foies des vieux coqs. Elles ne parlent plus le chaldéen depuis longtemps et c'est en anglais qu'elles commandent des boissons fraîches.

 

5.
« Ceux de ta secte adorent-ils un signe obscène
Belphégor le soleil le silence ou le chien
Cette furtive ardeur des serpents qui s'entr'aiment »
(Apollinaire, « Le larron »[le Choeur])

 

Je n'ai pas connu Belphégor et je ne le regrette pas. J'ai revu la série « Belphégor », celle du poste de télévision en noir et blanc avec Juliette Gréco, Christine Delaroche et Yves Rénier. J'aime bien la série mais je n'adore pas Belphégor, ni le soleil, ni le silence, ni le chien. Je préfère les pommes de terre sautées.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

21 mars 2025

L'OR L'HEURE SAUCISSON ET PISTACHE

L'OR L'HEURE SAUCISSON ET PISTACHE

 

1.
De quel pays est originaire Johann August Suter (lequel est la figure centrale du récit « L'Or », de Blaise Cendrars ? 
- La Suisse ?
- Pas la Suisse ?
- Peut-être bien la Suisse ?

 

2.
Lorsqu’il est à Paris, pour obtenir de l’argent, que présente-t-il, Johann August Suter, à l’un des meilleurs clients de son père ?
- Ses respects et autres amabilités polyglottes ?
- Une fausse lettre de crédit ?
- Sa fiancée (la célèbre Cantatrice Paméla Klong-Klong, connue plus tard sous le sobriquet de « La Folle de Santa-Fé », et nul ne sait pourquoi) ?

 

3.
De quel port français Johann August Suter part-il pour New-York ?
- Le port Quai-pique ?
- Le port Celé ?
- Le Havre ?

 

4.
Quels sont les termes employés par l’auteur (Blaise Cendrars) pour présenter son personnage (Johann August Suter) ? 
- « poussah poussif pousseur de paquets d'chaussettes ?
- « zèbre des zones déguisé en plombier zingueur » ?
- « fuyard, rôdeur, vagabond, voleur, escroc » ?

 

5.
Après avoir quitté New-York, que va faire Johann August Suter ?
- Il part pour là-bas puis achète des terres et s’installe comme fermier ?
- Il part pour là-bas pour y devenir une vedette de la musique country, genre qu'il contribua à enrichir par l'introduction de motifs de style yodel ?
- Il part pour là-bas et disparaît dans l'Ouest mystérieux, sauvage et plein de bisons ?

 

6.
Quel est le mot qui, revenant dans toutes les conversations des voyageurs qui passent par sa ferme, intrigue Suter jusqu’à le fasciner  ?
- « L’Ouest » ?
- « Zut » ?
- « Chauve » ?

 

7.
Comment Johann August Suter imagine-t-il l’ouest américain ?
- Comme un pays immense, légendaire, fabuleux, mystérieux, magnétique, une terre d’aventures...
- Comme une guitare géante, avec la tête à Elvis et des villes fantômes à chaque coin de rue ?
- Il ne l'imagine pas because qu'il s'en fiche because qu'il est bien trop occupé à inventer le pain-saucisse-moutarde même qu'il va se faire voler l'idée du pain-saucisse-moutarde, et ça c'est ballot.

 

8.
Après son échec à Santa-Fé, comment Johnn August Suter réussit-il à survivre ? 
- En jouant Shakespeare malgré son fort accent germanique et le peu d'intérêt de ses contemporains et des bêtes à cornes ?
- En troquant et en trafiquant avec les Indiens ?
- En inventant le rockabilly ?

 

9.
Dans quel Etat en fin de compte Suter s’installe-t-il ?
- Dans l'Etat-Rtine ?
- Dans l'Etat Pioca ? 
- En Californie ?

 

10.
Arrivé en Californie, que décide-t-il, Johann August Suter ?
- Il y achète des terres et les fait fructifier ?
- Il disparaît entre les pages d'un roman de Blaise Cendrars ?
- Il fonde la secte des disciples du Temple de la Gracieuse Choucroute et du fan-club de Paméla Klong-Klong réunis ?

 

11.
Quel va être le résultat de ses efforts ? 
- Suter va devenir immensément riche.
- Suter va devenir Calife à la place du Calife ?
- Suter, à force de choucroute et de bière, va devenir obèse ?

 

12.
Quel élément déclencheur va en fin de compte provoquer la ruine de Suter ?
- Un incognito à pseudonyme va créer la première cryptomonnaie ?
- Un de ses employés va usurper son identité, lui piquer sa fiancée (la célèbre cantatrice Paméla Klong-Klong) et raconter bien des bobards à Blaise Cendrars qui va de tout ça tirer un livre ?
- Un de ses employés va découvrir une pépite d’or en donnant un coup de pioche ?

 

 

13.
Cet élément déclencheur va être à l’origine d’une ruée vers l’or. Comment Suter pourrait-il en profiter ? 
- Il pourrait profiter d'avoir encore des jambes et des sous pour retourner en Europe et y retrouver alpages et fromages pour y passer le reste de son âge ?
- Il pourrait profiter de la hausse des denrées alimentaires ?
- Je ne sais pas parce que je ne suis pas à sa place, je n'ai jamais été à sa place, je ne serai jamais à sa place et puis zut alors.

 

14.
Quel sentiment empêche pourtant Suter, lors de la « ruée vers l'or », de profiter de l’afflux de population pour s’enrichir ?
- La nausée sartrienne ?
- La nausée à bonde ?
- Le découragement ?

 

15.
En fin de compte, qu’arrive-t-il à Johann August Suter ?
- Agressé par une choucroute sauvage, il va finir ses jours reclus dans son vaste domaine de Xanadu ?
- Il est dépossédé peu à peu de ses terres et perd toute sa fortune ?
- Il est enlevé par des dissidents de la secte des disciples du Temple de la Gracieuse Choucroute et du fan-club de Paméla Klong-Klong réunis ?

 

16.
Comment peut-on caractériser la fin de vie de Johann August Suter ?
- Saxophoniste et cabriolante ?
- Saucissonnesque et pistache ? 
- Pitoyable, pathétique, misérable ?

 

17.
Quelle leçon pensez-vous que dans son roman « L'or » Blaise Cendrars, à travers le parcours de Suter, nous donne ?
- Qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, car si elle se met à jouer du banjo, ce n'est plus une porte ?
- Que l'on peut très bien faire des frites sans casser d’œufs, car s'ils se mettent à chanter des bidules rythmiques en anglais, ce ne sont plus des œufs ?
- Qu'il ne faut pas détacher le hareng saur qui pendouille et balance avant que le poème soit fini sinon ça n'a pas de sens.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025. 

21 mars 2025

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

 

1.
« Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. »
(Italo Calvino traduit par Danielle Sallenave et François Wahl, « Si par une nuit d'hiver un voyageur »)
Il arrive qu'un roman commence dans une « gare de chemin de fer ». Ce n'est pas pour cela que Zut prendra le train. Zut n'est pas fatalement un personnage du roman que je lis, même si son ombre plane sur la ville comme celle d'un criminel insaisissable du début du XXème siècle.

 

2.
« Et maintenant, moi, je ne sais plus quoi faire, je suis le dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Que faire quand on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire de toutes ces métaphores épinglées dans les livres comme des papillons dans une collection ? Se faire un sandwich pâté-cornichons ? Encore faut-il avoir faim.
Je remarque que la poétique du ferroviaire ne manque pas de mélancolie. Je suppose que cela doit dépendre des auteurs. Je ne rédigerai aucun cours sur la poétique du ferroviaire. Je n'ai pas envie de me retrouver en personnage de « dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. » Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination. De plus, tous ces livres, ces films qu'il faudrait voir, tous ces sandwiches pâté-cornichons qu'il faudrait avaler. Non. 
J'aime bien une phrase comme : « Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination; » Elle n'a pas plus de cervelle et de sens que la dernière réforme de l'éducation nationale (dite « la sotte réforme Blanquer ») et je ne sais même pas si je peux emballer du poisson avec (je ne voudrais pas effrayer la morue, défois qu'elle s'envolerait dans les airs), mais elle me plaît comme peuvent me plaire certaines chansons idiotes, ou le boudin blanc quand je mange du boudin blanc.

 

3.
« L'Organisation est puissante. Elle commande à la police, aux chemins de fer. »
(Italo Calvino)
Cette phrase que je lis dans « Si par une nuit d'hiver un voyageur », de Italo Calvino traduit par Danièle Sallenave et François Wahl, est une phrase de fiction. Cela ne sert à rien de se demander de quelle « Organisation » il s'agit, à moins que l'on s'intéresse à l'univers des romans. Ce qui est une manière comme une autre de passer le temps. Pour ma part, je ne connais qu'une seule Organisation, l'Organisation redoutable du réel, qui commande à tous et à toutes et qui peut vous faire disparaître aussi vite que l’œil parcourt une phrase.
J'écoute France Inter, l’excellente émission « Very Good Trips » de Michka Assayas ce jeudi 20 mars 2025 et je m'aperçois que c'est pas si mal, la musique de Porcupine Tree. Après, je n'écoute de la musique que lorsque j'ai mes oreilles, et, en ce moment, je ne les ai pas toujours.

 

4.
« Étrangers ma chambre, mes bagages, la vue par la petite fenêtre. J'avais peur de ne plus pouvoir établir de rapport avec rien ni personne. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Choses et êtres nous sont radicalement étrangers. Et pourtant, on mange des frites. C'est pour ça.

 

5.
« Mais voici qu'au moment où ton attention est tenue en suspens, tournant au milieu d'une phrase décisive, tu te retrouves devant deux pages blanches. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »)
Soit le livre s'écrit au fil de ta lecture, soit tu es en train de rêver que tu lis, soit tu es dans un train et tu t'es endormi, et tu rêves que tu lis un roman dont les phrases se composent au fur et à mesure de ta lecture, soit tu es arrivé au bout de ton chemin, mon ami. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

19 mars 2025

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

 

1.
« He knows a lot, » said the pugilist. « I don't know where it learned it, but he's had a deal of practice somewhere. He's as strong as a lion and as hard as a board, for all his queer face. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des tas de gens qui en connaissent un rayon sur tout un tas de sujets. On ne le sait pas toujours car ils ne le font pas forcément savoir. Certains ont même tout intérêt à rester discrets. Ceux qui font métier de supprimer leurs contemporains, par exemple. Je pense que certains autres sont experts dans l'élucidation des énigmes saxophonistes, ou encore des mystères tambourins, et même des orgues de corail. Quand je retrouve ma main, je lui demande des nouvelles de ces enquêteurs singuliers, mais ma main droite reste aussi muette que ma main gauche. On ne sait pas tout. 

 

2.
« The stranger had a clever draw and a rush which, with his springing hits, made him a most dangerous foe. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
J'apprends par une note de Michel Marcheteau que le mot « foe » subsiste surtout grâce à l'allitération dans l’expression « friend or foe », ami ou ennemi. » Une allitération peut donc donc se rendre utile. Ce qui est bon à savoir, parce que je compte bien lui demander des nouvelles de la deuxième chaussette (celle qui s'absente le matin alors qu'on se prépare à sortir et que l'on a besoin de ses deux chaussettes). Si elle me répond d'aller voir du côté des chaussettes de la duchesse si elles sont sèches oui archi-sèches, ou pas, j'en conclurai qu'elle est en « s ». Ça ne me dira rien du devenir de ma deuxième chaussette, mais j'en saurai plus sur l'allitération qui hante ma demeure en susurrant la nuit des choses incompréhensibles. 

 

3.
« It's after me again, mate ! » he cried.
« Stick it out, Tom ! You have him nearly beat ! It can't hurt you. »
« It can 'urt me ! It will 'urt me ! » screamed the fighting man. « My God ! I can't face it ! »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des choses, des êtres qui en veulent aux vivants. Il faut tenir le coup et ne pas se faire fasciner : les girafes ne s'enflammeront pas éternellement. Les ponts finiront par revenir, le spectre du serpent finira par être exorcisé et le saxophone libéré. Les jeunes filles retourneront danser avec leurs amoureux. 

 

4.
« Then it also vanished into the shadows. As it did so the two spectators sprang to their feet and ran as hard as they could tear for the gateway and the trap. »
(Conan Doyle)  
Parfois, on a l'impression, on sait, que quelque chose vient de s'évanouir dans les ténèbres. On ne sait pas de quoi il s'agit. La boule noire ? La main de l'écorché ? L'espérance ? Le sourire ? Un bon morceau de temps perdu ? Le serpent du saxophone ? Le chat qui ne reviendra plus ? Le chien perdu ? Quant aux portail et au cabriolet, je ne sais pas ce que j'en ai fait.

 

5.
« So you see, Mr. Stevens, you were fightin' for more than yourself when you put it across the Gasman. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court » [The landlord]) 
La nouvelle « La Brute de Brocas Court », de Conan Doyle, commence par évoquer le monde de la boxe pour finir sur une apparition fantastique et assez surprenante. L'aubergiste a raison : on se bat toujours pour plus que soi-même lorsque l'on affronte les manifestations de l'invisible. C'est pour cela que je me garde bien de les provoquer, ces forces de l'invisible, et je feins de ne pas voir la silhouette qui passe dans mon dos et qui parfois ouvre la porte.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

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