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BREFS ET AUTRES

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6 avril 2025

SURTOUT QUAND JE MANGE UN STEAK-FRITES

SURTOUT QUAND JE MANGE UN STEAK-FRITES

 

1.
« L'idée d'infini a dû naître un jour de relâchement où une vague langueur s'est infiltrée en géométrie,... »
(Cioran, « Précis de décomposition »)
Môme des écoles, je fus très poutre en géométrie.
Je fus très poutre en tout un tas de matières.
L'infini avait pour moi la bouille toute ronde du zéro.
Ah ça, j'en ai collectionné de l'infini.

 

2.
« Dans la bataille des arguments, il est toujours vainqueur, comme il est toujours vaincu dans l'action : il a « raison », il rejette tout – et tout le rejette. »
(Cioran, « Précis de décomposition », « Effigie du raté »)
Les arguments sont batailleurs.
On appelle cela la polémique.
La polémique se nourrit de viande rouge. 
La polémique est féroce, carnassière, acharnée.
Aussi, plus il y a de bipèdes réunis en un même endroit, plus les risques de   polémique sont élevés.
Surtout quand s'y mêlent l'idéologique, le politique et les sous.
Défois même, ça finit mal.
Très mal. 
Très très mal (souvent à cause des sous). 
C'est que les arguments, à force de batailler, ils finissent fatidiques, absolus, couteaux.
Et la vérité qui se met à tout dominer n'est pas plus vérité que la vérité qui, auparavant, etc...

 

3.
«  A force de cumuler des mystères nuls, et de monopoliser le non-sens, la vie inspire plus d'effroi que la mort : c'est elle qui est le grand Inconnu. »
(Cioran, « Précis de décomposition », « Variations sur la mort »)
La mort, c'est jamais que du rien.
La vie, la cohabitation et l'interdépendance avec tant de bipèdes potentiellement hypocrites, stupides, sociopathes, psychopathes, hautement dangereux et sadiques, sont bien plus redoutables.
Autant lucidement, adroitement, intelligemment n'avoir affaire à eux qu'autant qu'on le doit.
Et retourner aux aimables romans d'Agatha Christie.   

 

4.
« A l’exception des sceptiques anciens et des moralistes français, il serait difficile de citer un seul esprit dont les théories, secrètement ou explicitement, ne tendent point à modeler l'homme. »
(Cioran, « Précis de décomposition », « L'animal indirect »)
Cioran fait visiblement grand cas des moralistes français. 
Moi aussi, surtout quand je mange un steak-frites.

 

5.
« Oui, en vérité, il me semble que les démons jouent à la balle avec mon âme... »
(Thérèse d'Avila cité par Cioran in « La Sainteté et les grimaces de l'absolu »)
C'est que, à l'instar des esprits frappeurs qui peuvent vous dire combien vous avez d'enfants, combien il y a de gendarmes dans le village, combien il y a de cartouches dans votre chargeur, les démons n'ont aucune limite quand ils jouent au football, au basket, au volley-ball, au hand-ball, au flipper. Aussi peuvent-ils prendre votre âme pour terrain de jeu aussi bien qu'ils prennent un mur pour un téléphone, un miroir pour une machine à voyager dans le temps, et un bec de gaz pour un duc de Guise.  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2025.

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6 avril 2025

HANDS OFF ! JE DIRAIS MÊME PLUS BAS LES PATTES !

HANDS OFF ! JE DIRAIS MÊME PLUS BAS LES PATTES !

 

1.
6 avril 2025. Poutine s'est réjoui trop vite de l'élection de Trump. A peine deux mois après sa prise de fonction, l'incompétence et la stupidité du krasnov sont si flagrantes que les Américains expriment massivement leur ras-le-bol du triumvirat Trump-Vance-Musk.

 

2.
Si la stupidité et l'incompétence de Trump provoquaient un crash à Wall Street, personne, - pas même Poutine -, ne pardonnerait au krasnov la récession mondiale qui suivrait. Trump est tellement idiot que je me demande s'il mesure les risques encourus.

 

3.
6 avril 2025. Rumeur ? Simple hypothèse de travail ? Se pourrait-il que ce que veut le triumvirat Trump-Vance-Musk, c'est justement que les Américains contestent et que des troubles éclatent, afin de pouvoir justifier de lois d’exception, voire de changements constitutionnels qui permettraient de faire des USA une Russie bis et assurer la reconduite automatique du krasnov à la Maison-Blanche ? Cela serait-il possible aux USA ? J'ai quand même des doutes.

 

4.
6 avril 2025. Poutine doit tirer la gueule : le pouvoir de Trump vacille et Marine Le Pen ne sera pas présidente de la république en 2027.

 

5.
Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine et il le sait. A jamais maintenant, les Ukrainiens détesteront les Russes. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui.

 

6.
Se pourrait-il que Elon Musk passe bientôt du statut de l'homme le plus riche du monde au statut de l'homme le plus stupide du monde ?

 

7.
Les pro-Poutine disent : si Poutine est intervenu en Ukraine, c'est qu'il ne pouvait faire autrement. Ah oui, vraiment ? Le si subtil et puissant Poutine ne pouvait donc plus actionner aucun levier diplomatique, aucun levier commercial ? 
Le si subtil et puissant Poutine ne pouvait-il plus arguer de l'attrait de la Russie (quel attrait de la Russie?) pour contrecarrer les soi-disant menaces de l'OTAN ? 
Le si subtil et puissant Poutine était donc si impuissant à attirer des investissements européens et américains en Russie ? 
Le si si subtil et puissant Poutine en était-il arrivé au point que, pour sauver son pays, il n'avait pas d'autre moyen que de démembrer des enfants ukrainiens ?
En conséquence, Pro-Poutine, allez vous faire foutre. 

 

8.
Poutine, Trump, Depardieu, c'est quoi tout ça ? Du ventre, de la mâle bidoche, de la prostate hypertrophiée, d'la vieille peau sentant la vieille soupe, du vent.

 

9.
Sartre : philosophe essentiel dont certaines œuvres sont quand même difficiles à piger, ingurgiter, digérer, régurgiter et dont l’expression de certaines opinions politiques fut d'une grande sottise.

 

10.
Stephen King : auteur prolifique de romans horrifiques. Je ne lis pas de Stephen King en mangeant du poulet froid avec de la mayonnaise. Je pourrais, mais ça laisserait quand même des traces de gras.

 

11.
Gainsbourg : auteur compositeur d’exception dont les démêlés avec l'alcool, furent loin de le rendre sympathique mais, l'illusion lyrique aidant, contribuèrent à en faire un personnage romanesque, un Gainsbourg de fiction, un Gainsbourg acceptable.

 

12.
Depardieu : comédien exceptionnel dont la vulgarité, l'indélicatesse, voire la crapulerie, provoquèrent tant de scandales qu'il finit devant les tribunaux à défendre une cause que l'opinion publique juge déjà largement compromise.

 

13.
Un sympathisant de LFI sur inéligibilité de Marine Le Pen me dit, je cite : « On n'interdit pas à quelqu'un qui représente des millions de voix de se présenter aux présidentielles. Nous, nous combattons l’extrême-droite dans les urnes et dans la rue, pas devant les tribunaux. » Autrement dit, « nous voulons la victoire de Marine Le Pen pour créer les conditions d'une situation pré-révolutionnaire. » Aussi ridicule qu'irresponsable.

 

14.« Liberté, Egalité, Choucroute » est un film de Jean Yanne. Pas un chef d’œuvre, certes, c'est juste une farce. Mais difficile de ne pas voir dans la figure du Marat interprété en 1984 par Jean Yanne la figure du Mélenchon actuel.

 

15.
J'écoute une compilation des plus purs rocks de Elvis Presley (« Jailhouse Rock », « Heartbreak Hotel »,...) et me dis que Elvis Presley était sans doute fort loin de se douter de l'importance qu'allaient prendre ces ritournelles électriques. Peu importe, il suffit d'écouter quelques mesures pour comprendre qu'à jamais Elvis IS THE KING.
Ceci dit, pour moi, l'album ultime du rock n' roll, celui qui en rappelle les bases et en fixe les limites, c'est « New Boots and Panties », de Ian Dury and The Blockheads. Point barre.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2025

 

5 avril 2025

EN PLUS QU'IL PLEUT

EN PLUS QU'IL PLEUT

 

1.
« Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve... »
(Laforgue, « Dimanches »)
Que le ciel pleuve « sans but » n'est pas étonnant.
D'ailleurs, tout ce que fait le ciel est « sans but ».
Le ciel ne sait pas ce qu'il fait.
De là à penser qu'il y a quelque d'absurde dans tout ce ciel là, il n'y a qu'un pas qu'un bonhomme, un cheval, un coin-coin n'hésitera pas à faire.

 

2.
« Le fleuve a son repos dominical ;
Pas un chaland, en amont, en aval. »
(Laforgue, « Dimanches »)
Tout est calme et comme il pleut ! 
Je me dis que je me fais vieux.
Il faut bien se dire quelque chose.
C'est d'un calme... il pleut sur les roses.

 

3.
« Les Vêpres carillonnent sur la ville,
Les berges sont désertes, sans idylles. »
(Laforgue, « Dimanches »)
Quand les berges sont « désertes », c'est sûr que pour faire une belote, c'est incertain.
(J'aime beaucoup l'adjectif « incertain » ; il sied à beaucoup de choses et autres êtres qui se promènent dans le réel).
Si vous vous retrouvez sur des berges désertes, c'est que vous êtes plusieurs.
Ou alors c'est une seule berge, et pourquoi alors employer le pluriel ?
Donc alors, si vous vous retrouvez seul sur une berge déserte, vous pouvez toujours vous réciter du Laforgue. C'est toujours mieux que de se foutre à l'eau.
Surtout qu'il pleut.

 

4.
« Passe un pensionnat (ô pauvres chairs!)
Plusieurs ont déjà leurs manchons d'hiver. »
(Laforgue, « Dimanches »)
J'aime beaucoup ces vers de Laforgue.
Ils sont d'une grande mélancolie. 
Vous me direz que je pourrais dire aussi qu'ils sont d'une grande caramelitude si tant est que l'on entend par caramelitude la tristesse que l'on éprouve quand on pense au temps des caramels si jamais l'on éprouve de la mélancolie quand on pense au temps des caramels. Ce qui est très incertain.
N'empêche : j'aime beaucoup cette notation de Laforgue.
Si lucidement mélancolique.
Ou si mélancoliquement lucide, si on aime les complications.

 

5.
« Une qui n'a ni manchon, ni fourrures
Fait, tout en gris, une pauvre figure. »
(Laforgue, « Dimanches »)
Il s'agit ici d'une petite jeune fille d'un pensionnat du XIXème siècle.
On imagine la rigolance.
Ah ça, c'est pas drôle.
Pas du tout aussi nostalgisant que les jeunes filles en fleurs de Proust (Marcel, 1871-1922).
Pas cabriolant du tout, pas french-cancan, pas tagada tsoin-tsoin.
En plus qu'il pleut.
Que la berge est déserte.
Que le narrateur est tellement lucide qu'il se dit que s'il savait du Laforgue par cœur, il se réciterait du Laforgue. Ou du Corbière. Ou du Hugo. Faute de mieux.

 

6.
« Et la voilà qui s'échappe des rangs,
Et court ! ô mon Dieu, qu'est-ce qui lui prend ? »
(Laforgue, « Dimanches »)
Défois, quand les berges sont « désertes », que « le ciel pleut sans but », en s'en tamponnant le coquillard avec l'élégance d'un croque-mort qui saurait par cœur des poèmes de Laforgue, de Corbière et même de Hugo, il suffit que 
« Passe un pensionnat (ô pauvres chairs!) »,
pour que le sort donne des coups à la porte en racontant des mensonges comme il en raconte encore le Mélenchon (outrecuidant politique de la fin du 20ème siècle et du début du siècle suivant, mais plus pour si longtemps).

 

7.
« Et elle va se jeter dans le fleuve.
Pas un batelier, pas un chien Terr'Neuve. »
(Laforgue, « Dimanches »)
C'est fou comme les fleuves attirent les jeunes filles mélancoliques !
Surtout les petites jeunes filles des pensionnats qui passent dans les poèmes de Jules Laforgue.
En plus qu'il pleut.

 

8.
« Le crépuscule vient ; le petit port
Allume ses feux (Ah !, connu l'décor!). »
(Laforgue, « Dimanches »)
Pour un peu, on se croirait dans un roman de Simenon.
Le genre d'atmosphère que l'on dirait hantée par le fantôme du commissaire Maigret (celui qui fume la pipe et fréquente les bistrots, comme Sherlock Holmes, mais sans Watson ni comptoir en zinc).
Manquerait plus qu'un limonaire se mette à seriner d'la nostalgie à chagrins...
En plus qu'il pleut.

 

9.
« La pluie continue à mouiller le fleuve,
Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve. »
(Laforgue, « Dimanches »)
On notera que le poème « Dimanches » de Laforgue (Jules, 1860-1887, ah ça il n'a pas vécu vieux) se termine comme il a commencé.
J'en rappelle les deux premiers vers :
« Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve... »
Ça fait cycle, cercle, éternel retour et toujours idem, l'éternel présent des tristesses, des dimanches et du retour des Vêpres.
Et avec ça, il pleut.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 avril 2025.

4 avril 2025

DU LOINTAIN QU'ON CAUSE

DU LOINTAIN QU'ON CAUSE

 

1.
« Conséquence lointaine de l’expédition d’Alexandre : c'est en grec que seront conservés ou rédigés les textes du Nouveau Testament ainsi que la plupart des écrits des Pères de l’Église. »
(Préface de Kostas Papaïoannu à « Daphnis et Chloé », de Longus)
Je n'ai pas appris à déchiffrer le grec ancien.
J'en aurais été bien incapable.
De toutes les matières que j'ai vaguement étudiées, je n'en ai pas retenu assez pour paraître savant.
Certains livres me sont des prodiges écrits par des géants.
Aussi je les observe avec prudence et grammaire car il est toujours bon d'avoir une grammaire à portée de langue.
Parfois, autre prodige, le spectre d'une guitare m'apparaît.
La guitare m'étant aussi étrangère que l'honnêteté à Donald Trump, je me contente de regarder un sketch de François Rollin tandis que la bibliothèque prend la poussière et que s'évanouit la guitare.

 

2
« Voilà ce qu'elle éprouvait, voilà ce qu'elle disait, tout en cherchant le nom de l'amour. »
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
Quand on cherche le nom de l'amour, il faut faire attention à ne pas abuser du verbe « gaufrer ».
Défois qu'on finirait par dire : « Oh comme je te gaufre ! Je suis plein de gaufrerie pour toi ! Je me sens si gaufrier quand je pense à toi ! »
On évitera de même crêper, crépiter, caparaçonner, cornichonner, et pâté de foie. 
Quant au nom de l'amour, vous pouvez toujours le siffler, vous verrez bien s'il reviendra, la langue pendante et la truffe humide.

 

3.
« Daphnis et Chloé furent ravis, comme s'ils avaient entendu une belle histoire, et non la vérité, et ils demandèrent ce qu'était l'Amour, un enfant, un oiseau, et quel était son pouvoir. »
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
Les belles histoires souvent ravissent.
Surtout quand il y a de l'amour dedans.
Ce qui rappelle une chanson des Rita Mitsouko : « Les Histoires d'A » qui dit que « les histoires d'amour finissent mal en général ».
Ce qui fait que les belles histoires d'amour, généralement ravissent l'esprit, et une fois que l'esprit est ravi, quelquefois, il disparaît, l'esprit.
Les belles histoires sont de dangereuses ravisseuses.
Aussi, il faut se munir de vipères et ne pas hésiter à les rendre, les belles histoires, un peu plus vipérines.
Quand ces sottises sont énoncées par des admirateurs de Poutine et qu'elles visent à vous faire croire que la Russie est l'avenir de l'Occident, il faut évidemment s'en débarrasser, rapidement.

 

4.
« A force de le guetter, un jour, elle le trouva seul et lui donna une syrinx, du miel en rayon et une besace en peau de daim. » 
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
N'ayant ni « syrinx », ni « miel en rayon », ni « besace en peau de daim »,  il se dit que personne n'a cru bon de fréquenter le rayon mythologies du supermarché périphérique pour, à l'occasion de son anniversaire, lui offrir syrinx, miel en rayon, besace en peau de daim.
D'ailleurs, le rayon mythologies des supermarchés périphériques n'est plus guère fréquenté que par de rares latinistes distingués et d'encore plus rares hellénistes fascinés.
Ceci dit, on peut toujours se procurer une flûte de Pan, du miel en rayon, et de la besace en tout genre. Il y a des magasins.
Il se peut aussi que les mythologies gréco-latines et leurs exégètes finissent par passer pour des mythes occidentaux et soient remplacés par d'autres trompettes. 

 

5.
« (…) elle demanda à Daphnis si, derrière le promontoire, il y avait une autre mer, et un autre bateau, et d'autres marins chantant les mêmes chansons, et si tous s'étaient tus à fois. »
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
L'infini est-il la répétition des mêmes circonstances ?
Les marins chantent-ils tous les mêmes chansons ?
Le spectre du saxophone n'est-il qu'un spectre de saxophone parmi une multitude de spectres de saxophones ?
Toutes les frites du cornet de frites supportent-elles la mayonnaise ?
Peut-on faire confiance à un rectangle de poisson pané ?
Les zigotos psychotent-ils tout le temps ou ont-ils parfois des éclairs de lucidité aussi brefs qu'intenses ?
Tant de questions, de poissons dans la mer, de mots dans les chansons, de bipèdes arpentant. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 4 avril 2025.

4 avril 2025

LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?

LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?

 

1.
« Les morts sont obligés de dire la vérité, ce qui tombe très bien quand on a besoin d'une réponse. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Comme quoi la vie est bien faite.

 

2.
« Je suis monté avec elle, évitant de froncer le nez en reniflant l'odeur de tabac froid que le petit sapin parfumé accroché au rétroviseur n'arrivait pas à masquer. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, on trouve un « petit sapin parfumé accroché au rétroviseur ». 
On ne trouvera aucune minuscule Zut parfumée accrochée au rétroviseur.
Zut est bien trop peu minuscule pour se retrouver accrochée au rétroviseur.
De plus, Zut, si peu minuscule , pourrait briser le rétroviseur.
A la radio, on parle de livres et de gens, de gens dans les livres et de gens qui écrivent des livres. Je ne connais ni les uns ni les autres.
Je ne connais pas non plus Stephen King et je ne sais pas si j'ai déjà lu intégralement un de ses livres.

 

3.
« Par contre, j'ai passé sous silence l'instant où je l'avais vu derrière moi, à côté de la voiture de Liz, assez proche pour pouvoir m'attraper par le bras.... si tant est qu'un mort puisse attraper quoi que ce soit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Il est très difficile de jouer au basket avec un mort.
Les morts n'arrivent pas toujours à saisir le ballon.
Les morts sont infiniment plus maladroits qu'on le pense.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a guère de morts dans les équipes de basket.
Pour le basket, le foot, le volley, les morts, c'est mort.
Et si vous assistez à une course de chevaux aux jockeys invisibles, c'est certainement un tiercé fantôme.

 

4.
« Simple prétexte : j'avais surtout besoin d'un délai pour me convaincre que mon plan était bon et pour préparer soigneusement mon récit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Que le narrateur ait besoin de temps pour « préparer soigneusement » son « récit » traduit l'idée que mettre au point un récit, ça ne se fait pas en mangeant une banane.
Si votre récit est bancal, on ne fera même pas semblant d'y croire, comme on le fait habituellement avec la plupart des récits que l'on nous raconte.
Si votre récit est par trop pipeauté, vous vous ferez siffler.
Cela ne sert à rien de mettre un fromage dans le bec du corbeau si votre fromage ressemble plus à un rossignol en papier mâché à qu'un camembert de bonne tenue. Le renard rira, et rira bien qui rit le dernier.

 

5.
« Les pilotes kamikazes se portaient des toasts et en portaient aussi à la photo de leurs cibles avec un saké réputé magique. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le professeur Burkett])
Le professeur Burkett a dit au narrateur, et donc au lecteur, quelque chose sur les pilotes kamikazes.
Je ne sais pas si l'on peut croire ce que dit le professeur Burkett, qui n'est jamais qu'un personnage de roman.
Généralement, je ne me fie guère à ce que racontent les personnages des romans. 
Les vérités des personnages de romans sont avant tout des fictions.
Les personnages des romans ne disent pas plus la vérité que les gens que l'on croise dans le réel.
En tout cas, je ne crois pas au « saké magique ».
Je ne sais pas si les « pilotes kamikazes » croyaient au saké magique.
Je ne sais pas si l'on faisait boire aux pilotes kamikazes du saké magique.

 

6.
« - Je peux savoir qui c'est, le mort à qui je dois parler aujourd'hui ? » 
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, il faut savoir à qui parler et il arrive qu'on ne le sache pas.
On ne sait jamais, c'est peut-être un mort.

 

7.
« C'était déjà bien suffisant de voir briller cette lumière sans couleur qui jaillissait de la glace comme une éruption solaire.
La lumière-morte. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Si l'on voit « briller cette lumière sans couleur », cette lumière-là, je suppose que ce n'est pas bon signe.
Les lumières sans couleur, je suppose qu'elles finissent toujours par vous rattraper et vous emporter dans le monde des lumières sans couleur, qui n'est pas de ce monde, je le pressens.
Ce qui me fait songer que. 
Quand je serai que bientôt je mourrirai, la peau et les os, que j'dirai Ma mère pourquoi donc ai-je tant bu et fumé que me v'là tout cancéré hein ? Après j'mourriro p't'être comme le chorégraphe de All That Jazz, d'un cardiaque patatrac.

 

8.
Je laisse la mayonnaise au poulet froid
Je laisse l'alchimie s'illusionner du verbe
Je laisse carottes et petits pois Je laisse son cousin au roi
Faut dire que j'ai un peu oublié la ballade des proverbes.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 4 avril 2025.

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4 avril 2025

L'ATTAQUE DU BOEUF FROID 

L'ATTAQUE DU BOEUF FROID 

 

1.
« Le plan servirait peut-être à quelque chose, remarqua quelqu'un, si nous savions où nous nous trouvons. »
(Jerome K. Jerome traduit par Philippe Rouard, « Trois hommes dans un bateau »)
Les plans ne servent pas à manger des bananes pendant que le temps  passe en dodelinant.
Je ne sais pas, à vrai dire, si le temps dodeline. Passons.
Je ne sais pas non plus si nous savons bien où nous nous trouvons et si même nous avons réellement un plan.
J'ai des doutes. 
Les doutes, c'est comme les puces, ça tend à se multiplier.
On remarquera que le verbe « tendre » est ici suivi de la préposition « à », de même que dans la phrase « les plans ne servent pas à manger des bananes », on peut remplacer « bananes » par « sorbets à la fraise », ou même « cornichons » (mais, bien sûr, ça n'a pas le même goût).

 

2.
« Le vent coupait comme un rasoir. »
(Jerome K. Jerome)
Cette phrase tirée de « Trois hommes dans un bateau » est probablement une hyperbole.
Sinon, le narrateur n'aurait pas manqué de signaler les passants sans tête croisés ce jour-là.
Ce sont des choses que l'on remarque.

 

3.
« La lune avait disparu. Laissant, en la seule compagnie des étoiles, la terre apaisée, dont (sauf moi) tous les enfants dormaient. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Parfois, la lune disparaît. C'est bien son droit.
On ne sait pas trop ce qu'elle fait pendant ce temps-là qu'elle disparaît, la lune.
Se refait-elle une beauté d'astre de nuit ?
Se fait-elle des crêpes ?
Lit-elle des romans policiers ?
Compose-t-elle des mélodies pour Pierrot ?
Se pourrait-elle qu'elle dorme ?
Parfois, la lune n'illune plus, la lune s'éclipse.
Cela pousse les auteurs contemplatifs à disserter, avec, quelquefois, une pointe d'ironie, jusque dans le secret de leurs propositions relatives.

 

4.
« En attaquant le bœuf froid, nous découvrîmes que nous avions oublié d'emporter de la moutarde. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Il est assez pénible d'attaquer le bœuf froid sans moutarde.
Tous les conquérants de bœuf froid le savent.
On peut toujours employer le passé simple « découvrîmes », la tâche n'en demeure pas moins  décevante. Surtout si l'on aime la moutarde.
Si l'on n'aime ni la moutarde, ni le bœuf froid, on se demandera pourquoi on s'est soudain mis en tête d'attaquer le bœuf froid.
On aurait très bien pu attaquer le jambon, la rosette de Lyon, les éclairs au café.
Par contre, pour la mayonnaise, faut pas la laisser traîner qu'elle tourne alors bizarre et pourrait vous envoyer tenir compagnie au bœuf froid, celui dont l’œil vous fixe, là, dans les ténèbres. 

 

5.
« Nous lui demandâmes le nom de cette couleur, mais il l'ignorait. Il ne pensait d'ailleurs pas qu'elle en eût un. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Quand on demande le nom de cette couleur, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle réponde. En effet, les couleurs qui n'ont pas de nom n'ont pas plus de langue que les couleurs qui ont un nom.
De plus, on peut se demander si une couleur qui n'a pas de nom existe  réellement en soi, sauf si on la reconnaît comme « la couleur qui n'a pas de nom. » 
Et comme nous ignorons la nature exacte de ce que nous voyons, nous sommes bien obligés d'admettre que l'implicite de tout ce que nous voyons, de la fourmi fourmillante à l'éléphant barrissant, n'est jamais que ce que nous voyons et qui n'a pas d'autre nom que le nom que nous lui donnons.
Vous me direz : nous voilà bien avancés qu'en plus, hein, déjà qu'on a attaqué le bœuf froid sans moutarde...

 

Patrice Houzeau
Malo, le 27 mars 2025.  

26 mars 2025

LE RACONTA N'EST PAS UN FROMAGE BAVARD

LE RACONTA N'EST PAS UN FROMAGE BAVARD

 

1.
« Si vous vous régalez de pâté, de sardines et de chocolat au milieu de la nuit, vous êtes malades le lendemain. »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »[Mme Rey])
Dans le roman, ce sont les jeunes filles d'un pensionnat qui se sont ainsi régalées, et qui, de ce fait, sont malades le lendemain parce que dans un roman de Enid Blyton, les abus sont toujours punis. Et c'est ainsi que les goulafres en jupons sont obligées d'avaler les médicaments de Mme Rey (l'infirmière du pensionnat), lesquels « avaient toujours très mauvais goût. » De plus, Mme Rey, « leur en distribua une bonne dose et les obligea à lécher la cuiller. » Dégoûtant.

 

2.
« Que ces bicyclettes grincent ! chuchota Margaret. Partons vite ! »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »)
Il arrive que ça grince, les bicyclettes. Par contre, les bicyclettes ne chuchotent pas. Ce sont les jeunes filles du roman qui chuchotent. Elles chuchotent parce qu'elles filent à l'anglaise (car ces jeunes filles chuchotantes sont tout à fait britanniques dans un roman composé par une autrice née et morte à Londres). Si jamais les bicyclettes se mettent à chuchoter, c'est que ce ne sont pas des bicyclettes. Si les bicyclettes se mettent à jouer du saxophone, c'est que ce ne sont pas des bicyclettes non plus. D'ailleurs, on ne peut pas souffler dans un instrument où l'on souffle et chuchoter en même temps, et il n'est pas conseillé de jouer du saxophone en roulant à bicyclette, surtout dans un roman anglais pour la jeunesse. On notera que le point d’exclamation semble en contradiction avec la discrétion requise pour le chuchotis. C'est que ces demoiselles ont le sens du self contrôle. C'est évident. On n'est pas chez les beatniks. 

 

3.
« Elles entrèrent dans la classe et s'assirent devant leurs pupitres. »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »)
Lorsque l'on veut s'asseoir devant un pupitre, il est parfois nécessaire de rentrer dans une classe. En effet, on ne peut pas manger la classe, ni roucouler la classe, ni repeindre la classe (sauf si votre fonction consiste à repeindre les salles de classe), et comme votre pupitre ne viendra pas à vous si vous le sifflez dans le couloir, - le pauvre, comment voulez-vous ? - vous voilà bien obligée (le pensionnat du roman n'est pas mixte ; on n'est pas chez les beatniks), si vous voulez vraiment vous asseoir devant un pupitre (ce qui est en soi une idée curieuse, sauf dans un roman pour la jeunesse de Enid Blyton), vous voilà assurément obligée de rentrer dans la classe.
Accessoirement, si votre pupitre est un saxophone, et si vous savez en jouer, (sinon à quoi bon avoir un pupitre), eh bien, vous épaterez vos petites camarades avec un air joyeux et entraînant.
Si votre pupitre est un tapis, vous pourrez le battre comme on le fait ordinairement avec les politiques.

 

4.
« Pat raconta ce qui s'était passé. »
(Enid Blyton)
Le raconta n'est pas un fromage bavard.
On ne peut faire confiance au raconta que s'il est manié par le personnage au passé simple appelé Pat.
Pat est un personnage du roman pour la jeunesse « Deux jumelles en pension », de Enid Blyton.
En conséquence, tout le monde, ou presque, se moque de ce que peut raconter le raconta de la Pat du roman.
Pat aime sans doute beaucoup le fromage ; ce n'est pas une raison pour  écrire n'importe quoi.

 

5.
« Une activité fiévreuse régnait dans le pensionnat. »
(Enid Blyton)
On ne soigne pas une activité fiévreuse à coups de gourdin.
C'est par la psychologie que l'on pallie les excès d'une activité fiévreuse.
On peut trouver de la psychologie à peu près n'importe où mais défois il faut bien chercher.
La psychologie se vend souvent en salades.
On peut y ajouter du raconta en petits cubes si l'on désire un peu de conversation.
La psychologie se vend aussi en effervescents fascinants.
On fera attention avec les effervescents fascinants ; parfois, ils assomment. Comme les gourdins, voyez, mais c'est de la psychologie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 mars 2025. 

25 mars 2025

PARFOIS QUAND ON S'EN REND COMPTE IL EST TROP TARD

PARFOIS QUAND ON S'EN REND COMPTE IL EST TROP TARD

 

1.
« La vache, remarque, oui, j’imagine qu’il faut plus que des jurons pour tuer des monstres. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Parfois, on est surpris. C’est que le réel est parfois surprenant. En fait, le réel est sans cesse surprenant, mais nous ne voyons ni ne saisissons, ni ne pigeons tout ça de s’qui s’passe là.
Et parfois, quand on s'en rend compte du, il est trop tard.
Dans la bande dessinée « Angle mort », la détective privée Jessica Jones est impressionnée par le nombre d’armes que possède Elsa Bloodstone.
Elsa Bloodstone est une « chasseuse de monstres. Si Lovecraft avait su que Elsa Bloodstone existait, je ne crois pas qu’il l’aurait utilisée pour chasser les divinités qui machinent des extravagances dans les murs, les greniers, les murs et les fondations, sinon, il n’y aurait pas eu d’œuvre de Lovecraft ou alors une œuvre de Lovecraft qui serait sans doute assez différente de l’œuvre de Lovecraft que nous connaissons.

 

2.
Dans la bande dessinée « Angle mort », de Thompson et De Iulis, Jessica Jones pose cette question à Elsa Bloodstone, la chasseuse de monstres :
« Quand tu dis « dans l’Hudson », tu ne parles pas littéralement de dans l’Hudson, hein ? » 
C’est que Elsa Bloodstone « ne plaisante jamais sur les monstres marins ». Du reste, être dans la mouise ne veut pas dire que l’on est visite dans la région de la Mouise mais que l’on ne sait plus trop comment faire pour s’en tirer. La préposition « dans » couvre des perspectives aussi vastes que variées.

 

3.
« C'était plutôt la classe, ça, un de mes dix meilleurs atterrissages. Peut-être que je m'améliore. Est-ce possible ? » 
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Tout dépend de ce que l'on appelle « atterrissage », ce qui n'a rien à voir avec le quatrain crétin ci-dessous que je me suis composé dans la caboche hier soir, en m'endormant.
Quand le saxophone il dit des blagues à la 
Souris, la souris rit et la souris rira
Tant qu'le saxophone en dira des blagues à
La souris On verra qu'il dit alors le chat.

 

4.
« Eh bien, les pouvoirs de Dia, et donc les tiens et ceux de « l'autre Jared », semblent manipuler la réalité. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Les habitants du réel, ceux qui sont bipèdes, perspicaces et véloces, sont tous différents, dotés de pouvoirs et interdépendants. Ils manipulent la réalité et s'emploient à devenir invisibles. Ils finissent toujours par y parvenir. On dit alors qu'ils sont morts.

 

5.
« Mais ça n'est pas comme ça que le monde fonctionne. Il n'y a pas d'issue magique. Tu ne peux pas devenir quelqu'un de bien par magie. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Les habitants du réel font fonctionner le monde. Cette phrase n'est guère jolie à entendre.
Je ne puis dire que les habitants du réel sont les fonctions de ce monde sans que l'on y voie je ne sais quelle nécessité, je ne sais quel droit naturel, je ne sais quel dieu des fonctions, je ne sais quelle essentialité barbue. Aussi, je ne le dirai pas, même à une trompette bouchée. 
Que l'humain fonctionne, il n'y a que pour lui que cela a du sens. Demandez un peu à des canards si l'ensemble des valeurs dont les humains tirent prétexte pour se faire la guerre ont un sens en soi. Si vos canards vous répondent d'aller vous brosser avec vos valeurs, c'est que vos canards n'en sont pas. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mars 2025.

22 mars 2025

PETITE NOTE SUR LE ROI DANSE

PETITE NOTE SUR LE ROI DANSE

 

Hier soir, j'ai vu « Le Roi Danse », de Gérard Corbiau (2000). C'est un beau film sur la musique, la danse, le caractère tourmenté et difficile de Lully, et les exigences de l'Etat. J'ai pensé qu'il y avait des longueurs. Mais je pense souvent qu'il y a des longueurs dans les films.
Ceci dit, Théky Karyo est épatant dans le rôle de Molière. Toujours aussi sympathique, Molière ; il m'arrive de me demander si le véritable Molière était aussi sympathique que nos fictions le représentent. C'est ainsi, Corneille est le discret et le sage ; Molière, le sympathique et si lucide ; Racine, l'intrigant de génie.
Benoît Magimel est très bon dans le rôle de Louis XIV, le roi danseur, le roi soleil, le roi spectacle, le roi bâtisseur, le roi conquérant, le roi homme d'Etat.
Boris Terral compose un Lully complexe et tourmenté, dont la jalousie et la peur du déclassement pourraient expliquer un comportement tantôt imbuvable, tantôt frôlant la folie, l'hybris, l'orgueil démesuré.
Et puis, la beauté, celle de la danse, de la musique de Lully, de Versailles, de Madeleine, l'épouse de Lully, interprétée par Cécile Bois et de Julie, la nièce de Madeleine, interprétée par Claire Keim, la beauté des costumes, des espérances et de l'illusion.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mars 2025. 

22 mars 2025

I WAS ALONE WITH MY STUPIDITY

I WAS ALONE WITH MY STUPIDITY

 

1.
« Mince, ça paraissait plus intelligent dans la ma tête que dans ma bouche. »
C'est Spider-man qui dit cela dans « La Peur », une aventure de Jessica Jones (scénario : Brian Michael Bendis, dessin : Michael Gaydos). 
Spider-man se rend compte qu'il dit parfois des sottises. Si Spiderman avait dit que ça paraissait plus intelligent dans sa cafetière que dans sa bavarde, je ne m'en serais pas étonné ni offusqué ni contrefait. Je ne sais pas si Spiderman joue du saxophone, ou s'il écoute du jazz. On ne sait pas tout des super-héros de chez Marvel.

 

2.
« Je suis Jessica Jones », dit Jessica Jones. « Vous me trouverez sur vos ordinateurs. J'ai des références au S.H.I.E.L.D. » (in « La Peur », Bendis et Gaydos).
Si Jessica Jones dit qu'elle est Jessica Jones, alors c'est qu'elle est Jessica Jones. Mais pour cela il faut que Jessica Jones puisse parler. Or, Jessica Jones, cette Jessica Jones là est un personnage de bande dessinée, une figurine. Elle ne parle jamais que dans notre imaginaire. C'est même à notre imaginaire qu'elle s'adresse. Sinon, les auteurs s'adressent aux éditeurs et leur disent : Voyez comme les aventures de Jessica Jones sont intéressantes et plairont aux lecteurs qui veulent un peu plus de complexité et d'humanité dans les histoires de super-héros de chez Marvel.

 

3.
« Le truc, quand on est détective privé... c'est que ça change votre façon de voir. Ça n'est pas un super-pouvoir avec lequel je suis née, c'est quelque chose que j'ai appris. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Détective privé ou pas, on en apprend toujours des choses. En théorie, plus on apprend de choses, plus on devait maîtriser le réel. C'est pas toujours le cas. Ce n'est parce que j'en apprends beaucoup sur le goût de la bière que je maîtrise mieux le réel. A force d’expérimenter, c'est même le contraire : le réel se méfie de moi, je le sens bien, - peut-être pense-t-il que j'en sais trop -, et il se met à me déstabiliser en tanguant de plus en plus fortement, puis soudain il fuit et je me demande alors où est passée la détective privée, celle dont je lisais les aventures.

 

4.
« Et il y a la question lancinante de qui a pu me tirer dessus et de pourquoi je ne suis pas restée morte. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
La question lancinante qu'elle s'est longtemps posée, Zut, ou Natacha, ou Paméla n'en a toujours pas la réponse. 
On ne se pose pas de question lancinante si l'on ne veut pas d'ennuis avec soi-même. 
Parfois, même si on ne se pose pas de question lancinante, on sait tout de même que, comme je le lis dans un manuel d'anglais, il dit, Pete : « We always have fresh fish at home. » 
Avoir toujours du poisson frais à la maison vaut mieux que d'avoir de vieux cadavres dans le placard et des questions lancinantes dans la cafetière.
Remarquez qu'il doit bien y avoir des gens qui ont à la fois et toujours du poisson frais à la maison, de vieux cadavres dans le placard et des questions lancinantes dans la cafetière. 
Et parmi ceux-là il doit bien y avoir des détectives privés que l'on a tenté de flinguer et qui se demandent pourquoi elles ne sont pas restées mortes. 
Je ne pense pas qu'elles s'appellent toutes Jessica Jones.

 

5.
« Merde, comment il peut y avoir autant de gens pour photographier des boules de viande ? Ils n'ont que ça à faire? »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Photographier des boules de viande est une activité un peu vaine s'il s'agit de photographier des boulettes de viande, de celles que j'aime bien manger avec des carottes, des pommes de terre, de la sauce.
Si c'est pour photographier des êtres vivants, c'est peut-être journalistique ou purement commémoratif, ou si c'est autre chose, je ne sais pas, qu'en tout cas, la détective privée Jessica Jones constate qu'il y en a beaucoup, des gens qui en mettent en ligne, des photographies de boules de viande. C'est peut-être en lien avec le culte du « Flying Spaghetti Monster ». 
Je ne sais pas si le culte du Grand Spaghetti Volant flanqué de ses boulettes de viande est en pleine expansion.
Je ne crois pas que Donald Trump soit un adepte du culte du « Flying Spaghetti Monster ».
Il y a très peu de probabilités pour que Donald Trump soit un adepte du culte du « Flying Spaghetti Monster ».
On trouve sur You Tube une animation intitulée « Flying Spaghetti Monster », et qui est signée Noam Raby. La musique est agréable et les paroles  de la chanson éclairantes qui commencent par l'universel « I was alone with my stupidity ». 
Le culte du « Flying Spaghetti Monster » est l'élément central de la religion que l'on appelle pastafarisme. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mars 2025. 

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