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BREFS ET AUTRES

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1 juin 2025

CIEL BLANC MER GRISE J’ECOUTE DU BLUES

CIEL BLANC MER GRISE J’ECOUTE DU BLUES

 

  « La voix d’un type qui parle de jazz à la radio dit :
  « Le jour où Charlie Mingus est mort, cinquante-six baleines se sont suicidées en se précipitant sur le rivage. Juste en face de sa propriété. »
(Jean Vautrin, « Canicule »)

 

La voix – ou alors tout est muet qu’c’est le silence et c’est pas plus mal – oui, mais la
Voix tout de même, dans sa tête (y en a défois ils ont une voix au-dedans de leur tête et c’est dangereux) cette voix
D’un coup elle pourrait sortir un couteau et le
Type là avec sa voix dans sa tête il pourrait qu’on sait pas mais 
Qui sait d’où vient tout ce sang puisqu’on en
Parle que je ne sais pas si ACDC est le meilleur groupe de rock du monde mais qu’en tout cas, c’est un sacré bon groupe de rock du monde du rock qui fait jaillir des sons électriques et insolents genre it’s only rock n’ roll but I like it comme i disent les Stones.

 

De jazz aussi qu’on pourrait en parler du jazz car j’aime bien ça le
Jazz que ce sont de vrais musiciens les gens du jazz pas des bidouilleurs de sons des studios mais des gens qui jouent en live et peuvent pas tricher qu’c’est pas, le jazz, de la musique
A vous essoriller à 
La qu’on en entend sur France musique du jazz hein à la 
Radio qu’on en entend du jazz en fin de journée entre 18 et 20 heures mais de moins en moins ailleurs voire plus du tout qu’ça
Dit quand même que des gens qui en écoutent du jazz y en a moins que des gens qui se gavent de tonitruances électrozozos à faire rire les ânes. 

 

Le blues aussi j’aime bien le blues la guitare rêche à Muddy Waters et l’agile piano à Otis Spann ça vous fait un
Jour tout neuf à l’heure du coq et du revenant d’écouter une galette de blues plutôt que d’écouter les conneries à Macron Mélenchon Zemmour et tous les autres cons Les jours 
Où j’écoute du blues généralement ça me fait du bien au moral que j’ai tendance à laisser traîner dans mes chaussettes et puis il y a
Charlie Mingus le magnifique qu’en écoutant le « Ah Um » de 
Mingus je me dis toujours que c’est un sommet de la musique du vingtième siècle jazz ou pas je bois du rhum il
Est pas fameux parce que j’ai pas les moyens de m’en payer du goûteux genre rhum vieux et puis comme je fais comme je veux je bois mon mauvais rhum et je vous hein oui comme vous dites que je serai
Mort parce qu’il faut bien que je serai mort pour que d’autres boivent du mauvais rhum en écoutant s’agiter l’agile piano de Otis Spann.

 

 

Cinquante hommes sur un tonneau de rhum ah non c’est pas ça la chanson et
Six cadavres dans sept placards (c’est qu’il y a un truc) et des
Baleines dans l’océan que les Japonais pourchassent parce qu’il y a trop de gens sur cette planète et que les gens font tout n’importe quoi tout ce qu’ils peuvent pour gagner leur vie qu’on sait qu’ça finira mal forcément mal que ça a déjà une drôle de tête à macchabée le monde avec ses massacres de haute intensité là Les baleines, la voix elle dit les baleines
Se sont suicidées je lis ça c’est la première page de l’excellent roman « Canicule » de Jean Vautrin on dirait un poème en prose cette page intitulée « Noémie Blue » je ne sais pas si Jean Vautrin l’a réellement entendue cette phrase ou s’il l’a composée pour l’ambiance délétère roman noir de son bouquin, je cite : « Le jour où Charlie Mingus est mort, cinquante-six baleines se 
Sont suicidées en se précipitant sur le rivage. Juste en face de sa propriété. » Ce sont des choses que l’on entend parfois, ces échouages de baleines que je sais pas si c’est la pollution les fréquences radios la sociologie ou la dépression baleinière qui fait ça qu’on les retrouve
Suicidées les baleines. 

 

En juin 2025 le dimanche 1er juin 2025 que nous sommes et la sale guerre de Poutine en Ukraine continue qu’on ne sait toujours pas ce que Trump pense qu’il y en a qui disent qu’il laisserait l’Europe 
Se démerder toute seule avec la guerre hybride des Russes que ça ne les étonnerait pas cause leur priorité aux Etats-Unis, c’est la menace chinoise, l’expansion de la Chine à 1 milliard 5 d’âmes via l’annexion de Taïwan sans compter une toujours possible reprise du fatal rififi entre Corée du Nord et Corée du Sud qu’on dirait quand même qu’ça va en se
Précipitant la marche à la troisième. 

 

Sur toutes ces perspectives que voulez-vous qu’on dise, que
Le bipède doué de raison acharné qu’il est à chercher sa misère et son malheur Sur le
Rivage pas grand monde encore (il est pourtant presque midi) c’est pas non plus le grand soleil pas la chaleur C’est 
Juste un grand ciel blanc au-dessus d’une mer grise
En anglais j’ai jamais été très bon (comme 
En presque tout d’ailleurs)
En anglais j’ai jamais été très bon Nous sommes
En juin ciel blanc mer grise j’écoute du blues j’pige rien des paroles mais j’m’
En fiche
En face de la fenêtre terrasses presque vides peu de gens sur la plage
En mer l’étale grise et vide sous d’la ouate En
Face derrière l’étale grise et vide sous d’la ouate il y a l’Angleterre 
De l’Angleterre je n’ai rien à dire et quand on n’a rien à dire
Sa qu’on la ferme et qu’on reste dans sa 
Propriété (celle qu’on rêve) à lire du Vautrin du Michaux à écouter du blues.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2025

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25 mai 2025

L'ALOUETTE EN VAIN

L'ALOUETTE EN VAIN

 

« L’alouette, tu la cherches en vain dans le soleil à la place où flotte son cri. »
(André Hardellet, « Campagnes »)

 

L’alouette je ne la croise jamais ce que je croise c'est le bipède têtu buté, mobile, perspicace, dangereux, soucieux, embêté, de bonne volonté mobile, perspicace, dangereux justiciable contribuable citoyen mobile perspicace dangereux
Tu causes tu causes sais-tu que c'est tout ce que tu sais faire qu'elle me dit Zut qui a des lettres tu 
La cherches dans ta caboche en fait l’alouette tu la
Cherches comme ce qui prouve le temps perdu, tu la cherches tu la cherches la cherches-tu ?

 

En mai 2025 j'écris ces lignes sur une phrase de André Hardellet et pourquoi cette phrase-là de André Hardellet et pourquoi pas une autre phrase de André Hardellet comme si je n'avais pas autre chose à faire, me faire frire des oignons, écouter les experts à la télévision m'expliquer à quel point elle est critique la situation, que la France elle gagne pas assez de pognon, qu'il faut donc que les Français soient plus et plus longtemps au charbon ah bah comme tout ça est
Vain et si utile, je boirais bien une bière ou un verre de vin du pâté sur mon pain j'écoute du jazz la Suite Sandrine de Michel Camilo et me dis que c'est vraiment beau je pense à des choses futiles j'écris des choses futiles

 

Dans le soleil l’alouette et foin du sérieux (poil aux yeux) que j'y mette moi dans le soleil une bicyclette des castagnettes quelques claquettes pirouette cacahuète
Le sérieux (poil aux cieux) je ne sais qu'en faire que j'y mette du f, de l’éléphant effervescent, du fifre lancinant lancinant insistant, fanfreluche et franche lune, figaro-ci figaro-là, le fond de l'air est frais et autres fraises des bois Le
Soleil est-il un roi ? Je pense au Roi-Soleil car j'entends du Racine sur une clé USB sinon je m'en fiche du Roi-Soleil et quel sens ça a d'écrire que le soleil est un roi que ce n'est pas un roi le soleil mais une boule de gaz qui brûle Quant 
A écrire (puisque j'aime écrire, qui excuse ma solitude) autant écrire modeste et amusant (je ne saurais faire autrement) puisque je n'ai rien à dire de sérieux (poil aux scrogneugneux) ni sur l'alouette ni sur les bipèdes ni sur
La mémoire la recherche du temps perdu la
Place de l'humain amateur de rillettes dans l'espace contemporain

 

Où je vais mon ombre va ; c'est une chose que j'ai bien souvent remarquée (surtout quand il y a du soleil) mais quand il
Flotte mon ombre se noie et écrivant que mon ombre se noie je songe aux noix aux oies au pâté de foie à la mécanique des lois au nombre de mes doigts ah qu'il est sot çui-là dit Zut qu'il est sot avec
Son goût de faire du son qu'on entend que dans son alors le lieutenant poussa un 
Cri c'est une phrase qui me revient d'un roman lu jadis, jadis, jadis, jadis (le son  s'éloigne).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mai 2025

25 mai 2025

LE FROUFROU DES MOTS DANS MA CAFETIERE

LE FROUFROU DES MOTS DANS MA CAFETIERE

 

« LE GARDE : - Hélas ! C'est un malheur quand une idée fixe est une idée fausse. »
(Sophocle, « Antigone »)

 

Hélas est un mot dont je ne sais s'il vibre ou joue du violon ou vole au vent ou va en vacances à Vitry-la-Vadrouille
C'est un mot qui exprime assez son sentiment sa lucidité sa consternation, et s'il va chasser sans son chien ou siffle des chansons je ne sais je ne sais

 

Un mot comme « malheur » dans ce monde qu'est pas joli joli on est bien obligé de l'employer – ça n'empêche pas de se faire un jambon-beurre d'aimer les films d’épouvante (oh oui, les films d'horreur ! ceux qui font peur) de fêter l’anniversaire de sa sœur de surveiller l'heure (défois qu'elle vous piquerait vot' jambon-beurre) de jouer au plus con tu meurs, mais enfin le mot
Malheur quand on y songe on songe que tout n'est que mensonges et qu'on nous fait passer de pourrissants concombres pour la jolie Perrette et son pot au lait 
Quand je dis « on » tout le monde sait de qui qu'on cause cause que le on n'est pas fait pour les chiens mais pour ceux qui se le disent, qu'on se fiche bien de leurs tronches (même qu'on leur pique leurs ronds leur pognon leurs biftons pour réformer l'éducation qu'on a l'impression que les mômes sont de plus en plus moins bons)

 

Une idée ça ne se jette pas dans l'évier, défois qu'elle serait bonne, mais bon si elle est, cette
Idée (cette idée qu'on n'a pas jetée dans l'évier parce qu'il est déjà plein de vaisselle de vaisseaux de choses variées plus ou moins vilaines et autres vanités vides oh si vides) cette idée, si elle est
Fixe aussi fixe qu'un christ sur son crucifix alors elle
Est – mais quel est ce voleur volant qui vient de me voler mon évier mon vélo ma véracité d'origine contrôlée, ma véracité, ma voracité mon chien mon lapin chasseur mes chaussettes mon archiduchesse et tous mes saucissons secs ? 

 

Une fois, j'eus une jeunesse aimable, aussi claire et élégante que la musique des Doors mais quand je me réveillis je vomis car j'avions englouti trop de whisky alors cette
Idée de quoi est-elle faite ? Bah il ne faudrait pas se faire une
Fausse idée de ce que je faribole et plus souvent que je pense au froufrou des mots dans ma cafetière, à la mignonne frisée, la fraîcheur de la bière, steak-frites, tarte aux fraises, et quant au frétillement des anguilles sous roche, c'est très fichtrement que je m'en fiche.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mai 2025

24 mai 2025

FAUT QU'ÇA AILLE

FAUT QU'ÇA AILLE

 

« Il a fallu que dieu s'en aille
Pour que j'aille à l'assaut de dieu. »
(Françoise Delcarte, « il faut que dieu s'en aille » in « Poésie 1 », n°17, juillet 1971) 

 

Il y a de ces électricités qui épatent : celles des albums des Doors ça vous
A de quoi la rendre plus étrange un peu l’ambiance l'a
Fallu des oreilles ça tombait bien on en avait bien sûr c'était avant
Que nous n’existions plus et 
Dieu on n'a pas pu savoir si elle
S'en trouble défois un peu le tempérament Zut de toutes ces histoires mais  faut qu'ça
Aille alors ça aille

 

Pour ça Zut elle a de la résilience comme on dit à la radio faut
Que je pense à mes copies à corriger pour lundi parce qu'il faut que 
J'aille sinon je vas encore chagriner et tout ce blues faut qu'ça
Aille Faut qu'ça aille Faut qu'ça aille qu'ça se chante aussi et higher higher higher pour toujours mieux qu'ça aille

 

A midi qu'on est le 24 mai 2025 pas de soleil ce sera pas
L'assaut sur la plage zéro bikini sur le sable et des touristes aux terrasses des cafés nul
Assaut non plus ah tiens l'intro pluvieuse 
De Riders on the Storm je me dis que c'est vraiment de la bonne musique que la musique des Doors après j'écouterai Ah Um de Charlie Mingus, c'est encore mieux je pense à
Dieu mais je ne sais pas si.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 24 mai 2025

24 mai 2025

LIEBLING EST SON NOM

LIEBLING EST SON NOM

 

1.
Après avoir tourné autour pendant quelques jours (et pourquoi, allez savoir,  ah la la, la psychopathologie de la vie quotidienne, c'est quelque chose, savez), j'ai attrapé le « Lune l'envers », de Blutch (Dargaud, 2014), qui est un de mes albums de bande dessinée préférés. Déjà, j'aime bien le trait faussement brouillon, faussement désinvolte de Blutch, qui me rappelle le style de Jean-Claude Forest, que j'aime tant itou ; ensuite, je l'ai relu et me suis épaté, comme il y a quelques années (comment cela se fait-il ? « quelques années », quelle négligence de lecteur!).

 

2.
La couverture déjà, avec son cœur noir au centre (le chignon de l'opératrice en robe mauve vue de dos) et cette mise en scène pour tableau surréaliste, machine organique, plante montante, gamine dans une pose typique de gamine, le buste en avant, les jambes pliées, le bassin cambré, une main sur le genou gauche, ce qui l'oblige à avoir le bras tendu et l'autre main sur la hanche droite, le bras droit faisant alors un angle et avec ça, des nattes qui volent au vent, regardant on ne sait quoi, jeune femme nue sur le point d'entrer (on ne la voit pas toute entière) dans cette dérive où, d'un fauteuil rose, un barbu vieillissant vous regarde derrière des verres bleus en en buvant un autre. On voit même la mer alors que dans cette histoire personne ne voit Ulysse revenir.

 

3.
« Moi, ce que je cherche, ça n’existe pas. »
(Blutch, « Lune l'envers », [Liebling])

 

« Lune l'envers » est une histoire sur le temps quand il s'emmêle les pinceaux, un peu comme dans « Providence », le film d’Alain Resnais, sauf que là, on ne voit pas qui c'est-y qui flanche du spatio-temporel, que c'est à la fois la jeune fille, Liebling est son nom, c'est dire si elle est aimable, et le vieux Lantz (couple défait sur lequel repose le fil à narrer). Après tout, c'est peut-être le vieux Lantz qui décaroche tout seul cause que, sur le point de mourir (il s'y attend puisqu'il a cru le comprendre), il laisse sa perception des êtres franchir les citrouilles du délire (certes, l'image est gratuite, mais elle m'amuse).

 

4.
« Ton Lantz est incontrôlable, Blumentritt. Son instabilité émotionnelle met tout le groupe en péril. »
(Blutch, « Lune l'envers », [le directeur général Kartatz])

 

Lantz, c'est pas du tout le gars sympathique : égocentrique, vulgaire, goujat, obsédé du radada (il n'est d'ailleurs pas le seul), pleurnichiant, opportuniste, menteur, grotesque, ridicule et fâcheux, il n'a qu'un seul atout : il sait ce que c'est que le dessin, il sait qu'une bande dessinée de qualité ne se fait pas en plongeant ses mains dans les trous d'une machine organique ; bref, c'est un artiste et vu comment l'auteur (Blutch) le traite, on peut se demander si mais non, on s'en fiche, on prend le personnage comme il est et on laisse l'auteur tranquille.

 

5.
«  je n'ai pas besoin de te rappeler que pour nous, les filles, la vie est plus impitoyable que pour les garçons. »
(Blutch, « Lune l'envers », [une mère à sa fille])

 

Au début de l'histoire, il y a un gag sur une capsule de cyanure (l’album ne manque pas d'humour noir) et l'on retrouve ce même cyanure à la fin, comme quoi, quand on fait mention d'un aussi radical dès la deuxième planche, c'est que ça pourrait bien servir à quelque chose plus tard, et justement, comme élément de résolution, dans le genre radical, la capsule de cyanure hein.

 

6.
« Si ça marche, nous aurons une grande maison dans la forêt avec d'immenses baies vitrées, où tu pourras peindre. »
(Blutch, « Lune l'envers », [le jeune Lantz à Liebling])

 

Lisant « Lune l'envers », j'entendais les Doors machiner d'la rythmique et  ces vers de Morrison dans « Moonlight Drive » : « Let's swim to the moon / Let's climb trough the tide  », mais je ne sais pas si cela a un rapport avec le bout d’océan que l'on voit sur la couverture.
Et si nous avions tous un rapport avec l’océan (cette question est idiote mais comme elle n'a pas la scarlatine, nous ne l’exclurons pas tout de suite), avec la mer d'où qu'on vient, qui, comme le dit la chanson de Art Mengo, «  n'est qu'une illusion », et comme, c'est bien connu et consternant, tout est politique, la mer est donc une illusion politique, une illusion poétique, une illusion qui monte, qui danse sous la lune, oh dis, la mer, l’aquarium à tréfonds, la condition du travail des marins et des activités portuaires.

 

7.
« Que nous commande la morale ? »
(Blutch, « Lune l'envers », [Winnetou au vieux Lantz])

 

« Lune l'envers », on dirait une autre manière de dire « la face cachée de la lune » - on pense au « Dark side of the moon », de Pink Floyd, mais on n'y est pas obligé que je pense aussi à cet étrange film de Louis Malle, « Black Moon », et de ce qui y est dit de l’aboutissement de la lutte des sexes, et de la guerre civile qu'on pressent dans notre réel à nos pommes. 
L’album de Blutch est féministe et seule la jeune Liebling semble avoir assez de valeur morale pour qu'on s'y attache (les autres vivent avec leur temps, c'est-à-dire qu'ils s’adaptent plus ou moins, quitte à devenir les valets serviles ou les cadres cyniques de la modernité entrepreneuriale (ici un monopole de l'édition sur le point de publier un « Nouveau Nouveau Testament », biblique et best-seller assuré) à moins que s’aigrisse le bipède et qu'il tourne au corrompu désabusé, ou au pervers en perte de repères.

 

8.
« Tu vas aimer. »
(Blutch, « Lune l'envers », [Liebling])

 

En ce qu'il est une défense et illustration magistrale de ce que peut l’art de la bande dessinée, l’album « Lune l'envers », de Blutch, est inadaptable ; et si on peut y prendre un tronc ou un toutou, on est assuré d'y prendre une claque, de celles qui réveillent et rappellent qu'il y a heureusement autre chose dans l’existence que les tronches à Mélenchon et Zemmour.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 24 mai 2025

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23 mai 2025

TOUT CELA SENT UN PEU SA COMEDIE

TOUT CELA SENT UN PEU SA COMEDIE

 

1.
« MONSIEUR JOURDAIN. - Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu regaillardir par-ci par-là. »
(Molière, « Le Bourgeois gentilhomme », I,2)

 

Monsieur Jourdain n’aime pas la musique qui mélancolise – Les radios diffusent beaucoup, entre les sonorités publicitaires, de ces bouts de mélancolie que l'on appelle chansons. Comme elles sont souvent en anglo-saxon, on n'en saisit pas la portée, et d'ailleurs, on s'en fiche – Les chansons n'empêchent pas de manger des pâtes au jambon ; au contraire, et j'ai remarqué que l’habitude d'entendre des chansons toute la sainte journée (sauf le soir, où on regarde des films américains) va assez souvent de pair avec un abonnement aux pâtes au jambon, parce qu'il y en a, ils écoutent France culture, France musique, où il y a beaucoup moins de tonitruant tsoin-tsoin et ils mangent moins souvent de pâtes au jambon (en tout cas, pas des pâtes au jambon des rayons de la supérette) – J'aime beaucoup le pussiez, qui ne pousse, le pussiez, que dans des langages fleuris et cultivés comme on n'en fait plus.

 

2.
« MAITRE D'ARMES. - Je vous l'ai déjà dit ; tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses : à donner et à ne point recevoir »
(Molière, « Le Bourgeois gentilhomme », II,2)

 

Mais avant que l'on en vienne aux armes, citoyens, il convient d'user de la diplomatie et de la négociation, qui consistent à tenter de donner un peu pour recevoir beaucoup.
Dans la Russie de 2025, dite Russie poutinienne, le chef de la diplomatie s'appelle Sergueï Lavrov ; on le dit habile et excellent négociateur – A ce jour, 22 mai 2025, la diplomatie russe est fortement aidée par la ferme intention de Trump de ne pas intervenir dans le conflit russo-ukrainien  autrement que par des discours, et on a assez l'impression que Trump a clairement choisi de favoriser les intérêts de Poutine et de laisser tomber l’Ukraine et le président Zelensky.
Certes, il semble que Donald Trump ne soit pas dupe de la menace que Poutine fait planer sur l’Europe mais il a l'air de plutôt s'en accommoder, ou alors c'est qu'il est vraiment très difficile à décrypter, le Trump, et qu'il faut donc encore attendre avant que l'on puisse définitivement le classer comme un allié objectif de Poutine. Krasnov est-il vraiment ce que l'on pense qu'il est ?

 

3.
« Tout cela sent un peu sa comédie ; mais, avec lui, on peut hasarder toute chose, il n'y faut point chercher tant de façons, et il est homme à y jouer son rôle à merveille, à donner aisément dans toutes les fariboles qu'on s'avisera de lui dire. »
(Molière, « Le Bourgeois gentilhomme », III, 13 [Covielle])

 

Le valet de l’amoureux de Lucile envisage une farce – Ce qui sent, et plus qu'un peu, « sa comédie », c'est la politique – Quel burlesque que la politique ! – Nous croyons voter pour des convictions et nous élisons des masques – Et voilà la république menée par des gens qui y jouent leur rôle « à merveille » et donnent « aisément dans toutes les fariboles » que d’astucieux technocrates s'avisent de leur dire. Et c'est ainsi que copains et coquins font bien des cocus. Molière, auteur politique ? Assurément.

 

4.
« NICOLE. - Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous êtes si plaisant que je ne saurais me tenir de rire. Hi, hi, hi ! »
(Molière, « Le Bourgeois gentilhomme », III, 2)

 

On dit que certains musulmans des plus radicaux considèrent l'Occident comme un monstre de décadence et rêvent de voir la charia remplacer les lois de la république.
Historiquement, une partie de l’extrême-gauche considère le libéralisme comme porteur de décadence et rêve de rééduquer ce que ces dogmatiques appellent « le peuple » qui, selon ces sourcilleux, serait abusé par les mirages de la société de consommation.
L’extrême-droite considère, elle aussi, le libéralisme comme porteur de décadence et bien des évolutions sociétales comme autant d'atteintes à ce qu'ils appellent « l'identité judéo-chrétienne » de la France, qui est, somme toute, aussi réelle que l'héritage gréco-romain. Curieusement, depuis quelques temps, ces nationalistes sévères fondent bien des espoirs sur la mafia russe et des gens des plus étranges, divers et variés (Marine et Marion, Dupont-Aignan, Philippot, Asselineau, Zemmour, Zozodur et Durzozo).
Bref, la démocratie libérale a beaucoup d'ennemis et elle a beau être source d'abondance et de progrès dans bien des domaines, elle se heurte de plus en plus souvent à des hypocrisies, voire à des factions.

 

5.
« Voilà comme vous dépensez votre bien, et c'est ainsi que vous festinez les dames en mon absence, et que vous leur donnez la musique et la comédie tandis que vous m'envoyez promener. »
(Molière, « Le Bourgeois gentilhomme », IV, 2 [Madame Jourdain])

 

Madame Jourdain interrompt la fête, cheveu sur la soupe, les pieds dans le plat. 
Le problème de l'argent, c'est qu'il se dépense trop facilement et le soin du gouvernement, c'est que les gens s'endettent assez pour faire tourner la machine et être obligés d’avaler toutes les couleuvres que le gouvernement juge bon de leur faire avaler.
Il ne faudrait cependant pas que les Français s’endettassent de trop sinon, ils pourraient se décourager et se rebeller. C'est là tout l'art du technocrate d'obliger les gens à, tout en leur racontant des salades. Qui le premier enverra l'autre promener, et qui paiera les violons du bal, ça, on verra.

 

6.
« CLEONTE. - N'est-ce pas le vouloir que de ne vouloir pas éclaircir mes soupçons ? »
(Molière, « Le Bourgeois gentilhomme », III, 10)

 

Le plan et la stratégie de Trump ? Peut-être songe-t-il réellement à la possibilité de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028. Pour cela, il doit créer un climat pro-Trump et néo-conservateur non seulement aux USA mais aussi partout où il le peut et donc aussi en Europe, et pour ce faire, il a besoin des partis d’extrême-droite et des réseaux de Poutine qui soutiennent, influencent, voire dans certains cas alimentent ces partis. Cette hypothèse sera peut-être démentie par les faits mais je constate que l'on attendait beaucoup de Trump après son tête-à-tête avec le président  Zelensky au Vatican, que l'on attendait beaucoup des négociations d’Istanbul et qu'il ne s'est rien passé, comme si Trump n'avait rien fait d'autre que de gagner du temps, ce qui, en fin de compte, profite surtout à Poutine.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mai 2025

22 mai 2025

CET AUTRE ETRANGER QUE NOUS-MEME 

CET AUTRE ETRANGER QUE NOUS-MEME 

 

1.
« Mais tel était le goût de Watson pour la rigueur narrative du récit d'énigmes qu'il jugea préférable, dès nos premières aventures, de m'attribuer l'entier mérite de nos investigations communes. »
(Martin Winkler, « L’aventure du détective prostré » in « Le Mensonge est ici et autres nouvelles » [le narrateur])

 

Watson est bien bon – J’aime beaucoup « la rigueur narrative du récit d'énigmes ». Cette rigueur rend les énigmes fascinantes, comme l'ont montré les excellences de Conan Doyle, de Gaston Leroux et d’Agatha Christie – Je manque de rigueur narrative (pas assez de talent) – L’investigation est dans la loupe – J'ai beau les regarder avec insistance, je ne les trouve pas tellement énigmatiques, mes pâtes au jambon ; elles finissent par me battre froid.

 

2.
22 mai 2025. J’apprends sur France inter que le tracteur (alors à vapeur) a été inventé dans les années 1880 en Russie par Fiodor Abramovich Blynov puis un Américain, John Froelich, mit au point un tracteur à essence. Le tracteur s'est « imposé après la première guerre mondiale » pour remplacer les chevaux morts et recycler les chars d'assaut de la 1ère boucherie mondiale, - ah fais-je en contemplant mes pâtes au jambon.

 

3.
« Cependant, la reprise de mes activités de détective – et de ma consommation de tabac – me montra que l’affection dont je me croyais affranchi n'était qu'endormie.»
(Martin Winkler, « L’aventure du détective prostré » in « Le Mensonge est ici et autres nouvelles » [le narrateur])

 

Le détective reprend ses activités mais n'a pas changé d’œil. 
En France, ces dernières années, le prix du tabac a tellement augmenté qu'il semble que l’État veut absolument décourager les gens de fumer. Je suppose que lorsque le nombre de fumeurs, et de points de vente, aura significativement baissé, le gouvernement prendra alors des mesures pour interdire quasi totalement l’usage du tabac dans l'espace public. Je me demande si ces restrictions concerneront aussi l'usage de la vapoteuse (dite « cigarette électronique »). Je me demande aussi si ce n'est pas peine perdue ; les gens auront toujours besoin d'un dérivatif, d'une compensation addictive, ritualisée, et déjà bien des jeunes gens, s'ils ont arrêté de fumer du tabac prennent d'autres produits bien plus dangereux (pilules et cachets divers et synthétiques, boissons énergisantes, alcools, et toutes sortes de stupéfiants, dont le trafic est devenu un véritable problème de sécurité publique).

 

4.
« Je connais bien les êtres, mais les crimes me sont incompréhensibles.»
(Martin Winkler, « L’aventure du détective prostré » in « Le Mensonge est ici et autres nouvelles » [Watson])

 

Peut-on affirmer « bien connaître les êtres » et ne rien comprendre à la psychologie des meurtriers ? Il y a-t-il une psychologie des meurtriers ? - « N'est-il personne qui ne soit capable de tuer ? » se demande un personnage d'un roman d’Agatha Christie – Les romans de Simenon montrent souvent des gens ordinaires qui, dans des circonstances particulières, commettent un meurtre, ou même préméditent un assassinat – Les auteurs de romans policiers « connaissent-ils bien les êtres » ou sont-ils avant tout des experts de l'écriture narrative ? - D'où vient le succès des thrillers, sinon de la virtuosité de leurs auteurs ?

 

5.
« Il me regarda, et je vis dans ses yeux que nous pensions tous deux à la même chose. »
(Martin Winkler, « L’aventure du détective prostré » in « Le Mensonge est ici et autres nouvelles » [le narrateur])

 

Le narrateur est Sherlock Holmes, c'est-à-dire l'idée que l’auteur se fait de Sherlock Holmes – Sherlock Holmes n’existe que dans le regard du lecteur – Les êtres sont des représentations – Lorsque soudain nous saute à la gorge l'évidence de l’existence en-soi de l'être, incarné dans l'autre, cet autre étranger que nous-même, nous éprouvons ce désarroi que l'on éprouve devant l'insoluble – Le désarroi devant l'apparaître peut provoquer le malaise, l'étrangéïsation, la déréalisation, l’intensification de la menace – Lorsque la crise d'angoisse, la pénible crise d’angoisse, nous met soudain en face de cette évidence de l'insolubilité de l'être, nous éprouvons soudain le poids de cette multiplicité énigmatique, cet infini en foule, dans le même temps que nous éprouvons notre propre caractère dérisoire et incessamment mortel.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mai 2025

18 mai 2025

DES PARTIS ENTREPRISES

DES PARTIS ENTREPRISES

 

« C’est la liberté individuelle dans des conditions d’asservissement collectif. »
(Manchette, « L’Affaire N’Gustro » [« Debourmann])

 

C’est une phrase qui exprime du politique dans un roman noir (le trouble roman de Jean-Patrick Manchette, « L’Affaire N’Gustro »). C’est aussi à ça que ça sert, les romans noirs, à causer politique. C’est à propos de
La liberté individuelle qu’on sait bien ce que c’est, nous, en démocratie, que la
Liberté individuelle qui nous permet pas mal de choses, tandis que voyez dans les « paradis socialistes », la Liberté, c’était un fantôme, alors oui, la Liberté
Individuelle, dans nos démocraties libérales, nos sociétés dites ouvertes et avancées, elle est en droit mais dans les faits, elle reste en grande partie formelle. Evidemment, nous ne pouvons faire que ce qui nous est possible de faire ; il y a des contraintes, financières surtout, et même dans nos démocraties libérales, on a l’impression que nous allons vers un « monde libre » de plus en plus contraignant (le dimanche, j’aime bien, de temps en temps, des croissants). Remarquez que
Dans l’avenir, ce qui semble le plus à craindre, c’est pas tellement les vieilles lunes de gauche (collectivisation et soviétisation qu’agitent encore quelques universitaires plus ou moins stupides et aigris), pas tellement cette gauche livresque qui est à craindre mais plutôt l’avènement 
Des partis-entreprises (la LFI à Mélenchon, le RN du clan Le Pen,…) qui jusqu’ici n’avaient pas vocation à gouverner (n’étant jamais que des pompes à fric) mais l’exemple de Trump pourrait leur donner des ailes parce que Trump, son atout, c’est qu’il a fait du parti républicain son parti, son investissement majeur, dont il attend des bénéfices personnels, même qu’on se demande s’il n’aurait pas envie d’en faire un monopole, une dynastie entrepreneuriale, quitte à changer la Constitution américaine, ou en corrompre l’esprit, qu’il semble bien que le Trump, il aurait pour but d’établir les
Conditions nécessaires et suffisantes pour que la démocratie américaine telle que nous la connaissons explose et laisse la place à autre chose de bien moins démocratique, un genre capitaliste (et non plus libéral)
D’asservissement à une oligarchie, une mainmise sur le
Collectif façon Chine communiste ou Russie poutino-mafieuse.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mai 2025.

 

18 mai 2025

HORACE BLATT RENVERSA SON VERRE

HORACE BLATT RENVERSA SON VERRE

 

« Horace Blatt renversa son verre, jura et, tout en épongeant son pantalon, demanda :
-    Qu’est-ce que c’est que cette Grotte aux Lutins ? »
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Les Vacances d’Hercule Poirot »)

 

Horace – j’ai envie d’écrire, Horace, nique ta, mais ce n’est guère poli.
Blatt qu’il s’appelle, Horace, même qu’une blatte en français, on dit aussi cafard, cancrelat, coquerelle au Canada et ravet aux Antilles (d’après ce que savamment Wikipédia) tandis que « das Blatt » en allemand, c’est la feuille d’arbre, aussi la page, le journal, mais comme le dit l’expression, « das steht auf einem anderen Blatt » alors Horace

 

Renversa ; avec le verbe renverser on peut imaginer bien des choses, du gouvernement à la donzelle d’une chanson paillarde en passant par la pyramide sociale (comme on dit chez les pédagogues gauchisants), mais ce n’est sans doute pas le genre de Horace Blatt qui se contente de renverser
Son verre, et quand on renverse son verre, c’est peut-être qu’on est quelque peu fébrile, hein, quand on renverse son
Verre, c’est peut-être qu’on est quelque peu fébrile hein. Surtout qu’il
Jura après et quand je songe que le Jura est un « département français nommé d’après le massif du Jura » (c’est de la montagne et j’aime bien wikipédia), je constate que cela n’a rien à voir avec le fait que « Horace Blatt renversa son verre, jura »

 

Et pendant ce temps-là, « Les Oignons » de Sydney Bechet, c’est joyeux comme jazz que j’écoute « Les Oignons » de Sydney Bechet parce que j’aime bien le jazz joyeux.

 

Tout ça, c’est bien joli, me direz-vous, mais on ne voit pas où vous voulez en venir Bah-bah-bah
En fait, je ne le sais pas où je vais en venir, mais cela n’a aucune importance, fit-il en
Epongeant (il y a toujours tout un tas de trucs à éponger, je suis si maladroit)

 

Son verre, il le renversa, Horace, donc Horace, koikilfait, Horace ? Horace, il éponge son 
Pantalon en jurant, - j’ai envie d’écrire « Nique ta », mais ce n’est guère poli car il
Demanda, - le verbe demander, je le compléterai facilement avec le mot amandes, ce qui ferait qu’il demanda avidement des amandes à Amandine, laquelle les lui fournit complaisamment mais ce n’est pas des amandes qu’il demanda à Amandine, qui d’ailleurs n’était pas là alors, faute d’amandes, il demanda
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qu’est-ce
Que c’est que cette fable ? Qu’est-ce que 
C’est que cette fiction ? Qu’est-ce que c’est
Que cette chanson ? Qu’est-ce que c’est que
Cette répétition du qu’est-ce que c’est que cette 
Grotte de l’italien « grotta », du français « croute », du latin « crupta », du grec « kruptein » qui signifiait « cacher, couvrir », nous révèle Wikipédia et alors au marché
Aux puces j’aime bien aller pour acheter des albums de BD, des CD de jazz, de blues, de rock mais je n’y achète jamais de
Lutins, au marché aux puces, parce qu’on n’en trouve pas, au marché aux puces, des lutins que des lutins, on en trouve dans les livres mais ils ne sont pas vraiment réels.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mai 2025.

 

18 mai 2025

SAMEDI 17 OVNI PUIS EUROVISION 2025

SAMEDI 17 OVNI PUIS EUROVISION 2025

 

1.
Un certain Sylvain Maisonneuve, « ancien conseiller ministériel à Bercy » (de 2020 à 2025, nous dit-on, aux finances donc) vient de publier chez Albin Michel un livre intitulé : "OVNIS, l’enquête déclassifiée". Disclosure comme qui dirait qu’on nous prépare lentement mais sûrement à des révélations, ou c’est-y que l’enfumage mondial continue, qu’on nous invente des visiteurs extra-terrestres et autres étrangetés parallèles pendant que les Américains continuent à fignoler leurs armes les plus secrètes.

 

2.
Vu le film « Visiteurs extra-terrestres » de Robert Liebermann (film américain de 1993) qui raconte une histoire d’abduction d’après des faits « réels » nous dit-on : l’affaire Travis Walton. On en lira les détails sur Wikipédia. On peut douter de la véracité du truc mais j’en sais rien. Disons que c’est curieux. Par ailleurs, le film est plutôt bon en ce qu’il montre comment une communauté peut être perturbée par un évènement étrange qui touche plusieurs de ses membres (en l’occurrence une équipe de bûcherons suspectés d’avoir commis un meurtre).

 

3.
Abduction est un mot qui dans le lexique des ufologues désigne l’enlèvement d’un humain par des extra-terrestres. Je me suis laissé dire que des vaches aussi avaient été elles aussi, les pauvres, enlevées, ôtées du plancher, envolées dans les airs qu’on dirait que les extra-terrestres défois ils s’engouffrent un steak-frites aussi dis.

 

4.
Samedi 17 mai 2025, 21 heures : Eurovision. C’est en Suisse cette année. Je vais jeter un coup d’œil. On verra bien. Kitsch, chansons plus ou moins bien fagotées, jolies filles, lasers et couleurs, bling-bling. C’est à ça qu’il faut s’attendre. Du talent aussi. Du spectacle. Je ne me souvenais déjà plus du morceau interprété par le gagnant de l’an dernier. 

 

5.
La chanson représentant le Luxembourg est en français, un clin d’œil à France Gall – Elle s’appelle, cette ritournelle, « La Poupée monte le son » - La chanson représentant l’Estonie est pas mal, comique avec de l’italien dedans –

 

6.
 La chanteuse israélienne a une jolie voix ; une partie du texte est en français – Se pourrait-il que l’influence culturelle de la France redevienne une évidence sur la scène où les nations se jouent des tours ? –

 

7.
Le groupe représentant la Lituanie a fait du rock dans le genre alternatif qu’on trouve un peu partout, mais c’est tout de même du rock (disons que c’est très ressemblant).

 

8.
Pour l’instant, c’est le retour des jeunes femmes callipyges, me semble-t-il qu’on verra peut-être pas la femme à barbe chanter ce soir – La chanteuse qui représente l’Espagne a fait une bonne prestation à la Madonna – Le groupe ukrainien est très bon aussi, avec ces chœurs si particuliers qu’on entend à l’Est de l’Europe.

 

9.
J’aime bien la pop culture.
Je préfère la pop culture à la gueule à Poutine.
Je préfère la pop culture et l’eurovision aux tronches à Mélenchon et à Zemmour.

 

10.
Les chansons de l’eurovision sont de plus en plus complexes et témoignent de l’influence persistante d’un groupe comme Queen sur la pop music internationale – la chanson représentant le Royaume-Uni en est un exemple. La pop music est-elle en passe de virer au pop-opéra ? Faudrait pas aller trop loin dans le choucrouteux et mieux vaut bonne chanson que soupe à braire.

 

11.
La Lettonie a présenté un bel ensemble féminin (six voix) ; c’est vraiment pas mal. On dirait une mélodie traditionnelle, une danse, adaptée pour l’eurovision – cela m’a rappelé certaines pièces de Kate Bush – Ah tiens, pour les Pays-Bas, la chanson est aussi en partie en français (« C’est la vie » qu’elle s’appelle, interprétée par un artiste d’origine congolaise, nous dit-on).

 

12.
Erika Vikman chante « Ich komme » (comme on dit en Allemagne) en finnois ; ça fait beaucoup de bruit - La Finlande, un jour ou l’autre, devra peut-être affronter les troupes d’une Russie expansionniste – On ne sait pas. Tout dépendra de l’état dans lequel Poutine laissera la Russie.

 

13.
La chanson représentant l’Italie est typiquement pop, bien faite avec un texte bien écrit, adolescent – La Pologne est représentée par une chanteuse expérimentée – elle fait le show – c’est spectaculaire et tonitruant – Les Allemands chantent en allemand – Il y a un lalalalala là-dedans qu’est bien entêtant – « Baller » que ça s’appelle – L’Eurovision, ça rappelle au péquenot que je suis que l’Europe est variée, diverse, des corps et des langues.

 

14.
Ah tiens, une grande bouche avec une boule à facettes – l’Eurovision c’est beaucoup de boulot et donc des emplois, de l’argent – la pop culture en fait travailler du monde – tant de gens pour produire tant de kitsch et d’inutile et d’éphémère qu’on dirait de l’art mais non.

 

15.
La chanteuse grecque, ce qu’elle chante, on dirait un hymne, une prière, une exhortation – spectaculaire et lyrique – efficace. La Lituanie avait présenté un groupe de rock assez probable ; ce qui n’est pas le cas de l’Arménie, non, ce n’est pas du rock, c’est de la musique de discothèque, et ça fait du bruit, bien trop.

 

16.
Une chanson à la française comme on en fait maintenant, c’est la Suissesse Zoë Më qui chante ; bon texte, mélodie jolie, avec une rupture de ton sur la fin, ah oui, c’est bien – Retour de la grande bouche avec une boule à facettes dedans et de la musique de discothèque pour représenter Malte, cabaret burlesque. Culotté. Y en a qui aiment. Décor marrant.

 

17.
De la pop bien jolie pour représenter le Portugal (« Deslocado ») – le compositeur de cette ballade a beaucoup écouté les groupes anglais des années 60-70 – c’est gentil mais ça s’oublie vite. La chanteuse danoise fait danser parce que c’est de la musique pour faire s’agiter Toto et Nini vont en boîte. La chanson des gens qui représentent la Suède a l’air bien comique à usage interne (du suédois pour les Suédois) – ah tiens, le « Waterloo » du groupe Abba en 1974, charmant tintsouin.  

 

18.
Je n’avais pas encore entendu la chanson de Louane (« Maman ») : structure classique, beau texte, vocalises au refrain – Les percussions pour beaucoup de chansons s’éloignent de la plus ou moins virtuosité des batteurs pour en revenir à un marquage appuyé de la cadence.

 

19.
La dernière prestation est albanaise et c’est vraiment pas mal, travaillé, orchestré qu’on dirait là aussi une mélodie traditionnelle revisitée. D’où vient-il cet l’univers qu’on dirait celtique tel qu’on nous en raconte des histoires et quelque rythme martial ?

 

20.
And the winner is : l’Autriche. Bon. Voilà.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mai 2025.

 

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