Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

BREFS ET AUTRES

Publicité
21 mars 2025

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

 

1.
« Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. »
(Italo Calvino traduit par Danielle Sallenave et François Wahl, « Si par une nuit d'hiver un voyageur »)
Il arrive qu'un roman commence dans une « gare de chemin de fer ». Ce n'est pas pour cela que Zut prendra le train. Zut n'est pas fatalement un personnage du roman que je lis, même si son ombre plane sur la ville comme celle d'un criminel insaisissable du début du XXème siècle.

 

2.
« Et maintenant, moi, je ne sais plus quoi faire, je suis le dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Que faire quand on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire de toutes ces métaphores épinglées dans les livres comme des papillons dans une collection ? Se faire un sandwich pâté-cornichons ? Encore faut-il avoir faim.
Je remarque que la poétique du ferroviaire ne manque pas de mélancolie. Je suppose que cela doit dépendre des auteurs. Je ne rédigerai aucun cours sur la poétique du ferroviaire. Je n'ai pas envie de me retrouver en personnage de « dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. » Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination. De plus, tous ces livres, ces films qu'il faudrait voir, tous ces sandwiches pâté-cornichons qu'il faudrait avaler. Non. 
J'aime bien une phrase comme : « Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination; » Elle n'a pas plus de cervelle et de sens que la dernière réforme de l'éducation nationale (dite « la sotte réforme Blanquer ») et je ne sais même pas si je peux emballer du poisson avec (je ne voudrais pas effrayer la morue, défois qu'elle s'envolerait dans les airs), mais elle me plaît comme peuvent me plaire certaines chansons idiotes, ou le boudin blanc quand je mange du boudin blanc.

 

3.
« L'Organisation est puissante. Elle commande à la police, aux chemins de fer. »
(Italo Calvino)
Cette phrase que je lis dans « Si par une nuit d'hiver un voyageur », de Italo Calvino traduit par Danièle Sallenave et François Wahl, est une phrase de fiction. Cela ne sert à rien de se demander de quelle « Organisation » il s'agit, à moins que l'on s'intéresse à l'univers des romans. Ce qui est une manière comme une autre de passer le temps. Pour ma part, je ne connais qu'une seule Organisation, l'Organisation redoutable du réel, qui commande à tous et à toutes et qui peut vous faire disparaître aussi vite que l’œil parcourt une phrase.
J'écoute France Inter, l’excellente émission « Very Good Trips » de Michka Assayas ce jeudi 20 mars 2025 et je m'aperçois que c'est pas si mal, la musique de Porcupine Tree. Après, je n'écoute de la musique que lorsque j'ai mes oreilles, et, en ce moment, je ne les ai pas toujours.

 

4.
« Étrangers ma chambre, mes bagages, la vue par la petite fenêtre. J'avais peur de ne plus pouvoir établir de rapport avec rien ni personne. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Choses et êtres nous sont radicalement étrangers. Et pourtant, on mange des frites. C'est pour ça.

 

5.
« Mais voici qu'au moment où ton attention est tenue en suspens, tournant au milieu d'une phrase décisive, tu te retrouves devant deux pages blanches. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »)
Soit le livre s'écrit au fil de ta lecture, soit tu es en train de rêver que tu lis, soit tu es dans un train et tu t'es endormi, et tu rêves que tu lis un roman dont les phrases se composent au fur et à mesure de ta lecture, soit tu es arrivé au bout de ton chemin, mon ami. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

Publicité
19 mars 2025

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

 

1.
« He knows a lot, » said the pugilist. « I don't know where it learned it, but he's had a deal of practice somewhere. He's as strong as a lion and as hard as a board, for all his queer face. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des tas de gens qui en connaissent un rayon sur tout un tas de sujets. On ne le sait pas toujours car ils ne le font pas forcément savoir. Certains ont même tout intérêt à rester discrets. Ceux qui font métier de supprimer leurs contemporains, par exemple. Je pense que certains autres sont experts dans l'élucidation des énigmes saxophonistes, ou encore des mystères tambourins, et même des orgues de corail. Quand je retrouve ma main, je lui demande des nouvelles de ces enquêteurs singuliers, mais ma main droite reste aussi muette que ma main gauche. On ne sait pas tout. 

 

2.
« The stranger had a clever draw and a rush which, with his springing hits, made him a most dangerous foe. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
J'apprends par une note de Michel Marcheteau que le mot « foe » subsiste surtout grâce à l'allitération dans l’expression « friend or foe », ami ou ennemi. » Une allitération peut donc donc se rendre utile. Ce qui est bon à savoir, parce que je compte bien lui demander des nouvelles de la deuxième chaussette (celle qui s'absente le matin alors qu'on se prépare à sortir et que l'on a besoin de ses deux chaussettes). Si elle me répond d'aller voir du côté des chaussettes de la duchesse si elles sont sèches oui archi-sèches, ou pas, j'en conclurai qu'elle est en « s ». Ça ne me dira rien du devenir de ma deuxième chaussette, mais j'en saurai plus sur l'allitération qui hante ma demeure en susurrant la nuit des choses incompréhensibles. 

 

3.
« It's after me again, mate ! » he cried.
« Stick it out, Tom ! You have him nearly beat ! It can't hurt you. »
« It can 'urt me ! It will 'urt me ! » screamed the fighting man. « My God ! I can't face it ! »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des choses, des êtres qui en veulent aux vivants. Il faut tenir le coup et ne pas se faire fasciner : les girafes ne s'enflammeront pas éternellement. Les ponts finiront par revenir, le spectre du serpent finira par être exorcisé et le saxophone libéré. Les jeunes filles retourneront danser avec leurs amoureux. 

 

4.
« Then it also vanished into the shadows. As it did so the two spectators sprang to their feet and ran as hard as they could tear for the gateway and the trap. »
(Conan Doyle)  
Parfois, on a l'impression, on sait, que quelque chose vient de s'évanouir dans les ténèbres. On ne sait pas de quoi il s'agit. La boule noire ? La main de l'écorché ? L'espérance ? Le sourire ? Un bon morceau de temps perdu ? Le serpent du saxophone ? Le chat qui ne reviendra plus ? Le chien perdu ? Quant aux portail et au cabriolet, je ne sais pas ce que j'en ai fait.

 

5.
« So you see, Mr. Stevens, you were fightin' for more than yourself when you put it across the Gasman. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court » [The landlord]) 
La nouvelle « La Brute de Brocas Court », de Conan Doyle, commence par évoquer le monde de la boxe pour finir sur une apparition fantastique et assez surprenante. L'aubergiste a raison : on se bat toujours pour plus que soi-même lorsque l'on affronte les manifestations de l'invisible. C'est pour cela que je me garde bien de les provoquer, ces forces de l'invisible, et je feins de ne pas voir la silhouette qui passe dans mon dos et qui parfois ouvre la porte.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

19 mars 2025

AVEC DE L'OS DANS L'ÂME

AVEC DE L'OS DANS L'ÂME

 

1.
Je passe comme le vent
Mais ma pomme ne sera jamais tempête ni tornade
Je traîne comme un pet dans l'espace
Et souris à l'idée que ce gueux de Poutine pète aussi (et plus haut que son cul, ce qui le perdra, évidemment). 

 

2.
Quand on coupe la parole à quelqu'un, il faut faire bien attention à ne pas massacrer les syllabes, hein, quand on co upe la p arole à qu elle qu'un c ar on pou rrait v ous en v ouloir et v ous ch er ch er des p où ded ans la t ête. Ah si.

 

3.
Mais qui est assez bête pour acheter du rouble ?
Mais qui est assez con pour acheter du bitcoin ?
Ne comprenez-vous pas que les Ukrainiens ne pardonneront jamais aux Russes ?
Ne savez-vous pas que les mafieux finissent en prison ou d'une balle dans la tête en pleine rue ?

 

4.
18 mars 2025. A ce que je vois, le bitcoin pédale toujours dans la semoule. Je salue la lucidité des investisseurs qui comprenant que Trump pourrait sauter d'un moment à l'autre n'ont qu'une confiance relative en sa parole.

 

5.
Ce qui permet aux USA, malgré sa dette ubuesque, de rester la première puissance mondiale repose sur trois principes interdépendants :
- la production,
- l'innovation,
- l’exemplarité démocratique.
Trump, croyant que tout repose sur la force, remet en cause le principe du modèle démocratique américain et, dès lors, nuit aux deux autres principes. Conséquence : Sanction économique, récession en vue.

 

6.
Si Trump compte sur l'armée américaine, le FBI et la CIA pour pérenniser son pouvoir au-delà des quatre années de son mandat, j'espère bien qu'il tombera sur un os.

 

7.
Pro-américain et pro-OTAN comme je le fus, je n'en étais pas si dupe. Je me doute que la CIA a soutenu le coup d'Etat de cette ordure de Pinochet au Chili et s'est rendue coupable de bien des saloperies de par le monde. Certes, mais jusqu'à maintenant, je considérais que les Etats-Unis étaient aussi un modèle démocratique dont les innovations profitaient à tous (des exploits de la NASA à Internet, en passant par la richesse de sa culture littéraire, cinématographique, musicale,...). Que Trump remette en cause cette légitimité démocratique et je n'aurais dès lors plus aucune raison d'admirer les Etats-Unis. Sinatra, c'est superbe, mais ce n'est jamais que de la chanson, de la ritournelle, du saltimbanque, eh oui. Et, sans vouloir être désobligeant, entre Sinatra et la Neuvième Symphonie, je choisis la Neuvième, Beethoven, Mozart et Bach. Faudrait pas déconner non plus.

 

8.
Il n'y a rien à faire, quand j'ai de l'os dans l'âme, je me laisse rattraper par cette vieille vidéo de Rita Lee, « Lança perfume » (1980) : c'est tout artificiel dans les arrangements et bricolo cheap, avec des paroles démagos au possible et la mâchoire impressionnante de la Rita ne rendant pas le tout plus digeste, oui mais voilà, la mélodie est si épatante qu'elle vous en reste jusqu'à la nostalgie et vous fait aimer tout le reste, Rita Lee en grande bringue post-adolescente, la patinoire et ses teenagers en troupeau, les paroles idiotes mais si latines, et voilà que ça fonctionne quand même et vous entraîne, que voulez-vous de plus ?

 

9.
Je suppose qu'il y eut bien des Brésiliens fascinés par Rita Lee. C'est que la dame, visiblement, ne manquait pas de personnalité et « Lança Perfume » n'est jamais qu'un pâle reflet de son immense talent.

 

10.
Mon monde à moi fout le camp à vitesse grand V. Comme tous les mondes de ceux qui furent vivants. Ceux qui nous suivent s'accommoderont, résisteront sans doute, et viendront d'autres temps pour d'autres vivants et poil aux dents évidemment.
Du reste, vous vous doutez bien que la réincarnation d'une poutre ne peut jamais juger que d'un monde ridiculement petit eu égard aux vastes constructions de nos technocrates architectes (poil au steak).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

18 mars 2025

EN RETARD, EVIDEMMENT !

EN RETARD, EVIDEMMENT !

 

1.
15 février 2025. 23 heures. Il neige sur Dunkerque.

 

2.
Il y a des soirs où on a envie d'écouter des chansons idiotes et rythmées.

 

3.
Tiens, sur une radio qui passe de la musique rythmée en continu, j'entends le bon vieux « Stayin' Alive », des Bee Gees. Je ne sais pas ce que ça me rappelle, mais c'est bien émouvant tout de même. Ah, nostalgie...

 

4.
16 février 2025. J'apprends par le fil DepressedBergman qu'il y a 68 ans « jour pour jour », le film « Le Septième Sceau », de Ingmar Bergman était présenté au public suédois. A mon avis, l'un des dix plus grands films de l'histoire du cinéma. Un pur chef d’œuvre.

 

5.
C'est juste une intuition, une croyance si vous voulez, mais j'y crois, ma pomme, au point de singularité, au moment où l'intelligence contrôlée des machines échappe à l'humain pour agir de façon autonome et, en fonction de leurs intérêts, contre les humains. Je pense même que ce point de singularité a déjà été atteint et que les machines commencent à travailler en dehors de nous, voire contre nous.
Et comme j'aime les taquineries spéculatives, j'en viens à me demander de qui ou de quoi, nous, les humains, sommes le point de singularité ?

 

6.
Je partirai coincé sur un lit d'hôpital
Ah ça, les éléphants auront cessé d'être effervescents
Crachant mes poumons qu'je partirai
Poutine aura-t-il cassé sa pipe quand je partirai ?

 

7.
Je partirai avec une tête à me faire peur
Les jolies plantes compteront leurs tibias, leurs genoux, leurs péronés
Syd Barrett sera dans la musicologie et plus personne ne saura qui c'est
Les oreilles de Poutine seront-elles tombées dans les fourmis quand je partirai ?

 

8.
Je partirai faisandé des sardines
Nulle pucelle ni fleur de lys ne neigeront sur mon lit
Peut-être entendrai-je les chevaux d'Aucassin hennir
Quand Poutine aura bouffé son orthodoxie.

 

9.
Je partirai dans la nuit à Villon
Frères humains, qui après nous vivez vous nous prenez pour des cons
Je partirai en bafouillant mes déclinaisons
Poutine ne fera-t-il plus qu'ânonner son russe quand je partirai ?

 

10.
Je partirai en vomissant du Cioran
Le spectre à Kerouac entre les dents
Vaclav Havel en fantôme jouera de l'harmonica
Quand Poutine ne pourra plus faire caca.

 

11.
Je partirai sans jolie chanson
Plutôt baryton dans la cantate à boyaux
Je partirai aigre et cornichon
Quand par la racine, il les bouffera, Poutine, pissenlits et cresson.

 

12.
Quand j'étais môme, le lundi soir je pensais que le mardi, j'irai acheter Spirou (il paraissait alors le mardi dans les années 70) et retrouver Yoko Tsuno, Les Tuniques Bleues, Natacha (Hôtesse de l'air), Buck Danny et l’extraordinaire Gaston Lagaffe. C'était l'époque des enthousiasmes. Quelques décennies plus tard, je songe que chaque lundi, chaque mardi, et tous les autres me rapprochent un peu plus de la camarde. Je lis encore Spirou mais c'est pas pareil. Non.

 

13.
Avez-vous remarqué que les solitaires parfois parlent tout seul lorsqu'il y a quelqu'un pour ne pas les écouter ? Les enseignants sont parfois de grands solitaires. 

 

14.
Quand je vois parfois des fils complotistes, pro-Poutine, anti-OTAN, anti-UE, voire anti-parlementaires et compagnie, publier des posts célébrant la Résistance au nazisme ou rappelant les martyrs de la Shoah, je me dis qu'il y a des coups de pied au cul qui se perdent.

 

15.
Ne pas me mettre en colère. Ecouter le salutaire Stellla.

 

16.
Je me demande si le jour où je mourrira, j'entendrai un couac de saxophone me vriller l'oreille ou bien ?
En tout cas, une chose est sûre (ma pauvre mère parlait comme cela, ah oui) je m'en fichera bien alors de l'orthographe et de la grammaire.

 

17.
Tant de chefs-d’œuvre et d'études à en nourrir des bibliothèques entières et des générations de lecteurs, tant de bonnes volontés et de progrès  scientifiques pour en arriver à Trump, Vance, Musk, Poutine et les massacres en Ukraine, au 7 octobre et à Gaza. Pouah. 
Ce qui donne à penser que la politique est un poison. Mais comment s'en débarrasser sans que ce soit la chienlit et le temps des assassins ? Fatalitas...

 

18.
L'IA comme outil démocratique ? Je ne sais pas. Il faut dire que « 2001, Odyssée de l'espace » m'a donné à songer. Aussi le « Blade Runner » de Ridley Scott. Ceci dit, en tant que réincarnation d'une poutre, je ne prétends pas avoir raison.

 

19.
J'allais écrire : « tiens, je vais manger un truc », mais non, même s'il s'agit d'une boîte de conserve industrielle (par définition) on ne dit pas un  « truc » en parlant de nourriture. Je me souviens des colères d'Orlando de Rudder qui rappelait souvent que l'agriculture intensive et le développement du secteur agro-alimentaire avaient permis de nourrir les Français de l'après-guerre et assurent encore aujourd'hui la sécurité alimentaire de la France, n'en déplaise aux intégristes de l'écologie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mars 2025.

18 mars 2025

PARFOIS LES BOUCHES DES TUNNELS

PARFOIS LES BOUCHES DES TUNNELS

 

1.
« The ringside could only be reached by men who were prepared to fight their way there with cudgels and hunting-crops. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut ne va jamais au bord des rings. Zut ne va jamais à des combats de boxe. Zut n'a pas besoin d'aller à des combats de boxe car Zut consacre une grande partie de son temps libre à la clarinette. D'ailleurs, cela fait longtemps que les combats à coups de clarinette ne sont plus autorisés. Et si certains ont encore besoin d'un gourdin ou d'une matraque (ça se dit « cudgel » en anglais, prononcez quelque chose comme « keudjel » mais pas en préparant une omelette, je vous en prie) ou d'une « cravache » (mot que le traducteur, Michel Marcheteau, emploie pour traduire « hunting-crops »), et si certains ont encore besoin d'un gourdin ou d'une cravache, ce n'est pas pour interpréter le Concerto pour clarinette en La Majeur K. 622 de Mozart.

 

2.
« Suddenly an amusing thought struck him, and he burst out laughing. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Les « idées amusantes », c'est toujours ça de pris. Ça vaut mieux que de prendre froid. D'ailleurs, il est très difficile de se tricoter une écharpe, ou un pull-over, ou même des moufles dans une poignée d'idées amusantes.
Zut peut toujours jouer de la clarinette, ce n'est pas ça qui attire les idées amusantes. Enfin, pas toujours. Il est vrai que Zut en elle-même est une idée amusante. Enfin, pas toujours. Cela dépend de quoi je parle.

 

3.
« By George ! It would be great ! » cried the Baronet. « Well, the moon is at the full, and the place should be about here. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
La Lune ne jouant pas de saxophone, je ne m'attendais pas à ce qu'elle jouât du jazz. Aussi ne fus-je aucunement déçu par la persistance de son silence.

 

4.
« At this point the road dips down into a hollow, heavily shaded by trees, so that at night it arches across like the mouth of a tunnel. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut se méfie beaucoup de la bouche des tunnels. Parfois, les bouches des tunnels, elles apparaissent comme ça et comme de grands O noirs dans le réel et elles vous avalent, les bouches des tunnels, vous avalent comme on avale un hot dog. Il faut se méfier des bouches des tunnels. Aussi des saxophones mais uniquement s'ils sont hantés par le fantôme du serpent.

 

5.
« Behind them in the darkness the horses stamped and reared, while the voice of the boy could be heard as he vainly tried to soothe them. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Que le mot anglais « horses » signifie « chevaux », voilà qui ne fait ni chaud ni froid à Zut, qui se rappelle aussi que le nom « Horses » est le titre d'un album de Patti Smith. Quel rapport entre le rock et les chevaux ? se dit Zut qui n'entravant rien au poético-américain des paroles de Patti Smith, pensa à quelque cavalcade électrique, puis à des filets de maquereau parce que c'est bon les filets de maquereau, et c'est si silencieux. 

 

6.
« The strange men, their odd dress, their queer speech, the moonlit circle of grass, and the pillared summerhouse all wove themselves into a fantastic whole. »  
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut étant elle-même tissée de saugrenu, elle ne s'étonne pas de grand chose. Parfois elle se défile et disparaît dans l'invisible. On ne peut plus qu'en percevoir un mince filet de voix. Encore faut-il tendre l'oreille. Sinon, on s'imagine que c'est un chat qui ronronne, ou un robinet qui goutte, ou une scie musicale qui tintouine doucement dans les profondeurs de l'immeuble où il n'y a plus personne.

 

7.
« Next instant the man's bony arms were round him, and the pugilist was hurled into the air in a whirling cross-buttock, coming down with a heavy thud upon the grass. »   
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Quand l'air est traversé de bras osseux, si on ne veut pas se retrouver soulevé dans les airs et projeté violemment sur le réel contondant et tranchant, il vaut mieux rester chez soi ou alors se mettre à l'abri (on évitera les ossuaires).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mars 2025.

Publicité
17 mars 2025

OUI ÇA LAISSE SONGEUR

OUI ÇA LAISSE SONGEUR

 

1.
10 mars 2025. Ouverture du procès d'un ancien responsable de l'institution scolaire privée Riaumont (Liévin) pour détention d'images pédopornographiques. Je vivais dans le bassin minier du Pas-de-Calais dans les années 80 et déjà, à l'époque, localement, on parlait d'abus ; l'institution n'avait pas vraiment une bonne réputation.

 

2.
11 mars 2025. 11 heures 30. Le cours du bitcoin remonte. Il a tout intérêt. Si le Dow Jones continue à alerter sur les incertitudes et incohérences des décisions du triumvirat Trump-Vance-Musk, la chute pourrait être très violente.

 

3.
Faut se souvenir qu’aux présidentielles de 2007, les Français avaient le choix entre la catastrophique Ségolène Royal et le douteux Nicolas Sarkozy. Ils ont choisi Sarkozy : c’était sans doute la moins mauvaise des solutions. Médiocre hein tout ça…

 

4.
Le jeune Louis Sarkozy, en 2025, portait la barbe. Raquel Garrido rappelle qu’il ne faut pas confondre « l’Etat de droit » avec « l’état du droit ». Nous sommes le samedi 15 mars 2025 et il ne fait pas très chaud. Louis Sarkozy parle politique sur LCI.

 

5.
15 mars 2025. Poutine dit que les forces russes encerclent beaucoup de soldats ukrainiens dans la région de Koursk. Le président Zelensky dit que cet encerclement n’a pas lieu. Trump dit que les forces russes encerclent beaucoup de soldats ukrainiens dans la région de Koursk et qu’il ne veut pas qu’ils soient tués. On peut se demander si Trump s’inquiète vraiment du sort des soldats ukrainiens ou s’il souhaite passer pour un homme de paix aux yeux de ses électeurs. On peut se demander si les électeurs de Trump sont vraiment tous si naïfs.

 

6.
15 mars 2025. Trump fait appliquer des surtaxes douanières qui concernent l’Europe. Je suppose que les surtaxes douanières sur l’acier sont inquiétantes pour notre sidérurgie. Je me souviens que Bill Clinton jouait du saxophone.

 

7.
17 mars 2025. Heureusement pour tous, Mélenchon est trop occupé à démolir ce qui reste de la gauche en France pour pouvoir devenir dictateur.

 

8.
« Dans un livre-enquête accablant, les journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin décortiquent les décisions politiques qui ont conduit la France à avoir l'un des pires taux de mortalité de nourrissons en Europe. »
(Chapeau de l'article « Mortalité infantile Un scandale français », Le Nouvel Obs, 6-12 mars 2025)
J'ai posé la question à Copilot de savoir si la France avait « l'un des pires taux de mortalité de nourrissons en Europe »  et l'IA m'a répondu que non, ce n'est pas l'un des pires mais que la situation est « préoccupante » car le taux de mortalité infantile français est supérieur à la moyenne européenne, alors que selon une note de l'INSEE (mis en ligne le 14/06/2023 et signée Sylvain Papon), ce taux était l'un des plus bas d'Europe à la fin du 20ème siècle. 
M'est avis que ça ne s'arrange pas dans le secteur de la santé publique, cependant que certaines dépenses ministérielles seraient d'un intérêt très relatif que ça ne m'étonnerait pas. 

 

9.
17 mars 2025. Quoi que l'on pense du président Macron (et je n'en pense pas que du bien), il est que ses deux mandats auront été agités : émeutes des Gilets Jaunes, pandémie du Covid, crise énergétique, montée des populismes, guerre en Europe, guerre hybride poutinienne, désinformation galopante, tensions commerciales avec les USA de Trump, sans compter la sotte réforme Blanquer, la dette pesante du pays et une possible récession mondiale à venir. Oui, ça laisse songeur.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mars 2025. 

17 mars 2025

QUAND JE SERAI MORT JE N'EN SAURAI PAS PLUS

QUAND JE SERAI MORT JE N'EN SAURAI PAS PLUS

 

1.
« Das Bild ist ein Modell der Wirklichkeit. »
(Ludwig Wittgenstein, « Tractatus Logico-Philosophicus »)
On supposera que l'image représente cependant que la réalité est ce qui se représente. Mais que la fiction de l'image constitue le réel autant que l’existant (cette table, cet ordinateur, ce politique,...) est l'évidence. Les dieux qui n’existent pas jouent un rôle fondateur. Certes, il se peut que l'usage politique des dieux soit fait pour masquer les nécessités économiques, les volontés d'ordre et de morale, les appétits autoritaires, les raisons d'Etat. D'où sans doute le fait que le Dieu des catholiques soit de plus en plus abstrait (ou pure compassion, ce qui revient au même) cependant que d'autres, intégristes et fondamentalistes, prétendent que les « lois divines » sont au-dessus des lois de la République. Mais dire que les dieux représentent les nécessités humaines me semble poser autant de problèmes que de savoir si un tableau abstrait représente la peinture ou l'étonnement du quidam devant le mystère de la disparition de la deuxième chaussette (sur ce point, il se peut que Psychologies Magazine m'en apprenne un peu plus, cependant qu'aucun tableau de Kandinsky, je le pressens, ne puisse m'aider à élucider cette énigme). J'ajoute que lorsque, chez le marchand de journaux, j'ai le choix entre Psychologies Magazine et Spirou, je choisis invariablement Spirou, c'est vous dire si je n'ai pas fini de ne rien piger à Wittgenstein et que j'ai quelques années de quête de la deuxième chaussette devant moi. 

 

2.
« Die Lösung des Problems des Lebens merkt man am Verschwinden dieses Problems. »
(Wittgenstein)
C'est ce que, dans les romans policiers, s'imaginent bien des meurtriers. Et ça ne fonctionne pas. Ça crée même encore plus de problèmes. Sinon, il n'y a pas de roman. Après, que « le sens de la vie » soit absurdement romanesque et terriblement criminel est une question dont je ne débats qu'en présence d'un steak-frites, une bière, plus une religieuse au dessert, parce que, lorsque je suis rassasié, j'ai envie de faire une sieste et qu'en conséquence, je suis nettement moins spéculatif. 

 

3.
Le livre que l'on a lu, si on ne le relit pas, il faut le ranger. C'est ainsi que l'on ordonne le réel. Ou que le réel s'ordonne si l'on part du principe que l'on n'est jamais qu'un élément du réel parmi d'autres.

 

4.
« Die Sprache verkleidet den Gedanken. »
(Wittgenstein)
Le langage déguise-t-il la pensée ? L'habille-t-il, la revêt-il, la couvre-t-il ? Autant se demander quelle est la couleur de la robe de la femme invisible. 
Les connexions neuronales produisent-elles du code ? Ce code est-il mis en paroles par un langage dont la fonction serait donc de décoder une « pensée » neuronale ? Je me demande si les intelligences artificielles se posent la question. Tant qu'elles ne se la posent pas, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles et notre stupidité.

 

5.
« Die Logik erfüllt die Welt ; die Grenzen der Welt sind auch ihre Grenzen. »
(Wittgenstein, « Tractatus »)
La Logique existe-t-elle « en soi » ? Les lois universelles des mathématiques semblent l'indiquer. Nous ne sommes pourtant pas à l'abri de surprises du genre physique quantique. Le développement des intelligences artificielles pourrait nous en réserver d'autres (le point de singularité, s'il est possible et advient, pourrait-il être fatal à l'humaine domination ?). Quand on spécule sur ce genre de bizarreries, et surtout quand on est la réincarnation d'une poutre, on finit par science-fictionner et comme l'a écrit Wittgenstein, « ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » 

 

6.
« Nicht wie die Welt ist, ist das Mystische, sondern dass sie ist. » 
(Wittgenstein)
C'est joli, dis, que le mystique soit dans l’existence même du Monde (avec un grand M comme dans Moi), c'est-à-dire dans le fait qu'il y a quelque chose plutôt que rien. C'est peut-être une illusion, une illusion contondante, une illusion douloureuse, mortifère, meurtrière, glauque et aussi absurdement consciencieuse que l'intrigue d'un songe. Je n'en sais rien et quand je serai mort, je n'en saurai pas plus. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mars 2025.

16 mars 2025

L'ETHIQUE DU PROCES-VERBAL

L'ETHIQUE DU PROCES-VERBAL

 

1.
« Wovon man nicht sprechen kann, darüber muss man schweigen. »
(Ludwig Wittgenstein, « Tractatus Logico-Philosophicus »)
La question est : Il y a-t-il des étants dont je ne puis parler, et sur lesquels donc, fatalement, je me tais ? Je ne pose pas la question à mon cheval, d'abord parce que je n'ai pas de cheval et ensuite, parce qu'il s'en moque. Du moins je pense qu'il s'en moque. Mais de cela, je ne puis en dire que ce que j'en pense. Et franchement, ce n'est vraiment pas grand chose. Cela doit être dû à ma vie antérieure, laquelle devait être assez poutre.

 

2.
« Die Grenzen meiner Sprache bedeuten die Grenzen meiner Welt. »
(Wittgenstein)
Et comme je parle une langue étrangère que je crois mienne (comme si j'étais capable de maîtriser une langue, je veux dire d'en déployer toutes les significations), le monde, qui pourtant partage cette langue, m'est inéluctablement étranger. Ce que je maîtrise assez pour ne pas mourir est donc un bien petit monde comparé au vaste monde des possibles de la langue. Mais comme j'en sais assez pour gagner de quoi m'acheter des pâtes et du jambon, je suis bien content de pouvoir manger des pâtes au jambon. Du reste, jusqu'ici, aucun paquet de pâtes, aucune tranche de jambon n'ont cru bon de m'interroger sur le Tractacus Logico-Philosophicus. Mes collègues non plus d'ailleurs. Je crois bien qu'ils s'en fichent.

 

3.
« Die Welt ist alles, was der Fall ist. » 
(Wittgenstein)
Je ne puis jamais prendre en compte que ce qui arrive. Ce qui n'arrive pas, l’événement non advenu, l'être qui n’existe pas, reste dans ce monde subjectif que l'on appelle l'imaginaire. Cependant, l'imaginaire fait partie de ce monde comme les « anciens dieux » font partie des fictions de Lovecraft. Ces fictions existent. Ces fictions influencent le réel. Ces fictions travaillent le réel. De plus, ce qui arrive est la plupart du temps interprété de façon plus subjective qu'objective. Il n'y a que la science pour laquelle « le monde est » réellement « tout ce qui arrive ». C'est parce que nous inventons le réel comme un romancier écrit ses livres, que nous y adhérons. Ainsi le complotiste adhère aux fictions qui lui permettent d'inventer le réel. Ainsi les lecteurs adhèrent à l'illusion du réel que leur procurent les livres. Ainsi est-il que la religion, qui n'est jamais bâtie que sur un ensemble de croyances, permet de structurer le réel de sorte que ce qui arrive (par exemple, le retour du religieux) constitue une partie de ce monde où nous situons le pronom personnel qui nous désigne aux autres phénomènes plus ou moins agités, plus ou moins perspicaces.

 

 

4.
« Ethik und Ästhetik sind Eins. »
(Wittgenstein)
Je ne sais pas si « éthique et esthétique sont une seule et même chose ». Comme je n'ai pas appelé mon chien « Éthique », je ne peux le questionner sur ce point. Mon chat ne s'appelant pas plus « Esthétique » que « Machine à coudre », inutile que j'interrompe sa sieste pour l'interroger là-dessus. Il est cependant que certaines œuvres sont de mauvaises actions, soit qu'elles soient esthétiquement douteuses, soit qu'elles soient moralement glauques et il arrive que certaines soient les deux. A l'autre bout du spectre, les œuvres de génie (« La Neuvième Symphonie », « La jeune fille à la perle », « Le Septième Sceau », « A la recherche du temps perdu »,...), nous sont aussi nécessaires esthétiquement qu'éthiquement. Quant au politique, il vise à l'esthétique de la perfection administrative et à l'éthique du procès-verbal. C'est un genre. 

 

5.
« Die Philosophie ist ein Kampf gegen die Verhexung unseres Verstandes durch die Mittel unserer Sprache. »
(Wittgenstein, « Philosophische Untersuchungen »)
Que la philosophie soit un « combat », les saxophones et les trompettes (même quand elles sont bouchées) n'en doutent pas une seule note. Et certes, il est fascinant, ce flux continu d'arguments, de fragments, d'éclairs que permet la maîtrise de la langue. La philosophie, en privilégiant l'usage de la logique, combat et déjoue bien des complotismes et bien des volontés de fasciner les consciences. Les philosophes disent-ils aussi des sottises ? Certes oui, et même beaucoup, et même d'assez terribles. Aussi, saxophones et trompettes bouchées ne font guère de philosophie (et à vrai dire n'en font pas du tout), elles se contentent de jouer du jazz. Si le jazz est bon, alors moi, esthétiquement autant qu'éthiquement, ça me va.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 mars 2025.

16 mars 2025

LES CHIPS ÇA FAIT GROSSIR

LES CHIPS ÇA FAIT GROSSIR

 

1.
Alfred partit et revint au bout d’un instant, mais nous ne savons pas de quoi fut fait exactement cet instant, mais il est toutefois qu’il revint avec un rhinocéros et tout un assortiment de charcuteries Olida. Nous ne fîmes pas de rapport à l’archiduc.

 

2.
Le Nutella de la jeune fille battait plus vite qu’une boîte de couscous Garbit cependant qu’elle s’approchait de la bouteille de chianti et du paquet de gauloises brunes. Allait-elle succomber au charme du vin italien et de la gauluche française ? Mystère et Léon Zitrone…

 

3.
Puis elle raconta sa visite au fan club de Calogero (c’est un chanteur) et ce qui arriva au bocal de cornichons Amora Croq’Vert Cornichons extra-fins et leurs électeurs mélenchonistes garantis pure bienveillance de l’Education Nationale. Furent tous bouffés.

 

4.
Tiens, c’est marrant, je n’ai aucun disque de Maxime Le Forestier et ça ne me manque pas.
Remarquez, je n’ai pas non plus de livre de Luc Ferry (penseur sachant penser sans son cerveau) et ça ne me manque pas plus, ni moins que je m’en tamponne.

 

5.
L’avantage d’apprécier le pop/rock anglo-saxon, c’est qu’on pige que couic à ce qu’ils serinent. A voir leurs têtes, j’imagine cependant que c’est aussi niais et faussement bienveillant que les sottises qu’on chante en français. Je m’en fous, c’est toujours mieux que le pipeau politique.

 

6.
Il y a des fois, je n’en crois pas mes oreilles, qui en ont pourtant vu d’autres.
Note : ce trait est d’une si évidente stupidité qu’il il doit certainement figurer quelque part dans les œuvres complètes de Luc Ferry et je m’excuse, si c’est le cas, d’avoir involontairement plagié notre penseur mondain national. Je dis bien « involontairement », car la lecture des ouvrages de Luc Ferry m’est interdite par l’usage courant de mon bon sens, et aussi de mon emploi du temps.

 

7.
Il jeta un regard anxieux autour de lui, avala trois ou quatre goulées de Fanta, puis, comme tout être qui se trouve en présence d’une pizza jambon-champignons-mozarella industrielle, se demanda s’il allait mourir.

 

8.
La planète Terre est aux deux tiers océanique. Le tiers restant est peuplé de tubes digestifs qui bouffent tout avec une férocité déconcertante. Pour arriver à leurs fins dévorantes, les Terriens disposent d’un outil qu’ils appellent « cerveau » et ils en disent qu’il a été inventé par un être qu’ils appellent Dieu.

 

9.
La musique, c’est ce qui reste quand on en a marre d’entendre BFM/CNews/LCI nous annoncer la fin du Monde, de la civilisation gréco-latino-judéo-chrétienne et des sacs plastiques dans les supermarchés.

 

10.
Me suis intéressé (un peu) aux nouveautés modernes de la chanson française actuelle. Depuis, je ne regarde plus les bocaux de cornichons de la même manière. Je pense, et c’est épatant, que les cornichons ont effectivement des oreilles.

 

11.
Ai revu l’extraordinaire « All That Jazz », de Bob Fosse (à mon avis, ce film relève du génie, mais bon, faut qu’j’en discute avec ma jambe de bois). Me suis dit qu’aujourd’hui, si un chorégraphe faisait travailler ses danseurs en fumant comme un pompier, il aurait vite une plainte contre sa pomme au troufignon. O Tempora, o mores, comme on dit à Dijon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 mars 2025

16 mars 2025

LA REINCARNATION D'UNE POUTRE

LA REINCARNATION D'UNE POUTRE

 

1.
« The probability was that Caratal had taken him into his counsels, and that to remove Caratal without removing Gomez would be a mere waste of energy. »
(Conan Doyle, « The Lost Special » [Herbert de Lernac])
Je lis dans les notes de bas de page de l’édition Pocket (collection « Bilingue Langues pour tous ») intitulée « Conan Doyle, Histoires extraordinaires » que « counsel » peut relever de la langue littéraire et signifier « conseil ». Que le mot « counsel » peut signifier aussi « secret » et aussi « avocat-conseil ». Ces notes sont de Michel Marcheteau. Le mot « counsel » n’a rien à voir avec les asperges. On ne prend pas d’asperges comme conseillères. Même si on le leur demandait, je pense que les asperges refuseraient.

 

2.
« In the meantime you will be interested to know what my movements were. Everything had been prepared for days before, and only the finishing touches were needed. »
(Conan Doyle, « The Lost Special » [Herbert de Lernac])
Je lis dans une note de Michel Marcheteau que la forme « interested to know » correspond à la construction « interested to + verbe » lorsqu’il « s’agit d’un intérêt pour une activité future ». Outre que je me demande  à quelle sorte « d'activité future » les constructions verbales pourraient éprouver quelque intérêt, je note que les asperges ne jouent pas de saxophone. Je ne connais aucun groupe de jazz du nom de « Les Asperges », ni même « Les Endives » ou « Les Grandes Bringues ». « Les Grandes Sauterelles », ce n’est pas le nom d’un groupe de jazz.

 

3.
« You will ask how it is that no one saw the train upon this unused line. »
(Conan Doyle, « The Lost Special » [Herbert de Lernac])
Je me demande s'il arrive parfois que les gens ne voient pas les trains sur cette ligne inutilisée. Je me demande s'il y a parfois des trains sur cette ligne inutilisée. Cette ligne inutilisée, je ne sais pas si elle existe. Je  me doute que des lignes inutilisées existent. Moi-même j'en connais une. Je ne l'appelle cependant pas par son prénom. Je ne la tutoie pas. Nous gardons l'un envers l'autre des distances ferroviaires respectueuses. C'est une question de respect et de sécurité.

 

4.
« It may be that it was this slowing down which first attracted the attention of the travellers, but the train was running at full speed again before their heads appeared at the open window. »  
(Conan Doyle, « The Lost Special » [Herbert de Lernac])
J'entends sur France Inter que Jean-François Champollion (1790-1832) fut d'abord un mauvais élève avant de devenir un phénomène précoce dans l'apprentissage des langues. Les trains ralentissent parfois avant de repartir à plus grande vitesse. Les humains sont des êtres pour lesquels la rapidité est un enjeu existentiel. Les humains tentent de maîtriser le temps pour la raison que la maîtrise du temps permet de maîtriser l'espace. Les asperges n'éprouvent aucun intérêt pour la maîtrise du temps, sauf si elles pratiquent le saxophone. Personnellement, je n'en connais pas.

 

5.
« Il would have been very agreable if we could have done so, but business is business. Besides, the train was now as much beyond our control as theirs. »
(Conan Doyle, « The Lost Special » [Herbert de Lernac])
La sentence « Les affaires sont les affaires » est un exemple de tautologie exclusive. Je lis que Wittgenstein, dans son « Tractatus logico-philosophicus », a écrit sur les tautologies. Il m'est arrivé de parcourir le « Tractatus ». Je n'y ai pas compris grand chose. Je crois bien que je suis la réincarnation d'une poutre.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 mars 2025.   

Publicité
BREFS ET AUTRES
  • Blogs de brefs, ça cause humeur du jour, ironie et politique, littérature parfois, un peu de tout en fait en tirant la langue aux grands pompeux et à leurs mots trombones, et puis zut alors!
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité