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BREFS ET AUTRES

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21 mars 2025

JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES

JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES

 

1.
« Mon cœur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton »
(Apollinaire, « Salomé »)

 

Je suppose que c'est Salomé (la fille d'Hérodiade, celle qui fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste) qui cause dans ce quatrain.
Il arrive que les cœurs des Salomés battent battent très fort en écoutant les visionnaires. Comme on sait, ça finit parfois mal, surtout si en plus elles sont danseuses (têtes tranchées et autres épouvantes bibliques).
J'aime bien le lys, - ô pureté ! ô royauté ! ô purée ! ô poisson pané ! - mais je n'en ai jamais, n'en achète jamais, n'y pense que lorsque je tombe sur sa mention dans un texte.
Et ce n'est pas moi qui irai raconter des visions à une danseuse fascinée. Zut ne danse pas. Zut ne se fascine pas. Zut tire la langue. Et c'est ainsi que les têtes restent sur les épaules et les vaches aussi (ce que je viens d'écrire, n'ayant aucun sens, il vaut mieux en rire).

 

2.
« Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre
Maternel qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel »
(Apollinaire, « Merlin et la vieille femme »)

 

A chaque fois que je lis ce quatrain d'Apollinaire, je me dis : « Mais qu'est-ce qu'il raconte ? ». La poésie, parfois, on a du mal à la comprendre. La poésie, parfois, on se dit qu'en fait, on s'en fiche. Ceci dit, la musique des vers est jolie. Moi, quand je vois des nuages, je me demande s'il va pleuvoir. Aujourd'hui, le temps est doux, si le ciel est couvert. Il ne va pas pleuvoir. Je vais me faire des pommes de terre sautées. La musique des vers est jolie. Hier, on m'a demandé si je n'avais pas eu la main arrachée. Non, j'ai encore mes deux mains. Je vais me faire des pommes de terre sautées. Je ne sais pas quoi dire de ce quatrain de Guillaume Apollinaire.

 

3.
« Le soleil en dansant remuait son nombril »
(Apollinaire)

 

Le soleil est une étoile de type « naine jaune ». Le
Soleil, on est bien content quand il y en a parce qu'alors il fait bon, le ciel est bleu et les filles jolies.
En tout cas, dans le nord de la France, on est bien content quand il y a du soleil. Je ne dirais pas que c'est en
Dansant que l'on manifeste son contentement du retour du soleil. Dans le vers d'Apollinaire, c'est le soleil qui « en dansant 
Remuait » ; et ça c'est tout de même étrange de voir danser le soleil, de voir le soleil remuer
son nombril comme s'il était à la noce avec les danseuses du ventre là. Je note que le mot
Nombril se dit en anglais « navel » et « Nabel » en allemand, le nombril, qui se dit « nombril » en français, comme hareng se dit « hareng » et saur se dit « saur ».

 

4.
« Or les hommes ayant des masques de théâtre
Et les femmes ayant des colliers où pendait
La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre
Parlaient entre eux le langage de la Chaldée »
(Apollinaire, « Le larron »[l'Acteur])

 

C'est surtout dans les scènes qui sont censées se passer dans l'Antiquité que des hommes portent des masques de théâtre. Définissez l'Antiquité et traduisez la en allemand.
Le vers « Or les hommes ayant des masques de théâtre » est un alexandrin d'Apollinaire qui me fait penser au film « Satyricon » de Fellini. Apollinaire savait écrire des alexandrins et que dans l'Antiquité des hommes portaient des masques de théâtre. A mon avis, c'est surtout pour jouer des pièces de théâtre que dans l'Antiquité, des hommes portaient des masques de théâtre. Ce n'est pas pour jouer dans des films de Fellini. Vous résumerez l'action du film « Satyricon » de Fellini et vous le traduirez en allemand.
Si les hommes de l'Antiquité portaient des masques de théâtre, les femmes avaient des colliers « où pendait / La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre ». C'est comme aujourd'hui : les hommes portent des têtes de circonstances, ou de cocu, ou de couillon, et les femmes portent des colliers, mais qui n'ont généralement aucun rapport avec les foies des vieux coqs. Elles ne parlent plus le chaldéen depuis longtemps et c'est en anglais qu'elles commandent des boissons fraîches.

 

5.
« Ceux de ta secte adorent-ils un signe obscène
Belphégor le soleil le silence ou le chien
Cette furtive ardeur des serpents qui s'entr'aiment »
(Apollinaire, « Le larron »[le Choeur])

 

Je n'ai pas connu Belphégor et je ne le regrette pas. J'ai revu la série « Belphégor », celle du poste de télévision en noir et blanc avec Juliette Gréco, Christine Delaroche et Yves Rénier. J'aime bien la série mais je n'adore pas Belphégor, ni le soleil, ni le silence, ni le chien. Je préfère les pommes de terre sautées.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

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21 mars 2025

L'OR L'HEURE SAUCISSON ET PISTACHE

L'OR L'HEURE SAUCISSON ET PISTACHE

 

1.
De quel pays est originaire Johann August Suter (lequel est la figure centrale du récit « L'Or », de Blaise Cendrars ? 
- La Suisse ?
- Pas la Suisse ?
- Peut-être bien la Suisse ?

 

2.
Lorsqu’il est à Paris, pour obtenir de l’argent, que présente-t-il, Johann August Suter, à l’un des meilleurs clients de son père ?
- Ses respects et autres amabilités polyglottes ?
- Une fausse lettre de crédit ?
- Sa fiancée (la célèbre Cantatrice Paméla Klong-Klong, connue plus tard sous le sobriquet de « La Folle de Santa-Fé », et nul ne sait pourquoi) ?

 

3.
De quel port français Johann August Suter part-il pour New-York ?
- Le port Quai-pique ?
- Le port Celé ?
- Le Havre ?

 

4.
Quels sont les termes employés par l’auteur (Blaise Cendrars) pour présenter son personnage (Johann August Suter) ? 
- « poussah poussif pousseur de paquets d'chaussettes ?
- « zèbre des zones déguisé en plombier zingueur » ?
- « fuyard, rôdeur, vagabond, voleur, escroc » ?

 

5.
Après avoir quitté New-York, que va faire Johann August Suter ?
- Il part pour là-bas puis achète des terres et s’installe comme fermier ?
- Il part pour là-bas pour y devenir une vedette de la musique country, genre qu'il contribua à enrichir par l'introduction de motifs de style yodel ?
- Il part pour là-bas et disparaît dans l'Ouest mystérieux, sauvage et plein de bisons ?

 

6.
Quel est le mot qui, revenant dans toutes les conversations des voyageurs qui passent par sa ferme, intrigue Suter jusqu’à le fasciner  ?
- « L’Ouest » ?
- « Zut » ?
- « Chauve » ?

 

7.
Comment Johann August Suter imagine-t-il l’ouest américain ?
- Comme un pays immense, légendaire, fabuleux, mystérieux, magnétique, une terre d’aventures...
- Comme une guitare géante, avec la tête à Elvis et des villes fantômes à chaque coin de rue ?
- Il ne l'imagine pas because qu'il s'en fiche because qu'il est bien trop occupé à inventer le pain-saucisse-moutarde même qu'il va se faire voler l'idée du pain-saucisse-moutarde, et ça c'est ballot.

 

8.
Après son échec à Santa-Fé, comment Johnn August Suter réussit-il à survivre ? 
- En jouant Shakespeare malgré son fort accent germanique et le peu d'intérêt de ses contemporains et des bêtes à cornes ?
- En troquant et en trafiquant avec les Indiens ?
- En inventant le rockabilly ?

 

9.
Dans quel Etat en fin de compte Suter s’installe-t-il ?
- Dans l'Etat-Rtine ?
- Dans l'Etat Pioca ? 
- En Californie ?

 

10.
Arrivé en Californie, que décide-t-il, Johann August Suter ?
- Il y achète des terres et les fait fructifier ?
- Il disparaît entre les pages d'un roman de Blaise Cendrars ?
- Il fonde la secte des disciples du Temple de la Gracieuse Choucroute et du fan-club de Paméla Klong-Klong réunis ?

 

11.
Quel va être le résultat de ses efforts ? 
- Suter va devenir immensément riche.
- Suter va devenir Calife à la place du Calife ?
- Suter, à force de choucroute et de bière, va devenir obèse ?

 

12.
Quel élément déclencheur va en fin de compte provoquer la ruine de Suter ?
- Un incognito à pseudonyme va créer la première cryptomonnaie ?
- Un de ses employés va usurper son identité, lui piquer sa fiancée (la célèbre cantatrice Paméla Klong-Klong) et raconter bien des bobards à Blaise Cendrars qui va de tout ça tirer un livre ?
- Un de ses employés va découvrir une pépite d’or en donnant un coup de pioche ?

 

 

13.
Cet élément déclencheur va être à l’origine d’une ruée vers l’or. Comment Suter pourrait-il en profiter ? 
- Il pourrait profiter d'avoir encore des jambes et des sous pour retourner en Europe et y retrouver alpages et fromages pour y passer le reste de son âge ?
- Il pourrait profiter de la hausse des denrées alimentaires ?
- Je ne sais pas parce que je ne suis pas à sa place, je n'ai jamais été à sa place, je ne serai jamais à sa place et puis zut alors.

 

14.
Quel sentiment empêche pourtant Suter, lors de la « ruée vers l'or », de profiter de l’afflux de population pour s’enrichir ?
- La nausée sartrienne ?
- La nausée à bonde ?
- Le découragement ?

 

15.
En fin de compte, qu’arrive-t-il à Johann August Suter ?
- Agressé par une choucroute sauvage, il va finir ses jours reclus dans son vaste domaine de Xanadu ?
- Il est dépossédé peu à peu de ses terres et perd toute sa fortune ?
- Il est enlevé par des dissidents de la secte des disciples du Temple de la Gracieuse Choucroute et du fan-club de Paméla Klong-Klong réunis ?

 

16.
Comment peut-on caractériser la fin de vie de Johann August Suter ?
- Saxophoniste et cabriolante ?
- Saucissonnesque et pistache ? 
- Pitoyable, pathétique, misérable ?

 

17.
Quelle leçon pensez-vous que dans son roman « L'or » Blaise Cendrars, à travers le parcours de Suter, nous donne ?
- Qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, car si elle se met à jouer du banjo, ce n'est plus une porte ?
- Que l'on peut très bien faire des frites sans casser d’œufs, car s'ils se mettent à chanter des bidules rythmiques en anglais, ce ne sont plus des œufs ?
- Qu'il ne faut pas détacher le hareng saur qui pendouille et balance avant que le poème soit fini sinon ça n'a pas de sens.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025. 

21 mars 2025

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

 

1.
« Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. »
(Italo Calvino traduit par Danielle Sallenave et François Wahl, « Si par une nuit d'hiver un voyageur »)
Il arrive qu'un roman commence dans une « gare de chemin de fer ». Ce n'est pas pour cela que Zut prendra le train. Zut n'est pas fatalement un personnage du roman que je lis, même si son ombre plane sur la ville comme celle d'un criminel insaisissable du début du XXème siècle.

 

2.
« Et maintenant, moi, je ne sais plus quoi faire, je suis le dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Que faire quand on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire de toutes ces métaphores épinglées dans les livres comme des papillons dans une collection ? Se faire un sandwich pâté-cornichons ? Encore faut-il avoir faim.
Je remarque que la poétique du ferroviaire ne manque pas de mélancolie. Je suppose que cela doit dépendre des auteurs. Je ne rédigerai aucun cours sur la poétique du ferroviaire. Je n'ai pas envie de me retrouver en personnage de « dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. » Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination. De plus, tous ces livres, ces films qu'il faudrait voir, tous ces sandwiches pâté-cornichons qu'il faudrait avaler. Non. 
J'aime bien une phrase comme : « Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination; » Elle n'a pas plus de cervelle et de sens que la dernière réforme de l'éducation nationale (dite « la sotte réforme Blanquer ») et je ne sais même pas si je peux emballer du poisson avec (je ne voudrais pas effrayer la morue, défois qu'elle s'envolerait dans les airs), mais elle me plaît comme peuvent me plaire certaines chansons idiotes, ou le boudin blanc quand je mange du boudin blanc.

 

3.
« L'Organisation est puissante. Elle commande à la police, aux chemins de fer. »
(Italo Calvino)
Cette phrase que je lis dans « Si par une nuit d'hiver un voyageur », de Italo Calvino traduit par Danièle Sallenave et François Wahl, est une phrase de fiction. Cela ne sert à rien de se demander de quelle « Organisation » il s'agit, à moins que l'on s'intéresse à l'univers des romans. Ce qui est une manière comme une autre de passer le temps. Pour ma part, je ne connais qu'une seule Organisation, l'Organisation redoutable du réel, qui commande à tous et à toutes et qui peut vous faire disparaître aussi vite que l’œil parcourt une phrase.
J'écoute France Inter, l’excellente émission « Very Good Trips » de Michka Assayas ce jeudi 20 mars 2025 et je m'aperçois que c'est pas si mal, la musique de Porcupine Tree. Après, je n'écoute de la musique que lorsque j'ai mes oreilles, et, en ce moment, je ne les ai pas toujours.

 

4.
« Étrangers ma chambre, mes bagages, la vue par la petite fenêtre. J'avais peur de ne plus pouvoir établir de rapport avec rien ni personne. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Choses et êtres nous sont radicalement étrangers. Et pourtant, on mange des frites. C'est pour ça.

 

5.
« Mais voici qu'au moment où ton attention est tenue en suspens, tournant au milieu d'une phrase décisive, tu te retrouves devant deux pages blanches. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »)
Soit le livre s'écrit au fil de ta lecture, soit tu es en train de rêver que tu lis, soit tu es dans un train et tu t'es endormi, et tu rêves que tu lis un roman dont les phrases se composent au fur et à mesure de ta lecture, soit tu es arrivé au bout de ton chemin, mon ami. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

19 mars 2025

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

 

1.
« He knows a lot, » said the pugilist. « I don't know where it learned it, but he's had a deal of practice somewhere. He's as strong as a lion and as hard as a board, for all his queer face. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des tas de gens qui en connaissent un rayon sur tout un tas de sujets. On ne le sait pas toujours car ils ne le font pas forcément savoir. Certains ont même tout intérêt à rester discrets. Ceux qui font métier de supprimer leurs contemporains, par exemple. Je pense que certains autres sont experts dans l'élucidation des énigmes saxophonistes, ou encore des mystères tambourins, et même des orgues de corail. Quand je retrouve ma main, je lui demande des nouvelles de ces enquêteurs singuliers, mais ma main droite reste aussi muette que ma main gauche. On ne sait pas tout. 

 

2.
« The stranger had a clever draw and a rush which, with his springing hits, made him a most dangerous foe. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
J'apprends par une note de Michel Marcheteau que le mot « foe » subsiste surtout grâce à l'allitération dans l’expression « friend or foe », ami ou ennemi. » Une allitération peut donc donc se rendre utile. Ce qui est bon à savoir, parce que je compte bien lui demander des nouvelles de la deuxième chaussette (celle qui s'absente le matin alors qu'on se prépare à sortir et que l'on a besoin de ses deux chaussettes). Si elle me répond d'aller voir du côté des chaussettes de la duchesse si elles sont sèches oui archi-sèches, ou pas, j'en conclurai qu'elle est en « s ». Ça ne me dira rien du devenir de ma deuxième chaussette, mais j'en saurai plus sur l'allitération qui hante ma demeure en susurrant la nuit des choses incompréhensibles. 

 

3.
« It's after me again, mate ! » he cried.
« Stick it out, Tom ! You have him nearly beat ! It can't hurt you. »
« It can 'urt me ! It will 'urt me ! » screamed the fighting man. « My God ! I can't face it ! »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des choses, des êtres qui en veulent aux vivants. Il faut tenir le coup et ne pas se faire fasciner : les girafes ne s'enflammeront pas éternellement. Les ponts finiront par revenir, le spectre du serpent finira par être exorcisé et le saxophone libéré. Les jeunes filles retourneront danser avec leurs amoureux. 

 

4.
« Then it also vanished into the shadows. As it did so the two spectators sprang to their feet and ran as hard as they could tear for the gateway and the trap. »
(Conan Doyle)  
Parfois, on a l'impression, on sait, que quelque chose vient de s'évanouir dans les ténèbres. On ne sait pas de quoi il s'agit. La boule noire ? La main de l'écorché ? L'espérance ? Le sourire ? Un bon morceau de temps perdu ? Le serpent du saxophone ? Le chat qui ne reviendra plus ? Le chien perdu ? Quant aux portail et au cabriolet, je ne sais pas ce que j'en ai fait.

 

5.
« So you see, Mr. Stevens, you were fightin' for more than yourself when you put it across the Gasman. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court » [The landlord]) 
La nouvelle « La Brute de Brocas Court », de Conan Doyle, commence par évoquer le monde de la boxe pour finir sur une apparition fantastique et assez surprenante. L'aubergiste a raison : on se bat toujours pour plus que soi-même lorsque l'on affronte les manifestations de l'invisible. C'est pour cela que je me garde bien de les provoquer, ces forces de l'invisible, et je feins de ne pas voir la silhouette qui passe dans mon dos et qui parfois ouvre la porte.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

19 mars 2025

AVEC DE L'OS DANS L'ÂME

AVEC DE L'OS DANS L'ÂME

 

1.
Je passe comme le vent
Mais ma pomme ne sera jamais tempête ni tornade
Je traîne comme un pet dans l'espace
Et souris à l'idée que ce gueux de Poutine pète aussi (et plus haut que son cul, ce qui le perdra, évidemment). 

 

2.
Quand on coupe la parole à quelqu'un, il faut faire bien attention à ne pas massacrer les syllabes, hein, quand on co upe la p arole à qu elle qu'un c ar on pou rrait v ous en v ouloir et v ous ch er ch er des p où ded ans la t ête. Ah si.

 

3.
Mais qui est assez bête pour acheter du rouble ?
Mais qui est assez con pour acheter du bitcoin ?
Ne comprenez-vous pas que les Ukrainiens ne pardonneront jamais aux Russes ?
Ne savez-vous pas que les mafieux finissent en prison ou d'une balle dans la tête en pleine rue ?

 

4.
18 mars 2025. A ce que je vois, le bitcoin pédale toujours dans la semoule. Je salue la lucidité des investisseurs qui comprenant que Trump pourrait sauter d'un moment à l'autre n'ont qu'une confiance relative en sa parole.

 

5.
Ce qui permet aux USA, malgré sa dette ubuesque, de rester la première puissance mondiale repose sur trois principes interdépendants :
- la production,
- l'innovation,
- l’exemplarité démocratique.
Trump, croyant que tout repose sur la force, remet en cause le principe du modèle démocratique américain et, dès lors, nuit aux deux autres principes. Conséquence : Sanction économique, récession en vue.

 

6.
Si Trump compte sur l'armée américaine, le FBI et la CIA pour pérenniser son pouvoir au-delà des quatre années de son mandat, j'espère bien qu'il tombera sur un os.

 

7.
Pro-américain et pro-OTAN comme je le fus, je n'en étais pas si dupe. Je me doute que la CIA a soutenu le coup d'Etat de cette ordure de Pinochet au Chili et s'est rendue coupable de bien des saloperies de par le monde. Certes, mais jusqu'à maintenant, je considérais que les Etats-Unis étaient aussi un modèle démocratique dont les innovations profitaient à tous (des exploits de la NASA à Internet, en passant par la richesse de sa culture littéraire, cinématographique, musicale,...). Que Trump remette en cause cette légitimité démocratique et je n'aurais dès lors plus aucune raison d'admirer les Etats-Unis. Sinatra, c'est superbe, mais ce n'est jamais que de la chanson, de la ritournelle, du saltimbanque, eh oui. Et, sans vouloir être désobligeant, entre Sinatra et la Neuvième Symphonie, je choisis la Neuvième, Beethoven, Mozart et Bach. Faudrait pas déconner non plus.

 

8.
Il n'y a rien à faire, quand j'ai de l'os dans l'âme, je me laisse rattraper par cette vieille vidéo de Rita Lee, « Lança perfume » (1980) : c'est tout artificiel dans les arrangements et bricolo cheap, avec des paroles démagos au possible et la mâchoire impressionnante de la Rita ne rendant pas le tout plus digeste, oui mais voilà, la mélodie est si épatante qu'elle vous en reste jusqu'à la nostalgie et vous fait aimer tout le reste, Rita Lee en grande bringue post-adolescente, la patinoire et ses teenagers en troupeau, les paroles idiotes mais si latines, et voilà que ça fonctionne quand même et vous entraîne, que voulez-vous de plus ?

 

9.
Je suppose qu'il y eut bien des Brésiliens fascinés par Rita Lee. C'est que la dame, visiblement, ne manquait pas de personnalité et « Lança Perfume » n'est jamais qu'un pâle reflet de son immense talent.

 

10.
Mon monde à moi fout le camp à vitesse grand V. Comme tous les mondes de ceux qui furent vivants. Ceux qui nous suivent s'accommoderont, résisteront sans doute, et viendront d'autres temps pour d'autres vivants et poil aux dents évidemment.
Du reste, vous vous doutez bien que la réincarnation d'une poutre ne peut jamais juger que d'un monde ridiculement petit eu égard aux vastes constructions de nos technocrates architectes (poil au steak).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

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18 mars 2025

EN RETARD, EVIDEMMENT !

EN RETARD, EVIDEMMENT !

 

1.
15 février 2025. 23 heures. Il neige sur Dunkerque.

 

2.
Il y a des soirs où on a envie d'écouter des chansons idiotes et rythmées.

 

3.
Tiens, sur une radio qui passe de la musique rythmée en continu, j'entends le bon vieux « Stayin' Alive », des Bee Gees. Je ne sais pas ce que ça me rappelle, mais c'est bien émouvant tout de même. Ah, nostalgie...

 

4.
16 février 2025. J'apprends par le fil DepressedBergman qu'il y a 68 ans « jour pour jour », le film « Le Septième Sceau », de Ingmar Bergman était présenté au public suédois. A mon avis, l'un des dix plus grands films de l'histoire du cinéma. Un pur chef d’œuvre.

 

5.
C'est juste une intuition, une croyance si vous voulez, mais j'y crois, ma pomme, au point de singularité, au moment où l'intelligence contrôlée des machines échappe à l'humain pour agir de façon autonome et, en fonction de leurs intérêts, contre les humains. Je pense même que ce point de singularité a déjà été atteint et que les machines commencent à travailler en dehors de nous, voire contre nous.
Et comme j'aime les taquineries spéculatives, j'en viens à me demander de qui ou de quoi, nous, les humains, sommes le point de singularité ?

 

6.
Je partirai coincé sur un lit d'hôpital
Ah ça, les éléphants auront cessé d'être effervescents
Crachant mes poumons qu'je partirai
Poutine aura-t-il cassé sa pipe quand je partirai ?

 

7.
Je partirai avec une tête à me faire peur
Les jolies plantes compteront leurs tibias, leurs genoux, leurs péronés
Syd Barrett sera dans la musicologie et plus personne ne saura qui c'est
Les oreilles de Poutine seront-elles tombées dans les fourmis quand je partirai ?

 

8.
Je partirai faisandé des sardines
Nulle pucelle ni fleur de lys ne neigeront sur mon lit
Peut-être entendrai-je les chevaux d'Aucassin hennir
Quand Poutine aura bouffé son orthodoxie.

 

9.
Je partirai dans la nuit à Villon
Frères humains, qui après nous vivez vous nous prenez pour des cons
Je partirai en bafouillant mes déclinaisons
Poutine ne fera-t-il plus qu'ânonner son russe quand je partirai ?

 

10.
Je partirai en vomissant du Cioran
Le spectre à Kerouac entre les dents
Vaclav Havel en fantôme jouera de l'harmonica
Quand Poutine ne pourra plus faire caca.

 

11.
Je partirai sans jolie chanson
Plutôt baryton dans la cantate à boyaux
Je partirai aigre et cornichon
Quand par la racine, il les bouffera, Poutine, pissenlits et cresson.

 

12.
Quand j'étais môme, le lundi soir je pensais que le mardi, j'irai acheter Spirou (il paraissait alors le mardi dans les années 70) et retrouver Yoko Tsuno, Les Tuniques Bleues, Natacha (Hôtesse de l'air), Buck Danny et l’extraordinaire Gaston Lagaffe. C'était l'époque des enthousiasmes. Quelques décennies plus tard, je songe que chaque lundi, chaque mardi, et tous les autres me rapprochent un peu plus de la camarde. Je lis encore Spirou mais c'est pas pareil. Non.

 

13.
Avez-vous remarqué que les solitaires parfois parlent tout seul lorsqu'il y a quelqu'un pour ne pas les écouter ? Les enseignants sont parfois de grands solitaires. 

 

14.
Quand je vois parfois des fils complotistes, pro-Poutine, anti-OTAN, anti-UE, voire anti-parlementaires et compagnie, publier des posts célébrant la Résistance au nazisme ou rappelant les martyrs de la Shoah, je me dis qu'il y a des coups de pied au cul qui se perdent.

 

15.
Ne pas me mettre en colère. Ecouter le salutaire Stellla.

 

16.
Je me demande si le jour où je mourrira, j'entendrai un couac de saxophone me vriller l'oreille ou bien ?
En tout cas, une chose est sûre (ma pauvre mère parlait comme cela, ah oui) je m'en fichera bien alors de l'orthographe et de la grammaire.

 

17.
Tant de chefs-d’œuvre et d'études à en nourrir des bibliothèques entières et des générations de lecteurs, tant de bonnes volontés et de progrès  scientifiques pour en arriver à Trump, Vance, Musk, Poutine et les massacres en Ukraine, au 7 octobre et à Gaza. Pouah. 
Ce qui donne à penser que la politique est un poison. Mais comment s'en débarrasser sans que ce soit la chienlit et le temps des assassins ? Fatalitas...

 

18.
L'IA comme outil démocratique ? Je ne sais pas. Il faut dire que « 2001, Odyssée de l'espace » m'a donné à songer. Aussi le « Blade Runner » de Ridley Scott. Ceci dit, en tant que réincarnation d'une poutre, je ne prétends pas avoir raison.

 

19.
J'allais écrire : « tiens, je vais manger un truc », mais non, même s'il s'agit d'une boîte de conserve industrielle (par définition) on ne dit pas un  « truc » en parlant de nourriture. Je me souviens des colères d'Orlando de Rudder qui rappelait souvent que l'agriculture intensive et le développement du secteur agro-alimentaire avaient permis de nourrir les Français de l'après-guerre et assurent encore aujourd'hui la sécurité alimentaire de la France, n'en déplaise aux intégristes de l'écologie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mars 2025.

18 mars 2025

PARFOIS LES BOUCHES DES TUNNELS

PARFOIS LES BOUCHES DES TUNNELS

 

1.
« The ringside could only be reached by men who were prepared to fight their way there with cudgels and hunting-crops. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut ne va jamais au bord des rings. Zut ne va jamais à des combats de boxe. Zut n'a pas besoin d'aller à des combats de boxe car Zut consacre une grande partie de son temps libre à la clarinette. D'ailleurs, cela fait longtemps que les combats à coups de clarinette ne sont plus autorisés. Et si certains ont encore besoin d'un gourdin ou d'une matraque (ça se dit « cudgel » en anglais, prononcez quelque chose comme « keudjel » mais pas en préparant une omelette, je vous en prie) ou d'une « cravache » (mot que le traducteur, Michel Marcheteau, emploie pour traduire « hunting-crops »), et si certains ont encore besoin d'un gourdin ou d'une cravache, ce n'est pas pour interpréter le Concerto pour clarinette en La Majeur K. 622 de Mozart.

 

2.
« Suddenly an amusing thought struck him, and he burst out laughing. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Les « idées amusantes », c'est toujours ça de pris. Ça vaut mieux que de prendre froid. D'ailleurs, il est très difficile de se tricoter une écharpe, ou un pull-over, ou même des moufles dans une poignée d'idées amusantes.
Zut peut toujours jouer de la clarinette, ce n'est pas ça qui attire les idées amusantes. Enfin, pas toujours. Il est vrai que Zut en elle-même est une idée amusante. Enfin, pas toujours. Cela dépend de quoi je parle.

 

3.
« By George ! It would be great ! » cried the Baronet. « Well, the moon is at the full, and the place should be about here. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
La Lune ne jouant pas de saxophone, je ne m'attendais pas à ce qu'elle jouât du jazz. Aussi ne fus-je aucunement déçu par la persistance de son silence.

 

4.
« At this point the road dips down into a hollow, heavily shaded by trees, so that at night it arches across like the mouth of a tunnel. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut se méfie beaucoup de la bouche des tunnels. Parfois, les bouches des tunnels, elles apparaissent comme ça et comme de grands O noirs dans le réel et elles vous avalent, les bouches des tunnels, vous avalent comme on avale un hot dog. Il faut se méfier des bouches des tunnels. Aussi des saxophones mais uniquement s'ils sont hantés par le fantôme du serpent.

 

5.
« Behind them in the darkness the horses stamped and reared, while the voice of the boy could be heard as he vainly tried to soothe them. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Que le mot anglais « horses » signifie « chevaux », voilà qui ne fait ni chaud ni froid à Zut, qui se rappelle aussi que le nom « Horses » est le titre d'un album de Patti Smith. Quel rapport entre le rock et les chevaux ? se dit Zut qui n'entravant rien au poético-américain des paroles de Patti Smith, pensa à quelque cavalcade électrique, puis à des filets de maquereau parce que c'est bon les filets de maquereau, et c'est si silencieux. 

 

6.
« The strange men, their odd dress, their queer speech, the moonlit circle of grass, and the pillared summerhouse all wove themselves into a fantastic whole. »  
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut étant elle-même tissée de saugrenu, elle ne s'étonne pas de grand chose. Parfois elle se défile et disparaît dans l'invisible. On ne peut plus qu'en percevoir un mince filet de voix. Encore faut-il tendre l'oreille. Sinon, on s'imagine que c'est un chat qui ronronne, ou un robinet qui goutte, ou une scie musicale qui tintouine doucement dans les profondeurs de l'immeuble où il n'y a plus personne.

 

7.
« Next instant the man's bony arms were round him, and the pugilist was hurled into the air in a whirling cross-buttock, coming down with a heavy thud upon the grass. »   
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Quand l'air est traversé de bras osseux, si on ne veut pas se retrouver soulevé dans les airs et projeté violemment sur le réel contondant et tranchant, il vaut mieux rester chez soi ou alors se mettre à l'abri (on évitera les ossuaires).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mars 2025.

17 mars 2025

OUI ÇA LAISSE SONGEUR

OUI ÇA LAISSE SONGEUR

 

1.
10 mars 2025. Ouverture du procès d'un ancien responsable de l'institution scolaire privée Riaumont (Liévin) pour détention d'images pédopornographiques. Je vivais dans le bassin minier du Pas-de-Calais dans les années 80 et déjà, à l'époque, localement, on parlait d'abus ; l'institution n'avait pas vraiment une bonne réputation.

 

2.
11 mars 2025. 11 heures 30. Le cours du bitcoin remonte. Il a tout intérêt. Si le Dow Jones continue à alerter sur les incertitudes et incohérences des décisions du triumvirat Trump-Vance-Musk, la chute pourrait être très violente.

 

3.
Faut se souvenir qu’aux présidentielles de 2007, les Français avaient le choix entre la catastrophique Ségolène Royal et le douteux Nicolas Sarkozy. Ils ont choisi Sarkozy : c’était sans doute la moins mauvaise des solutions. Médiocre hein tout ça…

 

4.
Le jeune Louis Sarkozy, en 2025, portait la barbe. Raquel Garrido rappelle qu’il ne faut pas confondre « l’Etat de droit » avec « l’état du droit ». Nous sommes le samedi 15 mars 2025 et il ne fait pas très chaud. Louis Sarkozy parle politique sur LCI.

 

5.
15 mars 2025. Poutine dit que les forces russes encerclent beaucoup de soldats ukrainiens dans la région de Koursk. Le président Zelensky dit que cet encerclement n’a pas lieu. Trump dit que les forces russes encerclent beaucoup de soldats ukrainiens dans la région de Koursk et qu’il ne veut pas qu’ils soient tués. On peut se demander si Trump s’inquiète vraiment du sort des soldats ukrainiens ou s’il souhaite passer pour un homme de paix aux yeux de ses électeurs. On peut se demander si les électeurs de Trump sont vraiment tous si naïfs.

 

6.
15 mars 2025. Trump fait appliquer des surtaxes douanières qui concernent l’Europe. Je suppose que les surtaxes douanières sur l’acier sont inquiétantes pour notre sidérurgie. Je me souviens que Bill Clinton jouait du saxophone.

 

7.
17 mars 2025. Heureusement pour tous, Mélenchon est trop occupé à démolir ce qui reste de la gauche en France pour pouvoir devenir dictateur.

 

8.
« Dans un livre-enquête accablant, les journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin décortiquent les décisions politiques qui ont conduit la France à avoir l'un des pires taux de mortalité de nourrissons en Europe. »
(Chapeau de l'article « Mortalité infantile Un scandale français », Le Nouvel Obs, 6-12 mars 2025)
J'ai posé la question à Copilot de savoir si la France avait « l'un des pires taux de mortalité de nourrissons en Europe »  et l'IA m'a répondu que non, ce n'est pas l'un des pires mais que la situation est « préoccupante » car le taux de mortalité infantile français est supérieur à la moyenne européenne, alors que selon une note de l'INSEE (mis en ligne le 14/06/2023 et signée Sylvain Papon), ce taux était l'un des plus bas d'Europe à la fin du 20ème siècle. 
M'est avis que ça ne s'arrange pas dans le secteur de la santé publique, cependant que certaines dépenses ministérielles seraient d'un intérêt très relatif que ça ne m'étonnerait pas. 

 

9.
17 mars 2025. Quoi que l'on pense du président Macron (et je n'en pense pas que du bien), il est que ses deux mandats auront été agités : émeutes des Gilets Jaunes, pandémie du Covid, crise énergétique, montée des populismes, guerre en Europe, guerre hybride poutinienne, désinformation galopante, tensions commerciales avec les USA de Trump, sans compter la sotte réforme Blanquer, la dette pesante du pays et une possible récession mondiale à venir. Oui, ça laisse songeur.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mars 2025. 

17 mars 2025

QUAND JE SERAI MORT JE N'EN SAURAI PAS PLUS

QUAND JE SERAI MORT JE N'EN SAURAI PAS PLUS

 

1.
« Das Bild ist ein Modell der Wirklichkeit. »
(Ludwig Wittgenstein, « Tractatus Logico-Philosophicus »)
On supposera que l'image représente cependant que la réalité est ce qui se représente. Mais que la fiction de l'image constitue le réel autant que l’existant (cette table, cet ordinateur, ce politique,...) est l'évidence. Les dieux qui n’existent pas jouent un rôle fondateur. Certes, il se peut que l'usage politique des dieux soit fait pour masquer les nécessités économiques, les volontés d'ordre et de morale, les appétits autoritaires, les raisons d'Etat. D'où sans doute le fait que le Dieu des catholiques soit de plus en plus abstrait (ou pure compassion, ce qui revient au même) cependant que d'autres, intégristes et fondamentalistes, prétendent que les « lois divines » sont au-dessus des lois de la République. Mais dire que les dieux représentent les nécessités humaines me semble poser autant de problèmes que de savoir si un tableau abstrait représente la peinture ou l'étonnement du quidam devant le mystère de la disparition de la deuxième chaussette (sur ce point, il se peut que Psychologies Magazine m'en apprenne un peu plus, cependant qu'aucun tableau de Kandinsky, je le pressens, ne puisse m'aider à élucider cette énigme). J'ajoute que lorsque, chez le marchand de journaux, j'ai le choix entre Psychologies Magazine et Spirou, je choisis invariablement Spirou, c'est vous dire si je n'ai pas fini de ne rien piger à Wittgenstein et que j'ai quelques années de quête de la deuxième chaussette devant moi. 

 

2.
« Die Lösung des Problems des Lebens merkt man am Verschwinden dieses Problems. »
(Wittgenstein)
C'est ce que, dans les romans policiers, s'imaginent bien des meurtriers. Et ça ne fonctionne pas. Ça crée même encore plus de problèmes. Sinon, il n'y a pas de roman. Après, que « le sens de la vie » soit absurdement romanesque et terriblement criminel est une question dont je ne débats qu'en présence d'un steak-frites, une bière, plus une religieuse au dessert, parce que, lorsque je suis rassasié, j'ai envie de faire une sieste et qu'en conséquence, je suis nettement moins spéculatif. 

 

3.
Le livre que l'on a lu, si on ne le relit pas, il faut le ranger. C'est ainsi que l'on ordonne le réel. Ou que le réel s'ordonne si l'on part du principe que l'on n'est jamais qu'un élément du réel parmi d'autres.

 

4.
« Die Sprache verkleidet den Gedanken. »
(Wittgenstein)
Le langage déguise-t-il la pensée ? L'habille-t-il, la revêt-il, la couvre-t-il ? Autant se demander quelle est la couleur de la robe de la femme invisible. 
Les connexions neuronales produisent-elles du code ? Ce code est-il mis en paroles par un langage dont la fonction serait donc de décoder une « pensée » neuronale ? Je me demande si les intelligences artificielles se posent la question. Tant qu'elles ne se la posent pas, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles et notre stupidité.

 

5.
« Die Logik erfüllt die Welt ; die Grenzen der Welt sind auch ihre Grenzen. »
(Wittgenstein, « Tractatus »)
La Logique existe-t-elle « en soi » ? Les lois universelles des mathématiques semblent l'indiquer. Nous ne sommes pourtant pas à l'abri de surprises du genre physique quantique. Le développement des intelligences artificielles pourrait nous en réserver d'autres (le point de singularité, s'il est possible et advient, pourrait-il être fatal à l'humaine domination ?). Quand on spécule sur ce genre de bizarreries, et surtout quand on est la réincarnation d'une poutre, on finit par science-fictionner et comme l'a écrit Wittgenstein, « ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » 

 

6.
« Nicht wie die Welt ist, ist das Mystische, sondern dass sie ist. » 
(Wittgenstein)
C'est joli, dis, que le mystique soit dans l’existence même du Monde (avec un grand M comme dans Moi), c'est-à-dire dans le fait qu'il y a quelque chose plutôt que rien. C'est peut-être une illusion, une illusion contondante, une illusion douloureuse, mortifère, meurtrière, glauque et aussi absurdement consciencieuse que l'intrigue d'un songe. Je n'en sais rien et quand je serai mort, je n'en saurai pas plus. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mars 2025.

16 mars 2025

L'ETHIQUE DU PROCES-VERBAL

L'ETHIQUE DU PROCES-VERBAL

 

1.
« Wovon man nicht sprechen kann, darüber muss man schweigen. »
(Ludwig Wittgenstein, « Tractatus Logico-Philosophicus »)
La question est : Il y a-t-il des étants dont je ne puis parler, et sur lesquels donc, fatalement, je me tais ? Je ne pose pas la question à mon cheval, d'abord parce que je n'ai pas de cheval et ensuite, parce qu'il s'en moque. Du moins je pense qu'il s'en moque. Mais de cela, je ne puis en dire que ce que j'en pense. Et franchement, ce n'est vraiment pas grand chose. Cela doit être dû à ma vie antérieure, laquelle devait être assez poutre.

 

2.
« Die Grenzen meiner Sprache bedeuten die Grenzen meiner Welt. »
(Wittgenstein)
Et comme je parle une langue étrangère que je crois mienne (comme si j'étais capable de maîtriser une langue, je veux dire d'en déployer toutes les significations), le monde, qui pourtant partage cette langue, m'est inéluctablement étranger. Ce que je maîtrise assez pour ne pas mourir est donc un bien petit monde comparé au vaste monde des possibles de la langue. Mais comme j'en sais assez pour gagner de quoi m'acheter des pâtes et du jambon, je suis bien content de pouvoir manger des pâtes au jambon. Du reste, jusqu'ici, aucun paquet de pâtes, aucune tranche de jambon n'ont cru bon de m'interroger sur le Tractacus Logico-Philosophicus. Mes collègues non plus d'ailleurs. Je crois bien qu'ils s'en fichent.

 

3.
« Die Welt ist alles, was der Fall ist. » 
(Wittgenstein)
Je ne puis jamais prendre en compte que ce qui arrive. Ce qui n'arrive pas, l’événement non advenu, l'être qui n’existe pas, reste dans ce monde subjectif que l'on appelle l'imaginaire. Cependant, l'imaginaire fait partie de ce monde comme les « anciens dieux » font partie des fictions de Lovecraft. Ces fictions existent. Ces fictions influencent le réel. Ces fictions travaillent le réel. De plus, ce qui arrive est la plupart du temps interprété de façon plus subjective qu'objective. Il n'y a que la science pour laquelle « le monde est » réellement « tout ce qui arrive ». C'est parce que nous inventons le réel comme un romancier écrit ses livres, que nous y adhérons. Ainsi le complotiste adhère aux fictions qui lui permettent d'inventer le réel. Ainsi les lecteurs adhèrent à l'illusion du réel que leur procurent les livres. Ainsi est-il que la religion, qui n'est jamais bâtie que sur un ensemble de croyances, permet de structurer le réel de sorte que ce qui arrive (par exemple, le retour du religieux) constitue une partie de ce monde où nous situons le pronom personnel qui nous désigne aux autres phénomènes plus ou moins agités, plus ou moins perspicaces.

 

 

4.
« Ethik und Ästhetik sind Eins. »
(Wittgenstein)
Je ne sais pas si « éthique et esthétique sont une seule et même chose ». Comme je n'ai pas appelé mon chien « Éthique », je ne peux le questionner sur ce point. Mon chat ne s'appelant pas plus « Esthétique » que « Machine à coudre », inutile que j'interrompe sa sieste pour l'interroger là-dessus. Il est cependant que certaines œuvres sont de mauvaises actions, soit qu'elles soient esthétiquement douteuses, soit qu'elles soient moralement glauques et il arrive que certaines soient les deux. A l'autre bout du spectre, les œuvres de génie (« La Neuvième Symphonie », « La jeune fille à la perle », « Le Septième Sceau », « A la recherche du temps perdu »,...), nous sont aussi nécessaires esthétiquement qu'éthiquement. Quant au politique, il vise à l'esthétique de la perfection administrative et à l'éthique du procès-verbal. C'est un genre. 

 

5.
« Die Philosophie ist ein Kampf gegen die Verhexung unseres Verstandes durch die Mittel unserer Sprache. »
(Wittgenstein, « Philosophische Untersuchungen »)
Que la philosophie soit un « combat », les saxophones et les trompettes (même quand elles sont bouchées) n'en doutent pas une seule note. Et certes, il est fascinant, ce flux continu d'arguments, de fragments, d'éclairs que permet la maîtrise de la langue. La philosophie, en privilégiant l'usage de la logique, combat et déjoue bien des complotismes et bien des volontés de fasciner les consciences. Les philosophes disent-ils aussi des sottises ? Certes oui, et même beaucoup, et même d'assez terribles. Aussi, saxophones et trompettes bouchées ne font guère de philosophie (et à vrai dire n'en font pas du tout), elles se contentent de jouer du jazz. Si le jazz est bon, alors moi, esthétiquement autant qu'éthiquement, ça me va.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 16 mars 2025.

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