JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES
JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES
1.
« Mon cœur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton »
(Apollinaire, « Salomé »)
Je suppose que c'est Salomé (la fille d'Hérodiade, celle qui fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste) qui cause dans ce quatrain.
Il arrive que les cœurs des Salomés battent battent très fort en écoutant les visionnaires. Comme on sait, ça finit parfois mal, surtout si en plus elles sont danseuses (têtes tranchées et autres épouvantes bibliques).
J'aime bien le lys, - ô pureté ! ô royauté ! ô purée ! ô poisson pané ! - mais je n'en ai jamais, n'en achète jamais, n'y pense que lorsque je tombe sur sa mention dans un texte.
Et ce n'est pas moi qui irai raconter des visions à une danseuse fascinée. Zut ne danse pas. Zut ne se fascine pas. Zut tire la langue. Et c'est ainsi que les têtes restent sur les épaules et les vaches aussi (ce que je viens d'écrire, n'ayant aucun sens, il vaut mieux en rire).
2.
« Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre
Maternel qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel »
(Apollinaire, « Merlin et la vieille femme »)
A chaque fois que je lis ce quatrain d'Apollinaire, je me dis : « Mais qu'est-ce qu'il raconte ? ». La poésie, parfois, on a du mal à la comprendre. La poésie, parfois, on se dit qu'en fait, on s'en fiche. Ceci dit, la musique des vers est jolie. Moi, quand je vois des nuages, je me demande s'il va pleuvoir. Aujourd'hui, le temps est doux, si le ciel est couvert. Il ne va pas pleuvoir. Je vais me faire des pommes de terre sautées. La musique des vers est jolie. Hier, on m'a demandé si je n'avais pas eu la main arrachée. Non, j'ai encore mes deux mains. Je vais me faire des pommes de terre sautées. Je ne sais pas quoi dire de ce quatrain de Guillaume Apollinaire.
3.
« Le soleil en dansant remuait son nombril »
(Apollinaire)
Le soleil est une étoile de type « naine jaune ». Le
Soleil, on est bien content quand il y en a parce qu'alors il fait bon, le ciel est bleu et les filles jolies.
En tout cas, dans le nord de la France, on est bien content quand il y a du soleil. Je ne dirais pas que c'est en
Dansant que l'on manifeste son contentement du retour du soleil. Dans le vers d'Apollinaire, c'est le soleil qui « en dansant
Remuait » ; et ça c'est tout de même étrange de voir danser le soleil, de voir le soleil remuer
son nombril comme s'il était à la noce avec les danseuses du ventre là. Je note que le mot
Nombril se dit en anglais « navel » et « Nabel » en allemand, le nombril, qui se dit « nombril » en français, comme hareng se dit « hareng » et saur se dit « saur ».
4.
« Or les hommes ayant des masques de théâtre
Et les femmes ayant des colliers où pendait
La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre
Parlaient entre eux le langage de la Chaldée »
(Apollinaire, « Le larron »[l'Acteur])
C'est surtout dans les scènes qui sont censées se passer dans l'Antiquité que des hommes portent des masques de théâtre. Définissez l'Antiquité et traduisez la en allemand.
Le vers « Or les hommes ayant des masques de théâtre » est un alexandrin d'Apollinaire qui me fait penser au film « Satyricon » de Fellini. Apollinaire savait écrire des alexandrins et que dans l'Antiquité des hommes portaient des masques de théâtre. A mon avis, c'est surtout pour jouer des pièces de théâtre que dans l'Antiquité, des hommes portaient des masques de théâtre. Ce n'est pas pour jouer dans des films de Fellini. Vous résumerez l'action du film « Satyricon » de Fellini et vous le traduirez en allemand.
Si les hommes de l'Antiquité portaient des masques de théâtre, les femmes avaient des colliers « où pendait / La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre ». C'est comme aujourd'hui : les hommes portent des têtes de circonstances, ou de cocu, ou de couillon, et les femmes portent des colliers, mais qui n'ont généralement aucun rapport avec les foies des vieux coqs. Elles ne parlent plus le chaldéen depuis longtemps et c'est en anglais qu'elles commandent des boissons fraîches.
5.
« Ceux de ta secte adorent-ils un signe obscène
Belphégor le soleil le silence ou le chien
Cette furtive ardeur des serpents qui s'entr'aiment »
(Apollinaire, « Le larron »[le Choeur])
Je n'ai pas connu Belphégor et je ne le regrette pas. J'ai revu la série « Belphégor », celle du poste de télévision en noir et blanc avec Juliette Gréco, Christine Delaroche et Yves Rénier. J'aime bien la série mais je n'adore pas Belphégor, ni le soleil, ni le silence, ni le chien. Je préfère les pommes de terre sautées.
Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.