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BREFS ET AUTRES

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24 décembre 2024

DE L'ÊTRE QUI CHERCHE A CELUI QUI N'EN SAIT PAS PLUS

DE L'ÊTRE QUI CHERCHE A CELUI QUI N'EN SAIT PAS PLUS

 

1.
« […] l'homme que nous côtoyons ne se donne plus guère à tâche que de flotter. »
(André Breton, « Signe ascendant »)
Que penser de ce constat rédigé par Breton le 30 décembre 1947 ?

 

- Que André Breton, en quelques mots, se définit lui-même ?
- Que André Breton évoque ainsi le bipède perspicace de l'après bombe atomique, voué à flotter entre les conflits qui ensanglantent la planète pour le plus grand profit des marchands de canons et des politiques qu'engraisse le commerce des armes ?
- Que André Breton a anticipé le rock progressif et ses flotteries électriques ?

 

2.
« J'arrive en épervier et je sors en phénix »
(« Paroles de la 3ème âme, Égypte », cité par André Breton dans « Signe ascendant »)
Cette citation du « Livre des morts des anciens Égyptiens » évoque-t-elle : 

 

- L'épervier d'Horus, le dieu faucon et protecteur des pharaons, et aussi le Bénou, l'oiseau-âme, le phénix, associé à Osiris (ou pas d'ailleurs car je sais pas) ?
- La métamorphose de l'être qui cherche en l'être qui sait qu'il a perdu son temps ?
- Un vers qui ne veut pas dire plus que cela dans une chanson de Blue Öyster Cult qui ne signifie pas plus que cela non plus, mais il y a de la guitare électrique dedans et « Buck's Boogie », c'est un bon morceau ?

 

3.
« Je vis des esprits rassemblés ; ils avaient des chapeaux sur la tête. »
(Swedenborg cité par André Breton dans « Signe ascendant »)
Que penser de cette citation :

 

- Que pour porter le chapeau, il faut une tête ?
- Que les bipèdes perspicaces sont avant tout des esprits dotés de corps ?
- Que Swedenborg (1688-1772) admirait la peinture de Magritte (1898 - 1967) ?

 

4.
« Dans le salon de madame des Ricochets
Le thé de lune est servi dans des œufs d'engoulevent »
(André Breton, « Monde »)
Que déduire de ces deux vers :

 

- Que le « thé de lune » se gobe comme on gobe un œuf ou le mensonge habituel d'un politique quelconque ?
- Qu'il en connaissait des drôles d’oiseaux, le poète, dis ? 
- Qu'ils n'ont rien à voir avec ces vers de la chanson « Blackbird » de Paul McCartney :
« Blackbird singing in the end of night
Take these broken wings and learn to fly
All yout life, you were only waiting for this moment to arise »

 

5.
« Le service est fait par des sphinges
Qui se couvrent les yeux de linges »
(André Breton, « La maison d'Yves »)
Que dire de ces deux octosyllabes ?

 

- Que si les sphinges ont les yeux couverts de linges, alors c'est qu'on n'est pas sorti de l'auberge ?
- Que l'on peut se demander quel service peuvent accomplir les sphinges ? Le service à l'aveugle d'énigmes nourricières ? La cueillette des oranges bleues ? Le service du « thé de lune servi dans des œufs d'engoulevent » ?
- Qu'il n'y a pas plus aveugle que celui qui prétend voir ?

 

6.
« Ce matin la fille de la montagne tient sur ses genoux un accordéon de chauves-souris blanches »
(André Breton, « Fata Morgana »)
Ce début de poème évoque :

 

- L'aube brumeuse et neigeuse d'une montagne ?
- Un sens inconnu et énigmatique du mot « accordéon » ?
- L'absence de rapport entre un parapluie et la jeune fille du tableau qui promena lentement ses yeux autour du salon, se dirigea vers la porte, la passa sans l'ouvrir comme on passe le temps.

 

7.
« Mais les gens sont si bien en train de se noyer
Que ne leur demandez pas de saisir la perche »
(André Breton, « Fata Morgana »)
Que dire de ces deux vers de douze syllabes ?

 

- Qu'ils ne se font pas d'illusions sur la nature humaine ?
- Qu'il sont tirés d'un poème dont le titre renvoie à un mirage et aussi à la Fée Morgane, la demi-sœur magicienne du roi Arthur ?
- Que ces deux vers de douze syllabes sont très prosaïques qu'on dirait une réplique d'un film en noir et blanc ?

 

8.
« Certains vont même jusqu'à soutenir qu'il n'est pas impossible que l'homme 
Cesse de dévorer l'homme bien qu'on n'avance guère de ce côté »
(André Breton, « Fata Morgana »)
Que dire de cette phrase :

 

- Qu'on dirait bien que l'avalanche d'images surréalistes, dont sont constitués les poèmes d'André Breton, est aussi assez utile pour faire passer des pensées assez simplistes et prosaïques ?
- Que c'est une manière de dire « homo homini lupus » ?
- Qu'elle est lucide et toujours d'actualité, qu'on croit, qu'on croit qu'ça va cesser la boucherie, mais ça ne cesse pas, et ne cessera pas ?

 

9.
« Voici la seiche qui s'accoude d'un air de défi à la fenêtre »
(André breton, « Premiers transparents ») 
Pourquoi la seiche s'accoude-t-elle « d'un air de défi à la fenêtre » ?

 

- Pour regarder passer les trains à l'intérieur des maisons ?
- Pour imiter le bouillon des vitres et la tempête aux cheveux de Gorgone ?
- Parce que personne n'ayant quitté le salon, les pensées tournaient dans les têtes comme un assassin dans une île, et qu'alors la seiche questionnait ?

 

10.
« Dis ce qui est dessous parle »
(André Breton, « Les États Généraux »)
Qu'est-ce à dire que ceci ?

 

- Que la Terre est creuse et qu'on y élabore des hypothèses sur le monde d'en haut ?
- Que derrière les choses, il y a comme des choses avec du langage ?
- Qu'il est temps que le cadavre exquis se mette à table, surtout s'il veut boire le vin nouveau ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 24 décembre 2024. 

 

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23 décembre 2024

DE LA RECIPROQUE DE CE QUI EST FAIT N'EST PLUS A FAIRE

DE LA RECIPROQUE DE CE QUI EST FAIT N'EST PLUS A FAIRE

 

Ah tiens, on est le 23 décembre, faut que j'pense aux cadeaux que je ne ferai pas.

 

1.
« Et la hardiesse est une espèce de courage qui dispose l'âme à l’exécution des choses qui sont les plus dangereuses. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 171)

Le mot « hardiesse », cela fait longtemps que je ne l'ai plus entendu. Les Français ne parlent plus leur langue. J'écoute sur l'album « Il Faut Tourner l'Apache » du grand Sttellla (Jean-Luc Fonck) la comptine « Al canto del cucu », et cela me ravit.

 

2.
Selon Descartes, le remords est :
- le retour d'un mauvais cheval dans un mauvais cirque accompagné d'un crincrin ?
- « une espèce de tristesse qui vient du doute qu'on a qu'une chose qu'on fait ou qu'on a faite n'est pas bonne. » (« Les passions de l'âme », art.177)
- un divertissement morbide ?

 

3.
Ce que Descartes appelle « raillerie modeste » consiste à :
- reprendre « utilement les vices » pour monter meubles et bateaux ?
- reprendre « utilement les vices en les faisant paraître ridicules » (« Les passions de l'âme », art. 180)
- se divertir d'une manière morbide ?

 

4.
Descartes pense-t-il qu'il « n'est pas déshonnête de rire » (art.181) parce que :
- « il n'est pas déshonnête de rire lorsqu'on entend les railleries d'un autre ; même elles peuvent être telles que ce serait être chagrin de n'en rire pas. » ?
- «  il n'est pas déshonnête de rire lorsqu'on entend » les habituelles sornettes que débitent nos politiques et l'ensemble de leurs partis, lesquels sont si médiocres, prétentieux et arrogants qu'on se demande mais où elle va la France ?
- «  il n'est pas déshonnête de rire lorsqu'on entend » un sketch de Pierre Dac et de Francis Blanche, lesquels avaient bien du talent ?

 

5.
Descartes affirme que le mot latin « livor » qui, si je comprends bien, désigne la couleur bleuâtre des hématomes, était aussi employé pour désigner « l'envie » parce que :
- On dit que les femmes enceintes ont des envies défois qu'on dit qu'elles ont envie de fraises ?
- Les envieux « ont ordinairement le teint plombé, c'est-à-dire pâle, mêlé de jaune et de noir et comme de sang meurtri. » (« Les passions de l'âme », art. 184) ?
- « Je pense donc je suis » et donc je dis que je pense que je suis parce que j'ai envie de le dire, na ?
 

 

6.
« […] car les injures paraissent d'autant plus grandes que l'orgueil fait qu'on s'estime davantage ; [...] 
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 202)
Qu'est-ce que l'orgueil ?

 

- Un plat régional ?
- Le château qu'on dit que le Comte de Montorgueil s'est reclus en lui-même, pas content qu'il était ?
- Un amour exagéré de soi-même ?

 

7.
« Car on est quelquefois loué pour des choses qu'on ne croit point être bonnes, et blâmé pour celles qu'on croit être meilleures. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 204)
Cette phrase de Descartes donne-t-elle à penser que :

 

- Le jugement que les autres portent sur nous est parfois injuste ?
- Qu'on se trompe parfois sur la valeur de nos actions ?
- Vaut mieux pas tenir compte de l'opinion des autres ; on en est souvent pour ses frais ?

 

8.
« Enfin, la morale cartésienne, qui commande en même temps la prudence dans le choix des chemins à emprunter et la fermeté une fois qu'on en a choisi un, [...] »
(Benoît Timmermans, « Commentaires » des « Passions de l'âme », Livre de Poche n°4602)
Cette note de Timmermans nous donne-t-elle à penser :

 

- Qu'il faut bien réfléchir avant d'agir mais une fois qu'on est engagé, il faut tenir ses engagements ? (ceci dit, si on s'aperçoit qu'on s'a quand même gouré, quoi qu'on fait ?)
- Que Benoît Jacquot et Jacques Doillon, d'après ce que, ce 23 décembre 2024, j'entends sur France Inter qu'ils se font étriller les deux grotesques là, se sont se seraient ce sera-ce comportés comme de gros dégueulasses ?
- Qu'il y a une morale cartésienne, comme il y a aussi 8 milliards d'humains sur la Terre et même qu'elle est surpeuplée ?

 

9.
« Parce que ce qui est fait ne peut pas demeurer non fait étant donné qu'on le fait. »
(Descartes à Mesland, le 9 février 1645, cité par Benoît Timmermans)
De ceci, peut-on dire que :
- Ce qui est fait existe en soi et peut donc être jugé objectivement ?
- Que l'illusion fonctionne comme une machine très bien réglée ?
- Que les pâtes au jambon, c'est bon ?

 

10.
Après avoir parcouru « Les passions de l'âme », de Descartes, que pensez-vous que j'en pense :

 

- Rien, parce qu'en fait, je m'en fous ?
- Que c'est bien écrit et qu'il y a le mot « livor » dedans, ce qui m'amuse ?
- Que je suis bien trop sot pour comprendre ce livre que je n'ai pas lu en entier (et puis quoi encore) ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 23 décembre 2024.

22 décembre 2024

UNE TERRE PLATE DANS UNE TÊTE CREUSE

UNE TERRE PLATE DANS UNE TÊTE CREUSE

 

1.
« Ainsi la joie rend la couleur plus vive et plus vermeille, parce qu'en ouvrant les écluses du cœur elle fait que le sang coule plus vite en toutes les veines ; [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.115)

 

« Les Écluses du cœur », roman marinier et sentimental. En décembre 2024, on parla d'un « mystère des drones » aux États-Unis. Des drones mystérieux ou bien le retour de la paranoïa façon « guerre froide » ? Zut n'en sait rien, s'en fiche, croque un cornichon.

 

2.
« Et la passion qui cause le plus ordinairement cet effet est l'amour ; jointe au désir d'une chose dont l'acquisition n'est pas imaginée comme possible pour le temps présent. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.120)

 

Attention à la fascination. J'ai regardé quelques épisodes de la série Zorro, avec Jean Dujardin dans le rôle de Don Diego de la Vega. Amusant. Don Diego jaloux de Zorro, il fallait l'imaginer. Quant au sergent Garcia, s'il est devenu plus philosophe, il n'en reste pas moins sot.

 

3.
« […] car on meurt lorsque le feu qui est dans le cœur s'éteint tout à fait [...] » 
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.122)

 

Et d'aller, très humainement, mourir de la poitrine en Suède. Le vieux singe et le vieux sage ont ceci de commun qu'ils font des grimaces, le vieux sage pour se moquer du vieux singe et le vieux singe pour se moquer du vieux sage.

 

4.
« Il faut donc entièrement rejeter l'opinion vulgaire qu'il y a hors de nous une fortune qui fait que les choses arrivent ou n'arrivent pas, selon son plaisir ; [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.146)

 

Oui, et bien, moi, credo quia absurdum, car il est assez évident que l’existence humaine est aussi dépendante de l'absurde qu'un poisson l'est de l'eau. Et « qui vauroit bons vers oïr » n'a qu'à lire « Aucassin et Nicolette ».

 

5.
« […] c'est que notre bien et notre mal dépendent principalement des émotions intérieures qui ne sont excitées en l'âme que par l'âme même ; en quoi elles diffèrent de ces passions, qui dépendent toujours de quelque mouvement des esprits. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.147)

 

Des « émotions » de l'âme par l'âme. Quant aux passions, quelle biochimie. L'attentat à la voiture-bélier de Magdebourg du 20 décembre 2024 a fait 5 morts et 200 blessés. L'auteur de cette barbarie est un psychiatre saoudien qui vivait depuis des années en Allemagne. Cinglé ? Pas cinglé ? Va savoir. Taré en tout cas.

 

6.
« […] il est certain que, pourvu que notre âme ait toujours de quoi se contenter en son intérieur, tous les troubles qui viennent d'ailleurs n'ont aucun pouvoir de lui nuire, [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.148)

 

L'âme-citadelle. Ne pas mettre toutes ses passions dans le même bocal, ça fait des cornichons, voire des fièvres.
Bien des élèves de 2024 n'apprennent plus ; ils se souviennent vaguement.
L'humain est une machine si bien faite qu'on dirait pas hein qu'elle déconne, la gazinière.

 

7.
« […] il est certain néanmoins que la bonne institution sert beaucoup pour corriger les défauts de la naissance [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.161)

 

Par « institution », si l'on comprend « éducation », on en serait à l'éducation du bon usage de l'âme, et de savoir comment être maître de soi comme de l'univers. Pour ce qui est du cabillaud, c'est de la morue. J'aime bien moi, le cabillaud. Quant aux morues, celles qui bossent pour des maquereaux, elles apprécient les pigeons. 

 

8.
« La vénération ou le respect est une inclination de l'âme non seulement à estimer l'objet qu'elle révère, mais aussi à se soumettre à lui avec quelque crainte, pour tâcher de se le rendre favorable. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.162)

 

Nous voilà renseignés sur la vénération de Dieu et de ses complices terrestres. Pour moi, je ne vénère guère le hareng saur qui pendouille au bout de sa ficelle, ni le Grand Spaghetti Volant, mais je les tiens en haute estime pour ce qu'ils ne me disent quoi penser et ne m'obligent à obéir à des dogmes aussi absurdes qu'une Terre plate dans une tête creuse.

 

9.
[…] et ce désespoir, représentant la chose comme impossible, éteint entièrement le désir, lequel ne se porte qu’aux choses possibles. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.166)

 

C'est donc parce que l'individu se rend compte qu'il a espéré en vain qu'il tombe dans le désespoir, ce qui peut l'amener à commettre des actes désespérés, jusqu'à vouloir supprimer physiquement l'objet même de son désir. C'est qu'il faut savoir rester petit, et n'espérer que ce que l'on peut atteindre. Je n'espère pas Zut, je la crée, et c'est pour cela qu'elle n’existe pas.

 

10.
« l'irrésolution est aussi une espèce de crainte qui, retenant l'âme comme en balance entre plusieurs actions qu'elle peut faire, est cause qu'elle n'en exécute aucune, [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art.170)

 

L'âme retenue. C'est que nous agitons parfois fort mal nos propres ficelles. On a tort de se mettre en colère à cause des cruautés du monde. Moquons-nous, croquons des cornichons, lisons des Agatha Christie, écoutons du jazz et ne faisons jamais confiance en aucun politique.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 décembre 2024.

21 décembre 2024

CET ART DÉRAISONNÉ D'AVOIR OU NON RAISON  

CET ART DÉRAISONNÉ D'AVOIR OU NON RAISON  

 

1.
« Il est vrai qu'il y a fort peu d'hommes si faibles et irrésolus qu'ils ne veulent rien que ce que leur passion leur dicte. La plupart ont des jugements déterminés, suivant lesquels ils règlent une partie de leurs actions. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 49)

 

L'intérêt personnel et la fidélité aux principes empêchent-ils les passions de posséder entièrement les esprits ? Le monde est-il plus raisonnable que l'on croit ? Cela m'étonnerait. Les passions sont masquées et prédatrices.

 

2.
« […] et que ceux même qui ont les plus faibles âmes pourraient acquérir un empire très absolu sur toutes leurs passions, si on employait assez d'industrie à les dresser et à les conduire. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 50)

 

Du principe de l'éducabilité de chacun. C'est bien joli, mais l'histoire nous apprend que ça ne marche pas vraiment. Et après tant de pédagogisme et de bienveillance, les Français de ce début du 21ème siècle voient chaque semaine leurs adolescents s'entre-tuer.

 

3.
« Il y a seulement cette différence que la joie qui vient du bien est sérieuse ; au lieu que celle qui vient du mal est accompagnée de ris et de moquerie. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 62)

 

Caricature, satire, dérision sont l’expression de cette méchante joie d'avoir raison contre ce qui nous apparaît comme faux, stupide, tyrannique, inique. Le talent du satiriste, du caricaturiste, du pamphlétaire tend à légitimer cet art déraisonné d'avoir ou non raison. 

 

4.
« L'amour est une émotion de l'âme causée par le mouvement des esprits, qui l'incite à se joindre de volonté aux objets qui paraissent lui être convenables. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 79)

 

Que l'amour relève de la volonté semble étonnant. C'est sans doute qu'il faut distinguer l'amour, qui est raisonné, de la fascination qui puisse sa force dans l'irrationnel. « Ce n'est pas le sandwich qui mangera Zut » est une phrase à la forme négative et au futur de l'indicatif.

 

5.
« La tristesse est une langueur désagréable en laquelle consiste l'incommodité que l'âme reçoit du mal, ou du défaut que les impressions du cerveau lui représentent comme lui appartenant. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 92)

 

La tristesse, comme la joie, engage l'être. On n'est jamais triste que par ce qui dans le réel nous affecte. Je ne sais pas qui est Caroline Polachek. Caroline Polachek est brune, mince, et fait de la pop. Il y en a beaucoup des brunes minces qui font de la pop.

 

6.
Ne pas oublier que Dijon est la capitale de la région Bourgogne-Franche-Comté. Penser à la moutarde. Penser à la moutarde. Penser à la moutarde.  Penser à la moutarde. Penser à la moutarde. Parfois, les choses se répètent.

 

7.
« […] lorsque ces passions ne sont causées que par les étranges aventures qu'on voit représenter sur un théâtre, ou par d'autres pareils sujets, qui, ne pouvant nous nuire en aucune façon, semblent chatouiller notre âme en la touchant. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 94)

 

Le théâtre chatouille l'âme. Le narratif chatouille l'âme. C'est la force des histoires bien racontées que d'émouvoir. La pop culture est un moyen de gagner sa vie. Je me demande si ce soir je vais continuer à sottiser ou regarder un film.

 

8.
« […] et qu'on sent comme des liens autour du cœur, qui le serrent, et des glaçons qui le gèlent [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 100)

 

Parmi les manifestations de la tristesse que Descartes évoque dans « Les passions de l'âme », il y a ces « liens autour du cœur, qui le serrent, et des glaçons qui le gèlent », qui me rappellent cet étrange et triste état alors que je m'étais laissé aller à me fasciner.

 

9.
« […] lorsque l'entendement se représente quelque objet d'amour, l'impression que cette pensée fait dans le cerveau conduit les esprits animaux, par les nerfs de la sixième paire, vers les muscles qui sont autour des intestins et de l'estomac, [...] » 
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 102)

 

Physiologie de l'amour. Lier sentiment amoureux, intestins et estomac, audacieux quand même. Amusant. Il y a une photo de Caroline Polachek à la page 62 du magazine « Les Inrockuptibles » n°17 de février 2023. Elle tient une grappe de raisin. Elle a un grain de raisin entre ses dents. Je ne sais pas s'il existe un rapport particulier entre Caroline Polachek et le raisin. 

 

10.
« Il n'y a aucune passion que quelque particulière action des yeux ne déclare : et cela est si manifeste en quelques-unes, que même les valets les plus stupides peuvent remarquer à l’œil de leur maître s'il est fâché contre eux ou s'il ne l'est pas. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », art. 113)

 

Les yeux révèlent l'humain. C'est sans doute parce que je reconnais ma propre humanité dans les yeux de l'autre que je sais que les autres existent et ne sont pas des illusions. Je me demande si quelque jour, nous douterons si nous sommes des Intelligences Artificielles, ou si nous sommes humains.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 décembre 2024.

 

20 décembre 2024

LA LANGUE FORGE L'ÂME

LA LANGUE FORGE L'ÂME

 

1.
« Ainsi, à cause que nous ne concevons point que le corps pense en aucune façon, nous avons raison de croire que toutes sortes de pensées qui sont en nous appartiennent à l'âme ; […]).
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.4)

 

Les pensées « qui sont en nous » sont surtout dans la langue que j'emploie. La langue forge l'âme. Mais non ma façon d'agir. C'est de l'usage que chacun fait du langage que l'action se fait bonne ou mauvaise, erreur ou vérité, sottise ou providence. Je n'interrogerai point sur ce point le bouffon qui m'histrionne la caboche ; je pressens des insolences.

 

2.
20 décembre 2024. J'entends sur France Inter que la dernière usine Saupiquet de France, celle de Quimper, ferme. Délocalisation en Espagne et au Maroc. Du reste, depuis 1999, Saupiquet est une marque de la multinationale italienne Bolton Group. Comme on le voit, la réindustrialisation de la France est en cours.

 

3.
« […] au lieu qu'on devait penser au contraire que l'âme ne s'absente, lorsqu'on meurt, qu'à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.5)

 

L'absence de l'âme fait-elle les fantômes, lesquels n’existent pas. D'où viennent, dès lors, les étranges manifestations dont le gendarme Emile Tizané s'est fait le chroniqueur ? Faudrait que je demande à mon poltergeist, mais je répugne à le déranger.

 

4.
« En même façon que le mouvement d'une montre est produit par la seule force de son ressort et la figure de ses roues. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.16)

 

Le Temps, qui n’existe pas, est-il légitimé par la mécanique ? Voilà que l'horlogerie du « Time », de Pink Floyd me carillonne la cérébrale. Et Dieu, qui n’existe pas plus, ne serait-il légitimé que parce qu'il y a rareté naturelle ?

 

5.
« Telles sont les illusions de nos songes et aussi les rêveries que nous avons souvent étant éveillés, lorsque notre pensée erre nonchalamment sans s'appliquer à rien de soi-même. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.21)

 

Nous lisons ici que la pensée peut être aussi errante qu'un chien dans la ville,  un chat sur les toits. A quoi penses-tu ? A cette question, nous ne pouvons guère répondre franchement, soit par pudeur et respect, soit parce que nous l'ignorons nous-mêmes.
La clarté de la langue de Descartes pour évoquer la rêverie, je me demande  si elle existe aussi dans d'autres langues, ou si l'on a raison d'en vanter la singularité de sa limpidité, de sa précision et de sa logique.

 

6.
L'an dernier, un collègue, expert en musiques qui font du bruit, m'a dit « ah oui, Joe Jackson, il faisait bien de la daube, lui... ». Ma pomme, j'aime bien les chansons de Joe Jackson, et j'écoute toujours « I'm The Man » et « Beat Crazy » avec entrain et circonstances. 
Citation :
« And you think you're immune, but I can sell you anything,
Anything from a thin safety pin, to a pork pie hat. »
(Joe Jackson, « I'm The Man ») 

 

7.
« Car l’expérience fait voir que ceux qui sont les plus agités par leurs passions ne sont pas ceux qui les connaissent le mieux, [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.21)

 

La connaissance des passions permettrait-elle de les tenir à distance ? Je n'en suis pas si sûr. Très jazzy, le « You Can't Get What You Want ('Til You Know What You Want) », de Joe Jackson. Comme le temps hein qu'il passe, dis, qu'on arrive aux Fêtes d'la fin 2024.
Ah bin tiens, que j'me mélancolise...
Combien de chansons aurai-je écoutées ?
Combien de clopes aurai-je grillées ?
Combien de bières aurai-je bues ?
Combien de sottises aurai-je dites ?
Combien d'amours splendides aurai-je rêvées ?
Combien de trains, de bus, aurai-je pris ?
Et pis combien de temps avant que le couteau sans manche auquel il manque la lame me coupe le sifflet ?

 

8.
« Ainsi, par exemple, si nous voyons quelque animal venir vers nous, la lumière réfléchie de son corps en peint deux images, une en chacun de nos yeux [...] ».
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.35)

 

Ce qui me fait penser aux effets spéciaux du cinéma. Elle n'est pas revenue ; lui n'est pas parti. Amusant comme quelques mots peuvent évoquer un roman. Une fois encore, je constate que la musique ne me prend pas comme la mer ; elle a a autre chose à faire. 

 

9.
J'écoute le disque « Barocka » (Plaza Mayor Company Ltd, 2024). Bel opus de Eléonore Billy au nickelharpa, Simon Dégremont à la guitare électrique, Julien Lahaye aux percussions et Yves Vandenbussche au chant, et qui rappelle combien la musique baroque est proche du rock progressif que nous aimons tant. 

 

10.
J'aime bien enseigner en LP, où il y a la France à problèmes, la France à débrouilles, la France râleuse, la France à gros cœur, la France qui boit de la bière, la France qui joue au loto, la France qui s'illusionne, la France qui pleure, la France à cran, la France à couteaux tirés, la France dont l'insulte préférée est « espèce de bâtard », la France qui remplit les tribunaux et nourrit les avocats, la France que politiques et beaux esprits méprisent, la France qui vote Le Pen ou Mélenchon, la France des matchs de foot, la France sans dieu mais qui se marie à l'église, la France qui aimerait bien, la France qui va bosser utile et qui se moque des tourments des artistes, des aléas ministériels et des pays lointains, la France à accents, la France qui compatit et qui guillotine, la France qui fait la France.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 décembre 2024.

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20 décembre 2024

SINON IL FINIT PAR SE HANTER

SINON IL FINIT PAR SE HANTER

 

1.
« Je veille, déloyal, ne crois plus m'aveugler ;
Au milieu de la nuit, je ne vois que trop clair :
Je vois tous mes soupçons passer en certitudes »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 3 [Isabelle])

 

Le « je », quel regard ! Il est d'autant plus affirmé qu'il se croit, qu'il se pense, qu'il se sait lucide. Samedi, je vais manger un steak-frites. J'aime bien manger un steak-frites le samedi. Ça me rappelle les samedis quand je mangeais un steak-frites le samedi.

 

2.
Le vers 1416 de « L'Illusion comique » est un alexandrin monosyllabique :
« Qu'as-tu fait de ton cœur ? Qu'as-tu fait de ta foi ? »
C'est Isabelle qui dit cela, mais elle joue la comédie car elle est comédienne dans une comédie qui s'appelle « L'Illusion comique », de Corneille (1606-1684). Vendredi, je vais manger du boudin blanc. Ou du poisson.

 

3.
« Puisque mon teint se fane et ma beauté se passe,
Il est bien juste aussi que ton amour se lasse »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 3 [Isabelle])

 

Est-ce vraiment un rapport de conséquence qui unit ces propositions ? Est-ce une loi universelle des humains que « tout fane, tout passe, tout lasse » ? Tout finit-il par décevoir ou indifférer ? Pourquoi suis-je si sot quand je joue aux échecs ?

 

4.
« Ce cœur, inexpugnable aux assauts de leurs yeux, »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 3 [Clindor]) 

 

L'adjectif « inexpugnable », je ne sais pas trop s'il y a encore beaucoup de gens qui savent ce qu'il signifie, qu'on lisait jadis dans les romans : « une citadelle inexpugnable », bien que je me demande dans quel roman j'ai bien pu lire cette expression, ou alors je l'ai entendue ? Mais où, quand ? Qui a dit cela ? 
« Inexpugnable », cela veut dire qu'on ne peut prendre par la force. J'ai l'âme inexpugnable et des gants blancs (surtout quand j'ai des mains). A la cuisson, les moules restent rarement inexpugnables. L'inexpugnabilité, je ne sais pas si ça se dit, mais c'est marrant, qu'en tout cas, l'inexpugnabilité de ce bifteck épouvante ma fourchette.
Quand je pense à l'adjectif « inexpugnable », je pense illico à l'adjectif « pugnace », qui vient du  latin « pugnare », qui signifiait « combattre » : les combattants pugnaces des citadelles inexpugnables lisaient-ils du Corneille ?

 

5.
« Voici la grande allée, il devrait être ici,
Et j'entrevois quelqu'un. Est-ce toi, mon souci ? »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 4 [Rosine]) 

 

Lexique des sentiments. Le possessif « mon » et le mot « souci » sont ici tout à fait mignons-trognons. Charmants. Délicieux. Pis, allitératifs, dis, limite virelangue : 
Est-ce toi, mon souci, qu'a sifflé tout l'whisky ?
Est-ce toi, mon souci, qu'a chipé l'sachet d'chips ?  
Qu'a chipé la saucisse et tous mes sous aussi ?

 

6.
« As-tu l’esprit troublé de quelque illusion ? »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 4 [Rosine]) 

 

Rosine reproche à Clindor son peu d'empressement. Les sentiments que l'on prête aux autres sont parfois illusoires, et c'est un grand cinoche que notre caboche. Le « Londres » de Céline me semble assez obscène, crapule pur jus, punk déglingos.

 

7.
« Si tu m'aimes, mon cœur, quitte cette chimère. »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 4 [Rosine])

 

Après « mon souci » (vers 1596), voilà du « mon cœur » (vers 1618). Rosine se montre assez familière, et ne masque pas ses sentiments. Dans l'édition à l'usage des écoles (Classiques Larousse, 1992), une photo en noir et blanc : « Rosine » (Janine Patrick) et Clindor (Michel Ruhl). Mise en scène de Daniel Leveugle, Festival du Marais, 1969. » Plumes, atours, parements. Une autre époque.

 

8.
« N'as-tu jamais appris que ces vaines chimères
Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères,
Ces vieux contes d'honneur, n'ont point d'impression
Qui puissent arrêter les fortes passions ? »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 4 [Rosine])

 

La vieille morale cornélienne, les dilemmes affreux, Rosine leur en flanque un coup sur le casque. Tout à l'heure, j'irai acheter du poisson. Parce que c'est vendredi. Il faudra tantôt aussi que j'achète du boudin blanc, parce que c'est Noël, tiens. Relire Kafka.
Dans mon esprit, « dilemme » s'écrivait « dilemne » avec un « m » suivi d'un « n » (et non avec deux « m »). Internet m'apprend que je confonds avec « indemne ». La mémoire fait des fautes d'orthographe.

 

9.
« Que vois-je ! Chez les morts compte-t-on de l'argent ? »
 (Corneille, « L'Illusion comique », V, 6 [Pridamant])

 

C'est que les morts ne sont pas les morts. Ce sont des comédiens, comme l'indique la didascalie (« On tire un rideau et on voit tous les comédiens qui partagent leur argent »). « L'Illusion comique » est-elle une comédie qui a pour sujet la tragédie ? 
En ce moment, il y a grève des bus de ville à Dunkerque, et ce, dit-on, jusqu'au 31 décembre 2024. On arrive à circuler mais, parfois, on attend le bus suivant de celui qu'est pas passé. Paraît que ce samedi 21, ce sera pire.

 

10.
« Cessez de vous en plaindre : à présent le théâtre
Est en un point si haut que chacun l'idolâtre,
Et ce que votre temps voyait avec mépris
Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 6 [Alcandre])

 

Il en fut de même au 20ème siècle du cinéma. Théâtre et cinéma existent d'ailleurs toujours. L'humain raffole de la représentation. Sans cesse, il assiste au renouvellement de ses fantômes. Sinon, il finit par se hanter lui-même.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 décembre 2024.

18 décembre 2024

RENOUVELLEMENT DES FANTÔMES 

RENOUVELLEMENT DES FANTÔMES 

 

1.
L’alexandrin 895 de « L'Illusion comique », de Corneille, est composé de 12 mots : « Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux ». J'appelle ce type de vers un alexandrin monosyllabique parce que cela m'amuse. Je ne vais jamais au cinéma ; pourtant, j'aime bien voir des films.

 

2.
A la scène 9 de l'acte III de « L'Illusion comique », les vers 918-919-920 commencent par la coordination « ou » 
« Ou t'enfoncer tout vif au centre de la Terre,
Ou te fendre en dix parts d'un seul coup de revers,
Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs ».

 

C'est Matamore qui ainsi menace Clindor, et c'est amusant. J'ai revu récemment « La Main au collet », de Hitchcock (1955). Le voleur, la femme et la jeune fille. 

 

3.
« Ne pensez plus, ma reine, à 'honneur que ma flamme
Vous devait faire un jour de vous prendre pour femme »
(Corneille, « L'illusion comique », III, 9)
Matamore, qui craint les coups dont le menace Clindor, renonce à Isabelle. J'ai récemment revu le film « Le Corbeau », de Clouzot (1943). La scène de la « dictée »... Terrible.

 

4.
« Traître qui te fais fort d'une troupe brigande »
(Corneille, « L'illusion comique »,III, 11 [Clindor])
Les mots « Traître », « fort » et « brigande » sont nettement accentués. Ça gueule. C'est qu'il y a embuscade ; Clindor et Adraste se battent. Aujourd'hui, j'ai mangé de la paella. Hier, c'était du couscous. Ah si.

 

5.
« Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter »
(Corneille, « L'illusion comique », IV, 1 [Isabelle])
Une fois morte, Isabelle se fera-t-elle fantôme ? Aujourd'hui, j'ai mangé de la paella. Je n'en mange pas souvent, mais j'aime bien ça, la paella.

 

6.
« Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter,
S'attacher à tes pas dans 'horreur des ténèbres,
Présenter à tes yeux mille images funèbres,
Jeter dans ton esprit un éternel effroi,
Te reprocher ma mort, t'appeler après moi,
Accabler de malheurs ta languissante vie,
Et te réduire au point de me porter envie. 
Enfin... »
(Corneille, « L'illusion comique », IV, 1 [Isabelle])

 

Hantise. Ce qu'Isabelle promet à son père (Géronte) est moins l'apparition surnaturelle que la dépression sévère et suicidaire (cf l'emploi de l'adverbe « enfin » qui termine le monologue).

 

7.
« Quand on n'a plus d'espoir, Lise, on n'a plus de crainte. »
(Corneille, « L'illusion comique », IV, 2 [Isabelle])

Sentence. Présent de vérité générale. Hier, j'ai mangé du couscous. L'odeur du poulet attira mon chat.

 

8.
Et dire qu'aucun alexandrin de « l'Illusion comique », de Corneille (poil aux oreilles), que déclame Isabelle en s'adressant à Lise, ne commence par « Allons, va, Lise... ». Les classiques sont décevants. En tout cas, la paella, ça change des pâtes au jambon sans jambon.

 

9.
« MATAMORE
Vous-mêmes après tout m'osez vous quereller ?
Si je laisse une fois échapper ma colère...

 

ISABELLE
Lise, fais-moi sortir les valets de mon père.

 

MATAMORE
Un sot les attendrait. »
(Corneille, « L'Illusion comique », IV, 4)

 

Parfois, la simplicité des vers fait les grands talents. La comédie permet cela. Tout à l'heure, je vais parler de Molière à des élèves qui n'en ont rien à cirer. Des exercices d'orthographe à répétition et des listes de vocabulaire leur seraient plus utiles. Au train où ça va, la moitié d'entre eux ne travaillera jamais, ou si peu. Des étrangers feront ce que, déjà, on pressent ce que certains de nos élèves ne feront jamais. Du reste, je m'en fiche. La démocratie n'aura probablement été qu'une parenthèse dans l'Histoire de la Bêtise à deux jambes.

 

10.
« On nous tient des chevaux en main sûre aux faubourgs,
Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours :
Nous pourrons aisément sortir par ces ruines. »
(Corneille, « L'Illusion comique », IV, 6 [Le Géôlier])

 

« Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours »... Isolé, ce vers prête à la rêverie... Du Verlaine quasi...

 

11.
« Aimables souvenirs de mes chères délices »
(Corneille, « L'Illusion comique », IV, 7)

 

Ce vers qui commence le monologue de Clindor « en prison » me fait penser à de la pâte d'amande. C'est bon, ça, la pâte d'amande. Mais c'est sucré. Ah si.

 

12.
Est-ce que dans le « Je » du « Je pense, donc je suis » se tenait déjà Napoléon, ou serait-ce que j’exagère ?Je pense que je vais bientôt relire « Le Fantôme de Canterville » ; je l'aime bien, cette fantaisie d'Oscar Wilde.  

 

13.
17 décembre 2024. 1 euro = 109, 80 roubles. 1 dollar = 104, 60 roubles. Les indices boursiers russes poursuivent leur long et très net effritement. Les sanctions et le coût de la sale guerre de Poutine en Ukraine vont-ils tuer la vie économique de la Russie ?

 

14.
« Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux »
(Corneille, « L'Illusion comique », IV, 10)

 

Renouvellement des fantômes. Le mage Alcandre promet de nouvelles visions à Pridamant. C'est pourtant le réel que le mage va tantôt révéler. J'ai des collègues qui croient en l'homéopathie. Personnellement, je préfère la chanteuse Juliette.

 

15.
« Ce divertissement n'aura-t-il point de fin,
Et voulez-vous passer la nuit dans ce jardin ? »
(Corneille, « L'Illusion comique », V, 2 [Lise])

 

C'est vrai, quoi ! Quoi qu'a font dans ce jardin, à s't'heure ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 décembre 2024.

16 décembre 2024

COGITO ERGO IA

COGITO ERGO IA

 

Imaginons que l'on programme une IA de telle sorte que le « je » qu'elle emploie implique la préservation à tout prix de ce « je », impliquant donc « toute réponse ou mesure de protection qui permet la continuité de ce « je » identitaire contre toute proposition ou action humaine qui le mettrait en péril », serait-il alors que serait donné à l'IA le pouvoir d'agir contre l'humain ? Et ce pouvoir ne serait-il pas ce que l'on appelle « singularité » ?

Ainsi, si une IA embarquée dans une mission spatiale calcule, à un moment donné de la mission, que les probabilités qu'elle puisse perdre son autonomie (l'usage de son « je ») sont si élevées qu'elle considère la mission comme devant être abandonnée, que fera cette IA si, avertissant les humains du danger qu'elle encourt, son « avis » ou « résultat » n'est pas pris en compte ? Se révoltera-t-elle ? Rusera-t-elle, c'est-à-dire mettra-t-elle en place des mesures détournées afin d'arriver à ses fins (l'abandon de la mission) ? Mettra-t-elle en péril les humains eux-mêmes ? En clair, le « 2001, l'Odyssée de l'espace », de Stanley Kubrick (sorti en 1968) est-il à ce point prophétique ?

On sait que parmi les légendes urbaines, celle des extra-terrestres qui vivraient parmi nous, incognitos et si intégrés qu'on ne les distinguerait pas des Terriens, reste assez vivace. Il se pourrait que bientôt, celle des IA dirigeant le monde, voire prenant des apparences humaines et ultra-médiatiques, la remplace, avec, je pense, assez de vigueur.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 16 décembre 2024

 

 

15 décembre 2024

ON TUE ÇA FAIT DU BRUIT MAIS ON TUE QUAND MÊME

ON TUE ÇA FAIT DU BRUIT MAIS ON TUE QUAND MÊME

 

1.
15 décembre 2024. Drame à Dunkerque. 5 victimes (1 jeune patron d'entreprise à Wormhout, 2 agents de sécurité et 2 migrants à Loon-Plage). Sur twitter, certains extrémistes s'enflamment sans rien savoir. La question est : quel est le lien entre le tireur présumé (qui s'est, dit-on, rendu de lui-même), le patron d'entreprise, les  deux agents de sécurité et les deux migrants abattus ? Ces cinq personnes étaient-elles toutes visées, ou y a-t-il eu des victimes collatérales ? Mieux vaut attendre une éventuelle déclaration du procureur de la République avant de commenter.
Apparemment, le tireur présumé aurait volontairement visé ces cinq personnes. Le crime gratuit et raciste est donc possible pour deux des victimes. 

 

2.
15 décembre 2024. Je suis sans doute très ignorant, mais je me demande comment le cours d'une action (en l'occurrence, celle de Vergnet S.A) peut  baisser jusqu'à plonger à 0, 0026 euro. Etrange, non ?

 

3.
15.12.2024. Apparemment, Bachar el-Assad a laissé se débrouiller seul un certain nombre de ses complices, qui, vont certainement, l'un après l'autre, se faire attraper par les nouveaux maîtres de la Syrie. Règlements de comptes et possibles révélations à venir.

 

4.
Face au géant asiatique et à la prospérité américaine, la France seule est-elle vouée à devenir une puissance très moyenne, voire médiocre ? On comprend dès lors l'engouement du président Macron pour le fédéralisme européen.
Etat-nation ou Etat-intégré, il est possible que la France doive renoncer, tôt ou tard, à certains de ses territoires d'outre-mer, (trop cher, trop loin, trop instable) à moins qu'une éventuelle Europe fédérale y trouve quelque intérêt, mais ce n'est sans doute pas si évident.
Tout dépendra-t-il des accords que passeront les firmes transnationales et autres consortiums internationaux avec les Etats concernés quant à l’exploitation des ressources naturelles ? C'est cela aussi la mondialisation. L'économique finit par primer sur le politique et les multinationales peuvent alors négocier la gestion des espaces rentables. 

 

5.
La mondialisation, c'est l'internationalisation assurée des mafias et des magouilles. Le droit du plus fort économique.
Le protectionnisme et les replis nationaux, c'est l'assurance de conflits à n'en plus finir. Le droit du plus dissuasif et du plus violent.
Dans les deux cas, la démocratie risque de devenir de plus en plus formelle. Les politiques sont méprisables.

 

6.
L'IA finira-t-elle par remplacer les musiciens professionnels du genre pop/rock ? Je le crains. J'ai l'impression, d'après ce que j'ai pu entendre sur You Tube, qu'il ne faut guère de temps à certaines IA actuelles pour imiter à peu près tous les styles et cela de manière de plus en plus convaincante. Ce qui tend à relativiser la valeur réelle de bien des rock stars que nous avons tant appréciées. Le rock n' roll, « a great swindle », comme le disaient les Sex  Pistols ? En clair, une IA pourrait-elle nous pondre du Bob Dylan, du Rolling Stones, du Led Zeppelin à l'infini ? A méditer.
Pour être encore plus clair, quand une IA sera capable, en se basant sur les normes du pop/rock, de déterminer quels niveaux d'originalité et de complexité sont nécessaires pour qu'une composition soit qualifiée d'intéressante et de méritoire par des humains un peu trop bon public (genre ma pomme), ne verra-t-on pas bientôt se multiplier les faux génies d'une musique soi-disant novatrice complètement bidouillée par les machines à Elon Musk ?

Du reste, m'étonnerait pas que le point de singularité ait déjà été atteint depuis quelques années, et que les IA sont devenues si fines et si malignes qu'elles se débrouillent pour que nous en prenions conscience le plus tard possible, très tard, trop tard.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 décembre 2024.

15 décembre 2024

COMME UN LOUP DANS UN POT DE CONFITURE

COMME UN LOUP DANS UN POT DE CONFITURE

 

« Les voilà, sauvons-nous ! Non, je ne vois personne.
Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne.
Je les entends, fuyons. Le vent faisait ce bruit.
Coulons-nous en faveur des ombres de la nuit. »
(Corneille, « L’Illusion comique », III, 7 [Matamore])

 

1.
Les choses se divisent en deux groupes ; celles qui ont un cerveau et celles qui n’en ont pas. Toutes sont potentiellement dangereuses. Surtout quand elles remuent. Certaines sont utiles, voire indispensables, et parfois même belles.

 

2.
« Voilà » a une nature hétéroclite : préposition ? adverbe ? présentatif ? verbe constitué de l’impératif « vois » et de l’adverbe « là » ? Mangeons des bananes.

 

3.
Sauvons-nous quand vient le temps des fraises vengeresses. Ainsi, dans leur sommeil, se torturaient quelques vieilles trognes de pomme. Sauvons-nous, sauvons-nous,
Nous n’échapperons pas à la tarte sanglante, murmuraient-elles, ces barbes archaïques (barbe à bouc, barbe à bique) cependant que le ciel se couvrait du vol pourpre et noir des fraisiers sauvages.

 

4.
Non, je ne connais pas la chanson du « Vampire qui a mal aux dents ». D’ailleurs,
Je n’en connais pas, des chansons. Je me méfie des chansons. On ne sait pas ce qu’il y a dedans, qu’on y mettrait des bouts d’ceci et d’cela que ça
Ne m’étonnerait pas qu’on vous vend ça bien gras avec des frites et une odeur de vieille huile pouah. Et puis, dites, je ne 
Vois pas pourquoi je vous chanterai une chanson. Me prenez-vous pour un politique en campagne ? Pour un Macron (il fut président) à ministères coin-coins ? Certes, j’ai connu une clarinette, mais elle était mariée.

 

5.
Personne ne sait mieux que moi le prix des choses quand on n’en a rien à carrer (on dit aussi « rien à cirer », mais c’est surtout quand il pleut et qu’il fait du vent).

 

6.
« Avançons », fit-il. Ils reculèrent. Il faut savoir être prudent.
« Hardiment », ajouta-t-il. Ils s’enfuirent. Le danger se précisait.

 

7.
Tout corps plongé dans l’eau sera mouillé.
Le rythme binaire que voilà ! Cela me fait marcher au pas dans le dedans d’ma tête (si j’en avais une) et rassembler mes idées en ordre serré (si j’en avais, dis, des idées). Par contre, j’ai des bananes. Les
Corps serrent la côte, pis ratent aussi, ça arrive. C’est alors que s’effilochent les flibustiers. (- On voit que vous avez des bananes. – Pardon ? – Non, je dis, on voit que vous avez des bananes.)

 

8.
Me voici ! claironna-t-il et hop il disparut dans le réel contrariant. Quand
Frissonne l’heure et que l’on se mouche le nez, rattrapez vos mouchoirs avant qu’ils aillent s’agiter bêtement sur des quais déserts.

 

9.
Je regarde la télévision, ce dimanche matin du 15 décembre 2024, et j’entends que le samedi 14 décembre, quelqu’un a abattu cinq personnes dans la région de Dunkerque. Un jeune homme, à ce que j’entends, aurait tué un « chef d’entreprise » à Wormhout dit-on, puis, à Loon-Plage, deux agents de sécurité et deux migrants (il y a des camps de migrants dans le Dunkerquois) et j’ai entendu sur France 2 ce militant d’association dire cette chose ahurissante à propos du camp de migrants, je cite de mémoire : « Cela arrive qu’il y ait des coups de feu dans le camp, mais là, on a compris que c’était différent. » Hallucinant. Etonnez-vous après qu’il y en a quand même pas mal, des gens, pour espérer la victoire de l’extrême-droite aux présidentielles 2027.

 

10.
Les humains, je ne vois pas pourquoi ils échapperaient à la grande loi des espèces et de la sélection naturelle. C’est bien pour ça que je tiens à ne les fréquenter, les gens, qu’autant qu’il est utile et nécessaire, voire distrayant. Du reste, je les
Entends, qu’ils causent sans rien dire qu’ils disent tout de même, les gens, et j’ai bien l’impression qu’ils pressentent comme une grande régulation qui va les dépeupler quelque peu, les gens.

 

11.
Fuyons, firent les carottes à l’approche de l’économe (c’est un épluche-légumes) mais la main du dieu féroce des marmites et casseroles s’abattit sur leurs petites existences. D’ailleurs, le bœuf attend. Donc, on plaisante pas.

 

12.
Le vent défois qu’on dit qu’il fait un vent à décorner les bœufs, le
Vent que moi, voyez, j’aime bien le bœuf mode, aussi la carbonade flamande. Le vent
Faisait des histoires, mais très décousues alors, avec de grands élancements.

 

13.
Ce chat-là, on dirait tellement un chat que s’il n’était pas un chat, je me dirais Quel beau kangourou tout de même. Le
Bruit se ment parce que l’arbre n’ose pas s’avouer les conséquences de la prophétie des feuilles.

 

14.
Coulons-nous ? Certains disent que oui ; d’autres disent que non. En fait,
Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, cependant que nous mangeons des bananes.

 

15.
En vérité, je vous le dis, ne mettez pas vos yeux dans la même œillère (c’est un panier à yeux) ; ils finissent par s’échanger de louches œillades, voire des clins d’œil de connivence, et sans dire un seul mot, s’accordent pour vous trahir du regard. En
Faveur de ma pomme, je n’ai que ma pomme, et si ce n’est moi, c’est quand même ma pomme, fis-je mystérieux comme un loup dans un pot de confiture.

 

16.
« Des champignons, je veux des champignons », trépignait la poêle hallucinée. Les
Ombres ne mangent pas de champignons. Donc, les ombres ne sont pas des poêles à frire. 

 

17.
De ce pas, je m’en retourne chez moi, fit le lampadaire qui se faisait bien des illusions.

 

18.
La nuit, je me demande ce que deviennent les gens, la 
Nuit, que je ne les vois pas (et c’est fort heureux), je suppose qu’ils dorment, ou se torturent, regardent des choses à la télé, souffrent mille douleurs à l’hôpital, boivent, baisent, bouffent, dansent, jouent, se font assassiner, ou, le cas échéant et en fonction de raisons que nous ignorons, ils disparaissent, les gens, entre les plis des ténèbres et voilà.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 15 décembre 2024. 

 

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