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BREFS ET AUTRES

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18 octobre 2024

L'ESSENTIEL C'EST PAS QUE ÇA EXISTE 

L'ESSENTIEL C'EST PAS QUE ÇA EXISTE 

 

1.
« Les sons, mademoiselle, doivent être saisis au vol par les ailes pour qu'ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds. »
(Ionesco, « La Leçon » [Le Professeur])

 

2.
« - Parce que les aiguilles sont soit retenues, soit poussées par le vent. »
(Helen McCloy traduit par Jacqueline Souvré, « En Scène pour la mort » [Wanda])

 

Il faut toujours savoir d'où vient le vent. A cause de l'ours, l'ours dont on a vendu la peau avant de l'avoir plumé, et qui va vous assommer de sa lourde patte.

 

3.
Ayant tendance à m'assourdir, et cela bien après ma naissance, j'en conclus que je vieillis.

 

4.
« Pour ce qui me concerne, je vous dirais que la vie, même ascétique, coûte encore extrêmement cher... »
(Céline, « D'un Château l'autre » [Le narrateur])

 

En soi, la vie n'a pas de prix. Tous les idéalistes vous le diront. Dans le réel, c'est terriblement plus relatif. Tous les marchands de canons vous le diront.

 

5.
« des millions sont morts, qu'étaient pas plus coupables que vous !... »
(Céline, « D'un Château l'autre » [Le narrateur])

 

La différence entre la guerre et le fait divers, quantitative est-elle aussi. Les motifs itou, qu'en fin de compte, ça se résume à la rareté naturelle... après, qu'on l'entretiendrait exprès soigneusement... la rareté des choses... parce qu'on n'imagine pas l'humanité autrement qu'en lutte, conflit, bagarres, bombardements, chambard, et menaces apocalyptiques... je saurais pas vous dire... j'en ponds pas, du philosophique, du résilient, du sériel polémique à passer sur France Inter, ou Clown des News.

 

6.
« le mystère piquant, qu'on a jamais retrouvé le cadavre ! on l'a pourtant vu ! le mec s'effondrer ! deux couteaux dans le dos !... »
(Céline, « D'un Château l'autre » [Le narrateur])

 

Céline le disait, qu'il y en plein les journaux, des histoires... faits divers et zigzags fatals... là, la disparition du cadavre de « la Maison Verte »... ailleurs, bizarreries diplomatiques et marchandages de tapis qu'il y a des armes dedans... ou d'autres cadavres... des encombrants... des inquiétants... des collatéraux...

 

7.
« je donnerais d'énormes leçons de Vertu, de jusqu'au-boutisme tonnerre de Dieu ! la mystique !... je me ferais tout le temps téléviser, on verrait mon icône partout !... »
(Céline, « D'un Château l'autre » [Le narrateur])

 

Pas changé... y en a toujours des imposteurs... le psychanalyste hypnotique, enjoliveur, abuseur de jeunes filles... l'Abbé des pauvres affolé du radada... d'autres encore... Tartuffes applaudis, honorés, reçus des requins, pondeur de bouquins, honoris causa et autres foutaises, puis les scandales éclatent... rejetés alors, les apôtres, agonis, crachés, pourris des œufs, en attente de jugement... qu'on sait même pas encore tout.

 

8.
18 octobre 2024. Yahya Sinwar tué, par quel cadavre ambulant le Hamas va-t-il le remplacer ?

 

9.
« ils sont plus prudents à vous tuer qu'un bourgeois à acheter ses « Suez »... »
(Céline, « D'un Château l'autre » [Le narrateur])

 

Y a des assassins... vous les croisez, vous savez pas... plus qu'on croit... dans le béton comme la verte... des tueurs froids... des sanguins aussi... des abstinents, des alcooliques, des camés, des mystiques, des hallucinés, des gagés.

 

10.
« Enfin, étrange pour étrange puisque j'étais descendu pour me rendre compte si c'était du rêve, pas du rêve... du saindoux, des gens, des nèfles, Christophe Colomb ? Cortez ?... » 
(Céline, « D'un Château l'autre » [Le narrateur])

 

Le réel se vérifie... défois qu'on va voir... qu'il y en a itou, de l'irréel... qu'on vérifie aussi qu'il y en a qui y croient, à la fiction étrange, au fait troublant, au complot reptilien.

 

11.
On s'emporte toujours avec soi dans la tombe. Et que la viande ait une âme, ça m'étonnerait.

 

12.
Bon dieu, diable, fantômes, Eldorado, OVNI, fin de l'Histoire, paix perpétuelle, mondialisation salvatrice, relance économique... l'essentiel, c'est pas que ça puisse exister, c'est que certains y croient, ou fassent semblant.

 

13.
Le politique n'arrive jamais à ses fins qu'en vendant du rêve, de la poudre de perlimpinpin, du faudrait que parce que en effet. C'est le prix de son efficacité. Laquelle est parfois relative, voire douteuse. S'il dit la vérité et parvient à, le politique obtient le privilège d'être respecté après sa mort.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2024.

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18 octobre 2024

SOUPÇONS ONOMASTIQUES

SOUPÇONS ONOMASTIQUES

 

1.
« Les cacaoyers des cacaoyères donnent pas des cacahuètes, donnent du cacao ! »
(Ionesco, « La Cantatrice chauve » [Mme Martin])

 

2.
« En apercevant le psychiatre, elle éloigna son interlocuteur d'un geste de la main. »
(Helen McCloy traduit par Jacqueline Souvré, « En Scène pour la mort »)

 

Il ne faut rien exagérer ! Ce n'est pas parce que vous apercevez un psychiatre – y en a qui passent – qu'il faut s'agiter des mains. Et, quelle que soit la hauteur du mur, gardez la tête haute, haute, haute.

 

3.
« Margaret se leva en portant la main à ses yeux. » 
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

Comme elle portait la main à ses yeux, elle vit qu'elle n'avait plus de doigts, ce qu'elle ne vit pas d'ailleurs, n'ayant plus d’yeux. Les oreilles lui manquant, elle haussa les épaules en entendant la petite voix qui disait : Tout est affaire de perception, comme on dit à Bercy. 

 

4.
A l'approche des élections présidentielles américaines, je vérifie que j'ai bien tous mes clowns. Pour la parade. 

 

5.
« Et une mouche venait constamment se poser sur le manche, bien qu'il y eût du sang séché sur la lame. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [Adeane])

 

Les mouches ont leurs raisons que les couteaux ignorent. Tous les cadavres vous le diront.

 

6.
« - Les trombones ne sont pas là, expliqua Basil. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

L'orchestre, épouvanté, décida du suicide de la symphonie. C'est depuis lors que cette œuvre méconnue est appelée « La Symphonie fantôme ». Même le nom du compositeur nous est inconnu. C'est vous dire.

 

7.
« Cette allusion et les suivantes sont extraites de la populaire « nursery-rhyme » : « Qui a tué le rouge-gorge ? »
(Note de bas de page in « En Scène pour la mort », de Helen McCloy, traduit par Jacqueline Souvré, Collection « Le Masque / Les reines du crime », n°1841, p.137)

 

Quelle allusion ? Je vous assure, mon cher cousin, que personne ici n'a tué de rouge-gorge. Un rouge-gorge... comme c'est bizarre... comme c'est étrange...

 

8.
J'ai faim. Je mangerais bien une émission culinaire, moi.

 

9.
Je devrais arrêter de fermer les yeux en regardant des films, moi. Un jour, je ne verrais pas le train arriver, et je finirai déstructuré façon Godard Jean-Luc.

 

10.
Ce roman policier était si compliqué que je n'ai jamais su qui avait été assassiné. Lorsque je crus comprendre que c'était le narrateur, je me dis qu'il fallait quand même, parfois, dans certains cas, que je condescende à lire toutes les pages.

 

11.
« Ce meurtre a été préparé par une intelligence pratique, non par un esprit tortueux. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [Basil])

 

Si vous l'avez tortueux, l'esprit, faites attention à ne pas vous mélanger les gâteux.

 

12.
« - Quatre au moins ont ou ont eu des soupçons. Et l'un d’eux est mort. » 
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [Un personnage, et même pas sur une échelle])

 

Lorsque je rencontrai Onhuhonhu, il était déjà très Onhuhonhu. Maintenant qu'il est mort, j'ai des soupçons onomastiques.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2024. 

18 octobre 2024

SI VOUS AVIEZ EU DEUX NEZ

SI VOUS AVIEZ EU DEUX NEZ

 

1.
« LE PROFESSEUR
Prenons des exemples plus simples. Si vous aviez eu deux nez, et je vous en aurais arraché un... combien vous en resterait-il maintenant ? »
(Ionesco, « La Leçon »)

 

2.
« Une mouche et un canari furent à la base de la solution du mystère du Royalty Theatre » 
(Helen McCloy traduit par Jacqueline Souvré, « En Scène pour la mort »)

 

On ne fait pas chanter une mouche. Enfin, disons que c'est difficile.

 

3.
« - Non. La dernière fois que je vous ai vue, vous étiez passionnément intéressée par... voyons donc... était-ce la rumba ou la trompette bouchée ? »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [un personnage mais pas avec un bandeau sur l’œil, une jambe de bois et un perroquet sur l'épaule ; je m'en souviendrais sinon.])

 

Plus le temps passe, plus je m'intéresse moins aux autres. Moi-même, je m'indiffère assez. Mais quand il pleut, je me dis : flûte, il pleut.

 

4.
Quand on entend des choses, c'est que l'on a des oreilles. Mais on peut avoir des oreilles sans rien entendre. C'est assez politique parfois ça aussi. Comme la saucisse.

 

5.
« Soudain, elle parut s'incorporer au mur, et disparut. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

J'admire ce vers blanc : « Soudain, elle parut s'incorporer au mur ». Il ne s'agit pas d'une gaufre, bien sûr. Je n'ai jamais vu aucune gaufre s'incorporer à un mur et disparaître. La gaufre passe-muraille, ça n’existe pas.

 

6.
C'est à force de tourner et retourner la question qu'il décida d'ouvrir une crêperie.

 

7.
« L'insecte s'envola avec un bourdonnement ironique, puis revint de nouveau tournoyer autour de l'instrument. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

Ah l'ironie des mouches ! Du reste, je ne sais qu'en dire, parce qu'il n'y a que très peu de rapport entre l'ironie des mouches et..  et quoi d'ailleurs ? Elles sont partout. Ou presque. Enfin, je crois. C'est ça qu'est.

 

8.
On ne laisse pas courir des flammes comme si c'était des chevaux sauvages. J'entends sur France Inter un fin connaisseur de l'Iliade dire que Achille, le bouillant Achille, était une brute. Je pense ça assez aussi, avec ou sans saucisse.

 

9.
« Adeane continuait à suivre la mouche des yeux et semblait n'écouter l'inspecteur que d'une oreille. » 
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

Quand on n'écoute que d'une oreille, je me demande ce que fait l'autre. Elle doit voleter quelque part dans la pièce et si, par malheur, la fenêtre est ouverte, hop, l'oreille, elle sort, un rapace passe, et nous voilà borgne.

 

10.
« - Y a-t-il une actrice répondant à ce signalement dans la pièce ? »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [un personnage mais sans faux nez])

 

Comme il n'y avait aucune actrice répondant à ce signalement dans la pièce, il en conclut que la femme invisible avait changé de perruque.

 

11.
Bien sûr que les religions sont mortelles. D'ailleurs, elles bégayent, toussent, et finissent par cracher du sang, beaucoup de sang.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2024.

18 octobre 2024

COMME UNE PÂTE A TARTINER

COMME UNE PÂTE A TARTINER

 

1.
Quand on l'a, le petit rire sec, il ne faut pas se mélanger les gâteaux.

 

2.
D'une manière générale, j'ai des cheveux. Si je n'ai pas répondu à votre question, allez vous faire brosser chez la cantatrice chauve et son caniche nain.  

 

3.
Les preuves de ma non-existence sont si nombreuses que j'en suis parfaitement pillé et par pillé.

 

4.
La place que j'ai devant les yeux – elle s'étale comme une pâte à tartiner – n’existe que par les circonstances. Soyons francs, si j'étais ailleurs, je doute d'avoir assez de talent pour la susciter, la penser, la faire résonner.

 

5.
Il ne faut pas prendre le premier ministre de la France pour un poisson stupide.

 

6.
On dit chocolatine parce qu'il y a du chocolat dedans ; de même que dans la saucisse, il n'y a ni sot, ni sotte, ni saumon.

 

7.
Je ne pense pas, je bzzzzzzzzzeute. C'est cérébral.

 

8.
En général, il vaut mieux ne pas mourir. Ce n'est guère recommandé pour la santé.

 

9.
On ne met pas toutes ses poches sous les yeux dans la même valise.

 

10.
Ayant une fois attrapé les pissenlits par la racine, il ne s'en remit jamais.

 

11.
Le temps passe, je m'efface, et m'épate même qu'aussi c'est pareil, je mange pâtes et patates.

 

12.
On ne demande pas à un képi s'il a une tête.

 

13.
Je ne m'apprécie que très moyennement. Je me supporte souvent. Parfois, ça s'aggrave. C'est, je crois, une affaire de tempérament, et de flair.

 

14.
Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir plumé est un proverbe stupide.

 

15.
Parfois, font des têtes à la grosse vache, et du museau façon nez d'boeuf ; C'est qu'il en faut pour toutes les cloches.

 

16.
Je me demande si Schrödinger avait un chat et s'il avait appelé Paradoxe. 

 

17.
« - Je ne connais personne de ce nom, dit Margaret. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort »)

 

Moi non plus, je ne connais pas de Margaret. Je n'ai même jamais essayé.

 

18.
« - Il est fort coûteux de rompre un contrat. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [un personnage])

 

On ne rompt pas un contrat avec un aspirateur. Enfin, je pense. Ou alors, il faut être méticuleux et bien aspirer tous les termes.

 

19.
On ne fait pas d'omelette sans casser de sbires est une proposition comme une autre. Après, qu'elle mange des gaufres ou pas, ça, je n'en sais rien. 

20.
« Rod se dirigea à son tour vers l'alcôve, transportant sa petite trousse noire. »
(Helen McCloy, « En Scène pour la mort » [un personnage])

 

Je crois n'avoir jamais lu cette phrase sans tomber sur la « petite trousse noire ». C'est étonnant que, depuis le temps, personne ne la lui a encore volée. 

 

21.
La question est : peut-on assassiner quelqu'un avec un roman policier ? Quelque chose me dit que oui, mais, étant moi-même assez paresseux, je ne développerai pas.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2024.

13 octobre 2024

JONQUE FEROCE

JONQUE FEROCE

 

1.
La planche 21 de l'album « Le Moine fou », de Vink compte 9 cases dont une  divisée en deux (la case 4) parce qu'il y a lutte dans le sombre. C'est qu'on se bat sur la jonque.

 

2.
Il pleut dans la planche et il pleut sur la jonque. Une silhouette joue de la flûte sous cette pluie battante.

 

3.
Le flûtiste mystérieux, on ne voit pas son visage, mais les autres visages, celui de He Pao (c’est la jeune fille), celui de Yu Kong (c’est le fou furieux), et les visages des Sœurs et des combattants, on les voit bien qu’ils sont très expressifs.

 

4.
Dans cette planche, il y a un fou qui poursuit une jeune fille, laquelle brandit un sabre (« Je vais lui trancher les jambes », qu'elle crie la jeune fille, qui s'appelle He Pao). Pour trancher les jambes d'un fou furieux, il vaut mieux un sabre qu'une chocolatine, d'autant qu'il n'est nullement question de chocolatine dans cet album de Vink dont le titre est « Le Moine fou ».

 

5.
Il y a lutte sur la jonque que c'est pas clair à cause aussi des couleurs que c'est fait exprès tout ce mauve sombre dans lequel frappe la pluie. He Pao n'arrive pas à trancher les jambes du fou furieux qui l'agresse, même que le fou la blesse.

 

6.
He Pao, c’est le nom de la jeune fille. On apprend à la planche 28 de l’album que He Pao, ça signifie « le joyau du fleuve », que je pense que ça doit être vrai parce que l’album a l’air sérieux mais si ça se trouve c’est pas ça que ça veut dire.

 

7.
« Tu ne délires pas. Effectivement quelqu'un joue de la flûte. Sans doute donne-t-il l'ordre de retraite aux brigands. »
(Vink, « Le Moine fou », pl. 21, case 7 [Sœur Esprit Limpide à He Pao])

 

He Pao, blessée, est allongée et elle a mal qu’elle croit qu’elle entend « de la flûte », mais elle n’hallucine pas des oreilles que, comme je l’ai déjà dit, il y a une silhouette sous cette pluie battante et cette silhouette joue de la flûte.

 

Sœur Esprit Limpide donne des pilules à He Pao parce qu’elle dit que ça va la soulager. C’est sûr que des pilules efficaces, c’est bien quand c’est efficace, sinon on voit pas pourquoi. Et ce n’est pas comme la chocolatine.

 

En général, il n'est pas conseillé de délirer. Le délire nuit à la bonne marche des chameaux, des flûtiaux, des chapeaux, ces derniers se mettant alors à travailler furieusement tout en s'agitant du bocal.

 

Si, effectivement, quelqu'un joue de la flûte, n'y voyez pas malice. C'est qu'il s'agit d'un flûtiste. Si vous éprouvez de la haine pour les flûtistes, que voulez-vous que je vous dise. En tout cas, évitez de tirer sur le pianiste, cela fait mauvais genre.

 

Ce n'est pas parce que l'on joue de la flûte que l'on donne forcément l'ordre de retraite aux brigands. A la saison des amours, il se pourrait que s'intensifie la soufflerie flûtiste. De même pour les cornistes, les corniauds et les coreligionnaires.

 

8.
Il y a deux sœurs dans la jonque en proie au féroce (que je dirai, pour qualifier cette planche, que c’est une planche féroce), il y a Sœur Esprit Limpide et il y a Grande Sœur et Grande Sœur elle dit qu’il « serait sage de lever l’ancre » cause que la flûte affole les fous, les « fous et drogués », qu’elle dit que la flûte affole et « les incite à un combat suicidaire ». 

 

9.
J’aime bien cette planche sur la jonque. Elle est très mouvementée et j’aime bien l’album « Le Moine fou », de Vink, qui est un auteur belge de bande dessinée. Je ne sais pas si c’est parce qu’il est d’origine vietnamienne que l’on peut dire que les albums de la série « Le Moine fou » sont sérieux parce qu’ils se déroulent en Asie d’il y a longtemps, comme dans les films qu’on voit défois avec des guerriers, des sabres, des monastères et aussi que ça me rappelle les romans de van Gulik, le juge Ti, les mystères, les fantômes et les labyrinthes. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 13 octobre 2024.

 

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6 octobre 2024

A PROPOS DE TANTE MARGOT

A PROPOS DE TANTE MARGOT

 

« Il y avait ceux qui n'étaient pas loin de considérer Tante Margot comme une fée ou comme une sorcière, incarnée dans un corps d'animal ; (...) ».
(Pierre Boulle, « La Baleine des Malouines »)

 

Il y a la clarté de l’expression – c'est important, ça, la clarté de l’expression -, il
Y a aussi de bonnes histoires et quand l'auteur sait écrire clairement et conte une bonne histoire, ça peut donner un roman qui vous intéresse, voire vous fascine. Je ne sais pas si « La Baleine des Malouines », de Pierre Boulle, peut fasciner, mais c'est du bon roman. Il y 
Avait aussi des choux à la crème, mais cela n'a rien à voir avec ce que je raconte, pas plus que le proverbe anglais « All good things must come to an end », et pas plus que le proverbe allemand « Es ist nicht alles gold, was glanzt ».

 

Ceux qui pensent que j'écris n'importe quoi ont raison. Que voulez-vous que je vous dise : il y a tant de bêtise aussi crasse qu'assassine en ce monde que j'aime autant la douce provocation de l'écriture du non-sens. « Ceux 
Qui n'étaient pas loin de considérer Tante Margot » - car il y en avait qui 
N'étaient pas loin de considérer Tante Margot – c'est le surnom de la baleine bleue – une « longueur moyenne de 25 à 27 mètres pour une masse de 130 tonnes » quand même que je lis sur Wikipédia – que donc, il y en avait, des soldats, des marins, 
Pas loin qu'ils étaient de considérer la baleine salvatrice, « détectant les mines magnétiques [et] les amenant à la portée des canons » - c'est qu'ils étaient 
Loin, les Britanniques, dans l'Atlantique sud, du côté des Malouines à reconquérir, là-bas, en 1982, et
De considérer la baleine – c'est ce que découvrent « les deux jeunes filles de la censure », Betsy et Joan – (il y a censure car il y a guerre, « la guerre des Malouines », dis), et de la
Considérer, cette baleine bleue, surnommée
Tante Margot, parce que c'est affectif, Tante
Margot, que s'ils l'avait appelée Vladimir Poutine – outre l'anachronisme -, cela aurait été moins sympathique, d'autant que Poutine tient plus du cancrelat que de la baleine.

 

Comme une fée, dis, qu'ils n'étaient pas loin de la considérer, la baleine bleue, - 
Une fée : ah, ce n'est pas rien, une fée, - la 
Fée bleue des mers du sud, voyez un peu ;
Ou comme une sorcière, non plus qu'ils n'étaient pas loin de la considérer, hein, la baleine bleue,
Comme une sorcière, une envoûtante marine, 
Une aquatique jeteuse de sorts, Calypso protectrice,
Sorcière des azurs et des gouffres amers,
Incarnée because qu'on dit que si ça se trouve que défois, on se réincarne en bestiole après qu'on fut humain, qu'alors son âme, son âme à soi, elle rentre
Dans un corps d'animal comme si elle était chez elle, là, dans
Un corps d'animal et pourquoi un
Corps d'animal et pas une boîte de petits pois, un étui de violoncelle, une poupée qu'après ça vous fait des légendes de poupée maléfique, un miroir qu'après ça vous fait des histoires de miroir hanté, que quand même un corps
D'animal, c'est plus pratique pour circuler dans l'Atlantique sud d'un roman de Pierre Boulle.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 octobre 2024.

6 octobre 2024

ET PUIS MERDE

ET PUIS MERDE

 

« Les soldats s'en vont lentement
Dans la nuit trouble de la ville »
(Apollinaire, « La mésange »)

 

Les soldats – c'est qu'il y en a des tas maintenant qui se battent de par le triste monde, des soldats, en Ukraine, en Israël, à Gaza, au Liban, et dans bien des Afriques, des 
Soldats, des soldats, des soldats qui 
S'en vont et viennent et meurent pour des drapeaux, des marchands de canons, des politiques et des voyous, des langues, des libertés et des dieux morts depuis longtemps. C'est qu'il y en a des tas, de soldats, de soldats, de soldats qui s'en
Vont pour ne jamais revenir, des âmes qui s'éteignent
Lentement, de petites flammes 
Dans la nuit des mondes qui s'effondrent qu'il y en a des gens sur la Terre, - 8 milliards, dis, qu'on dit qu'on sera 10 milliards en 2050, - ah ça en promet des massacres, des massacres, des massacres dans
La nuit des missiles, des drones et des machines à pulvériser qu'on fignole puisqu'il est si perfectionniste, l'humain ; la
Nuit trouble genre qu'on est le 6 octobre 2024 et qu'il y aura un an demain, un an qu'a eu lieu le pogrom commis par les assassins du Hamas le 7 octobre 2023. Qu'y a gagné le Hamas, à massacrer de pauvres gens qui dansaient ? Rien. Ses dirigeants sont désormais des « morts qui marchent ». Et la Palestine des Palestiniens est en passe de disparaître. Honte au Hamas, oui, sans doute, bien sûr, et puis gerbons. Un grand
Trouble court le monde. Que faut-il penser
De l'humanité ? Qu'elle court au gouffre ? Quelle évidence, dis, que la stupidité des bipèdes.

 

La ville défile parce que le train y passe et dis un peu que je cite Apollinaire, cet autre soldat parmi tant de soldats, de soldats, de soldats, et qui écrivit jadis, il y a si longtemps, si longtemps qu'entre temps bien des gens ont été assassinés :
« Ses yeux c'était tes jolis yeux
Son plumage ta chevelure
Son chant les mots mystérieux
Qu'à mes oreilles on susurre
Quand nous sommes bien seuls tous deux » 
(Guillaume Apollinaire, « La mésange » in « Poèmes à Lou »)
Et puis merde.  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 octobre 2024.

5 octobre 2024

ENIGME DANS LA SALLE DE BAIN

ENIGME DANS LA SALLE DE BAIN

 

« Mme MARTIN. - Ce matin, quand tu t'es regardé dans la glace tu ne t'es pas vu.

 

MARTIN. - C'est parce que je n'étais pas encore là... »
(Ionesco, « La Cantatrice chauve », scène IX)

 

Mme MARTIN dit quelque chose parce qu'il faut bien dire quelque chose quand on est un personnage d'une pièce de théâtre et qu'on est sur la scène donc Mme
MARTIN dit quelque chose ; elle fait même une remarque, Mme MARTIN concernant l'absence de M. MARTIN 
Ce matin dans la glace de la salle de bain (je suppose que c'était dans la salle de bain parce que Mme MARTIN précise que c'était ce matin. Or, nous savons que M. MARTIN, le 
Matin, n'a pas pour habitude de fréquenter d'autres miroirs que celui de la salle de bain. Après tout dépend de ce que l'on appelle « matin »).

 

Quand donc, lorsque M. MARTIN, ce matin, s'est regardé dans la glace, il ne s'est pas vu.
« Tu ne t'es pas vu », lui fait remarquer Mme MARTIN, parce qu'elle a le sens de l'observation. « Tu
T'es regardé dans la glace ; tu ne t'es pas vu », insiste Mme MARTIN, parce qu'elle a le sens de la répétition. Et certes, lorsqu'il s'est
Regardé dans la glace, ce matin, M. MARTIN ne s'est pas vu, là,
Dans la glace, oùsqu'il s'est visionné, M. MARTIN, là, dans
La glace, que c'est même pas qu'il n'en a pas cru ses yeux, que c'est que, là, dans la
Glace, ce matin, M. MARTIN, eh bin, il ne s'est pas vu.

 

Tu le crois ça, dis, tu le crois que lorsque M. MARTIN s'est considéré, ce matin, dans la glace, qu'il
Ne s'est pas vu pas pris pas cru pas dit. Dis,
T'es tout de même pas assez pour le croire ça, hein, dis moi
Pas que hein, dis, qu'il n'y a pas une explication logique au fait que M. MARTIN ce matin, dans la glace, il ne se soye pas
Vu, vu comme on dit, ah tiens, je l'avais pas vu.

 

M. MARTIN (j'ai connu un M. MARTIN ; c'était un instituteur ; c'était il y a longtemps, et pourtant j'étais né). M.
MARTIN, lui, il le sait bien pourquoi que ce matin, dans la glace, il ne s'est pas vu, que c'est lui-même qui va vous le dire, pourquoi, que moi, pendant ce temps, j'écoute le morceau « High and Dry », des Rolling Stones, sur l'album « Aftermath », que je vous en cite un bout de cette pièce country-blues, même que ça dit à un moment : 
« It's lucky that I didn't have any love towards her
Next time I'll make sure that the girl'll be much poorer
High and dry oh, what a way to go
She left me standing here just high and dry », que moi ce « high and dry », ça me fait penser au hareng saur pendouillant à la ficelle du poème de Charles Cros.

 

C'est que, qu'il explique M. MARTIN, s'il ne s'a pas vu, ce matin, dans la glace, c'est
Parce que, mais ce n'est pas parce que nous sommes en octobre 2024 et en fin de compte, on peut se demander si les gilets jaunes auraient pas eu raison des fois de Macron (poil au menton), cause que tant de violences, de gens matraqués, édentés, éborgnés, pis des procès pour en arriver à ça : un président impuissant (poil aux dents) et débordé (poil au nez) par la droite conservatrice (poil à la nourrice). A vomir. Honte à vous, président Macron, et je pèse mes cornichons et c'est parce
Que je n'étais pas là non plus qu'il dit, M. MARTIN,
Je ne me suis pas vu parce que je
N'étais (et ce n'est pas non plus parce que l'on pourrait dire Mélenchon, je te méprise. En acceptant de pactiser avec l'islamo-gauchisme, tu as tué la gauche française, et tu le sais, parce que M. MARTIN est un personnage d'une pièce de théâtre de Ionesco et qu'il ne fait de politique que par coïncidence). Non, et M. MARTIN le dit très bien, c'est parce que je n'étais, nous dit M. MARTIN,
Pas encore (poil au corps, poil aux nichons, poil aux cornichons), pas 
Encore, puisqu'il n'était pas
Là, et c'est tout ça que voilà. 

 

Note : on me demande ce que vient faire la citation d'une chanson des Rolling Stones dans cette histoire de Mme et M. MARTIN. C'est que certains n'ont pas encore remarqué que je pratiquais l'art du n'importe quoi parce que je ne prends pas grand chose au sérieux (mais j'aime beaucoup les Stones). 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 octobre 2024.

5 octobre 2024

JE VOUS DIS ÇA C'EST POUR LE SON

JE VOUS DIS ÇA C'EST POUR LE SON

 

« Elle recomposa un numéro et, lorsqu'elle obtint une réponse, elle prit une petite voix essoufflée pour chuchoter : »
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, « A l'hôtel Bertram »)

 

Elle – est-elle une aventurière, une détective (c'est rare, mais défois ça arrive dans les romans), une écuyère, une guitariste ? Elle
Recomposa un numéro (et ça c'est parce qu'elle téléphone, parce qu'une guitare n'est pas un téléphone).
Un numéro donc qu'elle recomposa et nul ne sait quel est ce 
Numéro parce qu'en fait, on s'en fiche
Et, lorsqu'elle obtint une réponse,

 

Lorsqu'elle se rendit compte que le coupable qu'on disait qu'il était coupable n'était pas forcément le vrai coupable because que le vrai coupable, je ne sais pas qui c'est because que j'ai pas lu le roman, elle se dit à quoi ça sert d'avoir des romans partout chez soi si on les lit pas. Alors, elle se rendit à la poste d'hier où elle télégraphia (ce qui est tout à fait surréaliste ; d'ailleurs il pleuvait des cœurs fendus). Je ne sais pas ce qu'elle
Obtint, que si elle avait fait des crêpes, elle aurait obtenu des crêpes, mais comme elle n'a pas fait de crêpes, elle n'obtint pas de crêpes mais 
Une réponse (comme quoi défois on téléphone puis y a pas personne qui répond) et cause qu'elle avait obtenu une
Réponse, elle prit une petite voix ; une petite voix
Elle prit parce que si elle avait pris le train, y aurait eu plus personne au bout du fil, et c'est pour ça qu'elle
Prit une petite voix, le genre de petite voix qu'on sait pas ce que c'est 
Une petite voix – faut-il comprendre une voix de fillette ou de 
Petite jeune fille, ou d'adolescente apeurée ? Qu'en tout cas, sa petite 
Voix là, elle était essoufflée, toute essoufflaye qu'elle estaye, que je vous dis ça c'est pour le son.

 

Essoufflée donc, genre qu'elle a couru, la petite voix, qu'elle vient d'arriver en toute urgence, panique, la petite voix, et même que c'était
Pour chuchoter, comme si elle était surveillée, la petite voix, pour
Chuchoter et je ne dirai pas quoi, zavez qu'à lire le roman. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 octobre 2024.

 

5 octobre 2024

AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE

AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE

 

« LA FOLLE
Où mène cet escalier ?

 

L'EGOUTIER
Nulle part. Après soixante-six marches, on trouve un carrefour en étoile dont chaque chemin aboutit à une impasse. »
(Jean Giraudoux, « La Folle de Chaillot »)

 

Où mène cet escalier demande-t-elle et où qu'on va donc dis que ça nous
Mène où tous ces emberlitifricotages réformatifs là dis ?

 

Cet oiseau là, voyez, c'est un ministre, un suceur assurément dans cet
Escalier, un qui se croit utile, un travailleur du règlement, un homme d'ordre, un forçat du la loi c'est la loi, un enquiquineur du brave péquin.

 

Nulle république sans la Loi. C'est la loi. D'une 
Part, parce qu'il faut  bien servir à quelque chose, et que donc, puisque l'on a fait des études, du léna et sciencepo hein, manquerait plus que ça qu'on aurait pas le droit de décider pour les autres ce qui est bon pour nous ; d'autre part,
Après tant de siècles d'Histoire et d'âneries sanglantes dans tous les coins, faut bien continuer, qu'ça ait un sens hein quand même le sens de l'Histoire qu'on a appris ça dis au Lycée que l'Histoire, elle a un sens, elle commence par une hache et finit par le grand soir, l'Histoire, passqu'à peu près qu'ça rime, et si c'est pas le grand soir, on fera comme si : ah ça les cornichons ne passeront pas. Les oignons non plus. Les andouilles nous plus. Mangeons crêpes et gaufres.

 

Soixante-six : j'l'ai est pas encore. Tu
Marches, encore, vieille fabrique à sentiments.
On marche, on marche, on fonctionne, on
Trouve toujours un moyen de s'arranger avec sa pomme ; sinon qu'on dégringole. 

 

Un jour après l'autre, comme disait ma mère, et le
Carrefour sera bien gardé. Bon, quand même que je constate qu'avec les groupes de besoin là, il y a comme du technocratique à tableau excell  à l’œuvre, genre allez, on émiette bien les emplois du temps que ça nous fait des heures en classe entière, puis des heures en groupe, puis des heures en groupes de besoin (dont on doit changer régulièrement la composition, sinon ça fait pas sérieux) puis des heures en co-intervention (tous les quinze jours), puis des heures en « soutien au parcours » (ah le nom, dis, bien pompeux, prétentieux, tous les quinze jours aussi), que ça devient difficile d'accorder les violons, que ça pourrait nous emmener vite au décalage bien concret ça, entre les élèves et nos pommes.
En tout cas, l'éducation nationale n'en finit plus de réformer dans le sens de plus ça va, plus ça va être difficile au service public d'assurer ses missions et donc les technocrates n'ont plus qu'à attendre qu'on se plante pour nous déclarer caducs, obsolètes, has been, dérisoires et si coûteux que vaudrait mieux privatiser le mammouth, tout cela avec la complicité plus ou moins en dépit de leur plein gré de l'encadrement (chefs d'établissement, inspecteurs, zélés divers des services divers) tout ça qui fonctionne parce qu'il est payé pour.

 

Etoile, étoile, ma bonne étoile,
Dont je sais que tu te fiches bien de ma poire, à
Chaque jour suffit sa peine, dis-tu, et qu'il est long, le
Chemin – les gens me saoulent ; les collègues me saoulent ; les élèves me saoulent, les politiques me donnent la nausée – qu'ça
Aboutit à quoi, je vous démonte un pneu ou c'est pour manger tout de suite ?
A quoi, à qui, à qui, à qui, que, quoi, dont, où, lesquels, comme chacun sait, sont des pronoms relatifs, à
Une impasse, dis, c'est forcé, une
Impasse avec tout là-bas, là-bas, au bout d'la longue rue qui descend, une affiche avec dessus un clown qui s'agite.

 

Conclusion : Dans l'éducation nationale, comme ailleurs, le technocrate moderne a l'art de se rendre indispensable et cela au détriment du service public, bien entendu.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 octobre 2024.

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