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BREFS ET AUTRES

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5 octobre 2024

AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE

AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE

 

« LA FOLLE
Où mène cet escalier ?

 

L'EGOUTIER
Nulle part. Après soixante-six marches, on trouve un carrefour en étoile dont chaque chemin aboutit à une impasse. »
(Jean Giraudoux, « La Folle de Chaillot »)

 

Où mène cet escalier demande-t-elle et où qu'on va donc dis que ça nous
Mène où tous ces emberlitifricotages réformatifs là dis ?

 

Cet oiseau là, voyez, c'est un ministre, un suceur assurément dans cet
Escalier, un qui se croit utile, un travailleur du règlement, un homme d'ordre, un forçat du la loi c'est la loi, un enquiquineur du brave péquin.

 

Nulle république sans la Loi. C'est la loi. D'une 
Part, parce qu'il faut  bien servir à quelque chose, et que donc, puisque l'on a fait des études, du léna et sciencepo hein, manquerait plus que ça qu'on aurait pas le droit de décider pour les autres ce qui est bon pour nous ; d'autre part,
Après tant de siècles d'Histoire et d'âneries sanglantes dans tous les coins, faut bien continuer, qu'ça ait un sens hein quand même le sens de l'Histoire qu'on a appris ça dis au Lycée que l'Histoire, elle a un sens, elle commence par une hache et finit par le grand soir, l'Histoire, passqu'à peu près qu'ça rime, et si c'est pas le grand soir, on fera comme si : ah ça les cornichons ne passeront pas. Les oignons non plus. Les andouilles nous plus. Mangeons crêpes et gaufres.

 

Soixante-six : j'l'ai est pas encore. Tu
Marches, encore, vieille fabrique à sentiments.
On marche, on marche, on fonctionne, on
Trouve toujours un moyen de s'arranger avec sa pomme ; sinon qu'on dégringole. 

 

Un jour après l'autre, comme disait ma mère, et le
Carrefour sera bien gardé. Bon, quand même que je constate qu'avec les groupes de besoin là, il y a comme du technocratique à tableau excell  à l’œuvre, genre allez, on émiette bien les emplois du temps que ça nous fait des heures en classe entière, puis des heures en groupe, puis des heures en groupes de besoin (dont on doit changer régulièrement la composition, sinon ça fait pas sérieux) puis des heures en co-intervention (tous les quinze jours), puis des heures en « soutien au parcours » (ah le nom, dis, bien pompeux, prétentieux, tous les quinze jours aussi), que ça devient difficile d'accorder les violons, que ça pourrait nous emmener vite au décalage bien concret ça, entre les élèves et nos pommes.
En tout cas, l'éducation nationale n'en finit plus de réformer dans le sens de plus ça va, plus ça va être difficile au service public d'assurer ses missions et donc les technocrates n'ont plus qu'à attendre qu'on se plante pour nous déclarer caducs, obsolètes, has been, dérisoires et si coûteux que vaudrait mieux privatiser le mammouth, tout cela avec la complicité plus ou moins en dépit de leur plein gré de l'encadrement (chefs d'établissement, inspecteurs, zélés divers des services divers) tout ça qui fonctionne parce qu'il est payé pour.

 

Etoile, étoile, ma bonne étoile,
Dont je sais que tu te fiches bien de ma poire, à
Chaque jour suffit sa peine, dis-tu, et qu'il est long, le
Chemin – les gens me saoulent ; les collègues me saoulent ; les élèves me saoulent, les politiques me donnent la nausée – qu'ça
Aboutit à quoi, je vous démonte un pneu ou c'est pour manger tout de suite ?
A quoi, à qui, à qui, à qui, que, quoi, dont, où, lesquels, comme chacun sait, sont des pronoms relatifs, à
Une impasse, dis, c'est forcé, une
Impasse avec tout là-bas, là-bas, au bout d'la longue rue qui descend, une affiche avec dessus un clown qui s'agite.

 

Conclusion : Dans l'éducation nationale, comme ailleurs, le technocrate moderne a l'art de se rendre indispensable et cela au détriment du service public, bien entendu.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 octobre 2024.

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28 septembre 2024

L'ARAIGNEE DANS LE RIDEAU

L'ARAIGNEE DANS LE RIDEAU

 

1.
J'aime bien le début du roman « L'insoupçonnable Grandison », de Charlotte Armstrong, je cite: « - Combien de masques rencontrons-nous dans une journée ? ».

 

2.
Il y a parfois des personnes dont on se demande si elles avaient « des raisons de souhaiter mourir ». Il y a aussi des créatures perfides. 
Citation : 
« - Méfiez-vous, s'écria Jane, inquiète, c'est une créature perfide. Elle vous ensorcellera et vous mènera par le bout du nez. »
(Charlotte Armstrong traduit par Ishbel du Cazalet et Edwige Champoury, « L'insoupçonnable Grandison »).
Les créatures perfides, ces araignées du réel.

 

3.
Hier, une élève s'est inquiétée d'une araignée dans le rideau.

 

4.
Aujourd'hui, le 27 septembre 2024, on dit sur France Inter que des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth visaient le quartier général du Hezbollah.

 

5.
Dans le roman de Charlotte Armstrong, il est question d'un « sac de coûteux chocolats hollandais enveloppés de papiers brillants. » C'est peut-être un détail.
Dans les romans policiers, les chocolats, défois, ça évoque le poison, ça défois, les chocolats... le bouillon de onze heures... Je me demande d'où ça vient, cette expression de « bouillon de onze heures ». Paraît que ça viendrait des empoisonnements concoctés par La Brinvilliers, celle-là de « l'affaire des poisons », au 17ème siècle.

 

6.
Il y a, à chaque instant, quelqu'un qui s'apprête « à quitter la bibliothèque », et tant qu'il y aura des bibliothèques, il y aura, à chaque instant, quelqu'un qui s'apprêtera à quitter la bibliothèque, puisque, aussi bien, il y eut une quantité énorme de gens qui, à chaque instant, se sont apprêtés « à quitter la bibliothèque ».
Citation : « Grandy, la main sur la poignée de la porte, s'apprêtait à quitter la bibliothèque. »
(Charlotte Armstrong, « L'insoupçonnable Grandison »).

 

7.
« Elle se reconnut, mais l'image ne lui rappelait aucun souvenir. »
(Charlotte Armstrong, « L'insoupçonnable Grandison »).

 

Elle, - s'agit de Mathilda -,
Se reconnut, c'est-à-dire que l'image qu'on lui présentait d'elle-même était conforme à la représentation qu'elle se faisait d'elle-même. C'est ainsi que le réel procède pour reconnaître les vivants. Et, comme elle se
Reconnut, elle vit qu'elle n'était pas une autre, qu'elle ne serait jamais cette autre fille qu'elle croyait qu'elle était.
Mais alors, si elle n'était pas cette autre fille qu'elle croyait qu'elle était, qui était réellement cette personne dont elle reconnaissait
L'image – c'était elle-même – mais qui
Ne lui rappelait aucun souvenir, ne
Lui évoquait aucun passé où elle aurait pu être, ne lui
Évoquait rien, comme si elle avait été tout autre que cette fille sur la photographie qui lui ressemblait pourtant copie conforme, jumelle, elle tout craché, ne lui évoquait
Aucun (alors à ce moment un élève dit que si l'araignée se décrochait du rideau et lui rentrait dans le nez, il pourrait mourir. Ce à quoi je rétorquai qu'il serait fort étonnant que l'araignée du rideau se mette à calculer qui avait le plus gros nez de la classe pour aller s'y fourrer) et donc Mathilda , la photographie ne lui évoquait aucun
Souvenir que peut-être cette Mathilda là, la Mathilda de la photographie, était soit une fausse Mathilda, une autre fille déguisée en Mathilda, soit comme c'est écrit dans le roman, « qu'elle avait pu, en effet, perdre la mémoire. » 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 28 septembre 2024.

22 septembre 2024

LES REVES DONT LES CHOSES SONT FAITES

LES REVES DONT LES CHOSES SONT FAITES

 

1.
« Elle ne peut tout de même pas nous poursuivre tout autour du globe. »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Mort sur le Nil » [Simon Doyle])

 

Certes, non, elle ne peut tout de même pas nous poursuivre tout autour du globe.
Sauf si elle est la Mort.
La Mort n'est pas un chou à la crème.
Dans certaines conditions, un chou à la crème peut être mortel.
Dans certaines conditions.
La Mort n’est pas non plus une actrice de cinéma.
Une actrice de cinéma peut tout aussi bien que n’importe qui assassiner quelqu’un.
Dans certaines conditions.
Vous n’avez qu’à demander à l’inspecteur Colombo.

 

2.
« Enfin, quelle importance, voilà ce que je dis toujours, ça reviendra, ça que je trouve si merveilleux, tout revient. »
(Samuel Beckett, « Oh les beaux jours ! » [Winnie])

 

Je ne sais pas si les choses reviennent comme quand on dit « ça reviendra », « tout revient ».
Je ne sais pas si les choses elles-mêmes savent si elles reviennent ou pas.
Les choses qui reviennent sont-elles elles-mêmes ou les échos d'autres échos ?
Je regarde les dominos. Les dominos ne me tirent pas la langue. Ils ne haussent pas les épaules. Mais tout de même, je le sens bien qu'ils se moquent de moi.

 

3.
« You Really Got Me » est un titre des Kinks sorti en 1964.
Le groupe Van Halen en a publié une version fameuse en 1978. On y entend de la guitare électrique dont on dit qu'elle est virtuose. Je ne sais pas si elle est virtuose.
Mon âne ne sait pas ce que c'est que la virtuosité.

 

« Yeah, you really got me now
You got me so I can't sleep at night »
(Ray Davies, « You Really Got Me »)
J'aime bien citer les chansons, surtout celles en anglais.
Dois-je me justifier de citer les chansons, surtout celles en anglais ?
Certes, vous avez le droit de ne pas aimer les chansons, surtout celles en anglais.
Mais moi, j'aime citer les chansons, surtout celles en anglais.

 

4.
« Je me retournai vers Rayna. Elle avait déjà désactivé son hologramme de camouflage humanoïde. Je fis de même. L’heure était venue. »
(Martin Winckler, « Le mensonge est ici » [le narrateur])

 

Je me demande si le réel ne grouille pas de camouflages humanoïdes.
Et si le réel réellement grouille de camouflages humanoïdes, je me demande ce qui se cache derrière ces camouflages humanoïdes.
Un solo de Jimi Hendrix ?
Une équation d’Albert Einstein ?
Les rêves dont les choses sont faites ?

 

5.
J’écoute un disque de Yma Sumac.
J’aime beaucoup la voix de Yma Sumac.
J’aime beaucoup le mystère et la science des chansons de Yma Sumac.
Je me dis que Yma Sumac est peut-être la plus grande chanteuse pop qui ait jamais existé.
Comme elles me semblent fades, les voix des midinettes à ritournelles actuelles que l’on nous vend comme de la nouveauté.
« Nous avons perdu en exigence », me dit ma collègue de philosophie à Aire-sur-la-Lys.

 

Je ne fonderai pas de société secrète vouée au culte de Yma Sumac.
Mais tout de même, j’aime beaucoup la voix de Yma Sumac.

 

Comme j’aime beaucoup la guitare de Jimi Hendrix,
Comme j’aime beaucoup l’inventivité des Beatles,
Comme j’aime beaucoup la poésie de Leonard Cohen,
J’aime beaucoup la voix de Yma Sumac.

 

6.
Je ne lirai pas de Dostoïevski aujourd’hui.
Je n’écouterai pas « Dans les steppes de l’Asie centrale » aujourd’hui.
Je ne boirai pas de vodka aujourd’hui.
Je regarde des trissotins disserter sur Macron et sur Barnier.
Je bois un whisky et j’écoute du blues.
Comme tous ceux qui boivent du whisky et écoutent du blues.
Peut-être plus tard j’aurai envie de vomir.
Ça passera.
Bah en vérité, je suis dans un rade en basse-ville et je bois de la bibine qui fait pisser en compagnie d’un crétin de base qui me raconte que Poutine c’est sa belle-sœur.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 septembre 2024.

 

14 septembre 2024

POUR NE PAS FINIR TOUT A FAIT BILLE

POUR NE PAS FINIR TOUT A FAIT BILLE

 

« Le soleil était encore au-dessus de l’horizon (non pas le soleil ; l’apparence du soleil ; c’était cet instant où il s’est déjà couché, ou bien va se coucher, et alors qu’on le voit là où il n’est pas).
(Adolfo Bioy Casares traduit par Armand Pierhal, « L’Invention de Morel »)

 

Le soleil, ô vieille tête tranchée qui n’est pas une tête tranchée puisqu’elle est le
Soleil. Le soleil (et comme je regardais la jeune femme je vis qu’elle 
Était déjà vieille des années de son père, des nuits de sa mère et
Encore que l’on pouvait y discerner les traits de son visage d’enfant,
Au-dessus de ce temps transparaissant, passait l’ombre
De ce qui use le réel comme l’eau use la pierre), mais pourquoi vous parler de ce fantôme puisque ce qui importe ici, c’est
L’horizon, cette ligne sur laquelle roule le soleil
(Non pas le soleil ; une boule gonflée de sang ; non
Pas le soleil ; un panier d’âmes tourmentées ; non pas
Le soleil ; une tête de cheval tournoyante ; non pas le
Soleil ; une vieille tête tranchée qui n’est pas une tête tranchée puisqu’elle est le soleil).

 

L’apparence étant contre moi, je ne me fis plus aucune illusion.

 

Du soleil, il y a certainement tant de choses à dire, mais moi, du
Soleil, étant aussi ignorant qu’un sac de billes, je ne sais rien.

 

C’était une main. Elle galopait toute seule le long de 
Cet alentour, de cet environ, de cet
Instant, et elle disparut si vite que je crus avoir rêvé. Je me dis : « La main passe. »
Où donc est-elle passée, cette main ? Se peut-
Il que cette main ne soit pas une main mais un animal en forme de main ? S’est-il ce genre
Déjà produit dans la tête d’autres gens ? J’étais 
Couché et mes billes roulaient au plafond comme autant de petites étincelles indépendantes.

 

Ou alors je n’étais pas couché, et je regardais mes billes s’échapper de moi, sac ouvert. Ou
Bien je n’étais pas là et mes billes en profitaient pour jouer avec une de mes célèbres mains tendues que, jadis, je tranchais avec l’exactitude de celui qui 
Va comme il peut sans 
Se soucier des autres joueurs de billes (écoutons du rock ; écoutons la jeunesse du monde me dis-je en croquant un cornichon). Ou bien j’allais me
Coucher, ayant rassemblé mes billes et les ayant remises dans le sac dont j’ai fait mon corps.

 

Et comme j’écoutais la chanteuse de pop/rock moderne et les sons électroniques qui y esquissent des perspectives planantes,
Alors je l’imaginais en robe d’été, achetant des légumes au marché, poivrons, tomates, oignons, même
Qu’on en fait des plats parfumés, dis. Ça doit être
Le son si particulier de ce groupe, méditerranéen à mélopées et percussion du sable que le vent jette dans les herbes.
 

 

Voit-elle, la lune ? Non, la lune ne voit pas. D’ailleurs,
Là où on la voit, la lune, c’est
Où elle n’est que l’apparence de la lune. De même,
Il n’est pas là, le soleil, il
N’est pas là où on le voit. D’ailleurs, il n’y a 
Pas de lune, ni de soleil, il n’y a que des phénomènes auxquels je donne un nom pour ne pas finir tout à fait bille.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 septembre 2024.

 

7 septembre 2024

ET QUOI QU’IL FAIT LE LANSQUENET ?

ET QUOI QU’IL FAIT LE LANSQUENET ?

 

« Si ce n’était que le squelette du lansquenet emprisonné dans la boiserie, et heurtant du front, du coude et du genou ! »
(Aloysius Bertrand, « La chambre gothique ») 

 

Si ce n’était que cela, car après tout 
Ce n’était que cela, - une chanson, une vignette, une poignée de syllabes,
N’était-ce que cela ? N’était-ce
Que la lumière la nuit qui défile sur le mur, que
Le bruit de deux verres entrechoqués et les miettes d’une conversation, que le
Squelette, - tiens, v’là des osses qui passent -, le squelette 
Du lansquenet, - mais sans doute ne savez-vous point, petits habitants des états provisoires, ce qu’est un
Lansquenet ? Alors je vais vous l’apprendre, qu’un lansquenet était un mercenaire des XVème et XVIème siècles, souvent, dit-on, d’origine germanique, et bien sûr, le lansquenet, soit qu’il fut tué dans une bataille ou mauvais coup, soit agoni de maladie ou de vieillesse, ça fait longtemps qu’il est squeletté, le lansquenet, que donc défois, il spectre, il fantomise, il s’attarde, tout
Emprisonné qu’il est
Dans le placard, le miroir, la soupière, la saucière, la guitare fanfaronne, l’épée oubliée, le galion englouti, le canard fantomatique de l’étang chimérique, ou plus simplement dans
La boiserie parce que c’est écrit dans le poème à Aloysius Bertrand qu’c’est dans la 
Boiserie qu’il est emprisonné, le lansquenet.
Et quoi qu’il fait là, le squelette, très
Heurtant – ah c’est qu’il remue ! –
Du front – ah c’est qu’il remue ! – du
Front, du coude – ah c’est qu’il remue ! – 
Du coude et du genou – ah c’est qu’il remue ! – du
Coude et du genou – ah c’est qu’il remue ! – 
Et du front, du coude et
Du genou, il en donne des coups, du front, du coude et du
Genou dans la boiserie, même que ça inquiète les vivants, tous ces coups là, la nuit, dans la boiserie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 7 septembre 2024.

 

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3 septembre 2024

MA SOEUR C'EST PAS LA PLUIE

MA SOEUR C'EST PAS LA PLUIE

 

« Ma sœur, la Pluie,
La belle et tiède pluie d'été,
Doucement vole, doucement fuit,
A travers les airs mouillés. »
(Charles Van Lerberghe, « Ma sœur la pluie... »

 

Ma sœur, c'est un abus de langage car je n'ai pas de
Sœur, - j'ai bien des albums de Tintin et Milou, mais on s'en fout.

 

La pluie, elle tombe et elle mouille. C'est ça, la
Pluie, quelque chose qui tombe et mouille, alors que les albums de Tintin et Milou, quand ils tombent, ils mouillent pas, ils s'abîment, mais on s'en fout.

 

La pluie, je ne sais pas si on peut dire qu'elle est 
Belle qu'on dirait oh la belle pluie, on dirait ma sœur, mais ça serait bizarre et remarquez que je ne compare pas non plus la pluie à un crabe aux pinces d'or, ce qui serait bizarre, savez-vous.

 

Et quand il pleut, il faut prendre un parapluie, parce que même si elle est
Tiède, la pluie, ça mouille ; mais si vous n'avez pas de parapluie, alors, la 
Pluie, « la belle et tiède pluie d'été », comme dit le poète parce que la pluie
D'été est plus belle que celle d'hiver, qui est souvent froide et vous met de mauvaise humeur.

 

Doucement qu'elle y va, la pluie d'été ; d'ailleurs, elle ne va pas, elle
Vole (c'est un point commun avec des filles qui sont, par nécessité statistique, forcément sœurs de quelqu'un, qu'il y en a qui volent dans les magasins et d'autres qui sont hôtesses de l'air). Donc,
Doucement qu'elle y va, la pluie, comme une ballade à la guitare. C'est qu'elle
Fuit aussi, la sœur pluvieuse là, par les routes, qu'on se dit tiens, il a plu.

 

A sa sœur la Pluie on ne susurre pas des sottises (par exemple, on ne lui   susurre pas des choses à propos de clitoris, ou de cyprine) ; ça la saoule que si elle le prend de 
Travers, elle va appeler son cousin le Vent, qui peut être très vif, savez,  et foncer dans
Les airs comme on vole dans les plumes qu'il fonce dans les
Airs comme un pas content qu'ils en seront tout 
Mouillés, envolés, trempés, vos albums de Tintin et Milou que vous avez laissés sur la table de jardin, vous fiant au beau temps et allant voir votre sœur défois qu'elle aurait battu le beurre, fait des crêpes, voire des gaufres.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 septembre 2024.

1 septembre 2024

CORNICHONS ET ESPRIT DE FAMILLE

CORNICHONS ET ESPRIT DE FAMILLE

 

« Depuis de nombreuses générations, cette famille était hantée par un esprit qui était à la fois bon et mauvais. »
(Anne Rice traduit par Annick de Scarba, « Taltos » [Yuri])

 

Depuis de nombreuses générations, je suppose que l'on mange des cornichons, lesquels sont venus d'Inde et il paraît qu'ils y sont retournés.

 

De ce petit cucurbitacée, on passe facilement au pâté et itou à de
Nombreuses occasions d'en manger, des cornichons, avec des frites et du jambon, par exemple qu'avec ça, les
Générations passent et on mange des tas de choses qu'on mangeait pas avant comme les kebabs et les hamburgers qu'on trouve là où l'on fait des hamburgers.

 

Cette famille, parce que souvent les romans, c'est plein d'histoires de ce qu'on appelle 
Famille, figurez-vous qu'elle était hantée ; à la menthe, non pas à la menthe qu'elle
Était, cette famille,
Hantée ; c'est le personnage de Yuri du roman « Taltos », de Anne Rice, qui le dit, que donc je pense à Yuri Gagarin, qui fut le premier homme à voyager dans l'espace, même qu'il y a une théorie genre « on nous cache tout, on nous dit rien » que l'on appelle la théorie des « Lost Cosmonauts », dont la chaîne Feldup sur YouTube cause très bien dans une vidéo dont le titre est : « Les plus grands mystères de l'histoire de la radio » (Findings n°104). 

 

Par un esprit qu'elle était hantée cette famille, parce que c'est plus rare qu'une famille soit hantée par un grain de riz ou une bouteille de coca.
Un esprit, si vous voyez ce que je veux dire, du genre phénomène paranormal qui court les générations comme un cascadeur court des risques, et cet
Esprit, l'esprit de la famille, c'était pas un esprit
Qui était diabolique, sacrificateur, puant le bouc avec des cornes et des ongles sales. C'était pas non plus un esprit qui
Était du genre bon génie à vous sortir de lampes frottées pour exaucer des souhaits. Non, d'après ce que dit Yuri, cet esprit était
A la fois bon (c'est-y pas qu'il était bon en maths, physique et mécanique des fluides?) et à
La fois mauvais (surtout quand il était revenu du pied gauche, qu'alors il crachait dans la soupe en grondant des latineries à faire pâlir les exorcistes). Donc, des
Fois bon, gentil, comme ça ; et des fois, pas
Bon, pas bon du tout ah ça que c'est pas bon
Et même mauvais, mauvais mauvais, ah
Mauvais comme un homme, c'est tout dire. 

 

Note : Nous sommes le 1er septembre 2024, et les médias disent que le 2 septembre, le président Macron pourrait demander à Bernard Cazeneuve d'être premier ministre à la France. Je ne dirai rien de Bernard Cazeneuve parce que je m'en fiche de Bernard Cazeneuve. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 1er septembre 2024.

1 septembre 2024

DE LA CHERIE DE LA SORCELLERIE ET DE L'AMOUR

DE LA CHERIE DE LA SORCELLERIE ET DE L'AMOUR

 

«  - Ma chérie, nous ne prenons pas vraiment ces histoires de sorcellerie au sérieux, tu sais, plaida Béa. »
(Anne Rice traduit par Annick de Scarba, « Taltos »)

 

Ma chérie que j'lui ai dit souvent quand elle était ma
Chérie mais elle n'est plus ma chérie depuis quelques années déjà. Ceci dit, nous
Nous voyons souvent, comme les poissons d'une même espèce se croisent fréquemment dans le même aquarium. Nous
Ne nous détestons pas ; nous sommes comme fidèles à une vieille habitude d'amitié. Nous ne
Prenons plus tous nos repas ensemble et ne partageons plus ni même lieu, ni même lit, et c'est très bien ainsi. Chacun a rompu avec son fantôme.

 

Pas vraiment ces histoires, pas ce genre d'histoires, non, pas
Vraiment, la sorrrrrcellerie, non, nous n'y croyons plus, à toutes 
Ces histoires de mauvais œil et de chouette clouée (les humains sont courageux mais stupides), non toutes ces
Histoires d'envoûtement, de vaches malades et 
De jument de Michao, toutes ces histoires de 
Sorcellerie, qu'en dire ? Elle résiste, la sorcellerie, à la science, aux progrès techniques,
Au bon sens et aux haussements d'épaules de l'instituteur et du curé, résiste au
Sérieux et se répand sur internet avec ses symboles grotesques et ses images malsaines, dans des complotismes déglingués et des jeux de piste à énigmes alambiquées qui mettent défois mal à l'aise (ARG, « Alternative Reality Game », qu'ça s'appelle ce genre).

 

Tu sais, l'amour n'est pas sorcier, - défois, dis comme c'est bête - mais
Sais-tu, l'amour on dit que défois il fait de grandes choses et c'est pas ce que
Plaida Béa, parce que je ne sais pas qui est Béa, même qu'elle n’existe pas,
Béa, donc moi je dirais bien que Béa va se faire une tartine de Nutella (poil aux bras).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 1er septembre 2024.

1 septembre 2024

DES MONUMENTS DES POUPEES ET DES JOUETS

DES MONUMENTS DES POUPEES ET DES JOUETS

 

« Les monuments sont réservés à ceux qui peuvent voyager, tandis que les poupées et les jouets qu'il fabriquait étaient présents dans le monde entier. »
(Anne Rice traduit par Annick de Scarba, « Taltos »)

 

Les monuments - ça rime avec « éléphant », avec « effervescent » et donc avec « éléphant effervescent », ça, les
Monuments mais ça n'a pas d'importance, parce qu'ils ne
Sont pas des poissons, les monuments, ni des cornichons, - les cornichons, c'est politique – en tout cas, ils sont 
Réservés (si on veut car certains monuments ne sont pas très discrets ; d'ailleurs je me demande si ça a un sens de parler de la discrétion des monuments).

 

A Paris, on peut en voir des monuments mais moi j'y vais jamais à Paris parce que Paris me fait peur alors je ne vais pas à Paris. Je regarde des cartes postales avec des monuments dessus (oui, là, ils se montrent assez discrets dans le genre monumental, les monuments).

 

Ceux qui peuvent voyager, ils vont les voir les monuments. Ceux
Qui peuvent voyager c'est qu'ils ont des sous, ou qu'ils savent faire des économies ; alors ils
Peuvent voyager (ils ont des valises et des malles mais ce n'est pas pour ça que l'on va y trouver, dans les valises et les malles de ceux qui peuvent
Voyager, des têtes coupées ou des exemples de grammaire anglaise comme par exemple : « Lucy was playing with her toys »).

 

Tandis que les poupées, elles me font peur aussi les poupées avec leurs grands yeux fixes qui vous regardent fixement comme si elles étaient féroces en dedans, les poupées ; alors, tandis
Que les poupées nous regardent fixement, avec leurs grosses têtes qu'elles ont
Les poupées, tandis qu'elles nous regardent fixement, hein les
Poupées que je suis sûr qu'elles dissimulent dans leurs habits de poupées, Et aussi dans leurs maisons de poupées,
Les jouets, les jouets tranchants, les
Jouets méchants, traîtres et incisifs comme les gens dont on ne se méfie jamais assez et que l'on croise partout. Des poupées et des jouets
Qu'il fabriquait, le personnage dont il est question dans les premières pages du roman « Taltos », de Anne Rice ; alors, donc, cet homme, il
Fabriquait des poupées et des jouets que c'est tout de même moins dangereux que des armes à feu ou des poisons pour empoisonner les gens qu'on voudrait défois empoisonner défois mais on le fait pas, en tout cas pas tous, car ça ne se fait pas – (c'est d'ailleurs puni par la loi) ; des poupées et des jouets qui
Étaient présents partout que si ça se trouve ils avaient envahi le monde, les poupées aux regards fixes et leurs jouets qui coupent des doigts ;
Présents partout comme si le monde était possédé par les poupées et leurs jouets étouffe-marmots ; présents partout,
Dans le monde entier, à guetter la bonne occasion,
Le bon moment pour s'incruster dans les maisons, pour envoûter le
Monde, jeter des sorts de poupée maudite et de jouet létal dans le monde, le monde, le monde
Entier, le pauvre monde des pantins et des baudruches. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 1er septembre 2024. 

27 août 2024

PRIERE DE NE PAS RACONTER D'HISTOIRES DRÔLES AUX STATUES

PRIERE DE NE PAS RACONTER D'HISTOIRES DRÔLES AUX STATUES

 

1.
« Si le surréalisme a marqué l'occasion de promener dans le décor romantique un fanal découvreur de trésors,... »
(Jean-Luc Steinmetz, préface à « Gaspard de la Nuit », de Aloysius Bertrand).
Le surréalisme, il faisait de l'urbex, de l’exploration dans des lieux où il n'y a plus personne – même pas des fantômes, et c'est normal, parce que pour qu'il y ait des fantômes, il faut qu'il y ait des vivants - ; pour trouver des trucs que les gens d'avant y ont laissés, qu'il explorait bibliothèques et archives, et parfois, ces trucs, ils sont intéressants. 

 

2.
« Dijon se lève ; il se lève, il marche, il court ! - trente dindelles carillonnent dans un ciel bleu d'outremer, comme en peignait le vieil Albert Dürer. »
(Aloysius Bertrand, « Gaspard de la Nuit »)
Les dindelles, en patois bourguignon, les dindelles, ce sont de petites cloches. C'est ce que m'apprend la note 47. J'apprends aussi, en feuilletant le volume, que l'ancienne devise de Dijon était « Moult me tarde ! ». Que les dindelles carillonnent, c'est bien leur droit. Il y a bien des ânes qui braient et des politiques qui bafouillent.

 

3.
« - Ni fétu dans l’œil, ni coton dans l'oreille. - La figure de pierre avait ri, - ri d'un rire grimaçant, effroyable, infernal, mais – sarcastique, incisif, pittoresque. »
(Aloysius Bertrand, « Gaspard de la Nuit ») 
Il est interdit de raconter des histoires drôles, de débiter des sottises et de  faire des calembours et autres jeux de mots quand on s'adresse aux statues. Tous les gardiens de statues le savent. Parce que vos balivernes là, ça les plonge dans le sarcastique, l'incisif et le pittoresque, et après, on s'en sort plus.

 

4.
« Quand d'Amsterdam le coq d'or chantera
La poule d'or de Harlem pondera. »
(« Les Centuries de Nostradamus » cité par Aloysius Bertrand, in « Harlem »)
Je ne sais pas si ces deux décasyllabes sont vraiment tirés des Centuries de Nostradamus ou si Aloysius Bertrand les a entendus en rêve. Je note qu'il n'y a pas qu'à Amsterdam qu'il y a des dames, des coqs et des poules. Après, ils ne sont pas tous en or hein, parce que les coqs d'or, ça chante pas (ou alors, y a un truc). En tout cas, moi, des coqs d'or et des poules d'or, j'en connais point.

 

5.
« - Une heure ! » - « Il bise dru ! » - « Savez-vous, mes chats-huants, ce qui fait la lune si claire ? » - « Non ! » - « Les cornes de cocu qu'on y brûle. »
(Aloysius Bertrand, « Les gueux de nuit »)
La lune. Selon quelque drôle d'une fantaisie d'Aloysius Bertrand, la lune doit sa clarté aux « cornes de cocu qu'on y brûle ». La lune est féminine comme le soleil est masculin. Mais c'est purement par convention. La lune est un caillou et le soleil une boule de gaz. La lune n'est pas une marraine et le soleil n'est pas une tête tranchée. La lune est un satellite naturel. Les habitants de la lune s'appelle les Sélénites. Ce qu'on sait surtout, c'est qu'ils n’existent pas. Ou en tout cas, pas dans l'univers visible, tangible et calculable.

 

6.
« L'incendie, qui n'était d'abord qu'un innocent follet égaré dans les brouillards de la rivière, fut bientôt un diable à quatre tirant le canon et force arquebusades au fil de l'eau. »
(Aloysius Bertrand, « La tour de Nesle »)
Le diable, c'est ici le feu qui gonfle et s'agite comme un diable. Il fait aussi beaucoup de bruit, parce que les diables sont bruyants. Le Diable, avec un grand D comme dans Destruction, n’existe pas. Il personnifie le Mal, lequel existe. Les humains accusent le Diable de leurs propres turpitudes. Les maladies que l'on ne comprend pas sont aussi attribuées au Diable. Les possédés ne sont pas des victimes de démons invisibles. Les possédés sont possédés par un mal que l'on comprend mal. On ne peut pas vendre son âme au Diable, puisque ni l'une ni l'autre n’existent. C'est un contrat sur le vent signé avec le vent. Poutine n'est pas le Diable : c'est juste un dictateur ordinaire. On peut donc le combattre. Dieu, le Diable et les grands complots de l'Ordre Mondial sont des inventions destinées à manipuler la population. Mais il y a bien un grand complot, celui de l'humain contre lui-même, et chacun en est l'acteur.

 

7.
« Un luth, une guitarone, et un hautbois. Symphonie discordante et ridicule. Madame Laure à son balcon, derrière une jalousie. Point de lanternes dans la rue, point de lumières aux fenêtres. La lune encornée. » 
(Aloysius Bertrand, « La Sérénade »)
C'est du Rimbaud, cette strophe. Pour ce qui est de la « lune encornée », je ne sais pas ce qu'est une « lune encornée ». Quelque taureau sidéral aurait-il enfoncé la lune ? Il y a de la musique. Mais elle est « discordante et ridicule ». Après, tout dépend de l'humeur de Madame Laure. Parfois, on ne sait pas trop comment elles réagissent, les Madame Laure, que moi, je ne la connais pas, donc je ne sais pas. Je ne pense qu'elle ira jusqu'à sortir le fusil, mais on ne sait jamais. C'est pour ça que vous ne me verrez jamais jouer du luth, de la guitarone, ou du hautbois sous un balcon, Madame Laure ou pas.

 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 27 août 2024.

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