AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE
AVEC DESSUS UN CLOWN QUI S'AGITE
« LA FOLLE
Où mène cet escalier ?
L'EGOUTIER
Nulle part. Après soixante-six marches, on trouve un carrefour en étoile dont chaque chemin aboutit à une impasse. »
(Jean Giraudoux, « La Folle de Chaillot »)
Où mène cet escalier demande-t-elle et où qu'on va donc dis que ça nous
Mène où tous ces emberlitifricotages réformatifs là dis ?
Cet oiseau là, voyez, c'est un ministre, un suceur assurément dans cet
Escalier, un qui se croit utile, un travailleur du règlement, un homme d'ordre, un forçat du la loi c'est la loi, un enquiquineur du brave péquin.
Nulle république sans la Loi. C'est la loi. D'une
Part, parce qu'il faut bien servir à quelque chose, et que donc, puisque l'on a fait des études, du léna et sciencepo hein, manquerait plus que ça qu'on aurait pas le droit de décider pour les autres ce qui est bon pour nous ; d'autre part,
Après tant de siècles d'Histoire et d'âneries sanglantes dans tous les coins, faut bien continuer, qu'ça ait un sens hein quand même le sens de l'Histoire qu'on a appris ça dis au Lycée que l'Histoire, elle a un sens, elle commence par une hache et finit par le grand soir, l'Histoire, passqu'à peu près qu'ça rime, et si c'est pas le grand soir, on fera comme si : ah ça les cornichons ne passeront pas. Les oignons non plus. Les andouilles nous plus. Mangeons crêpes et gaufres.
Soixante-six : j'l'ai est pas encore. Tu
Marches, encore, vieille fabrique à sentiments.
On marche, on marche, on fonctionne, on
Trouve toujours un moyen de s'arranger avec sa pomme ; sinon qu'on dégringole.
Un jour après l'autre, comme disait ma mère, et le
Carrefour sera bien gardé. Bon, quand même que je constate qu'avec les groupes de besoin là, il y a comme du technocratique à tableau excell à l’œuvre, genre allez, on émiette bien les emplois du temps que ça nous fait des heures en classe entière, puis des heures en groupe, puis des heures en groupes de besoin (dont on doit changer régulièrement la composition, sinon ça fait pas sérieux) puis des heures en co-intervention (tous les quinze jours), puis des heures en « soutien au parcours » (ah le nom, dis, bien pompeux, prétentieux, tous les quinze jours aussi), que ça devient difficile d'accorder les violons, que ça pourrait nous emmener vite au décalage bien concret ça, entre les élèves et nos pommes.
En tout cas, l'éducation nationale n'en finit plus de réformer dans le sens de plus ça va, plus ça va être difficile au service public d'assurer ses missions et donc les technocrates n'ont plus qu'à attendre qu'on se plante pour nous déclarer caducs, obsolètes, has been, dérisoires et si coûteux que vaudrait mieux privatiser le mammouth, tout cela avec la complicité plus ou moins en dépit de leur plein gré de l'encadrement (chefs d'établissement, inspecteurs, zélés divers des services divers) tout ça qui fonctionne parce qu'il est payé pour.
Etoile, étoile, ma bonne étoile,
Dont je sais que tu te fiches bien de ma poire, à
Chaque jour suffit sa peine, dis-tu, et qu'il est long, le
Chemin – les gens me saoulent ; les collègues me saoulent ; les élèves me saoulent, les politiques me donnent la nausée – qu'ça
Aboutit à quoi, je vous démonte un pneu ou c'est pour manger tout de suite ?
A quoi, à qui, à qui, à qui, que, quoi, dont, où, lesquels, comme chacun sait, sont des pronoms relatifs, à
Une impasse, dis, c'est forcé, une
Impasse avec tout là-bas, là-bas, au bout d'la longue rue qui descend, une affiche avec dessus un clown qui s'agite.
Conclusion : Dans l'éducation nationale, comme ailleurs, le technocrate moderne a l'art de se rendre indispensable et cela au détriment du service public, bien entendu.
Patrice Houzeau
Malo, le 3 octobre 2024.