DU JAZZ ET DES FANTÔMES
DU JAZZ ET DES FANTÔMES
Ernest Borneman. « Tremolo » traduit de l'américain par Henri Robillot. Gallimard, « Série Blême », 1951. Polar qui tend au suspense psychologique, mais sans tension extrême ; pas de palpitations intempestives à craindre, et pas non plus cette impression que l'on a parfois de se faire avoir par la trop grande habileté de l'auteur lorsque que l'on se plonge dans les thrillers de Mary Higgins Clark.
Mike Sommerville, l'homme, c'est le personnage sympathique par excellence, bon vivant (solide fourchette et, à l'occasion, ne refusant pas un verre) sans que cela nuise vraiment à sa détermination à faire les choses correctement : diriger correctement son entreprise, on est en Amérique, Mike est un entrepreneur ; jouer correctement du jazz, c'est un passionné de jazz dixieland, New Orleans, de Louis Armstrong, de Leon Roppolo (ou Rappolo, 1902-1943), clarinettiste de jazz connu pour avoir joué au sein des New Orleans Rhythm Kings ; passionné, Mike, de rythmes vifs avec trompettes, clarinettes, de pétillant, de l'entraînant, du fringant flamboyant, de swing. Le roman donne envie d'écouter du jazz, du bon vieux jazz. Mike semble aussi déterminé à mener une vie de couple heureuse (il est amoureux et assez sentimental) et à élever correctement son fils.
Ernerst Borneman (Berlin 1915- Scharten (Autriche) 1995) fut auteur de romans policiers, musicien de jazz, critique de jazz, psychanalyste, usw... C'est pour ça que.
Marge, la femme, semble trouble et troublée, amoureuse. Il y a du subconscient car il y a des fantômes. Psychopathologie de la vie conjugale. Et si...
Incidents du sucre, des livraisons envolées, du pick-up qui se met en marche tout seul dans la nuit et joue des disques, incidents des disques cassés, de la clarinette volée, de la montre volée, la bizarrerie d'un couac dans la logique de l'intrigue, je ne vous dis pas quoi ; vous verrez en lisant ; du reste, on s'en débaloufre vite (du verbe « s'en débaloufrer », s'en fiche complétement ou quasi), cause que c'est pas l'essentiel.
Mary-Anne, la mère de Mike, veuve, lit le « New Yorker ». Rationnelle, rassurante Mary-Anne. Evoque le subconscient. Psychopathologie de la vie de mère, d'épouse, de belle-mère, de grand-mère, et si...
Spirale.
Pete, le fils. Sera un adulte probablement aussi sympathique que son père, aide au dénouement. Je lève le doute : le môme n'est pas coupable.
« Tremolo » relève du roman de complot. « Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire », dit la Phèdre de Racine. Machine infernale tic-toc-tic-tac-tic-toc-tic-tac...
Spirale et lutte pour le contrôle de cette spirale.
Martha et Joe Washburn, la femme de ménage et l'homme à tout faire, honnêtes et de bonne volonté. Et si...
Jeannie, la chanteuse de jazz, jeune et tentation possible, représente la liberté d'une vie consacrée au jazz, aux boîtes enfumées, aux jam-sessions qui font le pont entre la nuit et le petit jour, aux amitiés entre musiciens, entre hommes autour d'une table, d'une bouteille, d'une passion partagée (la musique), tentation peut-être, la jeune et vive Jeannie, nostalgie d'une vie plus ou moins de bohème pour un Mike plus ou moins rangé des trompettes, ayant quitté les aléas d'une vie de musicien pour une vie bourgeoise de citoyen respecté.
Vous l'aurez compris, le dénouement n'est pas le plus important dans ce roman, qui n'est pas un chef d’œuvre, mais un livre attachant, surtout si l'on aime le jazz et les fantômes.
Citation :
« Puis, sans préambule, la voix de Jeannie s'éleva, grave, un peu rauque, une voix qui ne semblait destinée qu'à vous. Et pourtant, elle chantait aussi gaiement et aussi naturellement qu'un enfant qui se fredonne une chanson pour lui-même. »
(Ernest Borneman. « Tremolo », chapitre III).
Patrice Houzeau
Malo, le 17 juillet 2023.