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BREFS ET AUTRES

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4 juin 2023

WE NEED MORE COWBELL

WE NEED MORE COWBELL

1.
Dans le premier paragraphe de « L'être spécial » (in « Profanations », traduit par Martin Rueff, Rivages poche « petite bibliothèque », 2019, p.71), Giorgio Agamben évoque la fascination des philosophes médiévaux pour les miroirs et reformule quelques questions qui les agitèrent, les esprits ; je cite : « A coup sûr, l'être des images doit être des plus singuliers, car, corps ou substance, comment pourraient-elles occuper l'espace déjà occupé par le corps ou la substance du miroir lui-même ? » Ce qui me semble aussi une définition de la possession.

2.
Dans le premier quintil de « Faction », d'Apollinaire (« Poèmes à Lou »), le narrateur imagine le regard de son aimée dans les étoiles et le ciel nocturne devient lui-même le corps désiré.

« Je pense à toi ma Lou pendant la faction
J'ai ton regard là-haut en clignements d'étoiles
Tout le ciel c'est ton corps chère conception
De mon désir majeur qu'attisent les rafales
Autour de ce soldat en méditation »

Le deuxième quintil est un constat de la douleur du narrateur causée par l'absence de la belle amie. Les deux derniers vers de la strophe disent la même chose, insistant ainsi sur la lancinance de la peine (on dit aussi « lancinement mais j'aime bien « lancinance » alors hein).

« Amour vous ne savez ce que c'est que l'absence
Et vous ne savez pas que l'on s'en sent mourir
Chaque heure infiniment augmente la souffrance
Et quand le jour finit on commence à souffrir
Et quand la nuit revient la peine recommence »

Le troisième quintil est le plus surprenant. Le temps passant, le narrateur constate que l'absence de la belle amie se fait « Souvenir » d'un corps voué à vieillir. L'avant-dernier vers fait le lien entre « souvenir » et « cor de chasse », lien que l'on retrouve dans le poème « Cor de chasse » (in « Alcools », je cite : « Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent »).

« J'espère dans le Souvenir ô mon Amour
Il rajeunit il embellit lorsqu'il s'efface
Vous vieillirez Amour vous vieillirez un jour
le Souvenir au loin sonne du cor de chasse
O lente lente nuit ô mon fusil si lourd »

3.
A propos de lancinance, il y a (vous en souvenez-vous ?) les guitares électriques qui leitmotivent et riffent élégamment dans « Don't Fear The Reaper » de l'émérite et épatant « Blue Oyster Cult » sur l'album « Agents Of Fortune » (1976). Chanson sombre sur « La Faucheuse » donc, mais dont le caractère mélodramatique fut heureusement démonté par un sketch dans l'émission « Saturday Night Live » : l'un des musiciens du groupe joue à contre-temps de la fameuse « cowbell » du morceau tandis qu'un producteur joué par Christopher Walken clame : « I've got a fever, and the only prescription is more cowbell ».

J'm'explique maintenant le clin d'oeil de la batteuse Sina dans sa vidéo consacrée à la chanson : elle stoppe son jeu de batterie au bout de quelques mesures et fait « Nein-nein-nein... nein... nein » (elle est allemande, je pense) pour demander plus de « cowbell ». Trouverez tout ça sur You Tube, et c'est amusant.

Bon, un p'tit bout des lyrics si mystérieux de Buck Dharma :

« Then the door was open, and the wind appeared
The candles blew, and then disappeared
The curtains flew, and then he appeared »

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.

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3 juin 2023

I WANT TO BELIEVE

I WANT TO BELIEVE

1.
Plus j’avance, plus je vois bien que le Jean-Claude Convenant de Caméra Café est une sorte de maître à pencher. Et ça ça doit être parce que ma démocratie est malade.

2.
La culture, c’est important. Surtout pour ceux qui en ont. Certains, ça leur donne l’impression d’être hein.

3.
Depuis que Pap Ndiaye a lancé son Pacte, je crois aux extra-terrestres.

4.
Vous croyez qu’avec la nanotechnologie, ils vont nous faire des chanteurs pop de poche qu’on pourra les sortir, les tiots nains, dans les bars pis qu’ils ritournellent et s’agitent entre la mousse et les cahouettes.

5.
J’aime regarder les quand elles marchent le long de la, après j’m’achète des frites et je vais retrouver la tête à Nietzsche dans ma bibliothèque (mais je le lis pas hein, j’ai autre chose à penser hein).

6.
Paraît qu’ça soye possible que Bruno Le Maire (expert en dilatations, et en pâtes aussi) seraye en 2027 le prochain grand Schtroumpf à la Schtroumpfrance. J’m’en fous, ma pomme, soit j’serai mort, soit j’voterai pas. De toute façon, lui ou un autre hein.

7.
Ah Dick Annegarn ! Souvenirs ! J’me souviens quand j’oyos ses galettes en regardant Sheila en boucle sur Youtube. Je coupais le son à Sheila et du coup j’avais l’impression que c’est elle qui les serinait les chansons à l’aut’ chevelu.

Je plaisante. Le « Bruxelles » de Dick Annegarn est un petit bijou. Bashung en avait fait une très belle reprise dans le Taratata de Nagui, me semble-t-il.

8.
Dans un monde idéalement de mauvais goût (c’est-à-dire un peu plus pire que çui-là qu’on s’agite), il y aurait une marque de cigarettes qui s’appellerait Jeanne d’Arc, qu’on pourrait dire : ah tiens, je vais groumpf (auto-censure).

9.
Je suis sûr les extra-terrestres ont signé un contrat avec Soros ou Bill Gates et qu’ils ont racheté la Terre et tous ses occupants. Nos vrais patrons sont des Aliens. C’est pour ça qu’on comprend plus. Ils ont racheté nos points de Q.I. #Complot #GreatReset #NOM #FicellePicarde

10.
Je m’en doutais. J’en suis sûr maintenant : je suis désespérément stupide. Même Blanquer est plus intelligent que moi. La preuve, il a été ministre et nous ne l’oublions pas.

11.
Les gens qui me saluent. Dans ma tête, je pense « ta gueule ». Et s’ils ne me saluent pas, je pense : « prétentieux, rien qu’des prétentieux ».

12.
Les officiels russes, je les écoute plus. Même quand ils parlent français, j’ai l’impression qu’ils parlent russe. J’comprends rien.

Depuis que j’ai rebaptisé ma poubelle « ambassade de Russie », c’est en souriant que je descends mes sac à.

13.
Bon, faut se rendre à l’évidence, tôt ou tard, ce sera soit une union des droites autoritaires, soit une union des gauches totalitaires qui gouvernera la France. Donc, faut apprendre le russe et/ou le chinois. Eh oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juin 2023.

2 juin 2023

QUI SE LEVE TÔT VENDREDI N'A POURTANT PAS DROIT A UN PANINI GRATUIT

QUI SE LEVE TÔT VENDREDI N'A POURTANT PAS DROIT A UN PANINI GRATUIT

1.
Qui se lève tôt vendredi, il n'y a pas de raison pour que dimanche, il ne mange pas de croissants.

2.
« Les philosophes médiévaux étaient fascinés par les miroirs » a écrit Giorgio Agamben. Cela ne prouve pas qu'ils chantaient dans la salle de bain.

3.
L’expérience m'apprend que quand on aime les frites, on finit toujours par en manger.

4.
Je ne pense pas que les frites soient la fatalité de la moule. Si tant est que tout est politique, la politique est aussi la fatalité de la moule. Mais de cela, la mayonnaise s'en bat l’œuf.

5.
A quatre heures cinquante-sept du matin, je constate que, le temps passant, je suis toujours aussi stupide.

6.
L'amour des gens nous console-t-il du dégoût que l'on éprouve en pensant au contenu de leur estomac ?

7.
Le Père Ubu devait être mauvais gestionnaire parce que la dynastie s'est éteinte avec Jarry. Par contre, il a inspiré beaucoup de dictateurs (avec ou sans moustache).

8.
Good morning, comme dit la poule au coq pour lui faire croire qu'elle a des lettres.

9.
Tiens, j'ai envie d'écouter un bon vieux Stones d'avant la conquête de la Lune. Mais je peux pas, ils vont encore laisser des cheveux partout et la concierge va râler.

10.
J'ai toujours beaucoup aimé les Beatles, surtout en mangeant des fraises.

11.
Défois, à force de se battre contre soi-même, on finit par se casser le nez. C'est pas faute de n'avoir rien compris.

12.
Par contre, ce n'est pas parce que je relis, de temps à autre, les aventures de Barbarella que l'on me fera reprendre des betteraves. Ah non.

13.
J'ai eu une belle amie qui s'appelait Hélène, mais il ne fallait pas la prendre pour une poire.

14.
A force de remettre sans cesse des choses sur le tapis, on finit par acheter un aspirateur.

15.
Quand il pleut, j'aime bien écouter les Stones. Mais pas si je suis dehors, à cause des bronchites.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juin 2023.

1 juin 2023

JE COMPRENDS PAS TOUT MAIS ON S'EN FOUT

JE COMPRENDS PAS TOUT MAIS ON S'EN FOUT

1.
« Robin Cook », traduit par F.-M. Watkins et Marcel Duhamel, « Crème anglaise », Carré noir n°443, 1982. Ce Robin Cook britannique là n'a rien à voir avec le Robin Cook américain. C'est du britannique, ce polar à la langue étonnante, gondolante. Le récit rappelle un peu les aventures du Ferdinand de Céline dans « Guignol's band » et la pègre anglaise. On pense aussi aux inventions verbales de San-Antonio. Le narrateur est un voyou peu ordinaire, un déclassé de la bonne société (les références abondent dans son récit, au « mimile » : Cocteau, Kafka, Shakespeare...) qui jacte une sorte d'argot qu'on comprend pas tout (il y a même un lexique à la fin) et qui fréquente des infréquentables. Trafic de fausse monnaie sur fond de guerre froide (le roman date de 1962). Court, vif, amusant. Pas un chef d’œuvre, une curiosité plutôt.

Citation :
« J'ai entendu des crabes dire que Plinth est un flic marron ; c'est bien le genre de conneries que peuvent bonnir les crabes. »
(chapitre II [Le narrateur])

2.
Jean Baudrillard, « Le Système des objets » (Gallimard, collection « Tel »).
L'auteur évoque page 9 le « pratiquement inconscients » que nous sommes « dans la vie courante de la réalité technologique des objets ». Le monde nous semble-t-il si magique ? Il est aussi question « d'évolution structurelle objective », ce qui me fait penser que faudra que je pense aux bordereaux du contrôle continu, et que soudain tout le technocratique de l’expression « contrôle continu » me saute aux élastiques et me semble menaçant. (Pourquoi « élastiques » ? Parce que ça rime avec « gymnastique ».)

A la page 21, l'auteur évoque « l'environnement traditionnel » et « l'intérieur bourgeois type ». Il dit que les « meubles se regardent, se gênent, s'impliquent dans une unité qui est moins spatiale que d'ordre moral. » Bon, moi, j'en sais rien, mais je suppose qu'il y a matière à pisser de la copie sur « l'ordre moral » des intérieurs bourgeois. Après, ça fait de belles phrases pondues sur France Culture par un expert des universités (zont tendance à pulluler, zavez remarqué, ces derniers temps, sur France Culture, les experts des universités, c'est intéressant mais je m'en fous) tandis qu'ils ont supprimé, ces prétentieux, l’excellent « Des Papous dans la tête ».

Page 33, je lis : « Car l'horloge est l'équivalent dans le temps du miroir dans l'espace. » J'aime bien car ça sonne planant quasi ; hop, l'horloge à la grand-tante et le miroir qu'on voit cent fois sa trogne, les voilà spatio-temporels genre trois notes toutes bêtes sur un clavier qui deviennent, grâce aux ingénieurs du son, une galette de krautrock, épopée cosmique, électro-must et autres biduleries qu'on croit que mais non. (Pourquoi « qu'on croit que mais non » ? Parce que ça rime avec « soupe à l'oignon ».)

Page 60, il est question de « l'ambiance » ; p.65, Jean Baudrillard évoque le terme « raffiné » appliqué aux intérieurs bourgeois modernes ; p.74, l'auteur pose une question : « Mais quelle est cette « main » en fonction de laquelle leurs formes se profilent ? ». Il parle des « objets modernes » et de l’exigence de maniabilité. Page 75, je cite ceci que j'aime bien pour le côté fantomatique que ça lui donne, au bipède :
« Aujourd'hui le corps de l'homme ne semble plus être là que comme raison abstraite de la forme accomplie de l'objet fonctionnel.»
(Jean Baudrillard, « Le Système des objets », p.75)

Page 87, l'auteur évoque la « pudeur moderne » qui tend à « voiler la fonction pratique » des objets « vulgaires ». Tiens, j'entends un rock dans l'émission de Michka Assayas que ça sonne assez comme du Led Zeppelin avec une voix blues (c'est celle de l'américaine Beth Hart et il s'agit bien d'une reprise de Led Zeppelin).

« coexistence équivoque du moderne fonctionnel et du « décor » ancien » (p.115) :
La modernité est-elle une fonctionnalité, un ensemble de fonctionnalités, une choucroute planante ?

La surpopulation oblige-t-elle au « fonctionnel », au pratique, à l'utile, au pragmatique et finirons-nous noyés dans les flux, Lulu, et les migrations, Léon ? Cette obligation est-elle une condamnation ? Aimez-vous les macarons ? Et les marrons glacés, zaimez les marrons glacés ?

Quoi donc qui n'est pas fonctionnel ? Trouve-t-on du fonctionnel dans tout ? J'eus plusieurs toutous dans ma vie, je crois pas que j'en aurai encore. Je me demande même si j'aurai encore une vie bientôt. Un zéro, Toto, tant pis, « je ne vous aime pas non plus », dit Maurice Pialat lorsque la palme d'or à Cannes pour le très beau « Sous le soleil de Satan » fut accueillie aussi par des sifflets.

J'entends parfois parler d'une « fonction » de l'art ? Aimez-vous les macarons, les calissons, le saucisson ? Connaissez-vous les « Calissons du Roy René » ?

La définition du fonctionnaire comme étant un « devant fonctionner » peut-elle se formuler ainsi: « Le fonctionnaire est un  étant fonctionnel » ? Les fonctionnaires se définissent-ils par un ensemble de fonctions à remplir et de dysfonctionnements à tagadère ? Pourquoi la voix d'Emmanuel Macron m'est-elle désagréable ?

Les députés sont-ils des fonctions du politique ? Les députés servent-ils à quelque chose ? Oui, les députés servent à se demander si les députés servent à quelque chose.

Qu'est-ce qu'une « coexistence équivoque » ? Toute coexistence n'est-elle pas par définition « équivoque » ? Cela définit-il le « en même temps » à Macron ? Une coexistence pacifique n'est-elle qu'un sursis ? La surpopulation peut-elle se définir comme une multiplication des coexistences équivoques ? L’expression « grand remplacement » n’exprime-t-elle pas une sainte frousse (que je comprends) d'un trop-plein de coexistences équivoques ?

Pourquoi la voix d'Emmanuel Macron m'est-elle de plus en plus désagréable ? Macron dit-il des choses intelligentes ou suis-je devenu si bête que je pense qu'il dit des choses intelligentes (tout en pensant, parce que je ne suis pas à ça près : c'est quoi, ces conneries) ?

Est-il juste que les gens doivent travailler plus longtemps alors que l'Etat fait n'importe quoi avec nos impôts ? (Souvenez-vous des « masques » évanouis par Fantomas, de l'état des hôpitaux publics, de l'éducation nationale, des forces armées, du ridicule et trouble SNU).

Page 117 du « Système des objets », de Jean Baudrillard, cette expression : « la curiosité anxieuse de nos origines ». Il est question aussi du « fétichisme » de l'objet ancien (celui qu'on collectionne, qu'on recherche dans les brocantes et chez les antiquaires), l'objet renvoyant au temps d'avant, celui du « Père », du chef de famille, du travailleur, du fondateur. L'objet est dès lors paré d'une vertu d'authenticité dont, sottement, nous tendons à parer un monde disparu, comme si les bipèdes d'antan n'étaient pas moins stupides, malhonnêtes, malveillants, corrompus et périlleux que ceux de maintenant. Ils étaient moins nombreux, il est vrai.

Survolté, le président Macron. Au train où ça va, m'étonnerait pas qu'il cogitât sur une réforme des institutions qui lui permettrait de faire un troisième mandat. J'entends d'ici les arguments : « Avec le covid et ses conséquences, la majorité n'a pas pu réformer la France comme elle en a besoin, et puis, l’extrême-droite est aux portes du pouvoir, la France est inquiète et divisée, et je suis le seul à pouvoir incarner un front républicain »... et hop, en route pour quatre ans de plus.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2023

30 mai 2023

CE MONDE COMMENCE A RESSEMBLER A DU MAUVAIS JAMES BOND

CE MONDE COMMENCE A RESSEMBLER A DU MAUVAIS JAMES BOND

1.
Mai 2023. Boris Nadezhdin a récemment soutenu dans une émission de la télévision russe qu'un nouveau gouvernement était nécessaire afin de normaliser les relations avec l'Europe et d'en finir avec la guerre en Ukraine. Trois hypothèses :
- Le FSB laisse-t-il Nadezhdin critiquer publiquement Poutine pour mieux l'incriminer ensuite ? 
- Nadezhdin sert-il d'alibi à la pseudo-démocratie russe ? (On en laisse quelques-uns s’exprimer pour mieux étouffer les autres).
- Nadezhdin est-il protégé par une partie anti-Poutine et/ou anti-guerre du FSB ?

2.
On a pu constater que dans la sale guerre de Poutine en Ukraine, les forces russes n'ont guère utilisé ni leur aviation, ni leurs chars les plus performants. Et si aviation et chars récents étaient voués à une nouvelle et cette fois-ci plus vaste offensive ?

En outre, et là, on pourra sans doute parler d'escalade, une nouvelle offensive russe serait d'autant plus violente qu'elle serait « légitimée » par l'efficacité et la létalité des armes occidentales fournies aux Ukrainiens. Ce sera le discours de la propagande russe.

3.
Troubles au Kosovo.
Double jeu de la Chine qui prône officiellement la paix mais qui de fait cherche à diviser l'Occident et tente d'intimider Taïwan.
Incidents entre Iran et Afghanistan.
Relations de plus en plus étroites entre l'Iran et la Russie.
Tentative russe de reprendre la main en Géorgie.
Menaces constantes sur la Moldavie.
Interrogations sur l'influence du FSB en Autriche.
Contre-offensive ukrainienne ou nouvelle offensive russe ?

4.
Raffarin est-il aussi pro-chinois que certains le disent ?
Quelle influence a la partie pro-russe de l'électorat de la LFI sur le parti de Jean-Luc Mélenchon ?
Quelle est la réelle influence du FSB sur le RN, et plus généralement sur l’extrême-droite française ?
Qui sont les pro-russes médiatiques victimes d'un kompromat, ceux qui sont corrompus, ceux qui agissent par conviction ?
A quel point la CIA surveille-t-elle, manipule ou retourne certains pro-russes médiatiques ?
Quelle est l'influence du FSB sur l'encadrement de l'active ?

5.
Je cite ici quelques lignes d'un passage d'un entretien donné par Jean-Pierre Raffarin au quotidien suisse Blick (publié sur le net le 19 mai 2023) : « La Chine plafonne dans son aide à l'Afrique. » On appréciera le mot « aide » qui, à mon sens, est loin de décrire les raisons et les façons de procéder qui caractérisent la présence chinoise en Afrique. (…) « Pourquoi ne pas proposer aux Chinois d'allier notre expérience à leur puissance, via un accord stratégique multilatéral ? » Si je comprends bien, le Raffarin voudrait embarquer la Chine communiste et l'UE libérale dans le même bateau (en y ajoutant au passage la Suisse, zavez qu'à lire l'article, c'est rigolo, Suisse qui n'a d'ailleurs rien demandé, que je sache). Etrange. Et pour quoi donc faire ? Pour aider l'Afrique à se développer. Foutage de gueule.

Plus loin, je note, et ça fait froid dans le dos : « Emmanuel Macron a eu raison aussi [ce « aussi » est délicieux] de s'investir [lors de sa visite en Chine d'avril 2023] pour un cessez-le-feu en Ukraine. » Euh ? Un cessez-le-feu ? Un « conflit gelé » ? Quel beau cadeau ce serait pour Poutine que de lui accorder une partie de l'Ukraine sous le regard « bienveillant » de la Chine... et quelle défaite pour l'UE, l'Europe des démocraties, l'OTAN et les Etats-Unis...

Je ne sais pas ce qu'il cherche, le Raffarin zélé et si fan de Macron qu'on dirait un candidat, mais il ne m'inspire vraiment pas confiance.

6.
Raffarin, dans un entretien donné à Blick propose « d'allier l’expérience » de l'UE, et plus particulièrement celle de la France, je suppose, à la « puissance » de la Chine afin d'aider l'Afrique à se développer (comprenez, mettre la main sur leurs matières premières) via, excusez du peu, un « accord stratégique multilatéral ». L'a le « multi » extensible, le Raffarin (ne propose-t-il pas, sans rire, de mêler la paisible Suisse aux heurs et malheurs de l'UE ?). Et on leur donne quoi en échange de leur « puissance », aux Chinois ? Taïwan ? Et on fait quoi avec les pays africains en proie au djihadisme ou aux Wagner (parfois même aux deux), on le leur propose itou, aux barbus et aux mercenaires, l'« accord stratégique multilatéral » ?

Franchement, je ne crois pas que la Chine ait vraiment besoin de nous pour s'imposer en Afrique. Par contre, si nous commençons à raffariner, à macronner avec la Chine, bref, à finasser trouble, à mon avis, à ce jeu là, on va être perdant, sinon soumis.

7.
L'entretien donné par Jean-Pierre Raffarin à Blick permet de résumer son projet en quelques mots : désolidariser l'UE (et donc la France) des Etats-Unis et la rapprocher économiquement et diplomatiquement de la Chine. Au moins, c'est clair. Question : d'où donc lui est venue cette lubie ?

8.
Donc, Jean-Pierre Raffarin publie un livre intitulé « Le leadership pour tous » (« Mieux piloter ses ambitions » si, si !) et il propose que « l’expression orale » et « le management de groupe » soient enseignés « dans le secondaire ». Pap Ndiaye, vous pouvez démissionner tranquille, on vous a trouvé un remplaçant...

Je ne me permettrais pas, bien sûr, de faire remarquer à Monsieur Raffarin que l’expression orale fait déjà partie des programmes et des habitudes pédagogiques françaises. Quant au « management de groupe », oh bin c'est pas plus sot que la co-intervention ou que d'aller cueillir des fraises (projet dit de « chef-d'oeuvre », et vous pouvez me croire), mais c'est pas plus intelligent non plus, c'est idiot, et assez caporaliste.

9.
Un « front gelé » en Ukraine favoriserait l'axe Téhéran/Moscou. Poutine pourrait très vite faire de l'Iran des mollahs un partenaire privilégié et un allié. Nous n'avons pas d'autre choix : il faut aider l'Ukraine à vaincre. Cela fera chuter Poutine et isolera l'Iran.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 mai 2023.

 

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28 mai 2023

VERS LE CHÂTEAU

VERS LE CHÂTEAU

Kafka traduit par Alexandre Vialatte, « Le Château », folio n°284. Livre extraordinaire et inachevé (ce qui lui donne une fin abrupte et qui donne à penser sur l'avenir de l'arpenteur K. et sur ses relations avec l'hôtelière). Compte-rendu subtil des pensées, des paradoxes, des interrogations, soumissions et désarrois qui animent les têtes à propos des moindres choses dès lors qu'une transcendance est supposée y avoir part. Ici, la transcendance, c'est le « Château », lieu des décisions et des administrations, lieu du secret et des protocoles, lieu des tout puissants et inaccessibles Secrétaires du Château.

Le « Château » est la justification de tout, puisqu'il en est l'administration (c'est comme dans l'éducation nationale : la réforme Blanquer est fort sotte, mais comme c'est justement le « Château » - comprenez ici, le ministère - qui met cette réforme en œuvre, elle est donc forcément justifiée).

Kafka, avec une acuité et une clarté de philosophe, ou d'entomologiste, décrit un univers où l'administration a tellement étendu son empire que les mœurs et l'organisation de la vie sociale des villageois en découlent, à tel point que ce n'est plus l’existence qui précède l'essence mais la gestion administrative de votre présence sur terre. L'arpenteur K. en fait les frais qui, mandé dans un village de nulle part dans le Comté de Westwest, ne se voit confier aucune mission et se retrouve flanqué de deux aides aussi inutiles que potaches, cependant que l'ombre d'un des fonctionnaires du Château, l'invisible et étrange Klamm, ne cesse de se manifester jusque dans la vie affective de K.

On reconnaîtra dans cette prose aussi précise et scrupuleuse qu'un article du Code, dans ces longs dialogues argumentatifs, explicatifs, démonstratifs, toute l'intelligence humaine à rationaliser l'absurde. Intelligence fort utile aux dictatures et qui fait que, contre l'évidence, des gens qui ne sont ni fous, ni stupides, prennent le parti de soutenir les politiques les plus inhumaines.

« Le Château » a été publié en 1926 (à titre posthume et à l'initiative de Max Brod) et décrit une bureaucratie invisible et omnipotente. On dit que cette bureaucratie s'est concrétisée plus tard dans le monde soviétique. Il est possible aussi que l'à venir « Village global », comme disaient naguère certains zélés zozos de la mondialisation, et les milliards d’existences qui y grouillent et machinent, soit, tôt ou tard, administré, jusque dans ses moindres détails, par une bureaucratie aussi invisible, aussi toute puissante et toujours plus efficace (technologie et hyper-connectivité obligent).

Citation :
« Tout est service de contrôle au Château ! Je ne dis pas que ces services soient faits pour retrouver des erreurs au sens grossier du mot, car il ne se produit pas d'erreurs, et même, s'il en survient une, comme dans votre cas, qui a le droit de dire une fois pour toutes que c'en soit une ? »
(Le maire à K., p.100, chapitre V)

« Es gibt nur Kontrollbehörden. Freilich, sie sind nicht dazu bestimmt, Fehler im groben Wortsinn herauszufinden, denn Fehler kommen ja nicht vor, und selbst, wenn einmal ein Fehler vorkommt, wie in ihrem Fall, wer darf denn endgültig sagen, daß es ein Fehler ist. »
(Kafka, «  Das Schloß », « Das fünfte Kapitel » [der Vorsteher])

Dans ses postfaces aux éditions du « Château » Max Brod a donné une dimension quasi rabbinique à l’œuvre de Franz Kafka. Le dialogue de K. avec la transcendance qui règle et ordonne peut aussi être lu comme essentiellement politique.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mai 2023.

28 mai 2023

DES ALEAS DE LA RUSSIE ET DES PÂTES A BRUNO LE MAIRE

DES ALEAS DE LA RUSSIE ET DES PÂTES A BRUNO LE MAIRE

1.
Dans le conflit russo-ukrainien, nous ne sommes pas co-belligérants. La France est une alliée de l'Ukraine, un soutien, un appui. Si, à Dieu ne plaise, nous devenions co-belligérants, l'ambiance serait très vite beaucoup plus lourde qu'elle l'est déjà.

2.
Avec la chute possible de Poutine, les services de l'occident pourraient avoir accès à certains dossiers de kompromat que le FSB a soigneusement bétonnés. Dans toute l'UE, et donc en France, comme aux Etats-Unis, certains doivent avoir du mal à s'endormir.

3.
Pendant que Prigojine et Poutine se félicitent mutuellement d'avoir fait massacrer plusieurs milliers d'hommes pour la possession du champ de ruines de Bakhmut, les Ukrainiens préparaient des actions en profondeur et celles-ci semblent donner déjà des résultats.

Le raid sur la région de Belgorod et les différentes actions de sabotage en cours en Russie prouvent la préparation et la détermination des Ukrainiens. La Russie ne pourra pas gagner cette guerre et qu'elle ne compte pas non plus sur un conflit gelé. Personne n'a confiance dans la parole de Poutine.

4.
Le ministre Bruno Le Maire obligé de nourrir ses quatre enfants avec des pâtes dont il trouve d'ailleurs le prix trop élevé. Euh, si la personne qui fait les courses du ministre lui fait croire que le paquet d'1 kg de nouilles est à 49,99 euros, c'est que :
- Bruno Le Maire se fait escroquer
- Bruno Le Maire est complètement déconnecté de la réalité.

Inflation galopante. Visiblement, le ministre Bruno Le Maire a du mal à s'en sortir (à cause du prix des pâtes dont il nourrit ses quatre enfants). C'est le drame des familles nombreuses. Je suggère donc que le ministre puisse signer le Pacte à Pap Ndiaye : il pourra ainsi gagner plus s'il accepte d'aller remplacer un professeur absent ou d'aller aider des élèves de familles défavorisées à faire leurs devoirs, car comme l'a dit le président Macron : il suffit de traverser la rue pour trouver de quoi s'acheter des pâtes.

Le coup du coût du prix des pâtes à Bruno Le Maire. Je m'étonne que la propagande russe n'ait pas repris l'information sur le mode : « L'Occident est en faillite. Le ministre de l'économie française a du mal à s'acheter des pâtes et vient s'en plaindre à la télévision ».

Et encore, Bruno Le Maire est en exercice, lui, il a un travail. Pensez, vu le prix des pâtes, à la détresse d'un Luc Ferry qui ne peut même plus se payer le coiffeur. C'est bien simple, on dirait un contractuel de l'éducation nationale. Y en a d'la misère, y en a !

« Moi aussi j'ai quatre enfants à nourrir et je paye beaucoup de prix de paquets de pâtes... », avoue humblement le ministre de l'économie, Bruno Le Maire. Il est si ému qu'il en perd son français, le cher homme. Moi, j'vous l'dis, toute cette misère, ça finira mal, vous verrez... »

Pour répondre au désarroi de Bruno Le Maire (quatre enfants et vu le prix des pâtes...), je suggère que lors des prochaines négociations avec madame Borne, l'intersyndicale fasse un geste : un panier-repas, quelques tickets-restaurants, je sais pas moi, un geste...

Courage, camarade Le Maire ! Ne baisse pas les bras ! La révolution est en marche !

Je ne sais pas ce que Bruno Le Maire appelle « pâtes » car s'il parle des fruits du mycélium que l'on trouve dans certains sols, du Périgord notamment, grâce au flair d'un chien ou d'un cochon, eh bin, ce ne sont pas des pâtes. Par contre, que Bruno Le Maire nous prend pour des truffes, c'est très clair, je crois.

A mon avis, le prochain roman de Bruno Le Maire (qui a écrit des choses si profondes sur la dilatation) sera un mixte entre « Mort à crédit », « Germinal » et « Les Misérables » car je n'savions point que Bruno Le Maire étot un petit- filiot d'une petite filiote à Cosette.

5.
25 mai 2023. Depuis quelques jours, il semble que ça flambe beaucoup en Russie... beaucoup... beaucoup... beaucoup.

6.
Mai 2023 : Russie. L'entreprise russe Gazprom a vu son bénéfice net chuter de 41,4% en 2022. Les effets des sanctions se font sentir. Ça sent le roussi pour les dividendes.

7.
25 mai 2023 : début des manœuvres militaires conjointes USA-Corée du Sud. Le signal est clair : montrer à la Corée du Nord que l’axe Washington/Séoul est prêt à riposter en cas d'agression.

8.
Qu'un pays vaste comme la Russie (nécessitant donc des investissements constants) se mette à augmenter fortement la part de ses exportations (+ 19,9 % en 2022, d'où un excédent record de 233 Md USD) et diminuer celle de ses importations (- 11,7%), cela traduit une certaine urgence économique. Il s'agit de vendre très vite à l'étranger ce que le marché intérieur ne peut et ne pourra avant longtemps absorber. Les sanctions sont donc efficaces même si leurs effets ne semblent guère, pour l'instant, spectaculaires.
Source : Direction générale du Trésor

D'autant que : le rouble est loin d'être une monnaie forte, les sorties nettes de capitaux sont de 223 md USD en 2022 (énorme!) ; et si Poutine espère geler le conflit dans l'espoir d'alléger les sanctions, il pourrait être déçu. En tout cas, ce serait une erreur d'accepter un gel du conflit alors que l'armée russe ne semble pas en mesure de lancer une nouvelle offensive et que l'arsenal de l'Ukraine se renforce singulièrement.

Mai 2023. Il semblerait que Xi Jinping ait décidé de faire poireauter Poutine et le projet de gazoduc « Power of Siberia-2 » au profit d'un projet avec le Turkmenistan. La Chine rappelle que c'est elle la grande puissance et elle qui fixe ses conditions et pas la Russie.

9.
26 mai 2023. J'entends sur France Info que Lavrov aurait déclaré qu'il voyait de « sérieux obstacles à la paix en Ukraine ». Oui, je pense, moi aussi, que la présence des forces russes en Ukraine est un sérieux obstacle à la paix.

10.
Tiens, un nouvel et stupide élément de langage est apparu dans la technocratie éducative (bon, après, je suis d'assez loin la prose trissotine des spécialistes de l'éducation) : « face-à-face pédagogique » : ça signifie « cours ».

11.
Si le Pacte au successeur à l'étrange Blanquer échoue, on dira sans doute que Pap Ndiaye aura été dépassé par les événements. Osera-t-il démissionner ? (quelque chose me dit que se mettre Macron à dos peut vous jouer des tours, et puis peut-être que la soupe est bonne...)

12.
Photo sur twitter : en mode selfie, le président Macron, l'air d'un étudiant niais, encadré par deux je ne sais qui costauds, barbus de puissances étrangères. L'un des deux puissants a la paluche sur l'épaule du Macron (et carrément, en passant derrière le cou). C'est très vulgaire.

13.
27 mai 2023. J'entends sur France Info que la Russie s'apprête à expulser plusieurs centaines de fonctionnaires allemands. Poutine veut-il couper totalement les ponts avec l'Allemagne ? Dans quel but ? Inquiétant.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mai 2023.

28 mai 2023

LE VASE N'ABOIE PAS QUAND PASSE LE PIRATE

LE VASE N'ABOIE PAS QUAND PASSE LE PIRATE

1.
« Le vase lui échappa des doigts et tomba à terre. »
(Philip K. Dick)

Le vase – il n'était pas très gentil – le
Vase – non, il n'était pas très gentil, ce vase – le vase
Lui – il lui avait tiré la langue bien souvent – le vase lui
Echappa - et comme il avait laissé la porte ouverte, il ficha le camp
Des tas de fois qu'il avait déjà fugué ce vase Il replia ses
Doigts et serra le
Et jura. Il devait être loin maintenant alors quelque chose
Tomba et il se dit que rien ne tenait plus dans cette maison
A la cuisine il vit les morceaux par
Terre, la langue brisée en trois morceaux.

Le vase – il n'était pas très gentil – le
Vase – non il n'était pas très gentil, ce vase – le vase
Lui – il l'avait même mordu une fois – le vase lui
Echappa – et maintenant il était tout brisé, le vase – rien que
Des morceaux qu'c'était le vase, même que c'était le vase à l'oncle Clovis, qu'il l'avait acheté à Soissons, qu'il serait très furieux quand il l'apprendrait, le patatrac, même que l'oncle Clovis, ça se pourrait qu'il dise rien sur le coup et alors, ça voudrait dire qu'on ne perdait rien pour attendre et que certainement qu'il nous réservait une hache de sa chienne, même que ses
Doigts remuaient sur le carreau d'la cuisine
Et levaient des têtes à langue bifide, alors quelque chose
Tomba et il se dit que rien ne tenait plus dans ce réel
A la cuisine, il se fit du café, se ramassa ses trois morceaux par
Terre et se dit que maintenant il était question de se recoller.

2.
Évoquerai-je le perroquet ivre de la parodie ?
Evoquerai-je des pays étranges Evoquerai-
-Je des villes aux langues inconnues Evoquerai-je
Le soir dans une auberge et les danses aux yeux fixes le
Perroquet sur l'épaule du pirate – il y a le pirate qui a un secret. Il se cache dans une auberge et un roman. Il détient une carte sur laquelle figure l'emplacement d'une île au trésor, et, comme tous les pirates des romans, il boit du rhum et se méfie de tous ; d'ailleurs, il attend la mort qui viendra avec sa « marque noire ». Ce pirate est un passeur d'énigmes, de telle sorte que nous finissons par nous dire que, sans ce pirate, il n'y aurait pas de mystère, pas de voyage, pas de révélation, pas de roman, et que l'humanité est aussi une histoire des pirateries. Il y a aussi le pirate qui a un perroquet sur l'épaule, nous en reparlerons -, évoquerai-je le jeune homme
Ivre qui ne sait ce qu'il fait là pourquoi est-il là hein pourquoi ?
De ces pays étranges, de ces villes aux langues inconnues, de
La jeune fille aux paroles sibyllines (peut-être une déséquilibrée), de cette
Parodie du réel nous ne savons que ce que nous en inventons, et le reste demeure tapi dans l'ombre, le couteau à la main.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mai 2023.

27 mai 2023

DES JOUQUINS ET DES LIONS FLOTTANTS

DES JOUQUINS ET DES LIONS FLOTTANTS

1.
Je ne sais pas si les habitants de Origny-le-Sec (village de l'Aube, région Grand-Est), aussi appelés « Jouquins » nous conte Jean Raspail dans « La Hache des steppes » (1974), sont des descendants des Huns d'Attila, et je m'en fiche vu que je n'irai pas vérifier, mais les chapitres 12 et 13 de ladite « Hache » sont bien amusants. Je n'y crois qu'à moitié de mon verre, mais c'est bien amusant tout de même.

Cela fait longtemps que je voulais lire un bouquin de Raspail. Réputation sulfureuse, défense des peuples perdus, des identités menacées, polémique du « camp des saints »... faut y aller voir, que j'me dis. Celui-là, « La Hache des steppes », dans le genre récit de voyages, tantôt mélancolique, tantôt allègre, souvenirs de rencontres et portraits, est plutôt réussi.

Je note que Jean Raspail, comme le Céline post-apocalypse, les distille lentement, ses traits anti-immigrés, une demi-ligne toutes les vingt ou trente pages (mais ils y sont, les petits sifflements menaçants, aussi bien que les derniers coups de rance céliniens dans la prose par ailleurs extraordinaire de l'auteur du « Voyage », il suffit de lire), mais cela n'enlève rien au talent d'auteur de Jean Raspail, et « La Hache des steppes » est un bon livre.

Le chapitre 15 (« Rencontre avec Anton Tchékhov par Aïno interposé ») est très beau. Les chapitres 18 et 19 consacrés aux indiens Urus aussi.

Est-ce que je crois à tout ce que raconte Jean Raspail dans son livre ? Pas vraiment, voire très peu (l'histoire du village de Katlinka, notamment, me laisse dubitatif). Je lis ce livre comme je lis les aventures de Tintin, avec un grand intérêt et pour l'amour du style.

Citations :
« Elle [la hache des steppes] échappe de la main de tous ces vieillards qui m'entourent et dont les ombres m'oppressent et m'attristent. Un monde continu meurt au fil de ma plume, où tous ces vieillards m'appellent, et je ne sais rien de celui qui va naître. » (chapitre 13)

« Combien de peuples, depuis que le monde est monde, ont enterré la hache des steppes avec leurs derniers survivants !... » (chapitre 18)

2.
Le surréalisme, quand c'est bien fait, c'est épatant comme un ticket gagnant. Le début du poème « La nuit remue », de Henri Michaux, taille allégrement dans le fantastique, je cite :
« Tout à coup, le carreau dans la chambre paisible montre une tache. »
En soi, cette tache peut avoir une explication : tache de café, ombre apparue par jeu de la lune, repas rendu par le chat, le chien, le gnome caché, petit objet chuté.
C'est sans compter sur le « cri » de « l'édredon » et ce « mort » qui sort de « l'armoire ».

Le surréalisme, quand c'est bien fait, c'est épatant comme un conte cruel. C'est une sorcellerie puisqu'en fin de compte, ils reviennent toujours, les fameux pouvoirs de l'esprit qui sous-tendent l'énergie vitale, et si, dans « La nuit remue », il s'agit de « frapper une belette », et de la « clouer sur un piano », on n'y croit pas, mais d'abord, ça amuse – quelle claque au merveilleux à sentiments qu'on nous conte pour nous distraire de l'épouvante des massacres et des exploitations programmées .
Ça fascine aussi car l'étrange fascine, comme un beau visage qui en quelques minutes se ride, se boursoufle et se creuse, se ravage et se rompt. « Certes », comme l'écrit Henri Michaux, « ce n'est pas réjouissant ».

C'est une question de point de vue. Dans le poème « La nuit remue », « l'ascension-fourmi » peut se comprendre comme l'ascension de la fourmi ; ici, le narrateur dans sa nuit, « gouffre profond » à « lenteur interminable » (celle des états dépressifs).

Dans le poème « Mon roi », de Henri Michaux, les animaux flottent, je cite : « Ses pauvres pattes flottent. Il progresse on ne sait comment, mais en tout cas comme un malheureux. » Le poète écrit non pas du lion, mais de sa représentation, de la rêverie sur un lion qui n’existe pas. Il joue avec l'être du « lion » qui n'est plus lion que par fantaisie spéculative, effet de langage.

Ce lion à « tête basse, pochée, cabossée comme un vieux paquet de hardes » n'a pas plus de rapport avec le lion de la réalité que le Napoléon de la légende n'a de rapport avec le conquérant autoritaire qui tant influença l'Histoire. La littérature ne parle pas du réel ; son sujet, c'est l'être du réel, la façon dont le réel nous agite. C'est tout aussi inquiétant, mais on peut en faire ce qu'on veut. Les littérateurs ne s'en privent pas, et, par définition, les fictions ne disent pas la vérité du réel, mais celle de l'être du réel, lequel n'est accessible que par le langage.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 mai 2023.

25 mai 2023

ET POURQUOI PEREC ET POURQUOI PAS PEREC

ET POURQUOI PEREC ET POURQUOI PAS PEREC

1.
Chrétien de Troyes en français moderne par Jean Dufournet, « Perceval ou le conte du graal », Librio n°1118. Inachevé et faut s’accrocher car exploits chevaleresques, duels, tournois, batailles, aventures étonnantes et merveilleuses se succèdent tant qu’on ne peut les retenir toutes à première lecture, d’autant qu’à l’histoire de Perceval se mêle aussi celle de Gauvain. Il y a beaucoup de jeunes filles aussi et des notations qui renseignent sur quelques réalités médiévales.

Perceval, c’est d’abord celui qui ne sait rien. Je note que dans son « Kaamelott », Alexandre Astier a fait de Perceval le Gallois un ignorant aux raisonnements parfois déroutants. Et pourtant, à plusieurs reprises, la Dame du Lac précise au roi Arthur (et ça l’épate bien, le roi) que Perceval aura une destinée exceptionnelle. Ce roman, c’est celui de l’occasion perdue du Graal que Perceval voit passer sans qu’il s’en doute et n’ose interroger, celui de la rencontre avec le roi pêcheur, celui de la fascination du sang sur la neige.

Citation :
« Absorbé par cette pensée, il s’oublia lui-même : le vermeil de son visage ressortait sur le blanc de la même manière que ces trois gouttes de sang qui apparaissaient sur la neige blanche. » (Librio p.70)

2.
Philip K. Dick (traduit par Michel Deutsch et Isabelle Delord) « Coulez mes larmes, dit le policier ». J'ai Lu n°2451. Science-fiction brillante, foisonnante. Fantaisies spéculatives et autres paradoxes sur l'Etat-policier, la loi et l'ordre, les drogues de synthèse, l'espace-temps, « l'espace multiple », le sujet et la perception du réel, le vrai, le faux, l'illusion, le sexe virtuel (dont Philip K. Dick évoque les dangers avec une précision telle qu'il semble prédire Internet), la célébrité, le spectacle et le secret, l'évolution des mœurs, les années 70 (le roman fut publié en 1974) en toujours plus remuant, bizarre, psychédélique et logique prolongement des années 60, quelques figures de filles et de femmes que, dans ses aléas hallucinés, trouve ou retrouve Jason Taverner, l'un des deux personnages principaux, l'autre étant le trouble et mélancolique général de police Félix Buckman.

A parcourir en écoutant du Grateful Dead, ou du Dowland (« Flow my tears... »), ou le silence effrayant des espaces infinis.

Citation :
« C'était sans issue. Il avait l'impression que le monde était en caoutchouc. Tout rebondissait, changeait de forme à peine touché ou même aperçu. » (p.256).

3.
Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint (Les Editions de Minuit) ne raconte pas la lente transformation du narrateur en salle de bain.

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint n'est pas un roman-fleuve (120 pages, c'est court). Un roman-robinet (qui fuit) peut-être ?

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint est plein de détails de la vie domestique du narrateur dont on se fiche complètement (et des détails et du narrateur) mais qui peuvent fasciner si on les relit plusieurs fois. C'est hypnotique comme un vieux film américain en VO noir et blanc qu'on suit jusqu'au bout sans tout comprendre. Sinon, c'est bien, on peut sauter des lignes, des passages, des moitiés de paragraphes, on comprend quand même que le roman n'évoque pas grand chose.

Un roman qui n'évoque pas grand chose est-il lui-même pas grand chose ? Pas si sûr. Tout dépend du sens que l'on donne au verbe « évoquer ».

Tout de même, à un moment, on se dit : ah tiens le récit va-t-il basculer dans une autre dimension ? le narrateur est-il en train d'assassiner sa compagne ? (se posant cette question, il écarquilla les yeux). Mais on est vite rassuré et tout reprend son train-train quotidien et circulaire.

Je soupçonne que la composition du livre « La Salle de bain », de Jean-Philippe Toussaint relève de l'écriture à contrainte mais :
a) je n'en suis pas sûr,
b) s'il y en a une, j'ai la flemme de chercher en quoi elle consiste,
c) je m'en fiche.

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint se laisse lire parce qu'il est plutôt gentil. En conséquence, il ne vous empêchera pas de vous endormir. Produit dérivé du « Nouveau roman » ? Littérature d'ameublement ? Littérature d'intérieur ? Hommage à Perec ? (et pourquoi Perec ? et pourquoi pas Perec ?).

J'ai l'air de critiquer comme ça que je me disais que « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint est un livre d'où l'on sort aussi facilement que l'on entre et sort d'une salle de bain, que je n'en dirai pas du mal bien que je n'en dise pas du bien, mais que c'est tout de même bien mieux que les pavés académiques et psychologisants et si humainement illusoires dont on nous cause sur France Inter et aussi France Culture, mais pas France Musique.

Conclusion : je ne sais pas si j'aime ce livre, mais il se pourrait que je le relise, bien que je préfère tout de même Philip K. Dick, Agatha Christie, Simenon, San-Antonio, Hugo Pratt, Jean-Pierre Mocky, The White Stripes, The B-52's (le groupe de rock), Robert Charlebois, Frank Zappa, The Residents, Lucky Luke, Barbarella, Gainsbourg, Raymond Queneau, la soupe de poisson, le steak-frites, la tarte au riz, la bière blonde, la bière brune, la bière rouge, la bière rousse, le chat et ma tranquillité.

Je n'ai sans doute pas perçu tout l'humour du livre « La Salle de bain », de Jean-Philippe Toussaint, bien que le narrateur se mette à raconter « le naufrage du Titanic » à une petite fille me fasse soupçonner quelque discrète parodie à froid.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mai 2023.

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