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BREFS ET AUTRES

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5 juillet 2023

CONCOMBRE ET LE POISSON suivi de CONCOMBRE ET L'ANGLAIS

CONCOMBRE ET LE POISSON suivi de CONCOMBRE ET L’ANGLAIS

1.
Un jour, un gars, il était d’ici, mais son nom, je l’connais pas… passqu’il me l’a pas dit, et vu qu’il n’existe pas plus que l’honnêteté en politique, j’vas l’appeler Concombre Soufflet passque j’aime bien les concombres et le fromage.
Donc, le gars, il est pas content ,et comme il est pas content, il dit comme ça qu’il en a après la Situation.
La Situation, il l’observe passqu’il vit dedans comme une saucisse dans un hot dog ; sauf que la saucisse du hot dog on ne peut pas dire qu’elle soit très vivante. Ceci dit, moi, je me méfie, ça pourrait être des extra-de-pas-d’ici (d’ailleurs, à eux, pareil, on connaît pas leurs noms) même qu’ils seraient déguisés en saucisses, genre pour nous envahir de l’intérieur.
Donc, le gars, il dit je vas lui changer ma vie à la Situation, moi…
Il lui en cause donc de la vie à la Situation, entre deux pastagas et trois rondelles de saucisson.
La Situation, a s’en fout, même qu’elle l’envoie cueillir des roses pour sa mère-grand.
Alors, le gars, i dit comme ça que la Situation, elle ne perd rien pour attendre, qu’aux prochaines élections, il votera Loup Blanc.
Ou Loup Noir.
Mais plutôt Loup Blanc, passque Loup Noir est trop Noir pour pas être assez Blanc, même si Loup Blanc n’est pas toujours très clair.
Mais le jour des élections, il a une brève aventure amoureuse avec sa canne à pêche.
Du coup, plutôt que d’aller voter, il va à l’pêk.
Là, un gros poisson passe, le ravise, se hisse sur la berge avec ses gros biscottos de pichon d’combat, et le boustifaille (Gnaki et Rtak !).
Moralité : Tu votes ou tu votes pas, tu t’fas bouffi-bouffa-bouffon et quand même, va.

2.
Un jour, Concombre Soufflet se dit qu’il allot apprendre l’anglais (il dit « anglais » et pas « angliche » passqu’il est respectueux, même qu’il ne croise jamais un cheval sans avoir une pensée émue pour les morts de Waterloo).
Donc, il prit un livre pour apprendre l’anglais que dedans il y avait plein de mots en anglais et des règles de grammaire en anglais et des photos du pays des Anglais (des cabines téléphoniques rouges, des autobus rouges, des uniformes rouges avec de grands bonnets à poil noirs), mais damned, my taylor is not so rich, alors qu’il allait s’y mettre (et six mètres, c’est pas si loin), la sonnette sonna.
Mais comme ce n’était personne, il décida de ne pas aller ouvrir. D’ailleurs, personne n’insista.
Donc, il retourna à son apprentissage qu’il n’avait pas quitté, bien que la sonnette sonna de nouveau, ce qu’il fit qu’elle resonna, et là, il dut abandonner son manuel à comprendre ce qu’elles racontent, toutes les chansons que la radio baragouine le soir, le matin, la nuit aussi que même que quand c’est en frança, qu’on dirait qu’ça baragouine quand même, et quand c’est sur France Inter défois ça baragouine même assez prétentieusement.
Et là, il dut abandonner passque c’était Zut qui venot, because qu’elle lui avait dit tantôt qu’elle alot venir rapport aux commissions (jadis, on disait « faire les commissions » pour « faire les courses », mais c’était du temps qu’on n’avait pas encore inventé le baccalauréat pour tous) et donc il se dit que l’anglais serait pour plus tard.
Donc, ils partirent magasiner comme on dit dans « Madame Bertrand », et ils achetèrent du beurre pour mettre sur le pain et du pain pour mettre sous le beurre, et d’autres choses aussi comestibles et buvables, et d’autres non, puis ils rentrirent, se nourrirent, s’atteignirent et dormirent, même qu’ils firent de belles rives.
Le lendemain, Concombre Soufflet se dit qu’il allot apprendre l’anglais et là, faut que je trouve une raison pour laquelle Concombre Soufflet ni ce jour-là, ni les autres jours qui suivirent (-virent, -virent, -virent, admirez l’effet d’écho) n’apprit ni l’anglais ni tout un tas d’autres non plus dont il se fiche bien allez.
Moralité : Qu’t’apprennes ou qu’t’apprennes pas l’anglais, quand Zut sonne, faut y aller.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juillet 2023.

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5 juillet 2023

UNE GRANDE VAGUE DE SENTIMENT ET PLOUF

UNE GRANDE VAGUE DE SENTIMENT ET PLOUF

Je n'en parle pour ainsi dire jamais, mais l'un des auteurs que je mets très haut dans la liste des auteurs que je mets très hauts, est Francis Scott Fitzgerald. Je viens d'achever la lecture de « L'Envers du paradis » (« This Side of Paradise », 1920), premier et drôle de roman de l'auteur de « Tendre est la nuit », lecture finie donc avec dans les oreilles l'infernale fanfare, la parade sauvage qui clôt le dernier épisode de la série de Bruno Dumont, « Coincoin et les Z'inhumains » (2018), à penser que, comme on le sait depuis Bernanos, c'est dans la langue française et le vent du Nord que le Diable a élevé ses clochers. Tiens, puisqu'elle revenue, « la chanteuse qui chantait des chansons, puis qu'elle avait été dévorée par les cochons », je me demande si la suite des aventures de Coincoin, elle s'appellerait pas défois « Le Retour d'ches morts-vivants ».
Vous me direz : quel est le rapport avec Fizgerald ?, que je vous répondrai que là où il y a de la bonne littérature, le diable n'est jamais très loin, tant on fait des livres plus avec l'ironie des virtuoses qu'avec la girouette des bons sentiments.

Citation :
« Pendant quinze jours, Amory et Rosalind furent profondément, passionnément amoureux. L'esprit critique qui leur avait gâté une douzaine d'idylles à chacun était balayé par la grande vague de sentiment qui les emportait.
- C'est peut-être une aventure déraisonnable, disait-elle à sa mère alarmée, mais ce n'est pas une aventure idiote. »
(F. Scott Fitzgerald traduit par Suzanne Mayoux, « L'Envers du paradis », Gallimard, coll. l'Imaginaire, p. 197).

« L'Envers du paradis » est un roman d'initiation, avec beaucoup d'échecs et de lucidité, comme le souligne l'emploi récurrent du terme « égotiste » que l'auteur emploie pour qualifier le personnage d'Amory Baine, dont les exégètes disent qu'il aurait plus d'un point commun avec l'auteur.
Échecs sentimentaux, échecs universitaires, évocation parfois dérisoire, parfois profonde, amusante ou tragique de l'Amérique de la jeunesse dorée de l'université de Princeton au début du 20ème siècle (flirts, conversations oiseuses, virées alcoolisées, incidents divers...), la chronique se situant au moment où la première guerre mondiale déchire le continent européen, c'est surtout par sa fantaisie, sa désinvolture inquiète, son amertume blasée, les fragments de poèmes qui le ponctuent, et ce ton si particulier d'adolescent sur la défensive, qui annonce certains coups de griffe du célèbre « Attrape-coeur » de Salinger (1951), que le texte nous retient.

Citation d'une étonnante lucidité si l'on se souvient que le roman a été publié en 1920 :
« - La vie moderne, reprit Amory, ne se modifie plus d'un siècle sur l'autre, mais d'une année sur l'autre, dix fois plus vite qu'elle ne l'a jamais fait – les populations doublent, les civilisations s'unissent plus étroitement à d'autres civilisations ; il y a l'interdépendance économique, les questions raciales ; et... » (p.280).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juillet 2023.

2 juillet 2023

LA LOI DE L'ESTOMAC ET AUTRES BRICOLES

LA LOI DE L'ESTOMAC ET AUTRES BRICOLES

« Lente, inéluctable, brutale aussi à la fin, la montée de la guerre envahissait la plage et léchait les sables où jouait Princeton, tandis qu'Amory parlait et rêvait. »
(F. Scott Fitzgerald traduit par Suzanne Mayoux, « L'Envers du paradis », Gallimard, coll. L'imaginaire n°27, p.158).

Lente, qu'elle est ma pomme et les pépins qu'il y a dedans, quand la veille, j'ai fait un peu fort.

Inéluctable, comme la voix de l'insupportable Olivier Veran que j'entends sur France Inter ce dimanche 2 juillet 2023 (démagogie, mensonges, dépenses publiques à gogo...)

Brutale, cette société, évidemment brutale. Alors, on danse. Alors, ça flambe. Alors, ça finira par se tirer dessus, surpopulation oblige.

Aussi je me dis que je vais boire un coup.

A la fin, je bois toujours un coup.

La bière, c'est bon. J'aime bien la bière. Je n'aime pas Macron. Je n'aime pas Mélenchon. Je n'aime pas Zemmour. J'aime bien la bière. A la

Fin du film, il y a « The End », et quand c'est américain, en général, ça finit bien.

La loi du plus fort, ça masque la loi de l'estomac. La société, c'est ça qui l'anime et la rend si productive et si violente, la loi de l'estomac. La

Montée, ah oui tiens, le Tour de France a commencé, avec ses montées redoutables, ses exploits épatants, je n'ai rien contre, me souviens d'Antoine Blondin.

De ce que je vous dis, vous en avez rien à carrer en fait hein ? Vous allez droit vers le futur que moi il me semble qu'il ressemble à un mur, le futur, et que va falloir être sacrément passe-muraille pour y arriver vers les progrès formidables promis par les politiques.

La politique, comment ça se fait que ça a pris tant de place dans nos vies ? Alors qu'il y a tant d'autres choses à faire, et bien plus intéressantes. Après, il y a la

Guerre qui menace. Tapie en Ukraine, elle porte l'uniforme russe. Personne ne sait ce qui va arriver : Poutine va-t-il reculer ou il y aura-t-il une troisième guerre mondiale déclenchée par un jeu d'alliances forcément à la con, en fin de compte, quand on y pense ? Après, laisser l'Ukraine crever serait le dernier déshonneur de l'Occident. Nos démocraties seraient dès lors condamnées car elles auraient perdu toute crédibilité. Ça

Envahissait tout, la Toile, le Web, Internet, pornographie, réseaux sociaux complotistes, désinformation, fermes à trolls pro-Poutine, pro-Chine escroqueries, trafics en tout genre, c'est pour ça qu'on le contrôle, qu'on le restreint, qu'on le surveille de tout côté, ah oui, vous verrez, c'est comme ça que

La libre expression disparaîtra d'internet, et c'est pour bientôt, et plus vite qu'on le pense... Il fait beau, il y aura du monde sur la

Plage, cette après-midi

Et les terrasses des cafés seront bondées. La France le dimanche en juillet tout de même... Ça

Léchait... ça léchait... Le politique lèche le pouvoir... Le pouvoir lèche le grand patron... Dans le temps, il était au moins français...

Les gens sont étranges, « People are strange / When you're a stranger », chantait Jim Morrison. Il y a les

Sables... les gens y passent quand il fait chaud... Sinon, c'est le vent.

Où allons-nous ? Ça je sais pas, je suis pas sociologue sur France Info, moi, pas fonctionnaire sorti de Sciences Po (s'te blague!). Ça

Jouait sec, voyez, au casino. Les gens, faut qu'ça rêve à la fortune. Le reste, c'est de la littérature, ou de la politique.

Princeton. Je vous en cause because c'est dans la phrase de Fitzgerald que je jazze, Princeton, c'est une des plus prestigieuses universités américaines. Bien sûr, elle est privée parce que c'est les Etats-Unis et donc, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de sous. Que la France puisse rivaliser en privatisant ses universités, ah la la, ça voudrait dire que c'est le contribuable qui paiera les emprunts que la France serait tout de même obligée de faire pour la subventionner, évidemment, l’université privée là, le pôle d’excellence... La France, elle oublie souvent la chanson de Jacques Brel : « Faut pas jouer les riches quand on n'a pas le sou... »

Tandis que je vous dis ça, le monde continue de tourner que moi je suis que dalle, contrairement à vous, hein, qui êtes si importants, bande de trognons surdiplômés .

Qu'Amory parlât et rêvât, peu me chaut, vu que je ne sais pas qui c'est. Il

Parlait donc, Amory, ce qui est normal, le bipède est si bavard,

Et il

Rêvait, l'Amory, ce qui est normal aussi, because, le bipède, il est non seulement bavard, mais en plus, il plane, le bipède, il plane.

PS : j'entends parler du traître Jean Clémentin, taupe au « Canard enchaîné » pour le compte des services secrets tchécoslovaques. C'était un salaud. Qu'il soit mort dans son lit montre que les services occidentaux ont souvent été trop gentils avec les salopes cocos.

Parce que, bien sûr, les services savaient, mais Clémentin avait trop d'appuis. D'autres, anonymes, n'ont pas eu cette chance. Et si le service action merdait et se trompait de cible, des innocents, avec femme et enfants, mouraient, bêtement, d'un accident de voiture... Pouah.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juillet 2023.

 

1 juillet 2023

RAPPORT A LA MAYONNAISE

RAPPORT A LA MAYONNAISE

Les frites, on ne pourra pas les faire venir.

Pourquoi, vous voulez faire venir des frites ?

Bin oui, faire venir des frites, c'est ça que je veux.

C'est ça que vous voulez, faire venir des frites ? Bin ça alors.

Ça vous étonne ? J'ai la mayonnaise déjà, donc faire venir des frites, c'est logique, non hein ? Ça vous étonne ?

C'est le mot « frites » qui m'étonne. Il y a tant d'autres êtres qui pourraient venir. Tant. Tant. Tant d'autres êtres...

Bin oui, tant d'autres êtres. Alors pourquoi pas des frites ? Rapport à la mayonnaise... (Un temps, un gros Quignol passe car le gros Quignol c'est une sorte de monstre marin mais avec des ailes, ce qui fait qu'il est pas marin. On entend un flap-flap-flap apprenant). Rapport à la mayonnaise. Faire venir des frites, c'est ça que je veux. Et puis, j'ai faim.

Vous savez que, vos frites là, elles ne viendront pas toutes seules ?

C'est bien qu'est-ce que j'dis. Les frites, on ne pourra pas les faire venir.

Il faudrait que quelqu'un les apporte.

Que quelqu'un les apporte (Le personnage réfléchit en fermant et en rouvrant plusieurs fois les yeux car il est doté d'un cerveau. En conséquence, l'accessoiriste devra prévoir, pour chaque représentation de la pièce non jouée, un cerveau en parfait état de marche). Que quelqu'un les apporte... Vous pensez à un livreur de frites. Un livreur de frites, c'est bien à ça que vous pensez ?

Ou alors que quelqu'un aille les chercher. Que quelqu'un aille les chercher, les frites, pour les apporter, enfin, les rapporter...

Ah je vous vois venir...

Pourtant, je suis déjà là.

C'est bien qu'est-ce que j'dis. Que vous n'êtes pas encore parti...

Et vous croyez que je reviendrai ?

Je ne sais pas si vous reviendrez. On part chercher des frites, et là dans la rue, on rencontre une fille venue d'une autre planète... et on est enlevé, là, dans la rue, on est abducté.

Oui, c'est ça justement, comme vous dites. Et du coup, les frites ?

Bin, c'est les visiteurs des autres planètes qui les mangeront, vos frites. A condition d'avoir été abducté en revenant de la friterie, parce que si c'est en y allant, à la friterie, là, dans la rue, bin ils n'en mangeront pas des frites, les visiteurs.

Surtout que la mayonnaise, c'est vous qui l'avez.

(A ce moment, un hot dog gigantesque passe dans l'air tout compris et ouvrant une gueule démesurée et baveuse (c'est d'la moutarde) avale nos deux personnages. Rideau (de la méduse parce que c'est médusant hein?)

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

1 juillet 2023

PAS DE FANTÔME DONC MAIS BIEN DES GENS

PAS DE FANTÔME DONC MAIS BIEN DES GENS

1.
Dans le « Prologue » de "L'Assassin habite au 21", de Stanislas-André Steeman (publié en 1939), il n'y a pas un « cri » mais on entend le « floc » que « fit en giflant le trottoir » la serviette du passant assassiné. Le son f me fait penser à la girafe mais dans ce fog, nulle girafe.

2.
Un homme « perché sur un réverbère » dit des horreurs au constable Henry Beecham. Il les dit en anglais bien que le roman soit composé en français. C'est que ça se passe à Londres aussi et puis, ça dépayse le lecteur et puis ça altère un peu la violence des propos genre :

« Pimple nosed pig » (« groin à pustules » ? ou chaipas en tout cas c'est pas « saluez le tout nouveau jour », parce que ça c'est dans la chanson « Dear Prudence » des Beatles, et ça se dit « Greet the brand new day ». Dans le Chapitre premier donc, « Henry Beecham se fâche ».

J'apprends un peu plus loin que l'homme du réverbère s'appelle Toby Marsh et qu'il ironise sur le vol qu'on pourrait lui imputer de « l'aiguille de Cléopâtre » et donc je vas sur wikipédia qui me small-pointed-nose que sont appelés « aiguille de Cléopâtre » deux obélisques égyptiens, dont l'un est à Londres et l'autre à New York.

3.
Le chapitre II est consacré à la présentation du petit monde du 21, Russel Square (c'est une « pension de famille »), là où se cacherait l'assassin. Il y a plein de gens que je ne vous présenterai pas parce que j'ai la flemme bien qu'il y ait Mrs Hobson « (Valérie) », Daphné la cuisinière, et que « la petite femme de chambre » s'appelle Mary, Miss Pawler, Mr Crabtree, le Dr Hyde (il boite) et Mr Collins (il bégaie), Mrs Crabtree, Mr Andreyew dont je dirais qu'il a l'air « sémillant » si « sémillant » signifie bien ce que je pense que « sémillant » veut dire. Il y a aussi le major Fairchild, Mrs Holland (qui écrit des « contes de fées »), et le Pr Lalla-Poor mais il n'y a aucun D'Artagnan-Athos-Aramis-Porthos ni aucune jument verte, quoique que l'on sait que les juments vertes se dissimulent parfois derrière les apparences les plus anodines.

4.
Lorsque certains traits culturels s'effacent, que le monde moderne balaie ce qui est considéré comme obsolète jusqu'à ce que nous le reconnaissions de moins en moins, ce monde qui nous semblait si familier, et que l'avenir semble étrange et effrayant, ce qui reste, c'est la matrice : la langue. Aussi, c'est avec consternation que je vois disparaître bien des mots de notre vocabulaire au profit d'un français simplifié et abâtardi de globish novlangue. Le président Macron s'en montre parfois friand. Ce n'est pas rassurant.

5.
« Ce qu'il faudrait, c'est un observateur dans la place », dit le commissaire-adjoint au chapitre III (qui ne lui répondit pas). L'observateur du petit monde avec un assassin dedans du 21, Russel Square, c'est le lecteur. Il y aurait donc maintenant deux observateurs, sans compter le fantôme que je sais pas s'il y en a un dans le roman, mais ce serait un troisième œil tout à fait intéressant pour l'atmosphère, mais ma tartine de confiture me susurre qu'il n'y en a pas. Ah. Nous verrons bien.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

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1 juillet 2023

POP SONGS JAZZ ET DROMADAIRE

POP SONGS JAZZ ET DROMADAIRE

1.
« Kids in America » is a song recorded by English pop singer Kim Wilde. It was released in the United Kingdom as her debut single in January 1981 », nous angliche Wikipedia. Synthé-pop efficace à faire guincher les gisquettes dans les boîtes et à émouvoir le lycéen boutonneux des classes qui n'allaient pas en vacances et dont l'un des grands luxes était de regarder les clips à la télé. Je regarde le joli visage de la chanteuse dans la lumière bleue. Je me demande ce qu'ils ont fait, depuis 1981, les « Kids in America » (« New York to east California/ There's a new wave coming, I warn ya », qu'elle chantait, Kim Wilde). C'est vrai qu'entre-temps il y a eu quelques guerres.

Entendu sur l'essentiel You Tube une version très tonique et marrante et électrique du « Kids in America » de Kim Wilde par Shaka Ponk, l'un des meilleurs groupes de rock français de tous les riffs et remets-moi donc « Satisfaction ». Apparemment, ça date d'il y a une bonne dizaine d'années et c'était dans le cadre des Live du Figaro.

2.
Ah tiens, « Take Five », de Dave Brubeck. L'élégance du jazz. Le thème si chantant joué par Paul Desmond au sax alto, la formidable sobriété du solo de piano de Dave Brubeck, la virtuosité toute en retenue du solo de batterie de Joe Morello, tout ça soutenu par la basse d'Eugene Wright. Chef d’œuvre que l'on écoute au lieu d'écouter les politiques ânonner comment ils vont nous sortir du bourbier où ils nous ont eux-mêmes fourrés.

3.
« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage »
Se fument un p'tit joint because qu'i s'font chier.
(d'après Baudelaire, et sur l'air de « Si j'avais un dromadaire »)

4.
« Common people » est l'une des meilleures chansons de la fin du 20ème siècle (1995, je crois), nous la devons au groupe anglais Pulp et à l'ironie de Jarvis Cocker. On en connaît le sujet : le narrateur issu d'un milieu modeste rencontre une étudiante d'un milieu favorisé qui lui confie sottement qu'elle aimerait vivre comme les « gens ordinaires ». Le narrateur l'emmène dans un supermarché, et lui explique ce que pourrait signifier pour elle vivre comme les « gens ordinaires » :

« Rent a flat above a shop
Cut your hair and get a job
Smoke some fags and play some pool
Pretend you never went to school »
Et bien sûr, la nuit, contempler les cafards qui escaladent les murs.

Conclusion :
« Laugh along with the common people
Laugh along even though they're really laughing at you
And the stupid things that you do
Because you think that poor is cool. »

Cette chanson, j'espère qu'elle est étudiée dans bien des collèges et lycées anglais et français. D'utilité publique. Politique et de bon sens. Le clip, très esthétique, qui l'illustre avec ces jeunes filles minces qui dansent d'une façon si faussement vulgaire, ces détails de la vie quotidienne des gens ordinaires, cette petite fille riche qui découvre les supermarchés comme un « nouveau monde » sur la musique entêtante et moqueuse du groupe Pulp, est un petit bijou.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

27 juin 2023

IL FAUDRAIT QUAND MÊME DIRE A MACRON QU'EN MATIERE D'ENSEIGNEMENT IL N'Y CONNAIT RIEN

IL FAUDRAIT QUAND MÊME DIRE A MACRON QU'EN MATIERE D'ENSEIGNEMENT IL N'Y CONNAIT RIEN 

1.
Un lycée en fin de journée. Je croise dans le hall une de mes élèves. « Bonjour, monsieur ». Je la salue à mon tour et m'avise que cette élève, pas toujours facile et décrite par un de mes collègues comme « vulgaire » et indisciplinée, tient la main, et avec précaution, d'une toute jeune fille maigre, les cheveux rasés, de grands yeux. Les enseignants ne savent rien. Ils jugent sans connaître.

Cette chose vue m'est revenue alors que je venais de finir la lecture du dernier acte de « La Machine infernale », de Cocteau, le moment où Antigone prétend guider Œdipe aveuglé (« Je te conduirai. Je te dirigerai... »). La littérature est-elle une machine à remuer le passé ?

2.
Un lycée privé qui expérimente la « classe heureuse ». Déjà, en soi, on se demande ce que ça peut bien vouloir dire. Donc, on lit la fiche descriptive, et là, on tombe sur des expressions genre : « mise en place de rituels pour apprendre à être en conscience dans le moment présent », « sophrologie », « explorer sa dimension intérieure », « équipe pédagogique formée pour accompagner les élèves à explorer les dimensions de leur intériorité ».

La lecture de ce charabia pose la question de l'emprise et de la manipulation mentale, de la fameuse « pleine conscience » à la Christophe André et autres balivernes, qui ont quand même un petit arrière-goût de dérive sectaire (entrisme?), balivernes que Blanquer avait failli laisser expérimenter dans le public (il s'en est fallu de peu, si je me souviens bien) et on se dit qu'on est loin, très loin, de plus en plus loin du but d'un lycée : préparer les élèves à un métier et à d'éventuelles études supérieures.

Y a un article sur le site ledauphine.com avec une photo sur laquelle des enseignants (on peut supposer que ce sont des enseignants, mais j'ai des doutes) font les guignols, bras ouverts et tronches faussement enthousiastes sur le mode « Venez, qu'est ce qu'on va être heureux, tous ensemble dans la classe ». Nul. Démagogique. Racoleur. Hypocrite. Louche.

3.
D'après le site « Le Parisien » du 26 juin 2023, le président Macron envisagerait sans rire un collège ouvert de 8 heures à 18 heures dans l'ensemble des quartiers dits « d'éducation prioritaire » de France.

Outre que l'institution du collège n'a pas vocation à être une garderie, on peut s'interroger sur le financement d'une telle mesure qui obligerait l'éducation nationale à recruter du personnel supplémentaire (enseignants, surveillants, cadres divers...), alors même que la crise des vocations continue de s'aggraver et que le Pacte à Pap Ndiaye ne semble pour l'instant (loin de là) être un succès.

Le problème de Macron, c'est qu'il veut s'occuper de tout tout seul (ou quasi) et que dans bien des domaines, notamment en ce qui concerne l'enseignement, il n'y connaît visiblement rien.

4.
Il semble que le but du président Macron est d'accroître l'endettement du pays (d'où, me semble-t-il, des promesses parfois inconsidérées et un peu tout azimut). Pourquoi ? La réponse a déjà été donnée par Sarkozy alors qu'il était lui-même président : endetter par l'investissement, c'est aussi endetter les Français et donc les obliger à terme à travailler et produire plus et plus longtemps (d'où des économies prévues dans les aides sociales et la baisse de certains remboursements ; d'où un recours au secteur privé, au besoin à coups de subventions massives comme on le voit avec la relance de l'apprentissage).

Le président Macron sait très bien que la France n'a pas la puissance de production et d'innovation des Etats-Unis et qu'en conséquence, une politique d'endettement continu est dangereuse, sauf qu'il n'a probablement pas renoncé (même s'il n'en parle plus guère publiquement) à la fédéralisation de l'UE et donc à une mutualisation des dettes et à un accroissement des capacités de production et d'innovation d'un Etat France bénéficiant d'une gouvernance supranationale qui lui serait dès lors favorable.

C'est une des raisons qui m'incline à penser que le président Macron pourrait tenter le coup d'une réforme des institutions qui lui permettrait d'accomplir un troisième mandat.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juin 2023.

27 juin 2023

EVIDEMMENT C'ETAIT ÇA

EVIDEMMENT C'ETAIT ÇA

1.
« Ressouvenirs »: Le mot apparaît dès les premières lignes du très beau « Le Roman d'un enfant », de Pierre Loti (1890). Il est mystérieusement suivi de l'adverbe « mystérieusement » et du participe « transmis ». Réminiscences de quelque vie antérieure ? Souvenirs réinventés ?

2.
« Ah ! Mon Dieu, mais qu'est-ce qu'il a ce petit, ce soir ? ». Question posée par la grand'tante Berthe au spectacle du bambin faisant ses premiers sauts sur le tapis (« pouf, pouf, en faisant beaucoup de bruit par terre, et en sentant dans ma tête un petit vertige particulier très agréable... »).

3.
« Forêt vierge ». C'est ainsi que le narrateur du « Roman d'un enfant » désigne un « jardin très grand qu'on n'entretenait guère et où les arbres fruitiers mouraient de vieillesse », jardin qu'enfant en vacances à la campagne, il fréquenta et qui appartenait à des amis de la famille. Il évoque aussi des « surprises », des « mystères », « l’expression de figure d'un petit Peau-Rouge dans la joie de ses forêts retrouvées. », « le petit ton moqueur » de Lucette D.

4.
« Évidemment c'était ça » : Découvrant la mer (cf chapitre IV), l'enfant se rend à l'évidence de la brutalité de la nature en-soi : « instable, perfide, engloutissant ; ça remuait et ça se démenait partout à la fois,  avec un air de méchanceté sinistre. » Étonnant, ironique peut-être, quand on sait que Julien Viaud, dit Pierre Loti, fut tout autant écrivain qu'officier de marine.

Loti l'a-t-il fait exprès ? Les premiers mots qui suivent l'évocation de la « mer » aux « grandes étendues vertes et profondes ») sont au chapitre V : « ma mère », la maman vue d'abord comme un « refuge naturel, l'asile contre toutes les frayeurs de l'inconnu ».

5.
Ce que je retrouve en lisant Pierre Loti : le fantôme de cette énergie vitale qui anime l'esprit et le corps durant les 40 premières années et puis, inéluctablement, petit à petit, décline et se dégrade ; je dis bien « fantôme », et qui dit fantôme, dit manifestations.

Échos du fantôme d'une énergie vitale : l'intelligence et la sensibilité de Pierre Loti, les romans de Simenon, les vers de Baudelaire, de Michaux, d'Apollinaire, les images surréalistes, les musiques des Beatles, des Stones, d'Adriano Celentano, les chansons de Charlebois, de Brel, les expressions et les situations de la série « Coin Coin et les Z'inhumains » de Bruno Dumont, amours, fascinations et amitiés féminines d'il y a quarante et trente ans, les rêves où remue mon passé, le retour de certaines odeurs, la puissance de certains parfums, des phrases dans ma tête, mêlées à des bouts de chansons (pour l'heure, les riffs électriques et les premiers mots de « Black Magic Woman » par Santana), des visages, des ébauches de scènes, répétitions, boucles ...

Peut-être que le sujet de certains films de Godard et de Luis Bunuel, du « Providence », d'Alain Resnais, des livres de Claude Simon, des « Vers nouveaux » de Rimbaud, des « Petits poèmes en prose », de Baudelaire, est cette vie confuse de l'esprit et des sens ; peut-être que cette vivacité de l'énergie vitale est-elle si commune (les passants dans les rues portent-ils tous, ou presque tous et toute la journée ce fatras dans la tête et leurs itinéraires?) que Rimbaud a fini par s'en désintéresser comme on se désintéresse des sottises des enfants et des adolescents attardés.

6.
« Une fois, une petite fille... en ouvrant un fruit des colonies très gros... il en était sorti une bête, une bête verte... qui l'avait piquée... et puis ça l'avait fait mourir. » : histoire dont le narrateur se rappelle et qui lui a été dite alors qu'il avait sept ans par une autre petite fille de six ans. La petite musique de cette histoire permet d'évoquer l'amitié enfantine mais surtout la puissance des mots (celui du mot « colonies » notamment).

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juin 2023.

25 juin 2023

24 JUIN 2023 REBELLION AVORTEE DE PRIGOJINE

24 JUIN 2023 REBELLION AVORTEE DE PRIGOJINE
FAIBLESSE ET MENSONGES DE POUTINE

1.
24 juin 2023. Incendie d'un dépôt de carburant à Voronej : la ville serait-elle sur le point de tomber aux mains de Wagner et l'armée russe a-t-elle détruit ce dépôt pour éviter que les rebelles s'en emparent ? Les incidents se multiplient et semblent indiquer qu'il y a bien une rébellion menée par Prigojine contre Poutine.

2.
Si Poutine chute, certains financements de réseaux pro-russes en Europe pourraient se tarir. Des personnalités assez troubles pourraient même disparaître. Doit y avoir quelques collabos qui ne doivent pas dormir tranquilles, et même de vérifier la réversibilité de leur veste.

3.
Les pays affiliés aux BRICS sont-ils si unis que ça et prêts à aider Poutine à se sortir du bourbier dans lequel il s'est fourré ? Je pense qu'en matière de « coups de couteau dans le dos », comme il dit lui-même, Poutine n'est pas au bout de ses surprises.

4.
24 juin 2023.19 heures 50. Surprise. Prigojine, après, semble-t-il, avoir discuté avec Lukachenko, aurait donné l'ordre à ses troupes de rentrer dans leurs bases. Aurait-il reçu l'assurance que Wagner conserverait son autonomie et que ses comptes seraient de nouveau alimentés ?

5.
Apparente fin de la rébellion de Prigojine. Comment maintenant va réagir Poutine ? Cherchera-t-il à se venger ? Quel sera l'avenir des incompétents Choïgou et Guerassimov ? Les ultra-nationalistes ont-ils avancé leurs pions. En tout cas, il semble bien que la possible négociation Prigojine-Lukachenko explique pourquoi, dans la journée du 24 juin, les forces russes auraient laissé progresser les forces de Wagner vers Moscou. Il y aurait eu « trêve » durant les négociations.

6.
Prigojine devrait revoir la série des « Parrain », de Coppola. Dans la mafia, à chaque fois qu'un lieutenant a tenté de défier le parrain, ça se finit toujours mal pour l'effronté. Poutine n'oubliera jamais l'affront que Prigojine lui a infligé.

Poutine peut-il se le permettre ? Peut-il laisser le chef d'une milice privée lui faire la leçon et imposer ses conditions sans passer pour un faible ?

7.
Si Prigojine a obtenu satisfaction et que les disgrâces de Choïgou et de Guerassimov sont confirmées, outre qu'il est difficile d'imaginer Poutine se laisser dicter sa conduite par le chef d'une milice privée, est-il possible qu'à la tête de l'état-major russe soient nommés des ultra-nationalistes jusqu'au-boutistes et que se multiplient les risques d'une contamination du conflit russo-ukrainien à l'ensemble de l'Europe ?

8.
Dimanche 25 juin 2023. Gueule de bois. On a été beaucoup à y croire - ô naïfs nous sommes – à la rébellion de Prigojine soi-disant « prêt à mourir » pour libérer la Russie. M'étonnerait pas que le Prigojine, ce matin, dans sa salle de bain, il l'ait chantée, la version russe de la ritournelle à Balavoine :

« Je ne suis pas un héros
Mes faux pas me collent à la peau
Je ne suis pas un héros
Faut pas croire ce que disent les journaux ».

Ceci dit, en prélude à sa « rébellion », Prigojine a quand même déclaré au monde entier que les prétextes officiels de la sale guerre de Poutine en Ukraine n'étaient que craques et mensonges. Le seul but de la sale guerre de Poutine en Ukraine, c'est la rapacité et la corruption des mafieux et oligarques russes, il a dit Prigojine. Il est donc clair maintenant que Poutine, Lavrov, Peskov, Medvedev et leurs sbires, pour justifier les exactions de l'armée russe en Ukraine, mentent comme des voyous des bas quartiers et savent parfaitement qu'ils mentent.

9.
Il y a une différence entre Prigojine et Poutine, c'est que Prigojine ne se la raconte pas. Il sait à quoi s'en tenir sur son propre compte : c'est un mafieux et il assume ; un menteur, un voleur, un assassin et il assume, cependant que Poutine, Lavrov, Peskov, Medvedev and Co ne cessent de s'inventer des prétextes et des soi-disant raisons d'Etat pour justifier leurs saloperies.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2023.

 

25 juin 2023

COLETTE EVIDEMMENT

COLETTE EVIDEMMENT

1.
Colette. « Gigi ». Petite merveille que cette grande nouvelle de 1944, écrit tardif donc. Vous me direz : elle avait pas autre chose à publier, Colette, après les horreurs de la deuxième des épouvantes. C'est que la littérature, la vraie, est hors du temps. Du reste, en quoi le portrait d'une jeune fille, d'une grande didine plus proche des asperges qu'on trouve dans les romans de la fin du 19ème, tout début du 20ème, en quoi le portrait de Gilberte, dite Gigi, vive et fraîche comme on s'attend à les trouver dans les pages de Colette, nous intéresse-t-il encore ? C'est qu'elle amuse. Dans la vie réelle, on s'en fiche de Gigi, et on lui dirait bien des choses, et des pas polies encore, à miss je-vas-me-marier sinon je m'en sortirai pas vu que je sais rien faire de mes dix doigts. Par contre, elle dispose de « jambes héronnières de quinze ans ». C'est qu'elle en a bientôt seize et rappelle la citation de Michel Audiard dans un film marrant qu'on regarde pour se poiler et passer le temps petit avant que le grand Cric vienne nous craquer le cœur et croquer l'âme :

« Une fille qui fait 95 de tour de poitrine et 32 de tour de tête ne peut pas être vraiment mauvaise. Elle peut seulement être légèrement sotte. »
(Qui dit ça, c'est le personnage de la « tante Léontine » interprété par Françoise Rosay dans le film d'Audiard : « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » (1968). Léontine, c'est la tante à Rita, une Gigi d'un autre genre, et il me semble qu'elle dit « 85 » et pas « 95 »).

Elle va se fiancer, Gigi, avec un « homme mondial », un roi du sucre, qui brasse des milliards, un Gaston richard à moustaches. Ça arrange bien sa grand-mère, Mme Alvarez, et aussi tante Alicia, parce que Colette était assez lucide pour savoir que derrière les sentiments, il y a aussi, il y a surtout, les nécessités de se caser. Ce point de vue, les jeunes filles actuelles feraient bien de le méditer, d'autant que l'Etat providence et le « quoi qu'il en coûte » à Macron ne dureront pas. Pourquoi ? Parce que le monde est surpeuplé, et que si l'on veut éviter que les bipèdes s'entr'égorgent mondialement et sous les prétextes les plus divers, il faudra bien consentir à partager les richesses, lesquelles ne dépendent jamais que de la rareté naturelle.

Donc, ce n'est pas pour les petites libertés que revendique Gigi, ni pour son apparente désinvolture, ce n'est pas pour les conseils d'hygiène et de maintien que lui prodiguent tante et grand-mère (comment s'habiller quand on ne veut pas paraître plus que son âge, comment manger des ortolans, éviter la charcuterie et les bijoux « artistiques », veiller à la fraîcheur de son haleine, etc...), ce n'est pas pour cette suite de conseils anciens et de considérations désuètes que le texte tient. Eh non, parce qu'on s'en fiche de Gigi, cette grande « cavale » et de Gaston, çui-là qu'a trop d'ronds. Par contre, le style, l'art du dialogue de Colette, voilà qui tient la route.

Citation :
« - Si tu me gardais ici, grand-mère. J'irais voir tante Alicia dimanche prochain ?
- Vraiment ! dit Mme Alvarez avec hauteur. Tu n'as pas d'autre sujétion à me faire ?
- Si, dit Gilberte. Qu'on me fasse des jupes un peu plus courtes que je ne sois pas tout le temps pliée en Z dès que je m'assois. Tu comprends, grand-mère, tout le temps il faut que je pense à mon ce-que-je-pense, avec mes jupes trop courtes. »

2. 
Dans le même volume, la très belle nouvelle « L'enfant malade » qui rappelle au lecteur de la fin du 20ème siècle la manière dont, dans « Stupeur et tremblements » d'Amélie Nothomb, la narratrice prend l'habitude de se jeter dans le vide par la pensée. L'enfant du texte de Colette ne se jette pas dans le vide, mais se crée mentalement un espace où il a bien des aventures, où un « immense coupe-papier nickelé, si grand qu'au lieu de deux m, il lui en fallait trois et souvent quatre pour son qualificatif », devient « la Grande-Patinoire ». Colette connaissait-elle l'univers onirique des bandes dessinées de Winsor McCay, les rêves de Little Nemo (un môme lui aussi) et leurs grandes cases délirantes ? Le réel aussi s'y mêle, à cet espace surréaliste : « une autre fois, il vit une main. (…) La petite main faible luttait ; tous ses doigts écartés, et les zébrures parallèles commençaient à se distendre, à diverger et ployer comme des barreaux mous. » Dessin animé. Le dernier paragraphe du texte s'ouvre sur un octosyllabe (c'est bien son droit) : « Un temps veut qu'on s'applique à vivre. » De la littérature, je vous dis, et de la bonne.

3.
« La dame du photographe » est une jolie évocation d'une personne ordinaire qui vient de rater son suicide. Pas de misérabilisme, pas de sentimentalisme, juste l'évocation de la vie ordinaire de gens qui parfois.

4.
« Flore et Pomone » clôt le volume. Poème en prose d'un peu plus de 30 pages consacré aux jardins et vergers, aux fruits, fleurs, plantes qu'aima tant Colette. Poésie des noms : « J'aurai bien d'autres verveines en rosaces, aristoloches en pipes, gazon d'Espagne en houppes, croix-de-Jérusalem en croix, lupins en épis et belles-de-nuit insomnieuses, agrostides en nébuleuses et mignardises en vanille. » Que voulez-vous que je vous dise ? Colette, évidemment.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2023.

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