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BREFS ET AUTRES

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6 juin 2023

ET LE NARRATEUR CROYEZ QU'IL A UN PARAPLUIE LE NARRATEUR

ET LE NARRATEUR CROYEZ QU'IL A UN PARAPLUIE LE NARRATEUR

1.
Graham Greene, traduit par Marcelle Sibon, « Le Troisième homme » suivi de « Première désillusion » (le Livre de poche n°46). Ce n'est peut-être plus à la mode, et pourtant il tient bien la route, ce roman des débuts de la guerre froide, dans une ville de Vienne partagée en quatre zones, avec ses faux semblants et vrais cadavres, ses espions à perruque, ses faux vrais écrivains, ses narrateurs flottants, ses trafics en tout genre (ici, celui d'une pénicilline frelatée qui, si elle ne les tue pas, rend fous les enfants atteints de méningite). Charme vénéneux des romans d'espionnage, bien que l'auteur ait nettement choisi son camp (celui de l'Ouest) et surtout y ait introduit une dose d'idéalisme affectif que la réalité dément souvent. Ce qui permet de faire le lien avec la nouvelle « Première désillusion », qui, dans un tout autre registre, a cependant comme point commun de nous présenter un personnage (l'enfant Philippe) qui, à l'instar du Rollo Martins dans « Le Troisième homme », se trouve confronté à l'apparente bonhomie du mal.

Citation :
« Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda-t-il.
- On ne le sait pas encore. Ils ne sont pas tous arrivés à se décider là-dedans. Peut-être que c'est un suicide, mais peut-être aussi que c'est un crime. » (« Le Troisième homme », chapitre IX)

2.
J'aime bien les B 52's (le groupe de rock). Leur musique paraît sans doute minimaliste, voire un peu simple diront-ils, mais la guitare un peu rétro, les zigouigouis électroniques sans prétention, le va-et-vient entre les voix de Kate Pierson et de Cindy Wilson (tantôt choristes et parfois même choristes onomatopéiques, tantôt vocalisant au premier plan) et le sprechgesang de Fred Schneider me plaisent bien. Bah oui.

A écouter, si vous aimez le psychédélisme à choucroute, les signaux radio en morse, l'orgue Farsifa, Henri Mancini (le morceau est basé sur la rythmique de « Peter Gunn »), le loufoque « Planet Claire » (1979) et son ambassadrice en « satellite Plymouth » qui ne vient pas de Mars (st'e blague), mais bien de la planète Claire.

Citation :

« Some say she's from Mars
Or one of the seven stars
That shine after 3:30 in the morning

Well, she isn't !

She came from Planet Claire »

3.
La première strophe de « Larme », de Rimbaud, dans sa version de mai 1872, met en scène un buveur coupé du monde bavard et moutonnier « des oiseaux, des troupeaux, des villageoises » par un « brouillard d'après-midi tiède et vert » et le cercle des « tendres bois de noisetiers ».

« Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert. »

La deuxième strophe exploite la comparaison entre la soif du narrateur (celle du poète?) et la maigre consolation de la boisson (« quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer »). Notons l'assonance « Oise », « colocase », qui puisant dans la toponymie et le mot rare - ceci dit, j'en sais fichtre rien si le mot « colocase » était considéré comme rare à l'époque, que je le suppose, que c'est vraisemblable, mais que j'en sais fichtre rien qu'en tout cas, ça accentue la dissonance qui frappe chaque fin de vers du poème, comme s'il était impossible désormais de rimer droit.

Je me demande aussi c'est quoi donc cette « gourde de colocase », ça m'a tout l'air du qui sonne étrange pour sonner étrange, et foin des commentaires chevelus. J'aime bien comme ça sonne, « dans cette jeune Oise », vous me direz, j'aime aussi le jambon, The Grateful Dead et pas tellement le président Macron, et encore moins Pap Ndiaye, que ça ne change rien, - et nom d'un crabe, zavez raison.

A part ça, le temps se couvre. Et le narrateur, il a un parapluie, le narrateur, croyez ?

« Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert,
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer. »

L'avant-dernier quatrain transforme le paysage en hallucination orageuse. On suppose que le narrateur doit être trempé jusqu’à l'os de son chien, mais étrangement, il n'en fait pas mention (l'avait peut-être un parapluie après tout).

« Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares. »

Arrivé à la dernière boîte de sardines, je me dis qu'il fallait que j'en rachète. Quant au « Larme », de Rimbaud – titre ironique et faussement romantique -, c'est une inondation. Et le narrateur, soit il se dit, flûtézut, cette magie nouvelle des « sables vierges » (j'y crois pas, ma pomme, c'est un orage violent, et c'est tout), je n'ai pas su en profiter (« je n'ai pas eu souci de boire ») ; soit, il n'a « pas eu souci de boire », cause que tout ça, c'est du livresque, du poème, de la poignée de syllabes, du pensum pour amphithéâtres, et que les mots, ça ne se boit pas ; par contre, on peut en faire d'intéressantes compositions.

« L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! Tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire ! »

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juin 2023.

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5 juin 2023

ET GROUMPF FIT L'OURS

ET GROUMPF FIT L'OURS

1.
A la radio un angliche pleurniche sur des zigouigouis électroniques pas rapides puis, après les pubs (les pommes de terre primeur, quelle bonne idée), y a un christophe qui pousse des ouh en disant que l'amour ça fait du bien.

2.
Zavez remarqué que quand un ministre parle de « responsabilité collective », c'est pour mieux éluder la question d'éventuelles responsabilités individuelles ?

3.
Et groumpf ! fit l'ours en avalant Tchekhov.

4.
Et comme elle s'était bien fait sonner les cloches, elle nous fit toute la journée des yeux de Pâques.

5.
Il y a tellement de livres qui me sont tombés des mains, que rien à faire, l'herbe ne repousse plus.

6.
Comment ça, Pap Ndiaye ne prendra aucune mesure ? Comment ce faire se peut ? Mais si, mais si, je suis sûr que le ministre reprendra de la choucroute, alsacienne (évidemment).

7.
Ce qui m'intéressait dans la flûte, c'était la flûtiste. Par contre, le tromboniste ne me disait rien.

8.
Ah, il va être bientôt l'heure où je vais me dire : zut, faut que j'me grouille, sinon j'vais être à la bourre.

9.
J'ai beau m'imaginer Macron avec une perruque blonde et un nez rouge, il ne me fait pas plus rire pour autant. Cet homme est sinistre comme un repris de justice.

10.
Depuis que l'éducation nationale se prend très très très au sérieux, certains diplômes n'ont plus aucune valeur.

11.
« Cheval' dire à ma mère », n'est pas une blague à faire (à cheval) devant un officier de cavalerie à la retraite. S'il se met à pleurer, ce sera tout de votre faute.

12.
Depuis que j'ai perdu mes dents, j'ai parfaitement compris la pensée complexe de François Hollande et de son fils spirituel, le Macron. C'est à base de mépris, je crois.

13.
Non, je ne crois pas les rumeurs vipérines qui insinuent que Macron fut majorette dans son jeune temps, ni non plus que François Hollande ait fait partie des Claudettes à l'aut' affolé du radada. Non.

14.
Je ne me console pas de la mort de Johnny. Surtout depuis que ma mère n'est plus là pour me dire : « On a beau dire, c'est quand même quelqu'un. 

15.
Je me suis voué aux signes. J'ai eu tort. J'aurais dû me vouer à la plomberie. J'aurais sans doute mieux réussi.

16.
« Ecoute-le battre mon cœur
Un régiment d'artillerie
En marche mon cœur d'Artilleur
Pour toi se met en batterie
Ecoute-le petite soeur »
(Apollinaire, « La mésange »)

Oh c'est beau, mais les artilleurs souvent qu'ils sont sourds un peu qu'on dit. Je n'ai jamais eu de petite sœur, ni de grande sœur, d'ailleurs. Du coup, pour battre le beurre... J'aime bien les rognons ; bien préparés, c'est bon.

17.
Je me souviens de cette professeure de lettres modernes à Lille III, commentant « Dom Juan » et nous mettant en garde contre les effets pervers induits par la solitude des branleurs de fond.

18.
La modernité, qu'est-ce qu'elle est triste, parfois, la modernité. On dirait une petite vieille.

19.
Et dire que pendant que je déconne à écrire mes conneries là, y en a qui turbinent et charbonnent pour trouver moyen de sauver l'humanité en l'envoyant coloniser la Lune et plus si affinités.

20.
Depuis que j'ai fait une overdose de sérieux, j'ai des crampes d'estomac. J'en conclus que l'esprit de sérieux et mon incongruité existentielle ne sont guère compatibles.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

5 juin 2023

LAZZIS ET LASSOS

LAZZIS ET LASSOS 

1.
Lorsque vous ouvrez un roman, vous savez qu'il y aura des personnages, ou alors c'est que l'auteur est fichtrement distrait.

2.
Ce qui m'intéresse le plus chez les hommes et femmes politiques, c'est quand j'éteins la radio et que je me plonge dans les aventures des Pieds Nickelés.

3.
Six heures du mat', j'allume la radio, et j'entends parler de cancer, de violences dans les stades, d'intégrisme islamiste. C'est dans des moments comme ça que vous éprouvez beaucoup de sympathie pour votre moule à gaufres.

4.
Ce n'est pas parce que les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête que l'on a inventé le parachute.

5.
Je note que plus l'on voit les politiques s'agiter dans les médias, moins il y a d'électeurs. Y a un souci dans leurs paroles, aux troubadours.

6.
Je pense très sérieusement que les voitures (les « automobiles ») sont des êtres venus d'une autre planète pour prendre les bipèdes humains en otage.

7.
J'aime bien le ministre de l'éducation. Je coupe le son. Il agite la bouche, et moi, pendant ce temps-là j'écoute du Stéphane Grappelli. Par contre, si c'est Bruno Le Maire, je coupe le son aussi et je me fais des pâtes.

8.
Je pense parfois à la poilade des historiens des temps futurs quand ils liront les œuvres complètes de Jean-Michel Blanquer.

9.
Ce n'est pas parce que j'écris des comiqueries que je suis forcément sympathique. Les pommes de terre que je frite férocement avant de les plonger dans l'huile bouillante en savent quelque chose.

10.
Les politiques, suffirait de ne plus leur prêter la moindre attention pour qu'ils disparaissent dans le secret de leurs bureaux et le néant de leurs pensées.

11.
Depuis que je sais que le ministre de l'économie écrit des romans, j'ai envie de lire les œuvres complètes de Shakespeare.

12.
J'ai remarqué que les murs ne portent pas de soutien-gorge. Les poules non plus. Les coqs encore moins. Les vaches pas plus. Les ministres femmes, sans doute ; les ministres hommes, je sais pas.

13.
Le matin, je ne quitte pas mon appartement sans passer un coup de balai. Sinon, ça fait des yeux partout. C'est globulant comme pas possible.

14.
A force d'entendre parler de Macron toute la journée, je me dis qu'ils en font tout de même un peu trop beaucoup, les gens de la radio, avec les chanteurs à la mode.

15.
La prochaine pizza que je vois passer en volant devant ma fenêtre, hop, je sors mon lasso.

16.
Je sais pas si la culture des OVNIS, ça rapporte tellement. Quant à l'élevage d'aliens, je ne connais personne qui s'y soit lancé.

17.
Ah tiens, Mylène Farmer va remonter sur scène. Je suis bien content. Je n'irai pas la voir parce que je ne vais voir personne (faut changer de planète, c'est fatigant) mais j'aime bien, de temps en temps, me boire un irish coffee.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

5 juin 2023

CE QUI EST EN SOI N'EXISTE PAS ET AUTRES CHOSES

CE QUI EST EN SOI N'EXISTE PAS ET AUTRES CHOSES

1.
Il y a un poème d'Alberto Caeiro (c'est-à-dire Fernando Pessoa) traduit par Armand Guibert (Poésie/Gallimard n°214, p.146) qui évoque le « présent » et la volonté de ne pas s'y tenir. C'est qu'il y aurait une distinction entre « les choses qui existent » et le « temps qui les mesure ». Cependant, je note que l'intemporalité des objets est une apparence : nous les collectionnons parce qu'ils se raréfient ; tel objet aperçu dans une brocante évoque des souvenirs ; nous reviennent parfois en mémoire des objets inusités aujourd'hui qui faisaient le quotidien de nos jeunesses. Ah le moulin à café !

Le narrateur spéculatif note aussi que « le présent » est une « chose relative au passé et à l'avenir ». Un zéro relatif au positif et au négatif. Donc, pas de présence sans compte du temps. Dès lors, qu'est-ce que la « seule réalité », les « choses sans présent », l'en-soi ?

Le narrateur commence par répondre par des propositions négatives : il s'agit de ne pas « séparer » les choses « d'elles-mêmes », et donc ne pas les traiter de « présentes ». Notons que le traducteur a évité le terme « étants » qui, en sa qualité de participe présent substantivé, inscrirait l'objet dans une perception du temps. C'est que les « choses » sans « présent » qu'évoque ici la spéculation ont plus à voir avec l'être qu'avec l'étant.

Mais dès lors, peut-on considérer ces choses sans présent comme des « réalités » ? Le narrateur semble en douter, jusqu'à écrire : « je ne devrais les traiter de rien du tout. » Ce qui revient à la question du nom de l'être ? Qu'est-ce que cet être qui échappe au présent, qui transcende sa présence, son être au monde (l'ensemble des choses relatives au présent, et donc au passé et à l'avenir) et dont nous pressentons qu'il est dans chaque chose ?

Si on ne peut le nommer, pourrait-on, en voyant les choses telles qu'elles sont « hors du temps, hors de l'espace », le percevoir, cet être, « simplement » le voir ?

C'est alors que le réel se décomposerait sous nos yeux, que l'objet vu, réellement vu en-soi serait « départi », en dehors du « visible » ordinaire (et donc dans l'invisible extraordinaire). Cela me semble relever de la fascination ; quand bien-même celle-ci se présente sous la forme d'une révélation, d'une épiphanie, d'un eurêka, d'une transe, d'une extase. Ce dévoilement serait une apparition et le spectateur frappé de stupeur, foudroyé par cette vérité : ce qui est en soi n’existe pas.

Citation :
« les voir hors du temps, hors de l'espace,
les voir avec la faculté de tout départir, fors le visible.
Telle est la science de voir – qui n'en est pas une. »
(Fernando Pessoa, « Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d'Alberto Caeiro »)

2.
« L'affaire était entendue », affirma-t-il. Mais cela ne nous apprend rien sur le nombre d'oreilles disponibles ce jour-là. Ni s'ils avaient mangé des bananes.

3.
Napoléon était tellement lui-même que s'il avait été un autre, ça se serait su.

4.
Au fond, quand on se met le doigt dans l’œil, que l'on porte des gants ou pas, cela ne change rien à la taille des œufs.

5.
J'ai beau manger des pâtes, mes progrès en italien sont quasi nuls. Je vais essayer avec le risotto.

6.
Des fois, je préfère me taire. Je ne voudrais pas affoler le reste de mes cheveux. C'est des coups à devenir chauve.

7.
J'ai remarqué que ce n'est pas en entassant des ânes dans un amphithéâtre que l'on finit par gagner le Grand Prix d'Amérique.

8.
On ne fait pas d'omelette sans casser les pieds de quelqu'un, surtout si on le saoule en lui racontant sa vie, ses p'tites misères, tout ça.

9.
Avoir du jambon ne console pas de n'avoir plus de tabac.

10.
Croyez-vous que si Cléopâtre avait eu le nez plus long, Léonard de Vinci aurait peint la Joconde ?

11.
Mais non, ce n'est pas parce que cherchez des clics que vous prendrez des claques. Par contre, si vous prenez une sauce, c'est compté comme supplément.

12.
Je préfère rire de tout avant que le premier ministre ne nous sorte un 49.3 qui ne fera plus rire personne.

13.
Comme elle est partie à cheval, moi, forcément, avec mon pédalo, j'avais l'air d'un (eh oui).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

4 juin 2023

LES PRINTEMPS SONT DEJA MORTS

LES PRINTEMPS SONT DEJA MORTS

1.
Je me demande si la Voix qui se met à perturber, interloquer, et étrangement conseiller le Mr West de la nouvelle « Des voix » de Robert Sheckley traduit par Maud Perrin (in « Le Robot qui me ressemblait », J'ai Lu Science-fiction n°2193) ne serait pas une anticipation de l'Intelligence Artificielle (vous pouvez m'appeler I.A, dit-elle) dont on nous dit qu'elle va nous perturber, nous interloquer et peut-être aussi très étrangement nous conseiller.

Citation :
« Dès que l'on a assimilé cette donnée, les applications à l'industrie de ce genre de laminage sont évidentes.
- Pas pour moi, en tout cas ! s'écria Mr West. Qu'est-ce que ça veut dire tout ça ? Qui êtes-vous ?
La Voix ne répondit pas. Elle avait coupé le contact. »

2.
Dans « Raboliot », de Maurice Genevoix, le chapitre où Raboliot « rencontra Sarcelotte sur la route » (troisième partie, chapitre 5), j'aime bien la notation : « Raboliot reconnut Sarcelotte à son parler ». Un « nasillement cordial et gai », mais aussi « la puissance merveilleuse » dont étaient chargés « tous les mots que disait Sarcelotte ». Ces mots, (« les lapins », les « lieuves »), ce sont ceux du braconnier Raboliot  et aussi ceux de l'écrivain Genevoix. Ils déclenchent l'imaginaire du chasseur mais surtout, puisque nous lisons une œuvre littéraire, le style de l'écrivain.

Il s'agit alors de faire chanter la langue, de rendre compte, je cite, de « tous les cris des crépuscules, la crécelle rouillée des faisans, les rappels croisés des perdrix, les piaulements courts des tourteplates » (les engoulevents).

« Et tout autour des mots que disait Sarcelotte, d'autres bêtes se pressaient encore » (…) « des écureuils grognaient dans les pins ; des vanneaux noirs et blancs tournaient en rond dans le soleil, liés à leur nid comme des cerfs-volants captifs ;... » (…) « un héron voguait dans la nue, soulevé sur ses ailes lourdes, les pattes pendantes comme des branches cassées ;... ».

3.
L'une des chansons qui m'aura le plus impressionné dans ma sotte existence, est « Je suis un soir d'été », de Jacques Brel. Parce qu'elle est littéraire (comme on n'en fait plus, surtout depuis que des ministres aussi troubles que successifs, fascinés par l'imposture Philippe Meirieu, se sont mis en tête de réformer sans cesse l'éducation nationale) et sans doute aussi parce qu'elle est vipérine. Les notes aigres de la guitare qui ponctuent le texte en font une marche lente et inexorable. Au bout du chemin, après cette « ville aux quatre vents » qui « clignote le remords / Inutile et passant de n'être pas un port », on sait bien ce qu'il y a. En attendant, dans la même chaleur lourde, il y a les « femelles maussades de fonctionnarisés », « les hommes poussent des rots de chevaliers teutons », « De lourdes amoureuses aux odeurs de cuisine / Promènent leur poitrine sur les flancs de la Meuse » ; une vie lente, où les printemps sont déjà morts.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.

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4 juin 2023

WE NEED MORE COWBELL

WE NEED MORE COWBELL

1.
Dans le premier paragraphe de « L'être spécial » (in « Profanations », traduit par Martin Rueff, Rivages poche « petite bibliothèque », 2019, p.71), Giorgio Agamben évoque la fascination des philosophes médiévaux pour les miroirs et reformule quelques questions qui les agitèrent, les esprits ; je cite : « A coup sûr, l'être des images doit être des plus singuliers, car, corps ou substance, comment pourraient-elles occuper l'espace déjà occupé par le corps ou la substance du miroir lui-même ? » Ce qui me semble aussi une définition de la possession.

2.
Dans le premier quintil de « Faction », d'Apollinaire (« Poèmes à Lou »), le narrateur imagine le regard de son aimée dans les étoiles et le ciel nocturne devient lui-même le corps désiré.

« Je pense à toi ma Lou pendant la faction
J'ai ton regard là-haut en clignements d'étoiles
Tout le ciel c'est ton corps chère conception
De mon désir majeur qu'attisent les rafales
Autour de ce soldat en méditation »

Le deuxième quintil est un constat de la douleur du narrateur causée par l'absence de la belle amie. Les deux derniers vers de la strophe disent la même chose, insistant ainsi sur la lancinance de la peine (on dit aussi « lancinement mais j'aime bien « lancinance » alors hein).

« Amour vous ne savez ce que c'est que l'absence
Et vous ne savez pas que l'on s'en sent mourir
Chaque heure infiniment augmente la souffrance
Et quand le jour finit on commence à souffrir
Et quand la nuit revient la peine recommence »

Le troisième quintil est le plus surprenant. Le temps passant, le narrateur constate que l'absence de la belle amie se fait « Souvenir » d'un corps voué à vieillir. L'avant-dernier vers fait le lien entre « souvenir » et « cor de chasse », lien que l'on retrouve dans le poème « Cor de chasse » (in « Alcools », je cite : « Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent »).

« J'espère dans le Souvenir ô mon Amour
Il rajeunit il embellit lorsqu'il s'efface
Vous vieillirez Amour vous vieillirez un jour
le Souvenir au loin sonne du cor de chasse
O lente lente nuit ô mon fusil si lourd »

3.
A propos de lancinance, il y a (vous en souvenez-vous ?) les guitares électriques qui leitmotivent et riffent élégamment dans « Don't Fear The Reaper » de l'émérite et épatant « Blue Oyster Cult » sur l'album « Agents Of Fortune » (1976). Chanson sombre sur « La Faucheuse » donc, mais dont le caractère mélodramatique fut heureusement démonté par un sketch dans l'émission « Saturday Night Live » : l'un des musiciens du groupe joue à contre-temps de la fameuse « cowbell » du morceau tandis qu'un producteur joué par Christopher Walken clame : « I've got a fever, and the only prescription is more cowbell ».

J'm'explique maintenant le clin d'oeil de la batteuse Sina dans sa vidéo consacrée à la chanson : elle stoppe son jeu de batterie au bout de quelques mesures et fait « Nein-nein-nein... nein... nein » (elle est allemande, je pense) pour demander plus de « cowbell ». Trouverez tout ça sur You Tube, et c'est amusant.

Bon, un p'tit bout des lyrics si mystérieux de Buck Dharma :

« Then the door was open, and the wind appeared
The candles blew, and then disappeared
The curtains flew, and then he appeared »

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.

3 juin 2023

I WANT TO BELIEVE

I WANT TO BELIEVE

1.
Plus j’avance, plus je vois bien que le Jean-Claude Convenant de Caméra Café est une sorte de maître à pencher. Et ça ça doit être parce que ma démocratie est malade.

2.
La culture, c’est important. Surtout pour ceux qui en ont. Certains, ça leur donne l’impression d’être hein.

3.
Depuis que Pap Ndiaye a lancé son Pacte, je crois aux extra-terrestres.

4.
Vous croyez qu’avec la nanotechnologie, ils vont nous faire des chanteurs pop de poche qu’on pourra les sortir, les tiots nains, dans les bars pis qu’ils ritournellent et s’agitent entre la mousse et les cahouettes.

5.
J’aime regarder les quand elles marchent le long de la, après j’m’achète des frites et je vais retrouver la tête à Nietzsche dans ma bibliothèque (mais je le lis pas hein, j’ai autre chose à penser hein).

6.
Paraît qu’ça soye possible que Bruno Le Maire (expert en dilatations, et en pâtes aussi) seraye en 2027 le prochain grand Schtroumpf à la Schtroumpfrance. J’m’en fous, ma pomme, soit j’serai mort, soit j’voterai pas. De toute façon, lui ou un autre hein.

7.
Ah Dick Annegarn ! Souvenirs ! J’me souviens quand j’oyos ses galettes en regardant Sheila en boucle sur Youtube. Je coupais le son à Sheila et du coup j’avais l’impression que c’est elle qui les serinait les chansons à l’aut’ chevelu.

Je plaisante. Le « Bruxelles » de Dick Annegarn est un petit bijou. Bashung en avait fait une très belle reprise dans le Taratata de Nagui, me semble-t-il.

8.
Dans un monde idéalement de mauvais goût (c’est-à-dire un peu plus pire que çui-là qu’on s’agite), il y aurait une marque de cigarettes qui s’appellerait Jeanne d’Arc, qu’on pourrait dire : ah tiens, je vais groumpf (auto-censure).

9.
Je suis sûr les extra-terrestres ont signé un contrat avec Soros ou Bill Gates et qu’ils ont racheté la Terre et tous ses occupants. Nos vrais patrons sont des Aliens. C’est pour ça qu’on comprend plus. Ils ont racheté nos points de Q.I. #Complot #GreatReset #NOM #FicellePicarde

10.
Je m’en doutais. J’en suis sûr maintenant : je suis désespérément stupide. Même Blanquer est plus intelligent que moi. La preuve, il a été ministre et nous ne l’oublions pas.

11.
Les gens qui me saluent. Dans ma tête, je pense « ta gueule ». Et s’ils ne me saluent pas, je pense : « prétentieux, rien qu’des prétentieux ».

12.
Les officiels russes, je les écoute plus. Même quand ils parlent français, j’ai l’impression qu’ils parlent russe. J’comprends rien.

Depuis que j’ai rebaptisé ma poubelle « ambassade de Russie », c’est en souriant que je descends mes sac à.

13.
Bon, faut se rendre à l’évidence, tôt ou tard, ce sera soit une union des droites autoritaires, soit une union des gauches totalitaires qui gouvernera la France. Donc, faut apprendre le russe et/ou le chinois. Eh oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juin 2023.

2 juin 2023

QUI SE LEVE TÔT VENDREDI N'A POURTANT PAS DROIT A UN PANINI GRATUIT

QUI SE LEVE TÔT VENDREDI N'A POURTANT PAS DROIT A UN PANINI GRATUIT

1.
Qui se lève tôt vendredi, il n'y a pas de raison pour que dimanche, il ne mange pas de croissants.

2.
« Les philosophes médiévaux étaient fascinés par les miroirs » a écrit Giorgio Agamben. Cela ne prouve pas qu'ils chantaient dans la salle de bain.

3.
L’expérience m'apprend que quand on aime les frites, on finit toujours par en manger.

4.
Je ne pense pas que les frites soient la fatalité de la moule. Si tant est que tout est politique, la politique est aussi la fatalité de la moule. Mais de cela, la mayonnaise s'en bat l’œuf.

5.
A quatre heures cinquante-sept du matin, je constate que, le temps passant, je suis toujours aussi stupide.

6.
L'amour des gens nous console-t-il du dégoût que l'on éprouve en pensant au contenu de leur estomac ?

7.
Le Père Ubu devait être mauvais gestionnaire parce que la dynastie s'est éteinte avec Jarry. Par contre, il a inspiré beaucoup de dictateurs (avec ou sans moustache).

8.
Good morning, comme dit la poule au coq pour lui faire croire qu'elle a des lettres.

9.
Tiens, j'ai envie d'écouter un bon vieux Stones d'avant la conquête de la Lune. Mais je peux pas, ils vont encore laisser des cheveux partout et la concierge va râler.

10.
J'ai toujours beaucoup aimé les Beatles, surtout en mangeant des fraises.

11.
Défois, à force de se battre contre soi-même, on finit par se casser le nez. C'est pas faute de n'avoir rien compris.

12.
Par contre, ce n'est pas parce que je relis, de temps à autre, les aventures de Barbarella que l'on me fera reprendre des betteraves. Ah non.

13.
J'ai eu une belle amie qui s'appelait Hélène, mais il ne fallait pas la prendre pour une poire.

14.
A force de remettre sans cesse des choses sur le tapis, on finit par acheter un aspirateur.

15.
Quand il pleut, j'aime bien écouter les Stones. Mais pas si je suis dehors, à cause des bronchites.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juin 2023.

1 juin 2023

JE COMPRENDS PAS TOUT MAIS ON S'EN FOUT

JE COMPRENDS PAS TOUT MAIS ON S'EN FOUT

1.
« Robin Cook », traduit par F.-M. Watkins et Marcel Duhamel, « Crème anglaise », Carré noir n°443, 1982. Ce Robin Cook britannique là n'a rien à voir avec le Robin Cook américain. C'est du britannique, ce polar à la langue étonnante, gondolante. Le récit rappelle un peu les aventures du Ferdinand de Céline dans « Guignol's band » et la pègre anglaise. On pense aussi aux inventions verbales de San-Antonio. Le narrateur est un voyou peu ordinaire, un déclassé de la bonne société (les références abondent dans son récit, au « mimile » : Cocteau, Kafka, Shakespeare...) qui jacte une sorte d'argot qu'on comprend pas tout (il y a même un lexique à la fin) et qui fréquente des infréquentables. Trafic de fausse monnaie sur fond de guerre froide (le roman date de 1962). Court, vif, amusant. Pas un chef d’œuvre, une curiosité plutôt.

Citation :
« J'ai entendu des crabes dire que Plinth est un flic marron ; c'est bien le genre de conneries que peuvent bonnir les crabes. »
(chapitre II [Le narrateur])

2.
Jean Baudrillard, « Le Système des objets » (Gallimard, collection « Tel »).
L'auteur évoque page 9 le « pratiquement inconscients » que nous sommes « dans la vie courante de la réalité technologique des objets ». Le monde nous semble-t-il si magique ? Il est aussi question « d'évolution structurelle objective », ce qui me fait penser que faudra que je pense aux bordereaux du contrôle continu, et que soudain tout le technocratique de l’expression « contrôle continu » me saute aux élastiques et me semble menaçant. (Pourquoi « élastiques » ? Parce que ça rime avec « gymnastique ».)

A la page 21, l'auteur évoque « l'environnement traditionnel » et « l'intérieur bourgeois type ». Il dit que les « meubles se regardent, se gênent, s'impliquent dans une unité qui est moins spatiale que d'ordre moral. » Bon, moi, j'en sais rien, mais je suppose qu'il y a matière à pisser de la copie sur « l'ordre moral » des intérieurs bourgeois. Après, ça fait de belles phrases pondues sur France Culture par un expert des universités (zont tendance à pulluler, zavez remarqué, ces derniers temps, sur France Culture, les experts des universités, c'est intéressant mais je m'en fous) tandis qu'ils ont supprimé, ces prétentieux, l’excellent « Des Papous dans la tête ».

Page 33, je lis : « Car l'horloge est l'équivalent dans le temps du miroir dans l'espace. » J'aime bien car ça sonne planant quasi ; hop, l'horloge à la grand-tante et le miroir qu'on voit cent fois sa trogne, les voilà spatio-temporels genre trois notes toutes bêtes sur un clavier qui deviennent, grâce aux ingénieurs du son, une galette de krautrock, épopée cosmique, électro-must et autres biduleries qu'on croit que mais non. (Pourquoi « qu'on croit que mais non » ? Parce que ça rime avec « soupe à l'oignon ».)

Page 60, il est question de « l'ambiance » ; p.65, Jean Baudrillard évoque le terme « raffiné » appliqué aux intérieurs bourgeois modernes ; p.74, l'auteur pose une question : « Mais quelle est cette « main » en fonction de laquelle leurs formes se profilent ? ». Il parle des « objets modernes » et de l’exigence de maniabilité. Page 75, je cite ceci que j'aime bien pour le côté fantomatique que ça lui donne, au bipède :
« Aujourd'hui le corps de l'homme ne semble plus être là que comme raison abstraite de la forme accomplie de l'objet fonctionnel.»
(Jean Baudrillard, « Le Système des objets », p.75)

Page 87, l'auteur évoque la « pudeur moderne » qui tend à « voiler la fonction pratique » des objets « vulgaires ». Tiens, j'entends un rock dans l'émission de Michka Assayas que ça sonne assez comme du Led Zeppelin avec une voix blues (c'est celle de l'américaine Beth Hart et il s'agit bien d'une reprise de Led Zeppelin).

« coexistence équivoque du moderne fonctionnel et du « décor » ancien » (p.115) :
La modernité est-elle une fonctionnalité, un ensemble de fonctionnalités, une choucroute planante ?

La surpopulation oblige-t-elle au « fonctionnel », au pratique, à l'utile, au pragmatique et finirons-nous noyés dans les flux, Lulu, et les migrations, Léon ? Cette obligation est-elle une condamnation ? Aimez-vous les macarons ? Et les marrons glacés, zaimez les marrons glacés ?

Quoi donc qui n'est pas fonctionnel ? Trouve-t-on du fonctionnel dans tout ? J'eus plusieurs toutous dans ma vie, je crois pas que j'en aurai encore. Je me demande même si j'aurai encore une vie bientôt. Un zéro, Toto, tant pis, « je ne vous aime pas non plus », dit Maurice Pialat lorsque la palme d'or à Cannes pour le très beau « Sous le soleil de Satan » fut accueillie aussi par des sifflets.

J'entends parfois parler d'une « fonction » de l'art ? Aimez-vous les macarons, les calissons, le saucisson ? Connaissez-vous les « Calissons du Roy René » ?

La définition du fonctionnaire comme étant un « devant fonctionner » peut-elle se formuler ainsi: « Le fonctionnaire est un  étant fonctionnel » ? Les fonctionnaires se définissent-ils par un ensemble de fonctions à remplir et de dysfonctionnements à tagadère ? Pourquoi la voix d'Emmanuel Macron m'est-elle désagréable ?

Les députés sont-ils des fonctions du politique ? Les députés servent-ils à quelque chose ? Oui, les députés servent à se demander si les députés servent à quelque chose.

Qu'est-ce qu'une « coexistence équivoque » ? Toute coexistence n'est-elle pas par définition « équivoque » ? Cela définit-il le « en même temps » à Macron ? Une coexistence pacifique n'est-elle qu'un sursis ? La surpopulation peut-elle se définir comme une multiplication des coexistences équivoques ? L’expression « grand remplacement » n’exprime-t-elle pas une sainte frousse (que je comprends) d'un trop-plein de coexistences équivoques ?

Pourquoi la voix d'Emmanuel Macron m'est-elle de plus en plus désagréable ? Macron dit-il des choses intelligentes ou suis-je devenu si bête que je pense qu'il dit des choses intelligentes (tout en pensant, parce que je ne suis pas à ça près : c'est quoi, ces conneries) ?

Est-il juste que les gens doivent travailler plus longtemps alors que l'Etat fait n'importe quoi avec nos impôts ? (Souvenez-vous des « masques » évanouis par Fantomas, de l'état des hôpitaux publics, de l'éducation nationale, des forces armées, du ridicule et trouble SNU).

Page 117 du « Système des objets », de Jean Baudrillard, cette expression : « la curiosité anxieuse de nos origines ». Il est question aussi du « fétichisme » de l'objet ancien (celui qu'on collectionne, qu'on recherche dans les brocantes et chez les antiquaires), l'objet renvoyant au temps d'avant, celui du « Père », du chef de famille, du travailleur, du fondateur. L'objet est dès lors paré d'une vertu d'authenticité dont, sottement, nous tendons à parer un monde disparu, comme si les bipèdes d'antan n'étaient pas moins stupides, malhonnêtes, malveillants, corrompus et périlleux que ceux de maintenant. Ils étaient moins nombreux, il est vrai.

Survolté, le président Macron. Au train où ça va, m'étonnerait pas qu'il cogitât sur une réforme des institutions qui lui permettrait de faire un troisième mandat. J'entends d'ici les arguments : « Avec le covid et ses conséquences, la majorité n'a pas pu réformer la France comme elle en a besoin, et puis, l’extrême-droite est aux portes du pouvoir, la France est inquiète et divisée, et je suis le seul à pouvoir incarner un front républicain »... et hop, en route pour quatre ans de plus.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2023

30 mai 2023

CE MONDE COMMENCE A RESSEMBLER A DU MAUVAIS JAMES BOND

CE MONDE COMMENCE A RESSEMBLER A DU MAUVAIS JAMES BOND

1.
Mai 2023. Boris Nadezhdin a récemment soutenu dans une émission de la télévision russe qu'un nouveau gouvernement était nécessaire afin de normaliser les relations avec l'Europe et d'en finir avec la guerre en Ukraine. Trois hypothèses :
- Le FSB laisse-t-il Nadezhdin critiquer publiquement Poutine pour mieux l'incriminer ensuite ? 
- Nadezhdin sert-il d'alibi à la pseudo-démocratie russe ? (On en laisse quelques-uns s’exprimer pour mieux étouffer les autres).
- Nadezhdin est-il protégé par une partie anti-Poutine et/ou anti-guerre du FSB ?

2.
On a pu constater que dans la sale guerre de Poutine en Ukraine, les forces russes n'ont guère utilisé ni leur aviation, ni leurs chars les plus performants. Et si aviation et chars récents étaient voués à une nouvelle et cette fois-ci plus vaste offensive ?

En outre, et là, on pourra sans doute parler d'escalade, une nouvelle offensive russe serait d'autant plus violente qu'elle serait « légitimée » par l'efficacité et la létalité des armes occidentales fournies aux Ukrainiens. Ce sera le discours de la propagande russe.

3.
Troubles au Kosovo.
Double jeu de la Chine qui prône officiellement la paix mais qui de fait cherche à diviser l'Occident et tente d'intimider Taïwan.
Incidents entre Iran et Afghanistan.
Relations de plus en plus étroites entre l'Iran et la Russie.
Tentative russe de reprendre la main en Géorgie.
Menaces constantes sur la Moldavie.
Interrogations sur l'influence du FSB en Autriche.
Contre-offensive ukrainienne ou nouvelle offensive russe ?

4.
Raffarin est-il aussi pro-chinois que certains le disent ?
Quelle influence a la partie pro-russe de l'électorat de la LFI sur le parti de Jean-Luc Mélenchon ?
Quelle est la réelle influence du FSB sur le RN, et plus généralement sur l’extrême-droite française ?
Qui sont les pro-russes médiatiques victimes d'un kompromat, ceux qui sont corrompus, ceux qui agissent par conviction ?
A quel point la CIA surveille-t-elle, manipule ou retourne certains pro-russes médiatiques ?
Quelle est l'influence du FSB sur l'encadrement de l'active ?

5.
Je cite ici quelques lignes d'un passage d'un entretien donné par Jean-Pierre Raffarin au quotidien suisse Blick (publié sur le net le 19 mai 2023) : « La Chine plafonne dans son aide à l'Afrique. » On appréciera le mot « aide » qui, à mon sens, est loin de décrire les raisons et les façons de procéder qui caractérisent la présence chinoise en Afrique. (…) « Pourquoi ne pas proposer aux Chinois d'allier notre expérience à leur puissance, via un accord stratégique multilatéral ? » Si je comprends bien, le Raffarin voudrait embarquer la Chine communiste et l'UE libérale dans le même bateau (en y ajoutant au passage la Suisse, zavez qu'à lire l'article, c'est rigolo, Suisse qui n'a d'ailleurs rien demandé, que je sache). Etrange. Et pour quoi donc faire ? Pour aider l'Afrique à se développer. Foutage de gueule.

Plus loin, je note, et ça fait froid dans le dos : « Emmanuel Macron a eu raison aussi [ce « aussi » est délicieux] de s'investir [lors de sa visite en Chine d'avril 2023] pour un cessez-le-feu en Ukraine. » Euh ? Un cessez-le-feu ? Un « conflit gelé » ? Quel beau cadeau ce serait pour Poutine que de lui accorder une partie de l'Ukraine sous le regard « bienveillant » de la Chine... et quelle défaite pour l'UE, l'Europe des démocraties, l'OTAN et les Etats-Unis...

Je ne sais pas ce qu'il cherche, le Raffarin zélé et si fan de Macron qu'on dirait un candidat, mais il ne m'inspire vraiment pas confiance.

6.
Raffarin, dans un entretien donné à Blick propose « d'allier l’expérience » de l'UE, et plus particulièrement celle de la France, je suppose, à la « puissance » de la Chine afin d'aider l'Afrique à se développer (comprenez, mettre la main sur leurs matières premières) via, excusez du peu, un « accord stratégique multilatéral ». L'a le « multi » extensible, le Raffarin (ne propose-t-il pas, sans rire, de mêler la paisible Suisse aux heurs et malheurs de l'UE ?). Et on leur donne quoi en échange de leur « puissance », aux Chinois ? Taïwan ? Et on fait quoi avec les pays africains en proie au djihadisme ou aux Wagner (parfois même aux deux), on le leur propose itou, aux barbus et aux mercenaires, l'« accord stratégique multilatéral » ?

Franchement, je ne crois pas que la Chine ait vraiment besoin de nous pour s'imposer en Afrique. Par contre, si nous commençons à raffariner, à macronner avec la Chine, bref, à finasser trouble, à mon avis, à ce jeu là, on va être perdant, sinon soumis.

7.
L'entretien donné par Jean-Pierre Raffarin à Blick permet de résumer son projet en quelques mots : désolidariser l'UE (et donc la France) des Etats-Unis et la rapprocher économiquement et diplomatiquement de la Chine. Au moins, c'est clair. Question : d'où donc lui est venue cette lubie ?

8.
Donc, Jean-Pierre Raffarin publie un livre intitulé « Le leadership pour tous » (« Mieux piloter ses ambitions » si, si !) et il propose que « l’expression orale » et « le management de groupe » soient enseignés « dans le secondaire ». Pap Ndiaye, vous pouvez démissionner tranquille, on vous a trouvé un remplaçant...

Je ne me permettrais pas, bien sûr, de faire remarquer à Monsieur Raffarin que l’expression orale fait déjà partie des programmes et des habitudes pédagogiques françaises. Quant au « management de groupe », oh bin c'est pas plus sot que la co-intervention ou que d'aller cueillir des fraises (projet dit de « chef-d'oeuvre », et vous pouvez me croire), mais c'est pas plus intelligent non plus, c'est idiot, et assez caporaliste.

9.
Un « front gelé » en Ukraine favoriserait l'axe Téhéran/Moscou. Poutine pourrait très vite faire de l'Iran des mollahs un partenaire privilégié et un allié. Nous n'avons pas d'autre choix : il faut aider l'Ukraine à vaincre. Cela fera chuter Poutine et isolera l'Iran.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 mai 2023.

 

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