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BREFS ET AUTRES

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1 juillet 2023

POP SONGS JAZZ ET DROMADAIRE

POP SONGS JAZZ ET DROMADAIRE

1.
« Kids in America » is a song recorded by English pop singer Kim Wilde. It was released in the United Kingdom as her debut single in January 1981 », nous angliche Wikipedia. Synthé-pop efficace à faire guincher les gisquettes dans les boîtes et à émouvoir le lycéen boutonneux des classes qui n'allaient pas en vacances et dont l'un des grands luxes était de regarder les clips à la télé. Je regarde le joli visage de la chanteuse dans la lumière bleue. Je me demande ce qu'ils ont fait, depuis 1981, les « Kids in America » (« New York to east California/ There's a new wave coming, I warn ya », qu'elle chantait, Kim Wilde). C'est vrai qu'entre-temps il y a eu quelques guerres.

Entendu sur l'essentiel You Tube une version très tonique et marrante et électrique du « Kids in America » de Kim Wilde par Shaka Ponk, l'un des meilleurs groupes de rock français de tous les riffs et remets-moi donc « Satisfaction ». Apparemment, ça date d'il y a une bonne dizaine d'années et c'était dans le cadre des Live du Figaro.

2.
Ah tiens, « Take Five », de Dave Brubeck. L'élégance du jazz. Le thème si chantant joué par Paul Desmond au sax alto, la formidable sobriété du solo de piano de Dave Brubeck, la virtuosité toute en retenue du solo de batterie de Joe Morello, tout ça soutenu par la basse d'Eugene Wright. Chef d’œuvre que l'on écoute au lieu d'écouter les politiques ânonner comment ils vont nous sortir du bourbier où ils nous ont eux-mêmes fourrés.

3.
« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage »
Se fument un p'tit joint because qu'i s'font chier.
(d'après Baudelaire, et sur l'air de « Si j'avais un dromadaire »)

4.
« Common people » est l'une des meilleures chansons de la fin du 20ème siècle (1995, je crois), nous la devons au groupe anglais Pulp et à l'ironie de Jarvis Cocker. On en connaît le sujet : le narrateur issu d'un milieu modeste rencontre une étudiante d'un milieu favorisé qui lui confie sottement qu'elle aimerait vivre comme les « gens ordinaires ». Le narrateur l'emmène dans un supermarché, et lui explique ce que pourrait signifier pour elle vivre comme les « gens ordinaires » :

« Rent a flat above a shop
Cut your hair and get a job
Smoke some fags and play some pool
Pretend you never went to school »
Et bien sûr, la nuit, contempler les cafards qui escaladent les murs.

Conclusion :
« Laugh along with the common people
Laugh along even though they're really laughing at you
And the stupid things that you do
Because you think that poor is cool. »

Cette chanson, j'espère qu'elle est étudiée dans bien des collèges et lycées anglais et français. D'utilité publique. Politique et de bon sens. Le clip, très esthétique, qui l'illustre avec ces jeunes filles minces qui dansent d'une façon si faussement vulgaire, ces détails de la vie quotidienne des gens ordinaires, cette petite fille riche qui découvre les supermarchés comme un « nouveau monde » sur la musique entêtante et moqueuse du groupe Pulp, est un petit bijou.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

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27 juin 2023

IL FAUDRAIT QUAND MÊME DIRE A MACRON QU'EN MATIERE D'ENSEIGNEMENT IL N'Y CONNAIT RIEN

IL FAUDRAIT QUAND MÊME DIRE A MACRON QU'EN MATIERE D'ENSEIGNEMENT IL N'Y CONNAIT RIEN 

1.
Un lycée en fin de journée. Je croise dans le hall une de mes élèves. « Bonjour, monsieur ». Je la salue à mon tour et m'avise que cette élève, pas toujours facile et décrite par un de mes collègues comme « vulgaire » et indisciplinée, tient la main, et avec précaution, d'une toute jeune fille maigre, les cheveux rasés, de grands yeux. Les enseignants ne savent rien. Ils jugent sans connaître.

Cette chose vue m'est revenue alors que je venais de finir la lecture du dernier acte de « La Machine infernale », de Cocteau, le moment où Antigone prétend guider Œdipe aveuglé (« Je te conduirai. Je te dirigerai... »). La littérature est-elle une machine à remuer le passé ?

2.
Un lycée privé qui expérimente la « classe heureuse ». Déjà, en soi, on se demande ce que ça peut bien vouloir dire. Donc, on lit la fiche descriptive, et là, on tombe sur des expressions genre : « mise en place de rituels pour apprendre à être en conscience dans le moment présent », « sophrologie », « explorer sa dimension intérieure », « équipe pédagogique formée pour accompagner les élèves à explorer les dimensions de leur intériorité ».

La lecture de ce charabia pose la question de l'emprise et de la manipulation mentale, de la fameuse « pleine conscience » à la Christophe André et autres balivernes, qui ont quand même un petit arrière-goût de dérive sectaire (entrisme?), balivernes que Blanquer avait failli laisser expérimenter dans le public (il s'en est fallu de peu, si je me souviens bien) et on se dit qu'on est loin, très loin, de plus en plus loin du but d'un lycée : préparer les élèves à un métier et à d'éventuelles études supérieures.

Y a un article sur le site ledauphine.com avec une photo sur laquelle des enseignants (on peut supposer que ce sont des enseignants, mais j'ai des doutes) font les guignols, bras ouverts et tronches faussement enthousiastes sur le mode « Venez, qu'est ce qu'on va être heureux, tous ensemble dans la classe ». Nul. Démagogique. Racoleur. Hypocrite. Louche.

3.
D'après le site « Le Parisien » du 26 juin 2023, le président Macron envisagerait sans rire un collège ouvert de 8 heures à 18 heures dans l'ensemble des quartiers dits « d'éducation prioritaire » de France.

Outre que l'institution du collège n'a pas vocation à être une garderie, on peut s'interroger sur le financement d'une telle mesure qui obligerait l'éducation nationale à recruter du personnel supplémentaire (enseignants, surveillants, cadres divers...), alors même que la crise des vocations continue de s'aggraver et que le Pacte à Pap Ndiaye ne semble pour l'instant (loin de là) être un succès.

Le problème de Macron, c'est qu'il veut s'occuper de tout tout seul (ou quasi) et que dans bien des domaines, notamment en ce qui concerne l'enseignement, il n'y connaît visiblement rien.

4.
Il semble que le but du président Macron est d'accroître l'endettement du pays (d'où, me semble-t-il, des promesses parfois inconsidérées et un peu tout azimut). Pourquoi ? La réponse a déjà été donnée par Sarkozy alors qu'il était lui-même président : endetter par l'investissement, c'est aussi endetter les Français et donc les obliger à terme à travailler et produire plus et plus longtemps (d'où des économies prévues dans les aides sociales et la baisse de certains remboursements ; d'où un recours au secteur privé, au besoin à coups de subventions massives comme on le voit avec la relance de l'apprentissage).

Le président Macron sait très bien que la France n'a pas la puissance de production et d'innovation des Etats-Unis et qu'en conséquence, une politique d'endettement continu est dangereuse, sauf qu'il n'a probablement pas renoncé (même s'il n'en parle plus guère publiquement) à la fédéralisation de l'UE et donc à une mutualisation des dettes et à un accroissement des capacités de production et d'innovation d'un Etat France bénéficiant d'une gouvernance supranationale qui lui serait dès lors favorable.

C'est une des raisons qui m'incline à penser que le président Macron pourrait tenter le coup d'une réforme des institutions qui lui permettrait d'accomplir un troisième mandat.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juin 2023.

27 juin 2023

EVIDEMMENT C'ETAIT ÇA

EVIDEMMENT C'ETAIT ÇA

1.
« Ressouvenirs »: Le mot apparaît dès les premières lignes du très beau « Le Roman d'un enfant », de Pierre Loti (1890). Il est mystérieusement suivi de l'adverbe « mystérieusement » et du participe « transmis ». Réminiscences de quelque vie antérieure ? Souvenirs réinventés ?

2.
« Ah ! Mon Dieu, mais qu'est-ce qu'il a ce petit, ce soir ? ». Question posée par la grand'tante Berthe au spectacle du bambin faisant ses premiers sauts sur le tapis (« pouf, pouf, en faisant beaucoup de bruit par terre, et en sentant dans ma tête un petit vertige particulier très agréable... »).

3.
« Forêt vierge ». C'est ainsi que le narrateur du « Roman d'un enfant » désigne un « jardin très grand qu'on n'entretenait guère et où les arbres fruitiers mouraient de vieillesse », jardin qu'enfant en vacances à la campagne, il fréquenta et qui appartenait à des amis de la famille. Il évoque aussi des « surprises », des « mystères », « l’expression de figure d'un petit Peau-Rouge dans la joie de ses forêts retrouvées. », « le petit ton moqueur » de Lucette D.

4.
« Évidemment c'était ça » : Découvrant la mer (cf chapitre IV), l'enfant se rend à l'évidence de la brutalité de la nature en-soi : « instable, perfide, engloutissant ; ça remuait et ça se démenait partout à la fois,  avec un air de méchanceté sinistre. » Étonnant, ironique peut-être, quand on sait que Julien Viaud, dit Pierre Loti, fut tout autant écrivain qu'officier de marine.

Loti l'a-t-il fait exprès ? Les premiers mots qui suivent l'évocation de la « mer » aux « grandes étendues vertes et profondes ») sont au chapitre V : « ma mère », la maman vue d'abord comme un « refuge naturel, l'asile contre toutes les frayeurs de l'inconnu ».

5.
Ce que je retrouve en lisant Pierre Loti : le fantôme de cette énergie vitale qui anime l'esprit et le corps durant les 40 premières années et puis, inéluctablement, petit à petit, décline et se dégrade ; je dis bien « fantôme », et qui dit fantôme, dit manifestations.

Échos du fantôme d'une énergie vitale : l'intelligence et la sensibilité de Pierre Loti, les romans de Simenon, les vers de Baudelaire, de Michaux, d'Apollinaire, les images surréalistes, les musiques des Beatles, des Stones, d'Adriano Celentano, les chansons de Charlebois, de Brel, les expressions et les situations de la série « Coin Coin et les Z'inhumains » de Bruno Dumont, amours, fascinations et amitiés féminines d'il y a quarante et trente ans, les rêves où remue mon passé, le retour de certaines odeurs, la puissance de certains parfums, des phrases dans ma tête, mêlées à des bouts de chansons (pour l'heure, les riffs électriques et les premiers mots de « Black Magic Woman » par Santana), des visages, des ébauches de scènes, répétitions, boucles ...

Peut-être que le sujet de certains films de Godard et de Luis Bunuel, du « Providence », d'Alain Resnais, des livres de Claude Simon, des « Vers nouveaux » de Rimbaud, des « Petits poèmes en prose », de Baudelaire, est cette vie confuse de l'esprit et des sens ; peut-être que cette vivacité de l'énergie vitale est-elle si commune (les passants dans les rues portent-ils tous, ou presque tous et toute la journée ce fatras dans la tête et leurs itinéraires?) que Rimbaud a fini par s'en désintéresser comme on se désintéresse des sottises des enfants et des adolescents attardés.

6.
« Une fois, une petite fille... en ouvrant un fruit des colonies très gros... il en était sorti une bête, une bête verte... qui l'avait piquée... et puis ça l'avait fait mourir. » : histoire dont le narrateur se rappelle et qui lui a été dite alors qu'il avait sept ans par une autre petite fille de six ans. La petite musique de cette histoire permet d'évoquer l'amitié enfantine mais surtout la puissance des mots (celui du mot « colonies » notamment).

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juin 2023.

25 juin 2023

24 JUIN 2023 REBELLION AVORTEE DE PRIGOJINE

24 JUIN 2023 REBELLION AVORTEE DE PRIGOJINE
FAIBLESSE ET MENSONGES DE POUTINE

1.
24 juin 2023. Incendie d'un dépôt de carburant à Voronej : la ville serait-elle sur le point de tomber aux mains de Wagner et l'armée russe a-t-elle détruit ce dépôt pour éviter que les rebelles s'en emparent ? Les incidents se multiplient et semblent indiquer qu'il y a bien une rébellion menée par Prigojine contre Poutine.

2.
Si Poutine chute, certains financements de réseaux pro-russes en Europe pourraient se tarir. Des personnalités assez troubles pourraient même disparaître. Doit y avoir quelques collabos qui ne doivent pas dormir tranquilles, et même de vérifier la réversibilité de leur veste.

3.
Les pays affiliés aux BRICS sont-ils si unis que ça et prêts à aider Poutine à se sortir du bourbier dans lequel il s'est fourré ? Je pense qu'en matière de « coups de couteau dans le dos », comme il dit lui-même, Poutine n'est pas au bout de ses surprises.

4.
24 juin 2023.19 heures 50. Surprise. Prigojine, après, semble-t-il, avoir discuté avec Lukachenko, aurait donné l'ordre à ses troupes de rentrer dans leurs bases. Aurait-il reçu l'assurance que Wagner conserverait son autonomie et que ses comptes seraient de nouveau alimentés ?

5.
Apparente fin de la rébellion de Prigojine. Comment maintenant va réagir Poutine ? Cherchera-t-il à se venger ? Quel sera l'avenir des incompétents Choïgou et Guerassimov ? Les ultra-nationalistes ont-ils avancé leurs pions. En tout cas, il semble bien que la possible négociation Prigojine-Lukachenko explique pourquoi, dans la journée du 24 juin, les forces russes auraient laissé progresser les forces de Wagner vers Moscou. Il y aurait eu « trêve » durant les négociations.

6.
Prigojine devrait revoir la série des « Parrain », de Coppola. Dans la mafia, à chaque fois qu'un lieutenant a tenté de défier le parrain, ça se finit toujours mal pour l'effronté. Poutine n'oubliera jamais l'affront que Prigojine lui a infligé.

Poutine peut-il se le permettre ? Peut-il laisser le chef d'une milice privée lui faire la leçon et imposer ses conditions sans passer pour un faible ?

7.
Si Prigojine a obtenu satisfaction et que les disgrâces de Choïgou et de Guerassimov sont confirmées, outre qu'il est difficile d'imaginer Poutine se laisser dicter sa conduite par le chef d'une milice privée, est-il possible qu'à la tête de l'état-major russe soient nommés des ultra-nationalistes jusqu'au-boutistes et que se multiplient les risques d'une contamination du conflit russo-ukrainien à l'ensemble de l'Europe ?

8.
Dimanche 25 juin 2023. Gueule de bois. On a été beaucoup à y croire - ô naïfs nous sommes – à la rébellion de Prigojine soi-disant « prêt à mourir » pour libérer la Russie. M'étonnerait pas que le Prigojine, ce matin, dans sa salle de bain, il l'ait chantée, la version russe de la ritournelle à Balavoine :

« Je ne suis pas un héros
Mes faux pas me collent à la peau
Je ne suis pas un héros
Faut pas croire ce que disent les journaux ».

Ceci dit, en prélude à sa « rébellion », Prigojine a quand même déclaré au monde entier que les prétextes officiels de la sale guerre de Poutine en Ukraine n'étaient que craques et mensonges. Le seul but de la sale guerre de Poutine en Ukraine, c'est la rapacité et la corruption des mafieux et oligarques russes, il a dit Prigojine. Il est donc clair maintenant que Poutine, Lavrov, Peskov, Medvedev et leurs sbires, pour justifier les exactions de l'armée russe en Ukraine, mentent comme des voyous des bas quartiers et savent parfaitement qu'ils mentent.

9.
Il y a une différence entre Prigojine et Poutine, c'est que Prigojine ne se la raconte pas. Il sait à quoi s'en tenir sur son propre compte : c'est un mafieux et il assume ; un menteur, un voleur, un assassin et il assume, cependant que Poutine, Lavrov, Peskov, Medvedev and Co ne cessent de s'inventer des prétextes et des soi-disant raisons d'Etat pour justifier leurs saloperies.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2023.

 

25 juin 2023

COLETTE EVIDEMMENT

COLETTE EVIDEMMENT

1.
Colette. « Gigi ». Petite merveille que cette grande nouvelle de 1944, écrit tardif donc. Vous me direz : elle avait pas autre chose à publier, Colette, après les horreurs de la deuxième des épouvantes. C'est que la littérature, la vraie, est hors du temps. Du reste, en quoi le portrait d'une jeune fille, d'une grande didine plus proche des asperges qu'on trouve dans les romans de la fin du 19ème, tout début du 20ème, en quoi le portrait de Gilberte, dite Gigi, vive et fraîche comme on s'attend à les trouver dans les pages de Colette, nous intéresse-t-il encore ? C'est qu'elle amuse. Dans la vie réelle, on s'en fiche de Gigi, et on lui dirait bien des choses, et des pas polies encore, à miss je-vas-me-marier sinon je m'en sortirai pas vu que je sais rien faire de mes dix doigts. Par contre, elle dispose de « jambes héronnières de quinze ans ». C'est qu'elle en a bientôt seize et rappelle la citation de Michel Audiard dans un film marrant qu'on regarde pour se poiler et passer le temps petit avant que le grand Cric vienne nous craquer le cœur et croquer l'âme :

« Une fille qui fait 95 de tour de poitrine et 32 de tour de tête ne peut pas être vraiment mauvaise. Elle peut seulement être légèrement sotte. »
(Qui dit ça, c'est le personnage de la « tante Léontine » interprété par Françoise Rosay dans le film d'Audiard : « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » (1968). Léontine, c'est la tante à Rita, une Gigi d'un autre genre, et il me semble qu'elle dit « 85 » et pas « 95 »).

Elle va se fiancer, Gigi, avec un « homme mondial », un roi du sucre, qui brasse des milliards, un Gaston richard à moustaches. Ça arrange bien sa grand-mère, Mme Alvarez, et aussi tante Alicia, parce que Colette était assez lucide pour savoir que derrière les sentiments, il y a aussi, il y a surtout, les nécessités de se caser. Ce point de vue, les jeunes filles actuelles feraient bien de le méditer, d'autant que l'Etat providence et le « quoi qu'il en coûte » à Macron ne dureront pas. Pourquoi ? Parce que le monde est surpeuplé, et que si l'on veut éviter que les bipèdes s'entr'égorgent mondialement et sous les prétextes les plus divers, il faudra bien consentir à partager les richesses, lesquelles ne dépendent jamais que de la rareté naturelle.

Donc, ce n'est pas pour les petites libertés que revendique Gigi, ni pour son apparente désinvolture, ce n'est pas pour les conseils d'hygiène et de maintien que lui prodiguent tante et grand-mère (comment s'habiller quand on ne veut pas paraître plus que son âge, comment manger des ortolans, éviter la charcuterie et les bijoux « artistiques », veiller à la fraîcheur de son haleine, etc...), ce n'est pas pour cette suite de conseils anciens et de considérations désuètes que le texte tient. Eh non, parce qu'on s'en fiche de Gigi, cette grande « cavale » et de Gaston, çui-là qu'a trop d'ronds. Par contre, le style, l'art du dialogue de Colette, voilà qui tient la route.

Citation :
« - Si tu me gardais ici, grand-mère. J'irais voir tante Alicia dimanche prochain ?
- Vraiment ! dit Mme Alvarez avec hauteur. Tu n'as pas d'autre sujétion à me faire ?
- Si, dit Gilberte. Qu'on me fasse des jupes un peu plus courtes que je ne sois pas tout le temps pliée en Z dès que je m'assois. Tu comprends, grand-mère, tout le temps il faut que je pense à mon ce-que-je-pense, avec mes jupes trop courtes. »

2. 
Dans le même volume, la très belle nouvelle « L'enfant malade » qui rappelle au lecteur de la fin du 20ème siècle la manière dont, dans « Stupeur et tremblements » d'Amélie Nothomb, la narratrice prend l'habitude de se jeter dans le vide par la pensée. L'enfant du texte de Colette ne se jette pas dans le vide, mais se crée mentalement un espace où il a bien des aventures, où un « immense coupe-papier nickelé, si grand qu'au lieu de deux m, il lui en fallait trois et souvent quatre pour son qualificatif », devient « la Grande-Patinoire ». Colette connaissait-elle l'univers onirique des bandes dessinées de Winsor McCay, les rêves de Little Nemo (un môme lui aussi) et leurs grandes cases délirantes ? Le réel aussi s'y mêle, à cet espace surréaliste : « une autre fois, il vit une main. (…) La petite main faible luttait ; tous ses doigts écartés, et les zébrures parallèles commençaient à se distendre, à diverger et ployer comme des barreaux mous. » Dessin animé. Le dernier paragraphe du texte s'ouvre sur un octosyllabe (c'est bien son droit) : « Un temps veut qu'on s'applique à vivre. » De la littérature, je vous dis, et de la bonne.

3.
« La dame du photographe » est une jolie évocation d'une personne ordinaire qui vient de rater son suicide. Pas de misérabilisme, pas de sentimentalisme, juste l'évocation de la vie ordinaire de gens qui parfois.

4.
« Flore et Pomone » clôt le volume. Poème en prose d'un peu plus de 30 pages consacré aux jardins et vergers, aux fruits, fleurs, plantes qu'aima tant Colette. Poésie des noms : « J'aurai bien d'autres verveines en rosaces, aristoloches en pipes, gazon d'Espagne en houppes, croix-de-Jérusalem en croix, lupins en épis et belles-de-nuit insomnieuses, agrostides en nébuleuses et mignardises en vanille. » Que voulez-vous que je vous dise ? Colette, évidemment.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2023.

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24 juin 2023

PRIGOJINE CONTRE POUTINE APRES LA PESTE LE CHOLERA ?

PRIGOJINE CONTRE POUTINE APRES LA PESTE LE CHOLERA ?

1.
Les événements se précipiteraient donc en Russie. Après avoir dénoncé les mensonges de l'armée russe et de l'appareil d'Etat sur les causes et les buts de l'invasion de l'Ukraine, Prigojine et ses Wagner seraient passés à l'action et se dirigeraient vers Moscou.

Prigojine agit-il avec l'accord de Poutine ? Prigojine rappellerait-il au monde que pirates, corsaires, corps francs, soldats de fortune et mercenaires ont eux aussi leur morale ? (est-il un nouveau Bob Denard?) La Russie va-t-elle basculer dans la guerre civile ?

Après avoir perdu tant d'hommes dans le hachoir de Bakhmut, (et il semble que cela l'a personnellement affecté), de voir l'armée russe incapable de contrôler un champ de ruines a pu pousser Prigojine à réfléchir sur l'imbécillité d'une guerre inéluctablement perdue.

2.
On sait qu'un certain nombre d'officiers de l'armée russe soit sont opposés depuis le début à la sale guerre de Poutine en Ukraine, soit opposés à l'Etat-major de Choïgou. Une partie de l'armée russe va-t-elle se rebeller et s'allier avec Prigojine pour renverser le pouvoir central ? La Russie est-elle à la veille d'un coup d'Etat ?

3.
Une mafia ne peut absolument pas se permettre le luxe de l'incompétence. L'incompétence de Choïgou est légendaire (dit-on).

4.
La reprise d'un effritement très net du rouble annonçait une situation instable en Russie. 1 euro = plus de 90 euros depuis deux semaines et 1 dollar plus de 80 roubles. Si la chute du rouble se poursuit, inéluctablement, l'économie russe s'effondrera.

5.
Tu paries combien que le Macron s'est déjà renseigné sur les moyens de contacter Prigojine directement en vue de au cas où que ça serait utile de lui proposer une résilience quelconque, voire un pacte politico-financier basé sur un socle de valeurs à choisir dans la liste.

6.
Ce qui se passe en Russie prouve une fois de plus que Poutine ne peut pas gagner contre l'Occident. Beaucoup de commentateurs disent depuis longtemps que le pouvoir russe pourrait imploser. Plus que jamais, il faut soutenir l'Ukraine. Le serpent est dans le jardin de Poutine.

7.
Va-t-on passer de la peste Poutine au choléra Prigojine ? Ou Prigojine pourrait-il entamer des négociations sérieuses avec l'Ukraine ? Encore faudrait-il que Prigojine sorte vivant de cette aventure et qu'une partie de l'armée russe l'aide à renverser le pouvoir central.

8.
Ce qui se passe en Russie illustre une nouvelle fois que le droit naturel du plus fort, comme tout droit prétendument naturel d'ailleurs, est une fiction. Poutine se croit « naturellement » le plus fort mais que plus fort que lui s'oppose et le voilà remis en question. Ceci dit, rien ne prouve que Prigojine soit en mesure de renverser le pouvoir central.

9.
Si Poutine tombe, les pro-Poutine de nos démocraties (c'est-à-dire les collabos qui profitent des avantages de la démocratie libérale, et certains en vivent même très bien, tout en souhaitant leur fin) vont l'avoir dans l'os. C'est réjouissant. #Mariani #MarineLePen #Zemmour

10.
Reste l'hypothèse machiavélique. Poutine et Prigojine feindraient un début de putsch. Poutine déclarerait que la Russie serait maintenant directement menacée par « l'Occident collectif », décrèterait la patrie en danger, et lancerait un ultimatum /chantage au nucléaire à l'OTAN.

11.
Dans un bel effort de transparence, Prigojine a dénoncé les mensonges de l'appareil d'Etat russe sur les causes et les buts de l'invasion de l'Ukraine : non, il ne s'agissait pas pour Poutine de « libérer » le Donbass et de « dénazifier » (quelle blague!) il s'agissait de mettre main basse sur l'Ukraine et de la dépouiller, de s'en partager les richesses entre oligarques et mafieux divers.

Le 24 juin 2023, Prigojine affirme que les pertes de l'armée russe se monteraient à près de 1000 personnels hors de combat par jour. Enorme. Rappelons-le : l'OTAN ne peut pas perdre. Songez que les Etats-Unis ne fournissent même pas leur armement le plus moderne aux forces ukrainiennes et qu'ils gardent le secret le plus absolu sur leurs avancées technologiques. Poutine ne peut pas gagner. Poutine ne gagnera pas. Poutine est perdu.

12.
Lorsque Choïgou a annoncé que les mercenaires de Wagner auraient jusqu'au 1er juillet pour rentrer dans les rangs de l'armée russe, obligeant ainsi Prigojine à prêter allégeance et à renoncer à son leadership, on prête à Prigojine ce mot : « Choïgou a dit le 1er juillet, mais il n'a pas précisé de quelle année. »

13.
Il est évident que les Wagner de Prigojine ne peuvent à eux seuls renverser le pouvoir central. Prigojine a-t-il des assurances de ralliement d'une partie de l'armée russe ? Compte-t-il sur un soulèvement de la population ? Sur une révolution de palais ? Ou tente-t-il un coup de poker désespéré ?

14.
Etant donnée l'importance des Intérêts financiers et politiques en jeu, que vont faire les personnels de Wagner basés en Afrique ? A qui vont-ils désormais obéir ? Aux injonctions des commissaires politiques de Poutine ou à leurs cadres fidèles à Prigojine ?

15.
La rébellion de Prigojine et de ses Wagner est-elle une conséquence inattendue, ou vaguement espérée, de la contre-offensive ukrainienne ? Ou au contraire, cette rébellion, quelle qu'en soit l'issue, sera-t-elle suivie en Russie d'un renforcement des jusqu’au-boutistes ultra-nationalistes ?

Patrice Houzeau
Malo, le 24 juin 2023.

23 juin 2023

DE LA PESTE D'ABORD PUIS DE LA PESTE AUSSI

DE LA PESTE D'ABORD PUIS DE LA PESTE AUSSI

1.
J'ai longtemps reculé devant les livres de Fred Vargas. J'aime les livres courts et le format Simenon me convient parfaitement, ainsi que les 250 pages traditionnelles de la collection du « Masque ».

Il y a de cela bien des années (comme le temps court hein), le film « Pars vite et reviens tard », de régis Wargnier (2007) avecJosé Garcia dans le rôle du commissaire Adamsberg et Olivier Gourmet dans celui de Joss Le Guern, avait retenu mon attention. Je viens de lire le roman (J'ai Lu n°7461). Eblouissant. Histoire de peste et de vengeance, de faux-semblants aussi (vous me direz que c'est courant dans le genre du « rompol », comprenez « roman policier » et zaurez raison, mais on s'en fout, puisque je vous le dis). D'érudition (ah, on en apprend des choses sur la peste et sur le sens de l’expression latine « Cito, Longe, Tarde »), de mélancolie, et d'humour aussi (si, si).

Les personnages d'Adamsberg et de Danglard, celui du « Ar Bannour », le « Crieur » Joss Le Guern, et l'étonnante Clémentine Courbet alors, c'est qu'on s'y attache, à ces gens.

Une chose encore, qui me plaît : Fred Vargas privilégie l'intelligence et la sensibilité à la violence. Je n'apprécie guère la tendance du roman noir à multiplier les scènes de violence et de sexe plus ou moins glauque : je ne ne lis pas de romans policiers pour ça. Je lis des romans policiers parce qu'ils présentent des personnages ordinaires plongés dans des situations extraordinaires, parce qu'ils jouent sur le réel, parce qu'ils amusent ou intéressent par l'originalité et les fragilités de l'enquêteur, parce que les gouffres qu'ils révèlent fascinent. Heureusement pour moi, la violence pour la violence ne me fascine pas, et à moins d'en avoir l'étrange beauté de « l'Iliade », je n'en vois pas souvent l'intérêt.

Citation :
« - Bon, dit Adamsberg en continuant à aller et venir. Un prédicateur du IIIème millénaire ? Qui annonce quoi ? L'apocalypse ?
- La peste.
- Tiens, dit Adamsberg en marquant une pause. Ça change un peu. Et comment vous l'annonce-t-il ? Par courrier ? Par téléphone ?
- Par monsieur, dit Decambrais en désignant Joss d'un geste un peu cérémonieux. »
(Fred Vargas, « Pars vite et reviens tard », chapitre 12)

Note : On peut trouver ce genre de dialogue « un peu pâteux ». Affaire de goût. Je ne me pose pas la question. Je lis très vite, et même pas tous les paragraphes (loin de là). Dès que je pige, je tourne la page. Je déplore d'ailleurs que les enseignants continuent à assener aux élèves qu'un livre se lit de bout en bout et mot à mot (Seigneur, quel ennui ! Il y a tant d'autres choses à faire dans une journée!). Beaucoup ont applaudi lorsque Daniel Pennac a publié ses « dix droits du lecteur », et ils sont même affichés dans bien des CDI, mais j'ai l'impression que peu les appliquent en classe. Résultat : les élèves mettent ces dix droits en pratique lorsqu'ils consultent internet et les réseaux sociaux (ça galope) et regardent les livres comme des territoires réservés à quelques initiés des lycées généraux qui auraient le temps de s'y attarder.

2.
Stéphane Guillon (« Journal d'un infréquentable 2015-2017 », Grasset, 2018) Je ne sais pas ce que devient Stéphane Guillon et tant pis, et c'est comme ça, et voilà. Le livre se lit vite car il claque. Livre-chronique, livre coup-de-gueule et marrant parce que la marrance met de la distance. Livre que l'on ne prend pas au sérieux, parce que Stéphane Guillon est un humoriste, et que l'on prend au sérieux parce qu'il s'en prend aux politiques (Fillon, dont il évoque, dès 2017, l'étrange bienveillance pour Poutine ; Mélenchon, ah le grotesque, dis, qu'on lit là ; Dupont-Aignan – teigneux, apparemment ; Marine Le Pen la sulfureuse ; Macron – pas encore éclaboussé par toutes les péripéties à pieds nickelés que nous connaissons maintenant, Benalla, la sotte réforme Blanquer... mais dont Stéphane Guillon semble déjà pressentir les curieuses faiblesses...). Livre mélancolique aussi (l'évocation du talent gâché de Franck de Lapersonne ; d'autres choses, plus privées, que l'on devine). Livre consternant quand il évoque les milieux si frileux parfois et si cyniques aussi de l'audiovisuel. Il y a une jolie page qui rend hommage à l'intelligence de Jean Benguigui. Pas un chef d’œuvre, ce « Journal d'un infréquentable », pas une honte non plus. Intéressant.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juin 2023.

22 juin 2023

IL AURA LA TAILLE DES SARTRE

IL AURA LA TAILLE DES SARTRE

1.
« Mon grand-père me trouvait minuscule et s’en désolait, « il aura la taille des Sartre », disait ma grand-mère pour l’agacer. Il feignait de ne pas entendre, se plantait devant moi et me toisait : « Il pousse ! » disait-il enfin sans trop de convictions. » (Jean-Paul Sartre, « Les Mots », 1964)

Pourquoi, selon Sartre, dans « Les Mots », la grand-mère du petit Sartre (Jean-Paul) disait du petit Sartre qu’il « aurait la taille des Sartre » ? Qu’est-ce que les Sartre ?

Pourquoi la grand-mère du petit Sartre (Jean-Paul) cherchait-elle à agacer le grand-père du petit Sartre ? Et faisait-elle du vélo ? On tiendra compte du fait que l’oncle du petit Sartre avait probablement au moins un parapluie.

En quoi le petit Sartre (Jean-Paul) « ne partageait ni les inquiétudes ni les espoirs » de son grand-père lorsque ce dernier « se plantait devant lui et le toisait » ? Et quel est le rapport avec la fongibilité asymétrique ?

Quand Sartre (Jean-Paul) écrit que « tout changea quand ma vie prit de la vitesse », fait-il référence à l’industrie automobile et au désespoir de Billancourt ? Au transport ferroviaire ? A la manière dont Macron fait repousser ses doigts ?

2.
Quel est le rapport entre le Pacte à Pap Ndiaye et la fongibilité asymétrique ? Quel est le rapport entre un poste de ministre de l’éducation nationale, alors qu’on n’y connaît rien, et l’histoire sociale des Etats-Unis, ce en quoi Pap Ndiaye est spécialiste (dit-on) ?

Quand « le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse » dit que « l’école peut faire beaucoup, mais elle ne peut pas tout faire » (source : France Info) dit-il une banalité, ou est-il le grand rénovateur de l’art subtil du pipeau en milieu journalistique ?

3.
Bien des politiques français ont voulu, et grâce à Macron, l’obtiennent en partie, l’américanisation de nos façons de vivre et de travailler. Maintenant, ils se plaignent du développement de la violence, laquelle n’est jamais qu’un des aspects de cette américanisation.

4.
Pourquoi faut-il que chaque participant « choisisse un proverbe et aille s’asseoir sur l’une des cinq chaises » alors qu’il pourrait très bien aller aller à la pêche, ce qui est plus utile si l’on veut manger du poisson que de participer à des ateliers d’expression orale à la ah oui, vous en êtes un et un vrai.

Pourquoi l'élève devrait-il « dire ensuite le proverbe à haute voix » de manière à « faire deviner à ses camarades », lesquels s’en tamponnent le coquillard, « le trait de personnalité inscrit sur le papier posé sur sa chaise » alors que s’il allait acheter des pommes de terre, il pourrait faire des frites, et alors, à midi, il pourrait manger du poisson avec des frites au lieu de participer à des ateliers d’expression orale niais comme on en trouve l'énoncé dans les manuels de Bac pro seconde de chez Nathan Technique de 2019, et c’est nul à braire comme un ministre.

5.
On évoque de plus en plus souvent la semaine de travail de quatre jours. Et quelqu’un de dire à la radio, ce 22 juin 2023, que ça laissera le cinquième jour pour une deuxième activité éventuelle. On voit que certains économistes, ou sociologues, des « sachants sachant sacher » donc, sont pleins d’optimisme quant à l’inflation, le pouvoir d’achat et le nombre de postes non pourvus à venir.

6.
Pourquoi devrait-il y avoir un nouveau Pacte financier mondial ? La Russie et la Chine, et plus généralement les pays affiliés aux BRICS, seront-ils favorables à ce nouveau Pacte financier mondial ? Macron ne nous prépare-t-il pas une nouvelle séquence d’agitation internationale sur le mode « la France va vous apprendre comment faire, d’ailleurs regardez-nous, nous nous endettons tous les jours, mais on continue à nous faire confiance, pourquoi ? » Réponse : parce que nous possédons l’art subtil du baratin et de l’arrangement en coulisses.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2023.

22 juin 2023

LES CHIENS NE JOUENT PAS DE TROMPETTE

LES CHIENS NE JOUENT PAS DE TROMPETTE

1.
Les chiens ne jouent pas de trompette. Sinon, à quoi serviraient-ils ?

2.
La lune ne porte pas de jupe. Du reste, si c'était le cas, il ne manquerait pas de gens pour se demander ce qu'il y a dessous.

3.
On n'utilise pas un levier pour rattraper le temps perdu. Si vous avez un levier et beaucoup de temps perdu, vous n'avez à vous en prendre qu'à vous-même. Le levier n'y est pour rien. D'ailleurs, il s'en fiche. Voyez comme il se moque de vous dans ses moustaches.

4.
Rien ne prouve que Mona Lisa n'ait pas porté la moustache. Seule l'habitude de regarder La Joconde selon des critères stupidement genrés vous empêche de constater cette évidence.

5.
N'insistez pas. L'administration ne procédera pas à votre résurrection.

6.
Il est interdit de laisser gambader les pianos sur les pelouses. Si votre piano disparaît, c'est que la pelouse l'a avalé. Il faudra bien vous mettre à la guitare, ou au violon.

7.
La musique de Satie est préjudiciable à l’imbécillité publique.

8.
Si vous avez le mauvais goût de mourir avant l'âge de la retraite, ne vous étonnez pas d'éventuelles retenues sur votre salaire pour service non fait.

9.
Si les verres à pied pouvaient parler, ils partiraient au galop.

10.
Si vos frites ont soudain un goût de sang, c'est peut-être que quelqu'un y a oublié un doigt.

11.
Ce n'est pas parce que les mouettes ne chantent pas La Marseillaise qu'il ne faut pas se mettre au garde-à-vous.

12.
Vous voyez bien que la criminalité a fortement baissé. Il suffisait de couper le son.

13.
Je me méfie de mes verres. Ils ont une fâcheuse tendance à vider les bouteilles.

14.
Je n'autorise pas les cravates à venir me serrer le cou.

15.
Ne parlez de ce que vous ne connaissez pas que si vous avez fait une grande école.

16.
L'erreur étant humaine, on ne peut rien reprocher à l'administration.

17.
Cette langue est vivante et s'agite dans bien des bouches, tandis que vous voyez bien que toutes, absolument toutes les poêles à frire ont renoncé à l'usage du latin de cuisine.

18.
Ce qui distingue l'humain de la machine, c'est la mauvaise foi. Le jour où les robots seront d'aussi mauvaise foi que les plus habiles de nos politiques, les jours de notre espèce seront comptés.

19.
On ne trempe pas son piano dans son bol de café, ça fait des miettes mouillées, c'est dégoûtant.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2023.

21 juin 2023

ODE AUX CERISIERS DE L'AVENIR

ODE AUX CERISIERS DE L'AVENIR

1.
Ucer denei tida safer inex (allonzy rimons stupide mais en -ex)
Létroa (ah ça, je l'ai toujours dit qu'il est trop « annexes », il en met trop des annexes,
Lama, j'allais quand même pas l'appeler Lamex, non, hein, ça chante pas, Lamex,
Lacan (Jacques, 1901-1981, psychanalyste, moi non plus, j'y pige que couic mais j'en fais pas un complexe) par contre, Jacques Lacan, ça ça sonne, Lacan, à Carcassonne, à Montigny-en-Gohelle, à Strasbourg comme à Montauban, Lacan, ça sonne, aussi Lastex, Castex, Tex-mex...
Lédeuza (les deux A, sont-ce les deux -ex de la Miss ? Même qu'ils s'appellent tous les deux Alex, parce que j'ai pas trouvé d'autre prénom de gars en -ex, et puis, c'est très bien, Alex.

2.
Inédé quepa uaucer (je confirme il n'est pas du tout « hue au cerf », pas très favorable à la chasse)
(Ça n'a rien à voir, mais j'en profite pour dire que j'ai toujours cru que Judith Butler était une chanteuse de pop/rock des Amériques. En fait non, c'est la femme du crémier d'en bas d'chez moi qu'c'est plus chez moi depuis que j'ai déménagé ; ce que le monde est petit...)

3.
L'anhan (du verbe « anhanner » qui signifie à peu près « rire de se voir si belle en ce miroir », expression genrée donc, et alors là attention!)
Dessa, delà et
Pas de deux (ah la danse, ça me fait penser à Céline qu'aimait tant les danseuses, dit-on, ah le cochon).

4.
Ledo ahan lapla (de lentilles)
Endan (et là, voyez, j'ai envie de mettre un coup de gong, là, voyez, un bon bong de gong, avec le son qui se prolonge, plein de mystère et de frissons)

5.
Unoifé arriva la première (elle renaît de ses cendres)
Unoimé arriva la deuxième (elle était pleine de faim et de dents)
Unoi-en-pro arriva la troisième (elle avait de tout petits petons qu'on l'appelait Valentine)
Et Nédoi (ainsi nommé en raison de l'étroit rapport que ses doigts entretenaient avec son nez), eh bien, Nédoi arriva aussi ;
Traco urèg leo delapla (quant aux hauts de l'aplat, que voulez-vous que je vous dise, essayez de vous imaginer, parce que moi hein, c'est pas écrit « Universel Macron » sur mon front hein).

6.
Enba ! (là, y a des percussions)
Unau plusquan (Plusquan ! Plusquan ! Plusquan et la transe commence!)
Dré (Drrrrrrrrrrrrrré ! Ah oui, ça, faut mettre des « r », faut qu'ça roule, les tambours!)
Vraap à haies ouah ! (tiens, un chien aboie, doit y avoir une caravane quelque part)
(J'en profite pour dire que je viens d'entendre à la radio que « le mystère, c'est Paissy ». Je suis désolé, mais je connais très bien Jeannot Paissy, et il est aussi mystérieux qu'une patate à l'eau ; alors hein, faut arrêter de dire n'importe quoi aussi, si vous voulez qu'on continue à ne pas vous croire)
Ede pluba danlébra (« ob-la-di ob-la-da life goes on bra » qu'ils chantassent (de thé) les Beatles que j'me suis toujours demandé ce que ça voulait dire, « bra »)
Plo (et Roplo, forcé qu'ils vont par deux, non?)
Rep cohodi quifu dalanu du jus (ah ça je confirme que c'est du pur jus d'ânerie que j'écris là, mais c'est pour le son qu'ça fait dans ma tête, ah, oui, ah oui-oui-oui).

7.
Cahon vida ce gras greux (les greux, quand ils deviennent trop gras, faut les vider, à l’exemple de Cahon (dit « cahin-caha » les jours de grand vent) sinon, ils continuent à engraisser et ça finit par faire de grands greux d'un air de moins en moins sympathique ; c'est bien simple, on dirait qu'ils vont se mettre à parler)
Saint Dema (il est peu connu, je l'en trouve d'autant plus aimable qu'il est mon saint à moi, mon « Personal Jesus », ce saint aussi unique que l’œil du Cyclope)
Poco se fa peu (ah ça oui-da qu'on fa s'qu'on peut)
Soha ouah ! (tiens, la caravane repasse...)
Ouho éfa (« Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song) », ça vous dit rien, c'est une chanson de Otis Redding en 1966)
Ceci leco élevoi (Ce qui prouve que Ceci n'avait pas son œil dans la poche oùsqu'il ne met pas sa langue non plus).

8.
Inesso pagra (il y a un poème de Henri Michaux)
Ineti paà haie plugra (que dans ce poème Henri Michaux)
Inano plube (non, monsieur Houzeau, ce n'est pas celui de la jument)
Isso àla haulu-delau (il écrit Henri Michaux, « qu'il savent qu'ils vivent dans les cerises »)
Ceneceu papru noplu (et je finirai donc cette séance en vous citant cette jolie énigme du poète Henri Michaux tirée de "Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki" :
« l'hiver les entoure sans les toucher encore
sans lever la tête
ils savent qu'ils vivent dans les cerises »
Et qui vit dans les cerises, sinon les cerisiers, les cerisiers de l'avenir, qui sont déjà dans l'nayau, comme les pommiers sont dans les pommes, les herbes dans les herbiers, les fumiers dans les fumes et les vergers dans les.

PS. J'évoque quelque part un « bon bong de gong ». On me dit que les gongs ne font pas bong mais bang comme les avions, les gangs, et le début de l'Univers. Les plus discrets font même « flûte et crotte de bique », mais on ne les prend pas au sérieux.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2023.

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