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BREFS ET AUTRES

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11 juin 2023

SOUCIS EN OCCIDENT GUERRE EN UKRAINE

SOUCIS EN OCCIDENT GUERRE EN UKRAINE

1.
La dette publique, en fin de compte, ça sert à légitimer des politiques qui rendent les riches encore plus riches et plus pauvres les plus pauvres, en demandant au passage à la classe moyenne de faire des efforts, travailler plus et plus longtemps, si elle veut sauvegarder, lui dit-on, ses services publics (qui, comme le montrent les exemples de l'éducation nationale et de l'hôpital sont au mieux de leur forme, n'est-ce pas?). Et, pour ces résultats mirobolants, le président Macron et Bruno Le maire voudraient qu'on leur dise merci.

Je me souviens que Sarkozy a dit en son temps que le problème des Français était qu'ils n'étaient pas assez endettés. Vu la grimpette de la dette, et la nécessité de travailler plus et plus longtemps, on comprend mieux pourquoi Sarkozy soutient Macron.

2.
9 juin 2023 : on apprend par la presse la garde à vue d'un collaborateur d'une sénatrice du groupe Renaissance pour des faits de « violences volontaires », « séquestration », « menaces de mort » sur fond de scandale sexuel. La tête d’œuf a été formée à Sciences-Po Paris (étrange école) et y donnerait même des cours. Pas difficile de trouver le nom probable du gus. Et puis, là, je me dis, tiens, ce coup-ci, on s'est évité un futur scandale à l'international genre Strauss-Kahn ou Richard Descoings. Je me dis aussi que la Macronie risque d'être un peu gênée aux entournures, d'autant que le gaillard n'hésite pas à se vanter de ses relations politiques.

Ceci dit, à peu près sûr que le Macron s'en fiche ; cela fait quelques temps que j'ai compris que l'humanisme et les sentiments républicains de Macron étaient très relatifs. Ou alors une cabale, un kompromat, une barbouzerie, autre chose de puant. Va savoir si on va savoir...

Possible que la tête d’œuf de Sciences Po Paris (étrange école), dont nous apprenons ce matin (le 10/09/2023) qu'elle a été écrouée, soit animée d'un sentiment de toute puissance. Usage de la cocaïne ?

3.
Edouard Philippe n'a aucune chance d'être élu président de la république en 2027 ; d'abord, il faudrait qu'il puisse se présenter, et que je sache, il n'a pas vraiment de parti ; ensuite, il n'est pas assez charismatique. Le candidat possible serait Bruno Le Maire.

4.
Je n'imagine pas une offensive se faire sans appui aérien. En particulier, si l'ennemi dispose d'un nombre important d'avions performants.

5.
Le macronisme aura été une variante de la droite parlementaire : moins conservatrice quant aux évolutions sociétales mais avec des options économiques plus libérales et volontaristes. Cependant, il aura coûté aussi cher aux dépenses publiques qu'un gouvernement de gauche.

6.
10 juin 2023. Le rouble reste très faible et son cours s'effrite face au dollar (= 82 roubles) et à l'euro (90 roubles). Les indices boursiers russes se maintiennent. Les Russes voient les menaces et leur économie tente de résister aux pressions et sanctions. Cela pourrait ne pas durer.

7.
10 juin 2023. Le président Zelensky a déclaré que des actions offensives sont en cours à l’est de l’Ukraine. On parle de combats violents. Les chars occidentaux sont engagés. Ils sont bien supérieurs, dit-on, aux chars russes. Seront-ils assez nombreux ?

8.
Semblerait que Prigojine et les forces russes aient trop vite crié victoire à Bakhmut. La bataille ne semble pas finie. Si les Ukrainiens reprennent Bakhmut ou continuent d’y bloquer les Russes. Prigojine aura perdu beaucoup d’hommes, de matériel et d’argent pour rien.

9.
Le gazoduc Nord Stream 2 était un moyen pour les Russes de rendre toujours plus dépendante l’Allemagne. Son sabotage a été une bonne chose et l’Etat qui a commandité l’opération a bien fait. Le projet Nord Stream 2 doit être définitivement abandonné.

10.
Lutter contre les effets des dérèglements climatiques et adapter sociétés et modes de vie aux changements induits est nécessaire, dit-on. Doit-on pour cela changer de modèle politique, comme l’affirme Aymeric Caron ? Ça n’arrivera pas ; faut faire avec la démocratie libérale.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 juin 2023.

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11 juin 2023

VIRER SPIRALE

VIRER SPIRALE

1.
« J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n'élude. »
(Rimbaud, « Ô saisons, ô châteaux »)

Si le narrateur a fait « la magique étude », on peut supposer qu'il est magicien.
S'il est magicien, est-il capable de transformer une citrouille en carrosse, le plomb en or, et l'or en temps ?
S'il peut transformer l'or en temps, le narrateur serait-il passant les époques comme le passe-muraille passe les murailles pour aller
faire des farces ?
Le narrateur est-il parmi nous, et si oui, alors depuis combien de temps est-il mort ?

2.
« Ayant posé soigneusement sur la table du salon son bâton noueux, sa pipe et son antique sac de tapisserie, Choulette salua Mme Martin qui lisait à la fenêtre. »
(Anatole France, « Le Lys rouge », chapitre XIX)

Si le narrateur pose sur la table du salon son bâton noueux et que le salon soudain se met à siffler façon pour qui sont ces serpents qui sifflent, peut-on en déduire que je suis à une représentation d'Andromaque et que je me réveille au dernier acte ?

Est-on bien sûr que les pièces de Racine ont été composées par Racine et non par un voyageur de l'espace, qui aurait pris les traits et la perruque à Racine, pour délivrer des messages en alexandrins aux cellules dormantes de body snatchers, leur ordonnant de hâter la modernisation de la société française, afin qu'un jour Emmanuel Macron (président de la République de la première partie du  XXIème siècle, du temps où les puissances de l'Est n'ayant pas encore envahi l'ensemble de l'Europe, les occidentaux croyaient encore en la démocratie et la liberté) afin qu'un jour donc, le président Macron puisse dire que c'est son projet.

3.
« Un visage un peu crispé doté d’une moustache et d’yeux noirs, surmonté d’un chapeau à larges bords. »
(Claude Izner, « Mystère rue des Saints-Pères », chapitre VI)

Si la « moustache », dont le « visage un peu crispé » est doté, se met à s’allonger démesurément jusqu’à se recourber aux extrémités et virer spirale, pourrait-elle servir à hypnotiser quelque suspect ?
Si le suspect est réellement hypnotisé par les moustaches à spirales du détective, est-ce que parce que le toit s’est envolé que le détective garde le « chapeau à larges bords » qui le « surmonte » ?
Si le détective à moustaches à spirales se met à miauler, est-ce parce que ce chat porte un chapeau ?
Serait-ce alors que les bipèdes que nous sommes soyons constamment sous l’influence hypnotique de créatures venues d’ailleurs, surmontées de chapeaux à larges bords, et qui nous font croire qu’elles ne sont que des chats, alors qu’elles sont nos maîtres et manipulateurs ?

4.
« Le mode de la « selffulfilling prophecy », c’est le mode tautologique. La réalité n’est plus que le modèle qui se parle à lui-même. »
(Jean Baudrillard, « la Société de consommation », folio essais n°35, p.198)

Si la « selffufilling prophecy » est un mode tautologique est-ce que, lorsqu’on ouvre ce mode tautologique, en sort une ribambelle de technocrates interconnectés accompagnant une litanie de présidents de la république, et peut-on dire alors que le mode tautologique est un mode politique ?
Si la « selffufulling prophecy » est un mode politique, dans quelle mesure l’homme, la femme, le cirage (si le cirage sait parler, bien sûr) ne font que confirmer ce qu’ils sont, ce que nous savons ce qu’ils sont, même qu’ils nous prennent pour des jambons ?
Est-ce parce que les hommes politiques nous prennent pour des jambons que j’ai si souvent envie de manger des frites ?

Patrice Houzeau
Malo, le 10 juin 2023.

10 juin 2023

UNE PRIME AU MERITE AVEC OBLIGATION DE RESULTATS LE PACTE A PAP NDIAYE

UNE PRIME AU MERITE AVEC OBLIGATION DE RESULTATS LE PACTE A PAP NDIAYE

1.
Je lis, et c'est surprenant, que certains personnels de direction tiendraient aux enseignants un discours du type : « Signez le Pacte, on ne vérifiera pas les heures faites. » Ceux qui tiendraient ce discours seraient soit des inconscients, soit des menteurs (assez cyniques, je dois dire). Utiliser de l'argent public pour rétribuer quelqu'un pour un travail fictif est un délit. Ils le savent très bien. Ils savent aussi qu'ils seront tenus de rendre des comptes et que le Pacte de Pap Ndiaye les engage toujours plus dans une obligation de résultats. N'accordez aucun crédit à ce genre de discours et ne vous faites pas avoir : ne signez pas.

2.
La bataille de la réforme des retraites semble avoir été remportée par le gouvernement. Celle du Pacte enseignant, par contre, est loin d'être gagnée pour Pap Ndiaye.

3.
Le Pacte à Pap Ndiaye est présenté comme une réforme d'inspiration « libérale ». J'y vois, pour ma part, une usine à gaz lourde, contraignante, coûteuse ; je pressens donc des ensablements d'argent public et, d'ici quelques années, des rapports gratinés de la Cour des Comptes.

4.
Plus une institution est en difficulté, plus elle multiplie ordres et contre-ordres,  au point de se perdre dans ses propres injonctions. Avec le Pacte à Pap Ndiaye, on en est à la réforme résiliente et audacieuse, soit l'avant-dernière étape avant le final patatras.

5.
Je me demande s'il y a par établissement autant de pactes proposés que d'enseignants. S'il y en a moins, certains seraient donc éligibles, d'autres non. Le Pacte passerait dès lors pour une sorte de faveur, de promotion, de reconnaissance des mérites. Habile. Malin. Périlleux. 

En matière de nudge, cette manière de faire rentrer la prime au mérite dans la rémunération serait dès lors un petit chef d’œuvre de machiavélisme et de bricolage. Si l'enseignant contractant se met en arrêt-maladie, vos missions/projets/animations/garderies, vous pourrez vous les accrocher, personne ne les fera bénévolement.

Plus malin encore serait de faire croire que tous les enseignants peuvent signer le Pacte, mais comptant sur le refus de la majorité, ne tabler et ne surtout pas dépasser un quota. Il s'agira alors aux chefs d'établissement de convaincre par la flatterie et l'art de la promesse des enseignants pré-choisis pour leur malléabilité, leur engagement, leur disponibilité, leur soif de reconnaissance.

Si tel est le plan ourdi par Pap Ndiaye et ses conseillers, alors oui, le Pacte sera finalement mis en place et l'on verra advenir une classe de « super-profs » mieux payés mais surchargés de travail.

Resterait à regrouper ces formidables agents de la fonction publique dans des pôles d’excellence (établissements de centre-ville), côtés et modernes, fermer quelques établissements devenus inutiles car vidés par l'apprentissage, et bricoler avec ce qui reste.

6.
Certains enseignants savent déjà, sans en parler, qu'ils signeront le Pacte, c'est que cela leur permettra, dans certains cas, d'être rémunérés pour des missions qu'ils accomplissent chaque année et pour lesquelles ils estiment n'être pas rétribués à la hauteur de leur engagement.  

7.
Je lis un truc du genre, les enseignants qui auront signé le Pacte « ne pourront refuser d'assurer un remplacement qu'en cas d'impossibilité dûment justifiée. » Ça, c'est de l'injonction administrative. En réalité, si nous refusons poliment parce que cela ne nous arrange vraiment pas, que voulez-vous que l'administration fasse ? Nous virer ? Bin euh, c'est qu'il y a déjà plus assez de profs hein... Nous retirer du Pacte ? Oh la belle affaire !... Nous blâmer ? Haussement d'épaules... Après, si vous êtes émotif, ne signez pas, sinon c'est sûr, ils vont vous bouffer tout cru le prof.

On me dit, bin oui, mais on peut nous retirer 1/30ème pour service non fait. Et encore, ça se discute, puisqu'il y aura toujours d'autres remplacements possibles et donc la possibilité de récupérer l'heure ou les heures non faites.

8.
J'ai l'impression que comme bien des réformes de l'éducation nationale, le Pacte va être accueilli, interprété et appliqué différemment selon les établissements, et vous verrez que, comme d'habitude, même les inspecteurs des différentes disciplines auront des désaccords sur les textes. Ça sent l'usine à gaz à plein nez. Surtout que je ne pense pas qu'en ces temps de « fini, le quoi qu'il en coûte », l'éducation nationale pourra se payer très longtemps le luxe de dizaines de milliers d'heures à 68 euros. 

9.
Qu'est-ce que le Pacte ? Une prime au mérite avec obligation de résultats. C'est pour cela que, à mon avis, les enseignants considérés comme peu performants, ou simplement pas assez « investis », ne se le verront même pas proposer.

Et si vous pensez qu'à 68 euros l'heure, il n'y aura pas, tôt ou tard, de contrôle pointu du ministère, c'est que vous êtes naïf. A ce tarif-là, les établissements et les enseignants concernés seront tenus de prouver qu'ils fournissent un travail conséquent et de qualité. Sinon, évidemment, avec le temps, l'argent va inévitablement s'ensabler dans les bizarreries.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 juin 2023.

9 juin 2023

PENDANT CE TEMPS LA A BELGOROD

PENDANT CE TEMPS LA A BELGOROD

1.
Donc, si j'ai bien compris, en mars 2022, on se demandait si Kijv serait prise en trois jours par les troupes aéroportées russes et en juin 2023, on se demande si l'Ukraine ne va pas mettre la main sur Belgorod.

« Il y avait également à présent une certaine confusion dans l'esprit du dictateur. » (Van Vogt)

2.
Et si la destruction du barrage de Kakhovka n'était ni une volonté de Poutine, ni une volonté de Zelensky ? Et s'il y avait un troisième homme ?

3.
6 juin 2023. 1 euro = 87 roubles et les indices boursiers russes sont en baisse. En Russie, les nouvelles ne doivent pas être très bonnes. D'autant que la perspective d'une contre-offensive ukrainienne se rapproche et que l'Occident s'interroge sur l'état réel de l'armée russe...

4.
Si Poutine a réellement ordonné la destruction du barrage de Kakhovka, cela signifie-t-il que les pressions des ultra-nationalistes russes sont de plus en plus fortes (en demandant par exemple l'emploi du nucléaire tactique?). Il se pourrait que cette décision, si Poutine l'a réellement prise, soit une erreur stratégique majeure. Elle ne peut que renforcer l'OTAN et l'Occident dans leur volonté d'aider l'Ukraine à vaincre la Russie, renvoie tout espoir de négociations et de gel du conflit à un après-demain de plus en plus lointain, et tend à prouver que l'armée russe n'est pas en capacité de remporter une bataille décisive sans l'emploi de méthodes qui relèvent plus de la « guerre totale » façon débâcle du Troisième Reich que d'une campagne victorieuse d'armées en bon ordre de marche.

5.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la thèse d'un sabotage ukrainien du barrage de Kakhovka ne tient pas la route, c'est que les préliminaires de la contre-offensive ukrainienne donnent de bons résultats, que l'armée russe semble toujours sur la défensive et dans l'incapacité de progresser plus avant que les ruines de Bakhmut, que le crédit de Poutine baisse dans la même proportion que son isolement s'accroît, que les indicateurs économiques russes, du fait des sanctions, sont loin d'être si mirobolants que certains le disent, que la popularité du président Zelensky est grande en Occident et que l'aide occidentale et l'appui de l'OTAN lui sont absolument nécessaires. Pourquoi le président Zelensky irait-il dès lors brouiller son image et semer le doute dans l'esprit des occidentaux en ordonnant un acte aussi criminel que la destruction du barrage de Kakhovka ?

Par contre, la désorganisation et le désarroi, voire la panique des forces russes devant une armée ukrainienne qui se dit prête à contre-attaquer et qui contre-attaquera, l'intelligence visiblement surestimée de Poutine, la pression des ultra-nationalistes russes et autres eurasianistes hallucinés pourraient expliquer une telle erreur de stratégie.

6.
Ceux qui comparent le sabotage de Nord-Stream 2 et la destruction du barrage de Kakhovka disent n'importe quoi. En tout état de cause, que ce soient les Etats-Unis, l'OTAN, les Ukrainiens ou les Russes qui aient saboté Nord-Stream 2, ils ont bien fait. La destruction d'un barrage et les drames qui en résultent, c'est autre chose et cela relève plus du crime de guerre que de l'action militaire intelligente.

7.
On a tort de penser que Poutine, acculé, serait prêt à tout pour ne pas perdre la guerre si l'on entend par là l'emploi de l'arme nucléaire. Ce serait condamner la Russie à une possible destruction de son appareil militaro-industriel (la riposte de l'OTAN serait très forte), mais surtout cela ferait de la Russie un Etat paria, désavoué de tous (ou quasi). L'emploi de l'arme nucléaire signifierait concrètement la promulgation du droit du plus fort comme norme des relations internationales. Le monde est corrompu certes, mais il est aussi philosophe, et il sait que « le droit du plus fort » ne tient que jusqu'à ce que ce « plus fort » soit renversé par plus fort que lui. Et la Russie est loin d'être la plus forte.

8.
Le 9 juin 2023, 10 heures 26, 1 euro = 89 roubles. L'effritement de la monnaie russe face à l'euro se poursuit.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2023 

9 juin 2023

DU LOUP BATTANT ET AUTRES SONS ET SONGES

DU LOUP BATTANT ET AUTRES SONS ET SONGES

1.
Je tombe là-dessus, un tube de 1980, « Lança Perfume », par Rita Lee. C'est brésilien et entraînant. Le clip montre une longue fille aux cheveux longs en jean et tee-shirt pis qui chante et sourit sur une piste que je sais pas comment ça s'appelle une piste pour patineurs à roulettes (c'était la mode, les patins à roulette à la fin des années 70, début 80 ; d'ailleurs, il y a plein de patineurs et patineuses qui tournent autour de la Rita ; sinon, Rita, elle vous regarde du miroir où elle se regarde (ah ouais, quand même) et vous fait un clin d’œil en joyeusant ses lyrics).

D'après ce que je comprends, c'est un genre de chanson d'amour allons-y Nini destiné aux adolescents et autres vives. Le texte ne relève pas de la poésie la plus fine, mais elle efficace, la musiquette, avec son clavier électrique plom-plam-plim, ses cuivres, ses percussions et ses sifflets qu'on entend dans les ritournelles de là-bas, qu'on dirait qu'ils imitent les oiseaux exotiques à pleins d'couleurs qu'on dit qu'ils sont bigarrés quand on veut dire qu'ils sont tout pleins d'couleurs qu'on dirait des arlequins perroquets et chaipaquoi. La chanson se laisse entendre.

Elle me rappelle la vieille radio de mes parents où j'ai dû l'entendre 20 000 fois le « Lança Perfume » à Rita Lee, entre la valise RTL et une pub pour Coca-cola.

2.
Dans le genre curiosité néo-psychédélique française, tendance minimaliste passque la virtuosité, y a trop d'notes, il y a « Les Anneaux de Saturne » (qui « sont beaux » dit le morceau) de Chassol (2019). Dans le clip, y a des dessins de loups filant au son des percussions à répercussions spatiales (ça veut rien dire mais ça m'amuse) et des bizarreries à trois notes tandis qu'un trio nous lampadaire que le narrateur fuit, « poursuivi par les loups solitaires et affamés » mais qu'il entend « la musique céleste » lui « susurrer des mots d'amour ». On est donc bien content et on se reprend une crêpe à la confiture.

3.
Au chapitre XIV du roman « Le Fantôme du temple », de Robert van Gulik, Ma Jong mange des « nouilles épicées » et contemple un tatouage. Un tatoueur professionnel nous tigre à moustaches que les pigments rouges étaient très chers dans la Chine ancienne.

Ma Jong dans les bas-fonds, à la recherche du Roi (déchu, dit-on) des mendiants ; il y a des « parois vertes de moisissure qui ruisselaient d'eau par endroits » puis, c'est une « cave plongée dans les ténèbres » ; « des pierres manquaient par endroits et d'épaisses toiles d'araignées pendaient dans les cavités. » Ah non, ce n'est pas un endroit pour une danseuse de ballet.

« Le Fantôme du temple », de Robert van Gulik traduit par Anne Krief, il y a un fantôme dedans, - sinon, ça s’appellerait pas « Le Fantôme du temple » que même, à un moment, quelqu'un évoque « la dame blanche », me semble-t-il, à moins que le rêve me rêve.

4.
Dans le poème « A distance », Henri Michaux imprécationne et maudit en cadence ; ça fait vers courts et répétitions. C'est qu'il s'agit de se faire oublier. Par qui ? La Mort ? L'envoûteuse, la maléfique, celle des « clous de tes doigts / des clous de tes desseins sur moi ».

C'est qu'il s'agit de lui faire la guerre : « Machines sur toi / à dévaster / à rompre / à étendre / à abattre / à affoler ». Et c'est pas évident de la combattre, celle à « l'interminable langue », et apparemment, vaut mieux agir « à distance », - sorcellerie ?

Le poème « A distance » se hot-cleube à la page 77 du volume Poésie/Gallimard n°194 intitulé « A distance suivi de Annonciation ». J'aime bien Henri Michaux, c'est rythmique souvent ; ça percute et palpite ; du loup battant.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2023.

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6 juin 2023

ET LE NARRATEUR CROYEZ QU'IL A UN PARAPLUIE LE NARRATEUR

ET LE NARRATEUR CROYEZ QU'IL A UN PARAPLUIE LE NARRATEUR

1.
Graham Greene, traduit par Marcelle Sibon, « Le Troisième homme » suivi de « Première désillusion » (le Livre de poche n°46). Ce n'est peut-être plus à la mode, et pourtant il tient bien la route, ce roman des débuts de la guerre froide, dans une ville de Vienne partagée en quatre zones, avec ses faux semblants et vrais cadavres, ses espions à perruque, ses faux vrais écrivains, ses narrateurs flottants, ses trafics en tout genre (ici, celui d'une pénicilline frelatée qui, si elle ne les tue pas, rend fous les enfants atteints de méningite). Charme vénéneux des romans d'espionnage, bien que l'auteur ait nettement choisi son camp (celui de l'Ouest) et surtout y ait introduit une dose d'idéalisme affectif que la réalité dément souvent. Ce qui permet de faire le lien avec la nouvelle « Première désillusion », qui, dans un tout autre registre, a cependant comme point commun de nous présenter un personnage (l'enfant Philippe) qui, à l'instar du Rollo Martins dans « Le Troisième homme », se trouve confronté à l'apparente bonhomie du mal.

Citation :
« Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda-t-il.
- On ne le sait pas encore. Ils ne sont pas tous arrivés à se décider là-dedans. Peut-être que c'est un suicide, mais peut-être aussi que c'est un crime. » (« Le Troisième homme », chapitre IX)

2.
J'aime bien les B 52's (le groupe de rock). Leur musique paraît sans doute minimaliste, voire un peu simple diront-ils, mais la guitare un peu rétro, les zigouigouis électroniques sans prétention, le va-et-vient entre les voix de Kate Pierson et de Cindy Wilson (tantôt choristes et parfois même choristes onomatopéiques, tantôt vocalisant au premier plan) et le sprechgesang de Fred Schneider me plaisent bien. Bah oui.

A écouter, si vous aimez le psychédélisme à choucroute, les signaux radio en morse, l'orgue Farsifa, Henri Mancini (le morceau est basé sur la rythmique de « Peter Gunn »), le loufoque « Planet Claire » (1979) et son ambassadrice en « satellite Plymouth » qui ne vient pas de Mars (st'e blague), mais bien de la planète Claire.

Citation :

« Some say she's from Mars
Or one of the seven stars
That shine after 3:30 in the morning

Well, she isn't !

She came from Planet Claire »

3.
La première strophe de « Larme », de Rimbaud, dans sa version de mai 1872, met en scène un buveur coupé du monde bavard et moutonnier « des oiseaux, des troupeaux, des villageoises » par un « brouillard d'après-midi tiède et vert » et le cercle des « tendres bois de noisetiers ».

« Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert. »

La deuxième strophe exploite la comparaison entre la soif du narrateur (celle du poète?) et la maigre consolation de la boisson (« quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer »). Notons l'assonance « Oise », « colocase », qui puisant dans la toponymie et le mot rare - ceci dit, j'en sais fichtre rien si le mot « colocase » était considéré comme rare à l'époque, que je le suppose, que c'est vraisemblable, mais que j'en sais fichtre rien qu'en tout cas, ça accentue la dissonance qui frappe chaque fin de vers du poème, comme s'il était impossible désormais de rimer droit.

Je me demande aussi c'est quoi donc cette « gourde de colocase », ça m'a tout l'air du qui sonne étrange pour sonner étrange, et foin des commentaires chevelus. J'aime bien comme ça sonne, « dans cette jeune Oise », vous me direz, j'aime aussi le jambon, The Grateful Dead et pas tellement le président Macron, et encore moins Pap Ndiaye, que ça ne change rien, - et nom d'un crabe, zavez raison.

A part ça, le temps se couvre. Et le narrateur, il a un parapluie, le narrateur, croyez ?

« Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert,
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer. »

L'avant-dernier quatrain transforme le paysage en hallucination orageuse. On suppose que le narrateur doit être trempé jusqu’à l'os de son chien, mais étrangement, il n'en fait pas mention (l'avait peut-être un parapluie après tout).

« Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares. »

Arrivé à la dernière boîte de sardines, je me dis qu'il fallait que j'en rachète. Quant au « Larme », de Rimbaud – titre ironique et faussement romantique -, c'est une inondation. Et le narrateur, soit il se dit, flûtézut, cette magie nouvelle des « sables vierges » (j'y crois pas, ma pomme, c'est un orage violent, et c'est tout), je n'ai pas su en profiter (« je n'ai pas eu souci de boire ») ; soit, il n'a « pas eu souci de boire », cause que tout ça, c'est du livresque, du poème, de la poignée de syllabes, du pensum pour amphithéâtres, et que les mots, ça ne se boit pas ; par contre, on peut en faire d'intéressantes compositions.

« L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! Tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire ! »

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juin 2023.

5 juin 2023

ET GROUMPF FIT L'OURS

ET GROUMPF FIT L'OURS

1.
A la radio un angliche pleurniche sur des zigouigouis électroniques pas rapides puis, après les pubs (les pommes de terre primeur, quelle bonne idée), y a un christophe qui pousse des ouh en disant que l'amour ça fait du bien.

2.
Zavez remarqué que quand un ministre parle de « responsabilité collective », c'est pour mieux éluder la question d'éventuelles responsabilités individuelles ?

3.
Et groumpf ! fit l'ours en avalant Tchekhov.

4.
Et comme elle s'était bien fait sonner les cloches, elle nous fit toute la journée des yeux de Pâques.

5.
Il y a tellement de livres qui me sont tombés des mains, que rien à faire, l'herbe ne repousse plus.

6.
Comment ça, Pap Ndiaye ne prendra aucune mesure ? Comment ce faire se peut ? Mais si, mais si, je suis sûr que le ministre reprendra de la choucroute, alsacienne (évidemment).

7.
Ce qui m'intéressait dans la flûte, c'était la flûtiste. Par contre, le tromboniste ne me disait rien.

8.
Ah, il va être bientôt l'heure où je vais me dire : zut, faut que j'me grouille, sinon j'vais être à la bourre.

9.
J'ai beau m'imaginer Macron avec une perruque blonde et un nez rouge, il ne me fait pas plus rire pour autant. Cet homme est sinistre comme un repris de justice.

10.
Depuis que l'éducation nationale se prend très très très au sérieux, certains diplômes n'ont plus aucune valeur.

11.
« Cheval' dire à ma mère », n'est pas une blague à faire (à cheval) devant un officier de cavalerie à la retraite. S'il se met à pleurer, ce sera tout de votre faute.

12.
Depuis que j'ai perdu mes dents, j'ai parfaitement compris la pensée complexe de François Hollande et de son fils spirituel, le Macron. C'est à base de mépris, je crois.

13.
Non, je ne crois pas les rumeurs vipérines qui insinuent que Macron fut majorette dans son jeune temps, ni non plus que François Hollande ait fait partie des Claudettes à l'aut' affolé du radada. Non.

14.
Je ne me console pas de la mort de Johnny. Surtout depuis que ma mère n'est plus là pour me dire : « On a beau dire, c'est quand même quelqu'un. 

15.
Je me suis voué aux signes. J'ai eu tort. J'aurais dû me vouer à la plomberie. J'aurais sans doute mieux réussi.

16.
« Ecoute-le battre mon cœur
Un régiment d'artillerie
En marche mon cœur d'Artilleur
Pour toi se met en batterie
Ecoute-le petite soeur »
(Apollinaire, « La mésange »)

Oh c'est beau, mais les artilleurs souvent qu'ils sont sourds un peu qu'on dit. Je n'ai jamais eu de petite sœur, ni de grande sœur, d'ailleurs. Du coup, pour battre le beurre... J'aime bien les rognons ; bien préparés, c'est bon.

17.
Je me souviens de cette professeure de lettres modernes à Lille III, commentant « Dom Juan » et nous mettant en garde contre les effets pervers induits par la solitude des branleurs de fond.

18.
La modernité, qu'est-ce qu'elle est triste, parfois, la modernité. On dirait une petite vieille.

19.
Et dire que pendant que je déconne à écrire mes conneries là, y en a qui turbinent et charbonnent pour trouver moyen de sauver l'humanité en l'envoyant coloniser la Lune et plus si affinités.

20.
Depuis que j'ai fait une overdose de sérieux, j'ai des crampes d'estomac. J'en conclus que l'esprit de sérieux et mon incongruité existentielle ne sont guère compatibles.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

5 juin 2023

LAZZIS ET LASSOS

LAZZIS ET LASSOS 

1.
Lorsque vous ouvrez un roman, vous savez qu'il y aura des personnages, ou alors c'est que l'auteur est fichtrement distrait.

2.
Ce qui m'intéresse le plus chez les hommes et femmes politiques, c'est quand j'éteins la radio et que je me plonge dans les aventures des Pieds Nickelés.

3.
Six heures du mat', j'allume la radio, et j'entends parler de cancer, de violences dans les stades, d'intégrisme islamiste. C'est dans des moments comme ça que vous éprouvez beaucoup de sympathie pour votre moule à gaufres.

4.
Ce n'est pas parce que les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête que l'on a inventé le parachute.

5.
Je note que plus l'on voit les politiques s'agiter dans les médias, moins il y a d'électeurs. Y a un souci dans leurs paroles, aux troubadours.

6.
Je pense très sérieusement que les voitures (les « automobiles ») sont des êtres venus d'une autre planète pour prendre les bipèdes humains en otage.

7.
J'aime bien le ministre de l'éducation. Je coupe le son. Il agite la bouche, et moi, pendant ce temps-là j'écoute du Stéphane Grappelli. Par contre, si c'est Bruno Le Maire, je coupe le son aussi et je me fais des pâtes.

8.
Je pense parfois à la poilade des historiens des temps futurs quand ils liront les œuvres complètes de Jean-Michel Blanquer.

9.
Ce n'est pas parce que j'écris des comiqueries que je suis forcément sympathique. Les pommes de terre que je frite férocement avant de les plonger dans l'huile bouillante en savent quelque chose.

10.
Les politiques, suffirait de ne plus leur prêter la moindre attention pour qu'ils disparaissent dans le secret de leurs bureaux et le néant de leurs pensées.

11.
Depuis que je sais que le ministre de l'économie écrit des romans, j'ai envie de lire les œuvres complètes de Shakespeare.

12.
J'ai remarqué que les murs ne portent pas de soutien-gorge. Les poules non plus. Les coqs encore moins. Les vaches pas plus. Les ministres femmes, sans doute ; les ministres hommes, je sais pas.

13.
Le matin, je ne quitte pas mon appartement sans passer un coup de balai. Sinon, ça fait des yeux partout. C'est globulant comme pas possible.

14.
A force d'entendre parler de Macron toute la journée, je me dis qu'ils en font tout de même un peu trop beaucoup, les gens de la radio, avec les chanteurs à la mode.

15.
La prochaine pizza que je vois passer en volant devant ma fenêtre, hop, je sors mon lasso.

16.
Je sais pas si la culture des OVNIS, ça rapporte tellement. Quant à l'élevage d'aliens, je ne connais personne qui s'y soit lancé.

17.
Ah tiens, Mylène Farmer va remonter sur scène. Je suis bien content. Je n'irai pas la voir parce que je ne vais voir personne (faut changer de planète, c'est fatigant) mais j'aime bien, de temps en temps, me boire un irish coffee.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

5 juin 2023

CE QUI EST EN SOI N'EXISTE PAS ET AUTRES CHOSES

CE QUI EST EN SOI N'EXISTE PAS ET AUTRES CHOSES

1.
Il y a un poème d'Alberto Caeiro (c'est-à-dire Fernando Pessoa) traduit par Armand Guibert (Poésie/Gallimard n°214, p.146) qui évoque le « présent » et la volonté de ne pas s'y tenir. C'est qu'il y aurait une distinction entre « les choses qui existent » et le « temps qui les mesure ». Cependant, je note que l'intemporalité des objets est une apparence : nous les collectionnons parce qu'ils se raréfient ; tel objet aperçu dans une brocante évoque des souvenirs ; nous reviennent parfois en mémoire des objets inusités aujourd'hui qui faisaient le quotidien de nos jeunesses. Ah le moulin à café !

Le narrateur spéculatif note aussi que « le présent » est une « chose relative au passé et à l'avenir ». Un zéro relatif au positif et au négatif. Donc, pas de présence sans compte du temps. Dès lors, qu'est-ce que la « seule réalité », les « choses sans présent », l'en-soi ?

Le narrateur commence par répondre par des propositions négatives : il s'agit de ne pas « séparer » les choses « d'elles-mêmes », et donc ne pas les traiter de « présentes ». Notons que le traducteur a évité le terme « étants » qui, en sa qualité de participe présent substantivé, inscrirait l'objet dans une perception du temps. C'est que les « choses » sans « présent » qu'évoque ici la spéculation ont plus à voir avec l'être qu'avec l'étant.

Mais dès lors, peut-on considérer ces choses sans présent comme des « réalités » ? Le narrateur semble en douter, jusqu'à écrire : « je ne devrais les traiter de rien du tout. » Ce qui revient à la question du nom de l'être ? Qu'est-ce que cet être qui échappe au présent, qui transcende sa présence, son être au monde (l'ensemble des choses relatives au présent, et donc au passé et à l'avenir) et dont nous pressentons qu'il est dans chaque chose ?

Si on ne peut le nommer, pourrait-on, en voyant les choses telles qu'elles sont « hors du temps, hors de l'espace », le percevoir, cet être, « simplement » le voir ?

C'est alors que le réel se décomposerait sous nos yeux, que l'objet vu, réellement vu en-soi serait « départi », en dehors du « visible » ordinaire (et donc dans l'invisible extraordinaire). Cela me semble relever de la fascination ; quand bien-même celle-ci se présente sous la forme d'une révélation, d'une épiphanie, d'un eurêka, d'une transe, d'une extase. Ce dévoilement serait une apparition et le spectateur frappé de stupeur, foudroyé par cette vérité : ce qui est en soi n’existe pas.

Citation :
« les voir hors du temps, hors de l'espace,
les voir avec la faculté de tout départir, fors le visible.
Telle est la science de voir – qui n'en est pas une. »
(Fernando Pessoa, « Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d'Alberto Caeiro »)

2.
« L'affaire était entendue », affirma-t-il. Mais cela ne nous apprend rien sur le nombre d'oreilles disponibles ce jour-là. Ni s'ils avaient mangé des bananes.

3.
Napoléon était tellement lui-même que s'il avait été un autre, ça se serait su.

4.
Au fond, quand on se met le doigt dans l’œil, que l'on porte des gants ou pas, cela ne change rien à la taille des œufs.

5.
J'ai beau manger des pâtes, mes progrès en italien sont quasi nuls. Je vais essayer avec le risotto.

6.
Des fois, je préfère me taire. Je ne voudrais pas affoler le reste de mes cheveux. C'est des coups à devenir chauve.

7.
J'ai remarqué que ce n'est pas en entassant des ânes dans un amphithéâtre que l'on finit par gagner le Grand Prix d'Amérique.

8.
On ne fait pas d'omelette sans casser les pieds de quelqu'un, surtout si on le saoule en lui racontant sa vie, ses p'tites misères, tout ça.

9.
Avoir du jambon ne console pas de n'avoir plus de tabac.

10.
Croyez-vous que si Cléopâtre avait eu le nez plus long, Léonard de Vinci aurait peint la Joconde ?

11.
Mais non, ce n'est pas parce que cherchez des clics que vous prendrez des claques. Par contre, si vous prenez une sauce, c'est compté comme supplément.

12.
Je préfère rire de tout avant que le premier ministre ne nous sorte un 49.3 qui ne fera plus rire personne.

13.
Comme elle est partie à cheval, moi, forcément, avec mon pédalo, j'avais l'air d'un (eh oui).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juin 2023.

4 juin 2023

LES PRINTEMPS SONT DEJA MORTS

LES PRINTEMPS SONT DEJA MORTS

1.
Je me demande si la Voix qui se met à perturber, interloquer, et étrangement conseiller le Mr West de la nouvelle « Des voix » de Robert Sheckley traduit par Maud Perrin (in « Le Robot qui me ressemblait », J'ai Lu Science-fiction n°2193) ne serait pas une anticipation de l'Intelligence Artificielle (vous pouvez m'appeler I.A, dit-elle) dont on nous dit qu'elle va nous perturber, nous interloquer et peut-être aussi très étrangement nous conseiller.

Citation :
« Dès que l'on a assimilé cette donnée, les applications à l'industrie de ce genre de laminage sont évidentes.
- Pas pour moi, en tout cas ! s'écria Mr West. Qu'est-ce que ça veut dire tout ça ? Qui êtes-vous ?
La Voix ne répondit pas. Elle avait coupé le contact. »

2.
Dans « Raboliot », de Maurice Genevoix, le chapitre où Raboliot « rencontra Sarcelotte sur la route » (troisième partie, chapitre 5), j'aime bien la notation : « Raboliot reconnut Sarcelotte à son parler ». Un « nasillement cordial et gai », mais aussi « la puissance merveilleuse » dont étaient chargés « tous les mots que disait Sarcelotte ». Ces mots, (« les lapins », les « lieuves »), ce sont ceux du braconnier Raboliot  et aussi ceux de l'écrivain Genevoix. Ils déclenchent l'imaginaire du chasseur mais surtout, puisque nous lisons une œuvre littéraire, le style de l'écrivain.

Il s'agit alors de faire chanter la langue, de rendre compte, je cite, de « tous les cris des crépuscules, la crécelle rouillée des faisans, les rappels croisés des perdrix, les piaulements courts des tourteplates » (les engoulevents).

« Et tout autour des mots que disait Sarcelotte, d'autres bêtes se pressaient encore » (…) « des écureuils grognaient dans les pins ; des vanneaux noirs et blancs tournaient en rond dans le soleil, liés à leur nid comme des cerfs-volants captifs ;... » (…) « un héron voguait dans la nue, soulevé sur ses ailes lourdes, les pattes pendantes comme des branches cassées ;... ».

3.
L'une des chansons qui m'aura le plus impressionné dans ma sotte existence, est « Je suis un soir d'été », de Jacques Brel. Parce qu'elle est littéraire (comme on n'en fait plus, surtout depuis que des ministres aussi troubles que successifs, fascinés par l'imposture Philippe Meirieu, se sont mis en tête de réformer sans cesse l'éducation nationale) et sans doute aussi parce qu'elle est vipérine. Les notes aigres de la guitare qui ponctuent le texte en font une marche lente et inexorable. Au bout du chemin, après cette « ville aux quatre vents » qui « clignote le remords / Inutile et passant de n'être pas un port », on sait bien ce qu'il y a. En attendant, dans la même chaleur lourde, il y a les « femelles maussades de fonctionnarisés », « les hommes poussent des rots de chevaliers teutons », « De lourdes amoureuses aux odeurs de cuisine / Promènent leur poitrine sur les flancs de la Meuse » ; une vie lente, où les printemps sont déjà morts.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.

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