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BREFS ET AUTRES

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28 mai 2023

VERS LE CHÂTEAU

VERS LE CHÂTEAU

Kafka traduit par Alexandre Vialatte, « Le Château », folio n°284. Livre extraordinaire et inachevé (ce qui lui donne une fin abrupte et qui donne à penser sur l'avenir de l'arpenteur K. et sur ses relations avec l'hôtelière). Compte-rendu subtil des pensées, des paradoxes, des interrogations, soumissions et désarrois qui animent les têtes à propos des moindres choses dès lors qu'une transcendance est supposée y avoir part. Ici, la transcendance, c'est le « Château », lieu des décisions et des administrations, lieu du secret et des protocoles, lieu des tout puissants et inaccessibles Secrétaires du Château.

Le « Château » est la justification de tout, puisqu'il en est l'administration (c'est comme dans l'éducation nationale : la réforme Blanquer est fort sotte, mais comme c'est justement le « Château » - comprenez ici, le ministère - qui met cette réforme en œuvre, elle est donc forcément justifiée).

Kafka, avec une acuité et une clarté de philosophe, ou d'entomologiste, décrit un univers où l'administration a tellement étendu son empire que les mœurs et l'organisation de la vie sociale des villageois en découlent, à tel point que ce n'est plus l’existence qui précède l'essence mais la gestion administrative de votre présence sur terre. L'arpenteur K. en fait les frais qui, mandé dans un village de nulle part dans le Comté de Westwest, ne se voit confier aucune mission et se retrouve flanqué de deux aides aussi inutiles que potaches, cependant que l'ombre d'un des fonctionnaires du Château, l'invisible et étrange Klamm, ne cesse de se manifester jusque dans la vie affective de K.

On reconnaîtra dans cette prose aussi précise et scrupuleuse qu'un article du Code, dans ces longs dialogues argumentatifs, explicatifs, démonstratifs, toute l'intelligence humaine à rationaliser l'absurde. Intelligence fort utile aux dictatures et qui fait que, contre l'évidence, des gens qui ne sont ni fous, ni stupides, prennent le parti de soutenir les politiques les plus inhumaines.

« Le Château » a été publié en 1926 (à titre posthume et à l'initiative de Max Brod) et décrit une bureaucratie invisible et omnipotente. On dit que cette bureaucratie s'est concrétisée plus tard dans le monde soviétique. Il est possible aussi que l'à venir « Village global », comme disaient naguère certains zélés zozos de la mondialisation, et les milliards d’existences qui y grouillent et machinent, soit, tôt ou tard, administré, jusque dans ses moindres détails, par une bureaucratie aussi invisible, aussi toute puissante et toujours plus efficace (technologie et hyper-connectivité obligent).

Citation :
« Tout est service de contrôle au Château ! Je ne dis pas que ces services soient faits pour retrouver des erreurs au sens grossier du mot, car il ne se produit pas d'erreurs, et même, s'il en survient une, comme dans votre cas, qui a le droit de dire une fois pour toutes que c'en soit une ? »
(Le maire à K., p.100, chapitre V)

« Es gibt nur Kontrollbehörden. Freilich, sie sind nicht dazu bestimmt, Fehler im groben Wortsinn herauszufinden, denn Fehler kommen ja nicht vor, und selbst, wenn einmal ein Fehler vorkommt, wie in ihrem Fall, wer darf denn endgültig sagen, daß es ein Fehler ist. »
(Kafka, «  Das Schloß », « Das fünfte Kapitel » [der Vorsteher])

Dans ses postfaces aux éditions du « Château » Max Brod a donné une dimension quasi rabbinique à l’œuvre de Franz Kafka. Le dialogue de K. avec la transcendance qui règle et ordonne peut aussi être lu comme essentiellement politique.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mai 2023.

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28 mai 2023

DES ALEAS DE LA RUSSIE ET DES PÂTES A BRUNO LE MAIRE

DES ALEAS DE LA RUSSIE ET DES PÂTES A BRUNO LE MAIRE

1.
Dans le conflit russo-ukrainien, nous ne sommes pas co-belligérants. La France est une alliée de l'Ukraine, un soutien, un appui. Si, à Dieu ne plaise, nous devenions co-belligérants, l'ambiance serait très vite beaucoup plus lourde qu'elle l'est déjà.

2.
Avec la chute possible de Poutine, les services de l'occident pourraient avoir accès à certains dossiers de kompromat que le FSB a soigneusement bétonnés. Dans toute l'UE, et donc en France, comme aux Etats-Unis, certains doivent avoir du mal à s'endormir.

3.
Pendant que Prigojine et Poutine se félicitent mutuellement d'avoir fait massacrer plusieurs milliers d'hommes pour la possession du champ de ruines de Bakhmut, les Ukrainiens préparaient des actions en profondeur et celles-ci semblent donner déjà des résultats.

Le raid sur la région de Belgorod et les différentes actions de sabotage en cours en Russie prouvent la préparation et la détermination des Ukrainiens. La Russie ne pourra pas gagner cette guerre et qu'elle ne compte pas non plus sur un conflit gelé. Personne n'a confiance dans la parole de Poutine.

4.
Le ministre Bruno Le Maire obligé de nourrir ses quatre enfants avec des pâtes dont il trouve d'ailleurs le prix trop élevé. Euh, si la personne qui fait les courses du ministre lui fait croire que le paquet d'1 kg de nouilles est à 49,99 euros, c'est que :
- Bruno Le Maire se fait escroquer
- Bruno Le Maire est complètement déconnecté de la réalité.

Inflation galopante. Visiblement, le ministre Bruno Le Maire a du mal à s'en sortir (à cause du prix des pâtes dont il nourrit ses quatre enfants). C'est le drame des familles nombreuses. Je suggère donc que le ministre puisse signer le Pacte à Pap Ndiaye : il pourra ainsi gagner plus s'il accepte d'aller remplacer un professeur absent ou d'aller aider des élèves de familles défavorisées à faire leurs devoirs, car comme l'a dit le président Macron : il suffit de traverser la rue pour trouver de quoi s'acheter des pâtes.

Le coup du coût du prix des pâtes à Bruno Le Maire. Je m'étonne que la propagande russe n'ait pas repris l'information sur le mode : « L'Occident est en faillite. Le ministre de l'économie française a du mal à s'acheter des pâtes et vient s'en plaindre à la télévision ».

Et encore, Bruno Le Maire est en exercice, lui, il a un travail. Pensez, vu le prix des pâtes, à la détresse d'un Luc Ferry qui ne peut même plus se payer le coiffeur. C'est bien simple, on dirait un contractuel de l'éducation nationale. Y en a d'la misère, y en a !

« Moi aussi j'ai quatre enfants à nourrir et je paye beaucoup de prix de paquets de pâtes... », avoue humblement le ministre de l'économie, Bruno Le Maire. Il est si ému qu'il en perd son français, le cher homme. Moi, j'vous l'dis, toute cette misère, ça finira mal, vous verrez... »

Pour répondre au désarroi de Bruno Le Maire (quatre enfants et vu le prix des pâtes...), je suggère que lors des prochaines négociations avec madame Borne, l'intersyndicale fasse un geste : un panier-repas, quelques tickets-restaurants, je sais pas moi, un geste...

Courage, camarade Le Maire ! Ne baisse pas les bras ! La révolution est en marche !

Je ne sais pas ce que Bruno Le Maire appelle « pâtes » car s'il parle des fruits du mycélium que l'on trouve dans certains sols, du Périgord notamment, grâce au flair d'un chien ou d'un cochon, eh bin, ce ne sont pas des pâtes. Par contre, que Bruno Le Maire nous prend pour des truffes, c'est très clair, je crois.

A mon avis, le prochain roman de Bruno Le Maire (qui a écrit des choses si profondes sur la dilatation) sera un mixte entre « Mort à crédit », « Germinal » et « Les Misérables » car je n'savions point que Bruno Le Maire étot un petit- filiot d'une petite filiote à Cosette.

5.
25 mai 2023. Depuis quelques jours, il semble que ça flambe beaucoup en Russie... beaucoup... beaucoup... beaucoup.

6.
Mai 2023 : Russie. L'entreprise russe Gazprom a vu son bénéfice net chuter de 41,4% en 2022. Les effets des sanctions se font sentir. Ça sent le roussi pour les dividendes.

7.
25 mai 2023 : début des manœuvres militaires conjointes USA-Corée du Sud. Le signal est clair : montrer à la Corée du Nord que l’axe Washington/Séoul est prêt à riposter en cas d'agression.

8.
Qu'un pays vaste comme la Russie (nécessitant donc des investissements constants) se mette à augmenter fortement la part de ses exportations (+ 19,9 % en 2022, d'où un excédent record de 233 Md USD) et diminuer celle de ses importations (- 11,7%), cela traduit une certaine urgence économique. Il s'agit de vendre très vite à l'étranger ce que le marché intérieur ne peut et ne pourra avant longtemps absorber. Les sanctions sont donc efficaces même si leurs effets ne semblent guère, pour l'instant, spectaculaires.
Source : Direction générale du Trésor

D'autant que : le rouble est loin d'être une monnaie forte, les sorties nettes de capitaux sont de 223 md USD en 2022 (énorme!) ; et si Poutine espère geler le conflit dans l'espoir d'alléger les sanctions, il pourrait être déçu. En tout cas, ce serait une erreur d'accepter un gel du conflit alors que l'armée russe ne semble pas en mesure de lancer une nouvelle offensive et que l'arsenal de l'Ukraine se renforce singulièrement.

Mai 2023. Il semblerait que Xi Jinping ait décidé de faire poireauter Poutine et le projet de gazoduc « Power of Siberia-2 » au profit d'un projet avec le Turkmenistan. La Chine rappelle que c'est elle la grande puissance et elle qui fixe ses conditions et pas la Russie.

9.
26 mai 2023. J'entends sur France Info que Lavrov aurait déclaré qu'il voyait de « sérieux obstacles à la paix en Ukraine ». Oui, je pense, moi aussi, que la présence des forces russes en Ukraine est un sérieux obstacle à la paix.

10.
Tiens, un nouvel et stupide élément de langage est apparu dans la technocratie éducative (bon, après, je suis d'assez loin la prose trissotine des spécialistes de l'éducation) : « face-à-face pédagogique » : ça signifie « cours ».

11.
Si le Pacte au successeur à l'étrange Blanquer échoue, on dira sans doute que Pap Ndiaye aura été dépassé par les événements. Osera-t-il démissionner ? (quelque chose me dit que se mettre Macron à dos peut vous jouer des tours, et puis peut-être que la soupe est bonne...)

12.
Photo sur twitter : en mode selfie, le président Macron, l'air d'un étudiant niais, encadré par deux je ne sais qui costauds, barbus de puissances étrangères. L'un des deux puissants a la paluche sur l'épaule du Macron (et carrément, en passant derrière le cou). C'est très vulgaire.

13.
27 mai 2023. J'entends sur France Info que la Russie s'apprête à expulser plusieurs centaines de fonctionnaires allemands. Poutine veut-il couper totalement les ponts avec l'Allemagne ? Dans quel but ? Inquiétant.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mai 2023.

28 mai 2023

LE VASE N'ABOIE PAS QUAND PASSE LE PIRATE

LE VASE N'ABOIE PAS QUAND PASSE LE PIRATE

1.
« Le vase lui échappa des doigts et tomba à terre. »
(Philip K. Dick)

Le vase – il n'était pas très gentil – le
Vase – non, il n'était pas très gentil, ce vase – le vase
Lui – il lui avait tiré la langue bien souvent – le vase lui
Echappa - et comme il avait laissé la porte ouverte, il ficha le camp
Des tas de fois qu'il avait déjà fugué ce vase Il replia ses
Doigts et serra le
Et jura. Il devait être loin maintenant alors quelque chose
Tomba et il se dit que rien ne tenait plus dans cette maison
A la cuisine il vit les morceaux par
Terre, la langue brisée en trois morceaux.

Le vase – il n'était pas très gentil – le
Vase – non il n'était pas très gentil, ce vase – le vase
Lui – il l'avait même mordu une fois – le vase lui
Echappa – et maintenant il était tout brisé, le vase – rien que
Des morceaux qu'c'était le vase, même que c'était le vase à l'oncle Clovis, qu'il l'avait acheté à Soissons, qu'il serait très furieux quand il l'apprendrait, le patatrac, même que l'oncle Clovis, ça se pourrait qu'il dise rien sur le coup et alors, ça voudrait dire qu'on ne perdait rien pour attendre et que certainement qu'il nous réservait une hache de sa chienne, même que ses
Doigts remuaient sur le carreau d'la cuisine
Et levaient des têtes à langue bifide, alors quelque chose
Tomba et il se dit que rien ne tenait plus dans ce réel
A la cuisine, il se fit du café, se ramassa ses trois morceaux par
Terre et se dit que maintenant il était question de se recoller.

2.
Évoquerai-je le perroquet ivre de la parodie ?
Evoquerai-je des pays étranges Evoquerai-
-Je des villes aux langues inconnues Evoquerai-je
Le soir dans une auberge et les danses aux yeux fixes le
Perroquet sur l'épaule du pirate – il y a le pirate qui a un secret. Il se cache dans une auberge et un roman. Il détient une carte sur laquelle figure l'emplacement d'une île au trésor, et, comme tous les pirates des romans, il boit du rhum et se méfie de tous ; d'ailleurs, il attend la mort qui viendra avec sa « marque noire ». Ce pirate est un passeur d'énigmes, de telle sorte que nous finissons par nous dire que, sans ce pirate, il n'y aurait pas de mystère, pas de voyage, pas de révélation, pas de roman, et que l'humanité est aussi une histoire des pirateries. Il y a aussi le pirate qui a un perroquet sur l'épaule, nous en reparlerons -, évoquerai-je le jeune homme
Ivre qui ne sait ce qu'il fait là pourquoi est-il là hein pourquoi ?
De ces pays étranges, de ces villes aux langues inconnues, de
La jeune fille aux paroles sibyllines (peut-être une déséquilibrée), de cette
Parodie du réel nous ne savons que ce que nous en inventons, et le reste demeure tapi dans l'ombre, le couteau à la main.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 mai 2023.

27 mai 2023

DES JOUQUINS ET DES LIONS FLOTTANTS

DES JOUQUINS ET DES LIONS FLOTTANTS

1.
Je ne sais pas si les habitants de Origny-le-Sec (village de l'Aube, région Grand-Est), aussi appelés « Jouquins » nous conte Jean Raspail dans « La Hache des steppes » (1974), sont des descendants des Huns d'Attila, et je m'en fiche vu que je n'irai pas vérifier, mais les chapitres 12 et 13 de ladite « Hache » sont bien amusants. Je n'y crois qu'à moitié de mon verre, mais c'est bien amusant tout de même.

Cela fait longtemps que je voulais lire un bouquin de Raspail. Réputation sulfureuse, défense des peuples perdus, des identités menacées, polémique du « camp des saints »... faut y aller voir, que j'me dis. Celui-là, « La Hache des steppes », dans le genre récit de voyages, tantôt mélancolique, tantôt allègre, souvenirs de rencontres et portraits, est plutôt réussi.

Je note que Jean Raspail, comme le Céline post-apocalypse, les distille lentement, ses traits anti-immigrés, une demi-ligne toutes les vingt ou trente pages (mais ils y sont, les petits sifflements menaçants, aussi bien que les derniers coups de rance céliniens dans la prose par ailleurs extraordinaire de l'auteur du « Voyage », il suffit de lire), mais cela n'enlève rien au talent d'auteur de Jean Raspail, et « La Hache des steppes » est un bon livre.

Le chapitre 15 (« Rencontre avec Anton Tchékhov par Aïno interposé ») est très beau. Les chapitres 18 et 19 consacrés aux indiens Urus aussi.

Est-ce que je crois à tout ce que raconte Jean Raspail dans son livre ? Pas vraiment, voire très peu (l'histoire du village de Katlinka, notamment, me laisse dubitatif). Je lis ce livre comme je lis les aventures de Tintin, avec un grand intérêt et pour l'amour du style.

Citations :
« Elle [la hache des steppes] échappe de la main de tous ces vieillards qui m'entourent et dont les ombres m'oppressent et m'attristent. Un monde continu meurt au fil de ma plume, où tous ces vieillards m'appellent, et je ne sais rien de celui qui va naître. » (chapitre 13)

« Combien de peuples, depuis que le monde est monde, ont enterré la hache des steppes avec leurs derniers survivants !... » (chapitre 18)

2.
Le surréalisme, quand c'est bien fait, c'est épatant comme un ticket gagnant. Le début du poème « La nuit remue », de Henri Michaux, taille allégrement dans le fantastique, je cite :
« Tout à coup, le carreau dans la chambre paisible montre une tache. »
En soi, cette tache peut avoir une explication : tache de café, ombre apparue par jeu de la lune, repas rendu par le chat, le chien, le gnome caché, petit objet chuté.
C'est sans compter sur le « cri » de « l'édredon » et ce « mort » qui sort de « l'armoire ».

Le surréalisme, quand c'est bien fait, c'est épatant comme un conte cruel. C'est une sorcellerie puisqu'en fin de compte, ils reviennent toujours, les fameux pouvoirs de l'esprit qui sous-tendent l'énergie vitale, et si, dans « La nuit remue », il s'agit de « frapper une belette », et de la « clouer sur un piano », on n'y croit pas, mais d'abord, ça amuse – quelle claque au merveilleux à sentiments qu'on nous conte pour nous distraire de l'épouvante des massacres et des exploitations programmées .
Ça fascine aussi car l'étrange fascine, comme un beau visage qui en quelques minutes se ride, se boursoufle et se creuse, se ravage et se rompt. « Certes », comme l'écrit Henri Michaux, « ce n'est pas réjouissant ».

C'est une question de point de vue. Dans le poème « La nuit remue », « l'ascension-fourmi » peut se comprendre comme l'ascension de la fourmi ; ici, le narrateur dans sa nuit, « gouffre profond » à « lenteur interminable » (celle des états dépressifs).

Dans le poème « Mon roi », de Henri Michaux, les animaux flottent, je cite : « Ses pauvres pattes flottent. Il progresse on ne sait comment, mais en tout cas comme un malheureux. » Le poète écrit non pas du lion, mais de sa représentation, de la rêverie sur un lion qui n’existe pas. Il joue avec l'être du « lion » qui n'est plus lion que par fantaisie spéculative, effet de langage.

Ce lion à « tête basse, pochée, cabossée comme un vieux paquet de hardes » n'a pas plus de rapport avec le lion de la réalité que le Napoléon de la légende n'a de rapport avec le conquérant autoritaire qui tant influença l'Histoire. La littérature ne parle pas du réel ; son sujet, c'est l'être du réel, la façon dont le réel nous agite. C'est tout aussi inquiétant, mais on peut en faire ce qu'on veut. Les littérateurs ne s'en privent pas, et, par définition, les fictions ne disent pas la vérité du réel, mais celle de l'être du réel, lequel n'est accessible que par le langage.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 mai 2023.

25 mai 2023

ET POURQUOI PEREC ET POURQUOI PAS PEREC

ET POURQUOI PEREC ET POURQUOI PAS PEREC

1.
Chrétien de Troyes en français moderne par Jean Dufournet, « Perceval ou le conte du graal », Librio n°1118. Inachevé et faut s’accrocher car exploits chevaleresques, duels, tournois, batailles, aventures étonnantes et merveilleuses se succèdent tant qu’on ne peut les retenir toutes à première lecture, d’autant qu’à l’histoire de Perceval se mêle aussi celle de Gauvain. Il y a beaucoup de jeunes filles aussi et des notations qui renseignent sur quelques réalités médiévales.

Perceval, c’est d’abord celui qui ne sait rien. Je note que dans son « Kaamelott », Alexandre Astier a fait de Perceval le Gallois un ignorant aux raisonnements parfois déroutants. Et pourtant, à plusieurs reprises, la Dame du Lac précise au roi Arthur (et ça l’épate bien, le roi) que Perceval aura une destinée exceptionnelle. Ce roman, c’est celui de l’occasion perdue du Graal que Perceval voit passer sans qu’il s’en doute et n’ose interroger, celui de la rencontre avec le roi pêcheur, celui de la fascination du sang sur la neige.

Citation :
« Absorbé par cette pensée, il s’oublia lui-même : le vermeil de son visage ressortait sur le blanc de la même manière que ces trois gouttes de sang qui apparaissaient sur la neige blanche. » (Librio p.70)

2.
Philip K. Dick (traduit par Michel Deutsch et Isabelle Delord) « Coulez mes larmes, dit le policier ». J'ai Lu n°2451. Science-fiction brillante, foisonnante. Fantaisies spéculatives et autres paradoxes sur l'Etat-policier, la loi et l'ordre, les drogues de synthèse, l'espace-temps, « l'espace multiple », le sujet et la perception du réel, le vrai, le faux, l'illusion, le sexe virtuel (dont Philip K. Dick évoque les dangers avec une précision telle qu'il semble prédire Internet), la célébrité, le spectacle et le secret, l'évolution des mœurs, les années 70 (le roman fut publié en 1974) en toujours plus remuant, bizarre, psychédélique et logique prolongement des années 60, quelques figures de filles et de femmes que, dans ses aléas hallucinés, trouve ou retrouve Jason Taverner, l'un des deux personnages principaux, l'autre étant le trouble et mélancolique général de police Félix Buckman.

A parcourir en écoutant du Grateful Dead, ou du Dowland (« Flow my tears... »), ou le silence effrayant des espaces infinis.

Citation :
« C'était sans issue. Il avait l'impression que le monde était en caoutchouc. Tout rebondissait, changeait de forme à peine touché ou même aperçu. » (p.256).

3.
Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint (Les Editions de Minuit) ne raconte pas la lente transformation du narrateur en salle de bain.

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint n'est pas un roman-fleuve (120 pages, c'est court). Un roman-robinet (qui fuit) peut-être ?

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint est plein de détails de la vie domestique du narrateur dont on se fiche complètement (et des détails et du narrateur) mais qui peuvent fasciner si on les relit plusieurs fois. C'est hypnotique comme un vieux film américain en VO noir et blanc qu'on suit jusqu'au bout sans tout comprendre. Sinon, c'est bien, on peut sauter des lignes, des passages, des moitiés de paragraphes, on comprend quand même que le roman n'évoque pas grand chose.

Un roman qui n'évoque pas grand chose est-il lui-même pas grand chose ? Pas si sûr. Tout dépend du sens que l'on donne au verbe « évoquer ».

Tout de même, à un moment, on se dit : ah tiens le récit va-t-il basculer dans une autre dimension ? le narrateur est-il en train d'assassiner sa compagne ? (se posant cette question, il écarquilla les yeux). Mais on est vite rassuré et tout reprend son train-train quotidien et circulaire.

Je soupçonne que la composition du livre « La Salle de bain », de Jean-Philippe Toussaint relève de l'écriture à contrainte mais :
a) je n'en suis pas sûr,
b) s'il y en a une, j'ai la flemme de chercher en quoi elle consiste,
c) je m'en fiche.

Le livre « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint se laisse lire parce qu'il est plutôt gentil. En conséquence, il ne vous empêchera pas de vous endormir. Produit dérivé du « Nouveau roman » ? Littérature d'ameublement ? Littérature d'intérieur ? Hommage à Perec ? (et pourquoi Perec ? et pourquoi pas Perec ?).

J'ai l'air de critiquer comme ça que je me disais que « La Salle de bain » de Jean-Philippe Toussaint est un livre d'où l'on sort aussi facilement que l'on entre et sort d'une salle de bain, que je n'en dirai pas du mal bien que je n'en dise pas du bien, mais que c'est tout de même bien mieux que les pavés académiques et psychologisants et si humainement illusoires dont on nous cause sur France Inter et aussi France Culture, mais pas France Musique.

Conclusion : je ne sais pas si j'aime ce livre, mais il se pourrait que je le relise, bien que je préfère tout de même Philip K. Dick, Agatha Christie, Simenon, San-Antonio, Hugo Pratt, Jean-Pierre Mocky, The White Stripes, The B-52's (le groupe de rock), Robert Charlebois, Frank Zappa, The Residents, Lucky Luke, Barbarella, Gainsbourg, Raymond Queneau, la soupe de poisson, le steak-frites, la tarte au riz, la bière blonde, la bière brune, la bière rouge, la bière rousse, le chat et ma tranquillité.

Je n'ai sans doute pas perçu tout l'humour du livre « La Salle de bain », de Jean-Philippe Toussaint, bien que le narrateur se mette à raconter « le naufrage du Titanic » à une petite fille me fasse soupçonner quelque discrète parodie à froid.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mai 2023.

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22 mai 2023

LISANT DU PHILIP K DICK ECOUTANT LES WHITE STRIPS

LISANT DU PHILIP K DICK ECOUTANT LES WHITE STRIPS

1.
… à parler des soucoupes volantes... un bon bout de temps à parler des soucoupes volantes, comme si ça m'intéressait alors que je la reluquais la jolie avec son joli et ses jolis hein et que je me disais aussi que ce que j'entendais, le rock des White Stripes, il était vraiment excellent, le rock de Jack et Meg White.

2.
Me demande pourquoi Philip K. Dick a flanqué soudain à sa phrase « des larves de serpents » qui « se tordaient toujours », quelque chose avait dû m'échapper tandis que la guitare de Jack White saturait bien blues et que la fille, la fille quelle fille

3.
quand vous l'aurez, vous n'aurez rien... comme ça qu'on finit... (bien content je contemplais... avec que dalle... sac d'os ne possède rien... la pochette de « De Stijl » des White Stripes)... rien dans le trou... dans les poches, les trous... aux chaussettes aussi.

4.
peut-être mais ce n'était pas certain... la jolie causait encore soucoupes volantes... (je contemple la pochette aux rectangles... les OVNIS, une manifestation d'un univers parallèle, crois-tu... blancs et rouges à la Mondrian de la pochette de « De Stijl »)... pas certain.

pas certain, mon cul, qu'elle dit, qu'elle avait bien... faut bien qu'ils viennent de quelque part... d'un univers parallèle, je te dis, qu'ils viennent, tu peux me croire (elle se reversa à boire)... dans ma tête sautillaient un petit Jack et une petite Meg sur le bon vieux rythme du rock n' roll...

5.
Est-ce bien sérieux à 59 balais de lire des romans de Philip K. Dick et d'écouter du rock n' roll ? qu'ils me firent alors les poissons à gros yeux tournants autour de moi dans la pièce d'où Machine s'était barrée avec ses soucoupes volantes.

Surtout que pendant que je dévore mon Philip K. Dick et me gave de ritournelles électriques, mes collègues du lycée général passent, j'en suis sûr, leurs soirées à méditer les plus belles pages de Proust en comparant différentes interprétations du concerto pour piano n°2 de Rachmaninov.

Ça, c'est pour ceux qui ne sont pas mariés. Sinon, font comme tout le monde, regardent un truc ou l'autre à la télé en attendant que ça se passe.

6.
Retenir la page 166 du volume, il y a une citation à faire... Sinon, le personnage du roman de Philip K. Dick s'appelle Jason Taverner, et personne ne le reconnaît plus alors qu'il était si célèbre où ça ? Histoire d'univers parallèle, tu penses ?

Toutes les parallèles finissent-elles par se rejoindre en un point, genre point aleph ou je ne sais quoi... la matière comme une infinité de lignes finissant par se rejoindre en un point... une infinité de lignes s'étant déjà résolues en un point qui lie l'infini des univers... une infinité de lignes sans début ni fin ni centre s'étant déjà résolues, se résolvant, et filant vers leur résolution comme si ce point était sans exister.

Le chat de Schrödinger joue-t-il avec les univers comme avec une pelote qui se défait à l'infini ?

7.
Il y a une réponse page 172 une réponse page 172 page 172 page 172 se répétait-elle, sortant de l'immeuble dans laquelle elle l'avait laissé avec le disque des White Stripes et ses spéculations fumeuses jusqu'à ce que, surgi de l'ombre près du guéridon à abat-jour, le couteau.

8.
Il y a dans le disque « Elephant » des White Stripes un morceau où la guitare, elle barrit on dirait que je sais pas c'est peut-être ça qui... ou alors c'est dans un des textes mais comme je poutre en angliche (je l'ai déjà dit ça), même que j'écoute du rock anglo-saxon pour ne pas être gêné – surtout quand je lis - par toutes les sottises qu'elles peuvent dire les chansons quand elles sont chantées en français (y a pas plus démagogique qu'une chanson de la chanson française dite « à texte ») alors je sais pas, mais y a comme un barrissement de bestiau dans un des morceaux de l’excellent « Elephant » des White Stripes, l'album où il y a la chanson que j'aime bien là « Well It's True That We Love One Another » même qu'après zont l'air bien contents Jack et Meg White, même que Meg elle dit « Let's celebrate »

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mai 2023.

22 mai 2023

RISQUES ENORMES ET AUTRES AVANIES

RISQUES ENORMES ET AUTRES AVANIES

1.
Le président Macron est un vrai technocrate : il veut arriver à nous faire croire à l’illusion du plein emploi alors que les gens qui danseront devant le buffet en effectuant un stage bidon entre une formation bidon et un SNU obligatoire seront de plus en plus nombreux.

Ni SNU, ni Pacte. La Macronie fait n’importe quoi. Les projets de Pap Ndiaye sont encore plus sots et menaçants que ceux de Blanquer.

Le SNU est un endoctrinement coûteux et contraire à la façon dont bon nombre de Français vivent la République. Les enfants n’appartiennent pas à l’Etat, et le rôle de l’Etat n’est pas de les « éduquer », mais de leur fournir l’enseignement nécessaire à l’exercice d’un métier (c’est le rôle premier de l’école). Avec le SNU, nous voilà au stade ultime de la fameuse, hypocrite et délétère « éducation à la citoyenneté » : les chantiers de jeunesse. Pouah, ça pue le néo-pétainisme à plein nez.

2.
19 mai 2023. Non seulement Bakhmut n’est pas tombé, mais il se pourrait que Prigojine se rende maintenant à l’évidence que Wagner est peut-être bien tombé dans un piège tendu par les forces ukrainiennes mais aussi par les forces russes régulières.

3.
France Bleu nous apprend le 30 avril 2023 qu’une adolescente porte plainte pour une agression sexuelle qui se serait déroulée dans le cadre du SNU. Sans préjuger des résultats de l’enquête, il n’est pas nécessaire d’avoir la « pensée complexe » à Macron pour comprendre que la généralisation du SNU signifiera arithmétiquement une augmentation des plaintes en tout genre.

Alors que la rentrée 2023 sera de nouveau dégradée en raison des postes non pourvus et des conséquences des sottes réformes Blanquer/Pap Ndiaye, il semblerait qu’en dépit de la dette publique et de l’inflation qui pourrit le quotidien des Français les plus modestes, la Macronie s’apprête à arroser chefs d’établissement et enseignants de primes récompensant leur engagement en faveur du SNU. Affligeant.

4.
Je ne sais pas si vous le constatez comme moi, mais il semble que le nombre de morts prématurées et sans raison apparente semble augmenter ces temps-ci. Un employé des pompes funèbres avec qui j’ai discuté m’a dit partager ce ressenti. Effets secondaires du vaccin anti-covid ? Poursuite à bas bruit de la pandémie ? Je m’interroge. Je précise que je sais bien que sans le vaccin, le nombre de morts du covid aurait été beaucoup plus important.

5.
19 mai 2023. Paraît que Peskov a reconnu aujourd’hui que la politique démographique de la Russie était un échec. La bonne blague ! les Russes ne vont pas se mettre à faire des enfants pour qu’un Poutine quelconque en fasse de la chair à canon.

6.
Dans le conflit russo-ukrainien, l’heure de vérité approche. L’Occident va bientôt livrer des F-16 à l’Ukraine, ce qui complétera l’arsenal de plus en plus efficace des armes occidentales. La défaite de Poutine est proche. Comment va-t-il réagir ? La Chine va-t-elle à son tour rentrer en guerre (ce qui déclencherait la troisième guerre mondiale) ? A défaut d’allié sur le terrain, Poutine va-t-il jeter la Russie et l’Europe dans un brasier nucléaire ?

7.
Nuit du 19 au 20 mai 2023. On dit que les Wagner mettent le paquet en bombardements pour prendre le contrôle total de Bakhmut (ils auront ainsi gagné un champ de ruines et subi ces derniers mois de lourdes pertes).

8.
Il est clair que Poutine fascine autant les vieux crapauds du stalinisme que les crapules de l’extrême-droite la plus rance, sans compter les agités du bocal.

9.
20 mai 2023. La Russie réagit à l'annonce de la prochaine arrivée des F-16 dans l'arsenal ukrainien en évoquant les « risques colossaux » que prendrait l'Occident. Quels « risques colossaux » ? Une attaque nucléaire ? La riposte serait immédiate et massive.

10.
Que ce soit un avion de la république française qui ait amené la délégation ukrainienne et le président Zelensky au sommet du G7 de Hiroshima prouve que le président Macron a choisi son camp. Oui, il faut soutenir l'Ukraine et lui fournir les moyens de chasser les forces russes de son territoire.

Nous n'avons pas le choix : ne pas soutenir l'Ukraine et laisser Poutine faire ce qu'il veut en Europe reviendrait à admettre la faiblesse des démocraties libérales devant la montée des autoritarismes impérialistes. Ce qui reviendrait à creuser notre propre tombe.

11.
Il a fallu plus de 9 mois aux Wagner pour détruire Bakhmut, encore ont-ils fini le massacre par des bombardements massifs. A ce rythme-là, ce sont les petits-fils des petits-fils des mercenaires à Prigojine qui iront se faire découper en rondelles devant Kiev, si la Russie existe encore.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mai 2023.

20 mai 2023

ET EST-CE QU’ILS AIMENT LES VIVANTS ?

ET EST-CE QU’ILS AIMENT LES VIVANTS ?

1.
Stephen King traduit par Michèle Pressé et Serge Quadruppani, « Le camion d’oncle Otto », in « Brume, (La Faucheuse) », J’ai Lu n°2579. Thématique de l’objet hanté et vengeur. Epouvante à tendance grotesque (non, l’huile de moteur n’est pas comestible). Que se passe-t-il entre les plis du temps ? Ce que nous ne pouvons voir et qui nous hante.

Dans ses notes de fin de volume, Stephen King écrit : « Le camion existe vraiment, et la maison aussi ; j’ai raconté l’histoire que je me racontais à leur sujet pour passer le temps au cours d’un long voyage en voiture. »

2.
Stephen King, « Livraisons matinales » et « Grandes roues… » in « Brume, La Faucheuse », aussi intitulées « laitier n°1 » et « laitier n°2 » : le loser contre le tueur en série. Bières et ressentiments contre meurtres gratuits et sophistiqués. Chacun de ces trouducs n’est jamais qu’un bipède prédateur à sa manière, d’une espèce différente, comme serpent et araignée. On peut comprendre que certains lecteurs n’aiment pas Stephen King pour cette lucidité. Je lui rends grâce, moi, à cette lucidité : que les bipèdes qui se croient créés par on ne sait quel bricoleur de génie appelé dieu, soient capables du meilleur comme du pire est une évidence, et que le pire, en fin de compte, finira par fiche l’espèce dite humaine au fin fond du définitif est aussi fatal que la petite moustache à Hitler. C’est ce que la littérature nous rappelle, qu’on sait déjà, qu’on ne veut pas s’avouer, parce qu’on est hypocrite. Et voilà tout.  

Citation :
« Il avait commencé à voir de drôles de choses aux limites de son champ de vision. La plus persistante était, dans le coin le plus éloigné, un énorme insecte enveloppé dans de la soie d’araignée. »

3.
Pendant que j’bouquine du Stephen King, il y a « La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz », de Luis Bunuel qui passe en espagnol. Comme je poutre en espagnol itou, ça ne me dérange pas du tout, ça fait comme de la musique qui accompagne ma lecture que l’on devine rapide.

4.
Stephen King, « La ballade de la balle élastique ». Elfes et folie. Ça cause aussi littérature : d’où vient l’inspiration ? La littérature peut-elle mener à la folie ou est-ce la folie qui ? La folie qui La folie qui folie qui folie qui On s’y laisserait prendre n’est-ce pas ? Cas de double folie ici : celui de l’auteur et aussi celui de l’éditeur. La nouvelle évoque aussi le conspirationnisme, autre nom pour la paranoïa. Jadis, les Occidentaux avaient peur du péril communiste, maintenant ils fascinent leurs angoisses en accusant les appareils électriques de troubler le cerveau, les vaccins de tuer, les milliardaires de comploter contre l’humanité, les mondialistes, les migrants, l’OTAN, l’UE, les « chemtrails », voient des nazis partout et voient en l’assassin Poutine un « sauveur de l’humanité ». Bref, la déraison court les rues et les réseaux sociaux, et bien entendu, comme dans l’excellente nouvelle de Stephen King, cela pourrait tourner mal, très mal.

Citation :
« - C’est très intéressant, dit l’écrivain, poursuivez votre raisonnement un peu plus loin, si ça ne vous ennuie pas. Quand donc la part irrationnelle s’arrête-t-elle en fait de jouer avec le pistolet pour le retourner contre elle-même ? »

5.
Pendant que je poissonne d’avril en mai ces lignes, j’entends cette phrase du film « Le Fantôme de la liberté », de Luis Bunuel, prononcée par le personnage d’un gendarme : « L’usine à gaz vient de sauter. Alerte générale ! » C’est rien ; ça m’amuse.

« Le Fantôme de la liberté », de Luis Bunuel (1974). Suite de scènes surréalistes basées sur les paradoxes : on signale la disparition et recherche une petite fille qui est pourtant là ; les photos choquantes ne le sont pas pour le spectateur mais le sont pour les personnages ; il y a compagnie d’étranges moines, ce qui est toujours amusant si l’on connaît l’étymologie du mot « moine » ; un condamné à mort signe des autographes ; la revenante donne un coup de téléphone et un rendez-vous : « il s’agit de comprendre le véritable mystère de la Mort », laquelle Mort est le sujet du film. Et puis, il y a le zoo, le zoo tandis que l’on entend des coups de feu qui font écho aux fusillades des pelotons d’exécution dans l’Espagne occupée par les troupes de Napoléon.

6.
Je viens d’entendre sur LCI le participe adjectivé « stagnées » au lieu de l’attendu « stagnantes » (je cite : « … les choses ne sont pas aussi stagnées que… ») : Influence anglo-américaine sur la formation des mots.

7.
La nouvelle « Le chenal » termine le second volume de « Brume ». Plus poétique que fantastique. La maladie, les souvenirs, la mort, la perspective d’un autre monde... Très beau texte, très mélancolique et très humain, destiné à devenir un classique.

Citation :
« Ce sont peut-être bien les questions du Chenal : Est-ce que les morts chantent ? Et est-ce qu’ils aiment les vivants ? »

Patrice Houzeau
Malo, le 20 mai 2023.

19 mai 2023

JE N'AIME PAS LA POESIE JE PREFERE LA TARTE AU RIZ

JE N’AIME PAS LA POESIE JE PREFERE LA TARTE AU RIZ

En écoutant l’épatant - mais si, tant que ça - « Duck Stab » des Residents

1.
Alors avec sa petite jupe toute simple
Elle avec sa petite jupe toute simple et sa moustache elle
Arriva avec sa petite jupe toute simple elle
Et sa moustache et sa petite jupe toute simple elle arriva et
Vit avec ses grands yeux et sa petite jupe toute simple vit
Le crâne elle fit Oh et sa moustache tomba alors laissant le
Crâne elle repartit dans sa petite jupe toute simple mais sans sa moustache, qui était bien fausse, allez.

2.
On ne prend pas les dieux avec les yeux. Ça rend aveugle.

3.
« ce bonheur qui n’est pas illusoire et de passage »
(Jacques Chardonne, « Claire »)

Ce bonheur c’est pas du thon (en boîte) ce
Bonheur c’est pas du thon (en boîte) ni des sardines
Qui c’est-y qui a dit que le tsar dîne à l’huile Non Non Non ce
N’est pas ce bonheur du thon (en boîte)
Pas du thon (en boîte) pas d’la beuh (en boîte) pas d’la bière (en boîte) pas
Illusoire ce bonheur pas du thon (en boîte) ce bonheur
Et moi je sais pas non plus moi qui tranche de thon et ne sais que dire
De ce bonheur qui n’est pas du thon (en boîte) sous le lent
Passage des nuages, qu’on dirait des baleines toutes gondolées.

4.
Si vous pensez que l’on ne vous reconnaîtra pas parce que vous êtes venu sans tête, vous vous mettez le doigt de votre main perdue dans l’œil de votre absence.

5.
« sur sa chaise longue avec une exclamation de joie »
(Jacques Chardonne, « Claire »)

Sur sa chaise longue avec une kalach sur
Sa chaise longue avec une kalach elle attend plus sur sa
Chaise longue avec une kalach elle attend plus
Longue brune et pourtant sans tête sur sa chaise longue
Avec une kalach et sans tête Juste
Une longue et pleine de sang et sans tête avec une kalach
Exclamation : oh une kalach !  Alors
De la main morte on prend la kalach tandis que dans la maison d’à-côté la
Joie de vivre se fait dépouiller secouer démembrer égorger par la vodka de passage dans votre pays.

6.
Les gens qui écrivent des vers, qu’on lira pas, au lieu de faire des tartes au riz, qu’on mangera, ne méritent pas que les bananes n’aient pas d’os dedans.

7.
Je n’aime pas la poésie surtout s’il y a des os je préfère je
N’aime pas la poésie surtout s’il y a des os je préfère les moules je n’aime
Pas la poésie surtout s’il y a des os je préfère les canards je n’aime pas
La poésie surtout s’il y a des os je préfère je n’aime pas la
Poésie surtout s’il y a des os je préfère ne pas en écrire car
Je n’aime pas la poésie surtout s’il y a des os je
Préfère la tarte au riz surtout quand
La tarte au riz joue de l’harmonica et quand la
Tarte au riz joue de l’harmonica quand la tarte
Au riz joue de la guitare quand la tarte au
Riz joue de la guitare et chante en angliche bin c’est bien.

8.
Je préfère les chansons en angliche car je poutre complétement en yaourt.

9.
« La neige éphémère est jolie sous nos climats. »
(Jacques Chardonne, « Claire »)

La neige éphémère est blanche mais il y a du sang sur la
Neige éphémère qui est blanche et qui est
Ephémère et blanche mais il y a du sang sur la neige qui
Est jolie aussi la neige éphémère et blanche mais il y a du sang sur la
Jolie neige éphémère et blanche comme un jupon mais il y a du sang et
Sous la neige éphémère on retrouvera
Nos voisins tout à fait morts quand les
Climats fondront la neige on retrouvera la tête de la fille à la kalach.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mai 2023.

19 mai 2023

ZELENSKY AU G7 : UNE CLAQUE POUR POUTINE

ZELENSKY AU G7 : UNE CLAQUE POUR POUTINE

1.
19 mai 2023 :
Volodymyr Zelensky au G7 (cette année au Japon) : un camouflet pour Poutine.
Les Etats-Unis permettraient aux pays européens de fournir des F-16 à l’Ukraine.
Le G7 s’apprêterait à prendre des sanctions visant le commerce des diamants russes.
L’Ukraine prépare une contre-offensive. Les missiles hypersoniques russes sont interceptés et détruits.
Poutine étrangement passif. La Russie est isolée. Ni la Chine, ni la Biélorussie ne semblent vouloir d’une troisième guerre mondiale.

2.
Le problème n’est pas de savoir si l’Ukraine gagnera, mais de savoir quand Poutine acceptera sa défaite.

3.
19 mai 2023. « Les diamants russes ne sont pas éternels » (Charles Michel, Président du Conseil européen). La Belgique favorable aux sanctions sur les importations de diamants russes.

Bien entendu, certaines sanctions sont contournées par la Russie, mais les Russes sont obligés de brader leur pétrole et leur gaz aux BRICS. En réalité, la Russie perd de l’argent chaque jour.

Et au prix des missiles hypersoniques qui ne sont pas hypersoniques du tout, sans compter le coût humain et financier de la sale guerre de Poutine en Ukraine, il est à penser que la Russie va droit à des difficultés économiques majeures.

4.
19 mai 2023. Le général de Bavinchove vient de dire sur LCI qu’en Ukraine « l’armée russe ne veut pas se battre et ne se bat pas ». Possible (sinon probable) que beaucoup d’officiers russes n’ont pas voulu et ne veulent pas de la sale guerre de Poutine.

5.
Les salaires minimums sont nécessaires dans les pays développés car ils servent à soutenir la consommation et donc la production. Dans les pays peu développés et qui dépendent de l’aide internationale, ce n’est pas la question du salaire minimum qui se pose, mais celle de la survie.

En effet, le salaire minimum n’est pas une mesure contre la pauvreté, mais une mesure de soutien, compensée par les recettes fiscales. C’est en amont du cycle qu’il faut agir, pas quand la maison brûle (trop tard et en grande partie vain). Du reste, assurer une maison n’empêche pas l’incendie.

6.
L’une des grandes qualités des Etats-Unis, c’est qu’ils savent garder le secret sur l’état de leur technologie militaire (ils ont même inventé la diversion « OVNI » pour cela). Je parie assez que l’armée américaine reste bien plus puissante que toute autre au monde.

7.
Les missiles hypersoniques russes ne seraient pas si indétectables et invincibles que ça. On se demande même s’ils sont réellement « hypersoniques ». Autrement dit, Poutine tente d’enc…. l’OTAN avec des suppositoires géants. Ça va pas marcher.

8.
En déclarant le 5 mai 2023 sur France Info que dès septembre (à la rentrée donc), 80 filières du tertiaire seront supprimées dans les LP, qu’a cherché à faire Pap Ndiaye ? On ne sait pas. Boulette ? Machiavélisme à la Blanquer ? Nudge ? Incompétence ? Drôle de binz.

9.
Non, Macron n’est pas Hitler. Macron est désinvolte (état de l’hôpital public à la veille de la pandémie du covid, dette publique…), Macron est influençable et naïf (affaire Benalla, soi-disant relation privilégiée avec Poutine,…), Macron est imbu de lui-même (la fameuse « pensée complexe »), Macron est autoritaire (réforme des retraites, réforme Blanquer), Macron est arrogant, brutal, vulgaire, étrangement tactile (bien des photos et des « petites phrases » le prouvent), mais c’est un démocrate. Incompétent, mais démocratiquement.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mai 2023.  

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