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BREFS ET AUTRES

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15 janvier 2023

EN ATTENDANT LA GREVE DU 19 JANVIER ET AUSSI LA CHUTE DE LA MAISON POUTINE

EN ATTENDANT LA GREVE DU 19 JANVIER ET AUSSI LA CHUTE DE LA MAISON POUTINE

1.
Le Royaume-Uni va fournir à l’Ukraine des chars lourds « Challenger 2 » (redoutables dit-on). France, Allemagne et Etats-Unis, d'autres Etats encore, vont sans doute faire de même.

2.
Si Prigojine devient trop gourmand dans ses ambitions, l'armée russe fera tomber Wagner dans un piège. C'est peut-être ce qui est en passe d'arriver à Soledar et à Bakhmut.

3.
Un des grands non-dits dans les débats sur la réforme des retraites est le poids de plus en plus grand des flux migratoires dans les économies occidentales.

La défaite de la Russie entraînera des troubles importants dans les BRICS et en particulier sur le continent africain. Il s'ensuivra une intensification des migrations, encore aggravées par les conséquences du réchauffement climatique.

En outre, il semble que la Chine est encore loin d'avoir résolu ses problèmes liés à l'épidémie du Covid. Personne ne peut prévoir comment la situation économique et politique de la Chine va évoluer, et si la situation économico-politique de la Chine ne s'améliore pas, il se pourrait que bon nombre de jeunes Chinois décident de tenter leur chance en Occident.

On ne devrait donc pas manquer de main d’œuvre dans les années à venir et en conséquence, le recul de l'âge de la retraite me semble très sot, puisque nous serons forcés à l'avenir de naturaliser un grand nombre d'étrangers. Ce qui ne me réjouit pas du tout, mais on ne fait pas de politique autrement qu'avec les réalités. Après, on peut toujours jouer l'Occident contre le reste du monde, mais alors nous n'éviterons pas la multiplication des conflits armés, façon Poutine le déplorable.

4.
Il y a à peine quelques mois, à la lumière de la pandémie du Covid et de l' « opération spéciale » à Poutine, certaines bonnes âmes commençaient à nous citer en exemple le modèle dirigiste des dictatures à économie de marché. Raffarin frétillait ; Mariani exultait.

L'efficacité du capitalisme doublée par l'efficacité du contrôle social nous disait-on en substance. Et voilà que la Chine se prend un sacré coup de Covid dans son organisation imparable et que la Russie poutinienne s'enfonce dans la honte et la défaite.

L'Occident « décadent », quant à lui, certes connaît des soucis, mais sait réagir intelligemment, démocratiquement, technologiquement.

5.
Changement d'élément de langage dans la macronie : la réforme des retraites n'aurait pas seulement pour but de sauver le système par répartition mais pourrait permettre d'augmenter le pouvoir d'achat des Français (sic). Je me demande si cela a encore un sens dans notre société de plus en plus automatisée, robotisée, algorithmée, de strictement corréler la production de richesses au nombre de trimestres travaillés.

6.
Paraît que Poutine vient d'annoncer que sa sale guerre en Ukraine suivait une « dynamique positive » et que tout se déroulait « comme prévu ». Ah oui ? Un rouble à 0,014 euro, une bourse de Moscou qui peut s'effondrer d'un jour à l'autre, plusieurs milliers de soldats russes morts à Soledar, des forces ukrainiennes bientôt renforcées par du matériel occidental toujours plus efficace, tout ça, c'était prévu ?

7.
Evidemment qu'ça va ouiner à cause de la grève du 19 janvier 2023 qu'ça bloque ci, bloque ça. Bin oui, mais on ne fait pas grève uniquement pour perdre une journée de salaire. On fait grève pour signifier, en le bloquant, qu'ça va pas dans le système.

Et si, depuis plusieurs années, on avait écouté les soignants en grève avant la pandémie qui provoqua et le scandale et le désastreux confinement de mars 2020, on aurait peut-être évité la catastrophe et la défiance généralisée.

8.
Je ne suis pas de gauche, mais il me semble souvent qu'actuellement l'homme de talent de la NUPES, c'est François Ruffin. En tout cas, là encore, il a raison. Macron compte sur notre fatalisme. Ne cédons pas. Grève le 19 janvier 2023.

9.
Que tous les syndicats appellent à la grève le 19 janvier 2023 rappelle que la technocratie, qui a si mal géré, réformé les secteurs de la santé, de l'éducation, de la défense, de l’énergie, de la justice, ne devrait pas être la seule à décider de tout en France.

10.
Il semble que Poutine veuille accélérer le cours de sa sale guerre en Ukraine. C'est donc le moment pour les démocraties de fournir à l'Ukraine les armes qu'il lui faut pour vaincre et repousser les forces russes, les mercenaires de Prigojine, les Tchétchènes de Kadyrov.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 janvier 2023.

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14 janvier 2023

GUERASSIMOV RELANCE-T-IL L'OFFENSIVE ?

GUERASSIMOV RELANCE-T-IL L'OFFENSIVE ?

1.
Une remarque : plusieurs relais francophones de la propagande pro-russe ont reproduit le même message et la même vidéo à propos de l'arrivée sur le front russo-ukrainien de bombes « OBAD-500P », alors que c'est ODAB qui convient. D'où vient cette répétition d'un compte l'autre de la même inversion du B et du D ?

En cas de bombardement ukrainien, quelles seraient les conséquences de l’explosion de ces ODAB500P au cœur des lignes russes ? Et si le signal était : « Ukrainiens, arrêtez de nous bombarder, vous allez tout faire sauter, nous, vous, et les civils ! » Bouclier ? « Stratégie du fou » ?

2.
Trois faits troublants concernant ce que Poutine nous fait savoir :

- le 4 janvier 2023, Poutine annonce le départ en mission d'un navire de guerre équipé de missiles hypersoniques Zircon.

- le 6 janvier, publication sur les réseaux sociaux par les relais de la propagande russe du même message et de la même éloquente vidéo annonçant un transport en direction du front de bombes ODAB-500P.

- le 7 janvier, un ou plusieurs missiles s'abattent sur Kramatorsk et manque(ent) étrangement leur(s) cible(s). Moscou annonce cependant la mort de 600 soldats ukrainiens. Les médias occidentaux démentent. Kyiv aussi.

Ces trois faits rapprochés me laissent songeur. Pourquoi les Russes font-ils savoir qu'ils s'apprêtent à employer le missile Zirkon et/ou des bombes à explosion volumétrique, cependant qu'à Kramatorsk, soudainement, leurs missiles n'atteignent plus leurs objectifs ?

Autrement dit, Poutine aurait-il lancé un ultimatum à l'Occident du genre : « Arrêtez de fournir de l'armement à l'Ukraine, sinon nous ferons pleuvoir le feu du ciel » ?

Ou, tout autre hypothèse : Poutine ne sait pas où il va ; les officiers russes sabotent les ordres de leurs supérieurs, et tel un dictateur allemand en fin de reich, il en est réduit à prédire une peu probable apocalypse par des armes dont seule son armée détiendrait les secrets.

4,
Si j'écris qu'en ce moment, « Les yeux du cosmos scrutent le zirkon », on dirait un vers tiré d'une chanson psychédélique ou d'une écriture automatique surréaliste. C'est pourtant ce qui se passe, dans un réel de plus en plus inquiétant.

5.
Poutine ne peut pas gagner sa sale guerre en Ukraine car les Etats-Unis, après leur débâcle en Afghanistan, ne peuvent pas se permettre d'échouer à nouveau et donc ne laisseront tomber ni Zelensky, ni les Ukrainiens.

Si les Etats-Unis, à Dieu ne plaise, échouaient, le mécontentement serait général : Démocrates désillusionnés, Républicains ulcérés, trumpistes et autres complotistes déchaînés qui alors ne se priveraient pas de décréter que ce qu'il faudrait à l'Amérique, c'est une sorte de Poutine.

6.
Le 10 janvier 2023, l'impression donnée par les réseaux sociaux est que la ville de Soledar a été reprise par les forces russes. On dit que cette prise permettrait aux Russes d'encercler Bakhmut. L'Ukraine a besoin d'armes.

Le 11 janvier 2023, l'impression donnée par les réseaux sociaux est que la ville de Soledar est toujours défendue par les forces ukrainiennes et que donc Prigojine ne pourrait toujours pas prouver à Poutine que Wagner est plus efficace que l'armée régulière.

Prigojine veut prouver à Poutine que lui et Wagner sont indispensables. On dit que beaucoup de mercenaires de Wagner meurent à Soledar et à Backhmut. Ces hommes ne meurent pas pour la victoire de la Russie mais pour satisfaire les appétits de pouvoir du mafieux Prigojine.

Est-ce l'annonce (peut-être prématurée) de la prise de Soledar par les mercenaires de Prigojine qui a dopé la Bourse de Moscou aujourd'hui ? Ou est-ce l'annonce du remplacement de Sourovikine par Guerassimov ? Je prévois des désillusions chez les affairistes russes.

Je l'ai déjà dit : je ne crois pas à une longue durée du conflit russo-ukrainien. Poutine a trop besoin d'un triomphe personnel et de prouver au monde qu'il peut mettre l'Occident en échec. S'impatientant, le 11 janvier 2023, il remplace Sourovikine par Guerassimov.

Le 14 janvier 2023, les Russes affirment une fois de plus qu'ils contrôlent désormais Soledar. Je me demande s'ils doivent progresser maison par maison, rue par rue, sous le regard des forces ukrainiennes.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

14 janvier 2023

L'OEIL EST AU BOIS LE CHAT HARET AUSSI

L'OEIL EST AU BOIS LE CHAT HARET AUSSI

1.
Ça a l'air d'une devinette. Quel est l'oiseau, dont, « au bois, [le chant] vous arrête et vous fait rougir » ? Pourquoi rougissez-vous ? A quelle occupation vous livriez-vous lorsque ? Donnez-vous votre langue au chat qui a mangé l'oiseau ?

2.
« L'horloge qui ne sonne pas. » Mesure commune du temps. Les emplois du temps que nous sommes pour les autres. Dehors. Fait froid. A quasi 59 balais, se les geler à 6 heures du matin pour l'art pédagogique et sa croûte, vous m'avouerez.

3.
Il me dit qu'on ne peut pas dire qu'il est vernis. Tableau, chaussures. Bin oui, vernis quoi. La phrase « Il eut été préférable que nous nous carapations » est-elle correcte ?

4.
Une autre devinette rimbaldienne : Quelles sont ces « bêtes blanches » dont on peut trouver les nids dans des fondrières ? Trou plus ou moins profond causé par la pluie. Ça me fait penser aux « Sordidissimes » à Quignard.

5.
J'admire l'érudition et la virtuosité de Pascal Quignard. Commentaire de « Zazie dans le métro » de Queneau tout à l'heure. Drôle de voix quand même. Littérature. J'y tiens. Sinon, qu'il embauchent un clown, un vrai clown je veux dire.

6.
J'admire l'intelligence et la virtuosité à l’œuvre dans « Zazie dans le métro ». Avec humour, il aborde le réel, Queneau, le réel qui satyre (des ennuis), le réel de quoi qu'elles pensent donc les gamines, et les gens avec leurs tronches à défiler, quoi qu'ils cogitent ?

7.
Kyrielle des « il y a ». Anaphore. On va de devinette en devinette. Quels sont cette « cathédrale qui descend » et ce « lac qui monte » ? Illusion d'optique ? Mirage ? Déclin du christianisme et remontée des gouffres ? Teintes grises, noirâtres, humides.

8.
Envie de boissons glacées. Bière glacée. Amertume glacée. Je sirote du café très chaud. Zut qui court je ne sais qui. « C'est comme ça qu'elle est quand elle a un jules, dit Zazie ».

9.
La « petite voiture abandonnée dans le taillis », je ne sais pas pourquoi je pense à une poussette. C'est peut-être pas ça. Du reste, allez savoir ce que c'est. Et d'ailleurs, on s'en moque. C'est le côté étrange qui vaut. La « petite voiture abandonnée dans le taillis » se met à descendre « le sentier ». Poussée par qui la poussette ? Hantée perhaps la poussette dévalante ?

10.
Je note ça dans un petit carnet. En ai déjà paumés, de ces bourrés d'brefs. Bien du naïf là-d'dans. On les r'trouvera pas. Pas Céline ma fiole. Pas le génie du fou. Quel sens du coup de théâtre, le Ferdinand ! Perdus, les manuscrits, - néant ! Des lunes passent, tout à coup, - poum ! les revoilà, ah le Maître dis.

11.
« Une troupe de petits comédiens en costumes ». Des enfants ? Des nains ? Des lointains ? Le cirque de la civilisation ? L’œil est au « bois ». Loin des autres. Chat haret.

12.
A 6 heures et des poussières, en janvier, pas grand monde à la gare routière de Dunkerque un vendredi. Où sont les travailleurs ? Je veux dire comment qu'ils se déplacent ? Le 19 janvier, la grève sera dure, c'est à prévoir. Faut qu'on se manifeste, nous autres, les sans fric.

13.
Dans 5 minutes le bus pour Hazebrouck. Voyageurs rares, pas bien riches. Des mômes aussi. Apprentis, lycéens, des autres aussi, des comment qu'i vont s'en sortir.

14.
Sommeil dans le bus. Ai de plus en plus tendance à m'endormir entre les cours. J'vieillis. Eviter la fausse bienveillance des collègues.

15.
Je relis du Zazie, chapitre 3 : les vécés et la gamine en proie au pervers (c'est Turandot et il n'est pas pervers). Le réel tout ça, repeint à la Queneau, du tout ça pour quoi on vit.

16.
Patience. Bataille. Jeux de cartes. Mon château s'a écroulé depuis des lunes. Un jour, mon cœur, ou ma tête, ça va flancher, et hop dans la zone à pertes, ma pomme. Tombé bonhomme.

17.
Allitération « f » : « Il y a enfin, quand on a faim et soif ». Lancinant le « f », sifflant, fiévreux. Nécessité du retour à la civilisation. Faut parfois sortir du bois. Mais « quelqu'un vous chasse ».

18.
Vais-je dormir chez Zut ce soir ? Garder Miou-miou (c'est le chat) et la tortue Elwa (elle hiberne, et pourquoi Elwa plutôt qu'Eloi, chaipa, c'est Zut qui écrit ça comme ça).

« Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.

Il y a une horloge qui ne sonne pas.

Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

Il y a enfin, quand on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse. »

(Rimbaud, « Enfance », III)

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

14 janvier 2023

ON NE RIT PAS RUE DE GIERI

ON NE RIT PAS RUE DE GIERI

1.
« Et, le regard tout flambant d'une haine et d'une cruauté implacable, [le bossu] ajouta :
- Mais demain soir, le coq aura fini de chanter ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », Livre II, chapitre 7)

Arthur Bernède. « Belphégor ». II, 7. « Où l'on voit les prévisions de Chantecoq se réaliser d'une façon mathématique. » Les événements, - nos vies -, dépendent-ils des mathématiques, des calculs, des algorithmes ? Sommes-nous spéculés ?

Jacques Bellegarde, caché. Des livres pour compagnie. Jacques et Colette minaudent et niaisent (les répliques ont du mal à cacher la sottise d'un sentimental violon, pomponné piano, sirupeux ridicule coin-coin). Coup de pieds au, ou haussement d'épaules ?

Jacques et Colette en viennent àskilésoucie : Simone. Tiens, v'la Marie-Jeanne, c'est celle du roman, elle se fume pas, même si « son chapeau ballotait sur sa tête ». Intéressante leçon, en 1927 donc, de la forme « ballotait », avec un seul « t ».

Jacques Bellegarde serait-il le Fantôme du Louvre ? « Au nom de la loi ! ». Marie-Jeanne et le « petit fouinard ». Perquisition. Du papier, du fer et de l'or. La « rue de Giéri ».

Bellegarde bout ; Colette s'inquiète ; j'aimerais pour ce dimanche manger des paupiettes ; Au chapitre 3 de « Zazie dans le métro », « lagoçamilébou ».

Le bouillant Bellegarde s'apprête à faire une bêtise. Chantecoq calme le jeu. Labo, penderie, moumoute, bacchantes, barbiche. Bellegarde métamorphose. Le réel, c'est du théâtre à vrais cadavres. Je remarque que la sinistre prédiction du bossu comporte treize syllabes.

2.
«  - C'est clair comme de l'eau de roche ! ponctuait le grand limier ; mais l'important est de savoir où et comment notre ennemi s'est procuré ce manuscrit. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », Troisième partie, chapitre 1)

La troisième partie du « Belphégor » d'Arthur Bernède a pour titre : « Le Fantôme noir ». Si le titre avait été « La Choucroute volante » ou « Zazie dans le métro », le destin des personnages en aurait été, n'en doutons pas, radicalement autre.

Arthur Bernède, « Belphégor », III,1. « Le Grimoire de Ruggieri ». Il y avait Le Louvre, il fallait donc un château. Surtout qu'un fantôme sans château, est-ce bien sérieux ? J'ai une collègue, elle a une particule. Si elle était anglaise, elle pourrait être insupportable ; mais, française, le verbe haut et franc, elle est épatante.

Le Château du Papillon. Où on retrouve le bossu. Un problème de mécanique secrète. « Monsieur Lüchner ». Un nom germanique pour un vilain de roman populaire de 1927, est-ce étonnant ? « Les Papillon ne viennent jamais ici qu'au mois de septembre ».

Le vilain à nom germanique vouvoie le voleur en salopette. C'est pas parce qu'on fait dans la saloperie qu'on doive pas être poli. On n'est pas que des sauvages. Le château est moderne : y a une « usine électrique ». Les fantômes sont branchés.

Pendant ce temps-là, à Paris, Chantecoq et Cantarelli arrivent aux nouvelles. Je ne vous dis pas qui c'est, Cantarelli, sinon que c'est un numismate (du latin « numisma » et du grec « nomisma », monnaie »). Donc, il s'y connaît en faux.

Zézaiement. Effet de grotesque censé rendre le personnage plus réaliste. Fallait s'y attendre : pour la maison Pandore and (Roy)co, Bellegarde, c'est Belphégor. Si le bossu vouvoie son complice, le directeur de la police judiciaire tutoie le roi des détectives.

Qui dit château, dit fantôme, mais aussi grimoire. Sinon, autant prendre un appartement. « Couverture enluminée », « astrologues », « magiciens », « caractères gothiques », « Mémoires secrets », « Cosme Ruggieri », « Catherine de Médicis » : nous v'là dans l'occulte.

Chantecoq et Cantarelli prennent connaissance du grimoire de Ruggieri. Je ne vous dis pas ce qu'il y a dedans, sauf qu'il y est question du trésor des Valois, d'un duc de Guise que Prévert déguisa en bec de gaz, d'un passage secret et voilà donc comment Belphégor belphégora.

Tiens, un ex-libris. Le baron Papillon fut bien léger. Vous avez dit troublant, comme c'est troublant. Cantarelli pourrait s'émouvoir. Le directeur de la police judiciaire a une bien mauvaise opinion de Jacques Bellegarde, et Belphégor ne serait qu'un amateur. Cekonsgourdéfois.

On rappellera donc à monsieur Ferval, le directeur de la police judiciaire du roman « Belphégor », d'Arthur Bernède, qu'il ne faut jamais sous-estimer l'adversaire. En 2022, le dictateur Poutine en sait quelque chose, qui crut qu'en Ukraine quelques semaines suffiraient.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

9 janvier 2023

LES ODAB-500P SUR LE FRONT RUSSO-UKRAINIEN : INTOXICATION OU PERIL IMMINENT ?

LES ODAB-500P SUR LE FRONT RUSSO-UKRAINIEN : INTOXICATION OU PERIL IMMINENT ?

1.
Le 6 janvier 2023, le même message et la même vidéo, publiés sur des comptes différents, font état de l'arrivée prochaine sur le front russo-ukrainien des bombes russes ODAB-500P. Intoxication de l'opinion ou péril imminent ?

La vidéo donnant à penser que les effets de la bombe ODAB-500P sont dévastateurs, on peut s'interroger sur la réalité de ces effets : la vidéo est-elle authentique et montre-t-elle bien une frappe de l'ODAB-500P et non d'une autre bombe ?

La question est : la bombe ODAB-500P est-elle aussi dévastatrice que la propagande pro-russe l'affirme ; si oui, combien les Russes disposent-ils de ces bombes, quelles en sont les contre-mesures, et Poutine veut-il toujours plus intensifier le conflit ?

Les ODAB-500P étant, d'après ce que j'ai lu (je ne suis pas spécialiste), des bombes larguées par avion ou hélicoptère, je me demande ce que signifie exactement la phrase relayée par différents comptes pro-russes : « Ces bombes sont des ODAB-500P, et ce convoi est en route vers le front. »

On peut s'interroger aussi sur la publication par les services de propagande russes et leurs relais d'une telle information. S'agit-il d'intimider l'Occident ? De faire passer un message à l'OTAN sur une éventuelle « ligne rouge » ? Un éventuel ultimatum ?

Il est en effet à penser que si l'emploi des ODAB-500P amenait mort et désolation chez les Ukrainiens, il s'ensuivrait une réponse de l'Occident. Du char léger passerait-on alors au char lourd et à une plus longue portée de tir des armes occidentales ?

La question est donc : Poutine, Choïgou et Sourovikine cherchent-ils une toujours plus grande montée des périls ou, au contraire, cherchent-ils à prévenir cette escalade ?

La stratégie cynique serait d'avoir sacrifié plus de cent mille soldats russes afin de laisser croire à l'Ukraine qu'elle pouvait gagner, encourager l'Occident à toujours plus s'impliquer et ainsi « légitimer » Poutine dans un usage éventuel d'armes de destruction massive.

L'Ukraine et l'Occident seraient alors tombés dans un piège mortel, à moins que la course de vitesse soit remportée par l'armée ukrainienne et les armes occidentales. J'ai du mal à croire en une guerre d'usure à front gelé. Poutine a trop besoin d'un triomphe personnel.

Tout ceci étant dit, cette affaire de transport de bombes dites dévastatrices sur le front n'est peut-être qu'une simple intox, le risque pour les Russes étant alors très grand (en cas de bombardement ukrainien par exemple).

2.
Paraît que Prigojine explique l'échec des chiens de guerre wagnériens à Bakhmut par la très forte défense ukrainienne. C'est bien la peine d'employer une armée privée si c'est pour arriver au même résultat qu'une armée régulière.

3.
Faute de mieux, et ayant peut-être de plus en plus de mal à faire admettre à l'opinion que la glorieuse Armée Rouge est en difficulté en Ukraine, se pourrait que les Russes s'inventent des succès imaginaires. Vont-ils jusqu'à mentir à Poutine ?

Patrice Houzeau
Malo, le 9 janvier 2023.

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8 janvier 2023

APRES LE QUOI QU'IL EN COÛTE LE SAUVE QUI PEUT ?

APRES LE QUOI QU'IL EN COÛTE  LE SAUVE QUI PEUT ?

1.
Penser que sous prétexte d'éventuelles négociations avec des Etats-voyous, il faudrait suspendre le droit de caricaturer, c'est commettre une erreur tragique. Si l'on admet cela, n'importe quel assassin au pouvoir pourrait prendre des Français en otage et exiger le respect. La France doit montrer au contraire qu'elle ne craint pas les mollahs iraniens et exiger la libération sans aucune condition des Français arbitrairement emprisonnés. On ne s'abaisse pas devant des gangsters.

Les caricatures visant Khamenei publiées par Charlie-Hebdo ne sont pour la théocratie iranienne qu'un prétexte. Ce qui soucie réellement les mollahs, ce sont les sanctions économiques. Il ne faut donc ni céder sur les sanctions, ni sur la liberté d’expression de Charlie-Hebdo.

2.
Poutine perd sa sale guerre en Ukraine sur le champ de bataille, perd sa guerre économique, perd sa guerre politique. Ironie de la dissuasion nucléaire, en négligeant son armée conventionnelle, ses armes de géant l'empêchent de marcher.

Le conflit russo-ukrainien aura rappelé à la Triade que pour être réellement efficace, la défense de nos démocraties doit disposer et de la dissuasion nucléaire et d'armées conventionnelles performantes. Si vis pacem...

3.
Un technocrate commence par répudier avec mépris les solutions relativement évidentes, élabore des systèmes de résolution sophistiqués qui s'avèrent vains pour en revenir en fin de compte aux solutions relativement évidentes et afficher alors la supériorité de son esprit.

Je n'apprécie guère la personnalité d'Emmanuel Macron, mais je n'oublie pas qu'il a été légitimement élu et qu'il est démocrate. Aussi, ceux qui disent « haïr » Macron ne savent pas ce qu'ils disent. S'opposer n'est pas haïr.

A moins, bien sûr, d'être anarchiste, mais en ce cas, ce n'est pas la personnalité Macron qui est visée, mais la fonction même de chef d'Etat, ainsi que les parasites politiques de tout bord, à quelques rares exceptions près.

Personnellement, le monde politique m'inspire plus de la défiance qu'autre chose, et je me méfie des gens qui accèdent à des postes de pouvoir, mais je distingue les personnes de leur fonction. C'est cette distinction entre la fonction et la personne qui sépare l'anarchisme et l'éthique républicaine de la bêtise et du fascisme.

4.
Après le « quoi qu'il en coûte », le « sauve qui peut » ? Il paraît que l'Etat doit faire des économies. Une piste ? Arrêter de subventionner certains organismes de formation bidons et en finir avec l'étrange SNU.

5.
D'après ce que j'entends, les chars légers fournis aux forces ukrainiennes leur permettraient de harceler les Russes et permettraient d'ouvrir des brèches dans leurs lignes. S'ils sont en nombre suffisant, ces chars pourraient empêcher Poutine et Sourovikine de geler le front.

L'arrivée de blindés très mobiles et assez puissants pour désorganiser leurs lignes de défense obligerait les Russes soit à contre-attaquer prématurément, soit à se redéployer, soit à reculer. Ces chars léger vont-ils contrarier Poutine et Sourovikine dans leurs projets ?

6.
Polémique sur les chiffres de participation aux manifestations des Gilets Jaunes du 7 janvier 2023. Olivia Grégoire, ministre déléguée aux PME et à l'artisanat, accusée par les réseaux sociaux d'avoir menti. Quoi qu'il se passe avec la vérité ? Syndrome Blanquer ?

7.
On ne peut pas donner tort à François Ruffin lorsqu'il dénonce l'incroyable merdier que la main du marché a mis dans les prix de l'énergie. Ce qui faisait l’exemple français, c'était la séparation entre un secteur public nécessitant bien trop d'investissements pour que les affairistes du privé y voient une possible vache à lait, et le secteur privé des grands capitaines de nos industries, lesquels ne sont plus parfois ni grands, ni capitaines, ni même français.

8.
Avec plus de trois millions de chômeurs et des universités surpeuplées (diplômes sans grande valeur à la clé dans certaines filières), le signal qu'envoie la réforme des retraites est aussi le suivant : à l'avenir, le nombre de Français inemployables va augmenter.

9.
Le 8 janvier 2023, au Brésil, des partisans de l’ex-président Bolsonaro, en occupant les bâtiments du Congrès, du palais du Planalto et de la Cour suprême, auraient tenté quelque chose qui s'apparente à l'attaque du Capitole par des trumpistes et autres qanonistes enragés le 6 janvier 2021. Etrange.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 janvier 2023.

8 janvier 2023

NOTE SUR UNE GENEALOGIE DU DETECTIVE SINGULIER

NOTE SUR UNE GENEALOGIE DU DETECTIVE SINGULIER

1.
On doit à Arthur Bernède d'avoir créé en 1927 un personnage qui inspira assez la télévision et Claude Barma pour en tirer, dans les années soixante, l'épatante série « Belphégor ou Le Fantôme du Louvre », dans laquelle brillèrent Juliette Gréco, Christine Delaroche et Yves Rénier.

Cependant, le « Belphégor » de Bernède n'est pas un chef d’œuvre. La part de sentimentalisme et de lieux communs y est trop importante et a empêché l'ouvrage d'avoir la postérité du Lupin de Leblanc et des étonnants « Mystère de la chambre jaune » et « Parfum de la dame en noir » de Leroux, lesquels, dit-on, influencèrent Agatha Christie dans l'élaboration de ses puzzles policiers.

C'est que Maurice Leblanc et Gaston Leroux eurent l'intelligence de mettre l'accent plus sur la mécanique de l'énigme, sur la manière qu'a le mystère d'en imposer au réel et les singularités de leurs enquêteurs logiciens, que sur les aventures sentimentales de leurs personnages.

C'est peut-être la sociopathie de haut niveau du Sherlock Holmes de Conan Doyle (je reprends là l'argument d'une réplique de la série télé avec Benedict Cumberbatch) qui influença Leblanc et Leroux. Dépourvu de tout sentimentalisme inutile à l'enquête, Holmes en devient l'exemple probant d'une humanité productrice de logique. Ce qui est bien plus fascinant que les lieux communs et les affectations des héros de papier de Bernède.

Néanmoins, malgré ses imperfections, le « Belphégor » de Bernède ne manque ni de charme ni d'éclat. Je le consulte aisément, m'en amuse parfois, m'y intéresse souvent.

2.
« Au mot de Fantôme, la baronne eut un sursaut d'épouvante ».
(Arthur Bernède, « Belphégor », II, 6).

Bernède, « Belphégor », II,6. « Une flamme qui meurt ». On annonce les Papillon. Stupidité, stupéfiants, stupeur. La baronne vire-t-elle folle dingo ? Chantecoq est bien élevé, contrairement à Belphégor qui fait rien qu'à. Où le trésor des Valois revient sur le tapis. Où le récit des exploits de Belphégor épouvante et fait « piailler ».

Ah tiens, j'entends un concert-fiction sur France Culture. Il s'agit d'une adaptation de « Peter Pan ». Il y a des chœurs. J'aime bien les chœurs. J'ai dégusté un bol de soupe de moules. C'est bon. Donc, j'aime la soupe de moules et la musique chorale.

Revenons à nos Papillon. Pas pour longtemps, puisque « la demi-toquée » se tire et grommelle le baron. Chantecoq sait bien que Ménardier se plante. On se demande ce que Jacques Bellegarde peut bien être. Foin des soupçons, cherchons ! La « flamme » Simone « se meurt » cependant que s'allume la « flamme de colère ». Simone Desroches hallucine, délire ; on parle d' « agonie ».

Patrice Houzeau
Malo, le 8 janvier 2023.

7 janvier 2023

DU PUITS QUE L'HUMAIN CREUSE EN L'HUMAIN

DU PUITS QUE L'HUMAIN CREUSE EN L'HUMAIN

Notes sur le poème « L'Irrémédiable », de Baudelaire.

1.
De quoi parle-t-on ? D'une « Idée, une Forme, un Être ». l'imprécision évoque l'ontologie, la métaphysique, un autre monde, celui de « l'azur ». On n'est pas plus renseigné. Quelque chose plane, plane, et tombe. La Chute de l'Ange ? La chute du rebelle qui « tombe » ni dans la vallée des vivants, ni dans la demeure des morts, mais dans l'oubli du Styx, abandonné des puissances divines (« nul oeil du Ciel » n'y « pénètre »).

L'Ange en « imprudent voyageur ». Peut-on être imprudent quand on est un Ange ? Il faut pour cela que l'Ange soit « tenté », soit fasciné. Le narrateur baudelairien évoque « l'amour du difforme ». Le « difforme » ici compris comme le contraire de la perfection angélique. Se fascinant, l'Ange se corrompt et déchoit.

Évocation de l’expérience du cauchemar, dont on a du mal à se sortir. On s'y débat alors, comme un « nageur » dans les remous. Métaphore du cauchemar en océan, en lieu de noyade (le fleuve Styx). Effet visuel et sonore : le « gigantesque remous pirouettant dans les ténèbres », avec sa prise dans le cauchemar, sa victime qu'ça pirouette et vertige. Le bruit de ce « remous » évoqué par les sonorités à la rime « -eur », « -orme », « -èbres », « ou », rappelle les chansons des « fous » autant que le son du ressac.

« Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l'azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul œil du Ciel ne pénètre ;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu'a tenté l'amour du difforme,
Au fond d'un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres !
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres ; »
(Baudelaire, « L'Irrémédiable », 3 premiers quatrains)

2.
Parti d'une Idée, d'une Forme, d'un Être, voilà l'humain, passant par l'Ange, « malheureux ensorcelé ». Ténèbres. « Tâtonnements futiles ». Image ; « un lieu plein de reptiles ». Serpent, symbole du Mal. Enfermement. Pour retrouver la lumière, nécessité de trouver une issue, la « clé ».

Par qui ou quoi l'humain « malheureux » est-il « ensorcelé » ? Le voilà « damné ». Le mot signale le maléfique. Dans les ténèbres toujours, « descendant sans lampe », « au bord d'un gouffre ». « D'éternels escaliers sans rampe » symbolisent cette descente aux Enfers.

Dans cette approche du gouffre, la vision est le sens le plus sollicité. Les ténèbres ne sont pas vides, mais peuplées de « monstres visqueux ». Du serpent, image de la présence du Mal dans le réel, on passe aux « monstres » indicibles, aux créatures surnaturelles. Lovecraft en peuplera le monde insinuant qui sans cesse déborde sur notre monde. Fascination : les « yeux de phosphore ». La fascination estompe l'en-dehors du fascinant. Le réel fascinant se substitue à tout autre réel.

Le choix de l'octosyllabe souligne la rapidité de la chute. Chaque quatrain est une marche de ces « escaliers sans rampe » qui signalent la chute. Au point se substitue le point-virgule : ni phrase, ni chute ne s'arrêtent. L'image est sollicitée : suite de miniatures qui rappellent l'art des graveurs. Tableaux où l'ombre est omniprésente, ne laissant apparaître que des fragments : nageur dans le remous, mains qui tâtonnent, yeux de phosphore.

« Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé ;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d'un gouffre dont l'odeur
Trahit l'humide profondeur,
D'éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu’eux ;
(Baudelaire, « L'Irrémédiable », quatrains 4,5,6)

3.
Le navire de l'humanité ? Quelle galère alors ! Le voilà « pris dans le pôle ». Le « i » du navire se retrouve dans le « piège ». Aux ténèbres succède le « cristal », tout aussi emprisonnant. La cause en est complexe. Tous les chemins ne mènent pas à Rome. Ou alors c'est que le Diable est dans la Ville. L'humain est-il voué à se demander pourquoi il chute ?

Images évocatrices, à valeur « d'emblèmes ». L'irrémédiable, c'est l'aporie, la chute. Une plaisanterie diabolique. Une plaisanterie parfaite. Rime signifiante (« irrémédiable/ Diable »). La perfection du Mal (« le Diable fait toujours bien tout ce qu'il fait ! »). Perfection du Mal face à la perfection divine. Parce qu'il est le Mal, ses actions sont toutes aussi fondées en perfection que les actions de Dieu. Le Mal est fatalement maléfique comme le Bien est humainement bénéfique. En s'y opposant, Dom Juan prouve la puissance du Ciel. La forme « fait » commence et clôt le vers 32, la 8ème strophe et la première partie.

« Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle ;

- Emblèmes nets, tableau parfait
D'une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu'il fait ! »
(Baudelaire, « L'Irrémédiable », quatrains 7 et 8)

4.
Verticalité de la chute ; horizontalité du « tête-à-tête ». Le cœur-miroir : introspection. Sombre humanité ; limpidité de l'évidence. L'introspection est un « puits ». Reprise de l'opposition entre le « clair » et l'obscur (« clair et noir »). L'image du puits permet celle de l'eau noire et de l'étoile qui s'y reflète. « l'étoile livide ». Signal spectral opposé au flamboiement du soleil. Un « phare ironique » (il n'éclaire pas l'océan, n'indique pas le port, mais le puits que l'humain creuse en l'humain). Cette introspection n'est pas un examen de conscience parfaitement catholique. C'est un « flambeau » froid, non celui de la grâce divine, mais des « grâces sataniques ». Cette lucidité soulage l'humain (il lève un doute) et est aussi une « gloire » : celle de la victoire du Mal, qui permet au narrateur baudelairien de justifier le trouble de sa conscience. Cette « idée », cette « forme », cet « être », cet « Ange » déchu, cet « ensorcelé », ce « damné », ce « navire prisonnier », c'est l'humain dès qu'il comprend qui il est. Sa puissance est dans la conscience qu'il a du Mal qui l'anime.

« Tête-à-tête sombre et limpide
Qu'un cœur devenu son miroir !
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques,
La conscience dans le Mal ! »
(Baudelaire, « L'Irrémédiable », II).

Patrice Houzeau
Malo, le 7 janvier 2023.

5 janvier 2023

Y A MACRON ET MACRON

Y A MACRON ET MACRON

1.
La Russie de Poutine est au mieux, dit-on avec l’Iran des mollahs assassins, ne cesse de multiplier les appels à l’alliance avec la dictature chinoise, laquelle a très mal géré son épidémie de covid et menace, après avoir mis Hong-Kong à genoux, d’annexer Taiwan… Ceux qui voient en Poutine un « libérateur », un défenseur des opprimés, n’ont vraiment pas les yeux en face des trous.

2.
Je ne confonds pas le Macron chef d’un Etat démocratique et qui soutient l’Ukraine contre la déplorable agression russe et le Macron dont certaines réformes sont contestées et contestables (réforme Blanquer, stupide SNU, réforme des retraites,…).

3.
31.12.2022. Selon le site du Figaro, en raison de la menace Covid, le Maroc a décidé de fermer ses frontières, à partir du 3 janvier 2023, à tous les voyageurs, « quelle que soit leur nationalité », venant de Chine.

4.
Je ne peux évidemment pas savoir ce qui se passe en Chine. Je lis que certains évoquent un retour très violent du Covid, des variants redoutables et une hécatombe. D’autres parlent déjà de fake news.

Si jamais le covid fait effectivement des ravages en Chine, et que les variants sont effectivement dangereux, je me demande :

- qu’avons-nous à redouter réellement en Europe ?

- s’il est vraiment judicieux de continuer à investir dans un pays qui visiblement a bien du mal, malgré un contrôle social omniprésent, nous dit-on, à adopter une politique de santé rationnelle, intelligente et pragmatique.

Reste l’hypothèse d’un virus qui, quoi qu’on fasse, continue sa course, et, d’un variant l’autre, tue. Si c’est le cas, je comprends que la Chine soit démunie, comme nous le serons nous aussi, et m’interroge sur la nature exacte de ce poison.

5.
France 2023. Inflation, crise énergétique, chômage, précarité, réformes contestées, mécontentements catégoriels. S'ajoutent : conflit russo-ukrainien, retour du Covid possible, voire probable ; possibles, voire probables troubles sociaux importants.

6.
Les universités sont pleines de gens dont, pour certains, on s'interroge sur la réalité des compétences acquises. De nombreux secteurs manquent de main d’œuvre. Obliger ceux qui sont en poste à continuer jusqu'à 65 ans retardera l'accès au premier emploi.

7.
Services de santé en souffrance, éducation nationale en désarroi, défense sauvée de justesse (et encore) par l'agression de l'Ukraine par Poutine. Président Macron, vous n'êtes pas le grand réformateur que vous pensez être ; contentez-vous de gérer, ça serait déjà pas mal.

8.
Ai écouté les vœux 2023 du ministre Pap Ndiaye : défilé de lieux communs, à la limite de la niaiserie (« Il faut tout un village pour élever un enfant »). Il définit plus l'école comme un lieu « d'épanouissement » que comme un lieu de préparation à une carrière professionnelle. Inquiétant.

C'est pourtant l’exercice d'un métier qui assure, via le salaire, l'indépendance et l'autonomie de chaque citoyen. Le reste n'est souvent que blabla.

9.
5 janvier 2023. La France va livrer des chars AMX-10 RC à l'Ukraine. Possible, sinon probable, que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, d'autres sans doute suivront et que les forces ukrainiennes augmenteront bientôt leur puissance de feu sur le terrain.

10.
Si je comprends bien, en faisant parvenir au président Macron un éclat retiré et qui a failli le tuer, Rogozine fait la promotion du canon CAESAR en en soulignant sa grande précision.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 janvier 2023.

2 janvier 2023

RIMBAUD A FANTAISIE

RIMBAUD A FANTAISIE

1.
Les recueils de poésies, ça s'ouvre et ça se ferme au gré de notre fantaisie. Ça s'ouvre à fantaisie, expression qui n’existe pas mais pourquoi non ? On dit bien « à volonté ». Je m'y plonge, picorant des vers.

2.
Voilà « L'eau verte » de l'océan qui « pénétra ma coque de sapin », qu'il dit, prosopopée, le « Bateau ivre » rimbaldien. Rimbaud en « bateau ivre » : quel autoportrait !

Rythme (2/4/2/4). L'allitération « v », « verte, vins, vomissures, lava », tisse un fil, une sorte de basse sur laquelle se détachent labiales et dentales (« pénétra », « sapin », « taches », « bleus ») pour finir sur la répétition de la palato-vélaire [g]. Le monosyllabe « bleus » est ainsi mis en évidence juste après la césure.

« Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin. »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

3.
Voilà le noir de « l'encre de Chine », de la « poudre noire », de « l'ombre ». Qu'appelle-t-il ses « filles », ses « reines », celui-là ? Fantasmes, rêveries sur les ombres des murs (le narrateur vient de se « jeter sur le lit »), rêverie sur le dessin ? Je ne sais quelle « poudre noire » (poussière ? suie?) évoque un « agréable goût d'encre de Chine », et dans « l'ombre », le narrateur affirme la vision de ses « filles », de ses « reines ».

« Avivant un agréable goût d'encre de Chine une poudre noire pleut doucement sur ma veillée, - je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l'ombre je vous vois, mes filles, mes reines ! »
(Rimbaud, « Phrases [II] »]

4.
Comme des notes, des bribes, souvenirs, réminiscences d'un roman. Des notes fantômes sur des absents, des disparus : « la petite » est « morte », la « jeune maman » est « trépassée », le « petit frère » est aux Indes. Il n'y a plus personne dans les lieux évoqués dans « Enfance II », de Rimbaud (« hameaux sans coqs, sans enclumes »), alors qu'il y a tant de monde dans la première partie du poème : « dames qui tournoient sur les terrasses voisine de la mer, (…) jeunes mères et grandes sœurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes (...) princesses (…), petites étrangères et personnes doucement malheureuses.»

La foule des figurants et leurs éventuels échanges sentimentaux (le narrateur était-il au théâtre, à l'opéra, au musée ?) produit-elle de « l'ennui » ? (« Quel ennui, l'heure du « cher corps » et « cher cœur »), cependant que les lieux désertés appellent la présence magique, la vision : « Des fleurs magiques bourdonnaient. (…) Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient » ?

« Enfance I » commence par l'évocation de « plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques. ». « Enfance II » se termine par celle de la « haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes. »

5.
Entendez-vous, vous aussi, battre les « cils noirs sous les silences » ? « Sous le silence », une multitude de sons que l'on s'imagine. Un monde sous le monde. La modernité nous le remplit de bruits, de rythmes, de vulgarités politiques, de slogans, d'éléments de langage, d'injonctions. Nous devons être occupés. Malheur au rêveur qui couperait les sons du monde pour se laisser bercer par le monde sous le silence.

Electricités, crépitements, royautés : le monde minuscule des petites choses. Les sœurs y sont toutes puissantes à décréter la « mort des petits poux ». Le monde minuscule est aussi celui de la vie et de la mort. Un silence de mort, comme il est peuplé.

« Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux. »
(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

Patrice Houzeau
Malo, le 2 janvier 2023.

 

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