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BREFS ET AUTRES

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20 janvier 2023

NOTES SANS TABLEAUX

NOTES SANS TABLEAUX

1.
J'aime beaucoup les « Vers nouveaux » de Rimbaud, les « Poésies de 1872 ». Est-on sûr de la date ? Peu m'importe. Cela ne change pas le goût de mes haricots. J'aime beaucoup les énigmes des « Vers nouveaux ».

2.
Qu'est-ce donc que ce « Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur, / Mon Esprit ! » Un esprit rouge ? Un souffle de révolution, Une voix qui crie : « Industriels, princes, sénats, / Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas ! » Une voix nihiliste alors, jusqu'à en nier les continents (« Europe, Asie, Amérique, disparaissez. ») Et puis après : « Les volcans sauteront ! et l'océan frappé... » Apocalypse.

3.
Autrement m'est fascinant « Mémoire ». Ai entendu il y a quelques années (ou l'ai-je lu?) que ce poème, qui accumule les images, serait un ensemble de notes sur les tableaux d'une exposition. Je me demande même si les auteurs de cette théorie n'avaient pas dit avoir retrouvé un ou plusieurs catalogues justifiant le truc.

Il est vrai que lisant :
« la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ; »,

on pense assez fatalement à un tableau mettant en scène Jeanne d'Arc devant une cité reprise. Ceci dit, le passé simple « eut » indiquerait plutôt l'absence de Jeanne. Les murs du tableau sans Jeanne fait penser Rimbaud à Jeanne et donc nous y fait penser aussi, à l'être Jeanne.

4.
Je n'ai pas trop la patience pour déchiffrer les énigmes. Travail d'universitaire. Je préfère le soupçon d'ivresse que procure l'évocation :

« Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides. »

L'assonance à touches vertes. Atmosphère pâle (« bouillons limpides », « d'or pâle », « les robes vertes et déteintes »). J'ai les jambes lourdes, c'est embêtant. La lourde, en français familier, c'est la porte, ou c'était (je ne sais si le mot est encore employé), cependant que la palourde n'est pas le nom de l'être de l'absence de porte.

5.
Partie III de « Mémoire », cette « Madame se tient trop debout dans la praire / prochaine ». On se demande. Paronymie « ombrelle / ombelle », c'est vrai que ça fait éventail, parasol, ombrelle, l'ombelle, sa structure « pédoncules floraux insérés au même point de la tige » (cf wikipédia).

Une court (après quoi ?). Un homme est parti. Qui y voit la mère d'Arthur et l'absence du père ? J'y pense, et puis après ? Le présent pictural renvoyant au passé du spectateur ? « Elle, toute / froide, et noire, court ! après le départ de l'homme ! » (Rimbaud, « Mémoire », III).

6.

Métaphore : « l'herbe pure », ce sont des « bras épais et jeunes ». Une embarcation : « une barque immobile », plus loin, ce sera un « canot immobile », « mon canot toujours fixe » - on est loin des aventures du « Bateau ivre ».

Un « œil d'eau sans bords ». Vous en êtes le « jouet ». vertige. Des fleurs que l'on ne peut saisir, ailleurs c'est « Pleurant, je voyais de l'or – et ne pus boire. » (in « Alchimie du verbe »). Empêchements. Il partira, l'homme.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 janvier 2023

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19 janvier 2023

PLUS VRAI QUE REEL

PLUS VRAI QUE REEL

« On pourrait parler d'illusion vraie. La scène est un lieu où tout est vrai, irréfutable – plus vrai que dans le monde. D'une vérité qui a quelque chose à voir avec la perfection. Pourtant, cette vérité n'est qu'une illusion. »
(Bernard Dort, « Théâtres », Seuil, coll. Points, 1986, p.192)

1.
De « l'illusion vraie ». C'est que nous sommes vraiment dans l'illusion, ce « être subjectif ». Ce que nous nommons réel n'est que l'apparence du réel, ou plutôt ce que le réel est pour nous, une illusion parmi une infinité d'illusions. Le théâtre est la mise en spectacle de l'illusion, et cette mise en spectacle en est la dénonciation, mais aussi la révélation. La fascination qu’exerce sur nous le réel nous permet de continuer à exister.

2.
Une scène plus vraie « que dans le monde. » La scène est aussi au monde. Il y a convention théâtrale. Nous jouons aussi nos comédies en dehors des théâtres. Cette scène « plus vraie que dans le monde », dont parle Bernard Dort, est certes irréfutable (je suis bien au théâtre et les comédiens interprètent une pièce tout aussi réelle qu’eux, et la vérité y est objectivée, mais parce que la pièce, le jeu, la mise en scène renvoient à de multiples références dans le réel - Harpagon renvoie à des avares que je connais, Dom Juan renvoie à la question de la liberté individuelle), le théâtre renvoie toujours à mon illusion, celle que je me fais du monde et qui me permet d’exprimer un point de vue.

3.
Une œuvre d'art tente d'effacer le référent au profit de la fascination qu'elle exerce potentiellement. La musique se passe du référent, bien qu'en fait le discours critique lui en confère un : la comparaison des différentes interprétations. Mais le critique est justement celui qui ne se laisse pas fasciner, qui ne se laisse pas avoir.

La peinture abstraite efface son référent. Et il y a bien longtemps que l'on n'apprécie plus un tableau pour son sujet, mais pour la manière dont le peintre l'a représenté. C'est dans cette manière que se trouvent l'énigme et la fascination. Maîtres flamands et surréalistes en regorgent.

Que la parole entre dans la représentation, et le référent revient au premier plan. Nous ne jugeons pas d'un film dans la manière dont il évacue le référent, mais dans la manière dont il l'évoque. Et nous nous trompons lourdement quand nous jugeons d'une fiction en fonction de ce qu'elle serait censée nous dire du réel. C'est, à mon sens, entre l'évacuation du référent et son évocation (puisque le film « parle ») que se situe le talent , voire le génie. Je me fiche du nabab américain qui a inspiré Orson Welles dans « Citizen Kane », mais la manière dont Welles évacue ce nabab réel et devient l'image même d'un homme en proie à l'inaccessible, devenant plus vrai que réel, me fascine assez pour que je reste devant l'écran.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 janvier 2023.

19 janvier 2023

EN ATTENDANT LES CHARS LOURDS

EN ATTENDANT LES CHARS LOURDS

1.
Un commandant de Wagner qui déserte et demande asile à la Norvège ; ses mercenaires peut-être bien bloqués pour un bout de temps dans les ruines de Soledar et devant Bakhmut ; des rumeurs sur une possible disgrâce : le temps se couvre-t-il pour Prigojine ?

2.
L'histoire du déserteur de Wagner, Andreï Medvedev, est rapportée sur twitter par Igor Sushko. Elle rappelle les romans d'espionnage. Je ne sais qu'en penser. Peut-être la véritable désertion de quelqu'un qui a pris conscience de la barbarie Prigojine. A voir.

3.
Ai lu des tweets dans lesquels des orthodoxes ultra-nationalistes russes déplorent qu'en Russie les libéraux freinent, disent-ils, la machine de guerre et empêchent Poutine d'écraser totalement Kiev et la démocratie ukrainienne. Faut-il rappeler à ces zélés, dont certains sont très proches du FSB, que ce sont les libéraux russes qui portent l'économie de leur pays à bout de bras, l'empêchant de sombrer tout à fait.

4.
La timidité de l'Occident, voire l'hypocrisie, face à la Russie est désolante. Si, par manque de réaction rapide et d'envoi d'armes en nombre suffisant, la Russie reprenait le dessus, je n'aurais désormais et pour longtemps que du dégoût pour nos politiques si beaux parleurs.

5.
Laisserons-nous les Talibans étouffer le peuple afghan ? Laisserons-nous les mollahs iraniens assassiner le peuple iranien ? Laisserons-nous l'armée russe massacrer le peuple ukrainien ? Laisserons-nous Prigojine coloniser l'Afrique ? Laisserons-nous la Chine envahir Taïwan ? Si nous acceptons cela, c'est que les Lumières sont mortes, et le Monde Libre menacé.

7.
Paraît que le dispensable Hanouna, dans une de ses soupes populistes, s'en est récemment pris au financement public d'Arte, qu'il juge, bien sûr, excessif, sinon inutile. Bin oui, mais produire des documentaires, des enquêtes, des concerts et des fictions de qualité coûte certainement un peu plus que d'inviter Bigard à débiter des conneries et à programmer en boucle des séries américaines.

Question : ce que dit Hanouna reflète-t-il la pensée de Macron ? Autrement dit, Hanouna est-t-il l'âne à braire de Macron ? On se souvient que le président avait eu jadis des mots peu amènes à propos du service public de la radio...

8.
Plusieurs tweets évoquent une déclaration « importante » de Poutine pour le 18 janvier 2023. On évoque même l'imminence d'une offensive russe planifiée par Guerassimov lui-même... Désinformation ? N'importe quoi à la vodka ? On verra bien.

9.
Et si Sourovikine n'avait été nommé commandant en chef que le temps pour Guerassimov de peaufiner les plans d'une nouvelle offensive ? Et si, dans les prochaines semaines, troupes russes et biélorusses attaquaient Kjiv par le nord ?

Une nouvelle offensive russe de grande ampleur en préparation, cela ne m'étonnerait pas. Poutine a tout intérêt à vaincre avant que l'arsenal ukrainien se renforce d'équipements occidentaux, avant que l'économie de son pays s'effondre, avant les élections de 2024.

10.
Poutine aurait, ce jour, le 17 janvier 2023, dénoncé les traités internationaux du Conseil de l'Europe concernant la Russie, dénonce la Convention européenne pour la répression du terrorisme, dénonce la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Bref, Poutine coupe les ponts avec l'UE et l'Europe démocratique. Bruits de bottes. Légalisation de Wagner et légitimation des exactions en Ukraine et ailleurs. Préambules à d'éventuelles déclarations de guerre ?

11.
Le 17 janvier 2023, le géant allemand du gaz et du pétrole Wintershall Dea annonce qu'il met fin à ses activités en Russie. Décision significative. Si les géants de l'industrie rompent avec la Russie, c'est que Poutine rompt tous les ponts avec l'Europe et l'Occident.
Je comprends mieux la chute des indices boursiers russes aujourd'hui. L'euphorie suite à la prise du champ de ruines appelé Soledar et le retour au premier plan de Guerassimov n'aura pas duré.

12.
Difficile de se faire une idée sur la situation. Certains disent que les troupes Wagner mènent des attaques sur les flancs de Bakhmut (Sil, Krasna Hora, Klishchiivka...). D'autres disent que l'artillerie ukrainienne bloque des éléments de Wagner dans les ruines de Soledar. Les deux n'étant pas incompatibles.

13.
Biden sait que l'Occident ne peut pas laisser Poutine agir comme il le veut en Europe. Avec sa sale guerre en Ukraine et les manœuvres de Wagner en Afrique, Poutine menace nos intérêts et notre sécurité. Aussi je ne doute pas qu'il donne bientôt son accord pour la livraison de chars lourds à l'Ukraine.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 janvier 2023.

17 janvier 2023

DE L'UTILITE DES PETITES PORTES VERTES DANS LES ROMANS POPULAIRES

DE L'UTILITE DES PETITES PORTES VERTES DANS LES ROMANS POPULAIRES

1.
« Et s'introduisant à l'intérieur, il referma derrière lui la porte... Puis ce fut un bruit de verrous que l'on tire... de chaînes que l'on tend...
Qu'allait donc faire le bossu en ce lieu sinistre ?... »
(Arthur Bernède, « Belphégor », III, 2).

Arthur Bernède. « Belphégor ». III, 2. « Monsieur Lüchner ». Bellegarde a parfaitement joué son rôle. De l'utilité du regard dans l'empêchement des sottises. Qui nous regarde ? Dieu seul nous voit-il ? Et nos fantômes, nous voient-ils ? Nous voient-ils, ceux que nous ne voyons pas ?

Du côté de chez Papillon, il y a le bossu, sa voiturette et son complice (en salopette). Le baron est sorti. J'ai dû louper quelque chose car je croyais que les Papillon étaient absents pour un bout de temps. Et voilà que. Où l'on apprend que Mathias Lüchner était « d'origine indécise et de pays incertain ». Manière de dire qu'il est louche. Je ne crois pas avoir lu qu'il avait un accent.

A la page suivante, je trouve, à propos du passé de Lüchner, l'adjectif « louche ». Interrogations sur les liens entre le « conseiller artistique » du baron du cacao et le Fantôme du Louvre. Lüchner en secrétaire. Lüchner intercepte et le baron ne recevra pas de coup de téléphone.

Lüchner à Paris. Que va-t-il faire dans cette impasse ? Puis dans cette « bicoque » ? Je trouve le mot « flic » dans une acception que je ne connais pas : « Il [Lüchner] arrêta son moteur, boucla le « flic » adapté au volant,... » (Bernède, « Belphégor », III, 2). Où l'on apprend qu'après s'être introduit, Lüchner « referma derrière lui la porte », et c'est heureux, car on ne sait jamais, défois qu'un malfaisant passât.

2.
« Ménardier proféra un cri de colère... Dans l'atelier, il n'y avait plus que la morte, inerte, pâle et glacée sur son lit de roses qui tachaient de pourpre le velours du divan noir. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », III, 2)

Arthur Bernède. « Belphégor ». III, 2. « Pauvre Jacques ! ». Jacques est toujours travesti. Colette a préparé du canard. A cette époque, en 1927, le soir, chez les gens honnêtes et soucieux du monde, on ne regarde pas des animateurs débiter vulgarités et autres énormités, non, on lit le journal. Ce qui permet parfois de lire que l'on va être arrêté.

Belphégor aurait-il empoisonné Bellegarde ? Simone au plus mal. Jacques part-il la retrouver ? Il n'est plus travesti en tout cas ; « il avait sa tête et ses habits ordinaires ».

Parfois, on croit que l'on ne va jamais revenir et l'on revient quand même. Simone est morte. Le cœur. Jacques culpabilise. Oui, mais le Fantôme du Louvre... c'est qu'elle l'a vu (du moins je crois), Simone, le Fantôme, hein... Y a de quoi vous faire flancher du palpitant aussi.

« un grand divan noir » , « les fleurs que j'aimais », l'âme envolée, « et sans doute déjà lointaine », à ce moment-là Jacques Bellegarde eut envie de manger des gaufres, mais ça c'est parce que je ne sais pas quoi dire (les morts, même dans les romans populaires, ça m'intimide) et que j'aime bien les gaufres.

Jacques sauvé de justesse par Chantecoq. De l'utilité de la petite porte verte dont il fut question dans je ne sais plus quel chapitre. Mais enfin, elle était là, et ne s'étant pas envolée, voilà qu'elle sert bien, la petite porte verte. Et puis, hop en voiture. D'ailleurs, c'est Colette qui conduit, ce qui tombe bien, parce que si cela avait été le FFFFFFantôme du Louvre (qu'est-ce qui m'arrive moi), à coup sûr, Simone serait morte une deuxième fois.

Patrice Houzeau
Malo, le 16 janvier 2023.

17 janvier 2023

NUL N'EST UN MONDE TOUS SONT AU MONDE

NUL N'EST UN MONDE TOUS SONT AU MONDE

1.
Donc en Italie. Pascal Quignard évoque Dante en proie à la fièvre. Une « cape verte ». Navigation. Vin chaud. Sommeil. Il est parfois nécessaire de se protéger de la lumière. Les gens se protègent du soleil. Ils aimeraient aussi se protéger des moustiques et de la vérité.

Le narrateur ne va pas très bien. Il se sent des flemmes. Il sait que le cercle. C'est comme ça. On ne peut jamais briser son cercle. Croit-on l'avoir brisé, qu'il se reforme, plus serré. Lacet. Charrette.

Les mots ne viennent plus. On demande un pasteur pour le troupeau des mots. Ce pasteur, nous l'appellerons « poète », ou « voyant » ou mon N'est-ce pas assez dans le style Léo Ferré ?

La charrette appelle le chevalier. Lancelot bien sûr. Les chevaliers de la légende arthurienne ne sont-ils pas ceux qui, cherchant la pureté, frôlent l'enfer ?

Auberge. C'est une musique. J'en ai oublié le chanteur. On oublie tant de choses. Travailler, rappeler. Septembre est un mois jaune taché de roux, de rouille, du grouillement des rentrées.

« Tout son visage était couvert d'eau », écrit Pascal Quignard dans « Sordidissimes » à propos de Dante en proie à la fièvre.

2.
Les animaux se souviennent-ils de ce qu'ils ont perdu ? Le petit cherche-t-il sa mère ou la chaleur et la protection de sa mère ? Les animaux se souviennent-ils de « la nuit d'avant la nuit » qu'évoque Pascal Quignard dans « Sordidissimes » (chapitre XXXIV).

Litanie des pertes. Nous laissons. Souvent contraints, parfois par choix.

Pascal Quignard évoque « la nuit de la langue ». Quoi donc ? Ce que masquent les syllabes et qui n'est pourtant que par ce masque.

Pascal Quignard évoque une « nuit qui précède la nuit ». Ce vers de Claude Roy : « Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit ». Du « nom de l'être ».

Les étants, les mots les projettent. Ce sont leurs ombres, que les mots remuent, agissent, fonctionnent, machinent. Et les ombres nous accaparent, nous frappent, nous asphyxient, nous tuent. Entre les ombres et les mots, il y a « le nom de l'être ».

Pascal Quignard évoque une « nuit d'avant la nuit ». La nuit mère. La nuit matrice. La nuit que l'on appelle au moment des trop grandes souffrances. Le soldat éventré qui va mourir.

Le 24 février 2022, Vladimir Poutine a déchaîné la nuit sur l'Ukraine. Il a souhaité, il souhaite, et maintenant souhaitera jusqu'à ce que la nuit le rattrape, que les Ukrainiens soient rappelés à la nuit. C'est ce désir de nuit, cette volonté de mort, cette fièvre des ténèbres qui le condamne à vaincre ou abdiquer. Il abdiquera.

Nul n'est un monde.
« lisant, aimant, écrivant, parlant, errant,
inquiets des paysages, des lumières, du flot, des ombres, » écrit Pascal Quignard dans « Sordidissimes » (chapitre XXXIV)

Voyageurs aux « ventres nus », écrit l'auteur.
Nul n'est un monde. Tous sont au monde. Nus et reproductifs.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 janvier 2023

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15 janvier 2023

EN ATTENDANT LA GREVE DU 19 JANVIER ET AUSSI LA CHUTE DE LA MAISON POUTINE

EN ATTENDANT LA GREVE DU 19 JANVIER ET AUSSI LA CHUTE DE LA MAISON POUTINE

1.
Le Royaume-Uni va fournir à l’Ukraine des chars lourds « Challenger 2 » (redoutables dit-on). France, Allemagne et Etats-Unis, d'autres Etats encore, vont sans doute faire de même.

2.
Si Prigojine devient trop gourmand dans ses ambitions, l'armée russe fera tomber Wagner dans un piège. C'est peut-être ce qui est en passe d'arriver à Soledar et à Bakhmut.

3.
Un des grands non-dits dans les débats sur la réforme des retraites est le poids de plus en plus grand des flux migratoires dans les économies occidentales.

La défaite de la Russie entraînera des troubles importants dans les BRICS et en particulier sur le continent africain. Il s'ensuivra une intensification des migrations, encore aggravées par les conséquences du réchauffement climatique.

En outre, il semble que la Chine est encore loin d'avoir résolu ses problèmes liés à l'épidémie du Covid. Personne ne peut prévoir comment la situation économique et politique de la Chine va évoluer, et si la situation économico-politique de la Chine ne s'améliore pas, il se pourrait que bon nombre de jeunes Chinois décident de tenter leur chance en Occident.

On ne devrait donc pas manquer de main d’œuvre dans les années à venir et en conséquence, le recul de l'âge de la retraite me semble très sot, puisque nous serons forcés à l'avenir de naturaliser un grand nombre d'étrangers. Ce qui ne me réjouit pas du tout, mais on ne fait pas de politique autrement qu'avec les réalités. Après, on peut toujours jouer l'Occident contre le reste du monde, mais alors nous n'éviterons pas la multiplication des conflits armés, façon Poutine le déplorable.

4.
Il y a à peine quelques mois, à la lumière de la pandémie du Covid et de l' « opération spéciale » à Poutine, certaines bonnes âmes commençaient à nous citer en exemple le modèle dirigiste des dictatures à économie de marché. Raffarin frétillait ; Mariani exultait.

L'efficacité du capitalisme doublée par l'efficacité du contrôle social nous disait-on en substance. Et voilà que la Chine se prend un sacré coup de Covid dans son organisation imparable et que la Russie poutinienne s'enfonce dans la honte et la défaite.

L'Occident « décadent », quant à lui, certes connaît des soucis, mais sait réagir intelligemment, démocratiquement, technologiquement.

5.
Changement d'élément de langage dans la macronie : la réforme des retraites n'aurait pas seulement pour but de sauver le système par répartition mais pourrait permettre d'augmenter le pouvoir d'achat des Français (sic). Je me demande si cela a encore un sens dans notre société de plus en plus automatisée, robotisée, algorithmée, de strictement corréler la production de richesses au nombre de trimestres travaillés.

6.
Paraît que Poutine vient d'annoncer que sa sale guerre en Ukraine suivait une « dynamique positive » et que tout se déroulait « comme prévu ». Ah oui ? Un rouble à 0,014 euro, une bourse de Moscou qui peut s'effondrer d'un jour à l'autre, plusieurs milliers de soldats russes morts à Soledar, des forces ukrainiennes bientôt renforcées par du matériel occidental toujours plus efficace, tout ça, c'était prévu ?

7.
Evidemment qu'ça va ouiner à cause de la grève du 19 janvier 2023 qu'ça bloque ci, bloque ça. Bin oui, mais on ne fait pas grève uniquement pour perdre une journée de salaire. On fait grève pour signifier, en le bloquant, qu'ça va pas dans le système.

Et si, depuis plusieurs années, on avait écouté les soignants en grève avant la pandémie qui provoqua et le scandale et le désastreux confinement de mars 2020, on aurait peut-être évité la catastrophe et la défiance généralisée.

8.
Je ne suis pas de gauche, mais il me semble souvent qu'actuellement l'homme de talent de la NUPES, c'est François Ruffin. En tout cas, là encore, il a raison. Macron compte sur notre fatalisme. Ne cédons pas. Grève le 19 janvier 2023.

9.
Que tous les syndicats appellent à la grève le 19 janvier 2023 rappelle que la technocratie, qui a si mal géré, réformé les secteurs de la santé, de l'éducation, de la défense, de l’énergie, de la justice, ne devrait pas être la seule à décider de tout en France.

10.
Il semble que Poutine veuille accélérer le cours de sa sale guerre en Ukraine. C'est donc le moment pour les démocraties de fournir à l'Ukraine les armes qu'il lui faut pour vaincre et repousser les forces russes, les mercenaires de Prigojine, les Tchétchènes de Kadyrov.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 janvier 2023.

14 janvier 2023

GUERASSIMOV RELANCE-T-IL L'OFFENSIVE ?

GUERASSIMOV RELANCE-T-IL L'OFFENSIVE ?

1.
Une remarque : plusieurs relais francophones de la propagande pro-russe ont reproduit le même message et la même vidéo à propos de l'arrivée sur le front russo-ukrainien de bombes « OBAD-500P », alors que c'est ODAB qui convient. D'où vient cette répétition d'un compte l'autre de la même inversion du B et du D ?

En cas de bombardement ukrainien, quelles seraient les conséquences de l’explosion de ces ODAB500P au cœur des lignes russes ? Et si le signal était : « Ukrainiens, arrêtez de nous bombarder, vous allez tout faire sauter, nous, vous, et les civils ! » Bouclier ? « Stratégie du fou » ?

2.
Trois faits troublants concernant ce que Poutine nous fait savoir :

- le 4 janvier 2023, Poutine annonce le départ en mission d'un navire de guerre équipé de missiles hypersoniques Zircon.

- le 6 janvier, publication sur les réseaux sociaux par les relais de la propagande russe du même message et de la même éloquente vidéo annonçant un transport en direction du front de bombes ODAB-500P.

- le 7 janvier, un ou plusieurs missiles s'abattent sur Kramatorsk et manque(ent) étrangement leur(s) cible(s). Moscou annonce cependant la mort de 600 soldats ukrainiens. Les médias occidentaux démentent. Kyiv aussi.

Ces trois faits rapprochés me laissent songeur. Pourquoi les Russes font-ils savoir qu'ils s'apprêtent à employer le missile Zirkon et/ou des bombes à explosion volumétrique, cependant qu'à Kramatorsk, soudainement, leurs missiles n'atteignent plus leurs objectifs ?

Autrement dit, Poutine aurait-il lancé un ultimatum à l'Occident du genre : « Arrêtez de fournir de l'armement à l'Ukraine, sinon nous ferons pleuvoir le feu du ciel » ?

Ou, tout autre hypothèse : Poutine ne sait pas où il va ; les officiers russes sabotent les ordres de leurs supérieurs, et tel un dictateur allemand en fin de reich, il en est réduit à prédire une peu probable apocalypse par des armes dont seule son armée détiendrait les secrets.

4,
Si j'écris qu'en ce moment, « Les yeux du cosmos scrutent le zirkon », on dirait un vers tiré d'une chanson psychédélique ou d'une écriture automatique surréaliste. C'est pourtant ce qui se passe, dans un réel de plus en plus inquiétant.

5.
Poutine ne peut pas gagner sa sale guerre en Ukraine car les Etats-Unis, après leur débâcle en Afghanistan, ne peuvent pas se permettre d'échouer à nouveau et donc ne laisseront tomber ni Zelensky, ni les Ukrainiens.

Si les Etats-Unis, à Dieu ne plaise, échouaient, le mécontentement serait général : Démocrates désillusionnés, Républicains ulcérés, trumpistes et autres complotistes déchaînés qui alors ne se priveraient pas de décréter que ce qu'il faudrait à l'Amérique, c'est une sorte de Poutine.

6.
Le 10 janvier 2023, l'impression donnée par les réseaux sociaux est que la ville de Soledar a été reprise par les forces russes. On dit que cette prise permettrait aux Russes d'encercler Bakhmut. L'Ukraine a besoin d'armes.

Le 11 janvier 2023, l'impression donnée par les réseaux sociaux est que la ville de Soledar est toujours défendue par les forces ukrainiennes et que donc Prigojine ne pourrait toujours pas prouver à Poutine que Wagner est plus efficace que l'armée régulière.

Prigojine veut prouver à Poutine que lui et Wagner sont indispensables. On dit que beaucoup de mercenaires de Wagner meurent à Soledar et à Backhmut. Ces hommes ne meurent pas pour la victoire de la Russie mais pour satisfaire les appétits de pouvoir du mafieux Prigojine.

Est-ce l'annonce (peut-être prématurée) de la prise de Soledar par les mercenaires de Prigojine qui a dopé la Bourse de Moscou aujourd'hui ? Ou est-ce l'annonce du remplacement de Sourovikine par Guerassimov ? Je prévois des désillusions chez les affairistes russes.

Je l'ai déjà dit : je ne crois pas à une longue durée du conflit russo-ukrainien. Poutine a trop besoin d'un triomphe personnel et de prouver au monde qu'il peut mettre l'Occident en échec. S'impatientant, le 11 janvier 2023, il remplace Sourovikine par Guerassimov.

Le 14 janvier 2023, les Russes affirment une fois de plus qu'ils contrôlent désormais Soledar. Je me demande s'ils doivent progresser maison par maison, rue par rue, sous le regard des forces ukrainiennes.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

14 janvier 2023

L'OEIL EST AU BOIS LE CHAT HARET AUSSI

L'OEIL EST AU BOIS LE CHAT HARET AUSSI

1.
Ça a l'air d'une devinette. Quel est l'oiseau, dont, « au bois, [le chant] vous arrête et vous fait rougir » ? Pourquoi rougissez-vous ? A quelle occupation vous livriez-vous lorsque ? Donnez-vous votre langue au chat qui a mangé l'oiseau ?

2.
« L'horloge qui ne sonne pas. » Mesure commune du temps. Les emplois du temps que nous sommes pour les autres. Dehors. Fait froid. A quasi 59 balais, se les geler à 6 heures du matin pour l'art pédagogique et sa croûte, vous m'avouerez.

3.
Il me dit qu'on ne peut pas dire qu'il est vernis. Tableau, chaussures. Bin oui, vernis quoi. La phrase « Il eut été préférable que nous nous carapations » est-elle correcte ?

4.
Une autre devinette rimbaldienne : Quelles sont ces « bêtes blanches » dont on peut trouver les nids dans des fondrières ? Trou plus ou moins profond causé par la pluie. Ça me fait penser aux « Sordidissimes » à Quignard.

5.
J'admire l'érudition et la virtuosité de Pascal Quignard. Commentaire de « Zazie dans le métro » de Queneau tout à l'heure. Drôle de voix quand même. Littérature. J'y tiens. Sinon, qu'il embauchent un clown, un vrai clown je veux dire.

6.
J'admire l'intelligence et la virtuosité à l’œuvre dans « Zazie dans le métro ». Avec humour, il aborde le réel, Queneau, le réel qui satyre (des ennuis), le réel de quoi qu'elles pensent donc les gamines, et les gens avec leurs tronches à défiler, quoi qu'ils cogitent ?

7.
Kyrielle des « il y a ». Anaphore. On va de devinette en devinette. Quels sont cette « cathédrale qui descend » et ce « lac qui monte » ? Illusion d'optique ? Mirage ? Déclin du christianisme et remontée des gouffres ? Teintes grises, noirâtres, humides.

8.
Envie de boissons glacées. Bière glacée. Amertume glacée. Je sirote du café très chaud. Zut qui court je ne sais qui. « C'est comme ça qu'elle est quand elle a un jules, dit Zazie ».

9.
La « petite voiture abandonnée dans le taillis », je ne sais pas pourquoi je pense à une poussette. C'est peut-être pas ça. Du reste, allez savoir ce que c'est. Et d'ailleurs, on s'en moque. C'est le côté étrange qui vaut. La « petite voiture abandonnée dans le taillis » se met à descendre « le sentier ». Poussée par qui la poussette ? Hantée perhaps la poussette dévalante ?

10.
Je note ça dans un petit carnet. En ai déjà paumés, de ces bourrés d'brefs. Bien du naïf là-d'dans. On les r'trouvera pas. Pas Céline ma fiole. Pas le génie du fou. Quel sens du coup de théâtre, le Ferdinand ! Perdus, les manuscrits, - néant ! Des lunes passent, tout à coup, - poum ! les revoilà, ah le Maître dis.

11.
« Une troupe de petits comédiens en costumes ». Des enfants ? Des nains ? Des lointains ? Le cirque de la civilisation ? L’œil est au « bois ». Loin des autres. Chat haret.

12.
A 6 heures et des poussières, en janvier, pas grand monde à la gare routière de Dunkerque un vendredi. Où sont les travailleurs ? Je veux dire comment qu'ils se déplacent ? Le 19 janvier, la grève sera dure, c'est à prévoir. Faut qu'on se manifeste, nous autres, les sans fric.

13.
Dans 5 minutes le bus pour Hazebrouck. Voyageurs rares, pas bien riches. Des mômes aussi. Apprentis, lycéens, des autres aussi, des comment qu'i vont s'en sortir.

14.
Sommeil dans le bus. Ai de plus en plus tendance à m'endormir entre les cours. J'vieillis. Eviter la fausse bienveillance des collègues.

15.
Je relis du Zazie, chapitre 3 : les vécés et la gamine en proie au pervers (c'est Turandot et il n'est pas pervers). Le réel tout ça, repeint à la Queneau, du tout ça pour quoi on vit.

16.
Patience. Bataille. Jeux de cartes. Mon château s'a écroulé depuis des lunes. Un jour, mon cœur, ou ma tête, ça va flancher, et hop dans la zone à pertes, ma pomme. Tombé bonhomme.

17.
Allitération « f » : « Il y a enfin, quand on a faim et soif ». Lancinant le « f », sifflant, fiévreux. Nécessité du retour à la civilisation. Faut parfois sortir du bois. Mais « quelqu'un vous chasse ».

18.
Vais-je dormir chez Zut ce soir ? Garder Miou-miou (c'est le chat) et la tortue Elwa (elle hiberne, et pourquoi Elwa plutôt qu'Eloi, chaipa, c'est Zut qui écrit ça comme ça).

« Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.

Il y a une horloge qui ne sonne pas.

Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

Il y a enfin, quand on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse. »

(Rimbaud, « Enfance », III)

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

14 janvier 2023

ON NE RIT PAS RUE DE GIERI

ON NE RIT PAS RUE DE GIERI

1.
« Et, le regard tout flambant d'une haine et d'une cruauté implacable, [le bossu] ajouta :
- Mais demain soir, le coq aura fini de chanter ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », Livre II, chapitre 7)

Arthur Bernède. « Belphégor ». II, 7. « Où l'on voit les prévisions de Chantecoq se réaliser d'une façon mathématique. » Les événements, - nos vies -, dépendent-ils des mathématiques, des calculs, des algorithmes ? Sommes-nous spéculés ?

Jacques Bellegarde, caché. Des livres pour compagnie. Jacques et Colette minaudent et niaisent (les répliques ont du mal à cacher la sottise d'un sentimental violon, pomponné piano, sirupeux ridicule coin-coin). Coup de pieds au, ou haussement d'épaules ?

Jacques et Colette en viennent àskilésoucie : Simone. Tiens, v'la Marie-Jeanne, c'est celle du roman, elle se fume pas, même si « son chapeau ballotait sur sa tête ». Intéressante leçon, en 1927 donc, de la forme « ballotait », avec un seul « t ».

Jacques Bellegarde serait-il le Fantôme du Louvre ? « Au nom de la loi ! ». Marie-Jeanne et le « petit fouinard ». Perquisition. Du papier, du fer et de l'or. La « rue de Giéri ».

Bellegarde bout ; Colette s'inquiète ; j'aimerais pour ce dimanche manger des paupiettes ; Au chapitre 3 de « Zazie dans le métro », « lagoçamilébou ».

Le bouillant Bellegarde s'apprête à faire une bêtise. Chantecoq calme le jeu. Labo, penderie, moumoute, bacchantes, barbiche. Bellegarde métamorphose. Le réel, c'est du théâtre à vrais cadavres. Je remarque que la sinistre prédiction du bossu comporte treize syllabes.

2.
«  - C'est clair comme de l'eau de roche ! ponctuait le grand limier ; mais l'important est de savoir où et comment notre ennemi s'est procuré ce manuscrit. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », Troisième partie, chapitre 1)

La troisième partie du « Belphégor » d'Arthur Bernède a pour titre : « Le Fantôme noir ». Si le titre avait été « La Choucroute volante » ou « Zazie dans le métro », le destin des personnages en aurait été, n'en doutons pas, radicalement autre.

Arthur Bernède, « Belphégor », III,1. « Le Grimoire de Ruggieri ». Il y avait Le Louvre, il fallait donc un château. Surtout qu'un fantôme sans château, est-ce bien sérieux ? J'ai une collègue, elle a une particule. Si elle était anglaise, elle pourrait être insupportable ; mais, française, le verbe haut et franc, elle est épatante.

Le Château du Papillon. Où on retrouve le bossu. Un problème de mécanique secrète. « Monsieur Lüchner ». Un nom germanique pour un vilain de roman populaire de 1927, est-ce étonnant ? « Les Papillon ne viennent jamais ici qu'au mois de septembre ».

Le vilain à nom germanique vouvoie le voleur en salopette. C'est pas parce qu'on fait dans la saloperie qu'on doive pas être poli. On n'est pas que des sauvages. Le château est moderne : y a une « usine électrique ». Les fantômes sont branchés.

Pendant ce temps-là, à Paris, Chantecoq et Cantarelli arrivent aux nouvelles. Je ne vous dis pas qui c'est, Cantarelli, sinon que c'est un numismate (du latin « numisma » et du grec « nomisma », monnaie »). Donc, il s'y connaît en faux.

Zézaiement. Effet de grotesque censé rendre le personnage plus réaliste. Fallait s'y attendre : pour la maison Pandore and (Roy)co, Bellegarde, c'est Belphégor. Si le bossu vouvoie son complice, le directeur de la police judiciaire tutoie le roi des détectives.

Qui dit château, dit fantôme, mais aussi grimoire. Sinon, autant prendre un appartement. « Couverture enluminée », « astrologues », « magiciens », « caractères gothiques », « Mémoires secrets », « Cosme Ruggieri », « Catherine de Médicis » : nous v'là dans l'occulte.

Chantecoq et Cantarelli prennent connaissance du grimoire de Ruggieri. Je ne vous dis pas ce qu'il y a dedans, sauf qu'il y est question du trésor des Valois, d'un duc de Guise que Prévert déguisa en bec de gaz, d'un passage secret et voilà donc comment Belphégor belphégora.

Tiens, un ex-libris. Le baron Papillon fut bien léger. Vous avez dit troublant, comme c'est troublant. Cantarelli pourrait s'émouvoir. Le directeur de la police judiciaire a une bien mauvaise opinion de Jacques Bellegarde, et Belphégor ne serait qu'un amateur. Cekonsgourdéfois.

On rappellera donc à monsieur Ferval, le directeur de la police judiciaire du roman « Belphégor », d'Arthur Bernède, qu'il ne faut jamais sous-estimer l'adversaire. En 2022, le dictateur Poutine en sait quelque chose, qui crut qu'en Ukraine quelques semaines suffiraient.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 janvier 2023.

9 janvier 2023

LES ODAB-500P SUR LE FRONT RUSSO-UKRAINIEN : INTOXICATION OU PERIL IMMINENT ?

LES ODAB-500P SUR LE FRONT RUSSO-UKRAINIEN : INTOXICATION OU PERIL IMMINENT ?

1.
Le 6 janvier 2023, le même message et la même vidéo, publiés sur des comptes différents, font état de l'arrivée prochaine sur le front russo-ukrainien des bombes russes ODAB-500P. Intoxication de l'opinion ou péril imminent ?

La vidéo donnant à penser que les effets de la bombe ODAB-500P sont dévastateurs, on peut s'interroger sur la réalité de ces effets : la vidéo est-elle authentique et montre-t-elle bien une frappe de l'ODAB-500P et non d'une autre bombe ?

La question est : la bombe ODAB-500P est-elle aussi dévastatrice que la propagande pro-russe l'affirme ; si oui, combien les Russes disposent-ils de ces bombes, quelles en sont les contre-mesures, et Poutine veut-il toujours plus intensifier le conflit ?

Les ODAB-500P étant, d'après ce que j'ai lu (je ne suis pas spécialiste), des bombes larguées par avion ou hélicoptère, je me demande ce que signifie exactement la phrase relayée par différents comptes pro-russes : « Ces bombes sont des ODAB-500P, et ce convoi est en route vers le front. »

On peut s'interroger aussi sur la publication par les services de propagande russes et leurs relais d'une telle information. S'agit-il d'intimider l'Occident ? De faire passer un message à l'OTAN sur une éventuelle « ligne rouge » ? Un éventuel ultimatum ?

Il est en effet à penser que si l'emploi des ODAB-500P amenait mort et désolation chez les Ukrainiens, il s'ensuivrait une réponse de l'Occident. Du char léger passerait-on alors au char lourd et à une plus longue portée de tir des armes occidentales ?

La question est donc : Poutine, Choïgou et Sourovikine cherchent-ils une toujours plus grande montée des périls ou, au contraire, cherchent-ils à prévenir cette escalade ?

La stratégie cynique serait d'avoir sacrifié plus de cent mille soldats russes afin de laisser croire à l'Ukraine qu'elle pouvait gagner, encourager l'Occident à toujours plus s'impliquer et ainsi « légitimer » Poutine dans un usage éventuel d'armes de destruction massive.

L'Ukraine et l'Occident seraient alors tombés dans un piège mortel, à moins que la course de vitesse soit remportée par l'armée ukrainienne et les armes occidentales. J'ai du mal à croire en une guerre d'usure à front gelé. Poutine a trop besoin d'un triomphe personnel.

Tout ceci étant dit, cette affaire de transport de bombes dites dévastatrices sur le front n'est peut-être qu'une simple intox, le risque pour les Russes étant alors très grand (en cas de bombardement ukrainien par exemple).

2.
Paraît que Prigojine explique l'échec des chiens de guerre wagnériens à Bakhmut par la très forte défense ukrainienne. C'est bien la peine d'employer une armée privée si c'est pour arriver au même résultat qu'une armée régulière.

3.
Faute de mieux, et ayant peut-être de plus en plus de mal à faire admettre à l'opinion que la glorieuse Armée Rouge est en difficulté en Ukraine, se pourrait que les Russes s'inventent des succès imaginaires. Vont-ils jusqu'à mentir à Poutine ?

Patrice Houzeau
Malo, le 9 janvier 2023.

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