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BREFS ET AUTRES

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2 janvier 2023

RIMBAUD A FANTAISIE

RIMBAUD A FANTAISIE

1.
Les recueils de poésies, ça s'ouvre et ça se ferme au gré de notre fantaisie. Ça s'ouvre à fantaisie, expression qui n’existe pas mais pourquoi non ? On dit bien « à volonté ». Je m'y plonge, picorant des vers.

2.
Voilà « L'eau verte » de l'océan qui « pénétra ma coque de sapin », qu'il dit, prosopopée, le « Bateau ivre » rimbaldien. Rimbaud en « bateau ivre » : quel autoportrait !

Rythme (2/4/2/4). L'allitération « v », « verte, vins, vomissures, lava », tisse un fil, une sorte de basse sur laquelle se détachent labiales et dentales (« pénétra », « sapin », « taches », « bleus ») pour finir sur la répétition de la palato-vélaire [g]. Le monosyllabe « bleus » est ainsi mis en évidence juste après la césure.

« Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin. »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

3.
Voilà le noir de « l'encre de Chine », de la « poudre noire », de « l'ombre ». Qu'appelle-t-il ses « filles », ses « reines », celui-là ? Fantasmes, rêveries sur les ombres des murs (le narrateur vient de se « jeter sur le lit »), rêverie sur le dessin ? Je ne sais quelle « poudre noire » (poussière ? suie?) évoque un « agréable goût d'encre de Chine », et dans « l'ombre », le narrateur affirme la vision de ses « filles », de ses « reines ».

« Avivant un agréable goût d'encre de Chine une poudre noire pleut doucement sur ma veillée, - je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l'ombre je vous vois, mes filles, mes reines ! »
(Rimbaud, « Phrases [II] »]

4.
Comme des notes, des bribes, souvenirs, réminiscences d'un roman. Des notes fantômes sur des absents, des disparus : « la petite » est « morte », la « jeune maman » est « trépassée », le « petit frère » est aux Indes. Il n'y a plus personne dans les lieux évoqués dans « Enfance II », de Rimbaud (« hameaux sans coqs, sans enclumes »), alors qu'il y a tant de monde dans la première partie du poème : « dames qui tournoient sur les terrasses voisine de la mer, (…) jeunes mères et grandes sœurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes (...) princesses (…), petites étrangères et personnes doucement malheureuses.»

La foule des figurants et leurs éventuels échanges sentimentaux (le narrateur était-il au théâtre, à l'opéra, au musée ?) produit-elle de « l'ennui » ? (« Quel ennui, l'heure du « cher corps » et « cher cœur »), cependant que les lieux désertés appellent la présence magique, la vision : « Des fleurs magiques bourdonnaient. (…) Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient » ?

« Enfance I » commence par l'évocation de « plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques. ». « Enfance II » se termine par celle de la « haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes. »

5.
Entendez-vous, vous aussi, battre les « cils noirs sous les silences » ? « Sous le silence », une multitude de sons que l'on s'imagine. Un monde sous le monde. La modernité nous le remplit de bruits, de rythmes, de vulgarités politiques, de slogans, d'éléments de langage, d'injonctions. Nous devons être occupés. Malheur au rêveur qui couperait les sons du monde pour se laisser bercer par le monde sous le silence.

Electricités, crépitements, royautés : le monde minuscule des petites choses. Les sœurs y sont toutes puissantes à décréter la « mort des petits poux ». Le monde minuscule est aussi celui de la vie et de la mort. Un silence de mort, comme il est peuplé.

« Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux. »
(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

Patrice Houzeau
Malo, le 2 janvier 2023.

 

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1 janvier 2023

REVELATIONS AUTOUR D'UN TROU

REVELATIONS AUTOUR D'UN TROU

Notes sur le chapitre 5 de la deuxième partie de « Belphégor » ("Belle fait gore" ? Comme dans un film de Jean Rollin alors ?), de Arthur Bernède.

« - C'est fou !... C'est insensé... C'est à croire que j'ai rêvé ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », deuxième partie, chapitre 5 [Ménardier])

1.
Bernède. « Belphégor ». II,5. « Où Ménardier lance un défi à Chantecoq ». Relève au Louvre. y en a, i vont au dodo ; y en a, i vont au turbin. Une odeur de « flacon de pharmacie ». C'est louche, dit Marie-qui-louche, qui d'ailleurs n'était pas là, puisqu'elle était en train de prendre une douche, ou de chasser la bête farouche, ou d'observer la géométrie du vol des mouches.

2.
Ménardier sort du cosmos où Belphégor l'avait envoyé. Un trou dans le socle. Le père Bizot n'a pas « perdu la tête ». C'est-à-dire qu'il l'a retrouvée (c'est sa femme, la mère Bizotte, comme on dit, même qu'on l'appelle aussi la mère Biscotte (mais ça c'est pas gentil), qui, pour lui faire une farce – faut dire qu'c'est une farceuse, la mère Bizotte - l'avait cachée dans un tiroir, parmi des mouchoirs, des bavoirs, des crachoirs, des racloirs, des abattoirs, et qu'c'est terroirs).

3.
Ménardier raconte sa rencontre avec le Fantôme. Tout le monde est effaré effrayé époustouflé fasciné figé. Rentre Chantecoq, simple, élégant, discret, posé, chapeau de feutre gris « légèrement rabattu sur les yeux » (ça fait genre acteur de cinéma), bermuda à fleurs, fausse barbe, faux nez, fausse moustache, faux cils, perruque et perroquet (mais ça c'est pour faire couleur locale).

4.
Les animaux étant interdits au Louvre (poux et morpions compris, mais parce que la puissance publique n'est pas qualifiée pour investiguer, ça fait des lustres que Mona Lisa a envie de se gratter et a donc cet air bête et vaguement « ne faites pas attention à moi, je ne fais que rester là »), on aurait normalement dû signifier à Chantecoq d'aller se faire cuire un œuf. Mais comme tous étaient fascinés par la narration ménardière, nul ne prêta attention à l'intrus spéculatif.

5.
Chantecoq contempla le trou dans le socle, trouva la ferrure, et laissa son oreille vagabonder du côté de Ménardier qui disait qu'il se demandait quoi donc avait bien pu hein ? Chantecoq, ayant récupéré son oreille (il a le bras long), expliqua :
« Un trésor caché » ! Oh ! « Dans un coffre Renaissance ! » ! Oh ! Une ferrure du seizième siècle ! Oh ! « Les armes des Valois ! Oh ! « Des gaz somnifères » (poil au derrière, crut bon d'ajouter le perroquet aimablement prêté pour les besoins du scénario par la mère Bizotte – quelle rigolote, celle-là).

6.
Tout le monde s'épata s'étonna se stupéfia. Ménardier se renfrogna, puis s'éclaira et une fois que, eh bien, tiens, annonça claironna que le Fantôme du Louvre n'allait pas tarder à compter les jours et les nuits dans une cellule de prison.

7.
Chantecoq va-t-il se faire coiffer la crête par l'inspecteur Ménardier ? Eloge de Ménardier. Estimation de la malice peu commune de Belphégor. Et pour tout dire, qu'ce soye un « innocent » qui s'artrouverait à poireauter au zonzon n'étonnerait pas le roi des détectives, qui en profita pour sortir son pipeau pour interpréter le célèbre air de la Réforme Blanquer, accompagné au crincrin pour les besoins de la comédie musicale par le perroquet de la mère Bizotte et au djembé par le conservateur du musée du Louvre.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er janvier 2023.

1 janvier 2023

LA MACHINE A SPECTRES

LA MACHINE A SPECTRES

Notes sur les parties II et III de "L'Homme au Sable", de E.T.A Hoffmann, traduit par Loève-Veimars

« Sie saß der Türe gegenüber, so, daß ich ihr engelschönes Gesicht ganz erblickte. Sie schien mich nicht zu bemerken, und überhaupt hatten ihre Augen etwas Starres, beinahe möcht ich sagen, keine Sehkraft, es war mir so, als schliefe sie mit offnen Augen. »
(E.T.A Hoffmann, « Der Sandmann » [Nathanael an Lothar])

Au clavier, c’est avec « ALT » maintenu appuyé pendant que l’on tape 0 2 2 3 que l’on obtient ß.

« Elle était vis-à-vis de la porte, et je pouvais contempler ainsi son visage angélique. Elle sembla ne pas m’apercevoir, et surtout, ses yeux paraissaient fixes, et je dirai même dépourvus de regard ; c’était comme si elle eût dormi les yeux ouverts ».
(Hoffmann, « L’Homme au sable », traduit d’après Loève-Veimars)

1.
Clara répond à Nathanaël.
Pourquoi un intermédiaire ? (en l’occurrence Lothaire, le frère de Clara).
Vertige de la lecture : « tout semblait tourbillonner devant mes yeux » écrit Clara. La nouvelle « L’Homme au sable » a-t-elle pour véritable sujet la façon dont le réel agit sur notre regard ?

2.
La lettre de Nathanaël a troublé Clara. Coppola en menace fantasmatique.
« Mais, bientôt, dès le lendemain déjà, écrit Clara, tout s’était présenté à ma pensée sous une autre face. » : le regard encore.

Clara est rationnelle et explique à Nathanaël d’où vient sa « hantise ».
La passion de l’alchimie aurait tué le père de Nathanaël et « Coppelius ne saurait en être accusé. »

3.
Clara en psychothérapeute.
Le réel en « surface bariolée ». Une peinture, le réel. Une représentation. Un piège à reflets. Ce dont nous nous réjouissons, « comme un fol enfant à la vue des fruits dont l’écorce dorée cache un venin mortel. »

Le réel est piégé, trappé, et ne se présente jamais comme il est vraiment. Et ce qu’il est vraiment, pouvons-nous le savoir ? Sans doute pouvons-nous le calculer, mais que calculons-nous réellement ?

4.
Clara évoque « le sentiment d’une puissance ennemie qui agit d’une manière funeste ». Le sentiment qui anime ceux qui croient aux complots universels, les anti-vaccins, les sceptiques quant à l’existence du covid, les pro-Poutine, les populistes, ceux qui s’imaginent des sociétés secrètes gouvernant le monde.

Clara débusque l’ennemi : ce n’est pas une « puissance occulte » qui « plonge » en nous « ses griffes ennemies », mais un « ennemi intérieur ». Les complotistes projettent dans le réel ce qui leur mine l’âme et qui dépend de leur mode d’être au monde.

Le complotistes pense que le réel veut le piéger. Il n’a pas tort mais il se trompe sur la nature du piège.

5.
« un principe dévorant qui nous consume ».
« le fantôme de notre propre nous ».
Coppelius et Coppola ne sont que des fantasmes qu’il faut dissiper.
« et de bannir le hideux Coppola par un fou rire » : la dérision ruine les spectres.

6.
De nouveau « Nathanaël à Lothaire ». Des « fantômes » du « moi ». Une machine à sécréter du spectre. Une machine à sécréter de la représentation : le langage. Du reste, parfois, nous disons ça machinalement.

7.
Nathanaël évoque « l’esprit qui scintille de ses yeux clairs et touchants ».

La logique contre les fantômes. Si l’on agite le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein devant un revenant, le fera-t-on reculer comme le crucifix fait reculer le vampire ?

8.
Coppola serait un véritable « mécanicien » italien comme Coppelius serait un véritable avocat allemand. Je viens de voir « Le Roi de cœur » (1966), de Philippe de Broca : jolie fantaisie sur l’échappement au réel implacable, avec musique mélancolico-drolatique de Georges Delerue.

Portrait du professeur de physique Spalanzani : un rond, « pommettes saillantes », nez pointu, yeux perçants. Hoffmann indique, via Nathanaël, sa source d’inspiration : « le portrait de Cagliostro, gravé par Chodowiecki ».

La fiction, soulignant par l’exemple sa référence au réel, est renforcée dans sa fonction mimétique.

9.
Nathanaël écrit « J’ignore moi-même comme je vins à regarder à travers la glace. » Acte manqué. Expression de l’inconscient.

Le spectacle de la femme mystérieuse. « figure ravissante ». « ses yeux paraissaient fixes », « comme si elle avait dormi les yeux ouverts ».

La fille derrière le rideau, puis derrière la glace, la vitre.  Un miroir sans tain ? Spectacle, songe, malaise de ce que l’on n’aurait pas dû voir, et que l’on voit pourtant : la fille du professeur de physique, la très réservée Olimpia.
Chez un spéculatif comme Nathanaël, la fascination guette.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er janvier 2023.

31 décembre 2022

POUTINE ET LE DECLIN

POUTINE ET LE DECLIN

1.
Parfois, j'aimerais être comme la colère, et frapper juste, et frapper droit, et précisément.

2.
Ne dites pas au rhinocéros qu'il n'est pas dans la pièce, cela pourrait le vexer.

3.
Que croyez-vous qu'est la France de Macron ? Une oligarchie légitimée par les Grandes Ecoles. Que croyez-vous qu'est la Russie de Poutine ? Une oligarchie légitimée par la mafia.

4.
« On ne dit pas ça à un Président de la République. » Et c'est précisément parce que l'on ne lui dit pas, qu'il ne comprend toujours pas.

5.
Dans un tweet du 31 décembre 2022, Véronique Genest évoque le fameux régiment néo-nazi « AZIZ » (sic) d'Ukraine. Sept heures après publication, le tweet n'était pas supprimé. Je pense, pour ma part, que cette trouvaille du régiment AZIZ relève du génie (digne de Francis Lalanne).

6.
Heureusement que Macron a supprimé la taxe d'habitation. Vu la façon dont les prix grimpent, certains Français, cette taxe-poison, pour la payer, cette année hein, il y aurait comme un problème.

7.
Contrairement à certains, je ne me moque pas des soldats russes tombés au combat. Évidemment qu'Il y a des salauds parmi eux, mais certainement aussi pas mal de pauvres bougres qui crèvent pour que prospère la Grande Mafia de la Sainte Russie.

8.
Actuellement, converser avec le Diable n'est guère facile. Il ne répond qu'en russe. Ce n'est guère pratique.

9.
31 décembre 2022. Un pape est mort. Un autre attend que Dieu le rappelle. En ces temps menaçants, il nous faut un nouveau Jean-Paul II.

10.
Vous n'aimez pas les Etats-Unis ? Cependant, vous mangez des produits américains, vous écoutez des chansons américaines, vous regardez des films américains, portez des jeans américains, fumez des cigarettes américaines, et utilisez chaque jour l'internet américain.

La Russie de Poutine est-elle capable d'autant d'innovation et de créativité ? Non.

11.
Il se dit que Poutine est soucieux du déclin démographique de la Russie blanche et orthodoxe. Ce n'est pas nouveau. Mais on n'encourage pas sa population à faire des enfants par des guerres et des atteintes continuelles à la démocratie.

12.
Hypothèse : Poutine, horrifié par les conséquences du multiculturalisme et de la société ouverte occidentale (le problématique melting pot américain) cherche en poussant à l'Ouest une autre solution au déclin démographique de la population blanche et chrétienne.

C'est dans doute pour cela que Poutine est si apprécié par les extrême -droites européennes. Par contre, ceux qui, à gauche, voient en Poutine un défenseur des peuples opprimés, ont vraiment tout faux.

13.
Certains, dit-on, se sont moqués d'un soldat russe, filmé par un drone, qui, comprenant qu'il allait être tué, multiplia les signes de croix. Je ne me moque pas moi. Cet homme s'est souvenu qu'il était chrétien.
Nous ne savons rien de lui, ni s'il fut un criminel de guerre, ni s'il fut un simple serviteur de sa patrie, ni s'il était marié, ni s'il avait des enfants.
Si en tant que soldat d'une armée d'occupation, il ne mérite pas notre pitié, en tant qu'être humain, croyant ou non, il mérite le respect que l'on doit à tout humain devant la mort. (poil au pylore).

14.
Quelqu'un a-t-il fait remarquer à Poutine qu'en agressant l'Ukraine, il faisait s'entretuer deux peuples chrétiens, et même deux églises orthodoxes ? Et au profit de qui ? Des troubles tenants de l'eurasisme douguinien ? Des musulmans de Kadyrov ? Des anti-chrétiens wagnériens ?

Patrice Houzeau
Malo, le 31 décembre 2022.

31 décembre 2022

EN ATTENDANT LE RETOUR DE LA FAUCHEUSE COVID

EN ATTENDANT LE RETOUR DE LA FAUCHEUSE COVID

1.
Si l'information selon laquelle les fonctionnaires pourraient cumuler leur emploi avec celui de chauffeur de bus scolaire s'avère fondée, cela signifierait qu'à défaut de former des chauffeurs, les profs de LP assureraient eux-mêmes le transport des élèves. On touche le fond là.

2.
Les fumeuses théories eurasistes de Douguine, la « nouvelle chronologie » de Fomenko : tout ça rappelle l'ésotérisme sur lequel certains dignitaires nazis se sont appuyés pour justifier leurs délires raciaux et expansionnistes.

3.
Comme à son habitude, la Chine a tenté de dissimuler la gravité de la situation. Il semble que le Covid fait beaucoup de morts en Chine. Nos capitaines d’industrie qui ont délocalisé dans cette dictature sont et des crétins et des traîtres à la France.

4.
« Croissez et multipliez », et contaminez-vous.

5.
Je ne devrais pas écouter des chansons du temps où j’étais au lycée, défois ça m’rend tout chose.

« On s’soûlait l’dedans d’pathétique
C’était la belle époque du piano nostalgique »
(Claude Léveillée, « Les vieux pianos »)

6.
Je suppose que ce soir du 31 décembre 2022, Thierry Mariani et Aymeric Chauprade vont boire du champagne à la santé de leur seigneur et maître Poutine (qu’on dit réellement malade) pendant que les missiles russes s’abattent sur les Ukrainiens. Pouah.

Remarquez que pendant ce temps-là, le rouble se déprécie un peu plus chaque jour : ce 31 décembre 2022, à minuit, en France, 1 euro = 77,59 roubles.

7.
La récente vague de morts mystérieuses au sein de l’oligarchie et de l’appareil d’état russes est-elle le résultat de la diligence du FSB à déjouer les complots ? Si Poutine allait soudainement très mal (on le dit malade), y aura-t-il en Russie vendetta et règlements de comptes sanglants ? Probablement. (Medvedev n’est pas prêt de lâcher sa bouteille).

8.
Si les banques centrales accumulent de l’or, c’est que les Etats craignent ou une extension du conflit russo-ukrainien et/ou une récession mondiale durable (aggravée par un éventuel retour de la pandémie du covid). Pour éviter que cet or se transforme en sang versé, il n’y a qu’une solution : ramener Poutine à la raison, c’est-à-dire, le faire échouer dans sa sale guerre en Ukraine.

9.
Prédictions pour 2023 : Retour du covid et de certaines restrictions, effondrement économique de la Russie, récession mondiale. Beaucoup de morts.
En France, Forte contestation de la réforme des retraites, soucis budgétaires, aggravation de la paupérisation, troubles possibles dans les universités, montée du fatalisme et de l’absentéisme des enseignants, général désarroi (poil aux doigts).

10.
Heureusement que nous sommes gouvernés par des gens intelligents et bardés de diplômes. Vu l’état de la planète, je me demande ce que ce serait si c’étaient des gens simples et honnêtes qui étaient aux commandes.

11.
Cela ne sert à rien de discuter avec les pro-Poutine ou les bonnes âmes qui veulent la paix au prix de la soumission de l’Ukraine et de l’OTAN au bon vouloir de Poutine. Personnellement, je les bloque, et basta.

12.
Que peuvent penser des hommes comme Guerassimov et Choïgou de voyous comme Prigojine et Kadyrov ? Pas que du bien, je crois. Je me demande dans quelle mesure l’armée régulière russe accepterait de se faire massacrer à Backmout pour les mafieux de Wagner.

13.
Cela fait des semaines et des semaines que Wagner se casse les dents sur Backmout. Lourdes pertes ukrainiennes mais pertes encore plus lourdes chez les mercenaires. Prigojine tient à prouver à Poutine que son armée d’affreux est capable d’autre chose que de coups tordus en Afrique. Mais battre des forces ukrainiennes résolues et utilisant un matériel occidental performant est une autre affaire.

14.
Des dizaines de scientifiques ont étudié une foule de cas de phénomènes inexpliqués liés aux OVNIS. Qu’ont-ils découvert ? demande un tweeteur ufologisant.

Que l’armée américaine a vraiment beaucoup d’avance sur tout le monde. Les extra-terrestres n’y sont pour rien. L’investissement humain et financier permet ces prodiges.

15.
Le gouvernement français annonce des mesures sanitaires concernant les voyageurs venant de Chine (tests et masques) en vigueur à partir du 1er janvier 2023. C’est probablement déjà trop tard, mais enfin, vaut mieux tard que. S’il s’avère que les nouveaux variants en circulation sont redoutables, cela pourrait signifier un retour dans un avenir proche de restrictions plus ou moins contraignantes.

Patrice Houzeau
Malo, le 31 décembre 2022.

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30 décembre 2022

ON APPELLE CELA UN FANTÔME JE CROIS

ON APPELLE CELA UN FANTÔME JE CROIS

Notes sur la première partie de « L’Homme au Sable », de Hoffmann, traduit par Loève-Veimars.

« Je croyais apercevoir tout autour de lui des figures humaines, mais sans yeux. Des cavités noires, profondes et souillées en tenaient la place. – Des yeux ! des yeux ! s’écriait Coppelius d’une voix sourde et menaçante. »
(Hoffmann traduit par Loève-Veimars, « L’Homme au Sable » [Nathanaël])

1.
Nathanaël écrit qu’il pense à sa Clara.
Nous pensons toujours à quelqu’un d’inaccessible.
Nous pensons toujours à quelqu’un qui n’existe que pour nous et qui a pourtant un référent dans le réel.
On appelle cela un fantôme, je crois.

Parfois, les marchands de baromètres qui entrent dans votre chambre, vous avez comme une envie de les « précipiter du haut de l’escalier ».
En écrivant, j’écoute des chansons d’Angèle. Je sais bien que c’est juste de la variété, mais c’est comme le rock n’ roll, I like it. (reste à déterminer à quel point la plastique nordico-wallonne de la chanteuse, dont je dévore les clips, m’influence).


Le rôle des chanteurs de variétés est d’incarner quelqu’un qui n’existe que pour nous.
La société du spectacle nous fournit nos fantômes.
Le consumérisme a réussi ce tour de force : faire du fantôme une marchandise.

2.
Nathanaël écrit qu’il va raconter des « aventures » de son enfance.
On comprend que l’œil de Sigmund Freud s’ouvrit à la lecture de ce passage.
Il est ensuite question du père de Nathanaël, des « histoires merveilleuses » du père, de la pipe du père, des silences du père.
L’heure de « l’Homme au Sable ».
l’expression me fait penser aux sabliers, aux montres, aux horloges, aux emplois du temps.
Les autres nous rappellent sans cesse sans cesse sans cesse que le temps nous est compté.
« l’Homme au sable ». Nathanaël prend au pied de la lettre l’expression de sa mère.
A prendre le réel au pied de la lettre, on finit parfois dans une fiction, ou dans un livre composé par un psychanalyste lettré,

 
«… comme si l’on vous avait jeté du sable dans les yeux. »
C’est ce que fait le réel : nous jeter du sable dans les yeux, à tel point que nous finissons par penser que le réel n’est jamais que ce sable qui nous brouille la vue, que ce vent le long de la digue qui nous fait détourner la tête, alors la mer, qui n’est juste qu’une illusion, comme le dit Art Mengo dans une chanson fameuse, « n’existe pas ».

« La mer n’existe pas
Parfois nous la croyons
Mais elle n’existe pas
Ce n’est qu’une illusion »
(« La mer n’existe pas », Michel Armengot, Patrice Guirao).

3.
Les évocations fantastiques de la « vieille servante » confortent Nathanaël dans sa vision fantasmatique du visiteur du soir. Les fictions nous forgent un réel que nos yeux acceptent ou pas (à en devenir fou).

L’Homme au Sable, cet inconnu, cet invisible qui, certains soirs, rend visite à son père, obsède l’enfant Nathanaël.

Visites imprévisibles pour l’enfant ; autant de mauvaises surprises.

« la vapeur odorante et singulière » : l’expression me plaît. Elle n’évoque ni un parfum, ni une odeur. Elle rappelle ces odeurs fantômes qui reviennent parfois du passé, provoquant un subtil, décalage avec le réel où nous existons encore.

L’enfant Nathanaël se fait espion et découvre qui est « l’Homme au sable ». C’est un être repoussant dont ses parents semblent être obligés de supporter les visites.

C’est un avocat, il faut donc l’appeler « Maître ».

Le père et Coppelius en alchimistes ? En sorciers ? « Des yeux ! des yeux ! ».

L’espion émotif se fait prendre.
Le père sauve les yeux de son fils.
De qui parle Maître Coppelius quand il dit : « le vieux de là-haut a parfaitement compris cela ! » ?
Evanouissement de Nathanaël. Fièvre de Nathanaël. « il n’en faut pas accuser mes yeux ».
Disparition et retour de Coppelius.
« Les larmes s’échappèrent des yeux de ma mère ».
« les yeux étincelants » de Coppelius.

Mort du père. Disparition de « l’infernal Coppelius ».
Réapparition en marchand de baromètres sous le nom de Giuseppe Coppola. Le réel se travestit, et comme tout est toujours travesti, masqué, le réel devient pour nous la suite des masques que nous prenons les uns pour les autres.

Trumpistes et poutinistes appellent cela « vérité alternative » et prétendent nous faire prendre leurs masques pour la réalité. Que l’on tente d’ôter leurs masques et de révéler quels coppelius, quels trafiquants de regards ils sont, ils rentrent en furie, nous menaçant de ruine et d’apocalypse nucléaire.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

30 décembre 2022

ON N'ARRÊTE PAS LE PASSÉ

ON N'ARRÊTE PAS LE PASSÉ

« … j'ai pu me rendre compte qu'il existait, dans ce pays, un grand nombre de sociétés secrètes extrêmement puissantes et qui ont des ramifications un peu partout. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 4 [Ménardier])

Notes sur le chapitre 4 de la 2ème partie de « Belphégor », d'Arthur Bernède.

« … j'ai pu me rendre compte qu'il existait, dans ce pays, un grand nombre de sociétés secrètes extrêmement puissantes et qui ont des ramifications un peu partout. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 4 [Ménardier])

1.
Bernède. « Belphégor ». II, 4. Où il est question d'un « trésor » et de la dynastie des Valois (1328-1589). Chantecoq élabore ; Ménardier tâtonne et se débat. Le Fantôme a de sérieuses raisons ; nous aussi, et nous hantons parfois des lieux à la recherche d'on ne sait quoi.

2.
Un anarchiste ? Du « génie infernal » du Fantôme du Louvre. Politique et sociétés secrètes. Complotisme. Bernède évoque Pierre Benoît. Ferval tend un piège. De l'utilité policière des « petits villages du Nord ».

3.
Troisième nuit de Ménardier chez les « Dieux barbares » du Louvre. Je me demande si cette salle dite des « Dieux barbares » a jamais existé. « A la même heure », à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois... « la petite lampe qui ne doit s'éteindre jamais ».

4.
Les visiteurs de la nuit. Retour du « bossu mystérieux ». La dalle à la fleur de lys. Ça me rappelle « L'Or du diable », la série télé (1988) de Jean-Louis Fournier sur l'histoire étonnante de l'abbé Saunière et du trésor qu'il aurait découvert à Rennes-le-Château. Il y a aussi une dalle dans l'histoire de l'abbé Saunière, la « dalle du Chevalier ».

5.
La dalle amovible. Les dessous de l'église. Souterrain, rats, crapauds, porte en chêne, trois coups. Le Fantôme du Louvre reçoit de la visite. L'étrange tube dont se munit Belphégor. Ah tiens, un souterrain qui mène au Louvre. On n'arrête pas le passé.

6.
Un « escalier exactement semblable » : symétrie donc. Résolution d'une énigme : on sait maintenant comment le Fantôme pénètre dans le Louvre. Ça rappelle le Fantôme de l'Opéra. « Invisible dans la nuit ».

7.
Malaise dans la salle. Le Fantôme au masque à gaz. Trois hommes à terre. La clé est sous le socle. Une autre dalle à la fleur de lys. La symétrie se poursuit. Le blason des Valois. Un coffre ? Qu'y-a-t-il dedans ?

Un coffre dans un roman populaire, c'est soit un trésor, soit des parchemins, une carte, des documents précieux, car si le Fantôme y découvrait un Dark Vador (et repose-toi bien) à monter soi-même ou un recueil de recettes de cuisine, ce serait rigolo mais, d'un point de vue narratif, incongru.

8.
Les visiteurs de la nuit emportent le coffre. Les « historiens et les architectes du Louvre » ne savent pas tout. Un trésor. Un « objet » dans la bibliothèque. Réapparition des lettres volées. Jacques Bellegarde va-t-il tomber dans le piège que lui tend le bossu mystérieux aux ordres du Fantôme ?

9 .
Ai revu hier soir « 8 Femmes », de François Ozon, d'après la pièce de Robert Thomas. Hommage à la littérature policière à énigme (avec révélations en cascade et huis-clos dramatique), tout autant qu'au talent d'Hitchcok à métamorphoser le kitsch en rêverie fascinante.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

30 décembre 2022

POUTINE ROUGE IMPAIR ET PASSE

POUTINE ROUGE IMPAIR ET PASSE

1.
27 décembre 2022 (16 heures 20) : le rouble toujours en baisse : 1 euro = 74, 76 roubles et l'indice RTS baisse fortement. Grignoti-grignota : l'argent des Russes s'en va. Où ça ? Dans la sale guerre de Poutine en Ukraine.

2.
28 décembre 2022 (14 heures 42) : le rouble toujours en baisse : 1 euro = 76,15 roubles et l'indice RTS a baissé de plus de 2%. La Bourse de Moscou se ferait-elle du souci ?

3.
Je me demande qui va crasher en premier : la bourse de Moscou ou le marché des cryptomonnaies (où les désillusions semblent s'accumuler).

4.
Dans l'état actuel de l'opinion, Quatennens serait sans doute la première victime du référendum révocatoire (et autre référendum d'initiative citoyenne) qu'il appelait jadis de ses vœux. « La révolution mange ses enfants ».

5.
29 décembre 2022. On évoque en Europe un retour violent du Covid à venir (de Chine selon toutes les apparences). Tout dépendra de la virulence des variants. Allons-nous vers un retour des restrictions ? L'immunité vaccinale (ou la « naturelle ») nous en préservera-t-elle ?

6.
Il semble qu'entre ce que Poutine assène (crédits illimités pour mener sa sale guerre en Ukraine, solidité financière de la Russie, potentiel militaire inouï, etc...) et la réalité, le gouffre s'élargit et s'approfondit. Poutine pourrait bien finir par tomber dedans.

7.
Les sanctions fonctionnent comme le prouvent l'effritement du rouble, les dysfonctionnements de plus en plus patents de l'économie de la Russie, la baisse régulière des indices de Moscou, les difficultés de l'armée sur le terrain.

8.
Il se pourrait que Poutine soit plus isolé qu'il l'imagine. Possible que ses alliés se méfient de lui, de son appétit de puissance (un empereur qui se rêve un empire) et de sa propension à éliminer physiquement les gens qui le gênent.

Il se pourrait donc en fin de compte que l'effet attendu des sanctions se fasse réellement sentir en 2023 et oblige Poutine à reculer, c'est-à-dire à trouver un prétexte pour ne pas se représenter en 2024 et laisser son successeur négocier avec l'Ukraine.

9.
Y en a des qui, à ce qu'ils affichent un peu prétentieusement, furent jadis des huiles et qui affirment que « l'Occident fait tout pour humilier la Russie » et d'ajouter : « Humilier la Russie, c'est fabriquer aveuglément l'Allemagne de 1933/1939. »

- Il ne s'agit pas « d'humilier » la Russie, mais de faire échouer Poutine dans sa tentative d’annexion de l'Ukraine. Ce qui fera chuter le régime oligarchique actuel. La Russie reprendra alors le chemin vers la démocratie et redeviendra un interlocuteur respectable.

- Ne pas décourager Poutine dans ses tentatives expansionnistes revient à fabriquer aveuglément une puissance eurasiate qui menacerait directement, via l'Ukraine annexée, l'UE et le monde libre.

- Je m'interroge sur le nombre de cadres de l'armée française et de l'administration, retraités ou pas, qui, pour des raisons que j'ignore, ont servi ou servent de relais à l'influence russe.

Le même affirme : « La réalité est que l'Occident bute sur un autre modèle politique et civilisationnel » (on dirait du Douguine). En l’occurrence, c'est plutôt Poutine qui « bute », et dans tous les sens du terme.

Désolé, mais je suis Français. Les Etats-Unis sont nos alliés. Ni les Etats-Unis ni la France ne sont parfaits mais ce sont des démocraties. La Chine et la Russie ne sont pas des démocraties et sont menaçantes. Point barre.

10.
29 décembre 2022. La chute du rouble se poursuit. A 17 heures 10, 1 euro = 77, 29 roubles.. 1 rouble = 0,012 euro. L'indice RTSI reste faible, à 936, 80 points (il était à 1500 avant le déclenchement de la sale guerre de Poutine en Ukraine).

11.
Les difficultés de l'armée russe en Ukraine sont certainement connues en Russie et l'idée qu'il vaudrait mieux prévoir une réserve de monnaies étrangères solides (dollar, euro, franc suisse,...), en cas de malheur et de nécessité de partir fait certainement son chemin... surtout si le rouble finit, malgré tout le talent de Elvira Nabioullina, par faire plouf.

12.
28 décembre 2022. Il se dit sur les réseaux sociaux que les agences bancaires russes commencent à manquer de cash. Si l'information s'avère exacte et que cette situation perdure et s'aggrave, se pourrait-il que les Russes remettent en cause la légitimité de leurs dirigeants ?

Les brouettes pleines de billets, c'est en cas d'hyperinflation. C'est ce que veut éviter la banque centrale russe. La Russie a des réserves, mais la guerre et les sanctions pèsent. La banque centrale, se refusant à réduire l'offre, n'a pas relevé son taux directeur, ce sont les ménages qui trinquent.

Bref, le système bancaire russe subit :
- des difficultés dues aux sanctions (il est beaucoup moins puissant)
- une organisation de la pénurie (l'Etat préférant balancer des missiles qui coûtent les yeux sur les Ukrainiens plutôt que de payer retraites et allocations).

D'où plus d'sous.

Ce qui pourrait signifier que :
- ou Poutine ne peut faire autrement que de gagner sa sale guerre rapidement s'il veut rétablir l'économie de la Russie.
- ou Poutine pense qu'il peut aussi gagner sa guerre économique et compte sur la docilité de sa population.

Conclusion : Lorsque le président Zelensky dit qu'il faut prendre les menaces nucléaires de Poutine au sérieux, je pense qu'il a raison. Si le système poutinien craque, qui sait jusqu'où un Poutine aux abois pourrait aller ?

A moins, comme j'ai tendance à le penser (ah optimisme !) qu'une partie de l'administration, de la finance et de l'armée agisse dans l'ombre et évite le pire à leur pays...

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

28 décembre 2022

SCENE DE COMBAT DE RUE AVEC FANTÔMES

SCENE DE COMBAT DE RUE AVEC FANTÔMES

Notes sur les chapitres 7 et 8 du manga « Red garden », de Kirihito Ayamura, d'après la série animée du studio Gonzo (volume 2, éditions 12bis, 2008) .

«  - Alors, il y a d'autres combattantes que nous... »
(Kirihito Ayamura, « Red garden » 2, chapitre 8 [Kate])

1.
Kirihito Ayamura. « Red garden 2 ». « Introduction ». New-York avec un nom de président. La perte des souvenirs de la nuit précédente. Pourquoi « la nuit précédente » ? Je ne sais pas ; je n'ai pas lu le tome 1. Une morte. Et elles aussi, les quatre filles de l'école, « mortes » qu'on leur dit qu'elles sont (quelle annonce !).

2.
Il y a un tueur, une mystérieuse, un « journal intime commun », une fêtarde, une rebelle, une « timide et réservée », une parfaite "élève parfaite", il n'y a pas d'électronicienne en Allemagne, pas de perroquet moqueur, pas de petite fille effrontée qui tanne tout le monde pour prendre le métro alors qu'il est en grève, pas de marin en noir et blanc qui cherche des trésors et qui trouve des âmes. On ne met pas tous ses fantômes dans la même fiction.

Tous ces fantômes là, ça me rappelle la chanson de Tegan and Sara : « Walking with a Ghost » (2004), basée sur une suite de répétitions qui contredisent l'affirmation : « You're out of my mind, out of my mind » puisque justement, alors qu'elle « marchai[t] avec un fantôme » (« I was walking with a ghost ») et qu'elle l'a évincé (« I said : « Please, please, don't insist ») elle ne cesse pourtant de répéter qu'il est « hors de son esprit », comme si cet « hors de son esprit » l'avait coincé dans la boucle d'une synchronie. De quoi parle cette chanson ? De l'amour qui persiste, des séquelles d'un viol, de quelqu'un qui a eu trop d'influence, d'une image de soi dont on ne veut plus, d'une présence invisible ?

3.
Elle ne croira jamais qu'elle a été assassinée. Une autre doit y aller. Elle reviendra « avant la fermeture ». Une autre crie qu'elle n'ira pas. On dirait un chien vampire qui s'avance dans la perspective. Le ciel sombre, on dirait un filet. Est-ce le vent ? Est-ce cette multitude de papillons blancs ?

4.
Une croit qu'elle est « fichue ». Une autre part. Quelqu'un observe la scène (il a des jumelles). La petite morte, elle a un nom de rose, file le long d'une paroi. L'être bondit (ce qui est ontologiquement intéressant). Une fille aux yeux voilés.

5.
Dans la rue, un groupe de filles combattantes. Un zombie volant ? Le zombie se lance sur la fuyante. « Red garden » est un manga du genre « thriller surnaturel » (je lis ça sur Wikipédia) ; il comporte des scènes relativement violentes. Efficace dynamique des traits, une spécificité de bon nombre de mangas. Et soudain, cendres : une multitude de petits points dessine les contours de ce qui disparaît.

6.
Autre lieu. Absence du classique : « Pendant ce temps-là... » des bandes dessinées européennes. Un docteur, un jeune homme inquiet. Doit-elle se « transformer en monstre » ?

7.
« Les morts deviennent cendres » : « Ashes to ashes, dust to dust ». C'est le lot commun à nous autres, « d'être poussière et de retourner à la poussière » (Genèse 3:19). « S'endurcir », certes... « d'autres combattantes ». En voilà une, cheveux clairs, visage d'angle, costume noir, et de quoi frapper. Accroupie, perspicace, elle reconnaît Kate.

8.
Un fantôme passe dans le ciel. M'évoque une nurse volante. D'ailleurs, elle atterrit. Décidément, j'aime bien les histoires à fantômes moi. Ça doit avoir un rapport avec mon projet existentiel, comme dit l'autre en mangeant une gaufre. La cheffe n'est pas contente. Gifle. Pourrait-elle tuer des mortes ?

9.
Anna porte un masque effrayant. Anna sourit. Anna est contente d'avoir des fleurs. Anna a les yeux fiévreux. Le dessinateur a du talent.

10.
Peut-on oublier la douleur des autres en oubliant la sienne ? Peut-on donner un rendez-vous à un revenant pour lui demander pardon de n'avoir pas « montré de larmes » ? Parfois, la perception est si intense que le réel soudain nous paraît perméable à l'invisible. Rose ouuiiine. Une fille « sait quelque chose ».

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

28 décembre 2022

L'AUTRE SCENE EST DEJA NOTRE SCENE

L'AUTRE SCENE EST DEJA NOTRE SCENE

Notes sur le sonnet « Le rêve d'un curieux », de Baudelaire.

1.
Le narrateur baudelairien s'adresse au lecteur, et le tutoie. Oxymore : « la douleur savoureuse ». Le narrateur cherche à exprimer la particularité, la singularité de certains sentiments. Simplicité de l’expression : « J'allais mourir » qui mêle la confidence au ton de conversation amicale des deux premiers vers. Qu'est-ce qu'une « âme amoureuse » ? Peut-être une âme pleine de désirs ? Et en quoi cette « âme amoureuse » serait-elle singulière ? Sans doute parce que ce « désir » qui l'anime est « mêlé d'horreur », qu'il est le lieu du « mal particulier », celui du fantasme et de la fascination morbide. N'est-ce pas le cas d'un grand nombre d'âmes ? Sinon, nous ne lirions pas tant d'histoires horrifiques. Est-ce pour en avoir la confirmation que le narrateur baudelairien, en le tutoyant, s'adresse au « lecteur », son « semblable hypocrite », ce « frère » ?

« Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : « oh ! l'homme singulier ! »
- J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d'horreur, un mal particulier ;
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », premier quatrain)

2.
Le vers 5 du sonnet ne comporte pas de verbe. Un état d'esprit ambivalent. Du reste, pas de rébellion, pas de refus de la mort (« sans humeur factieuse »). Accentuation ternaire évoquant le rythme régulier du sable qui coule, image du temps. La répétition de la dentale [t] évoque le tourment et souligne rythmiquement l’expressivité de l'adjectif « âpre ». C'est ici la septième syllabe qui sonne, comme un accord après une montée, et avant le relâchement de la séquence « et délicieuse ». Nouvelle expression de l'ambivalence : la « torture âpre et délicieuse ». Accentuation ternaire que l'on retrouve dans le vers 8 : le narrateur baudelairien se détache du monde au rythme du temps qui passe et qui rend l'attente toujours plus « âpre et délicieuse ». Diérèses à la rime, évoquant la subtilité, voire la préciosité, des sentiments qui animent le narrateur.

« Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
Tout mon cœur s'arrachait au monde familier. »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », second quatrain).

3.
Le titre du sonnet est basé sur un jeu de mots. Une personne « curieuse » peut être un caractère original, mais aussi quelqu'un qui éprouve de la curiosité. La formule « avide du spectacle » rend possible cette interprétation. Mais si ça se trouve, je me goure, et je m'en fiche bien, car voilà. Le narrateur baudelairien se compare à un « enfant » et l'autre monde se tient sur une autre scène. Ce qui sépare l'enfant de cet autre monde, c'est un « rideau ». La vérité de l'autre monde ne peut être révélée au vivant, cet enfant irréfléchi. D'ailleurs, elle n'est pas « révélée » par de saintes écritures, mais elle « se révèle », quand le rideau se lève, ou plutôt quand il tombe. Virtuosité baudelairienne : le jeu des labio-dentales [f] et [v] dans le vers 11.

« J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...
Enfin la vérité froide se révéla : »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », premier tercet)

4.
Un croche-pattes donc le réel s'arrêta. Je sais maintenant pourquoi ce poème me plaît. Un écho dans ma mémoire curieuse : le « J'étais mort sans surprise » me rappelle le « Il est mort sans surprise » de la chanson « The Partisan », de Léonard Cohen. Il est vrai que lorsque je suis tombé, il ne me semble pas que j'ai eu le temps d'être surpris. Et s'il y eut surprise, je ne m'en souviens pas. L'ambivalence des sentiments qui animait l'âme du narrateur est dissipée par la « terrible aurore ». Virtuosité encore, ces échos « mort / aurore », « sans surprise / terrible ». Après la pause à la rime, rejet de la forme « m'enveloppait ». Retour du ton de la conversation, de l'anecdote racontée (« - Eh quoi ! N'est-ce donc que cela ? », et le « a » comme exclamation ironique) pour finir sur l'énigmatique : « La toile était levée et j'attendais encore. » Le mort n'est donc pas mort, puisque cette révélation n'est qu'un songe. L'autre scène est déjà notre scène. L'autre scène n'est peut-être jamais que notre scène. Et il n'y a rien derrière le rideau.

« J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M'enveloppait. - Eh quoi ! n'est-ce donc que cela ?
La toile était levée et j'attendais encore. »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », second tercet).

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

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