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BREFS ET AUTRES

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10 décembre 2022

UNE INTERROGATION METAPHYSIQUE OU UN PROBLEME TECHNOLOGIQUE ?

UNE INTERROGATION METAPHYSIQUE OU UN PROBLEME TECHNOLOGIQUE ?

1.

Il faut plus d'un million de roubles russes pour acheter un bitcoin. Il se dit en Occident que les recettes fiscales russes seraient en forte baisse. Poutine signe des accords avec qui veut bien acheter son pétrole à prix réduit et ainsi le brade, le pétrole de la Russie.

Une monnaie en baisse constante.

Des recettes fiscales qui chutent.

Une dévaluation des cours des matières premières.

Voilà trois indicateurs de la violence de la crise qui touche l'économie russe. Oui, les sanctions sont efficaces et Poutine en passe de ruiner la Russie.

2.

La position du député LFI Aurélien Saintoul est limpide :

  • il condamne Poutine, parce que c'est pas beau ce qu'il fait, c'est vilain.

  • oui, mais, c'est pas qu'il ne VEUT pas remarquez, Aurélien Saintoul, mais il ne PEUT soutenir réellement l'Ukraine autrement qu'en paroles,

  • car, soutenir l'Ukraine, c'est aussi demander le renforcement d'une défense européenne. Or, nous dit-il, il n'y a pas de « souveraineté européenne », parce que, nous dit-il encore, « il n'y a pas UN peuple européen » (sic).

  • donc, si défense européenne pas possible, cela veut dire s'en remettre à l'OTAN, et là, son sang d'Insoumis de l'Assemblée ne fait qu'un tour, à Aurélien Saintoul : on n'aime pas Poutine (bouh) mais de là à travailler avec les impérialistes capitalistes conservatistes Américains, faut pas exagérer !

  • de plus, toujours plus de sanctions, est-ce bien raisonnable, c'est pas tellement pacificateur, ça, hein ?

  • Conclusion, on n'a rien contre l'Ukraine, mais bon, en conscience, on ne peut rien faire. Donc, on ne fait rien.

  • Personnellement, j'appelle cela de l'hypocrisie, et même du jésuitisme. Mélenchon en général caché des bons pères ? Non, là je fais du complotisme....

  1. Dans un article de Nils Markwardt traduit de l'allemand par Olivier Mannoni et publié dans « Philosophie Magazine » n°120 (juin 2018) : Croit-on en Californie que l'humain pourrait s'immortaliser ? Dans les années 1920, des Soviétiques nourrissaient-ils les mêmes fantasmes ?

  2. « Ambrosia » est-il une marque déposée ? La start-up « Ambrosia » existe-t-elle encore ? On demande du sang frais, du sang jeune... La nature profonde de l'humain est-elle plus vampirique qu'autre chose ?

  3. Je me souviens que dans les années 70, on écrivait dans certains magazines que certains fortunés de ce monde pouvaient, pour très cher, aller dans certains pays se faire changer une partie de leur sang, et ainsi se « régénérer ». J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'une légende urbaine.

  4. Alexander Bogdanov (1873-1928), les « immortalistes », les « biocosmistes », un immortalisme marxiste ? Un parallèle à faire avec le transhumanisme californien ? C'est-y ou pas de la blague qu'il raconte, Markwardt ?

  5. D'un point de vue capitaliste, l'immortalité rapporte-t-elle gros ? Une nouvelle aubaine et un renouvellement du cheptel des vaches à lait aussi stupides que friquées ? Je ne crois pas que la répartition des richesses corresponde à la répartition de l'intelligence. Trump est la preuve vivante du contraire.

    Je ne crois pas non plus à une répartition des diplômes qui correspondrait à une répartition des capacités intellectuelles. Regardez nos technocrates français : ils ont fichu en l'air notre système de santé, notre système éducatif, notre système judiciaire, une partie de nos capacités militaires, et on ne sait probablement pas tout. Dès lors, je m'étonne que certains naïfs, ou cyniques, ou crétins soient fiers que leur fils ou leur fille intègre l'ENA ou Sciences Po.

  6. Contrôler la nature signifie-t-il abolir la mort ? L'abolition de l'arbitraire de la mort annonce-t-elle une humanité transformée en musée, dans lequel les êtres auraient « une existence sans fin ». Quel rapport il y a-t-il entre Jeff Bezos et Nikolaï Fiodorov (1829-1903) ?

  7. Le fantasme de l'Homme nouveau : Surhomme, homo sovieticus, humain augmenté. Les agités du bocal communiste nourrissaient-ils les mêmes poissons que les agités du bocal transhumaniste ?

  8. « Biotechnologie », « cryogénisation », « libération des âmes » (comme si l'âme n'était pas indissociablement liée à notre présence physique, à notre conscience d'être un corps au milieu d'une multitude d'autres corps).

  9. J'aime bien cette formule de Nils Markwardt à propos du transhumanisme : « une augmentation vampirique de la vitalité ». Où ai-je lu que, quand bien même elle en serait éperdument amoureuse, toute conscience souhaitait de manière plus ou moins consciente la mort de la conscience qui se tient devant elle  et avec laquelle elle est tenue de partager le réel ?

  10. Immortalistes soviétiques et transhumanistes californiens se croient-ils supérieurs aux autres, se voient-ils comme des dieux virtuels ? Le réel est un cheval qui fait toujours tomber le cavalier trop présomptueux. Big Crunch et grosse déconfiture.

  11. « Science avec patience, / Le supplice est sûr » a écrit Rimbaud. Du danger des monopoles technologiques américains. Les transhumanistes sont-ils encore des démocrates ? Du piège mortel de vouloir le « bien » de l'humanité malgré elle.

  12. L'aspiration à l'immortalité transhumaniste est-elle une nouvelle « soumission volontaire » ? Staline, en fin de compte, envoya , dit-on, immortalisme et pseudo-science balader et parfois « dans les camps ». Comment finiront-ils, les ogres sans partage du transhumanisme ?

    Patrice Houzeau

    Malo, le 10 décembre 2022.

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10 décembre 2022

STUPEFACTION DE LA FASCINANTE

STUPEFACTION DE LA FASCINANTE

Notes sur « L'Astragale de Cassiopée », une aventure de la série « Isabelle », dessins de Will, scénario de Franquin, Delporte et Macherot. Publiée en épisodes dans l'hebdomadaire « Spirou » en 1976, puis en album en 1979 par les éditions Dupuis.

1.

L'une s'appelle Calendula et l'autre aussi. Isabelle et sa tante Ursule cueillent des framboises. Je n'ai pas passé une très bonne journée ; c'est de ma faute. 9 décembre 2022 : on évoque quelque neige la semaine prochaine.

2.

Les diamants brûlant « d'un feu intérieur » reviennent parfois à leur propriétaire, celui-ci eût-il les pieds fourchus. Dans les bandes dessinées, les tartes que l'on met à refroidir sur les rebords des fenêtres ont tendance à disparaître.

3.

Quand on parle de Calendula, il arrive souvent qu'on évoque l'autre. L'autre étant « d'humeur bouillonnante », dit le cartouche, brise les tankers, noue les tentacules, fait des subaquatiques armés des modèles réduits.

4.

Là « où l'on ne peut arriver qu'après un interminable voyage, quel que soit le point d'où l'on est parti... ». Un air de surréalisme sous-marin.
5.

Calendula réveille le serpent poilu tout noir. Le maléfique nous espionne. On dirait une pièce de vêtement genre « boa ». Il nous espionne tout de même.

6.

Oncle Hermès rend visite à un « grand chef » aussi incognito que son nom est à jeu de mot. Pour l'ambiance, un bandonéon.

Alors qu'ils buvaient un verre de rhum, le rhumatisant se dérhumatisa, mais ce n'est pas le rhum, non ce n'est pas le rhum (chauffe, Marcel !) qui dérhumatisa le rhumatisant mais c'est la magie, askip, la magie d'Hermès qui dérhumatise les rhumatisants.

Comment le chef « Eétanapu » changea de nom. Comme un air de boutique étrange dans une nouvelle de Jean Ray.

7.

Petite boule verte de rage pile pile pile en assenant Nan Nan Nan. Une odeur de danger.

8.

On débusque un chuintufle : je ne vous dis pas ce que c'est, vous n'avez qu'à lire l'album. Défois le réel colle aux poils du maléfice ; l'invisible ne peut se passer de nous.

9.

Retour du chuintufle poisseux et dansant au bercail sous-marin et très étrange. Conjectures sur « l'Astragale » (laquelle est un os, ou une plante) de Cassiopée (laquelle est une reine mythologique qui tourne, tourne, tourne dans l'espace et tête en bas).

10.

M'a tout l'air d'une perle géante, le « Globe de nacre », oui et même très géante. De l'utilité des globes terrestres dans les arts magiques.

Calendula utilise Google Maps. Qui sème ses perles se prépare de drôles de tours (du coup).

11.

Quand les grilles des parcs se ferment, parfois s'éveillent les statues. Pourquoi je pense aux films de Cocteau, moi ? Est-ce après le crépuscule que l'on cherche Hermès ?

12.

Il y a des formules, lorsqu'elles sont prononcées en caractères gras dans les phylactères de certains albums, ça remue les sculptures, mais attention, ce n'est que dans certains albums. Je ne me souviens d'ailleurs pas d'avoir jamais vu Placid (ou Muzo) déclamer en pseudo-latin une formule d'agitation des pierres.

13.

Je ne savions point qu'il existât une filiation entre Hermès et la petite Isabelle. Il est vrai que cela fait longtemps que je n'ai pas ouvert cet étrange imagier. Tout le monde descend...

14.

Quand planent les squelettes. Crapaud, rose échassier, « arbre mort », incantation (sinon, on ne voit pas bien pourquoi Calendula aurait ramené en ce lieu désolé l'horreur de son être profond, puisque des crêpes, elle peut aussi bien en faire chez elle).

Glouglou, un grand AAAAAAAAAAA dans la case. (heureusement que c'est de la bande dessinée, sinon, les voisins pourraient râler). La maléfice toute nue. Pourquoi je pense à La Manikoutai (« Etait-ce femme ou bien rivière ? » a écrit Gille Vigneault) ?

15.

L'origine du brouillard se tient-elle dans des forges souterraines ? Le diamant aime les jeux de mots et d'ailleurs, il se « taille » (si, si, c'est dans l'album, vous pouvez vérifier !).

16.

Où l'on apprend ce qu'est au juste « L'Astragale de Cassiopée », mais je ne vous le dirai pas, na. Quant au diamant, il a bien de l'esprit, qui fait rire Isabelle et amuse le lecteur.

17.

Femme fatale émerge du bassin. « Prends garde à toi, Hermès ! » dit-elle comme dans un opéra. Elle est si belle qu'on dirait qu'elle n’existe pas.

Qui va la chasse aux cœurs émus perd sa place. Et d'un bond, la belle se fit statue. John compte les étoiles ; Emma allume la lumière. « Madre de dios ! » firent les bandidos stupidos en déguerpissant véloces avec tous leurs osses courts comme longs.

Hermès subit un coup de foudre pour Calendula alors qu'il est amoureux de Calendula. Voilà Hermès fasciné pour celle dont dont le nom rappelle l'espagnol « calentura » et qui désigne une fièvre tropicale.

Hermès frappadingo in love cite les paroles d'une chanson d'Edith Piaf. Calendula triomphe et rit de se voir si belle en cet Hermès.

Fuite, fugue, fugace fissa sous les flots. Comment annoncer à Calendula que son fiancé est parti avec Calendula ?

18.

Calendula a les cheveux verts comme dans un poème d'Apollinaire, et c'est une fée aussi, comme dans un poème d'Apollinaire, mais elle n'est pas sept et ses cheveux ne tombent pas jusqu'à ses pieds. Elle fait sortir des êtres en grec d'une bouteille.

Le nuage flottant est un moyen de transport bio-dégradable. Il faut plonger, Isabelle. Il suffit de prendre les rênes d'un poisson.

De l'amusante frousse qu'elle ressent, la frimousse rousse Isabelle. Publication des bans (de poissons).

Une sirène (et sa petite) dans les filets. Juste une péripétie calendulaire et tout rentre dans l'ordre : gros bateau est devenu petit ; Calendula et Isabelle reprennent leur chemin sous-marin.

19.

A coup de sabot, le réveil d'Hermès. Si fière de se voir si belle en ce miroir, Calendula oublie que la coquetterie est parfois mauvaise conseillère.

Bataille pour l'Astragale. L'ahurissement d'Hermès se fait à coups de chuintufle.

20.

Zont des pipes et de blancs suaires, v'là la caraque, v'là la caraque qui passe, zont des pipes et de blancs suaires, v'la la caraque et son « hollandais volant ».

Drapé orange d'une robe sur le bleu des fonds marins. Sirènes et requins. Crêtes et tridents. Dans les profondeurs aussi rodent les hell's angels.

Faut pas croire, c'est pas parce qu'on fait dans le maléfice qu'on n'a pas de religion. La raie des dieux passe sur les créatures comme une ombre immense qui rappelle la puissance des ténèbres.

Et nous aurons un immense squelette pour basilique. Noces spectrales. Calamar au clavier. Emma et John n'ont pas été invités. John va à la chasse au vilain ; Emma détache une main. Alors la grosse boîte en métal androïde alla chez le cybernéticien s'en faire remettre une dans sa tronche en conserve par un autre grotesque en fer blanc.

L'esprit aussi vif que l'éclat du diamant rompt ces noces poissonneuses. Du reste, l'esprit va de plus en plus loin dans le jeu de mots incongru, intrus du coup, qu'il tente quand même mais c'est pas beau.

Au centre de la planche, en longue robe noire (curieux pour un mariage) et astragale de Cassiopée, Calendula triomphe sur Calendula (elle a un beau chapeau) tandis qu'Hermès dit des bêtises.

Vole, diamant, vole. Décalendulé de l'adulée Calendula, Hermès ses esprits retrouva. L'autre Calendula, Isabelle, Hermès s'enfuient. Calendula exige leurs entrailles.

21.

L’œil du requin, un point noir dans un oblongue jaune, a la force d'un symbole. La fascinante est stupéfaite. Il s'en passe des choses dans une heure de temps. Revoilà celui des tartes. Franquin et Delporte discutent dans un coin de case. Le groupe en bronze (attelage de monstres marins mené par Calendula en furie) continue d'attirer mon œil, puisque j'ai encore l’œil, la tête pour le porter et, dessous ma tête, quelque carcasse.

Patrice Houzeau

Malo, le 8 décembre 2022.

6 décembre 2022

J'AI VIEILLI DIT ELLE suivi de UN POTIRON SUR UNE BROUETTE

J'AI VIEILLI DIT-ELLE suivi de UN POTIRON SUR UNE BROUETTE

Notes Marges Brefs sur « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau et sur les premières pages de « Chêne et chien ».

1.

Comme j'avions eu la crève brevetée, j'avions laissé Zazie tondre ses moutons, mais tant va la laine qu'à la fin, allant mieux, je viens voir où en sont les manteaux. Donc, dans le chapitre 17 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

2.
La veuve Mouaque, après la dérobade de Trouscaillon, se brûle avec un autre croûton. Considérations troubles sur la pureté en cuisine.

3.
La foire aux baffes est ouverte. Projetez-vous mentalement le Gabriel faisant « sonner le cassis de l'un contre l'autre de telle force et belle façon que les deux farauds s'effondrent fondus » : comment ne pas penser au cinéma burlesque et à l'allitération effe ?

4.
Epique « Aux Nyctalopes ». Où Zazie, suivant les exemples de Jeanne la pucelle et de Jeanne Hachette, se comporte comme une « vraie fille de France » et soutient vaillamment son tant épatant tonton.

5.

Laverdure « change de disque » mais revient bien vite au classicisme de la phrase culte. Zazie fait part à son tonton tant épatant de son admiration pour l'homme d'action. Mais, en vertu de la morale républicaine, il est essentiel que force restât à la Loi, sinon c'est la chienlit échevelée.

6.

Donc, dans les chapitres 18 et 19 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Approche du réel contondant. Marceline ne répond plus.

Bal tragique aux Nyctalopes. Retour de l'homme au pébroque.

7.

Trouscaillon tombe tous les masques. Menace d'une fricassée d'perroquet. Zazie est dans les pommes et descend dans l'échappatoire grâce à l'intervention d'un mystérieux « lampadophore »

8.

Escapade et fin de la grève du métro parisien. Laverdure et Turandot s'envolent.

La maman à Zazie se magne et use de lucidité. Marceline révélée. Fin du roman et considération selon laquelle le temps passe.

9.

6 décembre 2022 : 1 euro = plus de 65 roubles (1 rouble = 0,015 euro et 0,016 dollar). La monnaie russe s'effrite un peu plus chaque jour. Les indices boursiers russes sont en baisse. Economiquement, la Russie s'épuiserait-elle ?

10.

Dans les premières pages de « Chêne et chien », le narrateur quenalcien dit son origine et la joie de ses géniteurs quand il vint au monde. « une sorte de poire » fut l'une des premières mamelles de son destin.

11.

Le narrateur quenalcien énumère les trésors de la mercerie familiale et se souvient des « demoiselles » du magasin, de la sueur qui « perlait à leurs aisselles ». Je ne sais à quel point cet olfactif influença le destin de l'auteur de « Chêne et chien ». Il n'eut « jamais de sœur ».

12.

Que nous font ces souvenirs ? Rien du tout si on en saisit le sens, car, à vrai dire, on s'en fout. Mais que l'auteur fasse rimer « Emprunt russe' avec Ursse (« U.R.S.S. ») et « Crédit Foncier » avec « quat'sous-papier » nous amuse assez (pour peu qu'on n'ait pas le moral trop rabaissé) .

13.

Le narrateur quenalcien se revoit marmot dessinant les choses et à l'école, apprenant « bâtons, chiffres et lettres ». Il en reparlera.

14.

Le narrateur quenalcien sous-entend du peu ragoûtant quant à ses « manies » dont « les progrès de la science », dit-il, le débarrassèrent, puis évoque à la page suivante un jeteur de sorts racketteur et d'obscènes voyous.

15.

Un quelconque lui mord le nez ; il gifle sa prétendante. Le narrateur voyage avec ses parents et s'épate de la locomotive. Maman achète de la carte postale ; papa a mal au foie.

16.

Père et fils, maladies et lectures. Aux beaux jours, « campagne verte », brune forêt », « mer indigo et violette », « ciel ardoisé ». Ces rimes fermentaient-elles déjà en lui, ou est-ce maîtrise d'auteur confirmé ?

17.

« On buvait du cidre, on mangeait de la crevette », écrit Raymond Queneau. Quant à moi, oui, j'aime à me souvenir de ce que j'eus plaisir à manger (coq au vin, carbonnade flamande, rouelle de porc en gelée, tarte au riz, pâté aux pruneaux, tarte aux abricots, glace à la pistache, bière « Duchesse de Bourgogne »...). Quelle mélancolie quand je regarde cuire mes nouilles.

18.

« Je ne décrirai point mon immense tristesse

lorsqu'il nous fallait revenir :

seul, un jour, un potiron sur une brouette

réussit à me faire rire. »

(Raymond Queneau, « Chêne et chien »)

Patrice Houzeau

Malo, le 6 décembre 2022.

 

6 décembre 2022

IL Y A DES LETTRES QU'ON NE PRONONCE PAS ICI

IL Y A DES LETTRES QU'ON NE PRONONCE PAS ICI.

 

Notes sur « Le Piano sauvage », une aventure de Philémon par Fred (scénario et dessin), publiée dans Pilote des numéros 456 à 469, puis en album en 1973, réédité en 1985 augmenté de deux histoires courtes : « Deux ombres au tableau » et « La bonne soupe ».

1.
Qui commence par un rappel. Philémon tombe dans un puits puis sur la lettre A. Attention avec vos lampes, elles peuvent être naufrageuses.

2.
De l'utilité des bouchons pour les bateaux en bouteille lorsqu'une tempête les envoie valser sous les eaux. Philémon tombe dans un plafond liquide.

3.
Philémon n'écoute pas le réel paternel puisque Philémon rêve (c'est que Philémon aime tant à plonger dans ses songes qu'il finit océanique). Arrivée de l'oncle Félicien et de sa pipe, laquelle fait des « pfoufs ».

4.
Félicien gloupe un godet mais, surpris, le pschrrrttt... aussi vite. Il y a des lettres que l'on ne prononce pas, « pas ici... ».

5.
Excédé des fantaisies, le paternel cartésien prend la porte, des imprécations plein le phylactère (du coup, comment voulez-vous qu'il se rende compte du bizarre qu'elles sont les choses défois ?). Félicien rallume sa pipe et sa « logique ».

6.
Se promenant dans les cases et entre les jambes de Philémon, dont je constate qu'il a les pieds nus, et de Félicien, qui porte des bottes, le chat blanc fait soudain part au lecteur de son vertige. Il y a plusieurs chemins pour là-bas.

7.
C'est par « le petit bout de la lorgnette » que Philémon éprouvera les effets de l'analogie (ce qui est en haut est-il semblable à ce qui est en bas ? Un globe éducatif peut-il servir de moyen de transport ?).

8.
Peinard, le Félicien continue à fumer sa pipe (« pfouf, pfouf ») tandis que Philémon s'artrouve dans les ailleurs océaniques.

9.
Pour celui qui « traverse l'atlantique à pied en solitaire » (et ses pas sur les flots verts et bleus faisaient « floutch »), le verbe « noyer » n'a pas de sens.

10.

Quand on campe dans l'Atlantique, il ne faut pas s'attendre à manger chaud.

Philémon n'a pas confiance et manque de se noyer. Une ancre le sauve et le voilà dans les airs et à bord d'une nacelle à tête de cocasse bestiole.

11.
Pour la deuxième fois en trois planches, Philémon se fait pousser dehors (vous verrez qu'il va finir par s'attirer des bricoles).

12.

Cette histoire étant pleine de rebondissements, lorsque dans un pays, vous vous mettez à rebondir sur les pelouses (par ailleurs d'un bleu d'herbe rare), il faut s'attendre à quelque interdiction du dit « rebondir ». Et le policier zailé joua de la trompette (ou de kekchoz dans le genre à souffler dedans pour faire du son).

13.

Il est temps que Justice se fasse : même l'incongru a ses règles. Sinon, c'est n'importe quoi et on a toujours raison de se rebeller contre le n'importe quoi. On notera que le « Palais de Justice » est perché.

14.

Philémon est au ban des accusés. Tous les êtres présents portent de larges ailes de papillon, sauf Philémon, bien entendu.

15.

C'est que Philémon n'étant pas natif du lieu (le « N »), ses ascendants n'ont pas connu l'évolution naturelle (induite par la nécessité de s'élever) dont le dessinateur Fred fait l’exposé à la page 28 de l'album dont je vous cause et qui a pour titre « Le Piano sauvage ».

16.

Le théâtre de la Justice a parfois recours à un souffleur. De la gravité des actes de Philémon (je vous l'avais bien dit qu'il finirait par s'attirer des bricoles...)

17.

J'ai dû déjà l'écrire que la large tête de la dame blonde en robe bleue et jaune et aux longs gants roses qui commente la condamnation de Philémon (« Terrible sentence » dit-elle) me fait penser aux illustrations de l'Alice de Lewis Carroll, aussi aux chansons du groupe Genesis du temps de Peter Gabriel.

18.

Il fallait y penser pour utiliser les zébrures du zèbre comme barreaux courbes d'une cage. En attendant le concert, restez dans vos zèbres.

19.

La garde volante se charge de Philémon : il faut bien que la sentence s’exécute, sinon à quoi bon condamner des innocents.

20.

L’exécution étant publique, des places sont à vendre. Et hop du toboggan à l'habit queue de pie, voilà un condamné bien élégant.

En attendant le lâcher de piano. Je reconnais Toulouse-Lautrec dans le public.

21.

Le piano est lâché. Philémon esquive avec agilité mais « Bong ! » tout de même. Blong ! Certes mais BlinglCklink aussi ! Les choses ne tenant parfois qu'à un accord, Philémon est donc libre et prend l'ascenseur (il n'a pas le choix).

22.

Labyrinthe au palace. Philémon réveille une vieille connaissance.

Philémon prend l'initiative mais gare au tapis enroulant.

23.

Défois derrière les portes... Quand passe le tapis... Autant en emporte le violon voletant là-bas, avec son cortège de feuilles mortes qu'on dirait les mains coupées d'un poème d'Apollinaire... En attendant les croissants... La concierge ne sait plus dans quel escalier elle a disparu... La sortie est dans l'armoire...

24.

Le monsieur qui ressemble à un dessin représentant Robinson Crusoé dans je ne sais plus quel volume du passé, se plaint de la qualité du réel, lequel pleure abondamment.

25.

Interlude.

L'âne-qui-rit Anatole se moque de Philémon, lequel lui annonce une autre histoire.

26.

« - M'ouais !... Pas moyen de discuter avec un âne... Il a toujours raison... »

(Fred, « Le Piano sauvage » [Philémon]).

Ah ça, ça mérite la citation, l'anthologie, le statut de mot d'auteur, quasi politique, d'ailleurs, cette observation, vaguement anarchiste.

27.

C'est lorsque votre ombre fait une fugue que vous ne tardez pas à rencontrer un « tailleur d'ombres ». Comme quoi l'absurde est aussi bien fait que le reste, par ailleurs aussi absurde, mais on s'y habitue et on appelle cela le réel.

28.

L'ombre demande ajustements et reprises. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas impunément que l'on promène son ombre dans le monde et il y a donc un prix à payer.

29.

Anatole juge sévèrement les bipèdes qui l'entourent et c'est vers une autre histoire, toujours une autre histoire, que lui et Philémon s'acheminent.

30.

Tremblement de terre et apparition de faisceau lumineux. Quel robot géant va-t-il surgir du sol ? L'homme qui toujours grandit.

31.

Philémon propose le recours au « petit bout de la lorgnette » (c'est vrai qu'il a fait ses preuves). L'âne Anatole prend soudain conscience de la relativité des ânes dans cet univers en perpétuelle expansion.

32.

Intervention du Réel paternel. De « vieux copains de régiment ». Ce qu'admet le Réel et ce qu'il n'admet pas est-il si logique ?

33.

L'album se termine par un rapide aperçu de ce qui pourrait se passer dans les albums suivants : Phare-Hibou, cocasses bestioles, pélicans de transport, château suspendu, ciseaux géants et toutes ces sortes de choses.

Patrice Houzeau

Malo, le 6 décembre 2022.

4 décembre 2022

UNE FOIS VLADIMIR MAKEI ENTERRE QUOI KI S'PASSE ?

UNE FOIS VLADIMIR MAKEI ENTERRE QUOI KI S’PASSE ?

1.

26 novembre 2022. La mort subite du ministre des Affaires étrangères de Biélorussie, Vladimir Makei, permettra-t-elle à Poutine de faire réellement rentrer la Biélorussie dans sa sale guerre en Ukraine, au risque d'une extension d'un conflit que la Russie ne peut plus gagner ?

2.

26 novembre 2022. Les gueules hilares de Kadyrov et de ce qui reste de Poutine sur les réseaux sociaux cependant que le nombre de soldats russes tués, blessés, disparus dans leur sale guerre en Ukraine se monte à plusieurs dizaines de milliers, sont obscènes.

3.

En raison des risques inflationnistes et vu que le bitcoin n'est toujours pas (et ne le sera jamais) une monnaie de référence, et tenant compte des dispositions susceptibles d'être prises unilatéralement par les Etats, il faut être drôlement naïf pour continuer à croire aux cryptomonnaies.

4.

27 novembre 2022. j'entends sur France Info qu'en Chine, protestant contre la stratégie « zéro covid », des manifestants ont crié « A bas le Parti Communiste, à bas Xi Jiping ». J'ajoute qu'on évoque de plus en plus souvent en France une nouvelle vague du virus.

5.

Lorsqu'une offre est limitée, si son prix baisse,

- soit la demande est moins forte par manque d'intérêt,

- soit son prix est considéré comme toujours trop élevé eu égard aux risques inflationnistes.

Il est possible que la baisse du cours du bitcoin ne soit qu'un ajustement face à l'inflation. Mais comme la spirale inflationniste pourrait bien durer, cet ajustement pourrait bien durer, et même empirer.

Il est possible que la crise énergétique mondiale entraîne la création de taxes et de contrôles qui viseraient la nébuleuse des connections, voire les cryptomonnaies elles-mêmes, et leurs « investisseurs ».

6.

La grande illusion du christianisme est de penser qu'en croissant et se multipliant, les êtres humains constitueraient une communauté de frères et de sœurs. Croissant et se multipliant, les humains deviennent toujours plus rivaux et concurrents et, fraternellement, s’entretuent.

7.

Tant va la cruche qu'à la fin elle obtient un diplôme.

8.
Sur BFM TV, j’apprends quel genre d’homme est le père d’Elodie Kulik, cette jeune femme violée et assassinée par Grégory Wiart et par Willy Bardon, et je ne peux m’empêcher de penser qu’un tel homme est admirable.

Wiart a eu le bon goût de mourir dans un accident. Je regrette pour ma part que la peine de mort ne soit pas en France applicable à des inutilités bestiales telles que Bardon.

9.
Je pense Poutine assez intelligent pour ne pas écouter sérieusement les conseils de ses bouffons Kadyrov (un maffieux inculte, rien d’autre) et de Prigojine (un autre maffieux inculte). Sinon, c’est que Poutine est encore plus bête que je le pense.

10.
René Chiche, quelle pleureuse celui-là, se plaint d’être censuré par le forum « Néoprofs » et par les « stylos rouges ». Bah, je ne souhaite pas son renvoi de l’éducation nationale, mais qu’on lui rappelle que c’est la démocratie française qui le paie, et non la Russie poutinienne.

11.
Le bitcoin continue de baisser. Le rouble aussi : 1 euro = 65 roubles. Ça    sent le roussi pour l’économie russe, laquelle malgré ses réserves d’or et d’hydrocarbures pourrait très vite rentrer en récession. Faut quand même le faire. Poutine est aussi mauvais économiste qu’il est mauvais stratège.

12.
Paraît que Poutine aurait voulu envahir le Japon. Bah, maintenant qu’il a compris que sa glorieuse armée n’est pas capable d’annexer un bac à sable sans le détruire avec trois ou quatre missiles, je pense qu’il commence à comprendre que La Triade est plus forte que lui.

13.
Le problème des soignants suspendus car non vaccinés se pose donc de façon aigue.

De deux choses l’une :

-      Soit le législateur inscrit l’obligation vaccinale anti-covid dans le statut des soignants et licencie ceux qui refuseraient cette obligation, soit le législateur ne l’inscrit pas dans la loi et dans ce cas, je ne vois pas ce qui pourrait justifier le non-paiement des salaires des soignants suspendus.

14.
Les perspectives de développement de la République Islamique d’Iran se rapprochant dangereusement de celles de l’Afghanistan, je pense qu’il est inutile de préciser que tout dollar ou euro investi en Iran le serait en pure perte.

La lucidité économique serait-elle parfois l’alliée de la morale ?

15.
Maintenant que le covid est ressenti par beaucoup de Français comme une sorte de grippe (dont hélas, comme dans le cas de la grippe, certains meurent), il va être difficile à l’exécutif de convaincre de l’obligation du port du masque et encore plus de celle de la vaccination.

16.
J’ai lu que les Russes avaient déclaré qu’ils n’accepteraient pas que le cours de leur pétrole soit plafonné à 60 dollars le baril. Réponse de principe ou crainte réelle ? On verra bien, la mesure entrant en vigueur ce lundi 5 décembre 2022.

Patrice Houzeau

Malo, le 4 décembre 2022.

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28 novembre 2022

LA PROCHAINE FOIS VOUS PRENDREZ UN PARAPLUIE

LA PROCHAINE FOIS VOUS PRENDREZ UN PARAPLUIE

Notes marges brefs sur "Zazie dans le métro", de Raymond Queneau.

1.

Au chapitre 15 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Quelque chose réveille Marceline. Quel est cet inconnu en cette maison, ce péril en cette demeure, ce cheveu en cette soupe ? se demande le lecteur appâté ou pas, épaté peut-être mais pas si sûr.

Pedro demande un verre de grenadine et ne sait plus comment il s'appelait ce matin.(En arriverons-nous à nous méfier de la grenadine ?)

Le « type », comme l'appelle l'auteur (Raymond Queneau), ce « soi-disant Pédro-surplus » a l'étrangeté d'un personnage de roman noir. Malaise et parodie dans l'appartement de Marceline.

Pédro se déclare et déclare, sans doute en vertu du « moi qui vous cause, je suis tout de même un autre », qu'il n'est pas ce qu'on croit qu'il est. Si Wittgenstein (1889-1951) était là, il dirait certainement qu'il a autre chose à faire.

Pédro-surplus est sûr de son coup. Marceline évoque l'impératif ferroviaire de Zazie, laquelle doit être « bien fatiguée » de toutes ces pérégrinations, perturbations, péripéties et périples en des périmètres qu'on sait tout aussi périssables que tout le reste allez.

Faisant des recherches afin de composer mes quelques brefs (il est vrai que le lyrisme, c'est pas mon truc), j'apprends qu'il y a un mot de 32 lettres commençant par « per ». Je vous le donne parce qu'il pleut, c'est « perhydrocyclopentanophénanthrène », lequel est un synonyme de « stérane ». La prochaine fois, vous prendrez un parapluie.

Du verre, de « l'os de la côtelette » et de « l'arête de la sole » suivi de Révélations sur Trouscaillon suivi de Dispute sur la conjugaison du pronominal « se vêtir » à l'impératif.

Bertin Poirée alias Trouscaillon alias Pédro-surplus consulte le dictionnaire. Marceline disparue (Albert la cherche encore, malgré le temps perdu).

2.

Au chapitre 16 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Trouscaillon, revenu à son existentiel projet trouscaillonnesque, se prête à la paraphrase et à la rêverie « mélancolieuse ». Quelqu'un sanglote.

Trouscaillon se fait reprendre sur sa façon de conjuguer. Il est aussi question d'une question que quelqu'un a oubliée.

« Trouscaillon en fit un vache » et quelqu'un rappelle sa raison sociale.

Quelqu'un devient Fédor Balanovitch. Trouscaillon se lance dans l'autobiographique, « enfin la racontouse quoi... »

Trouscaillon se plaint de ses désarrois affectifs. Fédor Balanovitch égrène quelques éléments de critique esthétique.

Fin de soirée pour les « agneaux » à Fédor. Le perroquet roupille mais pas Zazie qui tient à dissiper tout doute quant à son rôle de personnage principal.

Zazie fait une remarque lucide sur la surpopulation, émet une préférence pour le définitif, rabroue la veuve Mouaque.

Conflit larvé entre Zazie et le couple Mouaque/Trouscaillon. Gridoux révèle une vérité que vérifie Gabriel.

Interrogatoire du fonctionnaire de police Trouscaillon par le travesti Gabriel, qui débouchera à la page suivante sur une manière d'aveu désolant. Brouhaha alors nocturne et général.

Intervention des forces de l'ordre à bicyclette. Appréciations sur la marjolaine.

Tension palpable attisée par Zazie la zizaneuse puis par l'outré (semble-t-il) Trouscaillon.

Disparition de tous les pandores dans un « panier à salade ». Bref éloge de la soupe à l'oignon.

Patrice Houzeau

Malo, le 28 novembre 2022.

27 novembre 2022

COMMENT QU'IL CAUSE ÇUI-LA

COMMENT QU'IL CAUSE ÇUI-LA

Notes marges brefs en lisant Zazie dans le métro, de Raymond Queneau.

1.

Au chapitre 13 de« Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Le perroquet cause. Mado Ptits-pieds se fait sonner.

Le perroquet s'énerve et cause encore. Charles se tait.

Charles, dans le roman à Queneau, il est chauffeur de taxi, donc, de ce fait et comme dit Gabriel dès le chapitre 1, parfois, « Charles attend ». Par contre, je ne sais pas s'il est assez haut en taille pour qu'on puisse se permettre un « Charles le Magne ». Un « Charles se magne », à la rigueur, quand il est pressé, mais c'est quand même plus approximatif.

On n'entend plus le perroquet. Charles fait dans le squeleptisme.

Mado Ptits-pieds accepte en rougissant. Gabriel fait passer un message.

Mado devient Madeleine. Le patron propose « d'arroser ça ».

Gabriel invite son monde. L'auteur note que, ne pouvant faire autre chose, la porte s'ouvre.

« Entre femmes », Madeleine et Marceline supent de la grenadine.

Amusant, une note de bas de page m'informe que la forme « supent » est normande et signifie « aspirer, gober », que ça me fait penser à l'onomatopée « slurp, slurp ! » qu'on voit dans les bandes dessinées où il y en a qui avalent, jaffent, bâfrent, gustent et dégustent.

Marceline donne des conseils vestimentaires. Madeleine s'inquiète et s'émeut.

Madeleine complimente. Le temps coule quand même pas vite.

Marceline n'assistera pas au spectacle, ce qui aura une incidence sur le moral de Gabriel à la fin du chapitre 14.

2.

Au chapitre 14 de « Zazie dans le métro », de Raymond Queneau :

Le perroquet (il s'appelle Laverdure) va voir un tutu. Madeleine s'interroge sur le « kouak ce soit ».

Le perroquet (il s'appelle Laverdure), exerçant sa fonction de perroquet de fiction, se répète. Charles s'inquiète pour son avenir conjugal.

Madeleine énonce une vérité selon laquelle y en a, « vzêtes trop con pour qu'on puisse vous en vouloir. » Je me le tiens pour dit. Laverdure répond vertement, et sans se forcer, à un amiral.

Apparition de Gabriel. Pris d'éloquence distinguée, le perroquet soliloque en latin.

A midi, j'ai mangé du poulet froid avec de la mayonnaise, puis comme je n'avais plus de mayo, j'ai pris de la moutarde. Après j'avais encore faim, parce qu'en hiver j'ai toujours faim, alors qu'en été. Pendant ce temps-là « Zazie dans le métro » attendait en pensant à autre chose je suppose et sur le bureau.

Gabriel balance d'ontologiques pourquois et évoque gloxinias (plantes brésiliennes) et épithalames (pièce poétique pour mariage). Zazie, pour le coup, quoiqu'elle pérorât et quoi qu'elle pérorât, on ne l'entend pas.

L'Ecossaise, - tiens, un kilt - propose du « ouisqui » mais ils prirent du champagne. Gabriel se montre généreux.

Les gens qui ne s'aiment plus écoutent encore de la musique. Défois, y en a qu'ça émeut. J'écris ça en écoutant « This Little Babe » du « Ceremony of Carols », de Benjamin Britten.

Pour zieuter qu'elle « se pencha » because, Zazie, curieuse qu'elle est rien tant. Charles et Turandot s'inquiètent des fréquentations de la veuve Mouaque.

Gabriel fait un discours dans lequel on trouve les mots « billevesées, bagatelles et bibleries », on y trouve aussi le mot « pamplemousse » qui sert aussi dans le film « Rien sur Robert », de Pascal Bonitzer (France, 1999).

Gabriel tracouille. Laverdure critique (c'est son style).

Le perroquet Laverdure aurait pu dire : « Moi qui vous cause, je suis tout de même un autre. » Mais il a préféré ad libiblatérer : « Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire. »

Patrice Houzeau

Malo, le 27 novembre 2022.

26 novembre 2022

DIEU SERAIT-IL MOINS DIEU SANS LES SIGNES DE DIEU ?

DIEU SERAIT-IL MOINS DIEU SANS LES SIGNES DE DIEU ?

1.

Ce tonton-là, dont d'aucuns disent qu'il est tata, ce tonton, tata il l'est pas, pas du tout tata ce tonton-là cependant qu'il a un toutou qu'il appelle Tintouin, parce que lui s'appelle Milou.

2.

26 novembre 2022, j'entends parler sur France Culture d'un scandale possible concernant l'apprentissage, des fonds d'investissement et de très généreuses aides publiques cependant que France Compétences connaîtrait une fois encore un très lourd déficit.

Apparemment, y en a, ça s'gave, ça s'gave grave.

3.

« C'était à tout hasard, si quelqu'un s'amusait vraiment à nous intriguer par des signes, il saurait que nous les avions perçus... et que nous attendions la suite. »

(Gombrowicz, « Cosmos » [le narrateur])

C'est parce que le hasard existe que certains croient aux signes.

Si hasard et coïncidence n’existaient pas, tout ferait signe.

Le monde serait potentiellement totalement intelligible.

Mais, merci Seigneur, le hasard se fiche de nos pommes.

4.

Je ne sais pas si quelqu'un « s'amuse vraiment à nous intriguer par des signes ».

Qui pourrait s'amuser à ce jeu-là ?

Dieu serait-il moins Dieu sans les signes de Dieu ?

Que Dieu soit obligé « d'intriguer par des signes » les humains que nous sommes suppose que :

soit Dieu a besoin de nous pour être autre chose qu'un être,

soit Dieu, par amour ou par goût du pouvoir, tient absolument à ce que nous suivions sa parole.

Et le Diable serait certainement moins le Diable sans les signes du Diable.

Et lui, le Diable, a besoin de nous pour être autre chose qu'un être, de même que, par orgueil et appétit de puissance, il tient absolument à ce que nous croyions en ses pouvoirs sur ce monde.

Le Diable est tout autant dans les signes que Dieu.

A ne pas y reconnaître son pasteur.

5.

Si quelqu'un apprend que nous nous plaisons à percevoir des signes, il peut être tenté de « s'amuser à nous intriguer ».

Ainsi, certains artistes, qui ne sont pas des dieux bien que certains soient de pauvres diables, se plaisent à ce jeu de piste plus ou moins hermétique.

Nous les prenons d'ailleurs fort au sérieux et tombons dans le panneau que n'indique aucun gouffre.

6.

Nous les prenons, ces signes, tellement au sérieux que nous en attendons « la suite » et toujours plus.

Et de collectionner toujours plus de livres, de fictions, d’étrangetés poétiques, considérant sans doute que l'empire des signes y est disséminé et que quelque vérité essentielle peut se cacher aussi bien dans un volume de Spinoza que dans un album de Tintin.

7.

Dans « L'Orgue du Diable », ce n'est pas un sandwich pâté-cornichons que la Yoko Tsuno de Roger Leloup aperçoit, mais des « ossements humains » ; sinon elle aurait commandé une bière.

8.

Ce n'est pas à un spectacle de cirque que la Yoko de Leloup assiste, mais à la vision « d'ossements humains, « ce qui lui fait dire, non sans à-propos, « Il s'est passé ici des choses horribles !... »

Dans quel « ici » ne s'est-il pas passé de « choses horribles ? »

Y compris lors de spectacles de cirque.

9.

La Yoko de Leloup aperçoit des « ossements humains » : un crâne, des os, tout ça.

La Yoko de Leloup emprunte « une vieille épée ».

Je me demande combien elle en a décapités, au juste.

10.

Les impératifs, comme l'a écrit Kant dans ses « Fondements de la métaphysique des mœurs », indiquant le rapport d'une loi objective « de la raison » à une subjectivité non nécessairement déterminée par cette loi qui devient dès lors et objectivement une contrainte, et alors que dans « l'Orgue du Diable », elles sont enfermées toutes deux dans une cage de fer suspendue, la Yoko Tsuno au poil noir de Leloup réveille l'Ingrid au poil blond car, si vous avez lu l'album, vous savez ce qui pourrait leur arriver.

11.

Si l'Ecossais Robert Davidson n'avait pas en 1837 mis au point la première locomotive électrique, le train aurait manqué le vilain Karl, et donc la Yoko Tsuno de Roger Leloup serait morte étranglée, et donc Ingrid, à la dernière planche de l'album « L'Orgue du Diable », n'aurait pas pu dire que « La végétation effacera les dernières traces du maléfice ».

12.

Novembre 2022. On évoque la possible constitution d'un axe anti-Occident Russie-Chine-Iran.

Il est étonnant de voir à quel point ces pays ne voient pas que, quand bien même ils arriveraient à établir militairement une sphère d'influence plus ou moins contrôlée, en aucun cas ils ne pourraient gagner la guerre économique qui a d'ailleurs déjà commencé.

Communistes chinois, mafieux poutiniens, théocrates iraniens ne voient que leur intérêt à court terme et s'en remettent au droit du plus fort, lequel les précipitera en enfer plus vite qu'ils pourraient le penser.

Patrice Houzeau

Malo, le 26 novembre 2022. 

26 novembre 2022

LA CULTURE EST DANS LE RASOIR

LA CULTURE EST DANS LE RASOIR

« Moi qui vous cause, j'ai bien souvent gambergé à ces problèmes tandis que vêtu d'un tutu je montre à des caves de votre espèce mes cuisses naturellement assez poilues il faut le dire mais professionnellement épilées. »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 11 [Gabriel])

1.

C'est parce que vous dites « moi qui vous cause » que vous êtes tout de même un autre.

2.

Ce n'est pas parce que vous avez « souvent gambergé à ces problèmes », que « ces problèmes » ont « gambergé » sur vous.

Les problèmes ne vous calculent pas, sauf s'ils ont une conscience susceptible de vous calculer.

Si en plus, ils portent le chapeau, vous pouvez toujours penser au tutu.

3.

L'oncle de Zazie a « souvent gambergé à ces problèmes ».

Peut-on dire que la fiction gamberge ?

Peut-on dire que la fiction gamberge et que nous n'y comprenons rien.

4.

Ce n'est pas parce que le Gabriel de Queneau est parfois « vêtu d'un tutu » qu'il n'a pas de vertu.

5.

Que le Gabriel de Queneau portât parfois un tutu (après tout, il peut mentir ; pour ma part, je n'ai jamais vu Gabriel en tutu, il est vrai que je ne fréquente guère Paris, qu'il fût de Queneau ou pas), cela ne l'empêche pas de « gamberger ».

Je note que dans « gamberger », il y a « gambe ».

Mais même si Gabriel ne portait pas de tutu, cela ne l'empêcherait ni de gamberger ni de se raser.

6.

C'est parce que le Gabriel de Queneau porte parfois un tutu, qu'il « montre à des caves de votre espèce [ses] cuisses naturellement assez poilues ».

Toutes les cuisses ne sont pas « naturellement assez poilues ».

Je n'ai pas mangé de poulet hier soir, mais j'aurais pu.

7.

Ce n'est pas parce que ses cuisses sont « naturellement assez poilues » que Gabriel porte un tutu.

Tous ceux qui portent un tutu n'ont pas les « cuisses naturellement assez poilues ».

Mettez un tutu à un abat-jour, celui ne lui fera pas les cuisses « naturellement assez poilues » pour autant.

J'ajoute que si l'on remplace « tous ceux » par « toutes celles », j'ajoute mentalement «  de cheval » mais ça ne se voit pas.

Seuls les initiés savent.

8.

C'est parce qu'il a des « cuisses naturellement assez poilues » que le Gabriel de Queneau dit qu'il faut « le dire ».

Cette franchise honore sa fiction.

Gabriel a raison : il faut le dire, car sans le dire, on resterait muet.

On serait tenu d'apprendre la langue des signes pour demander si la grève du métropolitain parisien est terminée ou pas.

On ne dirait plus de conneries qu'avec les mains.

Ce serait certes moins bruyant mais pas plus malin.

9.

C'est parce que le Gabriel de Queneau a des « cuisses naturellement assez poilues » qu'elles sont « professionnellement épilées ».

Sinon, il ne porterait pas de tutu.

Par contre, il pourrait porter un kilt.

Il pourrait alors jouer de la cornemuse et au lieu de grenadine, il boirait du whisky.

Pourtant, le fait de porter un tutu et d'avoir les cuisses « naturellement assez poilues » n'empêche ni de jouer de la cornemuse ni de boire du whisky.

Tout ça, c'est juste des conventions.

10.

En rappelant que ses « cuisses naturellement assez poilues » sont « professionnellement épilées », le Gabriel de Queneau sous-entend qu'il exerce correctement son métier.

Sinon, je pense que Raymond Queneau l'aurait congédié et l'oncle de Zazie eût été, je ne sais pas moi, peut-être un tonton en kilt, jouant de la cornemuse et que le roman eût été intitulé « Zazie in the subway », si j'ose m’exprimer ainsi.

11.

L'opposition entre les « cuisses naturellement assez poilues » et les cuisses « professionnellement épilées » du Gabriel de Queneau renvoie à l'opposition entre nature et culture et non pas à l'opposition entre kilt et tutu.

12.

Que le Gabriel de Queneau ait des « cuisses naturellement assez poilues » rappelle que le réel nous apparaît sous la forme d'un sensible parfois poilu et parfois glabre. La culture est dans le rasoir.

Patrice Houzeau

Malo, le 26 novembre 2022.

 

25 novembre 2022

VOUS FERIEZ MIEUX D'ALLER GARDER VOS ZOUAZEVOVOS

VOUS FERIEZ MIEUX D'ALLER GARDER VOS ZOUAZEVOVOS

1.

« - Vzêtes marant, vous, dit Zazie. Vous savez jamais trop ce que vous pensez. Ça doit être épuisant. C'est pour ça que vous prenez si souvent l'air sérieux ? »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 8)

2.

On dit ce 24 novembre 2022 que Kjiv, bombardée par les Russes, est sans eau et sans électricité. Les Russes, jusqu'ici contenus et même battus après des combats violents, préparent sans doute leur prochaine offensive. Ne pas faiblir. L'Ukraine vaincra.

Le 24 novembre 2022 (10 heures 27, heure de Paris) 1 euro = 63 roubles. 1 rouble = 0,016 euro.

Au soir du 24 novembre, le rouble valait toujours 0,016 euro. Belle stabilité dans la médiocrité. Les indices boursiers russes étaient tous en baisse.

3.

Novembre 2022. Ai entendu qu'un député de la Douma aurait déclaré à la télé russe que la Russie était, de facto, en guerre contre l'OTAN et que, pour l'instant, a-t-il ajouté, l'OTAN est plus forte que la Russie.

Ah tiens, un peu de lucidité...

4.

Je suppose que Lucien Suel et son anthoveaulogie a depuis longtemps recensé cette citation quenalcienne :

« - Faut tout de même pas, dit Zazie, s'imaginer que je vais me laisser trimbaler avec tous ces veaux. »

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 8)

Faut dire, elle est tout de même un rien vache, la Zazie. (tw)

5.

L'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution est une très bonne chose.

Je note que cette volonté est portée par une majorité qui va de LFI à la macronie. Je regrette l'hypocrisie de la droite et le silence des libéraux. (tw)

6.

Ah bin, je ne suis pas le seul à penser qu'elle est un rien vache, la Zazie de Queneau :

« Elle [Zazie] lui prit un morceau de chair à travers l'étoffe du pantalon, entre les ongles, et tordit méchamment.  […]

- Aouïe, dit Gabriel distinctement.

[…]

- Ptite vache, murmura Gabriel en se frottant la cuisse. » 

(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 9)

7.

Gabriel, dans le roman de Queneau, c'est de Zazie le tonton dont d'aucuns disent qu'il est tata alors que tata il l'est pas.

« - Quoi, des éclairs. De l'orage par temps de neige ?

- C'est pour l'ambiance. » Ainsi répond Adèle Blanc-Sec à Espérandieu dans « Le savant fou », de Tardi.

8.

Je note que le mot « veaux » apparaît au chapitre 8, puis Gabriel traite Zazie de « ptite vache » au chapitre 9. Un peu plus loin, l'agent Trouscaillon juge « avec impartialité » que les juges sont « tous des vaches » avant que Zazie considère que le dit Trouscaillon, « c'est un veau ».

9.

Quand elle le zieute, Zazie l'amusante, le réel, il est tout à fait zèbre, zuté et azimuté, zigomar, avec des gens qui disent « vous feriez mieux d'aller garder vozouazévovos » et du tonton dont d'aucuns disent qu'il est tata alors que tata il l'est pas.

10.

Les prix montent.

On se demande dans quel état sera notre économie d'ici deux mois.

La sale guerre de Poutine en Ukraine a surenchéri sur l'inévitable crise post-covid, dont certains, soit par naïveté, soit par malice, niaient qu'elle existât.

11.

« Parfois on pense, parce que cela a fait ses preuves » a écrit Wittgenstein dans ses « Investigations philosophiques ». Je ne doute pas que les gens réfléchissent (sinon ils n'iraient pas bien loin). De là à penser, quand j'y pense, je n'en suis pas bien sûr.

12.

Penser, c'est s'assurer que le réel est radicalement différent de ce qu'on en perçoit et plus le réel tend à devenir ce qu'il est, plus il se dissocie de sa perception habituelle. Et dans tout ce dédoublement, allez y retrouver vozouazévovos, hein ?

13.
Il n'y a probablement pas plus de justice dans la théocratie des mollahs iraniens que de démocratie dans la tête à Poutine. Ne soyons pas hypocrites : nous sommes entrés dans un conflit entre les démocraties occidentales et des pays qui se réclament d'un orient fantasmé. Ils perdront car le réel leur échappe.

14.
Si Piotr Tolstoï, le vice-président de la Douma poutinienne, s'imagine que les économies occidentales vont s'effondrer, il se met le doigt dans l’œil. Les capacités d'innovation et de production de la Triade sont infiniment plus fortes que les quelques capacités de la Russie corrompue et alcoolisée de Poutine.

Patrice Houzeau

Malo, le 24 novembre 2022.

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