FAUTE DE MUSIQUE J'ECRIS DES SOTTISES
FAUTE DE MUSIQUE J'ECRIS DES SOTTISES
1.
Entendu il y a quelques temps une archive de France Culture dans laquelle Jacques Vallée, parlant des cas les plus ahurissants de rencontres du 3ème type, énonçait l'hypothèse que ces témoins étaient victimes d'hallucinations. Il précisait que dans bien des cas, si ces personnes n'étaient ni folles, ni sous influence de stupéfiants, ni en proie à un délire alcoolique, ou à une crise de folie passagère au moment de leurs étranges observations, la question devenait alors : quelle force serait assez puissante pour produire des hallucinations aussi étonnantes que celle des « babas Michelin » ou celles qui alimentent les récits d'abductions ? Il me semble qu'il a évoqué la piste de perturbations du champ magnétique, mais je ne sais pas si cela a réellement un sens.
2.
Si je n'étais pas fumeur, je pense qu'étant donnée ma sensibilité à certains parfums et odeurs, je vivrais dans un autre monde, tombant amoureux plusieurs fois par jour, et fréquentant assidûment marchés et rues passantes.
Je pense assez que cette sensibilité aux atmosphères parfumées est du même ordre que l'enthousiasme naïf, hélas quelque peu estompé, éprouvé lors de ma découverte adolescente des « Fleurs du Mal », de l'Iliade, des chansons de Charlebois et du premier album des Rolling Stones.
3.
En français, on peut évoquer des « cœurs volants ». Ça ne signifie pas que leurs ailes soient faites de plumes et qu'ils gazouillent en arrivant sur vous, belle Aricie. Il serait bête en effet que des chasseurs jaloux abattent de leurs pan-pans funèbres ces cœurs amoureux.
Citation :
« C'est le premier effet de la mort de Thésée.
Préparez-vous, Madame, à voir de tous côtés
Voler vers vous les cœurs par Thésée écartés.»
(Racine, « Phèdre », II, 1 [Ismène à Aricie]).
4.
En français, on peut « craindre qu'un songe » nous « abuse ». Ça, c'est quand on croit qu'on rêve, mais qu'en fait, on songe dans le réel contondant. Donc, comme l'a souligné Lacan, dit-on, on se cogne, et ça fait mal comme dans le réel, parce que c'est bien le réel qu'on songe.
Citation :
« De tout ce que j'entends étonnée et confuse
Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse. »
(Racine, « Phèdre »,II, 2 [Aricie à Hippolyte])
5.
En français, Neptune peut vous « donner sa parole ». A condition d'y croire, la parole de Neptune vaut son pesant de mythes. En outre, s'il donne sa parole « par le fleuve aux dieux mêmes terrible » (comprenez le Styx, le fleuve qui mène aux Enfers), c'est qu'elle est irrévocable. Les dieux grecs ne sont pas des comiques. Même si certains d'entre eux se livrent à toutes sortes de galipettes à métamorphoses, quand ils grondent et froncent le sourcil, vous pouvez vous attendre à bien des soucis.
Citation :
« Misérable, tu cours à ta perte infaillible.
Neptune par le fleuve aux dieux mêmes terrible
M'a donné sa parole, et va l’exécuter. »
(Racine, « Phèdre », IV, 3 [Thésée évoquant le sort d'Hippolyte])
Notons que c'est certainement en grec que Neptune donna sa parole à Thésée. Je ne pense pas qu'il l'ait donnée en alexandrins du dix-septième siècle français. Le grec Thésée ne l'aurait pas comprise.
6.
Je pense que la musique est si parfaite (je parle de la musique des compositeurs et des géants du jazz, pas celle des machines à yaourt) qu'elle se moque de nous, qu'elle nous snobe. Entendez comme je garde bien le rythme, comme je danse et cadence et file l'harmonie, semble-t-elle nous chanter, tandis que vous gesticulez fantoche, pantins du réel, dupes à signifiances, bêtes à bouche bée.
7.
En français, on peut dire que les gens vont travailler jusqu'à 64 ans (et plus par la suite, je le pressens) et que tous les jeunes Français vont faire leur SNU. On peut le dire, mais le faire, vous verrez que ce sera nettement moins facile.
Patrice Houzeau
Malo, le 9 février 2023.