Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

BREFS ET AUTRES

Publicité
30 décembre 2022

ON N'ARRÊTE PAS LE PASSÉ

ON N'ARRÊTE PAS LE PASSÉ

« … j'ai pu me rendre compte qu'il existait, dans ce pays, un grand nombre de sociétés secrètes extrêmement puissantes et qui ont des ramifications un peu partout. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 4 [Ménardier])

Notes sur le chapitre 4 de la 2ème partie de « Belphégor », d'Arthur Bernède.

« … j'ai pu me rendre compte qu'il existait, dans ce pays, un grand nombre de sociétés secrètes extrêmement puissantes et qui ont des ramifications un peu partout. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 4 [Ménardier])

1.
Bernède. « Belphégor ». II, 4. Où il est question d'un « trésor » et de la dynastie des Valois (1328-1589). Chantecoq élabore ; Ménardier tâtonne et se débat. Le Fantôme a de sérieuses raisons ; nous aussi, et nous hantons parfois des lieux à la recherche d'on ne sait quoi.

2.
Un anarchiste ? Du « génie infernal » du Fantôme du Louvre. Politique et sociétés secrètes. Complotisme. Bernède évoque Pierre Benoît. Ferval tend un piège. De l'utilité policière des « petits villages du Nord ».

3.
Troisième nuit de Ménardier chez les « Dieux barbares » du Louvre. Je me demande si cette salle dite des « Dieux barbares » a jamais existé. « A la même heure », à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois... « la petite lampe qui ne doit s'éteindre jamais ».

4.
Les visiteurs de la nuit. Retour du « bossu mystérieux ». La dalle à la fleur de lys. Ça me rappelle « L'Or du diable », la série télé (1988) de Jean-Louis Fournier sur l'histoire étonnante de l'abbé Saunière et du trésor qu'il aurait découvert à Rennes-le-Château. Il y a aussi une dalle dans l'histoire de l'abbé Saunière, la « dalle du Chevalier ».

5.
La dalle amovible. Les dessous de l'église. Souterrain, rats, crapauds, porte en chêne, trois coups. Le Fantôme du Louvre reçoit de la visite. L'étrange tube dont se munit Belphégor. Ah tiens, un souterrain qui mène au Louvre. On n'arrête pas le passé.

6.
Un « escalier exactement semblable » : symétrie donc. Résolution d'une énigme : on sait maintenant comment le Fantôme pénètre dans le Louvre. Ça rappelle le Fantôme de l'Opéra. « Invisible dans la nuit ».

7.
Malaise dans la salle. Le Fantôme au masque à gaz. Trois hommes à terre. La clé est sous le socle. Une autre dalle à la fleur de lys. La symétrie se poursuit. Le blason des Valois. Un coffre ? Qu'y-a-t-il dedans ?

Un coffre dans un roman populaire, c'est soit un trésor, soit des parchemins, une carte, des documents précieux, car si le Fantôme y découvrait un Dark Vador (et repose-toi bien) à monter soi-même ou un recueil de recettes de cuisine, ce serait rigolo mais, d'un point de vue narratif, incongru.

8.
Les visiteurs de la nuit emportent le coffre. Les « historiens et les architectes du Louvre » ne savent pas tout. Un trésor. Un « objet » dans la bibliothèque. Réapparition des lettres volées. Jacques Bellegarde va-t-il tomber dans le piège que lui tend le bossu mystérieux aux ordres du Fantôme ?

9 .
Ai revu hier soir « 8 Femmes », de François Ozon, d'après la pièce de Robert Thomas. Hommage à la littérature policière à énigme (avec révélations en cascade et huis-clos dramatique), tout autant qu'au talent d'Hitchcok à métamorphoser le kitsch en rêverie fascinante.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

Publicité
30 décembre 2022

POUTINE ROUGE IMPAIR ET PASSE

POUTINE ROUGE IMPAIR ET PASSE

1.
27 décembre 2022 (16 heures 20) : le rouble toujours en baisse : 1 euro = 74, 76 roubles et l'indice RTS baisse fortement. Grignoti-grignota : l'argent des Russes s'en va. Où ça ? Dans la sale guerre de Poutine en Ukraine.

2.
28 décembre 2022 (14 heures 42) : le rouble toujours en baisse : 1 euro = 76,15 roubles et l'indice RTS a baissé de plus de 2%. La Bourse de Moscou se ferait-elle du souci ?

3.
Je me demande qui va crasher en premier : la bourse de Moscou ou le marché des cryptomonnaies (où les désillusions semblent s'accumuler).

4.
Dans l'état actuel de l'opinion, Quatennens serait sans doute la première victime du référendum révocatoire (et autre référendum d'initiative citoyenne) qu'il appelait jadis de ses vœux. « La révolution mange ses enfants ».

5.
29 décembre 2022. On évoque en Europe un retour violent du Covid à venir (de Chine selon toutes les apparences). Tout dépendra de la virulence des variants. Allons-nous vers un retour des restrictions ? L'immunité vaccinale (ou la « naturelle ») nous en préservera-t-elle ?

6.
Il semble qu'entre ce que Poutine assène (crédits illimités pour mener sa sale guerre en Ukraine, solidité financière de la Russie, potentiel militaire inouï, etc...) et la réalité, le gouffre s'élargit et s'approfondit. Poutine pourrait bien finir par tomber dedans.

7.
Les sanctions fonctionnent comme le prouvent l'effritement du rouble, les dysfonctionnements de plus en plus patents de l'économie de la Russie, la baisse régulière des indices de Moscou, les difficultés de l'armée sur le terrain.

8.
Il se pourrait que Poutine soit plus isolé qu'il l'imagine. Possible que ses alliés se méfient de lui, de son appétit de puissance (un empereur qui se rêve un empire) et de sa propension à éliminer physiquement les gens qui le gênent.

Il se pourrait donc en fin de compte que l'effet attendu des sanctions se fasse réellement sentir en 2023 et oblige Poutine à reculer, c'est-à-dire à trouver un prétexte pour ne pas se représenter en 2024 et laisser son successeur négocier avec l'Ukraine.

9.
Y en a des qui, à ce qu'ils affichent un peu prétentieusement, furent jadis des huiles et qui affirment que « l'Occident fait tout pour humilier la Russie » et d'ajouter : « Humilier la Russie, c'est fabriquer aveuglément l'Allemagne de 1933/1939. »

- Il ne s'agit pas « d'humilier » la Russie, mais de faire échouer Poutine dans sa tentative d’annexion de l'Ukraine. Ce qui fera chuter le régime oligarchique actuel. La Russie reprendra alors le chemin vers la démocratie et redeviendra un interlocuteur respectable.

- Ne pas décourager Poutine dans ses tentatives expansionnistes revient à fabriquer aveuglément une puissance eurasiate qui menacerait directement, via l'Ukraine annexée, l'UE et le monde libre.

- Je m'interroge sur le nombre de cadres de l'armée française et de l'administration, retraités ou pas, qui, pour des raisons que j'ignore, ont servi ou servent de relais à l'influence russe.

Le même affirme : « La réalité est que l'Occident bute sur un autre modèle politique et civilisationnel » (on dirait du Douguine). En l’occurrence, c'est plutôt Poutine qui « bute », et dans tous les sens du terme.

Désolé, mais je suis Français. Les Etats-Unis sont nos alliés. Ni les Etats-Unis ni la France ne sont parfaits mais ce sont des démocraties. La Chine et la Russie ne sont pas des démocraties et sont menaçantes. Point barre.

10.
29 décembre 2022. La chute du rouble se poursuit. A 17 heures 10, 1 euro = 77, 29 roubles.. 1 rouble = 0,012 euro. L'indice RTSI reste faible, à 936, 80 points (il était à 1500 avant le déclenchement de la sale guerre de Poutine en Ukraine).

11.
Les difficultés de l'armée russe en Ukraine sont certainement connues en Russie et l'idée qu'il vaudrait mieux prévoir une réserve de monnaies étrangères solides (dollar, euro, franc suisse,...), en cas de malheur et de nécessité de partir fait certainement son chemin... surtout si le rouble finit, malgré tout le talent de Elvira Nabioullina, par faire plouf.

12.
28 décembre 2022. Il se dit sur les réseaux sociaux que les agences bancaires russes commencent à manquer de cash. Si l'information s'avère exacte et que cette situation perdure et s'aggrave, se pourrait-il que les Russes remettent en cause la légitimité de leurs dirigeants ?

Les brouettes pleines de billets, c'est en cas d'hyperinflation. C'est ce que veut éviter la banque centrale russe. La Russie a des réserves, mais la guerre et les sanctions pèsent. La banque centrale, se refusant à réduire l'offre, n'a pas relevé son taux directeur, ce sont les ménages qui trinquent.

Bref, le système bancaire russe subit :
- des difficultés dues aux sanctions (il est beaucoup moins puissant)
- une organisation de la pénurie (l'Etat préférant balancer des missiles qui coûtent les yeux sur les Ukrainiens plutôt que de payer retraites et allocations).

D'où plus d'sous.

Ce qui pourrait signifier que :
- ou Poutine ne peut faire autrement que de gagner sa sale guerre rapidement s'il veut rétablir l'économie de la Russie.
- ou Poutine pense qu'il peut aussi gagner sa guerre économique et compte sur la docilité de sa population.

Conclusion : Lorsque le président Zelensky dit qu'il faut prendre les menaces nucléaires de Poutine au sérieux, je pense qu'il a raison. Si le système poutinien craque, qui sait jusqu'où un Poutine aux abois pourrait aller ?

A moins, comme j'ai tendance à le penser (ah optimisme !) qu'une partie de l'administration, de la finance et de l'armée agisse dans l'ombre et évite le pire à leur pays...

Patrice Houzeau
Malo, le 30 décembre 2022.

28 décembre 2022

SCENE DE COMBAT DE RUE AVEC FANTÔMES

SCENE DE COMBAT DE RUE AVEC FANTÔMES

Notes sur les chapitres 7 et 8 du manga « Red garden », de Kirihito Ayamura, d'après la série animée du studio Gonzo (volume 2, éditions 12bis, 2008) .

«  - Alors, il y a d'autres combattantes que nous... »
(Kirihito Ayamura, « Red garden » 2, chapitre 8 [Kate])

1.
Kirihito Ayamura. « Red garden 2 ». « Introduction ». New-York avec un nom de président. La perte des souvenirs de la nuit précédente. Pourquoi « la nuit précédente » ? Je ne sais pas ; je n'ai pas lu le tome 1. Une morte. Et elles aussi, les quatre filles de l'école, « mortes » qu'on leur dit qu'elles sont (quelle annonce !).

2.
Il y a un tueur, une mystérieuse, un « journal intime commun », une fêtarde, une rebelle, une « timide et réservée », une parfaite "élève parfaite", il n'y a pas d'électronicienne en Allemagne, pas de perroquet moqueur, pas de petite fille effrontée qui tanne tout le monde pour prendre le métro alors qu'il est en grève, pas de marin en noir et blanc qui cherche des trésors et qui trouve des âmes. On ne met pas tous ses fantômes dans la même fiction.

Tous ces fantômes là, ça me rappelle la chanson de Tegan and Sara : « Walking with a Ghost » (2004), basée sur une suite de répétitions qui contredisent l'affirmation : « You're out of my mind, out of my mind » puisque justement, alors qu'elle « marchai[t] avec un fantôme » (« I was walking with a ghost ») et qu'elle l'a évincé (« I said : « Please, please, don't insist ») elle ne cesse pourtant de répéter qu'il est « hors de son esprit », comme si cet « hors de son esprit » l'avait coincé dans la boucle d'une synchronie. De quoi parle cette chanson ? De l'amour qui persiste, des séquelles d'un viol, de quelqu'un qui a eu trop d'influence, d'une image de soi dont on ne veut plus, d'une présence invisible ?

3.
Elle ne croira jamais qu'elle a été assassinée. Une autre doit y aller. Elle reviendra « avant la fermeture ». Une autre crie qu'elle n'ira pas. On dirait un chien vampire qui s'avance dans la perspective. Le ciel sombre, on dirait un filet. Est-ce le vent ? Est-ce cette multitude de papillons blancs ?

4.
Une croit qu'elle est « fichue ». Une autre part. Quelqu'un observe la scène (il a des jumelles). La petite morte, elle a un nom de rose, file le long d'une paroi. L'être bondit (ce qui est ontologiquement intéressant). Une fille aux yeux voilés.

5.
Dans la rue, un groupe de filles combattantes. Un zombie volant ? Le zombie se lance sur la fuyante. « Red garden » est un manga du genre « thriller surnaturel » (je lis ça sur Wikipédia) ; il comporte des scènes relativement violentes. Efficace dynamique des traits, une spécificité de bon nombre de mangas. Et soudain, cendres : une multitude de petits points dessine les contours de ce qui disparaît.

6.
Autre lieu. Absence du classique : « Pendant ce temps-là... » des bandes dessinées européennes. Un docteur, un jeune homme inquiet. Doit-elle se « transformer en monstre » ?

7.
« Les morts deviennent cendres » : « Ashes to ashes, dust to dust ». C'est le lot commun à nous autres, « d'être poussière et de retourner à la poussière » (Genèse 3:19). « S'endurcir », certes... « d'autres combattantes ». En voilà une, cheveux clairs, visage d'angle, costume noir, et de quoi frapper. Accroupie, perspicace, elle reconnaît Kate.

8.
Un fantôme passe dans le ciel. M'évoque une nurse volante. D'ailleurs, elle atterrit. Décidément, j'aime bien les histoires à fantômes moi. Ça doit avoir un rapport avec mon projet existentiel, comme dit l'autre en mangeant une gaufre. La cheffe n'est pas contente. Gifle. Pourrait-elle tuer des mortes ?

9.
Anna porte un masque effrayant. Anna sourit. Anna est contente d'avoir des fleurs. Anna a les yeux fiévreux. Le dessinateur a du talent.

10.
Peut-on oublier la douleur des autres en oubliant la sienne ? Peut-on donner un rendez-vous à un revenant pour lui demander pardon de n'avoir pas « montré de larmes » ? Parfois, la perception est si intense que le réel soudain nous paraît perméable à l'invisible. Rose ouuiiine. Une fille « sait quelque chose ».

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

28 décembre 2022

L'AUTRE SCENE EST DEJA NOTRE SCENE

L'AUTRE SCENE EST DEJA NOTRE SCENE

Notes sur le sonnet « Le rêve d'un curieux », de Baudelaire.

1.
Le narrateur baudelairien s'adresse au lecteur, et le tutoie. Oxymore : « la douleur savoureuse ». Le narrateur cherche à exprimer la particularité, la singularité de certains sentiments. Simplicité de l’expression : « J'allais mourir » qui mêle la confidence au ton de conversation amicale des deux premiers vers. Qu'est-ce qu'une « âme amoureuse » ? Peut-être une âme pleine de désirs ? Et en quoi cette « âme amoureuse » serait-elle singulière ? Sans doute parce que ce « désir » qui l'anime est « mêlé d'horreur », qu'il est le lieu du « mal particulier », celui du fantasme et de la fascination morbide. N'est-ce pas le cas d'un grand nombre d'âmes ? Sinon, nous ne lirions pas tant d'histoires horrifiques. Est-ce pour en avoir la confirmation que le narrateur baudelairien, en le tutoyant, s'adresse au « lecteur », son « semblable hypocrite », ce « frère » ?

« Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : « oh ! l'homme singulier ! »
- J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d'horreur, un mal particulier ;
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », premier quatrain)

2.
Le vers 5 du sonnet ne comporte pas de verbe. Un état d'esprit ambivalent. Du reste, pas de rébellion, pas de refus de la mort (« sans humeur factieuse »). Accentuation ternaire évoquant le rythme régulier du sable qui coule, image du temps. La répétition de la dentale [t] évoque le tourment et souligne rythmiquement l’expressivité de l'adjectif « âpre ». C'est ici la septième syllabe qui sonne, comme un accord après une montée, et avant le relâchement de la séquence « et délicieuse ». Nouvelle expression de l'ambivalence : la « torture âpre et délicieuse ». Accentuation ternaire que l'on retrouve dans le vers 8 : le narrateur baudelairien se détache du monde au rythme du temps qui passe et qui rend l'attente toujours plus « âpre et délicieuse ». Diérèses à la rime, évoquant la subtilité, voire la préciosité, des sentiments qui animent le narrateur.

« Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
Tout mon cœur s'arrachait au monde familier. »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », second quatrain).

3.
Le titre du sonnet est basé sur un jeu de mots. Une personne « curieuse » peut être un caractère original, mais aussi quelqu'un qui éprouve de la curiosité. La formule « avide du spectacle » rend possible cette interprétation. Mais si ça se trouve, je me goure, et je m'en fiche bien, car voilà. Le narrateur baudelairien se compare à un « enfant » et l'autre monde se tient sur une autre scène. Ce qui sépare l'enfant de cet autre monde, c'est un « rideau ». La vérité de l'autre monde ne peut être révélée au vivant, cet enfant irréfléchi. D'ailleurs, elle n'est pas « révélée » par de saintes écritures, mais elle « se révèle », quand le rideau se lève, ou plutôt quand il tombe. Virtuosité baudelairienne : le jeu des labio-dentales [f] et [v] dans le vers 11.

« J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...
Enfin la vérité froide se révéla : »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », premier tercet)

4.
Un croche-pattes donc le réel s'arrêta. Je sais maintenant pourquoi ce poème me plaît. Un écho dans ma mémoire curieuse : le « J'étais mort sans surprise » me rappelle le « Il est mort sans surprise » de la chanson « The Partisan », de Léonard Cohen. Il est vrai que lorsque je suis tombé, il ne me semble pas que j'ai eu le temps d'être surpris. Et s'il y eut surprise, je ne m'en souviens pas. L'ambivalence des sentiments qui animait l'âme du narrateur est dissipée par la « terrible aurore ». Virtuosité encore, ces échos « mort / aurore », « sans surprise / terrible ». Après la pause à la rime, rejet de la forme « m'enveloppait ». Retour du ton de la conversation, de l'anecdote racontée (« - Eh quoi ! N'est-ce donc que cela ? », et le « a » comme exclamation ironique) pour finir sur l'énigmatique : « La toile était levée et j'attendais encore. » Le mort n'est donc pas mort, puisque cette révélation n'est qu'un songe. L'autre scène est déjà notre scène. L'autre scène n'est peut-être jamais que notre scène. Et il n'y a rien derrière le rideau.

« J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M'enveloppait. - Eh quoi ! n'est-ce donc que cela ?
La toile était levée et j'attendais encore. »
(Baudelaire, « Le rêve d'un curieux », second tercet).

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

28 décembre 2022

UN DOIGT NOIR DANS UN OEIL NOIR

UN DOIGT NOIR DANS UN OEIL NOIR

Notes et ceci-cela sur les chapitres 2 et 3 de la deuxième partie de « Belphégor », de Arthur Bernède.

1.
« - Et j'ai constaté qu'il portait des gants noirs, grâce auxquels il pouvait, sans risquer de se trahir, manipuler les objets les plus divers. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 2 [Chantecoq])

Bernède. « Belphégor ». « Première enquête ». Gautrais s'entend tout de suite bien avec les chiens de garde (bin tiens). Chantecoq est chez Mlle Desroches et note « dans son esprit », avec la plume de son cerveau donc.

Le Fantôme du Louvre porte des « gants noirs », parce que s'ils étaient blancs, ça paraîtrait curieux, hein, un fantôme tout en noir avec des gants blancs. En tout cas, pour les empreintes, c'est cuit. Vous me direz, les empreintes digitales d'un spectre, c'est-i possible ?

« - C'est infiniment curieux ! » qu'il dit Chantecoq (Arthur Bernède emploie la forme « définit » et c'est curieux aussi, le verbe « définir » comme introducteur du discours). Maurice et Chantecoq visitent le jardin. Belphégor n'était pas dans le bosquet. Mais alors comment a-t-il fait avec le mur ?

« une petite porte en vert sombre » puis « une architecture d'une bizarrerie ultra-moderne ». Ce qui me fait penser à la série télé allemande de Lars Kraume, « Bauhaus – Un temps nouveau » que l'on a pu voir sur Arte et qui raconte l'histoire de l'école d'art fondée par Walter Gropius en 1919 à Weimar. J'en ai vu un épisode, ça m'a plu. C'est vif, intelligent et swing. L'atelier de Simone, - c'est une artiste -, un « étrange studio ».

Belphégor a-t-il des « ailes » ? Comme l'Icare des disques de Led Zeppelin. Le Belphégor passe dans le ciel. La « troublante et morbide beauté » de Simone : ça devient gothique. Va-t-elle nous chanter du Robert Smith ? Belphégor, le bandit qui bondit.

Simone : rupture et la passion toujours et encore pour Jacques. Sinon quoi, elle le tuerait et se tuerait ensuite. Y a des histoires comme ça. Exténuée, Simone, et Elsa, soucieuse. Chantecoq s'en va, sûr de sa victoire. Il ne doute de rien, c'est un roi.

Moi, après ça, j'ai eu des ennuis de serrurerie et j'ai pensé que ce serait bien pratique de pouvoir comme Belphégor apparaître là où bon me semble, comme si je pouvais passer les murailles.

2.
« Je remarquai seulement qu'il était bossu et qu'il tenait à la main un revolver qui indiquait clairement qu'il était prêt à m’expédier dans l'autre monde si je manifestais le moindre signe d’existence. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 3 [Bellegarde])

Bernède. « Belphégor ». « Les bonbons empoisonnés ». Belphégor en faussaire. Le Fantôme du Louvre serait-il un faux fantôme ? La statue de Belphégor serait-elle une fausse statue ? Belphégor ne serait-il pas Belphégor ? Certains tableaux du Louvre seraient-ils de faux tableaux ?

Retour de Jacques Bellegarde. Colette s'en doutait et soupire. Le piège de l'ami soudainement gravement malade. Le piège de la fausse panne, la nuit, sur une route déserte. Le retour du bossu mystérieux. Plouf ! mais Jacques n'a pas coulé.

Le Fantôme a des hommes de main. « les lettres B et G du mot Belphégor ». Bellegarde constate, une fois de plus, l'ignominie belphégorienne. Le 1er de l'an, vais-je boire du crémant et manger du boudin blanc ?

Chantecoq, dans son cerveau, il a de l'intelligence qui « rayonne ». C'est pour ça, parce que sinon, si Chantecoq avait été crétin, Belphégor stupide, Colette idiote et Bellegarde ahuri, le roman aurait été tout autre, genre Belphégor n'est pas mort, et il bave encore.

Jacques Bellegarde doit disparaître ; ça l'embête assez, notez bien. Chantecoq a réponse à tout. Pendant que Jacques réfléchit, Colette reçoit des chocolats. Le piège de la boîte de bonbons envoyée sous un nom d'emprunt. Il ose tout, Bernède.

Chantecoq, en héritier de Sherlock Holmes, fait de la chimie. Belphégor s'est mis son doigt noir dans son œil noir. Bellegarde disparaît. Belphégor va-t-il tomber dans le piège ? Le commissaire Juve va-t-il enfin mettre fin aux sinistres exploits de Fantômas ? Le presbytère va-t-il conserver tout son charme et le jardin tout son éclat ? A qui sont ces saucissons secs, et pour qui sont ces serpents qui sifflent, cependant qu'en attendant que sèchent ses chaussettes, l'archiduchesse chante et rit de ses sottises, ? Et qu'en pense Arsène Lupin ?

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

Publicité
27 décembre 2022

DU POUTINISME ET DES POUTINIENS

DU POUTINISME ET DES POUTINIENS

1.
Il paraît que Poutine, et avec lui la majorité des Russes, se sont sentis confortés dans leur mépris d’un Occident décadent lorsqu’ils entendirent parler d’un parent A et d’un parent B.

Sur ce point, je donne raison à Poutine et aux Russes. Parent A, parent B : quelle hypocrisie ! Personnellement, à presque 60 ans d’expérience humaine, j’ai compris qu’un môme pouvait être élevé correctement par un couple de deux femmes, ou de deux hommes, alors que des couples « papa-maman » pouvaient se comporter de manière monstrueuse.

La vérité étant la perfection de ce monde voué à l’imperfection, autant dire ce qui est et appeler les choses par leur nom : Monsieur X et Monsieur Y élevant (et étant donc leurs responsables légaux), l’enfant Z, Mademoiselle (ou Madame) X et Mademoiselle (ou Madame) Y élevant (et étant donc leurs responsables légales) l’enfant Z, le reste étant hypocrisie, tartufferie, macronie. Honni soit qui mal y pense.

Et non, je n’ai guère de sympathie (je manque d’empathie) ni pour les LGBT (je m’en fous), ni pour les étrangers, mais entre un homo digne et un hétéro ignoble, entre un étranger respectable et un Français dont j’ai honte, j’ai fait depuis longtemps mon choix.

2.
Ceux qui spéculent sur le joli visage et la jeunesse de Daria Douguine pour dénoncer la résistance ukrainienne sont vraiment des ordures : on peut être jeune, belle, brillante intellectuellement (oui, Daria Douguine était brillante) et être fasciste (Daria Douguine était assez intelligente pour comprendre qu’elle répandait la haine).

En outre, je rappelle aux bonnes âmes que :

- L’assassinat politique est monnaie courante en temps de guerre.

- Bien des enfants et des femmes ukrainiennes, qui ignoraient tout de la fameuse « guerre existentielle » de la Russie douguinienne, sont morts assassinés par des soldats russes qui n’en savaient certainement pas plus sur la prétendue existentialité de cette guerre.

3.
Il apparaît que Volodymyr Zelensky fait preuve de courage et de détermination, et qu’il incarne la légitimité de l’Ukraine à être libre et indépendante, alors que Poutine est bien sot d’avoir engagé la Russie dans une guerre contre la puissance de nos démocraties.

4.
Si Poutine était aussi sûr qu’il le prétend de l’excellence de sa guerre économique, il ne perdrait pas autant d’hommes et d’argent en Ukraine. On dit en occident que Poutine ne peut plus reculer et qu'il n’a pas d'autre choix (sauf à se retirer) que de continuer sa sale guerre en Ukraine. Poutine a donc perdu.

5.
Sachant que Pétain et Laval furent deux ordures sur pattes, la droite nationaliste tendance pétainiste soutenant Poutine ne peut qu’inciter à la méfiance et au mépris le Français que je suis.

6.
En tant qu’écluseur de bars (bin oui et alors), je suis bien content que Jacques le Rouennais ne soit point passé de ce monde-ci à l’autre qui n’existe pas. Il avait même bonne mine, j’ai trouvé, le Jacques. Joyeuses fêtes à lui.

7.
Le 25 décembre 2022, à 0 heures 31, pouvons-nous dire que le libéralisme économique a réussi à nourrir l’ensemble des humains ? Non. Existe-t-il un système alternatif qui puisse atteindre cet objectif ? A moins de la transformation de l’humanité en une secte universelle mangeuse de riz et d’insectes (en petites quantités), non. Conclusion : je bois un coup, et j’envoie promener les donneurs de leçons.

8.
En ces temps de massacres et de crises en tout genre, je pense à l’optimisme du « philosophe » (bin tiens) Michel Serres, et je me dis : ah le con ! J’en ai autant (à peu de choses près) pour Albert Jacquard : ah le niais ! Bon zétaient payés pour leurs conneries hein : ah les salauds.

9.
Que l’état habituel des sociétés soit celui des crises et des conflits, et que ceux-ci, du fait de la mondialisation, soient de plus en plus étendus, me semble logique. Seuls les naïfs d’une mondialisation heureuse et d’une croissance sans limites prétendent le contraire.

10.
Avez-vous remarqué que sans le Covid et les Gilets Jaunes, Florian Philippot (si l’ENA sert à nous fournir des oiseaux pareils, je me demande si l’ENA est bien utile) hein, le Philippot n’existe tout simplement pas ?

Philippot, intellectuellement, est un nain. Dupont-Aignan, un nain et demi. Bref, tout ça ne vole pas très haut.

11.
Entendu dire sur France Culture, mais je ne sais pas si c'est vrai, que Medvedev avait très récemment publié des prédictions hallucinantes pour 2023, genre l'Allemagne allait former un IVème Reich et que la France, évidemment, allait rentrer en guerre contre l'Allemagne.

Il se dit en Occident que Medvedev serait alcoolique. Il se dit aussi qu'il raisonnerait comme une casserole. J'en sais rien, mais outre que je n'ai aucune sympathie pour les paillassons de Poutine, disons que plus rien ne m'étonne dans le n'importe quoi de la propagande russe.

12.
Visiblement à LFI, certains sont plus prompts à s'offusquer des turpitudes conjugales de Quatennens (turpitudes dont ils ne savent rien) qu'à dénoncer les saloperies commise par l'armée russe en Ukraine.

Entre parenthèses, avec la sotte affaire Quatennens, on voit que la solidarité des « camarades », c'est en fait légende, flan, pipeau, propagande.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 décembre 2022.

26 décembre 2022

DU COUP LES TAUREAUX FURIEUX

DU COUP LES TAUREAUX FURIEUX

Notes et amusettes sur quelques pages du roman « Les Cavaliers de la pyramide », de Serge Brussolo (Le Livre de Poche, 2004, pp 283-291).

« Quant aux autres, les taureaux les mettront en pièces chaque fois que le frisson du sable animera ton tombeau. »
(Serge Brussolo, « les Cavaliers de la pyramide », le Livre de Poche, p.290 [Tanita citant les hiéroglyphes qu'elle déchiffre).

1.
Je ne sais pas qui est Junia, je prends le livre en cours de page. Ça sonne latin. La poussière d'or tue. L'or aussi tue. L'idéologie, derrière laquelle se planquent les appétits d'or et de pouvoir, tue.

2.
Ce 26 décembre 2022, entendu sur France Culture je ne sais qui parler de la nécessité de veiller au contenu idéologique des ouvrages pour la jeunesse. Cette bonne âme, effrayée de ce que certains lecteurs des ouvrages pour la jeunesse d'il y a vingt ans votent maintenant pour l’extrême-droite, ne se rend même pas compte que sa nécessité idéologico-éthique est l'alibi rêvé des censeurs de tout bord.

3.
La poussière d'or asphyxie et aveugle et comme « rien ne peut dissoudre l'or »... Serge Brussolo dans « Les cavaliers de la pyramide » raconte que les « empereurs d'Asie » condamnaient les « hauts dignitaires » qui les avaient trahis en leur faisant aspirer des « feuilles d'or, très minces », lesquelles, se collant aux bronches, les asphyxiaient.

4.
Junia se dit « qu'utiliser le trésor pour [les] tuer » est aussi habile qu'ironique. Vengeance de la momie. Statues d'or, « idoles barbares ». Des « dépouilles » utilisées comme « bombes fulminantes ». Junia regrette de n'avoir pas la maîtrise de soi des « prêtres ».

5.
Junia s'en sort. Junia est-elle une « ogresse » ? Junia cherche à débusquer le piège. La modernité et la bonne parole du « vivre ensemble » masquent les pièges que nous tend l'infini là, toutes ces consciences là, le monde là, les autres là.

6.
Des sarcophages à tête de « taureau furieux ». Ça sent la « malice ». Pourquoi douze ? Donc, Junia cherche « la dépouille de la magicienne » ? On ne serait pas surpris de voir débouler Rick O' Connell et Evelyn Carnahan du film « La Momie » (Stephen Sommers, 1999).

7.
Des sarcophages « à roues » : je ne sais pas si cela existe. Evidemment, ce serait plus pratique pour déplacer leur éternité. Analogie : sarcophages- « fauves assoupis »- « crocodiles » aux aguets- boîtes à coucous toxiques. Junia, les miroirs et le labyrinthe. Multiplication des illusions. Ce qu'on nous fait miroiter qu'on rame. J'aime bien la littérature de genre ; elle me distrait de la littérature sérieuse qui souvent m'agace.

8.
Le tout n'est pas de savoir qu'il y a un piège, c'est de savoir comment il fonctionne. La malice, c'est que ceux qui démontent les pièges sont eux-mêmes des poseurs de pièges. Je me méfie donc des sociologues.

9.
« Ça ne ressemble à rien de connu. » La littérature attrape l'inconnu dans ses syllabes. « L'adolescente » (Tanita) se propose de « déchiffrer ». Comme elle est aveugle, elle tâte et palpe. « Le nombre et l'unité », « la pluralité et l'anonymat », « le frisson du sable », je suis d'accord avec Junia : « Quel prétentieux charabia ! ».

10.
Junia et Tanita (une géante et une adolescente aveugle) face à une « armée de sarcophages ». Fragilité de la pyramide mouvante. Le sphinx incompris et baudelairien avait bien raison de haïr le « mouvement qui déplace les lignes ». Du coup, les taureaux furieux...

Patrice Houzeau
Malo, le 26 décembre 2022.

26 décembre 2022

LA MACHINE QUEL MACHIN TOUT DE MÊME

LA MACHINE QUEL MACHIN TOUT DE MÊME

Nietzsche traduit par Henri Albert revu par Kremer-Marietti. « Réaction contre la civilisation des machines. » in « Le Voyageur et son ombre ». La « machine », « produit de la plus haute capacité intellectuelle ». La machine, quel machin tout de même, qu'on en machine à tour de bras.

La machine ne met pas forcément « en mouvement » le meilleur de l'humain. Exemple : Internet, outil fabuleux de connaissance et terrain de manœuvres des pires complotismes.

La machine ne serait-elle jamais qu'au service de « forces inférieures et irréfléchies » ? (« die niederen, gedankenlosen Kräfte »).

« Une somme de forces énormes » écrit Nietzsche à propos de l'influence, de l'action, du travail sur le réel qu'opèrent les machines. Une somme qui, sans la machine, « demeurerait endormie », où n’existerait pas, ou resterait à la marge.

Nietzsche, dans ce fragment (le 220 de « Le Voyageur et son ombre ») oppose l'artiste, l'humain se réalisant, à la machine qui met à notre disposition une réalité performante.

Cette réalité efficace, comme toutes les réalités dont nous ne sommes pas les créateurs, finit par produire un « ennui désespéré ». Elle contamine « l'âme », en fait la proie d'une « oisiveté mouvementée ». « Mouvementée » est bien le mot, comme le montre l’exemple des périls encourus par les utilisateurs imprudents des réseaux sociaux.

Le vingt-et-unième siècle sera machinal. Ce qu'a tenté Daech, et ce que tente maintenant Poutine dans sa sale guerre en Ukraine : faire des âmes des machines à tuer. Pour cela, il faut les programmer, les convaincre que la haine est préférable à la bienveillance, que la guerre est préférable à la paix, et que si les agressés résistent, c'est que ce sont eux les vrais fauteurs de guerre.

Le vingt-et-unième siècle sera machinal. La production sera automatisée et les personnels au service de l'automatisation, de la connexion universelle, du contrôle permanent de tous par tous. Pour cela, il faut convaincre que la machine protège l'humain, alors qu'elle l'étouffe dans le même mouvement qu'elle le libère des tâches ingrates, des travaux périlleux, et lui fait miroiter l'accès infini à l'arbre de la connaissance.

Nietzsche. « Der Wanderer und sein Schatten ». 220.

« Reaktion gegen die Maschinen-Kultur. - Die Maschine, selber ein Erzeugnis der höchsten Denkkräfte, setzt bei den Personen, welche sie bedienen, fast nur die niederen, gedankenlosen Kräfte in Bewegung. Sie entfesselt dabei eine Unmasse Kraft überhaupt, die sonst schlafen läge, das ist wahr, aber sie gibt nicht den Antrieb zum Höhersteigen, zum Bessermachen, zum Künstlerwerden. Sie macht tätig und einförmig – das erzeugt aber auf die Dauer eine Gegenwirkung, eine verzweifelte langeweile der Seele, welche durch sie nach wechselvollem Müssiggange dürsten lernt. »
(Nietzsche, « Der Wanderer und sein Schatten », 220).

Patrice Houzeau
Malo, le 26 décembre 2022.

26 décembre 2022

A QUOI SERT LA VIRTUOSITE BAUDELAIRIENNE ?

A QUOI SERT LA VIRTUOSITE BAUDELAIRIENNE ?

Notes sur le sonnet « La cloche fêlée », de Baudelaire.

1.
Baudelaire, « La cloche fêlée », 1er quatrain. L'hiver, faut avoir des consolations. L'amertume mêlée à la douceur, qu'il revendique le narrateur baudelairien. « Revendique » est-il bien le mot ? Comment l'auteur de « Parfum exotique » et de « A une dame créole » supportait-il l'hiver et ses « froides ténèbres » ? Le « feu » déclenche l'allitération « f » et la palpitation ternaire. Des « carillons » qui « chantent dans la brume » : étrange paysage sonore, masqué, au rythme régulier (2/4/2/4) d'une partition. La mémoire puise dans ses lointains. Où « s'élèvent-ils » « lentement » qu'on dirait des esprits suscités par les flammes (sont-ce les ombres sur les murs ?), ces « souvenirs lointains » ? Sinon dans sa propre hantise, où donc ? « Cloche fêlée » ? Sans doute : y a comme un « bruit » dans ce qui « chante » : la rime « hiver / s'élever ».

« Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume. »
(Baudelaire, « La cloche fêlée », 1er quatrain).

2.
Baudelaire, « La cloche fêlée », second quatrain. Les occlusives [k] et [g] rythment le vers 5 du sonnet. La séquence « gosier vigoureux » est efficace, résonnant comme les deux coups de cloche d'un rituel. Assonance « o » qui accompagne la métaphore cloche/être humain : « cloche », « gosier vigoureux », « bien portante », « soldat ». Eloge de la vieille fidélité de la cloche, assimilée à une sentinelle. Parallèle « vieillesse de la cloche / vieux soldat ». Assonance « i » dont la résolution se trouve dans le mot « cri » et qui apparaît tantôt assourdie (« Bienheureuse », « gosier », « vieillesse », « religieux », « vieux », « veille »), tantôt sonore, éclatante (« vigoureux », « Qui », « fidèlement », « cri religieux », « Ainsi »). Le son « i » : quel drôle de son pour une cloche ! Plus humain que métal, ce « cri ».

« Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente ! »
(Baudelaire, « La cloche fêlée », second quatrain)

3.
Baudelaire. « La cloche fêlée », les deux tercets. Rupture : irruption du « Moi » après l'éloge dans les quatrains du « bruit des carillons qui chantent dans la brume ». Opposition de l'occlusive [m] (« Moi, mon âme ») et de la constrictive [f] (« est fêlée »). Echo de cette « fêlure » dans le dernier mot du premier tercet : « affaiblie ». Moi, mon âme défois elle rame. Retour du son « i » à la rime. Plaintif le « i » quand il n'évoque pas le rire. Le verbe « peupler » suggère une humanité que la forme « veut » prétend affirmer.

Hyperbole du second tercet : l'âme devient un « blessé qu'on oublie / Au bord d'un lac de sang ». Reprise macabre de l'image du « vieux soldat ». Il « râle », le camarade laissé pour mort et qui ne s'appelle pourtant pas Guttu. Le sonnet a commencé par un tableau mélancolique et finit sur une vision d'horreur. Et ça, c'est parce que le narrateur baudelairien s’exagère. Le « chant » est devenu une « voix affaiblie » puis un « râle ». Virtuosité baudelairienne : le 13ème vers du sonnet est monosyllabique. Le poème se termine sur une accentuation ternaire et les sons « eur » et « or » ( « bord », « meurt », « morts », « efforts ») corrompant la netteté du chant de la « cloche au gosier vigoureux ». A quoi sert la virtuosité baudelairienne ? A mettre une distance entre le « moi, mon âme est fêlée » et le « blessé qu'on oublie ».

« Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie 

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts. »
(Baudelaire, « La cloche fêlée « )

Patrice Houzeau
Malo, le 26 décembre 2022.

25 décembre 2022

COLETTE N'A PAS PEUR MAIS EST TROUBLEE

COLETTE N'A PAS PEUR MAIS EST TROUBLEE

1.
« Chantecoq s'écriait :
- Ça... c'est le comble de l'audace ! Et les yeux étincelants, il scanda :
- Eh bien ! nous allons voir ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 11)

Bernède. « Belphégor ». « Où Belphégor déclare directement la guerre à Chantecoq ». Le détective se tait et boit son café sans sucre. Ai vu récemment dans les replay d'Arte un épisode de l’excellente série austro-tchéco-hongro-slovaque « Marie Thérèse d'Autriche » réalisée par Robert Dornhelm. On y voit Marie-Thérèse interprétée par Stéphanie Reinsperger affirmer que le « sucre est un poison ». Je vous dis ça car la série est vraiment bien, L'épisode 3 avec l'histoire de l’audacieux et très trouble baron de Trenck est palpitant.

Revenons à nos revenants et au « Belphégor », d'Arthur Bernède. Le détective se fait graphologue. B comme Belphégor, mais aussi comme Bellegarde, ou comme Baobab, ou comme Bourre et Bourre et ratatam.

« de frappantes analogies ». Deux ensembles aussi dans le Réel : l’ensemble des points communs ; l’ensemble des différences. La différence absolue existe-t-elle ? Cette différence s'appelle-t-elle Dieu ? L’interrogation repose sur les analogies.

Bien entendu, les personnages de fiction ne peuvent pas lire en nous à livre ouvert.

« Belphégor connaît Bellegarde ». Bellegarde ne sait pas qui est ah tiens, le glissement s'est opéré : du Fantôme du Louvre apparu près de la statue de Belphégor, on passe maintenant d'un fantôme qui serait lui aussi Belphégor.

Le détective entrevoit des perspectives. La vitre vola en éclats. Ah ça c'est sûr que si vous envoyez votre courrier par galet lancé à toute volée, ça peut faire voler des vitres en éclats. Ça peut même meurtrir et tuer. Galet rond, missive.

Belphégor menace Chantecoq et Colette. Après quelques atermoiements du type : Ai-je le droit de faire courir de tels risques à ma fille ? (ça fait deux pages), Chantecoq affirme sa volonté d'affronter l'effrayant Belphégor. Nulle trompette ne sonna au loin, nul tambour ne roula, mais ça aurait pu.

2.
«Un cri lui échappa.
Il venait d'apercevoir, éclairé, trahi par la traînée lumineuse que projetait le lustre du salon, le Fantôme en train d'escalader le rebord de la fenêtre. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 12)

Bernède. « Belphégor ». « Où le fantôme reparaît ». L’hôtel particulier de Mlle Desroches. Silence. Elsa conseille la patience… Minuit. Le Fantôme en ce jardin.

Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor,
Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor qui rôde encore !
Il est passé par ici,
Il repassera par là ;
Qui c’est-y, qui c’est-y
Qui l’attrapera ?
En tout cas, c'est pas Fandor,
Qui l'attrapera, le Belphégor,
Passque c'est dans Fantômas
Que Fandor joue les as.

Le Fantôme aime les lectures indiscrètes. Le Fantôme est maladroit (apparemment, il ne traverse pas les objets). Maurice à la poursuite du Fantôme. Fouilles et confusion.

Les chiens aboient, le Fantôme passe. La poudre parle, le Fantôme passe. Le café passe, le Fantôme passe. Nous passons, nos fantômes aussi.

Simone en tragédie. La première partie ferme son rideau sur une disparition et du Fantôme et des lettres de Jacques Bellegarde. Je ne savais pas que Robert E. Howard, le créateur de Conan le Cimmérien était suicidaire.

3.
« L'enquête que fait en ce moment Jacques Bellegarde réclame, ainsi que toutes celles de ce genre, la plus parfaite circonspection et le plus grand mystère. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 2ème partie, chapitre 1 [Chantecoq])

Bernède. « Belphégor », 2ème partie, « De mystère en mystère ». Titre explicite donné par l'auteur au chapitre 1 de cette 2ème partie : « Où Chantecoq apprend successivement la disparition de Jacques Bellegarde et la réapparition de Belphégor. »

Deux hommes, deux chiens, des noms évocateurs (« Pandore et Vidocq »). De l'efficacité des chiens de garde, d'un « simple coup d’œil » et de l'imparfait du subjonctif, « l'un en lui sautant à la gorge, l'autre en l'empoignant par une jambe ».

Colette n'a pas peur. Où j'apprends qu'en 1927, le téléphone est muni d'un « cornet d'ébonite », et que Chantecoq va se rendre chez Simone Desroches. Colette n'a pas peur, mais est troublée.

Si le Fantôme du Louvre a réapparu, Marie-Jeanne, « essouflée, affolée » apprend à Chantecoq que Jacques Bellegarde a disparu. J'ai mangé du boudin blanc. Zut aussi. Je suis bien content.

Colette fait des déductions :
a) Belphégor, dans le but de compromettre le journaliste, dérobe les lettres de Jacques à Simone.
b) Belphégor organise le « suicide » de Jacques.
Chantecoq n'y croit pas et promet le retour du héros.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 décembre 2022.

Publicité
BREFS ET AUTRES
  • Blogs de brefs, ça cause humeur du jour, ironie et politique, littérature parfois, un peu de tout en fait en tirant la langue aux grands pompeux et à leurs mots trombones, et puis zut alors!
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité